« Allons conquérir ce monde »

Erwin resserra sa main contre celle de Lilith, qui se rassit alors à ses côtés, un large sourire aux lèvres. Ils restèrent ainsi quelques minutes puis le beau blond déclara qu'ils feraient mieux de rentrer. Elle le regarda d'un air désabusé alors qu'il s'apprêtait à lui tourner le dos pour descendre du mur.

- Tu n'es pas sérieux là Erwin...? Tu ne vas partir comme cela ? S'inquiéta-t-elle.

Il ne comprit pas de suite la raison de son désarroi, alors même qu'il ressentait une large satisfaction d'avoir réussi à se raisonner. Encore quelques secondes de ce silence électrique, et il lui aurait vulgairement proposé de passer la nuit avec lui. Il y avaient beaucoup choses qui lui échappaient concernant la belle brune, mais il lui semblait clair qu'elle n'était pas à aborder comme les autres. Il n'avait nullement l'intention de la bousculer. Cela faisait des semaines qu'il la désirait, il pourrait bien attendre quelques jours.

- Non, vraiment, tu ne peux pas me faire une chose pareille ! Déclara-t-elle d'une voix claire avant de laisser échapper un petit rire.

Lilith se releva d'un mouvement fluide et rapide et lui fit face en arborant une expression qu'il n'avait jamais encore vu chez elle. Il sursauta légèrement lorsqu'elle glissa ses doigts à l'arrière de ta tête pour lui caresser les cheveux. Autant pour lui, peut-être avait-elle également eu sa dose de frustration. La jeune femme approcha lentement son visage de celui d'Erwin et s'apprêtait à lui murmurer quelque chose lorsque le militaire prit les devants.

Il fut certain d'entendre Liam s'étouffer en contre-bas du mur, tandis qu'il l'avait attiré à lui et déposé ses lèvres contre celle de la jeune femme. Il sentit la main tremblante de Lilith agripper son épaule et il remonta la sienne dans ses cheveux. Bien qu'il ne pouvait clairement le confirmer, Erwin aurait juré qu'elle souriait. Il y avait quelque chose de délicat dans sa manière de l'embrasser, et il se plut à remarquer qu'elle lâchait prise au fur et à mesure qu'ils approfondissaient leur baiser. Elle prit rapidement confiance. Et dire qu'il avait eu peur de la brusquer... Il prit note de ne plus s'encombrer de cette éventualité.

À bout de souffle, elle finit par mettre fin à leur échange mais ne se dégagea pas de l'étreinte d'Erwin. Il arborait un léger sourire et elle ne résista guère à l'envie de goûter ses lèvres à nouveau. Il plaqua alors délicatement ses deux mains de chaque côté du visage de la noble avant de répondre à son tour. Ils entendirent Roy leur hurler quelque chose qu'il furent ravis de ne pas entendre distinctement de là où ils étaient et finirent par se dégager l'un de l'autre.

- Il va organiser un vote, tu crois ? Se moqua Erwin qui n'avait guère perdu une miette de leur boutade au cours de la soirée.
- La prochaine fois, le vote. Ricana-t-elle. Pour tout te dire j'ai tenu à te voir le plus rapidement possible après l'obtention de la loi, mais je suis exténuée du voyage. La route n'est pas très belle jusqu'ici.

Elle planta son regard doré dans ses yeux azurs, scrutant la moindre de ses réactions. Mais Erwin se contenta de lui adresser un sourire et la salua. Elle trouva cependant sa voix plus rauque que d'habitude. Elle eut une étrange sensation.

- Qu'est-ce que c'est que cette voix ? Demanda-t-elle.
- C'est ma voix habituelle ?
- Non... Ce n'est pas ta voix habituelle. Celle-ci est plus rauque, plus intense. Tu l'as fait exprès. Habituellement, cela sonne comme un « bonne nuit » normal... Là je dirais que c'est davantage un « bonne nuit » : « c'est toi qui vois... » !
- Je ne savais pas que j'avais plusieurs nuances de « bonne nuit »... C'est très intéressant. Es-tu sûre que cela ne vient pas plutôt de toi ? Mais dans tous les cas je suis d'accord, « c'est toi qui vois »...Répondit-il, tout sourire.
- Ah ! Ça sonne exactement pareil, je savais que je ne l'avais pas imaginé. S'exclama-t-elle, satisfaite.

Elle lui caressa alors affectueusement l'épaule avant de lui demander si son offre de séjourner quelques temps au Q.G. était sérieuse. Il le lui confirma puis Lilith redescendit le mur avec ses deux acolytes, avant de rejoindre le reste de sa garde, au pied de la muraille. Si Liam eut la décence de ne pas faire de commentaires, Roy se fut une joie de taquiner sa Maîtresse. Elle l'écouta d'une oreille distraite. Rien de toutes les idioties qu'il pouvait dire n'auraient entaché le bonheur qu'elle ressentait à ce moment précis. Il l'avait accepté. Il l'avait choisi.

Le lendemain, Lilith et ses hommes rejoignirent le quartier général du Bataillon à cheval. Liam les mit alors en garde contre Hanji, et leur conta les horribles heures qu'elle lui avait fait subir en lui détaillant toutes ses recherches. Aucun des gardes de la Duchesse n'avait jamais vu de Titan, et le sujet les mettait quelque peu mal à l'aise. Il était plus facile de se concentrer sur leur vie citadine plutôt que de réfléchir à leur condition d'animaux, parqués entre des murs. Ils ne connaissaient pas la peur d'être dévorés.

Ils furent accueillis par la jolie Pétra, qui les accompagna dans l'écurie. Roy tenta une approche, mais la jolie soldate rousse le remit de suite à sa place, non sans lui préciser qu'il n'était pas du tout son genre d'homme. Le garde blond éclata alors de rire et intima à son collègue Tim, de tenter sa chance. Celui-ci lui asséna un coup de pied dans le tibia en lui demandant d'arrêter de le chambrer pour sa ressemblance avec le Caporal. Il n'en fut rien, bien évidemment.

Il était encore tôt, et Livaï leur proposa de prendre un café à l'intérieur une fois qu'ils eurent fait le tour de la propriété pour prendre leur marque. Erwin se joignit à eux et Lilith se réjouit que le militaire ne lui paraisse pas plus froid que la veille, même devant ses subordonnés.

- Bon, maintenant tu peux nous le dire, il est à toi ce château, Lilith ? Lui demanda le Major tout en lui tendant une tasse de thé.
- Techniquement, non. Il était au Marquis de Chlorba. C'était un héritage familial et disons pour faire simple qu'il me l'a offert. C'était il y a très longtemps, je ne savais quoi en faire et je n'aime pas particulièrement le coin, alors je l'ai légué au Bataillon. Je me suis dis qu'au vu de la forêt voisine, cela pourrait être intéressant pour vous.
- On t'offre souvent des châteaux, comme ça ? Demanda Hanji, hilare.
- Oui. Répondit simplement Lilith avant de déguster sa tasse de thé.

Liam demanda ensuite où était passé Mike, et Hanji lui expliqua qu'il était parti jeter un oeil aux nouvelles recrues de la 104ème brigade d'entraînement. C'était une vieille tradition entre eux, Mike se vantait de pouvoir reconnaitre trois personnes qui les rejoindraient, d'un seul regard. Il partait donc toujours quelques jours avant la fin de leur entraînement pour les jauger et faire son choix. Bientôt, leurs deux longues années de formation prendraient fin, et les jeunes soldats pourraient choisir leur corps d'Armée. Bien sûr, peu décideraient de rejoindre le Bataillon. La plupart visaient les Brigades Spéciales, afin de profiter d'un statut honorable, mais surtout de la sureté des murs. Ceci étant dit, seuls les dix premiers de chaque brigade pouvaient avoir ce privilège.

Lilith ne s'était jamais intéressée à ce processus, mais elle tenait à savoir comment Erwin parvenait à les embrigader. Ce dernier lui répondit qu'il avait l'habitude de dispenser un discours fort avant de les laisser choisir. Elle fut très curieuse du choix de ses mots, et il lui proposa d'assister au recrutement lorsqu'il se rendrait sur place.

Lilith sentit un regard lourd et emplis de sous-entendus peser sur elle. Elle devina sans difficulté qu'il s'agissait de Hanji et elle lui répondit par un superbe sourire. Le claquement de langue que Livaï ne put s'empêcher de faire en guise de désapprobation ne lui échappa guère, mais elle ne fit aucune remarque. Elle espéra qu'il ne soit pas plus désagréable que de raison à ce sujet. Une énième dispute entre ses gardes la fit sortir de ses pensées. On venait de leur annoncer que les chambres mises à leur disposition regroupaient trois lits chacune. Un véritable drame.

- Impossible que je partage une chambre avec toi, plutôt mourir. Déclara Tim à l'égard de Roy, avec qui personne ne semblait vouloir dormir.
- La simple idée me répugne. Tu ne sais pas vivre. Poursuivit le grand garde brun.
- Ghérart, si c'est parce que la dernière fois tu m'as surpris en train de me...
- Je dors avec Hans et Tim. Le coupa Liam à la plus grande satisfaction du quadragénaire qui se voyait mal continuer cette conversation avec Roy.
- Ah bon ? Je croyais que tu dormirais avec Lilith moi... Il y a des chambres de quatre ? S'étonna le garde blond.
- Je ne dors JAMAIS avec vous. Rectifia la Duchesse, exaspérée.
- Ghérart n'est pas considéré comme une personne alors ? Marmonna Tim.

Roy lui adressa un sourire lumineux en lui susurrant qu'il était fier de lui. Tim grimaça.

- Ça ne compte pas, non. Ghérart me connait depuis que j'ai douze ans... Vous allez arrêter de vous comporter comme des enfants ?
- Lilith a raison, trouvons une solution calmement. Tempéra Hans avec son habituel timbre de voix clair et rassurant.
- C'est toi la solution, Hans. Tu dors avec Ghérart.
- Hors de question ! S'étouffa ce dernier.

Erwin intervint alors, à la grande surprise du groupe.

- Je sens beaucoup de tensions entre vous. Pourquoi ne pas aller vous calmer dehors ?

Lilith se décomposa. Que venait-il de dire ? Mesurait-il la gravité de la situation ? Elle n'eut pas le temps de le contredire que ses gardes se précipitèrent dehors tout en relevant leurs manches. Erwin remarqua son inquiétude et la rassura.

- Tu sais, il vaut mieux que ça sorte, fais-moi confiance, j'ai de l'expérience en la matière. Laisse-les se défouler un peu et ça ira beaucoup mieux par la suite.
- Est-ce que tu sais la différence entre tes soldats et mes gardes ? Demanda-t-elle subitement.
- Le savoir vivre ? Non... Le respect. Oh, je sais : une vraie maîtrise de soi. Railla le Caporal, un sourire en coin.

Lilith allait lui rendre son sourire narquois lorsqu'un vacarme inquiétant attira leur attention. Ils aperçurent alors les cinq gardes de la Duchesse s'entretuer à travers la fenêtre. Liam venait d'allègrement jeter Tim contre la paroi d'une cabane en bois, qui avait cédé sous la violence du coup.

Roy profita alors que le brun vérifie que son collègue ne se soit pas éventré avec un morceau de bois pour lui asséner un violent coup de pied dans le ventre. Il bloqua son attaque, ce qui fit rire le garde blond, visiblement excité, tandis que Ghérart se jetait sur eux. Il voulut mettre Roy à terre mais ce dernier était bien trop agile et rapide pour se laisser avoir de la sorte. Ghérart réussit cependant à lui porter un coup de poing violent dans l'abdomen, et le blond répliqua avec un coup de pied en pleine tête. Quant à Hans, il semblait tenter de les raisonner et se tenait aux côtés de Tim, encore sonné. L'état de leurs vêtements trahissait qu'ils se battaient déjà depuis un moment.

- ÇA SUFFIT ! Hurla Lilith après être précipitamment sortie par la fenêtre donnant sur cette triste scène de guerre.

Étonnement, ils se figèrent tous et reculèrent légèrement les uns des autres.

- Liam, on ne jette pas ses collègues contre des cabanes ! Tim, quoi que tu aies fait pour mériter ton vol plané, ne le refais plus jamais. Ghérart pour l'amour du ciel je pensais que je pouvais compter sur toi ! Enfin, Roy, arrête de sourire ! On dirait un psychopathe !

Elle rejoignit alors le seul garde qui n'avait pas pris part au combat, Hans et l'enlaça en guise de remerciement. Roy s'avança ensuite jusqu'à l'arbre le plus proche et se tapa violemment la tête contre le tronc. Lilith le fixa un instant sans rien dire, horrifiée.

- Mais qu'est-ce que tu viens de faire ?
- Je suis le seul à ne pas être amoché... C'est pour calmer les tensions, comme tu le souhaites... Comme ça les autres se sentent moins nuls...
- JE VAIS TE BUTER ! S'étrangla Tim qui venait de reprendre ses esprits et s'était relevé.
- PLUS PERSONNE NE BOUGE ! Hurla de nouveau Lilith à plein poumons.

Elle reprit sa respiration et poursuivit d'une voix calme mais autoritaire.

- Ne vous parlez plus. Si c'est pour vous insulter ou pire vous battre, je ne veux plus vous voir vous adresser la parole est-ce que c'est clair ? Maintenant allez-vous rincer, parce que vous êtes tous un mélange dégueulasse de terre et de sang. Je ne veux plus vous voir dans cet état.

Les cinq hommes hochèrent la tête et marchèrent silencieusement jusqu'à la petite rivière pour se débarbouiller. Lilith revint alors dans le château en repassant par la fenêtre. Livaï la toisait d'un air sceptique. Elle redoutait sa réplique.

- À défaut d'être disciplinés au moins ils te respectent. Fit-il remarquer.

Était-ce un compliment ? Elle ne put s'empêcher de sourire. Elle s'excusa du grabuge auprès du Bataillon qui semblait s'être beaucoup amusé de la scène.

- Et donc, la grande différence entre les soldats et tes gardes ? Reprit Erwin.
- Ils se détestent, et ce sont tous des assassins. Répondit Lilith.
- C'est un paramètre important effectivement. Admit le Major.
- C'est qui le plus fort selon toi ? Demanda Hanji d'une voix trop enthousiaste.
- Ça dépend sur quel critère... Force brute, ou agilité et intelligence comprises ?
- Lequel était le meilleur assassin ? Précisa-t-elle tout en replaçant ses lunettes.
- Roy. Il est dangereux lorsqu'il n'est pas canalisé.

Erwin parut un instant réfléchir puis prit la parole de nouveau.

« Et s'ils prenaient part à nos entraînements physiques demain ? »