Bonjour à tous ! :)

Je suis contente de poster enfin ce chapitre, qui m'a donné plus de fil à retordre que j'imaginais mais qui me semble à peu près cohérent maintenant ! J'espère que la lecture vous plaira.

Un graaand merci pour vos reviews, c'est super agréable d'avoir des avis sur ce qu'on écrit :) Je suis vraiment heureuse de construire cette histoire, même si j'ai aussi hâte d'y mettre un point final pour me concentrer sur un projet personnel (en parallèle de mes autres fics bien sûr).

grimm-jenn et oui Nerys est malheureuse, et Fred aussi (même si elle ne s'en rend pas compte) ! Désolée pour la déception, mais je suis contente que tu te prennes autant dans l'histoire ^^ j'espère que la suite te plaira, on arrive bientôt au bout, alors fin heureuse ou pas ? A voir :p

Aline merci beaucoup pour ton message :) Je suis toujours ravie de savoir que mon histoire peut plaire; ça prend du temps d'écrire et aussi de poster ici, donc j'ai moins l'impression de faire ça "pour rien" (même si on écrit avant tout pour soi-même). J'espère que ce chapitre te plaira :D

audelie je ne peux pas infirmer ou confirmer tes théories, mais tu vas avoir quelques réponses dans ce chapitre :p encore que ce n'est pas le fin mot de l'histoire ! Merci pour ta review :)

Flopette ahaha oui Fred n'a aucun tact et ces deux-là ont vraiment du mal à se comprendre ^^ C'est vrai que Nerys ne s'exprime pas beaucoup, elle n'est pas habituée à ça ! Qui sait, peut-être que ça va venir :p

Ellima black ahah la pauvre Nerys n'est pas très courageuse et pas très à l'aise avec ses émotions :p Et oui ils se font du mal, mais on fait souvent du mal aux gens qu'on aime ! J'espère que cette suite te plaira :)

Helo. Pcd j'ai une passion pour les jumeaux (et tout un tas de personnages secondaires) et je suis déçue qu'ils soient pas plus "utilisés" aussi :) C'eslt clair que Nerys est hésitante.. ! Cela dit elle est dans une position difficile. Gale n'est pas si méchant mais il a trop tendance à se prendre pour le grand chef qui doit contrôler tout le monde... Pour Amadeus, c'est effectivement ce que je voulais démontré. Ca casse l'image "prince charmant" qu'elle avait de lui. J'espère que la suite (et fin) de l'histoire te plaira :) Merci pour ton avis :D

Shadedwords je vois que tu en es à la lecture des anciens chapitres, donc tu ne verras pas ça tout de suite, mais merci pour tes reviews et tes encouragements :D Surtout que tu vises juste avec tes analyses ;)

Sur ce, je vous souhaite à tous une bonne lecture, et au plaisir d'avoir vos retours sur ce chapitre :p !


CHAPITRE 22 : FEVRIER (2)


- Tu as été collée par Hagrid ? Lâcha Finn avec une incrédulité bruyante.

D'un regard, Nerys lui intima l'ordre d'être plus discret. Elle n'avait aucune envie que toute la bibliothèque soit au courant ! Elle se sentait déjà assez honteuse comme ça, inutile de rajouter des regards curieux et des questions gênantes. Elle n'en voulait cependant pas à Finn puisque sa surprise était légitime : Rubeus Hagrid n'avait jamais mis le moindre de ses élèves en retenue. Nerys Avery était la première et cette information n'améliorait nullement son humeur. En sept années de scolarité à Poudlard, elle n'avait jamais fait le moindre pas de travers - ou de moins n'avait jamais été prise sur le fait. Son exemplarité légendaire lui avait valu son badge de préfète et elle se sentait idiote d'avoir finalement écopé d'une heure de retenue.

- Mais pourquoi ? Rajouta t-il d'un ton plus bas.

A la droite de Nerys, Olivia s'agita sur sa chaise. Elle, elle savait pourquoi.

- Ses créatures ont pris peur à cause de moi... Et je me suis perdue dans la forêt, contre ses instructions.

Même si sa gêne était au maximum, Nerys était encore trop en colère à la pensée de ce souvenir pour rougir. Elle avait pris la fuite face à Fred mais sa fugue ne s'était pas aussi bien passée qu'elle l'aurait souhaité : incapable de retrouver son chemin dans une forêt, elle s'était perdue. Le garde-chasse l'avait retrouvé quand elle avait commencé à paniquer (ça n'avait mis que quelques minutes) et il lui avait fait rejoindre les autres élèves. Nerys était trop rageuse pour oser parler à qui que ce soit (et les autres probablement trop gênés pour l'approcher) donc personne ne lui avait rien dit. La malaise n'avait pas duré longtemps car Hagrid avait écourté le cours : les créatures s'étaient cachées en entendant les éclats de voix de Fred et Nerys et ne ressortiraient pas avant des heures. Il avait néanmoins pris le soin de préciser à Nerys qu'elle était collée et c'était la première fois de sa vie que la Serpentard avait vu Hagrid dans cet état : il semblait osciller entre l'agacement et la déception. C'était un peu le même genre de regard que lui jetait Chourave quand Nerys malmenait l'une de ses plantes. Elle devait avoir un don pour déclencher ce genre de réaction.

- Mais pourquoi ? Insista Finn.

Le Serdaigle était curieux; c'était probablement son principal défaut. Nerys ne se sentait pas le coeur de lui répondre : elle n'avait aucune envie d'évoquer Fred ou leur conversation. Non seulement cela risquait de raviver de vieux souvenirs douloureux, mais en plus elle avait peur que cela ouvre la voie à des questions indiscrètes. La conversation ne prenait pas une tournure facile même si, paradoxalement, Nerys était soulagée de pouvoir se confier à ce sujet. Son amitié avec Finn et Olivia était toute récente mais elle réalisait quels bienfaits celle-ci lui apportait. Avec eux, elle pouvait se laisser aller à plus de naturel et se confier sans risquer d'être jugée. Gale, Adrian et Briséis étaient ses amis aussi mais leurs rapports étaient plus complexes : elle ne pouvait pas tout leur dire ni tout leur avouer; sinon elle aurait dû en payer les conséquences. Elle ne leur avait rien dit pour la retenue et ne comptait pas le faire.

Olivia, qui avait assisté à toute la conversation en silence, vola au secours de Nerys.

- Elle s'est expliquée avec Fred, et je crois qu'elle ne veut pas en parler.

On pouvait toujours faire confiance à la petite Poufsouffle pour mettre un maximum d'informations et d'honnête en un minimum de mots. Nerys s'inquiéta que son ami puisse se montrer encore plus curieux mais Finn n'insista pas. Ouf ! Elle songea qu'il devait savoir le sujet sensible, et que Olivia avait dû lui glisser quelques informations au sujet de sa relation avec Fred. Elle n'était pas vexée de cette diffusion de l'information auprès du Serdaigle : elle était habituée à plus de secrets entre amis mais cette confiance et cette transparence collective avait quelque chose d'agréable.

Nerys baissa la tête, soulagée de mettre un terme à ce sujet. L'évocation du nom de Fred lui avait donné des frissons... Quand était-elle devenue si sensible ?

Ils se remirent au travail tous les trois pendant plusieurs minutes, jusqu'à ce qu'une nouvelle interruption les distraient.

- Salut.

Ils s'interrompirent d'un même mouvement et Nerys releva la tête vers le visage fermé de Briséis. Elle lui trouva un air moins assuré qu'à l'ordinaire : peut-être qu'il subsistait encore un certain malaise avec Finn. Elle n'avait pas osé aborder clairement le sujet avec son amie mais elle pensait que l'invitation de Finn avait dû déstabiliser Briséis; et si il y avait bien une chose que Briséis Fawley détestait, c'était de perdre le contrôle. Il lui avait sans doute fallut quelques jours pour dissiper ses doutes et sa gêne et faire de nouveau face à Finn.

Une seconde passa, pleine de malaise et d'hésitation, et finalement Finn retrouva sa bonté et son entrain habituel :

- Tiens, salut Briséis ! Toujours sur les runes ?

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Nerys était distraite et ne parvenait pas à lire plus de deux phrases de son bouquin à la suite. Ses pensées déviaient sans cesse vers Fred mais ne lui provoquaient plus ni colère ni tristesse. Elle se sentait plutôt lasse, comme après une journée très forte en émotions qui laisse le coeur vide. Elle se repassait en boucle des souvenirs dans sa tête, mais s'attardait plutôt sur les plus récents - et les plus désagréables. Elle aurait aimé comprendre le comportement de Fred mais elle avait du mal à savoir ce qu'il pensait : il avait des comportements si contradictoires ! Il se souciait suffisamment d'elle pour venir la voir en pleine nuit à l'infirmerie pour discuter, mais était assez indifférent pour ne rien ressentir de leur éloignement. Ca n'avait aucun sens ! Malheureusement, Nerys n'avait jamais été très douée en relations amoureuses : pour elle, cet aspect-là se limitait à se trouver un mari et lui être dévouée pour toujours.

Elle releva les yeux pour observer ce qui se passait autour d'elle. La salle commune avait quelque chose de calme et d'envoûtant quand on parvenait à faire oublier sa présence. Elle était installée sur une petite table dans un coin sombre de la pièce - la seule place qui restait disponible quand elle s'était installée. Depuis plusieurs minutes, la pièce se vidait petit à petit : certains élèves partaient pour rejoindre la Grande Salle pour le dîner.

Le regard de Nerys glissa jusqu'à Gale et Evey, installés dans deux fauteuils rapprochés qui discutaient. Un regard extérieur neutre n'y aurait vu que deux amis heureux de se retrouver, mais la façon dont Evey rejetait ses cheveux en arrière à chaque instant ne trompait pas sur ses intentions. Gale était moins hermétique qu'à l'ordinaire : Nerys pouvait presque lire le désir et la chaleur dans ses yeux. Elle était certaine que ce qui s'était passé entre eux - peu importe ce qu'était la nature de cette relation - était terminé mais ça ne voulait pas dire qu'ils étaient indifférents l'un à l'autre.

- Alors Avery, il parait que quelqu'un a remis Weasley à sa place.

La voix de Drago Malefoy retentit et Nerys se raidit.

L'évocation de Weasley fit accélérer son coeur de stress et d'angoisse : l'héritier Malefoy faisait-il référence à la scène en cours de Soins ? Calloway et Callaghan s'étaient-ils montré bavards ? Ils avaient eu tout leur temps entre le cours du vendredi passé et la journée d'aujourd'hui - mercredi - mais Nerys n'avait rien entendu à ce sujet. Jusqu'à présent.

- Comment ça ? Demanda t-elle sur la défensive.

Elle maîtrisa assez son émotion pour la cacher.

Drago s'installa sur l'accoudoir de son fauteuil, dans une posture fort peu élégante pour quelqu'un d'aussi distingué. Instinctivement, Nerys se renfonça dans son siège. Elle n'avait aucune envie de se montrer plus proche de Drago Malefoy. Elle lui portait une affection enfantine - celle de l'avoir vu grandir - mais ils n'étaient pas amis pour autant.

- J'ai entendu dire que Dylan avait mentionné le sort du père Weasley - et que tu as eu la chance d'y assister. J'aurais aimé voir leurs têtes ! Ricana Drago.

Il semblait sincèrement se délecter de l'image des Weasley blessés, ce qui agaça profondément Nerys. Enfant il avait été tout à fait charmant et elle était convaincue que son comportement odieux était plus lié à de l'idiotie qu'à de la véritable méchanceté. Il faisait exactement ce qu'on attendait de lui, sans se poser plus de questions. Sa docilité le rendait cruel malgré lui.

- Oui.

Elle ne se sentait pas capable de mentir et de faire semblant de se réjouir, alors elle se contenta d'une réponse brève.

- J'ai hâte qu'on puisse vraiment faire quelque chose contre ces gens-là. J'espère que les Weasley y passeront les premiers.

Drago était un grand bavard qui s'intéressait peu à ce que disaient les autres. Une fois sa réflexion faite, il se releva et s'éloigna avec la petite Parkinson.

Nerys resta songeuse. Elle ne savait pas très bien comment interpréter les remarques de Drago : est-ce de simples souhaits macabres ou de véritables menaces ? Maintenant, elle acceptait plus facilement l'idée que le Seigneur des Ténèbres était de retour; elle pouvait y penser sans avoir une crise d'angoisse. Mais la panique laissait place à des interrogations sans fin, et dont les réponses qu'elle imaginait n'avaient rien de réjouissantes.

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- Tu veux venir à Pré-au-Lard avec Finn et moi ?

Nerys se mit à rougir en entendant la proposition d'Olivia. Elle en était flattée bien sûr, mais elle se sentait gênée de ne pas pouvoir dire "oui" à la Poufsouffle. Les sorties à Pré-au-Lard se passaient toujours de la même façon pour elle : avec Gale, Adrien et Briséis ils allaient à leur pub habituel et faisaient quelques achats. Cette habitude pouvait être lassante mais elle l'appréciait. Elle était persuadée que si elle avait prévu d'autres plans, ses amis auraient été vexés; et elle ne pouvait décidément pas regrouper tout ce monde-là.

- J'aurais bien aimé mais j'y vais déjà avec Gale et les autres.

Leur conversation fut interrompue par l'arrivée de Hagrid. Il semblait d'humeur assez maussade et Nerys se sentit irritée par son apparition : sa retenue lui restait en travers de la gorge. Elle ne savait pas encore ce qu'il avait prévu pour elle : elle allait sûrement en savoir davantage bientôt. Elle espérait que la retenue n'impliquerait pas une promenade dans la forêt.

- Bonjour à tous ! Aujourd'hui nous allons étudier les jackalopes.

Nerys fronça les sourcils. Ces créatures - des lièvres à cornes - étaient au programme de la cinquième année et ils les avaient déjà étudié. Soit Hagrid était très distrait, soit il s'intéressait peu au fait de leur apprendre de nouvelles choses. Elle croisa le regard contrarié de Calloway, qui devait penser la même chose qu'elle, mais même la Serdaigle n'osa pas protester.

Ils se regroupèrent autour du couple de jackalopes enfermés dans une grande cage pour les observer et prendre des notes comme à leur habitude. Hagrid ne leur avait donné aucune instruction et semblait rêveur : à n'en pas douter, il était distrait. Assez pour ne pas s'intéresser à son rôle de professeur à cet instant précis. Elle était curieuse de savoir ce qui pouvait amener Hagrid, toujours si enthousiaste à l'idée d'enseigner à de jeunes élèves, à être de si mauvaise humeur. Elle se désintéressa de lui lorsque les jumeaux s'éloignèrent du petit groupe pour aller bavarder avec leur professeur : elle n'avait aucune envie de croiser le regard de Fred.

- Ca va Nerys ?

C'était Callaghan, qui s'était approché d'elle avec un sourire sincère. Nerys fut surprise de sa question : ils s'entendaient bien comme des camarades de classe mais ne prenaient pas des nouvelles l'un de l'autre. Ils ne s'appelait pas par leurs prénoms non plus. Elle réalisa qu'il tentait sûrement de se montrer gentil avec elle, de sympathiser. Elle fut flattée de l'attention et lui répondit gaiement.

Ils bavardèrent un petit peu. C'était une conversation banale mais Nerys réalisa que cela lui réchauffait le coeur. Depuis quelques jours elle se sentait d'une meilleure humeur générale : ses pensées n'étaient pas fixées chaque seconde sur Fred (même si il ne restait pas plus de cinq minutes loin de son esprit..) et elle arrivait à apprécier les choses simples de la vie. Elle avait retrouvé ses amis comme avant, elle s'entendait bien avec plusieurs élèves qui n'étaient pas de son cercle, et un week-end à Pré-au-Lard s'annonçait ! Visiblement un coeur brisé finissait toujours par guérir.

La conversation avec Callaghan se fana rapidement une fois les banalités passées; ils n'étaient pas assez proches pour parler pendant des heures. Néanmoins Nerys tenait à lui dire quelque chose avant qu'il ne s'éloigne :

- Au fait, merci de n'avoir rien dit. Pour... ma retenue.

Nerys acheva ses remerciements avec un sourire. Ce n'était pas vraiment la retenue qu'elle visait, mais plutôt son altercation avec Fred. Aucun autre élève de Poudlard ne savait que Nerys Avery et Fred Weasley s'étaient vivement disputés, ce qui voulait dire que Callaghan et Calloway n'avait pas ébruité l'événement. Sans compter que les deux Serdaigles devaient être assez intelligents pour faire l'addition et comprendre ce qui se cachait derrière les mots de Nerys. Cette dispute avait presque été un aveu de leur relation en public... Heureusement que le dit-public était composé de gens discrets et assez gentils pour ne pas répandre la rumeur partout.

- De rien, on est pas très commérages, répondit Callaghan en haussant les épaules.

Pour lui, ce n'était sûrement rien. Même si il imaginait que Fred et Nerys avait une relation secrète, ce n'était rien de plus pour lui qu'une amourette honteuse. Il ne devait pas comprendre tous les enjeux pour elle, ni à quoi point son silence était important.

Il s'éloigna, reprenant place auprès de Calloway et Nerys repartit dans ses notes.

Au bout d'un moment, elle ne trouva plus rien à griffonner sur son parchemin et elle réalisa que ses camarades s'étaient arrêtés également. Hagrid, distrait mais pas aveugle, leur donna une vague consigne pour les occuper de nouveau quelques instants. Visiblement son objectif n'était pas de faire un cours intéressant.

- Comparer vos notes... Essayez de lister tout ce qui caractérise les créatures.

Peu emballés mais pas rebelles, ils commencèrent l'exercice et se regroupèrent en cercle pour discuter entre eux. Nerys se retrouva entre Olivia et George, et elle tenta tant bien que mal d'ignorer le regard que Fred faisait peser sur elle. Elle était gênée de cette attention, et un peu agacée à l'idée qu'il cherchait sans doute à la provoquer. Son coeur se serra d'un pincement. Elle aurait tant aimé que les choses soient différentes - plus simples. Et en même temps, cette difficulté qui les éloignait ne venait-elle pas de lui prouver que Fred se fichait éperdument d'elle ? Peut-être que c'était un mal pour un bien.

Calloway tenta d'orienter la discussion sur les lièvres cornus mais tout le monde répondit par un même soupir : pour une fois, ils avaient l'occasion d'être dissipés sans risquer les reproches du professeur. Callaghan détourna son attention et Fred sembla vouloir bavarder avec Olivia en s'avançant vers elle.

Nerys se retrouva donc en tête-à-tête avec un George Weasley à l'expression fermée. Aïe !

Elle savait que George ne l'avait jamais réellement apprécié. Pour lui, elle n'était qu'une préfète coincée aux idéaux fermés. Elle comprenait qu'il ait cette image d'elle - beaucoup l'avait à Poudlard - mais cette pensée la dérangeait. Elle était préfète, et elle n'était pas aussi délurée que lui c'était certain, mais elle n'était pas aussi détestable qu'il semblait le croire. Elle se demanda si Fred lui avait tout révélé sur leur relation. Probablement. Comment George avait réagi ? S'était-il moqué ou avait-il tenté de ramener son jumeau à la raison ?

Elle aurait pu l'ignorer mais tant d'impolitesse manifeste la dérangeait. Elle tenta de faire la conversation : le faire avec George Weasley n'était pas aisé, mais elle avait été habituée à cet exercice toute sa vie.

- Tu vas à Pré-au-Lard ce week-end ?

C'était le sujet de conversation du moment, alors elle en profitait même si elle se doutait bien de la réponse. Tous les élèves allaient à Pré-au-Lard ! Pour elle ce n'était qu'une excuse pour lui parler au lieu de plonger dans un silence pesant qui aurait rendu l'atmosphère générale désagréable.

Mais son interlocuteur ne sembla pas comprendre ses intentions :

- Pourquoi ? Tes amis veulent nous tendre un guet-apens ?

George était plus moqueur que méchant mais sa question avait un fond de vérité. Les amis de Nerys étaient ceux qui tourmentaient le plus les jumeaux Weasley, depuis toujours. Et dernièrement la querelle enfantine semblait avoir pris une nouvelle tournure avec les remarques glaçantes de Dylan au sujet du père Weasley. Nerys avait toujours songé que cette rivalité teintée de provocations et d'insultes sans fondement s'évanouirait une fois le château laissé derrière; maintenant elle en doutait. Le retour du Seigneur des Ténèbres ne serait-il pas l'occasion de poursuivre une animosité d'adolescents ? C'était ce qu'elle craignait le plus, et la seule chose capable de la faire encore paniquer.

Elle chassa donc l'idée loin de sa tête et décida d'aborder les choses sous un nouvel angle.

- Non, pas du tout, mes amis et moi nous allons toujours à notre pub habituel. Ce n'est pas très loin de la Tête de Sanglier.

C'était un test. George souleva les sourcils. Il devait comprendre l'allusion. Nerys avait déjà aperçu les gens du groupe secret à la Tête de Sanglier des mois plus tôt. Déjà à l'époque, elle s'était demandé ce que faisait tout ce monde-là. Maintenant cette première réunion lui semblait être un indice.

Elle avait gardé le groupe secret dans un coin de sa tête et se demandait toujours, de temps en temps, ce qui pouvait réunir tous ces élèves. Elle n'avait aucune idée de qui se passait mais elle n'avait rien dit à Ombrage. Elle faisait profil bas même si elle savait qu'à un moment ou à un autre, la petite femme en rose reviendrait vers elle. Il faudrait qu'elle explique qu'elle ne savait rien de plus - peut-être qu'alors Ombrage la laisserait tranquille en songeant qu'elle était une incapable.

- Je ne te comprends pas et je ne comprends pas à qui tu es loyale, lui dit finalement George.

Elle prit une seconde pour réfléchir à la question, et la réponse s'imposa d'elle-même.

- A moi-même.

Il y eut un instant de silence. Nerys observa Calloway et Callaghan parler ensemble avec cette intimité qui leur était particulière, et Olivia et Fred qui s'échangeaient de grands sourires. Son estomac se tordit de jalousie alors elle préféra détourner les yeux.

- Tu t'es fait plein de nouvelles relations, remarqua George.

Peut-être que lui aussi tentait de faire un effort pour faire la conversation. Nerys ne savait pas très bien si il faisait allusion à Fred, ou plus généralement à ses nouveaux amis (Finn et Olivia) alors elle préféra botter en touche.

- Que veux-tu, je suis devenue très populaire. Tu es jaloux ?

Il n'y avait pas de raison pour que George Weasley soit le seul à s'amuser avec quelques provocations. Ce n'était pas bien méchant. Les jumeaux Weasley étaient parmi les élèves les plus populaires du château, alors que sans son rôle de préfète personne n'aurait jamais fait attention à Nerys. Elle n'était pas jalouse de cette popularité, bien au contraire. Elle aimait vivre son existence paisiblement et se concentrer sur la poignée d'amis qu'elle avait.

- Vu tes fréquentations habituelles je ne pense pas.

Un sourire accompagnait sa remarque; il ne tentait pas de se rendre désagréable, il faisait simplement une constatation.

- Peut-être que tu n'aimes pas mes amis, mais tu ne les connais pas vraiment. Parfois il faut voir au-delà des préjugés.

Et elle lui fit un sourire également, fière de sa remarque qui lui semblait si vraie. George ne l'aimait pas parce qu'il restait fixé sur les préjugés qui la caractérisait; peut-être qu'il ne l'aurait pas aimé même si il l'avait connu, mais il ne pouvait pas dire que cette animosité était liée à sa personnalité.

Elle était presque certaine d'avoir gagné la partie, mais ce fut George qui porta le coup final :

- C'est marrant de dire ça, pour quelqu'un qui s'accroche si fort à son éducation.

Cette fois-ci pas de doute : George faisait référence à Fred et il savait tout.

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Hagrid lui avait demandé de le rejoindre dans le parc à vingt heures ce vendredi-là sans plus de précision. Elle décida de s'y rendre avec cinq minutes d'avance pour ne pas froisser davantage le garde-chasse, après avoir mangé rapidement son dîner. Briséis et Gale s'étaient montrés curieux de son empressement; elle avait donc inventé le prétexte d'un devoir de cours de Soins à faire en urgence, et qu'elle passerait la soirée à travailler. Elle n'avait pas précisé elle travaillerait : elle craignait trop que Gale fasse un tour à la bibliothèque et s'aperçoive qu'elle n'y était pas. Et si quelqu'un l'apercevait se rendant au parc, elle pourrait prétexter que c'était pour le devoir ! Elle était très fière de son mensonge.

Il faisait nuit lorsqu'elle sortit du château (à part les rayons de lune) mais cette obscurité était plutôt agréable. La nuit était synonyme de calme et de tranquillité. En plus, Hagrid ne risquait pas de lui demander d'aller dans la forêt en pleine nuit et ça, c'était déjà un réconfort ! Aller en retenue était moins déprimant que ce qu'elle imaginait. Elle était presque contente d'avoir du temps loin de son quotidien; ce n'était sûrement pas une tâche agréable qui l'attendait (sinon la retenue n'aurait eu aucun intérêt) mais peut-être qu'elle aurait le mérite de lui occuper l'esprit. Elle ne disait pas non au moindre prétexte pour se sortir Fred de la tête.

Elle arriva finalement devant la cabane de Hagrid qui était occupé à ramasser quelque chose dans son potager. Nerys l'observa un instant en silence. Ce travail de la terre n'était pas du tout familier pour elle, et encore moins à la méthode moldue. Hagrid n'utilisait pas de magie et sa faculté d'adaptation à un univers de sortilèges l'étonnait. Le garde-chasse était maladroit et sans grâce mais il était extrêmement débrouillard - un bon point pour lui.

- Bonsoir, professeur.

Sa voix brisa le silence et Hagrid se tourna vers elle. Son visage était ouvert, presque souriant. Il semblait de très bonne humeur et elle était contente : peut-être que ce serait une retenue pas trop désagréable. Il essuya ses mains pleines de terre directement sur le bord de sa cape, ce qui acheva de faire penser à Nerys qu'elle et Hagrid étaient aussi différents que possible.

- Ah miss Avery, vous voilà. Il manque Fred et vous pourrez commencer.

Nerys tiqua : Fred ? Fred Weasley ?

Elle haussa les sourcils d'étonnement mais il ne sembla pas remarquer son expression interrogative : il faisait trop sombre pour ça et la faible lumière émanant de la lanterne ne suffisait pas à percer l'obscurité. Fred n'avait aucune raison de se trouver là, elle avait été la seule collée... N'est-ce pas ? Soudain elle était perplexe. Soit Hagrid avait été sévère au point de coller Fred aussi (Nerys ayant été collée principalement pour sa fuite, et pas ses éclats de voix) soit Fred était collé pour une autre raison.

Son premier étonnement passé, elle s'interrogea de la familiarité avec laquelle Hagrid évoquait Fred. Ce n'était assurément pas très professionnel de sa part de nommer un élève par son prénom.

Un bruit se fit entendre à quelques pas dans le parc et Nerys se retourna, essayant de distinguer une silhouette dans cette obscurité noire.

Et puis soudain, Fred Weasley était là.

- Je vois que j'étais attendu. Je suis flatté.

Elle ne voyait pas les traits de Fred distinctement mais elle imaginait aisément l'air insolent qu'il devait avoir sur le visage. Fred était habitué aux retenues et n'était sûrement pas sensible aux figures d'autorité - et encore moins si elles étaient aussi familières que celle d'Hagrid. Il ne prenait pas cette retenue au sérieux. Nerys décida de lui pas accorder trop d'attention; ce n'était pas comme si lui-même lui en témoignait...

- Bien bon, vous êtes en retenue mais j'ai... Autant faire quelque chose d'utile. Nous allons cueillir des champignons pour les jackalopes. Ce sont des coriaces et ils sont très difficiles. Ils ne mangent pas grand chose ceux-là, d'habitude ils sont plus gourmands.

Hagrid attrapa trois petits paniers et leur en distribua un chacun, puis leur fit signe de le suivre tout en continuant son discours sur les créatures. Il semblait capable de parler pendant des heures dès qu'il s'agissait d'une créature magique : sa passion était presque communicative.

Ils se dirigèrent vers la forêt et Nerys grimaça. Finalement, ils allaient bien faire un tour dans la forêt interdite malgré l'obscurité. Cette perspective n'était guère réjouissante pour la Serpentard : elle était plus habituée aux salons mondains qu'à la nature, et la forêt regorgeait de créatures qui l'effrayait. Pour être tout à fait honnête, Nerys avait peur. Elle grimaça et frissonna.

- J'espère qu'on ne fera peur à aucune créature, souffla Fred en venant à la hauteur de Nerys.

Elle l'observa discrètement du coin de l'oeil. Leur dernière conversation s'était très mal terminée mais Fred semblait décidé à se montrer sympathique, au point de plaisanter au sujet de leur dispute. Cela faisait plus d'une semaine et il était temps de dédramatiser. Elle décida de ne pas se mettre en colère et d'afficher la même indifférence que lui. Enfin... Ca n'excluait pas un peu de curiosité.

- Pourquoi tu as été mis en retenue ? Souffla t-elle.

Hagrid n'était qu'à un mètre devant eux mais il continuait son discours; il ne pouvait pas les entendre.

- Hagrid a pensé que ce serait plus juste, de me coller aussi pour... les bêtes qui se sont cachées, éluda t-il.

Elle acquiesça et ne dit rien de plus. Elle ne savait pas si cette punition donnée à Fred était "plus juste" mais ça confirmait l'hypothèse selon laquelle Hagrid avait été de très mauvaise humeur à ce fameux cours.

Ils arrivèrent à la lisière de la forêt et Hagrid leur donna quelques instructions. Il s'éclairait de sa lanterne et leur montra quel type de champignons ils devaient ramasser et où les trouver. Ca n'allait pas être un exercice facile : les champignons étaient minuscules et il était très difficile de les distinguer par rapport à d'autres espèces... C'était un bien drôle d'exercice à faire en pleine nuit et Nerys songea qu'il n'y avait que Hagrid pour avoir des idées pareilles. Il leur désigna une ligne de quelques mètres sur laquelle ils allaient devoir travailler et leur demanda de ne pas s'éloigner plus loin dans la forêt : ils devaient garder le parc en vue. Lui-même allait s'éloigner un peu pour faire une récolte plus productive et les rejoindrait quand ils pourraient partir.

- Soyez prudents, je vous retrouve dans une heure.

Ce furent les dernières consignes de Hagrid. Nerys ne l'appréciait pas beaucoup comme professeur mais sa capacité à les considérer comme des adultes responsables et pas comme des élèves immatures était agréable.

Nerys murmura un "Lumos" pour s'éclairer et Fred fit de même.

Ils étaient seuls, dans le noir, à l'abri de la forêt de tous les regards indiscrets. Ce moment d'intimité aurait été pu être privilégié, mais à l'instant où Nerys le réalisa, elle prit peur. Rien ne pouvait se passer; Fred n'en avait pas envie et elle se devait pas se laisser aller à des rêveries qui n'avaient aucune chance de se réaliser.

- Euh, je vais par là ! Lança t-elle précipitamment en s'éloignant de quelques pas.

Peut-être était-ce la tension permanente entre Fred et elle, ou peut-être était-ce parce que la forêt l'angoissait, mais elle ne se sentait pas capable de l'affronter. Elle n'avait plus peur de s'agacer de son indifférence ou de son insolence : ce qui l'effrayait plus que tout, c'était ses sentiments. Et le meilleur moyen de les faire taire et de les refouler était de se tenir à bonne distance de Fred.

La raison avant les sentiments.

La raison avant les sentiments.

La raison avant les sentiments.

Elle inspira une grande bouffée d'air frais et se mit en quête des champignons, tentant d'oublier Fred qui se situait à seulement quelques mètres. Il la laissa tranquille et elle lui fut reconnaissante de ne pas tenter de briser cet espace entre eux. C'était aussi pour ça que Fred était si différent de tous les gens qu'elle côtoyait : il respectait ses envies sans chercher à l'influencer. Il ne lui disait pas ce qu'elle devait faire ou que ses décisions étaient idiotes. Alors peut-être qu'il avait bien pris son rejet car il était indifférent à elle, ou peut-être qu'il l'avait seulement respecté pour ne pas s'imposer.

Un craquement à quelques pas, venant des profondeurs de la forêt, la fit sursauter.

- Il y a quelqu'un ?

Elle avança sa baguette pour tenter d'éclairer mais les arbres étaient épais et elle n'y voyait pas à deux pas.

Ce n'était sûrement rien, tenta t-elle de se convaincre. Mais elle était maintenant à l'affût du moindre bruit et avait l'impression d'entendre des dizaines de craquements suspects. Si il n'y avait pas eu Fred et si elle n'avait pas toujours été si soucieuse de bien faire, elle aurait probablement abandonné sa tâche pour attendre Hagrid près de sa cabane. A la place, elle décida de se rapprocher doucement de l'endroit où se trouvait Fred. Elle pensait faire passer ce rapprochement pour un hasard mais le Gryffondor ne s'y trompa pas.

- Tu as peur ? Demanda lorsqu'ils ne furent qu'à deux pas l'un de l'autre.

Elle l'observa. Il ne se moquait pas; c'était une vraie question.

- Je ne suis pas courageuse Weasley, tu ne l'as pas remarqué ?

Elle était lâche et peureuse et elle n'avait pas honte de l'admettre : mieux valait être conscient de ses faiblesses et les assumer plutôt que les laisser vous dévorer. Elle pensait que Fred la connaissait mieux que ça. Il devait savoir que le courage n'était pas dans sa nature - à l'inverse de lui. Nerys avait été éduquée pour être docile et pour avoir peur de l'inconnu. La preuve la plus manifeste de cet état d'esprit, c'était qu'elle avait choisi son quotidien étouffant à une aventure interdite. Elle n'était pas courageuse; c'était son pire défaut.

- Je te pensais rebelle.

- Moi ? Rebelle ? Je ne fais jamais rien de travers.

La réponse de Nerys fit place à un silence gênant et pour cause : elle n'avait jamais rien fait de travers, à part le fréquenter lui. Ils en avaient tous les deux conscience. Toute sa vie elle avait eu à coeur de faire bien les choses, de ne décevoir personne et de faire exactement ce qu'on attendait d'elle. Elle pensait que c'était sa raison d'être et, qu'ainsi, elle serait réellement aimé par les gens qui l'entouraient. Son monde n'aimait pas les écarts, alors elle n'en avait fait aucun dans l'espoir d'être le joyau de son univers. Ca avait en partie marché : son père et Gale ne voyaient que par elle et par sa perfection. Gale avait sans aucun doute été déçu, mais il lui restait son père.

Un silence s'installa et ils recommencèrent leurs recherches. Nerys était plus rapide que Fred parce qu'elle était plus concentrée. Néanmoins le moment était trop idéal pour qu'elle n'en profite pas un peu. Elle cessa sa cueillette de champignons et se tourna vers lui. Il y avait encore quelques questions qui restaient en suspens et, elle sentait que si elle voulait vraiment oublier Fred, obtenir des réponses lui faciliterait la tâche.

- Fred ?

Il marmonna un "Hum" pour lui signifier qu'il l'avait entendu et se tourna vers elle.

- Pourquoi tu ne m'as rien dit pour votre groupe ? Je sais garder des secrets.

Elle savait que le groupe n'était pas récent. Elle avait eu des soupçons en se souvenant d'un groupe étonnant sortant de la Tête de Sanglier des semaines plus tôt - avant qu'ils se fréquentent - et la réaction de George à cette allusion avait confirmé ce qu'elle pensait. Mais Fred ne lui avait jamais rien dit de tout ça. Elle savait qu'elle lui avait menti aussi (en cachant l'existence d'Amadeus), mais elle se sentait un peu blessée d'avoir été mise à l'écart de cette façon.

Fred sembla hésiter.

- Je ne sais pas trop dans quel camp tu es. Ce n'est pas juste Poudlard et Ombrage, c'est plus large. Avery, Fawley et Selwyn ne sont pas dans mon équipe.

Et quand il parlait de son équipe, il ne parlait pas de Poudlard. Il faisait référence à la guerre qui se préparait et Nerys le comprenait enfin.

Trop longtemps elle avait été écartée de la vérité et elle réalisait maintenant qu'elle n'avait pas compris de nombreuses choses à cause de ça. Mais maintenant qu'elle savait le Seigneur des Ténèbres de retour, maintenant qu'elle savait que les rangs de ses serviteurs s'agrandissaient, certaines choses prenaient enfin leur sens.

Fred et elle n'étaient pas séparés uniquement par une éducation différente : il y avait entre eux tout un monde. Celui de Nerys se destinait à suivre les idéaux du Seigneur des Ténèbres pour mettre en place la suprématie du sang - un monde dont ils rêvaient - alors que celui de Fred combattrait le Seigneur des Ténèbres au nom de l'égalité et la tolérance. Plus elle y pensait, plus elle réalisait à quel point ils étaient différents. En fait, elle peinait à se trouver des points communs avec lui.

- Je ne suis dans l'équipe de personne, répondit-elle simplement.

Elle ne comptait pas se positionner dans un camp, c'était contraire à ses valeurs. Aucun idéal n'aurait jamais pu la pousser vers une guerre. Dans ses rêves elle aurait été une médicomage pour soigner les maux créés par la violence; en pratique elle se contenterait d'être une maîtresse de maison sans avis.

Fred se passa une main dans les cheveux; elle le connaissait assez pour savoir que c'étai un signe de gêne chez lui.

- Tu sais, pour la retenue.. Hagrid m'a collé parce que je l'ai demandé.

Nerys fronça les sourcils.

- Pourquoi tu voulais être collé ?

Fred la fixa avec une intensité rare, et elle comprit enfin.

Nerys réalisa que derrière cette nonchalance et cette indifférence il cachait la même tristesse qui habitait son coeur. Si il avait demandé à Hagrid de le coller, c'était pour être avec elle.

Cette pensée lui mit les larmes aux yeux, sans qu'elle sache si c'était de joie ou de tristesse; c'était simplement de l'émotion. C'était comme si tous les sentiments qu'elle tentait de refouler depuis des semaines avaient enfin la possibilité de vivre au grand jour : son coeur se gonfla, prêt à exploser sous tout ce poids.

Son esprit était focalisé sur une seule chose : Fred Weasley voulait encore d'elle. Elle avait été trop idiote et trop concentrée sur son propre chagrin pour le remarquer. Elle revoyait ses approches de ces dernières semaines, douces et subtiles, trop pour qu'elle les remarque pour ce qu'elles étaient. Là où Nerys avait vu de la provocation, il n'y avait en fait que le désir de manifester sa présence pour être près d'elle.

Ce n'était pas un aveu de sentiments, mais presque.

Elle aurait aimé pouvoir lui expliquer ce qu'elle ressentait aussi mais ça lui semblait impossible : trop longtemps elle avait été habituée à dissimuler ses émotions. Les avouer n'était pas dans sa nature.

- Je... J'ai pas... Ce n'est pas facile. Tu es...

Sa voix se perdait dans l'émotion et elle ne trouvait plus ses mots. Ils avaient toujours été ses alliés fidèles, mais à cet instant précis ils désertaient.

- Drôle, beau, tout ce qu'une femme désire, je sais.

Fred avait toujours les bons mots pour dédramatiser les situations. C'était aussi pour ça qu'elle l'adorait. Mais elle n'était pas prête à faire des blagues. Cet instant était trop précieux pour elle.

- Tout ce que je désire.

Il la dévisagea et il fut enfin clair qu'ils étaient autant attirés l'un par l'autre. Leurs regards dégageaient la même chaleur, la même intensité, le même désir.

Alors, comme deux aimants qui renoncent finalement à se repousser, ils furent attirés l'un à l'autre avec une violence passionnelle.

Fred fit un pas vers elle; elle fit un pas vers lui. Et naturellement leurs lèvres se rencontrèrent.

Il passa ses bras autour d'elle, pressant ses mains dans son dos pour l'attirer davantage à lui. Elle laissa ses mains glisser sur ses épaules, sur sa nuque, dans ses cheveux, pour finalement encadrer son visage. Pendant un instant ce fut un baiser dévorant, remplit de passion, un baiser dont elle avait tant eu besoin. Son coeur chavirait et son corps entier frissonnait d'émotions. Il n'y avait que Fred pour lui donner un vertige pareil, alors elle s'accrochait à lui pour ne pas tomber.

Pendant une seconde, tout sembla prendre son sens.

Ce fut un baiser long, plein de désir et de passion. Et quand il s'arrêta, le baiser lui laissa un goût amer sur les lèvres : celui d'un baiser d'adieu.

Il garda ses bras autour d'elle et elle ne pouvait pas retirer ses mains de son visage. Elle voulait mémoriser chacun de ses traits, chaque tâche de rousseur, son odeur, la sensation de sa peau sur la sienne, sa chaleur, toutes les émotions qu'il déclenchait chez elle. Elle voulait se souvenir de tout ça, car bientôt le souvenir était le seul réconfort qu'elle aurait.

Elle était dévastée, à mi-chemin entre la consolation de savoir que Fred tenait à elle, et au bord du précipice du désespoir de savoir qu'elle ne l'aurait jamais vraiment.

Ils gardèrent le silence; les mots auraient été de trop.

Hagrid n'aurait pas pu choisir pire moment pour ré-apparaitre : le garde chasse fut finalement là et ils se séparèrent brutalement, douloureusement, arrachés à leur étreinte par une présence indésirable.

- Hum - Hagrid s'éclaircit la gorge, visiblement gêné - merci pour les champignons. Je vous demande de bien vouloir aller reposer les paniers près de ma cabane. Je vais continuer. Votre retenue est terminée. Rentrez bien.

Nerys attrapa son panier, imitée par Fred, et ils sortirent de la forêt sous le regard bienveillant de Hagrid.

Ils gardèrent le silence. Ce n'était pas un silence gênant ni confortable; c'était un silence froid.

Nerys savait qu'elle aurait dû dire quelque chose mais elle n'en n'avait pas la force. Ses sentiments étaient exacerbés mais pas assez pour lui faire perdre définitivement la raison. Un esprit trop habitué à contrôler un coeur ne se laisser jamais embobiner. Ce baiser était de loin le plus beau souvenir qu'elle aurait jamais de Fred, mais c'était tout ce qu'il serait : un souvenir.

Ils déposèrent les paniers et remontèrent le parc ensemble, toujours en silence.

Fred gardait le silence et c'était rare de sa part de réaliser cet exercice aussi longtemps. Nerys réalisa qu'il attendait sûrement qu'elle dise quelque chose, peut-être que pour lui ce baiser signifiait le début d'autre chose. Pour elle, il signait la fin. Elle savait qu'elle devait lui dire, mais comment trouver les mots ? Sa raison la poussait à le faire, mais son coeur lui criait le contraire. Elle était partagée entre l'envie furieuse de recommencer, de se lover dans les bras de Fred (l'endroit le plus doux du monde) et celle de fuir pour ne pas devoir affronter de nouveau un choix difficile.

Mais le choix, elle l'avait déjà fait : s'y tenir semblait être le plus facile.

Le hall était désert lorsqu'ils entrèrent : visiblement le dîner était terminé depuis un moment. C'était un endroit froid et glauque. L'endroit le plus terrible pour faire des adieux.

Elle se tourna vers lui. Il faisait presque noir et ils n'avaient pas allumé leurs baguettes mais Nerys devinait sans mal chacun des traits de son visage. C'était comme si elle connaissait Fred par coeur - même si il restait un inconnu sur bien des sujets. Ils restèrent à se fixer quelques minutes, en silence. Ce fut finalement Fred qui coupa court à cet instant de douleur et de bonheur.

- Bon, et bien bonne nuit Nerys.

Il la fixa encore une seconde, semblant hésitant.

Et puis il s'éloigna, la laissant seule dans le hall, sans doute conscient que ses choix n'appartenaient qu'à elle.

Et lorsqu'il s'éloigna, Nerys sentit son coeur s'emplir de regrets.

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Gale s'était montré d'humeur légère durant tout le trajet jusqu'à Pré-au-Lard et cela rendait l'atmosphère très agréable. Briséis était détendue, Adrian souriant, et Nerys tentait de se laisser entraîner par cet état d'esprit général même si ses pensées étaient focalisées sur Fred. A chaque instant lui revenait le souvenir de leur baiser et elle tentait de s'en rappeler les moindres détails pour ne jamais l'oublier. C'était malsain mais c'était aussi son seul réconfort. Aucun de ses amis ne sembla remarquer son air rêveur. Au bout d'un certain temps, elle revint à la réalité.

- Ca vous dit qu'on commence par faire un peu les magasins ? Proposa Nerys pour changer de leurs plans habituels.

Elle avait bien envie d'aller s'acheter une nouvelle robe de mi-saison. C'était un achat superficiel mais elle aimait bien cet exercice. Cela lui permettrait peut-être ne pas penser à Fred - pendant une minute.

- Hum, on verra, répondit évasivement Gale.

Elle le dévisagea. Son meilleur ami, toujours si impassible et neutre, souriait. C'était à peine un sourire, c'était plus un petit retroussement des lèvres sur le côté droit, mais elle était si peu habituée à le voir avec cette expression-là sans raison qu'elle le remarqua instantanément. Il avait l'air de si bonne humeur et si mystérieux qu'elle en conclut qu'il avait une surprise.

Elle se mit à sourire : une bonne surprise ne lui ferait pas de mal.

Ils bavardèrent un petit peu et arrivèrent finalement au village sorcier. Nerys aimait l'ambiance de ce lieu : ici, tout était magique. Personne ne cachait sa véritable nature et la décoration était particulière. Elle avait souvent songé qu'elle aurait aimé habiter dans ce village : si proche des souvenirs de Poudlard et complètement baignée dans une ambiance magique légère. Ici tout était petit et chaleureux, avec un côté rustique : c'était loin de son quotidien et c'est ce qui faisait son charme.

Il y avait beaucoup de couples pour cette sortie à Pré-au-Lard, c'était la Saint-Valentin. Cette fête ne représentait rien pour Nerys et ses amis car ils trouvaient qu'elle était trop reliée au monde moldu. Ce n'était pas une fête habituelle dans son monde et, sans ces couples autour d'elle, elle l'aurait facilement oublié.

- Oh !

Alors qu'ils s'avançaient dans la rue principale au milieu d'autres élèves, l'exclamation échappa à Briséis.

Nerys suivit son regard et ce fut la douche la plus froide de sa vie, le moment le plus désagréablement surprenant qu'elle ait jamais connu.

Devant la devanture d'un magasin de friandises se tenait Amadeus Fawley, dans toute son élégance. Elle cligna des yeux plusieurs fois, comme pour se convaincre qu'il était bien là et que ce n'était pas une vision née de son imagination. Il était élégamment vêtu, avec un maintien exemplaire. Physiquement il n'avait pas changé : tout était toujours parfait chez lui. Amadeus représentait à lui seul toute l'aristocratie et la bonne éducation de leur monde, et c'est ce côté très élégant qui lui avait apporté un petit succès auprès des filles à Poudlard.

Quand Nerys réalisa qu'Amadeus était bien là, son souffle se coupa de déplaisir. La bonne humeur de Gale prenait enfin tout son sens : il savait que Amadeus se trouverait là.

Et si l'héritier Fawley avait fait tout ce chemin, ce n'était sûrement pas pour voir ses anciens amis ou prendre des nouvelles de sa petite soeur.

Il était là pour elle.

Il était là pour passer officiellement un moment en sa compagnie, pouvoir rendre les choses officielles. Ce moment passé à deux serait le début de leur union. Il y avait peu de règles pré-établies pour un début de relation dans leur monde : certaines relations commençaient directement par une annonce de mariage, alors que d'autres commençaient par une cour officielle. Visiblement Amadeus avait choisi la seconde solution.

Il s'avança vers eux. Nerys était figée par la surprise.

- Bonjour à tous, bonjour Nerys.

Le regard qu'il fixait sur elle et la singularité avec laquelle il la saluait était flagrante : il lui faisait ouvertement la cour.

Nerys se sentit rougir et ça n'avait rien d'agréable. L'exercice aurait dû lui sembler naturel car, après tout, Amadeus était son petit-ami et elle le connaissait bien. Mais soudain, l'idée qu'il puisse la séduire la révoltait. Elle n'avait pas envie de ça. Mais comme elle ne pouvait pas le dire, elle se contenta de fermer la bouche et se faire un sourire. Sois belle et tais-toi.

Amadeus était un très beau garçon, elle l'avait toujours pensé, mais elle le trouvait si fade en comparaison de Fred. Tout était soigné et appliqué sur Amadeus; aucun détail n'était laissé au hasard. Fred était beaucoup plus naturel et cela le rendait irrésistible. C'était mal de penser à lui alors qu'elle avait Amadeus sous les yeux, mais elle ne pouvait pas s'en empêcher. C'était comme si son coeur lui soufflait de la culpabilité envers Fred, et pas envers Amadeus.

- Si ça ne vous ennuie pas, j'aimerais vous emprunter la compagnie de Nerys pour l'après-midi. Si tu es d'accord, naturellement.

Ils se tournèrent tous vers Nerys.

- Euh oui, bien sûr.

Son hésitation avait été manifeste mais ils firent tous semblant de ne pas l'avoir remarqué. Amadeus lui offrit son bras et elle l'accepta à contre-coeur. Elle allait passer l'après-midi avec lui et cette perspective ne la réjouissait pas du tout. Elle avait été si heureuse à l'idée de passer un dernier moment privilégié avec ses amis, et finalement Amadeus venait tout gâcher. Elle lui en voulait, elle s'en voulait, mais elle se sentait prise au piège.

Elle réalisa que l'exercice allait être encore plus compliqué que prévu avec l'image de Fred qui s'imposait sans cesse à son esprit : comment faire croire à Amadeus qu'elle était heureuse d'être avec lui alors qu'elle ne pensait qu'à un autre ?

Ils passèrent un moment à se promener en silence dans les rues et Nerys sentait les regards s'attarder sur eux. Amadeus était un beau garçon et beaucoup d'élèves de Poudlard se souvenaient encore de lui. Elle imaginait que l'information n'allait pas tarder à circuler. Elle se demanda comment allait réagir Fred.

Au bout d'un moment, Amadeus lui posa des questions sur sa vie à Poudlard et elle lui retourna la politesse en lui demandant comment les choses allaient au travail. La conversation était creuse et froide : ils agissaient comme deux inconnus forcés de se réunir. Ils avaient été proches pourtant, amis même, et pendant des années le contact avait été aisé entre eux. Nerys savait que c'était elle qui avait tout gâché : elle ne se sentait plus impliquée et Amadeus devait le ressentir. Néanmoins, ni lui ni elle ne semblait décidé à briser la glace alors ils continuèrent avec cette politesse froide.

Après plusieurs minutes de marche sans but, ils décidèrent d'aller boire un verre et Amadeus porta son choix sur le salon de thé de Madame Pieddodu, convaincu qu'il lui faisait plaisir en se rendant dans cet endroit. Nerys afficha un sourire même si le choix ne la ravissait pas. L'endroit aurait au moins le mérite de les faire se fondre dans la masse de couples, plutôt que de se faire remarquer dans un endroit plus populaire.

Amadeus commanda deux thés.

- Comment va Briséis ? Elle m'écrit peu ces temps-ci.

Il afficha un air un peu triste que Nerys pensa sincère. Elle était fille unique alors pour elles les relations entre frères et soeurs étaient un grand mystère mais elle avait toujours eu l'impression que Amadeus et Briséis s'entendaient bien. Ils n'étaient pas du genre à s'amuser ensemble mais Amadeus semblait toujours porter un regard protecteur sur Briséis, qui donnait toujours le meilleur d'elle-même en sa présence. Quand Amadeus était loin (et cette dernière année à Poudlard le prouvait) Briséis pouvait se montrer survoltée et colérique alors que d'ordinaire elle se contenait. C'état sans doute que Amadeus avait une bonne influence sur elle n'est-ce pas ?

- Elle va bien mais elle s'implique beaucoup dans ses cours. Peut-être que nous pourrions aller les rejoindre si...

- Pas pour l'instant, nous les rejoindrons quand nous aurons réglé certaines choses.

Nerys se raidit en entendant ces paroles, mais Amadeus changea aussitôt de sujet pour lui parler d'Ombrage. Il avait fait sa connaissance au Ministère de le Magie et semblait avoir une bonne opinion d'elle. Nerys n'était absolument pas d'accord mais comme il était de son devoir de soutenir toutes les opinions d'Amadeus, elle se contenta d'expliquer que Ombrage avait réussi à asseoir son autorité. Il sembla assez satisfait de l'information; Dumbledore n'était pas très populaire dans son cercle alors savoir qu'une figure du Ministère le dépossédait d'une partie de son autorité était réjouissant.

Ils prirent leurs thés en échangeant des banalités et Nerys avait bien du mal à cacher l'ennui qui la gagnait. Elle laissa son regard se promener sur les tables aux alentours. Dans un coin il lui sembla apercevoir le petit Potter avec Cho Chang.

Amadeus fournit l'essentiel de l'effort pour maintenir la conversation mais ne laissa transparaître aucune gêne ou agacement. Il semblait se plaire de cette situation qui était pourtant toute nouvelle pour eux. Nerys réalisa que ce devait être à ses yeux le comportement qu'elle devrait tenir désormais : être une femme bien élevée et peu bavarde. Tout ce qu'elle aurait à faire, c'était boire ses paroles et acquiescer à chacune de ses remarques.

Lorsqu'ils sortirent de nouveau dans la rue - leur tête-à-tête n'avait duré qu'une heure mais ça lui semblait bien plus - Nerys se sentit d'humeur un peu plus légère. Son soulagement ne dura pas longtemps : ils bifurquèrent dans une petite ruelle isolée, sans personne pour les entendre. Et enfin Amadeus laissa libre court à ses pensées :

- Ecoute-moi Nerys, je sais que tu as eu des pensées déviantes et je préfère les ignorer que m'en embarrasser.

Elle s'agrippa un peu plus fort à son bras pour ne pas tomber à la renverse.

Ainsi, Amadeus savait.

Sa source ne pouvait être que Gale. Nerys faisait assez confiance à Briséis pour ne pas la trahir, surtout maintenant qu'elle connaissait son petit secret. Pour Gale, c'était une autre paire de manches : il ne cherchait sans doute pas à lui faire du tort mais voulait certainement la garder sur le droit chemin. Et peut-être qu'en voyant qu'il n'y arrivait pas par lui-même, il avait décidé d'inclure Amadeus dans l'équation.

Sa surprise sans précédent laissa place à la panique : qu'allait-elle devenir maintenant que Amadeus savait ? Son avenir était-il compromis ?

Amadeus posa sa main sur la sienne, comme pour la réconforter, et la retira ensuite pour qu'ils continuent à marcher. Nerys était incapable de penser par elle-même ou d'agir; si Amadeus ne l'avait pas tiré par le bras, elle serait probablement restée sur place.

- En revanche je n'accepterai aucun affront et aucun déshonneur. Si tu me rejettes publiquement ce sera la fin. Pour toi, pour moi, et pour lui.

Il se gratta machinalement la manche et Nerys cessa de respirer face à cette menace voilée : un début de tatouage était visible près de sa manche relevée. Elle ignorait des tas de choses mais elle était capable de deviner la marque des ténèbres quand tant d'indices étaient placés devant ses yeux. Ainsi, Amadeus était l'un d'entre eux. Elle aurait dû s'en douter bien sûr, elle savait qu'il se rallierait à ce camp. Mais le voir aussi clairement la choquait au-delà des mots.

Cette révélation acheva d'effacer le peu d'affection que Nerys portait encore dans son coeur à Amadeus.

Ce dernier n'était pas soucieux de ses sentiments; il n'avait pas encore terminé son discours.

- Ce sera la mort en-dehors du château et si tu oses encore me défier avec ces envies ignobles, je t'assure que nous reverrons nos cibles prioritaires, mes amis et moi.

Il s'arrêta et la fixa droit dans les yeux. Cette fois la menace était claire. Amadeus n'hésiterait pas à s'en prendre à Fred et à elle si elle osait de se détourner de lui. Et elle connaissait assez la réputation des Mangemorts pour être terrifiée.

- Euh je...

Elle était encore paralysée par l'effroi et l'air lui manquait pour articuler correctement. Amadeus fit un geste de la main, comme si une mouche l'agaçait.

- Inutile de répondre, je ne veux aucune excuse ou aucune explication. J'espère juste m'être bien fait comprendre.

Il ne voulait pas l'entendre parler alors elle acquiesça silencieusement.

Sa réaction le fit sourire : c'était exactement ce qu'il attendait d'elle.

- Bien, maintenant que les choses sont claires, il ne me reste plus qu'une chose à faire.

Ils étaient revenus dans la rue principale, qui grouillait de monde et les regards curieux des autres élèves continuaient. Ils s'arrêtèrent sur un côté de la rue, juste entre deux boutiques, devant un cerisier en fleurs éternel. Nerys aurait voulu s'échapper de cette étreinte d'Amadeus, elle aurait voulu être avec ses amis. Non !, en fait elle regrettait d'être venue. Quel dommage qu'elle n'ait pas été malade ce week-end là.

Mais ses souffrances étaient loin d'être terminées.

Elle ne l'avait pas vu venir, et lorsque l'événement se produisit, elle le regarda comme si il se déroulait au ralenti. Avec ce qui lui sembla être une lenteur exagérée, Amadeus se mit face à elle, posa un genou à terre et lui demanda :

- Veux-tu m'épouser ?

Et dans un murmure brisé, elle répondit simplement :

- Oui.