Bonjour/Bonsoir/Holà !
Ce recueil se constitue de textes produits lors des nuits du FoF, nuit d'écriture qui a lieu tous les mois durant le premier week-end, de 21h à 4h du matin, un sujet par heure. Allez jeter un œil si vous ne connaissez pas, c'est très sympa.
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Ce texte a été écrit pour la 121ème Nuit du FoF, pour le thème 2 « Chercher ».
Pour ceux qui ne liraient qu'un chapitre çà et là, Jaime, Brienne et Tyrion sont étudiants en pension indépendante au cœur de Port-Réal, chacun dans ses études. Ici, les âges sont : Jaime (25 ans), Tyrion (21 ans) et Brienne (17 ans et demi).
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La Chasse
- OK, là, j'abandonne.
Jaime Lannister était sur les rotules. En deux ans et demi de colocation, il croyait avoir tout vu. Il aurait dû savoir que non. Rien n'arrêtait l'imagination débridée de Brienne et Tyrion, et une fois de plus, il avait été effaré de constater à quelle vitesse ces deux-là étaient capables d'improviser une idée folle. Un jardin (Selwyn devait encore se mordre les doigts d'avoir accepté de les recevoir pour les vacances, et plus encore de leur avoir laissé carte blanche), un nouveau combo laisse-harnais pour bébé-chat, et les deux cadets étaient partis en courant entre les buissons.
Jaime, lui, n'en pouvait plus. De l'air, pitié. Il s'était laissé tombé sous un pommier, et il se sentait fatigué à les regarder continuer de s'agiter comme si le Graal était à portée de main. Même Tyrion, pourtant connu pour son incapacité pulmonaire (Brienne continuait à lui servir de remonte-pente à chaque excursion en montagne) était au diapason.
Un soupir, et il vit Selwyn s'installer à côté de lui. Bon, sans doute l'homme fut-il plus élégant dans sa manière de s'asseoir. Jaime s'était laissé tomber par terre, incapable de faire un pas de plus. Le plan débile de ces deux gamins de deux ans (il accordait un an et demi d'âge mental à Brienne et six mois à Tyrion) l'avait tenu éveillé une partie de la nuit pour tout mettre en place. Il aurait cru que ça aurait au moins fatigué les deux énergumènes, mais non, bien sûr. Ç'aurait été trop beau.
- Ils sont épuisants, n'est-ce pas ? dit Selwyn en lui tendant une bouteille d'eau.
Le verre avait glacé dans le frigidaire, mais Jaime se jeta dessus avec reconnaissance.
- Je les adore, répondit-il en deux goulées d'eau, mais franchement, je n'arrive pas à les suivre. Vous savez qu'on a travaillé jusqu'à deux heures du matin pour leur connerie ?
- Honnêtement, ça ne m'étonne pas. Mais je suis vraiment heureux du résultat. Ça fait du bien de voir Brienne rire autant.
Ça pour rire, elle riait. Tyrion aussi, du reste. Bébé-chat un peu moins, mais elle avait l'air de vraiment s'amuser malgré tout, alors disons, pourquoi pas. Elle cherchait presque comme un chien, la truffe au vent, les oreilles rabattues dans tous les sens en fonction de l'avancée de ses recherches, de l'oiseau qui s'envolait d'un arbre, ou juste du vent qui venait de faire bouger une feuille – les chats avaient quand même de drôles de manières de voir le monde, par moment.
En tout cas, cette histoire avait au moins le mérite d'être inédite, même si Jaime ne voyait vraiment pas à qui il pourrait en parler. Il se voyant mal, du haut de ses vingt-cinq ans (fêtés de justesse avant le début des vacances), expliquer qu'il avait passé une partie de la nuit à préparer, avec son frère de vingt-et-un ans et la gamine de bientôt dix-sept, des œufs en papier fourrés au saumon pour permettre à bébé-chat de faire une chasse à l'œuf pour Pâques.
Il leur manque une case, songea-t-il en voyant Tyrion éclater de rire alors que bébé-chat dépiautait sa dernière trouvaille pour dévorer la petite portion de saumon qu'ils y avaient mise.
Il avala une nouvelle rasade d'eau glacée. Il avait du travail à abattre, du sommeil en retard (il n'avait pas réussi à fermer l'oeil avant quatre heures du matin et Brienne les avait tiré du lit si tôt que Tyrion avait mis une heure de plus que d'habitude à émettre une phrase de plus de trois mots), et une réelle envie de prendre un bain de soleil. Il ferma les yeux.
Une seconde plus tard, un petit boulet de canon (d'un kilo huit précisément) lui heurta de plein fouet le ventre, le faisant sursauter. Il leva les yeux vers Tyrion et Brienne, goguenards. Bébé-chat, elle, lui patassait le pull en lui reniflant le menton.
- Je ne suis pas un œuf, au cas où vous ne feriez pas la différence.
- Non, mais tu es un rabat-joie, dit Tyrion d'un ton accusateur. Viens donc profiter de cette initiative unique, jamais vue dans l'histoire de Westeros. La Chasse A l'Œuf Saumoné de Lady Reine !
- C'est Lady Bébé-chat ! protesta Brienne.
- C'est notre reine et elle part en chasse, il lui faut un nom à la hauteur de cet évènement historique ! Combien de fois dans l'Histoire des Andals a-t-on répertorié la vaillance d'un chaton parti à la chasse à l'œuf de ses envahisseurs de saumons ?
Jaime ferma les yeux. Si Tyrion commençait comme ça, ils en avaient pour une heure, au bas mot. Ça lui laissait le temps de faire une sieste. D'autant que bébé-chat venait de se lover dans son cou (en arrachant une partie de son col, mais c'est surfait les cols sur un pull, n'est-ce pas ?), visiblement épuisé par tout ce sport.
- On était tombé d'accord pour bébé-chat !
- Il était temps d'évoluer et de lui offrir enfin un nom à la hauteur de ses exploits ! Tu ne tiens pas à ce qu'on t'appelle Bri le jour où tu seras commandant dans l'armée, non ? Eh bien c'est pareil !
- Bébé-chat ne donne pas d'ordre à une armée de chats, donc non, ce n'est pas pareil !
Jaime décrocha de la conversation et caressa d'une main distraite la fourrure pelucheuse du petit félin qui s'était recroquevillé contre lui.
