PROMPT : Bruit de tapotement


Severus devait avouer qu'il s'attendait à tout venant de Potter, mais pas à ce point. Il s'était laissé surprendre. Comme si ses années d'espionnage n'avaient servi à rien. Le petit protégé d'Albus avait toujours été l'un des seuls à lui faire perdre son impassibilité légendaire, et visiblement les choses ne changeaient pas.

Au fil des années, il avait été en contact avec le polynectar. Il en avait brassé des litres. Il en avait parlé abondamment, même en cours. Mais jamais il n'avait eu ce genre de réaction. Jamais il n'avait éprouvé le besoin de prendre la fuite comme il venait de le faire.
Surtout devant un Potter.

Il s'était enfoncé un peu plus dans la forêt interdite, jusqu'à s'immobiliser et à regarder autour de lui un peu perdu. Tout était silencieux et il reprit son souffle, chassant ses vieux démons par la seule force de sa volonté.

Alors qu'il se sentait mieux et qu'il mettait son accès soudain de faiblesse sur le compte des évènements des dernières semaines, un bruit de tapotement se fit entendre. Il se tendit, et sortit sa baguette, prêt à se défendre en cas de besoin.

Il relâcha ses muscles en reconnaissant le centaure.
- Firenze !
Arc en main, la créature le dévisagea un long moment avec un sourire énigmatique.
- Bonjour Professeur Severus Rogue.
Mal à l'aise sous le regard scrutateur, le potionniste marmonna une vague explication sur sa présence, invoquant la nécessité de brasser des potions en grande quantité pour l'infirmerie. Le Centaure n'eut aucune réaction, comme s'il savait que Severus ne parlait que parce qu'il se sentait acculé.

Finalement, la créature suspendit son arc sur son dos, à gestes lents, comme pour ne pas effrayer le sorcier. Puis, Firenze se redressa de toute sa taille, piétinant le sol de ses sabots.
- Il est heureux que vous ayez survécu, Severus Rogue.

Un peu perdu, le professeur hocha la tête sèchement et grogna ce qui pouvait passer pour un remerciement. Ou une insulte. Le Centaure leva la tête vers le ciel, plissant les yeux à cause de la luminosité, et sourit.
- Vraiment heureux. Tout n'a pas été révélé.
Severus renifla, maintenant agacé.
- Qu'est-ce cette histoire encore ? Une nouvelle prophétie ? Je pensais votre espèce moins stupide que cette folle de Trewlanney.

Firenze ricana et se pencha vers l'homme, vaguement menaçant.
- Si je ne vous connaissait pas Severus Rogue, je vous aurais traîné au milieu de mes semblables pour vous faire payer vos paroles insultantes.
Severus eut un mouvement de recul, mais il resta campé sur ses positions. Il avait survécu à Voldemort, il n'allait pas s'incliner devant une vulgaire créature de la forêt interdite aussi intelligente soit elle.
Le Centaure se pencha un peu plus, ignorant le malaise du professeur de potions.
- Jusqu'où êtes vous prêt à aller, Severus Rogue, pour protéger vos secrets ? Tous vos secrets ?

Severus grogna et s'écarta vivement, mécontent.
- Je n'ai pas de secrets. Plus maintenant. Tout le monde sait que j'étais espion, Potter a vu tous mes souvenirs.
- Vraiment ? Tous vos souvenirs ?
Le professeur se rembrunit, et pinça les lèvres.
- Tout ce qui était important.
- Je ne pense pas, Severus Rogue. Il reste un mystère à éclaircir au sujet du jeune Potter. Et vous, vous êtes la clé pour l'aider à comprendre.
- Je ne comprends pas.

Le Centaure s'écarta avant de ruer. Il lui jeta un regard mécontent.
- Je suis certain du contraire. Les constellations sont formelles, les secrets doivent être dévoilés. Que vous le vouliez ou non… C'est le destin.
Severus resta silencieux. Puis, il tourna le dos au Centaure, prêt à repartir en direction du château. D'un coup il se sentait épuisé. Vieux et épuisé.
Avant qu'il n'ait pu faire quelques pas, le Centaure reprit la parole, le faisant se figer brusquement.
- Parlez lui en détail du polynectar et de ses effets. De ce qu'on peut faire avec.
Pâle et tremblant, Severus fit volte-face. Mais le Centaure était déjà parti, silencieusement.

Avec un cri de rage, le maître des potions frappa du plat de la main un tronc d'arbre à portée, avant de repartir à grands pas rageurs. Il décida qu'il haïssait les Centaures et leur façon de parler cryptique. Leurs secrets et leurs mystères.

Harry avait regardé Severus Rogue partir, stupéfait. Il ne pensait pas que son professeur pourrait réagir ainsi à la mention d'une potion qu'ils avaient étudié, qu'il avait eu l'occasion de rencontrer à plusieurs reprises au cours de sa scolarité.
Pour l'avoir testé, il se souvenait des effets. Pour l'avoir vu en action, il savait à quel point le polynectar pouvait être efficace. Après tout, c'était ainsi que Barty Croupton Junior avait berné Dumbledore en personne pendant de longs mois en prenant l'apparence de Fol'Oeil.
Hermione elle-même n'avait rien trouvé d'extraordinaire malgré toutes ses recherches.

Avec un soupir, le jeune homme décida que les choses n'était pas si catastrophiques que ça. Avant d'aborder le sujet du polynectar, il avait eu une conversation civilisée avec son professeur de potions, lui donnant l'impression qu'ils pourraient avoir une relation apaisée.
Il avait pu remercier son professeur, même s'il avait l'impression que ce n'était pas suffisant. Et Severus Rogue en personne l'avait remercié de lui avoir sauvé la vie…

Harry jeta un coup d'œil inquiet dans la direction où Rogue était parti, et il soupira. Il ferait bien de partir d'ici. Quand l'homme déciderait à revenir, il risquait de ne pas être spécialement agréable s'il le croisait à cet endroit. Il connaissait le professeur depuis suffisamment de temps pour savoir que lorsqu'il était énervé, il valait mieux rester hors de son chemin.

Le jeune homme passa une main tremblante dans ses cheveux en bataille, et repartit à pas lents en direction de Poudlard. Il avait besoin de prendre une douche, puis de manger.
Ensuite… et bien il verrait pour donner les explications qu'on lui réclamerait sur son absence nocturne.

Quand Severus Rogue serait… calmé, il ferait à nouveau un pas en sa direction, en espérant que son professeur ne le rejette pas. Peut être qu'il lui avouerait enfin pour quelle raison il avait besoin de lui à ce point.
Severus Rogue était le dernier lien qu'il avait avec sa mère. Au fond de lui, il priait pour que le professeur accepte de lui parler d'elle. De lui raconter qui elle avait été, comment elle était, quand ils étaient enfants. Ce qu'elle aimait, ce qu'elle détestait.
Depuis toujours, il avait soif d'en savoir plus sur ses parents, et si Remus puis Sirius s'étaient fait un plaisir de parler de James en détails, il ne savait presque rien de Lily. Mais en compagnie de Rogue, il avait l'impression de toucher sa mère du doigt… D'un coup Lily Potter née Evans devenait plus proche que jamais.