Chapitre 18 : intrigues
Dès qu'ils furent hors de vue, Severus reprit sa forme humaine et arrêta Hermione d'une main sur l'épaule.
« Salle sur demande. Un duel. Ça te ferait du bien ? »
Elle enfouit sa tête dans son épaule en acquiesçant. Il la serra dans ses bras puis ils se dirigèrent vers le troisième étage d'un pas rapide.
La salle offrit généreusement des gilets pare-sort en plus du décor du dernier duel. Des mannequins d'entraînement, avec un air féminin rappelant étonnamment certaines élèves, étaient disposés dans un coin.
A peine les deux sorciers équipés, Hermione commença à se déchaîner sur les mannequins. Severus resta prudemment en arrière, déviant parfois un sort qui passait un peu trop près. Il entendait la sorcière grommeler d'abord à voix basse. Et petit à petit de plus en plus fort, jusqu'à crier des insultes à l'attention de toutes celles qui l'avaient blessée.
Quand le mannequin qui ressemblait le plus à Lavande Brown explosa, le sorcier s'avança, posa la main sur le bras de sa compagne pour la faire baisser sa baguette et l'attira contre lui.
« Ce sont des imbéciles. De stupides punaises jalouses, » la consola-t-il en lui caressant la joue. Il sentit les larmes de la jeune femme couler silencieusement contre ses doigts. Un besoin animal de protéger sa compagne s'éveilla en lui. Ces pestes allaient payer !
« Jalouses de quoi ? Tu as entendu ? Je suis ne suis bonne qu'à rester seule avec mes bouquins, je suis une sainte nitouche coincée, le seul homme que je serais capable de trouver est un intello maladroit.
– Intello, je ne peux pas nier. Mais tu me trouves vraiment maladroit ? » demanda-t-il en effleurant de ses lèvres la courbe de sa mâchoire. Sa voix grave résonnait dans le ventre de la sorcière. « Elles ne t'arrivent pas à la cheville, elles ne peuvent qu'envier ta puissance, ton savoir, ta beauté, et maintenant ton triomphe en tant que reine de mai. Tu as tout pris, elles en sont réduites à se mentir en pensant qu'au moins il leur reste le sexe, où tu serais moins douée. »
Hermione renifla, incrédule.
« La beauté ? Tu as vu mes cheveux ?
– Tu as vu Miss Bullstrode ? Et même si je suis très partial sur le sujet, reconnais au moins que Finnegan et Weasley ne disent pas que tu es bien gaulée juste pour te faire plaisir. Ils ne savaient même pas que c'était toi.
– Et Lavande ?
– Miss Brown ressemble à une poupée mal peinte. Elle essaie désespérément de se donner de la valeur en proposant ses charmes à qui en veut bien. Et ils sont de moins en moins nombreux. Pour ce qui est de la sainte nitouche coincée, je ne dirai qu'une chose : fellation dans la douche. »
Hermione sourit contre la poitrine de son mari. Au souvenir de ce puissant sorcier qui s'abandonnait entre ses bras, son sorcier, elle regagna de la confiance.
« Et maintenant, ma splendide sorcière, si je te dis : vengeance ? proposa-t-il en lui mordillant l'oreille.
– Oh oui, maître des Serpentards ! Qu'est-ce que tu as en tête ?
– Je pense qu'entre mon habitude des intrigues et ta franchise légendaire, nous devrions trouver quelque chose qui cloue le bec aux gourdes des deux maisons et à mes effrontés de Serpentards par la même occasion. »
Le reste de l'après-midi fut passé de façon sereine dans les appartements de Severus, majoritairement allongés sur son lit. Nibby avait obligeamment fourni la viande froide, le saumon fumé et le champagne.
Ils discutèrent de leur mariage, de l'article sur les animagi, complotèrent leur vengeance, évoquèrent les arrangements concrets pour faire croire qu'Hermione dormait toujours dans sa chambre de Préfète-en-chef. A leur grand regret, ils convinrent qu'il était plus raisonnable, pendant le mois de cours qui restait, qu'Hermione passe une partie de la soirée dans la salle commune de Griffondor. Quelques apparitions le week-end ne seraient pas superflues, même si elle pouvait prétexter ses révisions pour rester enfermée dans sa chambre. Severus avait levé les yeux au ciel quand elle lui avait demandé timidement si elle pouvait dorénavant habiter avec lui.
« Non, tu retourneras dans le dortoir avec les premières années ! Hermione, franchement ! Le château et Nibby se sont mis d'accord pour que ce soit le cas avant même que nous ne soyons mariés. Je te rappelle que je n'ai pas protesté à l'époque. De toutes façon à la rentrée en tant qu'apprentie tu aurais eu tes appartements privés. Maintenant tu es ici chez toi autant que moi. Il faudra juste voir ce que tu veux changer, si tu veux un bureau séparé par exemple.
– Un balcon ! Juste là devant. J'adorerais pouvoir déjeuner devant le lac.»
Comme l'union des mains n'était que temporaire, ils décidèrent également de se marier de façon officielle, avec famille et amis, dès le prochain Beltane. Hermione avait proposé de faire une cérémonie dès l'été, mais Severus avait fermement refusé de réduire la période d'essai. La sorcière avait répliqué en écrivant la lettre pour Arthur Weasley devant lui.
Ils étaient d'accord pour aller rencontrer les druides du convent de la Lune argentée au sabbat qui suivrait les ASPICs. Severus avait été séduit par cette forme de magie qui lui avait donné l'absolution. Hermione se sentait attirée par cette mise en valeur de la dimension féminine, qu'elle voulait explorer. Elle n'excluait pas une partie d'étude de la magie amérindienne quand ils iraient rencontrer le fameux homme médecine.
Dans l'après-midi, Hermione mit au point quelques sort pour l'aider dans ses manigances, aidée par Severus.
« Visum rubere ! Qu'est-ce que tu en penses ?
– Trop marqué. Pas assez subtil. Finite !
– Visum rubere ! Et là ?
– Il en manque un peu. Finite ! Accentue peut-être juste un peu le mouvement des doigts.
– Visum rubere ! Comme ça ?»
Il acquiesça avec un sourire.
« Malheureusement, je peux t'assurer que c'est parfait. Tu as les yeux aussi rouges que ce matin, après avoir vraiment pleuré.
– Bon, ensuite, je tente celui-là en non-verbal... Alors ?
– Ton mouvement de baguette est trop visible. Sinon, tu rougis joliment. »
Quand Hermione eut peaufiné son arsenal de sorts et leur stratégie, elle embrassa longuement son partenaire et retourna à regret dans sa chambre officielle pour rejoindre la salle commune juste avant le dîner. Severus eut l'idée vague d'une potion qui pourrait être utile, s'il arrivait à la créer. Ça nécessiterait sans doute d'ajouter une partie sortilège. Hermione serait vraisemblablement ravie de l'aider.
L'air dépité de la jeune femme quand elle descendit des escaliers ne fut qu'à moitié mis en scène. Les autres élèves étaient pour la plupart déjà rentrés et se détendaient. Hermione jeta un coup d'oeil discret. Lavande papotait dans la même zone que Ginny. Parfait ! Elle descendit les dernières marches, les épaules basses. Harry la vit en premier et l'interpela. Elle prit soin de se faire remarquer en se dirigeant vers eux.
« Hermione ! Tu viens dîner avec nous ?
– Oui, Harry.
– Ça ne va pas ?
– Tu as pleuré ? » Ginny venait de remarquer les yeux rouges de la sorcière.
– Oh, Ginny, je suis nulle ! » s'écria Hermione en se jetant dans les bras de la rouquine. Il fallait absolument qu'elle cache son visage : le sourire qu'elle n'arrivait pas à effacer l'aurait trahie immédiatement.
« Qu'est-ce qui se passe, Mione ? s'enquit à son tour Ron.
– C'est après ce matin... Tu vois, mon compagnon... On a discuté après l'histoire du journal... »
La sorcière prenait soin d'intercaler des sanglots dans ses phrases. La main discrètement sur sa baguette, elle avait lancé en non-verbal un sort de pelure d'oignon, qui la faisait pleurer. Elle continua, toujours assez fort pour être entendue de Lavande, qui n'en perdait pas une miette. Hermione la surveillait par-dessous son bras.
« Et bien, il s'est rendu compte que... Tu vois... Que je suis coincée ! »
Cette peste de Lavande arborait un sourire satisfait, l'air de dire tu vois, je le savais ! Par contre Ron et Harry semblaient prêts à exploser.
« Il a dit que ses copains de l'université de métamorphose allaient se moquer de lui s'ils savaient que je ne connais que la position du missionnaire... Et qu'il ne m'épouserai jamais si je ne suis pas capable de … Tu sais... »
Harry et Ron se regardaient, complètement perdus. Ginny clignait des yeux sans comprendre. Hermione se composa un visage implorant avant de se retourner vers son ennemie : « Oh Lavande, il faut absolument que tu m'aides ! Tout le monde sait que c'est toi qui as le plus d'expérience en matière de sexe de toute l'école ! Tu veux bien m'apprendre à faire une fellation ? Tu as l'habitude, toi ! »
Elle se cacha le visage dans les mains, incapable de se retenir de rire. Les autres prirent ses spasmes pour des sanglots. Il fallait vraiment qu'elle apprenne à masquer ses émotions sinon elle allait lamentablement échouer dans sa vengeance !
Lavande, magnanime, s'approcha pour lui taper sur l'épaule.
« Ne t'inquiète pas, Hermione, tu peux compter sur moi. Bien sûr que je vais t'apprendre. Sinon à quoi servent les amies.
– Morue. Oh merci Lavande ! Qu'est-ce que je ferais sans toi ! »
Cette fois-ci Hermione avait une raison officielle de sourire jusqu'aux oreilles : elle avait réussi à sous-entendre que Lavande était une trainée et cette cruche avait cru qu'elle lui faisait un compliment. Il y avait de quoi sourire. Hermione se tourna vers son amie.
« Oh, Ginny, j'ai oublié. Il faut que je te rende ton livre, viens.
– Quel li... » La sorcière traîna rapidement la rouquine avec elle vers les escaliers.
Ginny allait de surprise en surprise. Elle n'eut que le temps de remarquer que la chambre de la Préfète-en-chef était complètement vide avant qu'Hermione ne lui explique de but en blanc avec un sourire carnassier : « Elle va me le payer ! Je te jure que cette trainée de Lavande va se mordre les doigts d'avoir voulu me ridiculiser. Rien de ce que j'ai dit n'est vrai, à part le fait qu'on a discuté après l'épisode de ce matin.
– Heu, Hermione, est-ce qu'on pourrait faire un point sur la situation ? bredouilla son amie. Parce que les évènements se sont un peu enchaînés ces derniers temps, on ne s'est pas trop vues et je crois que ce serait plus simple si on clarifiait deux trois choses. »
La brunette, à peine calmée, se laissa tomber sur le lit et fit signe à son amie de s'asseoir à côté d'elle.
« OK. Qu'est-ce que tu sais et qu'est-ce que tu veux savoir, Ginny ? Je te préviens, je ne peux pas encore tout te dire. »
Ginny prit quelques instants pour résumer : « Déjà, je préfère te prévenir : ce que je sais, Harry, Ron et Hannah le savent. Et Luna et Neville aussi depuis ce matin. Nous savons que le tigre et toi êtes un couple d'animagi, avec tout ce que ça implique de compatibilité, d'attachement et d'attirance sexuelle. J'ai fait pas mal de recherches, figure-toi ! Tu serais fière ! ajouta-t-elle avec un sourire. Dumbledore vous a demandé d'attendre le rituel de Beltane pour vous accoupler, ce qui t'a rendue si mal lundi. Nous savons que vous étiez les élus. »
Là, Ginny hésita et jugea nécessaire d'ajouter : « Nous sommes tous heureux que vous soyez ensemble. Vraiment. Même en sachant que Rogue est ton compagnon. Et ton mari. »
Hermione regardait son amie, bouche bée.
« Mais... Comment est-ce que …
– Rassure toi ! Il a fallu une cape d'invisibilité, la carte du maraudeur, une sortie clandestine dans la tour d'astronomie hier soir et la complicité de Rémus pour arriver à avoir toutes les pièces du puzzle. Et nous avons promis de ne pas en parler. Mais vous n'avez pas été vraiment discrets à l'infirmerie, ni après la réunion, ni pour ta retenue.
– Et bien... Heu... La seule chose qui te manque c'est que j'habite avec lui depuis lundi. Il me soutient complètement dans ma vengeance. Et je ne suis pas coincée !
– Viens, on va discrètement expliquer ça aux garçons. »
Avant de regagner la salle commune, Hermione recomposa son personnage. Elle supporta le dîner à côté de Lavande pour s'éviter de rester une seconde de trop sans Severus. La vue des changements d'expression de Ron et Harry, au fur et à mesure que Ginny leur chuchotait le fin mot de l'histoire à l'oreille, lui permettait de supporter les inepties que racontait Lavande, tout en ayant l'air de s'y intéresser.
De son côté, assis à la grande table, Severus la surveillait subrepticement. Dans sa forme de tigre, il aurait ronronné de satisfaction en la voyant endosser son rôle à la perfection. Sans le savoir, il lui communiquait assez de patience pour supporter le repas.
Dès que possible, elle prétexta sa ronde pour regagner les appartements de Severus. Leurs appartements.
Après un bref échange d'information, qui fit grimacer Severus quand il réalisa leur manque de discrétion et le nombre de personnes au courant, il remarqua : « Je suis surpris que ni Potter ni Weasley n'aient jugé bon d'essayer de me transformer en descente de lit... Bon, prête pour la seconde partie de la mission ? »
Hermione se débarrassa de sa cape en souriant, métamorphosa ses chaussures en escarpins noirs à talon haut, sort d'amortissage inclus, tandis que son partenaire se chargeait de transformer l'uniforme gris en robe patineuse, bien plus féminine.
Hermione posa un Sorcière magazine sur le lit, l'ouvrit à une page cornée et le lui présenta. Il leva les yeux au ciel.
« Si les élèves me voyaient, je perdrais toute crédibilité ! Crinis enodare !
– Et tu penses vraiment qu'ils vont te respecter plus si tu deviens un coureur de jupons ? » Hermione secoua sa crinière, maintenant blonde et tourna la page pour trouver le sort qui allongerait ses ongles.
« La plupart de tes petits camarades à partir de treize ans réfléchissent comme Ronald Weasley. En-dessous de la ceinture. Les Serpentards ne sont fondamentalement pas très différents. Ce sera simplement un point en plus pour ma position de mâle alpha. Tiens !» Il lui tendit ses robes d'enseignement, qu'elle enfila pendant qu'il terminait de métamorphoser sa coiffure avec une grimace. Une autre page lui fournit les sorts de maquillage.
« Ferme les yeux et ne bouge plus... Voilà. »
Les yeux pleins d'interrogation, elle le regarda. Il invoqua un miroir en souriant.
Merlin ! Les longues robes noires par-dessus la courte robe argentée étaient une vraie réussite. Le parfum d'herbes du sorcier l'enveloppait délicieusement, ce qui ne gâchait rien. Elle se sentait à la fois plus femme et plus puissante. Evidemment, le décolleté descendait plus bas qu'elle ne l'aurait voulu, mais Severus avait l'air particulièrement satisfait de son travail à ce niveau là.
Ses cheveux, maintenant blond platine, formaient une cascade de boucles serrées et brillantes qui aurait pu paraître un peu tarte si le reste de la tenue avait été moins sobre. Il avait choisi de simplement rehausser le contour de ses yeux d'un noir charbonneux, chargé mais sans tomber dans le ridicule.
« Tu es magnifique, jeune dame. Et avant que ton manque de confiance ne revienne, sache que j'ai toujours détesté les blondes.
– Tu as oublié le rouge à lèvres.
– Je n'ai aucune curiosité pour le goût du rouge à lèvres. Prête ?» Il lui tendit le bras et ils sortirent dans le couloir.
L'heure du couvre-feu approchait. Le risque de croiser des élèves faisait battre le cœur d'Hermione plus vite. En même temps, c'était un peu le but recherché. Ils n'allèrent pas loin, juste à quelques mètres de l'entrée de la salle commune des Serpentards. Un renfoncement sombre servait souvent aux élèves qui cherchaient un peu d'intimité, Hermione le savait bien pour en avoir délogé un certain nombre. Quelle ironie ! Les chasseurs espéraient que les proies les trouvent.
Severus la plaqua contre le mur et effleura ses lèvres.
« J'ai autant envie de toi qu'avant, murmura-t-il à son oreille.
– Moi aussi ! » répondit-elle dans un souffle.
Et il entreprit de la faire gémir en l'embrassant passionnément. Elle s'accrochait à lui, glissant ses doigts dans les cheveux noirs. Il ne s'arrêtait que pour sourire quand il entendait des élèves approcher, parfois ralentir le pas ou interrompre leurs discussions. Les Serpentards semblaient à la hauteur de leur réputation d'auto-préservation : aucun ne s'arrêta.
Au moment du couvre-feu, le couple se déplaça dans la salle de cours de potions. La porte fut soigneusement laissée entrebâillée. Un sort les avertirait d'une présence éventuelle. Pour se laisser un peu de temps, le sorcier offrit un lent et délicieux cunnilingus à sa compagne, assise sur son bureau. Il s'appliqua à faire monter le plaisir, avant de le laisser redescendre, exciter la sorcière puis la laisser pantelante pour l'embrasser délicatement. Elle avait abandonné tout effort pour rester assise et reposait allongée sur le bois sombre, ses boucles blondes reflétant la faible lueur des bougies.
Même si Hermione s'était sentie un peu embarrassée au début, à l'idée de faire du bruit, son amant la rendait maintenant folle de plaisir et tirait d'elle des sons qu'elle ne maîtrisait même plus. Le fait qu'un des préfets puisse la voir, jupe relevée, cuisses ouvertes, n'avait plus aucune espèce d'importance.
Quand l'alarme, que seul le maître des lieux entendait, signala une élève à la porte, le sorcier releva la tête pour l'embrasser et lui susurrer.
« A toi, ma belle, nous avons du public.
– Non, continue, s'écria-t-elle pendant qu'il déboutonnait redingote et pantalon. Severus ! Tu ne peux pas me laisser comme ça ! Viens … »
Il rassit la sorcière sur le bord du bureau et chuchota : « Tu es sûre, tu es d'accord avec ça ?
– Oui ! Prends-moi, pitié ! » supplia-t-elle.
Elle cria quand il s'exécuta. Elle avait presque oublié cette sensation d'être complète et haletait bruyamment, ses hanches allant à la rencontre de celles du sorcier, ses jambes croisée autour de sa taille. Elle se tenait à lui pour ne pas s'écrouler et jeta la tête en arrière en feulant, la voix cassée, quand l'orgasme l'emporta. Quelques mouvements plus tard, il la rejoignit.
Enlacés, ils s'accordèrent quelques instants pour reprendre leur respiration. Severus précisa : « Elle est partie.
– Qui ça ?
– Miss Parkinson.
– Tant mieux. En tout cas ça confirme que ce bureau aussi est à la bonne hauteur.
– Evanesco. Elle doit être cachée au bout du couloir. L'envie de savoir si c'est vraiment moi et qui tu es sera trop forte. Tu viens ?»
Ils rajustèrent leurs vêtements. Le sorcier lui offrit son bras pour sortir et referma la porte sans bruit derrière eux.
« Alors ? Te faire prendre par ton professeur de potions sur son bureau, qu'est-ce que ça fait ? » demanda-t-il dans le couloir, de son inimitable voix grave. Hermione fit mine de lui donner une tape sur le bras en minaudant.
« Severus, arrête ! Tu n'es plus mon professeur ! Et de toutes façons, je ne pensais pas à toi comme ça quand j'étais ton élève. Enfin la plupart du temps.
– Tu ne m'as pas répondu, » insista-t-il en haussant un sourcil.
Elle le poussa contre le mur pour l'embrasser en passant les doigts dans ses cheveux noirs. Les talons la faisaient paraître bien plus grande, mais elle devait encore lever la tête pour atteindre sa bouche. Les amples robes de Severus masquaient leurs silhouettes enlacées. D'un large geste du bras elle les repoussa en arrière pour dévoiler ses jambes. Le sorcier jouait avec ses boucles sous la lumière. Pansy aurait une description assez nette de la conquête du directeur de Serpentard.
« Vantard ! Le meilleurs cuni de ma vie. Et tu le sais très bien. Content ?
– Très. Nous continuons dans mes quartiers ?
– Tu ne préparerais pas un peu de cette potion d'endurance ?
– Ça dépend de tes exigences, très chère.
– Te sucer sous la douche ?
– Laisse-moi une demi-heure. »
Pansy, ahurie, retourna dans sa salle commune avec de quoi alimenter les rumeurs qui avaient commencé à naître à voix basse au retour du dîner.
Merlin ! Leur directeur de maison était certes un peu plus conciliant avec eux qu'avec les autres maisons, il avait un minimum de patience pour leur donner des conseils, généralement judicieux, dans tous les domaines, mais de là à le trouver sympathique, et encore moins attirant, il y avait un fossé ! Qu'apparemment une ancienne élève avait franchi pour son plus grand plaisir.
C'était la fin de l'année et elle formait un couple d'animagi avec William, mais il y aurait sûrement des sixièmes années intéressées par l'information que leur directeur n'était pas de marbre et qu'il y avait peut-être moyen de coucher pour réussir.
Dès la porte de leurs quartiers fermée, le rire d'Hermione explosa :
« J'adore tes manigances, mon amour ! C'est très gratifiant !
– Allons chercher le contre-sort pour ta couleur de cheveux, par pitié !
– Tu voulais me parler d'une potion aussi ?
– Je ne parle pas potions avec les blondes. »
Le rire d'Hermione l'enveloppa.
Le lendemain au petit déjeuner, Severus souriait. Cette information fit rapidement le tour de la table des Serpentards. C'était du jamais vu.
La table des Griffondors ne remarqua pas le phénomène, trop occupée à dévisager Hermione, qui écoutait patiemment Lavande continuer à lui expliquer l'art subtil de la fellation. Quand la Préfète-en-chef prit une banane et s'appliqua à mettre en pratique ses conseils sur le champ en lui demandant très sérieusement de préciser un détail, de vérifier si sa langue tournait dans le bon sens, à quelle profondeur il fallait aller, Lavande commença à bredouiller, finalement un peu mal à l'aise que la leçon prenne une tournure si publique.
Bien sûr, Hermione s'abstenait à tout prix de regarder Severus. Elle n'aurait pas pu rester sérieuse. Mais du coin de l'oeil elle observait la teinte verdâtre que prenaient Harry et Ron. Le phénomène était intéressant. Neville fixait intensément son bol de porridge, essayant visiblement de ne surtout pas penser à quoi, ou qui, que ce soit. Oui, l'approche serpentarde avait des bénéfices certains.
Le mot qu'Hermione avait posté en même temps que la lettre pour Arthur Weasley arriva dans les mains de Severus parmi le reste du courrier. La remarque de son mari fit s'étrangler le professeur Flitwick, assis à côté de lui. Il tapa dans le dos du petit sorcier avec une sollicitude inhabituelle.
A la grande table, le professeur de potions s'amusait à observer l'air satisfait des Serpentards. Ils croyaient avoir gagné. Ils pensaient qu'il allait être plus détendu, moins strict, ou même qu'ils, ou plutôt elles, pourraient acheter leurs notes ou le faire chanter. Les regards, les murmures et les sourires échangés les trahissaient. Mais les petits crétins ne lui arrivaient pas à la cheville en matière de manipulation.
« Vous vous amusez bien, mon garçon ?
– Beaucoup, Albus. C'était un peu l'objectif, si je me souviens bien. »
De l'autre côté du directeur, Minerva observait le manège d'Hermione avec réprobation.
« Severus, vous avez une explication au comportement d'Hermione, ce matin ? Se donner en spectacle de façon aussi grossière !
– Elle prépare sa vengeance contre les pestes qui la harcèlent. »
Minerva parut surprise.
« Comment ça ? Elle ne m'a rien dit. Qu'est-ce qui se passe ?
– Plusieurs fois ses charmantes petites camarades l'ont humiliée en public en sous-entendant qu'elle n'était qu'une prude indigne et maladroite. N'est-ce pas Rémus ? »
Deux places plus loin, le loup-garou ne put que confirmer. Severus continua d'une voix cassante : « Je lui ai offert tout mon soutien quand elle en a pleuré dans la salle sur demande et des conseils pour remettre ces punaises à leur place. Les instincts animaux n'ont pas complètement disparu et personne ne fera du mal aux miens sans le payer. Chèrement. »
La directrice de Griffondor grimaça.
« Elles n'ont aucune chance. J'aurais presque pitié pour elles.
– Pas moi. Vous savez que malgré ce qu'on dit je suis très sensible au bien-être des élèves et intransigeant envers toute forme de harcèlement entre eux. »
Le rappel du manque de neutralité des professeurs quand c'était lui la victime des maraudeurs clôtura le sujet avec le bénéfice qu'Hermione aurait le champ libre pour l'accomplissement de leur plan.
Le reste de la matinée fut passé en révisions pour Hermione, et en recherches sur l'union des mains pour Severus. C'est ainsi qu'ils purent comprendre leur mariage fortuit. Severus rejoignit sa compagne sur le lit et lut à haute voix le passage qu'il avait trouvé :
« Exprimer à voix haute son désir d'épouser son partenaire et dans un cercle druidique affirmer à trois reprises l'appartenance de l'un à l'autre et inversement. Le contact des corps scelle l'union, qui est attestée par la déesse par des explosions de lumières dans le ciel au-dessus du couple.
– Je suis à toi, mon prince, et tu es à moi !
– Habituellement l'union est scellée par un baiser. Mais je doute que nous ayons pu être plus en contact que quand je t'ai déflorée.
– Avec des rituels aussi simple, en même temps, pas étonnant qu'on ait dérapé. Mais tu vois, je t'avais bien dit qu'à un moment il fallait dire quelque chose. Tu t'es trahi. Tu voulais vraiment m'épouser ! Et ça t'apprendra à être possessif !»
Il émit un grognement indistinct et changea de sujet.
« Je pensais retourner au laboratoire pendant que tu révises cet après-midi. Lupin doit avoir sa potion pour ce soir et je pourrai lancer une base pour notre potion. Est-ce que tu veux parler avec Poppy des différentes méthodes de contraception ? Si tu veux une potion mensuelle, il doit lui en rester du dernier lot que j'ai fait. Ou si tu préfères une potion de stérilité temporaire, je peux en profiter pour t'en préparer une. Tu ne peux pas prendre une potion du lendemain tous les jours.
– Tu ferais ça ? C'est une potion compliquée !
Il leva les yeux au ciel. « Rappelle moi la profession de ton mari ? Tu ne veux quand même pas que je te laisse aller chez l'apothicaire du coin acheter une potion avec un taux d'efficacité de 95% alors que je prépare le tue-loup tous les mois pour un simple collègue ?
– Je veux bien la potion de stérilité temporaire. C'est le plus simple et le plus efficace. Madame Pomfresh nous avait expliqué tout ça en troisième année. Il faudra que je la prenne dans une quinzaine de jours, au début de mon cycle. C'est ça ?
– Oui. Tu as une mémoire photographique ?
– Quasiment. Quand j'étais en primaire, la maîtresse a demandé à mes parents de me faire passer un test chez une psychologue. Elle a dit que j'étais surdouée. Ils ont toujours refusé que je saute une classe, en espérant que je m'intégrerais mieux avec des gens de mon âge. Résultat : harcèlement, phobie scolaire et un redoublement. C'est pour ça que je suis plus âgée. En recevant ma lettre de Poudlard, je me suis dit qu'enfin je trouverai des gens comme moi, qui m'accepteraient. Comme quoi, sorciers ou moldus, les gens sont les mêmes, au fond. »
Severus la serra contre lui. « Les gens sont des imbéciles, très chère. Les enfants et les adolescents sont les pires, si tu veux mon avis.
– Tu ne peux pas savoir combien j'apprécie le fait que tu me poses la question de la contraception ! Je serais avec quelqu'un de mon âge, il y aurait toutes les chances qu'il me demande plutôt si je veux aller au prochain match de Quidditch ou si allez, Mione, tu peux pas me faire juste une petite gâterie avant l'entraînement ? Et débrouille toi pour le reste, ce n'est pas mon problème. Severus, ne viens plus jamais sous-entendre que la déesse a mal choisi !
– Je reste un mâle, tu sais, ma vindicative sorcière, répondit-il en riant. Je ne te le demanderai pas comme ça, mais surtout ne te gêne pas si ça peut te fait plaisir.
– Tu vois ce que je veux dire, Severus ! Si je dis cunnilingus à Ron, il est capable de me répondre à tes souhaits !»
Non, décidément, un adolescent ne pouvait pas satisfaire Hermione Granger, se rassura Severus.
Harry, Ginny, Ron et Neville attrapèrent Hermione quand elle arriva dans la salle commune, sur le chemin du déjeuner. Harry avait été désigné porte-parole du petit groupe.
« Il y a un problème, Harry ? demanda Hermione, intriguée par son air mal à l'aise.
– Non, au contraire ! On ne sait pas trop comment vous le proposer à toi et ton... chéri. On a un cadeau pour... heu... ce qui s'est passé jeudi soir. Si vous êtes d'accord, il pourrait nous croiser par hasard près du lac. Cet après-midi ?
– Plutôt avant le dîner, il va travailler. » Elle articula sans bruit potion Rémus.
Harry sourit. « Super ! » Ginny regarda avec insistance les garçons, qui regardaient plutôt ailleurs. Un coup de coude et Harry se décida à ajouter : « Et on voulait te dire aussi... Tu sais, cette histoire de pari avec Millicent ? »
Hermione haussa un sourcil, s'attendant au pire. Harry fixait ses pieds.
« Je lui ai aussi lancé un défi : elle doit te demander ce que ton chéri sait faire avec sa baguette.
– Aie ! C'est bon Ginny ! ajouta Ron après un autre coup de coude de sa sœur. Et elle doit te le demander devant un témoin... On se disait que vu que tu es sur le sentier de la guerre, c'était aussi bien que tu le saches avant qu'elle te pose la question dans un couloir. Tu pourras réfléchir à comment te faire plaisir.
– Non mais c'est pas possible ! » Hermione enrageait.
« Mais Mione, c'était pour qu'elle se fasse ratatiner par … heu... son directeur de maison ! En fait c'était pour te défendre, comme qui dirait !
– Laisse tomber, Ron, tu ferais un très mauvais Serpentard ! Priez juste pour que je n'en parle pas à mon chéri avant qu'on se voit. Sinon c'est vous qui allez vous faire ratatiner ! Il est très protecteur.»
Hermione avait pu se calmer suffisamment pour réviser de façon efficace. Elle récupérait doucement son retard. D'après son rétro-calendrier, grâce aux cours qu'elle ne serait pas obligée de suivre, elle serait dans les temps. Globalement, les ASPICs se présentaient bien.
Severus avait ri à gorge déployée en apprenant les tentatives de ses amis pour coincer Millicent. Hermione était un peu vexée, mais il lui proposa une idée pour en tirer profit et elle admit qu'il y avait du potentiel dans la situation. Sans oublier la potion qu'il était en train de mettre au point. Elle ajouta donc une ligne sur son parchemin vengeance pour intégrer le défi.
En fin d'après-midi la sorcière sortit pour rejoindre ses amis près du lac. Luna lui fit remarquer qu'un mois avant les ASPICs elle paraissait plutôt sereine. Neville commenta la chambre commune que le château leur avait fournie, maintenant qu'ils étaient mariés. La perspective de sexe presque à la demande fit regretter à Ron de ne pas avoir fait d'union des mains.
Hermione proposa à Ginny et Hannah l'usage de sa chambre de préfète, à condition qu'ils se cantonnent au lit et ferment systématiquement les rideaux. Elle avait besoin de pouvoir utiliser la cheminée sans risque de tomber au milieu de leurs ébats.
Puis elle expliqua rapidement le plan d'attaque suggéré par Severus : qu'elle se comporte en serpentarde en utilisant son image d'oie blanche franche, avide de savoir et perfectionniste, pour manipuler Lavande et l'amener à se sentir mal à l'aise en public quand elles parleraient de sexe.
Quand Severus sortit du château, quelques temps après, les élèves étaient peu nombreux à traîner encore dehors. Il observa de loin sa compagne rire avec ses amis. Il allait devoir s'y faire, il verrait à l'avenir Potter et Weasley sûrement bien plus qu'il ne l'aurait souhaité.
S'approchant tranquillement, son masque impassible en place, il se plaça bras croisés à côté d'Hermione, face au petit groupe. Pour un œil extérieur, rien chez lui ne laissait deviner qu'il se tenait à côté de la femme qu'il aimait. L'effet fut un peu tempéré par le sourire radieux qu'elle lui lança et le regard complice qu'ils échangèrent furtivement.
Harry fut de nouveau mis en avant. Ne sachant pas si Hermione lui avait parlé de son défi, il n'était pas bien plus rassuré que la fois précédente. Avant toute chose, il lança un discret Muffliato et bredouilla : « Merci d'être venu, professeur. Compte-tenu de tout ce que nous avons appris récemment, que vous vous êtes mariés sans le faire exprès, tout ça, nous avons pensé que vous aimeriez peut-être tous les deux avoir des souvenirs plus nets du rituel. Alors nous avons tous extrait les souvenirs de jeudi soir où vous apparaissez et nous les avons mis en flacon. Comme ça vous pourrez les regarder et profiter de votre mariage en sachant que c'est votre mariage. Enfin, vous comprenez... »
Le jeune homme tendit au couple une boite contenant six fioles de verre. Severus la prit machinalement, surpris de leur geste. Hermione leur sauta au cou, embrassant ses amis les uns après les autres, les remerciant chaleureusement. C'était un geste émouvant, même pour le professeur de potions.
« Votre cadeau est très apprécié. Je suis touché que vous ayez pensé à ça, déclara-t-il gravement. Qu'est-ce qui vous a donné cette idée ? »
Harry sourit, rassuré. « Et bien, j'étais dans la tour d'astronomie avec Ginny et nous venions d'avoir confirmation que vous étiez les élus. Ginny a compris ce qui se passait quand il y a eu le deuxième feu d'artifice. La carte nous l'a confirmé : elle marquait Hermione Rogue. La mère d'Hannah était présente au rituel, alors nous savions qu'il ne devait y avoir que deux unions des mains. Vous étiez en train de vous marier peut-être sans le savoir. Et vous voyez, les photos sont importantes pour moi, je n'ai plus que ça de mes parents. Et je me suis dit que vous n'en auriez pas de votre mariage. J'ai trouvé ça triste. Alors j'ai emprunté l'appareil de Colin et... Tenez ! »
Il sortit les deux photos qu'il avait prises sous la cape d'invisibilité quand le couple était rentré dans le château.
« Je vous ai attendus sous la cape. Ce n'est pas tous les jours qu'on est élu pour un rituel de Beltane, je me suis dit que vous aimeriez avoir une photo.
– Les flashs, c'était toi, Harry ! » comprit Hermione.
Severus était captivé par les images qu'il voyait sur le papier. Le roi de la forêt et la reine de mai rentraient vers le château en se tenant la main, ils se regardaient avec un amour immense dans les yeux et le roi s'arrêtait pour embrasser la main de sa partenaire. Et dans l'entrée, côte à côte, ils se souriaient avant de regarder sans le savoir dans la direction de l'objectif, Hermione la tête contre son épaule.
« Ne vous inquiétez pas, professeur, Colin ne sait pas qui est sur les photos.
– Merci Harry, prononça-t-il lentement, la gorge un peu serrée. Merci à vous tous pour cette attention.
– Comment, professeur, vous connaissez mon prénom? se moqua gentiment Harry, impressionné par la réaction que son idée avait provoquée chez l'impassible sorcier.
– Si vous le dites, Potter, je serai obligé de vous empoisonner, » ironisa Severus, retrouvant son humour piquant. Le propos était tout de même adouci par un sourire en coin.
Hermione proposa de confier à Nibby le soin de rapporter les précieux objets dans leur chambre.
Avant de repartir, Severus les prévint : « Sachez que mon comportement aux prochains cours de potion ne sera pas dirigée contre vous mais contre mes Serpentards. Merci de jouer le jeu, mais rappelez-vous que ça fait partie de ma riposte envers eux, pas envers vous. »
Merci de nouveau à Lia9749 pour sa relecture ! Alors, ce début de vengeance, c'est à votre goût ? Rassurez-vous, il y en a encore dans le prochain chapitre !
