ALORS QUE TOUS SE RETOURNAIENT VERS L'ENTRÉE DE LA SALLE, James, qui était le plus proche de la porte, poussa un glapissement étrange et se tourna vers Lupin en levant les bras en l'air, en signe de victoire. Aria, qui était plus proche du bureau, ne parvint pas à apercevoir le nouvel arrivant puisque tout le monde lui bouchait la vue, mais n'eut pas de mal à deviner son identité : un James Potter qui semblait se mettre à faire de l'hyperventilation tout en massacrant sa coupe de cheveux déjà bien amochée ne pouvait signifier qu'une chose : Lily Evans était parmi eux.
Aria se fraya un chemin à travers le petit groupe et poussa James sans ménagement, qui s'extasiait sur place en murmurant des choses incompréhensibles à propos de la jolie rousse. Parmi son baragouinage, Aria crut entendre une comparaison à un ange tombé du ciel, et soupira fortement en lui lançant un regard d'avertissement. Il l'ignora, et elle haussa les épaules. S'il était assez sot pour oublier son échec cuisant de séduction de la semaine passée, tant pis pour lui. Cette fois-ci, il n'y aurait personne qui lui prêterait son épaule en guise de consolation.
Lily referma doucement la porte et, passant une mèche de ses cheveux roux derrière son oreille, lança un regard d'excuse à Aria, qui avait croisé les bras et qui la regardait, l'air intrigué. Elle ne savait pas qu'elle aurait eu envie de venir. Certes, leur discussion dans la bibliothèque avait brisé la glace entre elles deux, mais Aria semblait avoir été assez claire concernant leur relation : elles étaient rivales. Si elles se mettaient à s'entraider, cela n'aurait alors plus aucun sens.
- Bonjour Evans.
- Désolée Aria, je ne savais pas que tu avais changé de salle...
- Pas de problème, c'était un changement de dernière minute.
Aria se tourna à nouveau vers le groupe, qui les regardait discuter les bras ballants. Elle claqua des doigts.
- Allez, on y retourne ! annonça-t-elle en se remettant à arpenter la salle. Rappelez-vous, de petits sorts inoffensifs ! Il vaut mieux commencer avec de la magie simple pour prendre la main sur les informulés. Nous ferons des sorts plus complexes au fur et à mesure.
Alors qu'Evans se joignait aux autres, accueillie avec joie par Marlene et Will, Aria se glissa vers James et l'entraîna à part.
- Ouuuuh, des messes basses, murmura James l'air mutin. J'adore les messes basses, souvent c'est des discussions super intéressantes...
- Arrête un peu, le réprimanda-t-elle en lui tapant la main. Veux-tu arrêter de faire le mariole quand Evans est dans les parages ?!
- De quoi tu...
- James Potter ! lui dit-elle d'un ton réprobateur. Si je te retrouve encore à pleurer dans la cuisine en pleine nuit, je te jetterai bel et bien dans la cheminée !
Il ne répondit pas et soupira.
- Notre conversation t'est-elle sortie de l'esprit ? Avec le temps que nous avons passé à parler cette nuit-là, j'ose espérer qu'elle t'aura servi un tant soit peu à quelque chose...
- Oui, je sais... T'as raison. Mais j'ai passé tellement de temps à faire l'imbécile près d'elle que je sais plus comment agir maintenant.
- Sois juste plus mature.
- Mais... Je suis pas quelqu'un de mature !
- Je suis sûre que tu peux l'être quand tu veux. Tu te rends bien compte qu'il faut grandir, surtout en ce moment. Tu aimes faire en sorte que les élèves de cette école oublient qu'ils sont en plein milieu d'une guerre et c'est tout à ton honneur, mais ton Evans a besoin de se sentir protégée et rassurée. Ce n'est pas très facile pour elle, en ce moment.
- Comment tu sais...
- Peu importe. Je pensais que vos devoirs de Préfets-en-Chef vous auraient rapproché, cette année ?
- Je pensais aussi, mais finalement on passe pas trop de temps ensemble, on fait les rondes chacun de notre côté et les réunions c'est avec tous les autres préfets...
- Alors crée des occasions, organise une réunion simplement avec elle, et montre-lui que tu sais être responsable et mature ! Et ça marche aussi pour le reste du temps, James.
- Mmmh, répondit-il, l'air dubitatif.
- Je t'assure que te comporter un peu plus sérieusement ne t'enlèvera pas tes qualités de pitre. Ça t'offrira juste plus de respect de la part des autres.
- Mouais...
- Oh zut, maugréa Aria en s'éloignant. James Potter, tu m'exaspères. Tout ce que je te dis là, je te l'ai déjà dit l'autre soir.
Il se rapprocha d'elle et crocheta leurs bras.
- Je sais bien, chuchota-t-il en remontant ses lunettes sur son nez de sa main libre. Mais j'avais besoin d'un petit coup de fouet.
Il lui fit un clin d'œil et retourna gaiement vers le petit groupe. Aria soupira lourdement en le regardant s'éloigner, et croisa le regard surpris d'Evans. Cette dernière détourna vivement la tête, les joues rougies. La Serpentard haussa les épaules. Si cela pouvait servir la cause de Potter et ainsi lui ôter un poids, qu'elle soit jalouse, alors.
Aria faisait léviter avec difficultés une grande pile d'épais ouvrages à travers les couloirs. Elle devait aller les rendre à la bibliothèque mais n'avait pas eu le temps de le faire avant le dîner. Et il y avait cette fameuse discussion avec l'autre, là...
Se disant que, de toute manière, cette conversation risquait de tourner court car elle ne comptait pas faire quoi que ce soit avec le secret des Maraudeurs ; elle avait décidé d'emmener les livres avec elle, de s'arrêter dans la cour intérieure pour parler avec Sirius Black et d'ensuite aller les rendre à la bibliothèque.
Lorsqu'elle arriva au lieu du rendez-vous, elle fit se poser les livres sur un rebord de fenêtre et s'emmitoufla dans sa cape et son écharpe. La nuit était noire, la lune se remplissait doucement au fil des nuits et elle n'en était même pas au quart ; n'éclairant ainsi que très peu les alentours. Aria avisa quelques brindilles et les métamorphosa en bougies qu'elle alluma et qu'elle fit flotter autour d'elle, à la manière des bougies flottantes au plafond de la Grande Salle. Elle se rendit compte que l'atmosphère aurait été propice à un rendez-vous romantique... Elle rit dans sa barbe. Au vu de l'énergumène avec lequel elle avait rendez-vous, il n'y avait absolument rien de romantique à l'horizon.
- Wow... entendit-elle quelqu'un murmurer près d'elle.
Aria sursauta, et Benji Fenwick rit doucement en voyant sa surprise.
- Pas de soucis, Aria, ce n'est que moi !
Elle se sentit rougir. Heureusement qu'elle était à moitié cachée par la pénombre.
- Qu'est-ce que tu fais ici, Benji ?
Aria se sentait toute chose rien qu'en prononçant son prénom. Mais qu'est-ce qu'elle avait, aujourd'hui ?! Avait-elle mangé quelque chose d'étrange, ce matin-là ? C'était la première fois qu'elle se sentait aussi intimidée par quelqu'un.
- Tu en as oublié quelques-uns, dans la Grande Salle...
Il lui désigna d'un mouvement de tête les livres qu'il portait. Il les déposa sur le rebord de fenêtre, près des autres, tandis qu'Aria lâchait une exclamation.
- Merci, Benji.
- Mais, je t'en prie.
Ils étaient côte à côte, et Benji avait levé les yeux pour admirer les bougies flottantes. Aria, quant à elle, sentait son pouls s'accélérer alors que le parfum agréable de son camarade venait titiller ses narines.
- C'est joli, ces bougies, lui dit-il simplement en baissant la tête vers elle.
Aria avait toujours été légèrement plus grande que la moyenne, mais Benji la dépassait d'au moins une tête. Il fut un temps où c'était elle qui était plus grande que les garçons de son âge ; mais depuis la cinquième année, il lui semblait que tous avaient poussé comme des champignons.
- M... Merci.
- Je t'en prie.
Il lui sourit, et Aria remarqua avec ravissement que des fossettes apparaissaient au coin de ses lèvres. Le silence s'installa, et Aria paniqua, tout à coup. Il fallait qu'elle trouve quelque chose à dire, n'importe quoi, quelque chose de drôle, ou d'intelligent, ou de...
- Et sinon, ça t'arrive souvent de te balader avec une pile de bouquins plus grande que toi en pleine nuit ?
Aria éclata de rire, à moitié soulagée, à moitié surprise. Elle alla s'asseoir sur le banc qui longeait le mur, juste à côté de l'endroit où ils se tenaient, et Benji l'accompagna en riant.
- Figure-toi que ça m'arrive beaucoup plus souvent que je ne le voudrais, lui avoua-t-elle sur le ton de la confidence. Mais je me soigne.
Tous deux rirent à nouveau et, même si elle sentait encore les poils de son cou s'hérisser dès que s'élevait la voix du Serdaigle, Aria se sentait de plus en plus à l'aise.
- C'était vraiment cool, ton cours aujourd'hui, Aria.
- Merci.
- J'ai hâte de faire le prochain ! Et j'ai hâte de te battre en sortilèges informulés, ajouta-t-il en lui faisant un clin d'œil.
- Oh, serait-ce une déclaration de guerre ? plaisanta Aria.
- Peut-être... annonça-t-il en se levant. Tu as besoin d'aide pour aller amener tout ça à la bibliothèque ?
Aria eut l'impression de sentir son cœur fondre en le voyant si prévenant.
- Non, c'est gentil mais j'attends quelqu'un, en fait...
- Oh ?
Il avait l'air surpris et... Contrarié ? Ou peut-être étaient-ce les désirs d'Aria qui lui jouaient des tours. En même temps, les lueurs changeantes sur le visage de Benji ne lui permettaient pas de réellement lire sur son visage. Peut-être qu'elle s'imaginait des choses...
- Oui, ajouta-t-elle en balayant l'idée de la main. Trois fois rien, cela ne durera pas très longtemps.
- D'accord, tu veux que j'attendre avec toi ?
- Non, tu es gentil mais tu dois avoir des choses à faire...
- Je t'assure, ça me dérange pas, et...
- Comme c'est mignon..., s'éleva tout à coup une voix glaciale dans la pénombre.
Aria et Benji cessèrent leur échange de politesses et se tournèrent vers la source de l'interruption. Aria fit un léger mouvement de baguette, et quelques bougies allèrent éclairer le visage de l'inconnu.
- Oh, salut Sirius ! s'exclama Benji. Tu m'as fait trop peur, mec...
Le concerné lui fit un sourire en haussant les épaules. Mais son regard restait étonnamment froid.
- Ça va pas ? s'inquiéta le Serdaigle.
- Si, super, tout baigne.
Son ton et son expression faciale laissaient penser le contraire. Il s'approcha d'eux, les mains dans les poches de son éternelle veste en cuir, de laquelle il sortit un paquet de cigarettes.
- Maintenant, Benji, je suis désolé vieux, mais elle et moi on a deux-trois trucs à régler.
