[Règle n°17 – Mettre un pied devant l'autre]
Aloha ! Le suspens était trop insoutenable, et vous voici ? Bienvenue !
Bonne lecture à tous !
« Croire en la victoire même si l'on est malmené, et penser à la manœuvre suivante…
Voilà comment on change le cours du destin. »
La zone industrielle qui se dressait tout autour d'eux, désertée pendant la nuit, n'avait rien de rassurant. Les bâtiments, certains flambant neufs, d'autres si décrépis qu'ils menaçaient de tomber, s'élevaient en ombres inquiétantes dans l'obscurité créée par le contre-jour de quelques réverbères à la lueur pâle. Les rumeurs lointaines des quelques manutentionnaires qu'il restait sur les docks, et les murmures du vent dans quelques tôles mal fixées, ajoutaient à la scène un fond sonore inquiétant.
— On y va ? demanda Lee une dernière fois.
— Ouais. confirma Sasuke.
De toutes manières, il n'y avait plus aucun intérêt à faire demi-tour maintenant.
Naruto ravala sa salive tandis qu'il faisait un premier pas sur le trottoir de la large avenue, vide de monde. Il avait beau ne rien montrer, il était tendu du bout de ses orteils jusqu'aux pointes de ses cheveux. C'était bien la première fois de sa vie qu'il faisait quelque chose dans ce genre, et il ne parvenait pas à modérer son inquiétude. Après tout, qui savait ce qu'il pourrait bien leur arriver ce soir-là ? Ils ne savaient même pas réellement où ils allaient, s'ils allaient y trouver du monde, s'ils allaient vraiment tomber sur une des livraisons dont Fugaku avait parlé – peut-être même étaient-ils en train de courir dans un guet-apens ! Sasuke et Lee avaient peut-être l'habitude de tout cela, mais ce n'était pas du tout son cas. Il resta donc le plus près possible d'eux, jetant régulièrement des coups d'œil inquiets aux alentours. Il entendait dans le lointain les clameurs de la circulation de la capitale, les crissements des pneus, les klaxons et les accélérations soudaines ; mais autour d'eux, le temps semblait s'être arrêté. Les seuls bruits proches étaient ceux de leurs pas, qui leurs paraissaient soudain bien lourds à résonner ainsi sur le macadam et entre les hauts entrepôts.
Quelques centaines de mètres plus loin, ils tournèrent dans une rue plus étroite. Après s'être assurés que les caméras de vidéo-surveillance étaient toutes tournées vers les entrées, et non vers la rue, ils avancèrent prudemment.
Tandis qu'il faisait de même, Lee demanda à ses deux compagnons d'un soir d'enfiler leurs masques, ce qu'ils firent sans cesser d'avancer. Le bras de Naruto frôlait par intermittence celui de Sasuke, comme si le blond cherchait le contact pour calmer comme il pouvait les battements trop rapides de son cœur. Fort heureusement, cela ne semblait pas déranger Sasuke, qui n'avait pas une seule fois fait mine de s'éloigner. Ils évoluaient le plus silencieusement possible, restant à l'ombre des quelques petits arbres plantés le long du trottoir, retenant presque leur souffle. Ils aperçurent bientôt, de l'autre côté de la rue, un hangar ressemblant en tous points à tous ceux qui s'alignaient devant leurs yeux attentifs, mais qui arborait le numéro neuf peint en noir sur la large porte coulissante qui lui servait d'entrée. Et maintenant… ?
Aucun bruit ne se faisait entendre dans les environs, et il ne semblait pas y avoir qui que ce fût dans cet entrepôt, pas plus que dans les autres. Lee jeta un coup d'œil rapide alentour et avisa un interstice assez large pour laisser passer une personne, entre deux hangars, non loin derrière eux. Il leur fallait de toute manière trouver un endroit à l'abri des regards s'ils voulaient épier la livraison – en espérant qu'elle se fasse. D'un regard, le jeune homme leur signifia l'endroit, et Naruto s'y glissa en premier, suivi de près par Sasuke, puis par Lee.
Ce dernier s'agenouilla pour mieux observer la scène de loin et Sasuke s'adossa au mur de béton de l'un des hangars. Sans un mot, ils attendirent que quelque chose bouge à l'horizon, quelque chose qui leur indique que l'intuition de Lee n'aurait pas été une erreur. Le portable dans la main, prêt à déclencher dans la seconde son appareil photo, et le cœur battant, Sasuke baladait un regard inquisiteur d'un bout à l'autre de la rue. Depuis le temps qu'il traquait l'opportunité de faire tomber son père, il ne voulait surtout pas passer à côté du moindre détail.
Et les minutes s'écoulèrent, installant l'ennui. La fatigue commençait doucement à engourdir les trois jeunes hommes, usant peu à peu leur patience et leur concentration. Le froid de la nuit avait eu le temps de s'installer, et s'infiltrait pernicieusement au travers de leurs vêtements trop fins. En voulant regarder l'heure qu'il était sur son portable, Naruto se rendit compte qu'il tremblait de la tête aux pieds. Étouffant une injure dans son masque, il tenta de se réchauffer en se frottant énergiquement les bras, mais ne parvint qu'à accrocher les coudes de son gilet sur les aspérités du béton. Il ne tint pas beaucoup plus longtemps avant de décrocher son masque pour demander d'une voix basse aux garçons combien de temps encore ils allaient devoir rester à jouer les stalagmites.
Lee se retourna avec un regard plein de reproches, mais quand il sentit son cou craquer d'un bruit sourd, il ravala la remarque désobligeante qu'il s'apprêtait à lâcher, et se redressa en grimaçant, avant d'avouer que lui aussi commençait à trouver le temps long. Sasuke acquiesça avec un air soucieux, cherchant visiblement une solution à leur problème, ou tout de moins une manière de faire en sorte qu'ils ne soient pas venus pour rien. Il glissa un énième regard songeur sur le hangar, puis proposa d'aller voir à l'intérieur s'ils trouvaient quelque chose d'intéressant. Lee fronça immédiatement les sourcils, répliquant avec véhémence :
— À l'intérieur ? T'y penses pas, quand même ? demanda-t-il d'un ton courroucé.
— C'est bien ce qu'on voulait faire la dernière fois, non ?
— Oui, et c'est en cherchant un moyen d'entrer qu'on s'est fait tirer dessus. T'as déjà oublié ?
— Évidemment que non ! s'énerva à son tour Sasuke. Je veux juste mettre toutes les chances de notre côté !
Alors que Lee allait renchérir, ils se firent instamment couper par Naruto, qui leur intima de se taire avec un regard noir.
— Vous allez pas vous disputer dans une situation pareille, quand même ? On est censé être discrets. On peut tout simplement aller voir s'il y a un quelconque moyen de savoir s'il y a quelqu'un là-dedans, et trouver une manière d'entrer si la voie est libre.
Lee coula un regard interrogatif à Sasuke, comme pour avoir son approbation avant de donner son propre avis. Et puisque Sasuke adhéra rapidement à l'idée de Naruto, Lee ne put qu'agréer à son tour, non sans arborer une moue dubitative.
Ils s'assurèrent que la rue était toujours déserte, puis se glissèrent tels des ombres hors de leur cachette en réajustant leurs capuches, et traversèrent la route pour se diriger immédiatement vers l'espace entre les hangars numéro neuf et onze afin de chercher une autre entrée. Avançant prudemment dans l'obscurité, ils entendaient presque leurs cœurs battre tant ils tendaient l'oreille au moindre bruit. Un pas après l'autre, ils évoluaient en tâtonnant du bout de leurs pieds le sol plongé dans l'ombre, évitant au mieux les fils de fer, les débris de verre et les morceaux de plastique. Le sol était jonché de saletés qui craquaient sous leurs pieds dans un vacarme qui leur paraissait assourdissant comparé au silence ambiant.
— Attention à vos têtes. susurra Lee à mi-parcours en se baissant pour éviter un climatiseur éteint, chargé de poussière sale.
Sasuke et Naruto firent de même à sa suite, puis ils continuèrent d'évoluer doucement, pas à pas, en écartant du bout des doigts les quelques toiles d'araignées qui leur barraient le passage. Quand enfin ils arrivèrent au bout de l'entrepôt, ils débouchèrent sur un étroit passage qui courait le long des bâtiments, scindé en deux par un haut grillage surmonté de barbelés, qui bloquait l'accès aux hangars s'alignant en face d'eux, identiques à ceux de la rue d'où ils venaient.
L'arrière de l'entrepôt numéro neuf était un mur de parpaings de plusieurs mètres de haut, impossible à escalader. Les garçons avaient espéré qu'il serait semblable à la façade : fait de tôles ; et qu'avec un peu de chance, ils y trouveraient un passage, mais non, la bonne fortune ne semblait pas être avec eux ce soir-là. Au moins n'y avait-il aucune caméra de ce côté-là…
— Et ça, c'est quoi ? demanda Naruto en plissant les yeux, tendant un doigt vers un tas informe adossé au mur du bâtiment, à quelques mètres d'eux.
— Probablement un dépotoir. répondit Lee en haussant les épaules.
Mais Naruto voulut en avoir le cœur net, surtout après avoir remarqué que juste en face, le haut grillage avait été réparé à la va-vite, remplacé par un morceau aux motifs différents. Il s'avança donc, ignorant les mises en garde de Lee, et, en s'approchant, se rendit compte à la lueur de la lune qu'il s'agissait de vieilles tôles, de parpaings et de bouts de bois, entassés n'importe comment contre le haut mur. En voulant voir tout cela de plus près, il pressa un peu le pas sans voir qu'un perfide fil de fer était tendu en travers du passage. Un pas de plus, et il se sentit trébucher et tomber en avant. En face de lui, le bord rouillé des tôles le menaçait. À ses pieds, des morceaux de bois et des débris de parpaings attendaient sa chute. Il tendit les mains sans trop savoir ce qui était préférable pour se réceptionner, se mordant les lèvres pour retenir un cri.
Dans son dos, Sasuke se tendit soudain en le voyant tomber. Quand un bruit sourd de métal tordu et de cailloux retentit entre les bâtiments, Lee grinça des dents en maudissant intérieurement cet « abruti de blond qui ne savait pas mettre un pied devant l'autre », tandis que son acolyte se précipitait vers Naruto, en prenant tout de même soin de ne pas faire la même bêtise que son ami. Avec un regard anxieux, il s'agenouilla pour lui demander s'il allait bien.
— Ouais… répondit-il hasardeusement en se redressant sur ses genoux. Je crois…
— Tu crois ?
Naruto ne répondit pas, trop occupé à reprendre le contrôle de ses mains tremblantes. Quand ses yeux se posèrent sur la paume de sa main droite, il grimaça à travers son masque. Sasuke, qui ne voyait que trop bien quelques gouttes d'un liquide vermeil perler au bord d'une des tôles, se pencha pour constater les dégâts. Une estafilade profonde et irrégulière barrait la paume de Naruto, d'où s'échappait un peu de sang. Si la blessure n'avait pas l'air trop sérieuse au premier abord, Sasuke s'inquiétait surtout à cause du bord de la tôle, rouillé et grignoté par les intempéries. Entreposé à l'arrière d'un hangar, au beau milieu d'une zone industrielle, ce morceau de métal n'était certainement pas des plus propres…
— Faut désinfecter ça, on rentre. chuchota Sasuke d'une voix étouffée.
— Quoi ? glapit Naruto en élevant un peu la voix.
Lee ne répliqua pas, se contentant d'observer la scène d'un œil morne. Tout cela lui paraissait d'un ennui profond.
— T'as vu sur quoi tu t'es coupé, crétin ? Ça pourrait s'infecter en moins de deux, on rentre.
— Et puis quoi encore ? assena Naruto en fronçant les sourcils, avant d'ouvrir son gilet pour déchirer le bas de son tee-shirt avec ses dents. C'est toi-même qui a dit que tant qu'à être venus ici, autant faire ce qu'on pouvait pour rentrer là-dedans. commença-t-il en enroulant la bande de tissu autour de sa main, non sans grimacer affreusement. Eh ben ça tombe bien, parce que derrière ces tôles de merde, il y a un trou dans le mur. S'il y avait quelqu'un dans les parages, ça ferait longtemps qu'il nous serait tombé dessus, alors on y va, ok ?
Sasuke resta un instant pantois devant la volonté sans faille de Naruto. Il ne s'était certes pas attendu à ce que le blond lui renvoie dans la figure ses propres arguments. Et puis, tout crétin qu'il était, Naruto devait avoir un excellent sens de l'observation pour avoir remarqué que cet amas de tout et n'importe quoi cachait un trou dans le mur… !
— Bon, on le fait maintenant alors, avant que vos conneries n'ameutent tout le quartier. prévint Lee en s'avançant vers eux.
Il commença à bouger quelques planches de bois pour mieux voir le trou dont Naruto avait parlé, pendant que le blond se relevait en époussetant son pantalon poussiéreux. Quand ils eurent fini de déblayer l'endroit en s'écorchant les doigts un peu partout, ils constatèrent que le mur avait dû être forcé, car quelques parpaings cassés gisaient sur le sol, à l'intérieur de l'entrepôt. L'endroit était plongé dans le noir et les garçons n'y distinguaient absolument rien. Pourvu que le hangar soit réellement vide et qu'il n'y ait pas une horde d'hommes de main de Fugaku, attendant de pied ferme qu'ils tombent dans un quelconque piège ! Cachant sa soudaine pointe d'anxiété, Lee alluma la lampe torche de son portable qui diffusa son pâle faisceau sur un sol noir et poussiéreux.
— Mais il n'y a rien, ici… lâcha Naruto d'un ton à la fois déçu et soulagé, en jetant un coup d'œil à l'intérieur.
Comme pour lui répondre, sa voix se répercuta en quelques échos à l'intérieur du hangar. Il n'y avait aucune cloison, aucun meuble, aucun carton, rien qu'une odeur de fumée qui les enveloppa petit à petit. Lee se faufila tout de même dans le passage pour aller explorer l'intérieur, et il fut aussitôt imité par Sasuke et Naruto, qui allumèrent à leur tour le flash de leurs portables. Ils firent quelques pas dans le bâtiment, réalisant que l'odeur désagréable de brûlé s'accentuait à mesure qu'ils avançaient. Sasuke fut celui qui s'avança le plus, désireux de délier le mystère qui entourait cet endroit et qui s'épaississait au fur et à mesure qu'ils essayaient d'en savoir davantage. Ses pas l'amenèrent près de l'entrée, où la lumière de son portable lui montra un amas de cendres encore fumantes. Il fronça les sourcils. Tout cela n'augurait rien de bon. Tandis qu'il s'avançait vers les restes du feu, son pied se posa sur quelques gravillons qui crissèrent sous son poids. En baissant le regard, il se rendit compte que des traces de pneus serpentaient sur le sol. Plusieurs véhicules avaient dû manœuvrer ici, certainement pour vider l'entrepôt ; cette hypothèse expliquait également pourquoi un feu avait été allumé : quelques informations compromettantes avaient sans doute été brûlées pour ne pas tomber entre les mains de n'importe qui.
— Les traces sont récentes. commença Lee, accroupi pour mieux observer le sol. Il y avait plusieurs véhicules, les pneus sont de tailles différentes.
Sasuke acquiesça, il en était parvenu à la même conclusion.
— Et ils s'en sont donné à cœur joie pour tout cramer. poursuivit-il en serrant les poings de frustration. C'est con, ils ont dû faire ça dans la journée, ou hier soir… On est trop tard.
— Il reste quelques papiers… hasarda Naruto, qui s'était rapproché des cendres.
Curieux, Sasuke le rejoignit et s'accroupit à son tour pour voir s'il restait quoi que ce fût de récupérable ou de lisible. En effet, quelques feuilles traînaient encore sur le sol, mais pour la plupart, le feu les avait tellement attaquées qu'elles n'étaient plus que de fins feuillets noircis, qui s'effriteraient au moindre mouvement. Impossible donc d'en tirer la moindre information.
— Attendez, j'ai peut-être quelque chose.
Sasuke se tourna vers Naruto, qui avait semblait-il trouvé un morceau de papier ayant échappé au feu. À moitié mangé par les flammes, le coin de feuille ne ressemblait plus à grand-chose, mais il était le seul indice que les garçons aient trouvé pour le moment. Naruto le récupéra du bout des doigts avec la plus grande précaution, et tenta de comprendre ce qu'il y avait d'inscrit dessus, mais les quelques caractères que l'on distinguait encore n'avait pas beaucoup de sens à ses yeux.
— Sasu, ça te dit quelque chose Tayuya ?
— Non… répondit le brun en regardant le fragment de feuille dans les mains de Naruto. Aucune idée. Lee ?
Le concerné les rejoignit pour jeter lui aussi un coup d'œil au morceau de papier, mais il ne sut pas davantage dire ce qu'était ce Tayuya, ou si cela avait une quelconque signification. Cependant, ce qui intriguait encore davantage Sasuke, c'était ce qui avait été griffonné juste en-dessous du mot : « イス* 8436.7.12 ». Le début était illisible, mais ces quelques caractères étaient parfaitement clairs. Les katakanas renvoyaient à n'en pas douter à un terme anglais, mais lequel ? "Base", "vice", "ice" ou encore "place" ? Sasuke n'en avait aucune idée, et après lui avoir demandé, Naruto lui confirma que lui non plus n'en savait rien.
— Je crois savoir ce que ça peut être… commença Lee d'un ton quelque peu hasardeux. Mais je préfère ne rien dire pour l'instant, je vais vérifier d'abord.
Sur ces mots, il alluma son portable et prit en photo le bout de papier, avant que Sasuke le range dans un petit carnet qu'il gardait dans la poche intérieure de sa veste. Quand ils se levèrent pour continuer leurs recherches, ils entendirent soudain des voix s'élever au loin, se rapprochant peu à peu de l'entrepôt. Les garçons s'immobilisèrent soudain, tous leurs sens en alerte. Ils ne distinguaient aucun mot clair dans le semblant de conversation qui résonnait dans la rue, néanmoins, ils avaient parfaitement conscience que si quiconque les trouvait ici, ils auraient tout le mal du monde à expliquer leur présence dans cet entrepôt qui ne leur appartenait pas, au beau milieu de la nuit. Sans compter qu'habillés comme ils étaient, on pouvait aisément les confondre avec des voleurs.
Et les voix se rapprochaient, inlassablement. Ils échangèrent un regard entendu, puis se pressèrent vers la sortie alors que les importuns commençaient à longer le pignon de l'entrepôt numéro neuf. En tentant de faire le moins de bruit possible, ils passèrent par le trou dans le mur pour se retrouver à l'air libre, mais ne prirent aucunement le temps d'apprécier l'air débarrassé de l'odeur de fumée ; ils enjambèrent les débris qui avaient masqué l'entrée puis longèrent l'arrière du bâtiment dans le sens inverse pour ne pas croiser ceux qui arrivaient de l'autre côté. Ils tournèrent au coin de l'entrepôt juste au moment où quatre personnes passaient le coin opposé, en fanfaronnant sur le fait que ce dépôt avait été vidé la nuit précédente et que c'était le meilleur endroit au monde pour ne pas être dérangé. Sasuke, qui s'était tenu prêt à enregistrer une conversation intéressante, se mordit les lèvres pour ne pas cracher son énervement en quelques mots imagés. Ce n'était que quatre jeunes à la dégaine plus qu'approximative, errant à la recherche d'un endroit désert.
— On fume la tienne d'abord, Yūra, elle est meilleure !
— Normal, production maison, mon pote !
Et ils venaient de les déranger dans leurs recherches pour fumer un joint… voire plusieurs d'après ce qu'ils criaient presque sans se soucier aucunement de la discrétion. Quelle belle bande d'abrutis !
— Bon, on va pas rester poireauter là pour voir le soleil se lever. s'impatienta Lee. De toutes façons, ils en ont pour des heures, et il n'y avait clairement plus rien à trouver là-dedans. On rentre ? Avec un peu de chance, on peut encore choper le dernier métro.
Naruto acquiesça, pas mécontent à l'idée de rentrer dans un appartement chaud et accueillant, alors que Sasuke soupirait, forcé par les événements à accepter. Ils repartirent donc en longeant le bâtiment, cette fois sans s'embarrasser de savoir si la lumière de leurs portables les trahirait – de toutes manières, avec le boucan que les nouveaux arrivants avaient fait, ils étaient quasiment certains que les environs étaient vides.
Quand ils retrouvèrent la large avenue et la sortie du métro au loin, la pression retomba un peu et Naruto eut l'impression de respirer plus librement. Finalement, tout cela ne s'était pas si mal passé, et même s'ils n'avaient pas trouvé grand-chose, le bout de papier que Sasuke avait récupéré pouvait encore se révéler utile ; ils n'avaient donc pas tout à fait perdu leur soirée. Et puis, Naruto devait bien avouer qu'une partie de lui-même avait apprécié la montée d'adrénaline que lui avait procuré cette escapade. La sensation de l'interdit mêlé au danger omniprésent l'avait grisé. S'il y avait une prochaine fois, il n'hésiterait plus et accompagnerait Sasuke et Lee ; il fallait que toutes ces recherches aient un dénouement.
Ils se séparèrent à l'entrée de la station de métro et Lee partit dans l'autre sens, sans grand discours. L'heure tardive ne leur permettrait sans doute pas de faire tout le trajet de retour en métro, mais au moins une bonne moitié. Ils feraient le reste en taxi. Quand ils furent installés dans la rame, Sasuke se racla la gorge avant de tourner un regard hésitant vers Naruto. Il avait tenté de garder un air détaché durant tout le temps où Lee avait été avec eux, mais maintenant qu'ils étaient seuls, il ne tenait plus, son inquiétude prenait le dessus.
— Ça va, ta main ? demanda-t-il en ravalant sa salive.
— Mais oui, t'inquiète ! Je viderai un flacon d'alcool à soixante-dix dessus en rentrant… ! répondit Naruto avec son éternel sourire, beaucoup trop large pour être tout à fait sincère.
Maintenant qu'il se sentait tout à fait en sécurité, en route pour l'appartement de Sasuke, la douleur dans sa paume s'était réveillée et lui faisait grincer des dents ; il avait l'impression que des piranhas dévoraient sa coupure de l'intérieur en laissant sa peau en charpie. Et il se maudissait de mentir à son ami pour si peu. Lui qui courait sans cesse après la vérité, haïssait le mensonge de tout son être, pourquoi ne pouvait-il pas s'empêcher de cacher ce genre de choses aux gens auxquels il tenait ? La réponse était simple : parce qu'il ne voulait pas les inquiéter outre mesure. Parce que s'il tenait quelque chose en horreur, encore plus que le mensonge, c'était la pitié.
En ce mercredi dix octobre, campé devant le miroir de sa salle de bains, Sasuke hésitait.
Cravate, ou pas cravate ? Ce soir, Naruto l'avait invité, ainsi que Kiba et Shikamaru, à fêter ses dix-huit ans chez lui, en petit comité, en attendant une meilleure date pour organiser une soirée digne de ce nom. C'était donc la première fois qu'il allait rencontrer Kushina, et il ne voulait surtout pas faire de faux pas… Ou peut-être voulait-il davantage plaire à quelqu'un en particulier ? Il replaça l'accessoire devant sa chemise, examina son reflet dans la glace, puis finit par le reposer sur le rebord du lavabo avec une moue insatisfaite. Non, la cravate faisait décidément trop scolaire. Peut-être que s'il déboutonnait les deux ou trois premiers boutons de sa chemise… Voilà qui était beaucoup mieux. Il se permit de sortir sa fine chaîne d'argent pour laisser pendre l'anneau de sa mère à la vue de tous, ce qu'il ne faisait jamais d'habitude, puis se regarda à nouveau. Parfait. Décontractée, sans pour autant faire débraillée, sa tenue était parfaite. Ses manches retroussées révélaient quelques bracelets noirs sur son bras droit, ses cheveux étaient parfaitement en ordre, et son pantalon lui seyait à merveille.
Il cligna des yeux en rencontrant son propre regard dans le miroir, et le bon sens lui envoya une claque en pleine figure. Il avait vraiment l'impression d'être un pré-pubère qui se prépare pour sa première boum en se demandant comment attirer l'attention de son crush du moment. Sasuke grinça des dents ; Naruto lui faisait perdre la tête, tout cela devenait ridiculement navrant. Il souffla un bon coup pour se débarrasser des quelques pensées mièvres qui subsistaient dans son esprit, puis appliqua une pression de son parfum favori sur sa chemise avant de quitter la salle de bains.
Il récupéra sa veste en cuir qui l'attendait sagement sur le dossier du canapé, puis monta trois marches de l'escalier avant d'appeler son frère qui travaillait dans sa chambre. Il entendit la chaîne hi-fi baisser de volume, puis quelques pas traînèrent sur le parquet avant qu'une porte s'ouvre paresseusement.
— Quoi ? demanda Itachi d'une voix clairement ennuyée.
— J'y vais. répondit Sasuke sans la moindre intention de s'excuser.
Un ricanement discret se fit entendre avant que son grand frère ne lui dise de passer son bonjour à Naruto. Sasuke leva un regard exaspéré au plafond. Apparemment, Itachi avait deviné que le blond ne le laissait pas indifférent. Après tout, son frère aussi avait quelques talents cachés pour lire le comportement des gens. Misère, il allait en entendre parler dans toutes les langues désormais… Il grogna un « ouais » approximatif pour faire croire qu'il n'avait pas relevé l'allusion, puis enfila sa veste en se dirigeant vers le placard à chaussures pour récupérer les siennes. Il se retrouva rapidement dans le métro, à l'heure où les employés de bureau en costume, tirés à quatre épingles, se pressaient pour rentrer chez eux. Il empoigna une barre du wagon pour tenir debout et préféra se concentrer sur la musique qui défilait dans son casque plutôt que sur la foule qui se marchait sur les pieds autour de lui. Son esprit se mit à vagabonder en sautant sur les notes, passant de souvenirs en souvenirs.
Il se rappelait de la tête que Naruto avait faite en rentrant de leur escapade, la semaine dernière, assis dans un wagon semblable à celui-ci, lorsqu'il lui avait dit qu'il allait bien. Ses yeux qui avaient fui le regard de Sasuke, ses lèvres tremblotantes, sa main qui s'était automatiquement refermée sur sa blessure, comme pour la cacher ; tout cela n'avait fait que convaincre Sasuke du contraire. Non, Naruto n'allait pas bien, il avait mal, mais il n'avait rien dit. Il était têtu, une véritable tête de pioche qui détestait qu'on le prenne en pitié. Même lorsque le brun avait nettoyé sa plaie une fois arrivé chez lui, Naruto avait grincé des dents et mordu ses lèvres sans lâcher le moindre mot, et lui avait servi un grand sourire comme lui seul savait en faire quand Sasuke avait refermé le bandage autour de sa main tremblante. Il avait parfois des côtés désespérants… qui n'étaient pas extérieurs à son charme.
Sasuke se traita lui-même d'imbécile pour avoir des pensées aussi niaises, puis se concentra à nouveau sur sa musique. Les stations défilèrent et il arriva bientôt à celle qui débouchait non loin de chez Naruto. Il descendit donc du wagon et suivit les panneaux qui indiquaient la sortie numéro deux. Quand il sortit à l'air libre, il se trouva dans un charmant quartier pavillonnaire, où les maisons s'alignaient, si semblables dans leurs formes, mais toutes arborant quelques détails qui les rendaient uniques. Les toits de tuiles, impeccables, reflétaient la lueur de la lune. Sasuke fit quelques pas sur le trottoir bordé de petites haies, suivant les indications de Naruto sur son portable. Quand il fut arrivé devant le bon numéro, il releva les yeux du petit écran pour voir une petite maison blanche au toit de tuiles noires, posée derrière un muret qui entourait une petite pelouse. À côté du garage, quelques fils à linge étaient tendus sous un appentis. Une large fenêtre s'ouvrait au milieu de la maison sur la salle à manger, où Deidara s'affairait à mettre la table.
Sasuke remonta le petit chemin pavé qui l'amena à la porte d'entrée et sonna pour voir arriver un Naruto tout sourire, qui l'invita à entrer en le débarrassant de sa veste.
— Alors ? demanda d'une voix forte une femme qui était apparemment occupé dans ce qui devait être la cuisine.
— J'avais raison, c'est Sasuke ! répondit sur le même ton Deidara, qui revenait de la salle à manger avec un grand sourire provocateur.
— Gna gna gna… ! rétorqua Naruto d'une manière ô combien mature alors que sa mère éclatait de rire dans la cuisine.
Au moins, maintenant, il savait d'où venait le comportement extravagant de Naruto et Deidara : Kushina semblait avoir la même propension à la bonne humeur et au rire.
— C'est quoi le sujet de la conversation, au juste ? demanda tout de même Sasuke, à la fois amusé et curieux.
Avec une moue de mauvais perdant frustré, le blond lui expliqua que son frère avait voulu parier sur le fait que Sasuke arriverait en premier, ce que Naruto avait trouvé parfaitement ridicule. Il lui avait répliqué qu'il acceptait uniquement pour lui prouver que tout cela n'était qu'une question de hasard, et rien d'autre.
— Mais ton beau hasard vient de me donner raison ! chantonna Deidara en sortant de la cuisine avec deux bouteilles d'eau. Vois la vérité en face frérot, Sasuke et Itachi sont des malades de l'exactitude, c'est comme ça !
Le brun se renfrogna soudain. Était-ce donc cela l'image que l'on avait de lui ? Quelqu'un d'obsédé par les détails, et de maniaque sur des choses aussi stupides que les horaires ? Cette idée lui était désagréable – même si elle n'était pas tout à fait fausse. Cependant, il se refusait à l'avouer à haute voix ; non, il ne ferait certainement pas ce plaisir à Deidara. Ses réflexions furent interrompues quand une femme à la longue chevelure rousse et au grand sourire communicatif sortit de la cuisine en le saluant joyeusement. C'était elle la mère de Naruto ? Si les quelques rides aux coins de ses grands yeux marrons ne se dessinaient pas quand elle souriait, Sasuke lui aurait donné une bonne dizaine d'années de moins. Elle avait presque des airs d'étudiante, à se chamailler avec ses fils comme on se chamaille entre amis.
— Alors Sasuke, depuis le temps que j'entends parler de toi, je ne te vois que maintenant ! Tu voulais le cacher, mon chéri ? demanda Kushina en se tournant vers Naruto avec une lueur espiègle dans le regard.
— Non, je voulais pas qu'il prenne peur en te voyant, c'est tout ! répondit le blond en tirant la langue.
La mine boudeuse qu'il affichait réchauffa le cœur de Sasuke. L'immaturité de leur conversation avait un côté adorable. Pour lui qui ne connaissait plus vraiment le sens du mot « famille », le tableau qui se peignait devant ses yeux avait quelque chose de merveilleux. Et même s'il se sentait un peu étranger au milieu de tant d'affection, il ne put s'empêcher de sourire doucement, comme si cette charmante agitation lui mettait du baume au cœur. Tandis que Kushina, en retournant en cuisine, traitait Naruto de fils indigne, celui-ci attira Sasuke vers l'escalier pour monter au premier étage.
Quand ils arrivèrent dans sa chambre, le blond s'effondra sur son lit avec un profond soupir.
— Pas trop traumatisé ? demanda-t-il à Sasuke d'une voix étouffée par ses draps.
— Non, je suis habitué avec toi. souffla le brun en détaillant la petite pièce.
Il ne vit pas que sa remarque avait fait rire Naruto, trop occupé à glisser un regard curieux sur les détails de la chambre. Le grand lit était complétement défait, et ses quatre coussins traînaient en vrac sans la moindre logique – il y a en avait même un qui était tombé par terre. Un peu plus loin, un bureau était apposé contre le mur gris, couvert d'un bazar sans nom de crayons, de feuilles et de carnets en tous genres. Les rayons de lune se déversaient sur ce joyeux désordre à travers une fenêtre décorée dans le coin d'un petit nuage rouge cerclé de blanc, dessiné au gel. Juste à côté du bureau, une petite table basse accueillait une chaîne hi-fi autour de laquelle s'empilaient des dizaines de CDs de toutes les couleurs et de tous les styles. Enfin, dans le coin de la chambre, entre le mur et une grande armoire, une guitare acoustique était posée sur son support, droite comme un i au milieu d'une mer de partitions jetées en vrac sur le parquet.
— J'ai bossé tout l'été il y a deux ans pour me la payer, celle-là. expliqua Naruto qui s'était rassis au bord de son lit sans un bruit. Je l'aime d'amour, celui qui l'abîme, je le massacre à petit feu.
Sasuke eut un rictus approbateur en balayant de nouveau la pièce du regard. C'était bien le style de Naruto de s'y retrouver dans un tel désordre… Son œil fut soudain attiré par une grande affiche qui couvrait presque le pan de mur, au-dessus du lit du blond. Kurt Cobain s'y acharnait sur sa guitare, et Sasuke pouvait presque l'entendre chanter "Smells like teen spirit". Les bords de l'affiche semblaient avoir été un peu mangés par le temps, mais cela n'enlevait rien à son prestige.
— C'était à mon père, je l'ai retrouvée l'autre jour en fouillant dans ses affaires au grenier. Classe, non ?
Sasuke acquiesça avec un regard appréciateur, puis rejoignit Naruto sur son lit pour se poser un petit peu.
— T'as pas eu de mal à trouver la maison tout à l'heure, au fait ? demanda le blond en se laissant retomber sur le matelas.
En imitant son ami, Sasuke le rassura sur le fait que ses explications avaient été très claires.
— Et tu joues de la guitare depuis longtemps ? continua-t-il en se perdant dans l'observation du plafond, où brillaient quelques étoiles phosphorescentes.
— Depuis que je sais en tenir une dans mes mains… répondit Naruto avec un air rêveur. J'avais les doigts sur celle de mon père avant même de savoir marcher ! C'est lui qui nous a appris, à moi et à Dei. Faut croire que c'est une histoire de famille ! ricana-t-il. Sauf que je suis pas comme mon frère, j'ai aucune envie de devenir connu, moi. C'est trop chiant, t'as toujours quelqu'un sur le dos…
— Hm, on est d'accord. acquiesça Sasuke sans plus argumenter.
Sa réponse fit rire Naruto, qui se redressa sur un coude avec un air provocateur pour rencontrer le regard de son ami, qui fixait toujours son plafond.
— C'est sûr que Snake ne peut qu'être d'accord avec moi !
Sasuke ne répondit que dans un petit sourire en coin, qui voulait à la fois tout et rien dire. Naruto soupira d'un air complice ; il aimait cette relation privilégiée qu'il avait développée avec le brun. Il ne savait pas dire en quoi elle était différente de celle qui l'unissait à Kiba ou à Shikamaru, mais il était persuadé qu'elle avait quelque chose de spécial, un détail qui la rendait unique. Quand il le voyait arriver le matin, dans la salle de la classe deux, il éprouvait un étrange sentiment, quelque chose qui lui faisait penser que quand Sasuke était là, tout était mieux, le puzzle de son quotidien était complété. Était-ce cela avoir un meilleur ami ? Peut-être bien… En tous les cas, il ne regrettait aucunement d'avoir fait des pieds et des mains pour le sortir de son mutisme lorsqu'il était arrivé au lycée Konoha.
— Qu'est-ce qu'il y a ?
Naruto se tourna vers Sasuke avec un air interrogateur. De quoi parlait-il ?
— Je sais pas, t'as l'air tout heureux, à sourire dans le vide… s'expliqua le brun.
— Ah ! Non, rien. esquiva Naruto avec un sourire mutin, avant de se lever du lit. Bon, est-ce que le compositeur mystère d'Akatsuki veut bien m'accompagner en bas pour m'aider à finir le cocktail ? Ma mère et mon frère doivent avoir fini de se jeter des fleurs pour leur victoire, maintenant.
Sasuke accepta en se levant du lit avec un faux air ennuyé, ce qui lui valut une tape sur le bras de la part du blond, qui le somma de le suivre au rez-de-chaussée. Ils descendirent donc tout en continuant de se houspiller, l'un jouant le distant imbu de lui-même, l'autre faisant semblant de s'énerver pour un rien, et arrivèrent dans la cuisine où Kushina et Deidara s'affairaient encore. Naruto se dirigea vers le placard au-dessus de l'évier, d'où il sortit quelques bouteilles qu'il posa sur un coin du plan de travail, miraculeusement vide. Il prit également un saladier, puis déposa à côté, devant les yeux scrutateurs de Sasuke, un papier où était notée la recette, en lui demandant de commencer à préparer le cocktail pendant qu'il allait chercher la dernière bouteille nécessaire au garage.
— En fait, tu m'as demandé de venir juste parce que tu avais besoin de main d'œuvre, c'est ça ? fit Sasuke d'un air faussement vexé.
— Non, c'est juste parce que j'avais envie de te voir ! répondit Naruto en quittant la cuisine avec un clin d'œil, et un air terriblement espiègle.
Sasuke sentit son cœur faire un petit sursaut dans sa poitrine, ne sachant pas comment interpréter cette réponse. Le blond lui avait-il réellement donné une autre heure pour pouvoir passer davantage de temps avec lui ? Non, c'était impossible, il avait dû répondre cela pour le taquiner, puisque lui et Deidara avaient parié sur le fait qu'il arriverait avant Kiba et Shikamaru, ce qui impliquait forcément qu'ils aient été invités à la même heure.
Plongé dans ses réflexions, il ne remarqua même pas le regard entendu que Kushina et Deidara avaient échangé. Lorsque Naruto revint du garage avec la dernière bouteille, ils s'attelèrent à la préparation du cocktail en se chamaillant encore. Tant et si bien que le blond, déconcentré, en renversa du jus d'orange sur le plan de travail, qui se déversa sous la planche à découper puis commença à goutter sur le carrelage. Alors que Sasuke lâchait un « Crétin ! » ennuyé, Kushina s'empara de l'éponge pour sauver les légumes qui menaçaient d'être inondés et souleva la planche à découper en s'énervant, demandant au ciel pourquoi son fils était si empoté.
— Parce que je suis ton fils, justement. répondit Naruto avec un sourire carnassier.
Alors que sa mère menaçait de le fouetter avec son torchon, il s'enfuit vers la salle à manger en riant à gorge déployée, prétextant qu'il préférait finir de mettre la table. En finissant d'éponger le jus d'orange sur le plan de travail, Kushina se retourna vers Sasuke avec un air amusé :
— Et tu le supportes toute la journée, au lycée ? Je te plains !
— C'est pas facile tous les jours, commença le brun en ricanant, mais en fait on s'habitue. C'est moins drôle sans lui… !
— Évidemment, je suis irremplaçable ! cria une voix fière depuis le salon.
Kushina ne lui laissa pas le temps de savourer cette petite victoire et lui ordonna de ramener une serpillière sur-le-champ au lieu de faire le paon. Non sans protester gentiment, Naruto revint quelques instants plus tard avec l'objet, qu'il étala sur la flaque de jus d'orange.
— Au fait, en parlant du lycée, ça avance votre projet à tous les deux ? Votre dossier d'Histoire ? demanda Kushina en disposant quelques ramequins sur un plateau.
Naruto se redressa avec un air perdu, les sourcils froncés.
— Notre dossier d'Histoire ?
Le sang de Sasuke ne fit qu'un tour. Apparemment, il était le seul à se rappeler de l'excuse qu'avait utilisée le blond la semaine précédente pour justifier la nuit passée chez lui. Naruto avait déjà dû inventer une histoire à dormir debout, de chute dans les escaliers du lycée et de vitre cassée, pour expliquer à sa mère le bandage autour de sa main droite ; avait apparemment dû supplier Kushina pour qu'elle ne fasse pas un scandale en appelant Konoha ; il ne fallait surtout pas que la rousse s'aperçoive que son fils lui avait menti. Sasuke prit donc un air le plus naturel possible, priant pour que Naruto comprenne.
— Si t'as déjà oublié, c'est qu'on a vraiment besoin de se revoir pour bosser dessus, imbécile. T'as déjà zappé nos trois heures de recherches jeudi dernier ?
En face de lui, les yeux bleus de Naruto s'écarquillèrent en réalisant son erreur. Il ouvrit la bouche pour enchaîner, mais eut une seconde d'hésitation avant de s'exclamer :
— Ah oui, c'est vrai ! Non mais on a tellement de dossiers à rendre en ce moment, aussi… On a bien avancé déjà, mais c'est vrai qu'il reste un peu de boulot. On va y arriver !
Alors que Kushina se retournait pour récupérer quelque chose dans le réfrigérateur en les encourageant – apparemment la supercherie avait pris –, Naruto joignit les mains devant Sasuke pour le remercier silencieusement de l'avoir sorti de cette mauvaise passe. Le brun lui servit pour toute réponse un regard appuyé qui l'intimait à faire davantage attention la prochaine fois. C'est à ce moment précis que la sonnette retentit dans la maison, donnant une excuse parfaite au blond pour s'enfuir une fois de plus, en claironnant :
— J'arrive !
C'était Shikamaru qui débarquait avec Kiba – ils étaient venus ensemble avec la toute nouvelle voiture de Shikamaru, puisqu'ils n'habitaient pas loin l'un de l'autre. Sasuke vint les saluer, bientôt suivi de Deidara et de Kushina, puis les plus jeunes passèrent à la salle à manger tandis que Deidara aidait sa mère à disposer les derniers plats sur la nappe des grands jours. Ils passèrent à table rapidement, laissant les conversations aller bon train tandis que les estomacs se remplissaient avec plaisir.
Quand le dîner fut fini, ils s'installèrent tous au salon pour déguster le cocktail qu'avaient préparé, bon gré mal gré, Sasuke et Naruto. Les deux garçons s'installèrent côte à côte dans le canapé et partirent dans une discussion enflammée sur un quelconque jeu vidéo, bientôt rejoints par Kiba qui anima le débat avec ferveur. Tandis que Kushina essayait de comprendre les tenants et les aboutissants de leur conversation, Shikamaru, assis dans un large fauteuil de l'autre côté du salon, observait la scène de loin avec une moue amusée. Naruto ne se rendait même pas compte que Sasuke n'avait d'yeux que pour lui. Il ne voyait rien de ses longues œillades, de ses discrets sourires en coin comme il n'en adressait qu'à lui, de son air rêveur et de l'étrange timidité qui s'emparait de lui quand leurs regards se croisaient. De même, Sasuke ne semblait pas voir la bonne humeur flagrante que Naruto laissait éclater en sa présence. Il ne voyait pas que si le blond oubliait parfois tous ses soucis et souriait si largement, c'était grâce à lui.
— Ça fait combien de temps que ça dure, leur petit jeu ?
Shikamaru eut un petit rire discret quand il entendit la voix de Deidara retentir dans son dos. Le jeune homme était accoudé au fauteuil et apparemment, lui non plus n'avait rien loupé de ce qu'il se passait sous leurs yeux.
— Naruto, ça ne fait pas longtemps, à peine quelques jours, je dirais ; mais Sasuke lui lance des regards enflammés depuis plusieurs mois déjà…
Deidara soupira ; il croisait son frère tous les jours, l'avait déjà vu plusieurs fois en compagnie de Sasuke, mais ne s'était jamais rendu compte de quoi que ce fût. Comme d'habitude, c'était Shikamaru, l'ami de Naruto à qui rien n'échappait, qui avait tout vu venir, avant tout le monde. Enfin… Il était tout de même content de voir son petit frère si joyeux, lui qui laissait parfois son regard se voiler de l'ombre menaçante de ses souvenirs. Sasuke, l'air de rien, chassait les démons de Naruto, ce que Deidara n'était jamais parvenu à faire. Est-ce qu'un jour son cadet serait prêt à accepter que quelque chose d'unique le liait au brun ? C'était une question difficile. Après tout, Deidara ne se souvenait que trop bien des insomnies qui l'avaient assailli au lycée quand il avait commencé à éprouver des sentiments forts pour un autre garçon. Et puis Naruto restait Naruto, il ne devait pas encore se poser beaucoup de questions sur ce qu'il ressentait…
— Et tu crois qu'un jour mon stupide petit frère s'en rendra compte ?
Shikamaru soupira, pensif, en inclinant doucement la tête sur le côté. Puis il se pencha pour récupérer son verre sur la table basse, et avala la dernière gorgée de son cocktail avant de répondre d'une voix calme et mesurée :
— Il est pas encore prêt…
* Signification des katakanas : イ [i] & ス [su]. Je le précise pour ceux qui ne le savent pas : le syllabaire katakana sert en général, en Japonais, à retranscrire les mots étrangers.
Fin du chapitre ! Comme il finissait par une scène plus légère avec beaucoup de dialogues, je l'ai fait un peu plus long que d'habitude, pour profiter un peu d'un moment de détente.
Un petit clin d'œil à ma sœurette pour les dernières lignes, le comportement espiègle de Shika, c'est rien que pour toi !
Votre avis ? À la prochaine !
