Chapitre 31 : Premier pas

Se libérer de la peur, c'est le premier pas, la clef du changement.

- Antonella Verdiani


A son plus grand dam, dès le petit déjeuner le lendemain matin, Hermione eut la mauvaise nouvelle de voir un hibou du ministère lui apporter une nouvelle copie de la lettre qu'elle avait brûlée la veille. Elle se doutait que cela allait continuer ainsi jusqu'à ce qu'elle leur réponde mais elle n'y arrivait pas.

Le procès était prévu pour début janvier, soit quelques semaines plus tard. Elle aurait aimé pouvoir faire semblant au moins jusqu'à Noël.

- Vivement les vacances ! Je n'en peux plus de tous les devoirs qu'on nous donne en ce moment ! se plaignit Ron, assis en face d'elle, la sortant de ses sombres pensées.

- Des nouvelles de tes parents pour savoir si vous restez ici pendant les vacances avec Ginny ? demanda Harry.

La demoiselle en question s'était réveillée avec un sérieux mal de crâne et avait indiqué à Harry qu'elle irait directement en cours sans passer par la case grande-salle de façon à grapiller un peu de sommeil supplémentaire. Hermione espérait de tout cœur que son état particulièrement alcoolisé de la veille lui ferait oublier la discussion qu'elles avaient eue et les doutes qu'elle avait émis.

- On devrait savoir d'ici un jour ou deux. Ils pensaient aller en Roumanie pour voir Charlie donc si c'est le cas, on reste là. Mais ça dépend parce que Fleur vient de tomber enceinte je crois donc maman hésite à rester pour passer du temps avec elle et la couver mais Bill n'a pas trop envie…

Hermione et Harry hochèrent la tête, comprenant parfaitement le point de vue de Bill. La matriarche de la famille Weasley pouvait parfois, souvent même, être très envahissante.

- Tu restes toi, Harry ? demanda Hermione.

- Oui, de toute façon Sirius doit rester en tant que professeur donc je reste pour qu'on passe Noël ensemble. Et toi, Hermione ?

- Je vais rester. C'est trop compliqué de rejoindre mes parents en Australie pour juste une semaine. Je les reverrai cet été.

L'heure des cours arriva et les trois amis se levèrent pour se rendre en cours de défense. Hermione fourra sa lettre tout au fond de son sac sans prendre la peine de l'ouvrir, elle en connaissait de toute façon déjà le contenu. Peut-être que la faire disparaître de sa vue la ferait aussi disparaître de ses pensées.

- Aujourd'hui nous allons commencer à pratiquer les sortilèges informulés, annonça le professeur Black lorsque tous les élèves furent présents dans la salle de classe.

Une vague d'excitation parcourut la salle. Les tables avaient été repoussées sur les côtés de la salle, signe que le cours allait être consacré à de la pratique et non de la théorie barbante. Une armoire avait été déposée au milieu de la pièce. A l'intérieur, quelque chose bougeait par intermittence, avide de liberté.

Les élèves n'eurent pas de mal à reconnaître l'entité dans le meuble, ayant vécu un cours similaire en troisième année. Hermione sentit un frisson la parcourir tandis que la chair de poule hérissait le moindre de ses poils.

- J'espère que vous avez tous reconnu ce qui se terre dans cette armoire, enchaîna le professeur.

Plusieurs élèves levèrent la main et Sirius interrogea Ron d'un mouvement de tête.

- C'est un épouvantard.

- C'est bien cela, cinq points pour Gryffondor. Vous souvenez-vous tous du sortilège qui permet de vaincre un épouvantard ?

- Il faut penser très fort à quelque chose qui nous fait rire et lancer un Ridikulus, répondit Théodore quand le professeur l'interrogea.

- Oui, cinq points pour Serpentard. On va réviser rapidement le sortilège puis je vous ferai passer un par un. L'idée est que vous essayiez de lancer le sortilège sans le prononcer. La peur ressentie face à l'épouvantard devrait vous aider à réussir. Si vous n'y arrivez pas au bout de trois essais, vous pouvez lancer le sort à voix haute ou alors vous décaler et l'élève suivant prendra votre tour.

S'en suivit un peu de brouhaha tandis que les élèves s'installaient en une ligne plus ou moins droite. Hermione se positionna vers la fin, espérant quelque peu que la durée du cours ne leur permettrait pas à tous de passer. Elle n'était pas bien sûre de ce qu'était à présent sa plus grande peur.

Avant, elle aurait pu dire qu'il s'agissait de l'échec. Elle avait réellement eu peur d'échouer et de décevoir les autres. A onze ans, elle avait eu peur qu'on lui dise qu'ils s'étaient trompés et qu'elle n'avait pas sa place dans la communauté sorcière. Alors elle avait travaillé plus que de raison pour prouver qu'elle pouvait y arriver. La peur d'échouer ne l'avait jamais vraiment quittée pour autant.

Mais elle savait à présent que ce n'était plus sa peur la plus grande. Parce qu'elle avait vécu tant de choses traumatisantes qu'elle avait l'embarras du choix. Et elle n'était pas bien sûre d'avoir envie de découvrir la forme que prendrait l'épouvantard devant elle.

Ils passèrent une bonne demi-heure à s'entraîner pour se remémorer la bonne manière de lancer le sortilège puis les premiers élèves firent face à l'épouvantard.

Un certain nombre d'élèves semblait réticent à l'idée d'affronter l'entité. Après ce qu'ils avaient tous vécu et vu au cours de la guerre, il n'était pas étonnant que leurs peurs se soient transformées depuis leur troisième année. Il n'était pas non plus étonnant qu'elles soient devenues bien plus sombres.

Hermione observa avec appréhension les différents élèves passer tour à tour. Ils eurent droit à leur lot de morts, de détraqueurs et de mangemorts et Sirius sembla un brin hésitant vis-à-vis de l'idée qu'il avait eu pour ce cours. Quelques élèves parvinrent cependant à lancer le sortilège informulé, au deuxième ou troisième essai, et le professeur se convainquit que l'idée n'était finalement pas si mauvaise. Il était de toute façon trop tard pour faire marche arrière.

Le tour d'Hermione arriva finalement. Son cœur battait la chamade, s'étant accéléré à mesure que le nombre d'élèves devant elle s'amenuisait. Elle prit la place de Ron qui devait être l'un des seuls élèves pour qui la plus grande peur était restée la même. L'araignée géante qui était apparue devant lui était en tout point similaire à celle qui était apparue en troisième année. Il avait réussi à lancer le sortilège au deuxième essai et s'était écarté pour qu'Hermione puisse prendre sa place.

La jeune fille s'avança lentement, les jambes tremblantes. L'araignée à roller s'évapora et l'épouvantard tourna quelques secondes dans les airs sous sa forme brumeuse, analysant l'esprit de la jeune fille. Hermione se figea en apercevant la forme qu'il prit.

Elle s'était attendue à voir apparaître Bellatrix ou Malfoy. Ou peut-être même le cachot du manoir Malfoy où elle avait été enfermée. Elle s'était attendue à voir surgir tous les cauchemars qu'elle faisait chaque nuit. Elle avait même eu peur de voir apparaître les corps de ses deux hommes morts ou torturés, comme elle les voyait si souvent la nuit. Mais l'épouvantard était plus vicieux.

Elle resta figée devant le lit qui venait de se matérialiser au milieu de la pièce, similaire à celui qu'elle occupait dans la chambre qui avait été sienne au 12 Grimmauld Place. Un grand lit double recouvert de draps en flanelle sombres. Deux oreillers à l'aspect moelleux étaient disposés à la tête.

Hermione entendit à peine les petits rires moqueurs des élèves dans la pièce. Elle ne vit pas plus les regards perplexes qui se posèrent sur elle et sur l'épouvantard. Elle ne pouvait détourner les yeux du lit. Parce que derrière les apparences, elle avait tout de suite compris ce que le meuble représentait.

Ce n'était pas qu'un lit. C'était un lit vide. Elle supposait que c'était ainsi que l'épouvantard représentait sa peur d'être seule et surtout, sa peur de dormir seule. Sa peur de devoir affronter seule ses cauchemars. Sa peur de revivre encore et encore ses pires souvenirs sans que personne ne puisse la sauver.

- Miss Granger, levez votre baguette.

Elle entendit les paroles de Sirius sans pour autant réussir à comprendre ce qu'il disait. Elle eut l'impression de voir toutes les ténèbres qui la hantaient se matérialiser autour du lit tandis que les rires de Bellatrix et de Draco se mélangeaient pour résonner toujours plus fort dans son esprit.

Elle essaya vaguement de penser à quelque chose d'heureux. Elle n'y arriva pas. Parce que la seule chose à laquelle elle parvenait à penser, pour essayer de lancer le sortilège, était à ses deux hommes. Si elle avait été seule, sans doute les aurait-elle fait apparaître dans le lit, pour éloigner la peur qui la saisissait. Mais elle avait suffisamment conscience de la situation pour savoir qu'elle ne pouvait pas faire cela dans la salle de cours, devant tous les élèves.

Alors elle était figée, debout devant le lit, sa baguette à moitié levée en direction de l'épouvantard. Elle cligna plusieurs fois des yeux lorsqu'une silhouette s'interposa entre elle et l'entité. Elle n'eut pas le temps de voir la forme que prenait l'épouvantard avant que le professeur ne le fasse disparaître de nouveau dans son armoire.

Sirius se tourna vers Hermione, lui tendant un morceau de chocolat. Hermione n'arrivait pas à quitter des yeux l'endroit où s'était matérialisé le lit.

- Est-ce que ça va, miss Granger ? questionna Sirius d'une voix douce.

Il posa une main sur son épaule en signe de réconfort et Hermione sursauta avant de porter son regard sur l'homme. Elle réalisa à ce moment-là que sa vision était trouble des larmes qui menaçaient de quitter ses yeux.

- Je… je suis désolée…, lança-t-elle avant de s'éloigner, d'attraper son sac et de s'enfuir de la salle de classe.

Elle entendit le professeur la rappeler mais elle ne s'arrêta pas. Elle courut sans faire réellement attention à l'endroit où elle se dirigeait, se laissant porter par ses pieds. Elle se sentait ridicule. Et pourtant, elle n'arrivait pas à faire face.

Elle s'arrêta lorsqu'elle parvint dans un cul de sac. Pour ce qu'elle en savait, elle devait se trouver dans une tour du château qui n'était plus utilisée. Hermione pénétra dans une salle située sur sa droite.

L'intérieur sentait le renfermé et de la poussière recouvrait tout. D'un coup de baguette, Hermione ouvrit les petites fenêtres pour aérer l'endroit. Elle fit également disparaître le plus gros de la poussière révélant plusieurs coussins disposés au sol. Sans doute une ancienne salle de divination, pensa-t-elle.

Elle hésita un instant et laissa finalement sa curiosité prendre le dessus et parcourut la pièce. Elle n'y trouva cependant pas grand-chose d'intéressant. Elle s'arrêta devant l'une des fenêtres et resta ainsi un long moment à contempler le paysage qui s'offrait à elle. De là où elle se trouvait, elle avait vu sur une partie du lac et la forêt interdite.

Son regard se perdit sur les arbres se mouvant légèrement au vent. La neige tombée pendant la nuit recouvrait les cimes des arbres et brillait sous le soleil timide qui rayonnait dans le ciel. La surface du lac était paisible, tout juste perturbée de temps à autre par un tentacule du calmar géant qui remontait à la surface récupérer un peu de chaleur.

Elle ne sut réellement combien de temps elle resta là, perdue dans la contemplation du paysage. Elle finit par détourner les yeux et elle se laissa tomber sur l'un des coussins qui occupaient la salle. Une envolée de poussière la fit toussoter mais elle ne bougea pas.

Elle tendit le bras pour ramener à elle son sac qu'elle avait abandonné un peu plus loin et elle l'ouvrit dans la foulée. Prenant une profonde inspiration, elle fouilla pour retrouver la lettre froissée qu'elle avait reçue le matin même.

Ses mains tremblaient quad elle décacheta l'enveloppe. Elle la laissa tomber au sol après s'être emparée de la lettre qu'elle contenait. Un rapide coup d'œil lui apprit qu'elle était en tout point identique à celle qu'elle avait reçue la veille. Elle n'eut pas besoin de la lire pour savoir ce qu'elle contenait.

Elle attrapa le feuillet réponse et le déposa devant elle. Hermione sortit sa plume et son encrier de son sac avant de reprendre la feuille. Sa main tremblait tandis qu'elle cochait la case pour confirmer sa présence à l'audience.

Elle savait qu'elle ne pourrait y manquer. Pas si elle voulait que Draco reste enfermé. Et la scène en cours de défense un peu plus tôt l'avait convaincue que faire semblant n'était pas la bonne attitude. Ça ne lui avait jamais réussi et ce ne serait pas plus le cas à présent. Et si elle voulait avoir une chance de surmonter tout ça et combattre ses peurs, peut-être était-il temps qu'elle y fasse face.

Elle avait l'impression de commencer à comprendre ce que Sirius lui avait expliqué sur le fait d'accepter ses souvenirs pour ce qu'ils étaient. Ce n'était pas tant d'accepter ce qu'elle avait vécu. C'était plutôt de comprendre et d'intégrer que tout ça n'était plus que des souvenirs à présent. Et que s'ils avaient tant d'emprise sur elle, c'était parce qu'elle le leur permettait.

Bien sûr, elle avait toujours peur. Terriblement. Mais elle commençait à comprendre qu'elle avait peut-être un peu plus d'emprise qu'elle ne le pensait sur tout ce qu'elle ressentait. L'ennemi ce n'était pas la peur, l'ennemi c'était d'attendre de ne plus avoir peur. Et peut-être avait-elle suffisamment attendu.

La lettre s'envola d'elle-même dès qu'elle l'eut signée tandis qu'un sortilège avait été déposé dessus pour qu'elle rejoigne le ministère d'elle-même. Hermione la regarda s'éloigner le cœur lourd, espérant avoir pris la bonne décision tout en sachant qu'elle n'en avait pas d'autre. Elle ne se détourna que lorsque la lettre eut disparue de son champ de vision.

C'était un premier pas. Petit, difficile et pas très assuré. Mais c'était un premier pas et c'était le plus important.

Lorsqu'elle rejoignit la grande salle ce soir-là, après avoir finalement manqué les cours de l'après-midi, elle sut immédiatement que sa petite scène en défense avait fait le tour de l'école. Les regards s'accrochaient à elle sur son passage, la dévisageant, tandis que les chuchotements se répandaient dans son sillage.

- Hermione ! Est-ce que ça va ? la questionna Harry dès qu'elle parvint à leur niveau.

La jeune fille hocha la tête en s'asseyant et s'excusant auprès de ses amis pour avoir disparu ainsi. Un hibou vint se poser devant elle dès qu'elle fut installée. Hermione décrocha le petit mot qu'il transportait et regarda le volatile s'envoler de nouveau dans la foulée.

Veuillez passer dans mon bureau après le repas miss Granger. Professeur Black.

Elle releva son visage vers la table des professeurs d'où Sirius la fixait. Un clignement d'yeux accompagné d'un léger hochement de tête lui permit de faire comprendre à l'homme qu'elle le rejoindrait bien après.

Elle nota sans mal le soulagement qui s'afficha sur son visage et elle se sentit coupable d'être partie ainsi et de ne pas avoir donné signe de vie de toute la journée. Elle avait remarqué plusieurs fois que sa disparition suite à son agression par Malfoy avait marqué ses deux hommes. Elle n'avait pas manqué leurs regards qui la cherchaient quasiment continuellement dans la foule des élèves. Elle n'avait raté ni cette lueur inquiète qui brillait souvent dans leurs regards lorsqu'ils ne la trouvaient pas, ni celle du soulagement qui les envahissait lorsqu'enfin leurs yeux se posaient sur elle.

Et plus le temps passait, plus elle avait l'impression qu'elle réussirait finalement à tenir la promesse que Severus avait voulu lui soutirer. Alors elle aurait voulu les rassurer mais elle ne trouvait pas encore les mots. Elle avait encore une épreuve à passer. Après ça, elle espérait pouvoir laisser tout le reste derrière elle.

La brune reporta son attention sur ses amis qui la questionnaient sur l'origine du mot. Elle le leur fit lire avant de hausser les épaules et de se mettre à manger. La discussion s'orienta alors sur la soirée de la veille et la relation qui se développait peu à peu entre Ron et Daphné. Le rouquin passa la plus grande majorité du repas à être plus rouge que les tomates qui se trouvaient dans son assiette, sous les rires de ses amis.

Hermione nota le regard appuyé que Ginny posa sur elle à plusieurs reprises pendant le repas mais elle fit mine de rien. Si la rousse n'avait pas oublié leur conversation, peut-être que si Hermione prétendait que c'était son cas alors Ginny n'insisterait pas. Elle l'espérait grandement.

Dès la fin du dîner, Hermione se dirigea vers le bureau de Sirius après avoir demandé à Ron, qui devait retrouver Daphné, de prévenir au passage Théodore qu'elle le retrouverait plus tard. Sirius l'attendait déjà quand elle atteignit son bureau et la brune pénétra donc dans la pièce, légèrement anxieuse.

- Est-ce que tu vas bien Hermione ? questionna Sirius dès qu'il eut refermé la porte derrière elle.

La jeune fille avait arrêté de compter le nombre de fois où on lui posait cette question par jour. Ça lui donnait l'impression de n'être qu'une petite chose fragile prête à se casser d'un instant à l'autre. Ça ne l'aidait clairement pas à aller mieux.

- Ça va…, répondit d'elle en râlant quelque peu. Désolée pour ce matin.

- Ce n'est pas bien grave, éluda le professeur. Je ne t'ai pas fait venir pour te sermonner. Je… en fait, je ne sais pas trop ce que je voulais. Je voulais m'assurer que ça allait et… et peut-être te rappeler qu'on est là pour toi… Ton épouvantard m'a quelque peu perturbé je dois l'admettre…

Hermione lui fit un petit sourire qui sonnait faux. Elle aurait dû se douter que l'homme comprendrait également la signification du lit. Après tout ce qu'ils avaient partagé…

- Ce n'est rien…

- Non Hermione, ce n'est pas rien. Je… j'ai l'impression que tu ne nous crois toujours pas quand on te dit qu'on sera toujours là pour toi. On ne va aller nulle part Hermione. Tant que tu voudras de nous, tu n'auras pas à te retrouver seule.

- Non c'est vrai, je ne vous crois pas. Parce que rien ne me prouve que demain vous n'allez pas disparaître, volontairement ou non. Tout ça ne tient qu'à un fil tellement ténu que oui, j'ai peur en permanence.

- Hermione, quand vas-tu enfin accepter les sentiments que nous éprouvons pour toi ? Nous sommes tous les deux éperdument épris de toi. On ne disparaîtra pas volontairement.

- Tu n'en sais rien. Je vous ai déjà fait fuir à deux reprises, rien ne dit que je ne vais pas recommencer. Je crois bien que je suis trop perturbée pour tout ça…

- Hermione, tu n'es pas plus perturbée que nous deux tu sais. C'est peut-être pour ça que ça fonctionne entre nous. Et quand bien même tu recommencerais, nous ne fuirions jamais bien loin.

- Pourquoi ?

- Parce que… parce que je t'aime Hermione. Et Severus également.

Sa voix était à peine plus forte qu'un murmure. La brune ne savait pas s'il voulait dire par ses derniers mots qu'il aimait aussi Severus ou que Severus l'aimait aussi, elle. C'était sans doute un peu des deux. Elle savait que les deux hommes s'étaient beaucoup rapprochés.

Hermione était figée face à Sirius. Elle avait presque oublié que Severus lui avait sorti ces mêmes trois mots quelques temps plus tôt. Elle se souvenait pour autant du bien que cela lui avait fait. Peut-être étaient-ce ces quelques mots qui lui avaient donné la force d'avancer. Là encore, les mots pénétrèrent son cœur et son âme avec douceur, rallumant la lumière qu'elle avait pensé éteinte à tout jamais en elle.

Elle se souvenait de toutes les fois où elle avait refusé de mêler l'amour à leur relation. Au moins dans son esprit car il était clair pour son cœur qu'elle était éprise d'eux depuis longtemps. Mais quelque part, ne pas l'avouer, même en pensée, lui donnait l'impression que c'était moins grave. Et moins puissant aussi. Ainsi elle avait un peu moins peur de les perdre.

S'attacher, s'ouvrir à l'autre, c'était prendre le risque de le perdre. C'était lui donner la possibilité de nous détruire d'un mot ou d'un silence. Elle savait qu'elle leur avait déjà donné son cœur depuis longtemps mais elle ne s'était pas encore résolue à leur donner son esprit et à s'avouer à elle-même la profondeur de ses sentiments.

Peut-être parce qu'elle avait peur de se livrer totalement à eux. Mais peut-être aussi parce qu'elle ne voulait pas leur imposer ses démences et ses peurs. Ils étaient là pour elle, ils le voulaient et elle en avait conscience. Mais elle n'était toujours pas prête. Et elle ne savait pas quoi répondre.

Alors, elle monta sur la pointe de ses pieds et elle déposa un tendre baiser sur les lèvres de Sirius, espérant faire passer dedans tout ce qu'elle n'était pas prête à dévoiler à voix haute. Il ne fallut qu'une seconde pour que Sirius réponde à son baiser, l'enlaçant fermement.

Hermione avait besoin de ces mots. Elle avait besoin du soutien de ses deux hommes. Et si elle se sentait un peu égoïste pour ne pas être capable de leur retourner leur amour vocalement, l'étreinte de Sirius lui prouvait qu'ils ne lui en tenaient pas rigueur. Ils savaient qu'elle avait besoin de temps et ils étaient prêts à tenir leur promesse de la soutenir malgré tout. Et peut-être qu'ils accordaient moins d'importance aux mots, tout en sachant qu'elle leur prouvait son attachement par ses gestes au quotidien.

Rapidement, les vacances de Noël arrivèrent. Ron et Ginny rentrèrent finalement chez eux tandis que leurs parents s'étaient décidés à rester dans le pays. Théodore rentra également chez lui passer les fêtes avec sa mère. Il s'était montré très réticent à cette idée tandis que ses rapports avec la femme n'avaient jamais été faciles, encore moins depuis que son père avait été emprisonné. Il n'avait toutefois pas réussi à trouver d'échappatoire et avait dû se résigner, avec le soutien d'Hermione et Daphné qui était elle aussi rentrée chez elle.

Hermione se retrouva donc seule avec Harry à rester dans le château pour les vacances. Seule une dizaine d'élèves des années antérieures restaient également dans l'école, ainsi qu'une partie des professeurs, dont Severus et Sirius.

Les quelques jours avant Noël passèrent rapidement. Hermione partageait son temps entre Harry et ses deux hommes. Le garçon passait beaucoup de temps avec Sirius ce qui permettait à la jeune fille d'avoir du temps pour Severus sans avoir à trop mentir à son ami.

Le matin du deuxième jour, la jeune femme eut néanmoins la mauvaise surprise de recevoir une lettre de Théodore. Un article sur le procès de Malfoy était paru le jour du départ des élèves, si bien qu'il était totalement passé inaperçu dans le bazar de la préparation des vacances. Hermione y avait vu un répit lui permettant de ne pas parler de tout cela et de faire semblant encore un peu.

Cependant, Théodore avait entendu parler de tout cela par sa mère et il avait réussi à trouver l'article qu'il avait envoyé à Hermione en lui demandant des explications. L'article était en effet plus qu'explicite et la jeune femme n'avait parlé à personne des lettres qu'elle avait reçues.

Procès de M. Draco MALFOY : la date arrêtée.

La date du procès de l'héritier de la famille MALFOY a finalement été arrêtée. Le jeune homme a en effet été arrêté plusieurs semaines plus tôt pour agression d'une camarade née-moldue au sein de l'école de sorcellerie Poudlard.

Son procès se tiendra donc le jeudi 8 janvier 1999 à huis clos, tel qu'il est d'usage dans ce genre d'affaires. La présence de la plaignante, Miss Hermione Granger, a été confirmée quelques jours plus tôt.

Le verdict de ce procès pourrait bien déterminer l'avenir de la lignée ancienne des MALFOY, le jeune Draco en étant l'unique héritier. Nous reviendrons vers vous une fois le procès passé afin de vous informer de la suite de toute cette affaire.

Théodore s'inquiétait pour Hermione et les raisons pour lesquelles elle ne lui en avait pas parlé. Hermione cacha la lettre dans son sac avant qu'Harry ne la voit. Elle n'avait pas envie d'en parler. Elle ne savait pas non plus quoi répondre à Théo. Alors elle avait simplement ignoré sa lettre, se répétant inlassablement qu'elle y répondrait plus tard, tout en sachant qu'elle ne le ferait pas. Et elle en avait reçu une nouvelle chaque jour.

- Un problème avec Théodore ? demanda Harry un matin tandis qu'Hermione rangeait une nouvelle lettre sans même l'ouvrir.

- Rien de particulier. Je l'ouvrirai juste plus tard.

- Comme celle d'hier et d'avant-hier ? Tu devrais lui répondre Hermione.

La jeune fille hocha la tête sans répondre, sachant qu'il ne servait à rien de prétendre qu'il se faisait des idées. Elle savait qu'il avait raison mais ça ne l'aidait pas à savoir quoi répondre au jeune homme. Le problème c'était qu'elle ne savait pas pourquoi elle n'avait rien dit à personne.

Quand elle avait répondu au ministère, elle avait eu l'impression qu'un poids s'enlevait de ses épaules mais il avait rapidement été remplacé par un autre, celui de l'angoisse du procès. Et depuis, elle ne cessait d'imaginer toutes les issues possibles qui pourraient survenir.

Alors, elle ne savait vraiment pas quoi dire à Théodore. Ni à propos du pourquoi elle ne lui avait rien dit, ni à propos de ce qu'elle ressentait actuellement. Mais plus le temps passait, plus le jeune homme devenait insistant dans ses lettres, la menaçant d'écrire à Ron ou Harry ou pire, à ses deux hommes.

Elle savait qu'il n'en ferait rien, par respect pour elle, mais elle savait aussi qu'il lui en voulait de ne pas lui répondre. Il s'inquiétait pour elle, elle le savait très bien, mais comment lui faire comprendre que malgré tout, elle n'allait pas si mal ? Comment lui faire comprendre que l'épreuve à venir, même si elle l'appréhendait, ne lui semblait pas plus insurmontable que ce qu'elle avait déjà vécu ? Comment lui expliquer qu'elle préférait ne pas y penser pour l'instant, tant que cela lui semblait encore lointain et qu'elle aurait tout le temps d'angoisser réellement plus tard ?

Prenant sur elle, et devant les regards insistants d'Harry, elle se décida finalement à glisser une longue lettre avec le cadeau qu'elle avait acheté à Théodore pour Noël. Une longue lettre dans laquelle elle expliquait qu'elle n'avait pas envie de parler de tout cela et qu'il n'était pas la peine qu'il s'inquiète pour elle. Elle espérait le rassurer même si elle craignait qu'il n'apprécie pas sa réponse qui n'en été pas vraiment une. Elle se doutait qu'il reviendrait à la charge à la rentrée.

Quelques jours avant noël, elle avait également trouvé l'article de journal, posé bien en évidence sur le canapé du salon des appartements de Severus. C'était la façon de l'homme de lui montrer qu'il l'avait lu et qu'il était au courant, tout en lui laissant la possibilité d'en parler ou non, à sa guise. Le geste avait touché Hermione et elle avait simplement replié le journal et l'avait posé plus loin. Elle n'avait pas manqué le long regard que l'homme avait posé dessus lorsqu'il était revenu dans la pièce mais il n'avait rien dit.

Et dès qu'Hermione eut répondu à Théodore, elle put de nouveau faire semblant que tout ceci ne la concernait pas. Elle put oublier, laisser de côté tout ça et simplement profiter des fêtes, de ses deux hommes et d'Harry avec qui elle passait également beaucoup de temps. Et Merlin que ça lui faisait du bien !

Elle réussit à prétendre jusqu'à deux jours avant la rentrée. Elle se trouvait dans l'appartement de Severus, travaillant vaguement sur ses derniers devoirs de vacances. Contrairement à ses six premières années, elle se sentait parfois un peu à la ramasse niveau cours cette année, à cause de tout ce qu'elle avait traversé.

Heureusement, elle avait pris beaucoup d'avance pendant l'été et même les années précédentes si bien qu'elle parvenait tout de même à suivre sans trop de difficultés mais, pour la première fois de sa vie, elle avait hâte d'en finir avec ses études. Apprendre l'intéressait toujours autant mis elle était fatiguée des devoirs incessants et des examens réguliers. Elle ne trouvait plus autant d'intérêt qu'auparavant à vouloir toujours prouver ses connaissances et capacités.

Cette après-midi-là, Severus était en réunion avec les différents directeurs de maison et la directrice, si bien qu'Hermione se retrouvait seule dans ses appartements. C'était la première fois que ça arrivait et elle se sentait touchée qu'il lui permette cette familiarité et qu'il lui fasse confiance.

Bien sûr, ça pouvait sembler un peu ridicule après tout ce qu'ils avaient partagés mais ça comptait beaucoup pour elle. C'était encore une preuve de l'attachement de l'homme pour elle. Et elle collectionnait avec précaution ces preuves que Sirius et Severus lui donnaient, les conservant dans un coin de son esprit, s'y attachant pour repousser les ténèbres environnantes.

Lorsqu'elle mit un point final à son devoir de sortilège, la jeune femme s'étira, soulagée d'avoir fini ce qu'elle voulait faire pour la journée. Cela faisait deux heures que la réunion avait commencée et elle se doutait qu'ils allaient en avoir encore pour un temps.

Alors, succombant à sa curiosité, Hermione se leva et commença à faire le tour de la pièce, laissant ses yeux s'attacher aux différents bibelots et livres qui occupaient les lieux. Rien n'avait vraiment changé depuis qu'elle était passée dans cette pièce en sortant du 12 Grimmauld Place.

La brune s'approcha de la bibliothèque qui occupait un grand pan de mur, émerveillée par le nombre de bouquins qu'elle contenait. Son regard glissa sur les titres dont la majorité faisaient référence aux potions, tandis que ses doigts frôlaient les tranches, osant à peine les toucher. La plupart des bouquins étaient recouverts d'une fine couche de poussière.

Hermione se doutait que l'homme ne les consultait que peu souvent, sans doute les connaissait-il déjà tous par cœur. Sans doute avait-il eu cette même manie qu'elle-même lorsqu'il était jeune et s'était-il habitué à retenir un maximum de choses en lisant, de façon à pouvoir lire le plus grand nombre possible de livres, sans avoir besoin de revenir dessus en permanence.

Ses doigts s'arrêtèrent sur un livre sans aucune annotation sur la couverture d'un noir profond et dénué de poussière. Poussée par la curiosité, la brune l'attrapa et le tira vers elle avant de l'observer sous toutes ses coutures. Elle finit par l'ouvrir doucement, ayant presque l'impression d'être en train de dépasser une limite imaginaire en fouinant ainsi dans les affaires de Severus.

Lorsque son regard tomba sur le sommaire, elle ne put retenir un frisson qui la parcourut de part en part. Les titres de chapitres évoquaient de façon plus qu'explicite des savoirs tenant de la magie noire ou rouge.

Sans pouvoir s'en empêcher, Hermione referma le livre assez brusquement et regarda tout autour d'elle, comme si elle s'attendait à ce que quelqu'un la pointe soudainement du doigt pour avoir ouvert un livre aussi sombre. C'était le genre de livre qui n'aurait peut-être même pas sa place dans la réserve, le genre de savoir dont les enseignements à Poudlard cherchaient à les tenir éloigner.

Comme aucun spectre n'apparaissait pour la prendre en flagrant délit, Hermione reposa son regard sur le livre qui pesait lourdement dans ses mains. Elle n'avait jamais été particulièrement attirée par la magie noire. Venant d'une famille moldue, elle avait déjà trouvé quantité de choses à découvrir et apprendre sans avoir à se plonger dans cette branche de la magie.

Mais à présent que le livre était dans sa main, elle ne pouvait s'empêcher d'être curieuse. Sa soif de savoir la tiraillait, lui intimant que feuilleter un peu le bouquin ne voulait pas dire qu'elle allait se transformer en mage noir en une seconde. Ce n'était que de la curiosité, rien de plus.

Alors, lentement, elle rouvrit le livre et se laissa choir à même le sol devant la bibliothèque pour commencer à s'intéresser au contenu sombre qui recouvrait les pages. Les mots défilaient devant ses yeux et, bien malgré elle, ils s'inscrivaient à l'encre indélébile dans son cerveau dans un réflexe acquis au cours de ses études.

Elle frissonna en lisant certains sort et les descriptions détaillées de leurs effets. Elle avait chaud, et froid. Tout un pan de la magie semblait s'ouvrir à elle, des millions de possibilité qu'elle n'avait jamais ne serait-ce qu'imaginé. Les conséquences pouvaient en être terribles et pourtant, elle ne pouvait s'empêcher de tourner les pages les unes après les autres, par curiosité et aussi parce que plus elle lisait, plus elle se demandait pourquoi elle avait négligé si longtemps tout ce savoir.

Les conséquences pouvaient être terribles mais elle ne pouvait s'empêcher de se dire que tout dépendait au final de l'utilisation faite de ces connaissances. Elle ne pouvait s'empêcher de penser que de nombreux sorts de magie dite blanche, détournés, pouvaient parfois causer plus de dégâts. Elle ne pouvait s'empêcher de penser que, peut-être, si elle avait connu certains de ces sorts, elle n'aurait pas été aussi faible et à la merci de Bellatrix et Draco.

Donc elle continuait à lire, sans réfléchir à savoir si elle prenait ou non la bonne décision. Elle lisait et elle retenait les mots. Elle lisait et elle s'imaginait parfois les lancer sur Malfoy, pour enfin accéder à sa vengeance. La plupart des sortilèges étaient très complexes et pourtant, elle ressentait toujours cette haine envers le blond qui lui donnait la conviction que, si elle essayait, elle parviendrait certainement à lancer l'un de ses sorts sans trop de difficulté.

Elle avait conscience que la magie noire avait un prix. Et pourtant, quand elle voyait Severus, qui s'était largement plongé dans cette branche de la magie, elle ne pouvait s'empêcher de se dire que ça ne devait pas être aussi terrible que cela. Si elle se contentait de se venger, le prix ne devrait pas être aussi élevé que cela après tout. Et elle n'avait pas particulièrement envie de faire autre chose de toutes ces nouvelles connaissances qu'elle continuait d'emmagasiner.

Cependant, elle craignait que le prix ne se cache justement derrière tout ça et qu'après avoir commencé, elle n'aurait toujours envie que de plus. Elle ne savait jusqu'où elle serait capable d'aller et n'était pas sûre de vouloir le vérifier. Parce qu'une rage putride bouillait toujours au sein de son ventre, contre Bellatrix et Draco, mais aussi contre elle-même et plus insidieusement, contre ses deux hommes et ses amis.

Elle vouait une haine féroce à Bellatrix et Draco. Mais elle en voulait aussi aux membres de l'Ordre pour l'avoir enfermée au 12 Grimmauld Place. Elle en voulait aussi aux professeurs de Poudlard qui ne les avait jamais préparés à affronter la guerre, même si elle doutait qu'une telle préparation était possible. Elle en voulait à tous ceux qui, pendant plusieurs années, avaient fait la sourde oreille face aux preuves du retour de Voldemort.

Elle en voulait également à ses deux hommes qui n'avaient pas été capable de la protéger, même si elle savait que rien n'était vraiment de leur faute. Elle en voulait à ses amis qui ne parvenaient pas à déceler ses mensonges alors qu'ils prétendaient la connaître par cœur, même si elle reconnaissait que c'était de sa faute à elle. Elle en voulait même à ses parents qui n'avaient pas vu pendant l'été à quel point elle avait changé et même maintenant, qui ne savaient rien de ce qu'elle avait traversé, même si elle avait tout fait pour.

Au final, toute cette rage était davantage orientée vers l'injustice dont semblait être composée sa vie. Parce qu'elle avait conscience que les autres, hormis Bellatrix et Draco, ne lui avaient jamais voulu de mal. Mais parce qu'elle aurait pu être une jeune fille heureuse. Elle aurait pu devenir une jeune femme respectée pour ses savoirs, toujours souriante. Elle aurait pu briller.

Mais plus le temps passait, plus les ténèbres se répandaient en elle telle une gangrène incontrôlable. Elle avait beau essayer d'enfermer tous ces ressentiments au plus profond de son âme, elle les sentait grandir sans interruption. Exploseraient-ils un jour ? Elle sentait sa magie crépiter tout autour de cette chape de ténèbres. Elle ne semblait attendre qu'une chose : qu'Hermione embrasse sa rancœur et laisse court à ce que la voix lui chuchotait à l'oreille. La jeune femme pouvait sentir sa magie se préparer, grossir, se transformer.

Severus avait cru que l'augmentation de ses capacités magiques avait pour but de l'aider à surmonter tout ce qu'elle avait traversé, l'aider à guérir. Mais elle avait l'impression tenace que c'était tout autre chose. C'étaient les ténèbres qui faisaient évoluer sa magie. Et si elle ne faisait rien, elle ne savait combien de temps elle pourrait continuer ainsi.

Et en même temps, elle n'était pas sûre qu'écouter la rage qui la consumait était une bonne solution. N'était-ce pas le chemin le plus rapide vers la folie ? Elle faisait son premier pas sur la route obscure de la magie noire ce jour-là et plus elle tournait les pages du livre, plus elle doutait du bien-fondé de sa décision alors qu'elle sentait qu'un retour en arrière ne s'offrirait bientôt plus à elle. Toutes ces connaissances ne la quitteraient jamais vraiment et il ne tiendrait qu'à elle de décider de l'utilisation qu'elle en ferait.

Depuis toute petite, elle avait toujours cherché à agir en étant pleinement consciente de ce qu'elle faisait, pour que, quelle que soit l'orientation que prenaient ses actes, elle sache toujours qui elle était. Mais était-il possible qu'elle dévie à cause de tout ce qu'elle avait traversé ? Allait-elle peu à peu se laisser corrompre par ses démons intérieurs ?

Elle haïssait Bellatrix. Elle haïssait le fait qu'elle n'avait pu se venger de la femme. Elle haïssait Draco. Et là, dans ses mains, elle avait une solution qui semblait s'offrir à elle sans rien réclamer en retour. Si elle se vengeait de Draco, en ressortirait-elle soulagée ? En ressortirait-elle plus forte ? Reprendrait-elle le dessus sur sa vie ? Ou bien finirait-elle par se perdre sur le chemin des ténèbres ?

- Qu'est-ce que tu fais ?

La voix de Sirius, qu'elle n'avait pas entendu arriver, ramena brutalement Hermione à la réalité. Elle sursauta et le livre lui échappa des mains dans un bruit sourd en tombant au sol.

L'homme n'était qu'à deux pas d'elle et, avant qu'Hermione n'ait le temps de l'en empêcher, il avait ramassé le bouquin, intrigué par la réaction de la brune. Elle ne put que l'observer pendant qu'il regardait le contenu du livre avec un visage fermé. Elle avait l'impression d'être une enfant prise la main dans le sac, attendant de se faire gronder par ses parents.

Sirius semblait particulièrement désapprouver sa lecture et quelques secondes de flottement passèrent avant qu'il ne reporte son attention sur la jeune femme. Elle fixa le regard orageux de l'homme, essayant de décrypter vainement la lueur qui s'y reflétait et qu'elle n'y avait jamais vu.

- Qu'est-ce que tu faisais ?

La voix de l'homme était froide, hésitante. Un peu comme s'il voulait lui laisser le bénéfice du doute, tout en sachant déjà ce que la brune allait dire.

- Je… Je ne sais pas vraiment, avoua Hermione avec une petite voix.

- Hermione…, soupira Sirius. Qu'est-ce que tu cherchais là-dedans ?

Il tenait le livre à bout de doigts, comme une chose répugnante dont il ne voulait pas s'approcher de trop près. Elle ne pouvait que le comprendre. Après tout, il avait été bercé dans la magie noire auprès de sa famille et il avait fait de gros efforts, il avait tout risqué même, pour s'en éloigner. C'était en partie à cause de son attirance pour la magie noire qu'il avait haï Severus pendant leur adolescence. Il n'en voyait que les mauvais côtés. Il ne s'était certainement pas attendu à trouver Hermione ainsi, plongée dans un livre traitant du sujet au point qu'elle ne l'ait même pas entendu arriver.

- Je ne sais pas Sirius, répéta Hermione.

- La magie noire n'est jamais la solution, Hermione.

Sa voix était intraitable. Il voulait lui faire comprendre et en même temps, il ne comprenait déjà pas lui-même comment elle en été arrivée là. Il y avait un sacré pas entre subir des événements traumatisants et décider d'agir en se plongeant dans la magie noire. Lui, ça ne lui avait jamais effleuré l'esprit que cette branche de la magie pouvait être une solution. Il n'avait que trop vu les dégâts que ça pouvait faire. Il avait vu sa famille se détruire peu à peu à cause de tout ça.

Il n'était pas près de laisser Hermione s'engager sur ce chemin. Elle était tellement tout le contraire de cette noirceur ! Il aurait voulu qu'elle se voie telle qu'il la voyait. Brillante, malgré les ombres qui obscurcissaient souvent son esprit, pleine de couleurs, vivante. Elle n'avait pas besoin de magie noire. Elle était suffisamment puissante pour rendre l'impossible possible sur le chemin de la lumière. Ça ne ferait que la ternir.

- Je suis désolée, s'excusa la brune sans savoir quoi dire d'autre.

- Je ne veux pas que tu t'excuse, Hermione. Je veux que tu comprennes que ça ne t'apportera rien de bon. Je veux que tu oses me parler de ce qui te tourmente plutôt que de te laisser chercher des solutions qui n'en sont pas.

Hermione croisa de nouveau le regard de Sirius et, pendant un temps, elle y perçut la peur qui semblait l'habiter. Ça la perturba plus qu'elle ne l'aurait pensé. Parce qu'elle réalisait à quel point elle avait changé. Avant tout ça, elle n'aurait jamais ne serait-ce que pensé ouvrir un livre de magie noire, même par curiosité. Et là, elle avait envisagé s'en servir pour se venger de Malfoy. Et elle avait déjà fait un grand pas dans cette direction en commençant à lire le livre.

- J'avais envie de le tuer.

Les mots franchirent la barrière de ses lèvres sans qu'elle ne cherche à les retenir. Elle ressentait le besoin de s'expliquer auprès de Sirius, pour que son opinion sur elle ne change pas. Elle voulait effacer cette peur qui brillait dans ses prunelles.

- Dans le couloir des cachots, si Severus n'était pas arrivé, je ne suis pas sûre qu'on en serait ressortis tous les deux en vie. Et même maintenant, j'en ai encore envie et je n'arrive pas à passer outre. Je ne veux plus être une petite chose fluette et inutile. Je ne veux plus avoir peur.

Sirius fixait Hermione sans savoir quoi répondre. Il comprenait que la jeune fille ait envie de se venger. Il savait à quel point elle avait souffert et souffrait encore. Il saisissait et pour la première fois de sa vie, il comprit aussi ce que la magie noire pouvait avoir d'attirant.

Il avait toujours vu ça comme une faiblesse. Et pourtant, la jeune femme devant lui était loin d'être faible, bien au contraire. Elle luttait simplement chaque jour pour continuer d'avancer, espérant survivre pour pouvoir vivre un jour. Il doutait cependant qu'assouvir sa vengeance lui apporterait la moindre consolation.

Lui-même avait eu une période de sa vie dirigée par l'envie de vengeance, quand il avait fui Azkaban. Il avait failli tuer Peter, ce jour-là, dans la cabane hurlante. Mais Harry l'en avait empêché. Et toute la rancœur qu'il avait nourrie au départ avait fini par laisser place à autre chose. Au final, il ne regrettait pas parce qu'à présent, il avait trouvé bien plus. Il n'était pas sûr qu'il se serait relevé du meurtre du dernier de ses anciens meilleurs amis, même s'il les avait cruellement trahis.

- Suis-je devenue un monstre, Sirius ?

La question de la brune ramena l'homme dans le présent. Il croisa son regard perdu et affolé et il ne réfléchit pas plus avant de l'attirer contre lui, laissant tomber le livre au sol. Il la sentit serrer ses bras autour de lui, comme si elle cherchait à se raccrocher à quelque chose d'autre que les méandres de son esprit.

- Bien sûr que non, Hermione, chuchota Sirius, le nez plongé dans les cheveux de la brune.

Elle semblait tellement désemparée et perdue qu'il prit sur lui pour lui raconter sa propre expérience avec Peter. Il se livra à elle pour lui faire comprendre ce que lui-même avait mis tellement de temps à saisir. Et petit à petit, il eut l'impression que la brune redevenait elle-même, repoussant les ombres de la tentation pour un temps au moins.

Lorsque Severus revint dans ses appartements, après s'être attardé auprès de Minerva pour discuter du cas de certains Serpentard, il trouva Sirius et Hermione assis dans le canapé sous une atmosphère légèrement pesante. Son regard tomba immédiatement sur le livre qui traînait au sol et il le ramassa, essayant de comprendre ce qui avait bien pu se jouer en son absence.

Un regard de Sirius le dissuada d'intervenir et il s'éclipsa simplement dans la cuisine après avoir remis le livre à sa place sur la bibliothèque. Il en revint quelques minutes plus tard avec du thé et trois tasses. Ils burent tous en silence et restèrent ainsi jusqu'à ce que l'heure du dîner n'arrive. Là, ils se séparèrent toujours sans un mot mais le silence d'abord pesant s'était peu à peu apaisé.

Juste avant de partir, Hermione se permit de déposer un tendre baiser sur les lèvres de chacun de ses deux hommes. C'était un baiser de remerciement parce qu'elle avait profité du silence pour repenser à ce qu'elle avait ressenti en ouvrant ce fameux livre. Elle avait analysé ce que Sirius lui avait confié à voix basse de son passé douloureux. Elle avait réfléchi à tout ce qu'elle était tentée de faire, tout ce qu'elle avait envie de faire, et tout ce qu'elle ne pourrait plus faire si elle se laissait aller à suivre ses instincts ténébreux.

Et au final, la magie noire ne lui semblait pas si attirante que cela. Au final, elle préférait s'attacher à ses deux hommes.


Bonjour à tous et à toutes !

J'espère que ce chapitre vous aura plu ! N'hésitez pas à me donner votre avis ;)

Le prochain chapitre sera le dernier avec, vous vous en doutez, le fameux procès ! Ensuite il y aura un court épilogue et puis voilà... Oui, c'est triste...

Je pense poster la suite mercredi ou jeudi et l'épilogue vendredi comme ça vous n'aurez pas trop à attendre !

En tout cas, je tiens encore une fois à remercier tous ceux qui suivent cette histoire et tous ceux qui me laissent une petite review, c'est aussi grâce à vous que cette histoire existe (et se termine bientôt).

A très vite !

Et pour finir, réponse aux reviews guest :

Jenny : Oui je trouve que la loutre lui correspond bien au final ;) Même si elle a encore beaucoup de boulot ! Le procès arrive dans le chapitre suivant ! Et quant à Ron, je l'imagine bien comme ça, un peu maladroit dans ses faits et gestes ^^ Un grand merci pour ta review, j'espère que ce chapitre t'aura plu également !