Coucouuuuuuuu me revoilà !

Je pourrais vous dire que je suis tombée dans une faille spatiotemporelle, que j'ai été enlevée par une secte d'adorateurs d'épluchures de poisson ... mais en vrai j'ai simplement eu trop (de mal, de choses à faire ... peu de temps) pour poster un chapitre la semaine passée. * s'incline pour s'en excuser *.

Mais me revoilà ! avec un chapitre un peu transitoire et un peu emprunt de chaleur :3 je n'en dis pas plus parce qu'il s'y passe pas mal de choses et mine de rien, on est déjà à la Lune des Etoiles ! le temps paaaasse !

Je vous laisse donc avec le chapitre, en espérant qu'il vous divertisse ! on se dit à bientot et prenez soin de vous !

La review des review !

- Zergath : Ooooh contente de te revoir par ici ! et d'autant plus de savoir que tu suis les petites aventures de Luna :3 Eeeet oui XD effectivement ça va être quelque chose ! mais je ne t'en dis pas plus héhé ! ça arrive à grands pas mais il reste encore des choses à ses passer avant qui seront déterminantes ! J'espère que les prochains chapitres te plairont ! a tout bientôt !

- Mijoqui : le sniper qui n'a pas grand chose à dire sur un chapitre XD c'est une première... mais je ne sais si je dois m'en réjouir ... XD J'ai pas forcément envie que tu es plus à dire sur celui-ci XD ! bonne lecture !

- Zak : * essuie ses larmes en repensant à tes reviews * alors déjà je suis ultraaaaa ravie que le chapitre t'ai plus ! et merci de l'avoir lu ^^. Et j'apprends à chaque fois un peu plus à déceler le visage humain de El, grace à vos Fics à toi et Tartine ! je zieute et m'en inspire ! Ce chapitre sera différent mais je sais que tu sais que Luna recroisera vitre vite la route (dansante) de sa cousine !


SOUS LES CENDRES

Chapitre 19 :

Page chiffonnée

Les sabots du cheval soulèvent des nuages de poussières.

Le silence du vent et les hennissements des montures impatientes. Les grincements du métal des armures qui résonnent dans l'air, parmi les arbres et la nature domptée.

Les étendards des Lions de Saphir se mêlent à ceux de l'Eglise de Seiros. Ils volent et claquent sous les assauts du vent qui réclame lui aussi, bataille. Cette fois-ci, ce ne sera pas pour de faux. Les certificats de cavalerie ne sont jamais des comédies. Le cheval lui, ne ment jamais. Le mien veut se battre, il est élevé pour cela depuis toujours et attend avec hâte, le son de la trompette qui le libèrera.

Des joutes.

C'est ainsi que je vais devoir faire la démonstration de mon apprentissage. Chez les Lions, c'est un passage obligé tant la cavalerie est une tradition, presqu'une prérogative au Royaume. Moi qui étais l'intrus, celle dont personne ne comprenait vraiment la raison, j'ai le sentiment de venir aujourd'hui revendiquer définitivement le droit d'arborer cet étendard. Ma monture gigote, elle ne semble pas impressionnée par ce mastodonte, à l'autre bout de la piste. Nous tenons tous les deux nos lances, ces longues perches de bois décorées aux couleurs de nos maisons. La mienne est bleue et blanche, la sienne, blanche et rouge, c'est un chevalier de Seiros. Le vent siffle entre les jointures de mon armure et je me repasse les règles pour tenter d'y trouver une issue favorable. Le but n'est pas de faire tomber l'autre, non, ce qu'il faut pour vaincre, c'est briser sa lance sur l'armure de l'adversaire. C'est un épreuve de force pure et bien que mon armure me donne un peu plus d'envergure, ma force n'est que pacotille comparée à celle de mon adversaire. On m'a prévenu que la barrière basse, la lise, était là pour protéger des accidents mortels, comme si ça pouvait me rassurer. Elle est là, entre mon adversaire et moi, et jamais encore une telle palissade n'avait eu autant de sens. C'est un fossé qui nous sépare …

Infâme n'a pas eu le droit de m'accompagner pourtant sa présence m'aurait rassuré, en plus de d'accorder un meilleur avantage.

Les trompettes se lèvent et toute ma classe se tourne vers moi. Dimitri et Sylvain ont déjà passé leurs épreuves avec panache et brio, je suis la dernière de cette « salve ». J'ajuste mon heaume. Mon sang bat dans mes tempes jusqu'à m'en rendre sourde. C'est à peine si j'entends les tonalités aiguës des instruments qui impulsent le premier élan.

J'ai du retard, en face, le cheval est déjà au galop. Ma tête vibre dans mon casque et je ressens dans tout mon corps les impacts des sabots qui percutent le sol poussiéreux. Le choc est imminent, nous abaissons nos lances et je serr…

- Graaaaaah !

Les fragments éclatés s'effondrent, ils passent devant mes yeux et j'arrête de respirer. Mon coeur s'est arrêté, l'espace d'un instant, au moment ou la lance s'est enfoncé et s'est brisé sur ma poitrine.

Par réflexe, j'ai tenu mes rênes, l'avantage d'avoir monté un cheval fou, je suis toujours cramponnée à la selle. Ma salive tapisse l'intérieur de mon heaume, j'ai l'impression d'étouffer. Tandis que le cheval retourne de lui-même sur la ligne de départ, je tousse et tousse. L'arbitre donne le premier point à mon adversaire et j'envoie valser ma lance. L'un des écuyer accourt pour la ramasser mais je lui fais signe d'attendre. Il m'est impossible de respirer correctement sous cette chose ! Et en plus avec ces foutus gants en métal !? Je m'excite quelques minutes pour ne parvenir finalement qu'à retirer le haut de mon heaume. Mes cheveux retrouvent leur liberté et mon crâne redescend en température. Je sens enfin le vent frais caresser mon front, ce vent de Lune des Etoiles, glacial et si familier. Mes joues et ma mâchoire inférieures sont encore parée d'une épaisse peau de métal, mais je me sens déjà mieux.

D'un geste, j'ordonne à l'écuyer de me rendre ma perche et peste contre moi-même pour m'être laisser impressionnée aussi rapidement. J'attrape la lance et plisse les yeux pour tenter de mettre en place une trajectoire jusqu'à ma cible. Nous avons tous les deux une pièce d'armure supplémentaire entre l'épaule et la poitrine, ajoutée spécialement pour favoriser la casse de la lance adverse. C'est là qu'il m'a touché et c'est là que je dois viser.

- Tsss….

Je caresse le flan du cheval, il secoue la tête puis je lance un regard à l'arbitre qui donne commandement aux trompettes.

Vite.

Cette fois c'est moi qui part la première, les yeux rivés sur la pièce en métal, j'abaisse ma lance et soulève mon bassin pour être stable et pouvoir appuyer dans mes jambes. Nous arrivons à la bonne hauteur. Les crocs dehors, je grogne et enfonce mes pieds dans les étriers. Les impacts éclatent.

J'ai moins senti la douleur, mais il a quand même réussi à briser une partie de sa lance. Plus que moi, ma perche est encore longue, je ne l'ai qu'éraflée.

- Luna Von Arundel perd la manche. Victoire du chevalier par deux salves à manqué.

Les mots percutent mon crâne et j'entends Byleth refermer son carnet de performances. L'arbitre se lève, le cavalier s'en va.

J'ai échoué.

Il me semble de que l'écuyer tire les rênes de ma monture pour la mener jusqu'aux écuries. Je n'ai même pas pu courir la dernière salve.

- Madame, pourriez-vous descendre, je dois …

Je sursaute, j'avais oublié où je me trouvais, perdue à me repasser la scène. Les bottes dégagées des étriers, je retrouve le sol, la lance toujours dans la main. Comment ai-je pu être aussi négligente ?! Me laisser impressionner par l'allure d'un vulgaire chevalier ? A manquer l'essentiel, à ne rien observer ?!

Des palefreniers et un maréchal-ferrant passent, ils me saluent et me regardent en prenant un virage large. Je les suis des yeux et je renifle une vague de peur qui monte chez eux.

- Quelle idiote.

J'encastre la lance brisée dans le mur. Elle explose et les vulgaires morceaux de bois tapissent le sol. Ce n'était qu'un bout de bois, mais il m'a fait peur. Ce n'était qu'une épreuve, mais j'ai perdu.

Derrière, dans son boxe en retrait, j'entends hennir Infâme et me précipite pour la rejoindre. Déjà debout, elle tape sa tête contre la barricade en affolant les autres montures. Ces autres animaux domestiqués et raisonnables. Tout ce que nous ne sommes pas elle et moi. Au diable les outils d'apparat, je lui ouvre la porte et la monte à cru en usant de ma magie pour me soulever. Aussitôt, elle s'élance à travers le dédale des écuries et je la guide jusqu'aux portes. Infâme saute au-dessus des marches et sème la panique dans le marché. Les marchands s'écrient, les gardes ouvrent les grilles à toute hâte. Nous passons entre les portes de métal et cavalons comme des furies sur la route refroidie par l'hiver.

Des nuées s'échappent de ses naseaux, pas le temps de réfléchir le monastère est déjà loin derrière nous. Infâme prend le virage et commence à se diriger vers les forêts. A cette époque de l'année, les bois sont moins denses et seuls les pins sont encore verts, tous les autres ne sont que des souches refroidies. J'étire mes sens et la laisse me guider, elle ralentie la cadence jusqu'à finalement trottiner entre les carcasses grisâtres qui redeviendront bientôt, des armes magnifiques. Et ô combien plus grands que moi. Nous avançons, les branches sèches s'effritent après notre rencontre. Plus elle avance, plus j'ai le sentiment qu'Infâme connait ce chemin. Ses oreilles sont bien dressées et elle trottine à une allure assurée. Je m'avachis un peu sur son cou et laisse mes bras ballants.

- Je me suis laissé impressionner par un chevalier de pacotille, tu te rends compte … ?

Elle hennit et secoue un peu sa crinière. Je crois qu'elle se moque de moi. Elle peut bien, je le mérite. C'était censé être moi la terreur, mais là, je n'ai pas tenu mon rôle.

Ma tête glisse complètement contre la crinière d'Infâme et je fais la désagréable découverte que mes cheveux ont la même texture que son crin …

Cette chipie ! Elle se cabre et commence à galoper sans prévenir ! J'ai à peine le temps d'hurler et de m'agripper quelque part avant de pouvoir la suivre. Elle nous conduit dans une sorte de clairière illuminée par le soleil froid.

Infâme tapote ses sabots et … s'effondre sur le flan, toujours sans prévenir. Prise de panique, j'essaie de le dégager mais ma jambe reste sous son cuir noirâtre. Il me faut quelque secondes pour reprendre mes esprits et surtout pour réaliser que je n'ai pas mal. Je tapote son cou et elle se roule sur le côte avant de se redresser.

Les fesses dans le sol poussiéreux et craquelé, je repense à mes deux derniers combats contre Jeritza, le Chevalier Macabre. A ces deux reprises Infâme s'était aussi couchée, j'avais cru que c'était du à une attaque, mais elle semble maitriser parfaitement cette cascade. De nouveau sur ses hautes pattes, je regarde la jument et lorsqu'elle capte mes yeux, elle recommence son manège. Elle feint de tomber et puis roule, avant de se lever et de traverser la clairière à vive allure.

- Le professeur Jeritza t'a appris ça ?

Mais alors ? Ses chutes, ses assauts et surtout, la retenue de Byleth… Et si…si tout cela n'était qu'une farce ? Je prends quelques secondes pour réfléchir et me remémorer les scènes. Ce serait possible, que Jeritza et Byleth aient préparé toute cette mise en scène. Cela reviendrait à dire que Byleth savait qui était Jeritza, avant nous. Peut-être l'avait-il apprit lors de sa mission dans l'Abyss avec les Loups ou à tout autre moment, je ne le saurais jamais. Mais mon coeur s'emballe à l'idée que le professeur Jeritza puisse encore être de ce monde.

Infâme ne cesse de faire des cabrioles et des allers-retours, ça doit lui faire du bien de se dégourdir un peu.

J'éclate de rire et elle hennit encore plus fort.

Il y a peut-être une chance pour que Jeritza soit vivant ! Et pour que Byleth ne l'ai donc pas tué. Sans cesse, je me repasse les scènes de nos combats et une image perfore mon esprit.

L'Empereur des Flammes.

Je l'avais complètement oublié ! Mais j'ai cru comprendre qu'il était présent à Remire ! Ma tête bascule en arrière et mes cheveux tapissent le sol de la clairière.

Ce doit être lui la clé, ce gaillard en armure.

Mais … je n'ai pas la moindre idée de qui il peut bien être. Une chose est certaine, ce n'est pas Volkhard, la taille ne correspond pas et je l'imagine très peu revêtir une telle armure, il déteste ça. Ce doit être un guerrier appartenant à une autre famille de conspirateurs. La liste pourrait être longue mais strictement aucun nom ne me vient à l'esprit.

Tout ce que je sens ce sont les narines humides d'Infâme qui me reniflent le front. Je me redresse et attire sa tête contre la mienne.

- Mon amie, tu n'as pas idée de ce que tu viens de m'offrir !

Elle me regarde et me file un coup de boule.

Nous sommes bien sur la même longueur d'ondes.

/

De retour devant les grilles du monastère, je vais déposer Infâme dans son boxe et commence à la brosser. Notre petite escapade lui a largement ébouriffé le crin (pas un mot pour le mien …). Elle se laisse faire et mâchouille tranquillement son foin. J'apostrophe l'un des écuyers pour qu'il lui en donne du propre, ils n'osent toujours pas pénétrer dans son boxe. Et c'est tant mieux, je ne tiens pas à ce que l'archevêque apprenne pour l'armure de Jeritza.

- Hé Lulu !

Je me retourne et trouve Hapi, adossée à la barricade, elle me temps un bout de viande séchée que je saisis entre mes dents.

- Il paraît que tu t'es planté ?

Son sens de la diplomatie remarquable. Mais je soupçonne qu'elle me parle ainsi pour tester mon humeur. Ah, c'est vrai que je me suis enfuie. Mais ce ne sont pas aux Aigles que je vais manquer.

- La classe est déjà rassemblée, tu ne veux pas voir Ingrid danser ?

J'avale la viande et toise Hapi en arquant un sourcil.

- Pourquoi diantre devrai-je … Ooooh … la coupe du machin blanc ..

Hapi hoche la tête et me tend la main. Je dépose la brosse dans le seau et Infâme se secoue avant d'aller s'allonger contre sa montagne de foin, là où elle protège le bien de son maître.

- Il faudra que je vienne nettoyer tout ça.

Son oreille fendue s'agite et je referme la barricade derrière moi.

- Vous vous ressemblez beaucoup quand même …

Je pouffe de rire sous l'oeil désabusé de Hapi qui chemine avec moi jusqu'à la salle de bal. Avant d'entrer, les gardes me dévisagent d'un oeil mauvais et il me semble que l'un des prêtres se souvient encore des navets pourris que j'ai renversé sur le sol de la cathédrale. Mais je fais bonne figure et revêts mon air hautain pour aller m'asseoir au rang des …

- Ohé Luna n'est-ce pas !? J'ai bien faillis ne pas vous reconnaitre dans cette tenue !? La nature vous va comme un gant … de crin !

Hapi réprime un spasme et j'éponge un goutte de sueur au sommet de mon front. Alois.

- Et d'ailleurs, en parlant de crin ! Le professeur Byleth m'a chargé de vous faire passer votre certificat la semaine prochaine. Nous nous affronterons donc en joutes ! C'est formidable. Je ne vais pas y aller de main … de crin !

Tandis qu'il rit, je m'enfuis et traine mon ombre au second rang, de la maison des Lions. Je me glisse derrière Byleth et tapote son épaule.

- Professeur, de quoi parle-t-il ?

- Tu repasses le certificat de cavalerie dans trois jours, comme tu es chez les Aigles, je ne peux pas te le faire passer en semaine, tu le passeras sur tes jours de repos, seul Alois était disponible, c'est aussi son jour de repos.

- Mais professeur … j'ai échoué ce matin.

Byleth se retourne et me regarde, sereinement.

- C'est bien pour cela que tu dois le repasser.

Puis la musique retentit et les jurés font leur entrée.

La coupe du Héron Blanc peut commencer.

/

- Je suis profondément désolée de mon échec …

- Ne t'en fais pas Ingrid, tu étais resplendissante.

Même la bonne humeur de Sylvain ne fais pas sourire Ingrid. Tout bien réfléchir, rien ne fait sourire Ingrid…

Assise sur mon pupitre de la salle de classe des Lions, je profite de cette après-midi sans les Aigles pour discuter un peu avec Annette. Ses couettes rousses rebondissent tant elle s'active et a de choses à raconter. Même si je ne saisis pas tout, j'aimerai qu'elle ne cesse jamais de parler.

- J'ai entendu ce que t'as dis le professeur.

Derrière le pupitre, Dimitri vient poser ses coudes à coté de moi et nous nous amusons tous les deux de la scène : Annette qui tente de converser avec Dedue le taiseux qui escortait Dimitri. Ces deux-là sont si opposés ! Ashe tente de faire le médiateur et finit par être absorbé par le récit de la rousse.

- Je ne veux plus jamais retourner dans la salle des Aigles…

Dimitri sourit et se redresse, sa main glisse sur le bureau de bois quand il me dépasse.

- Passe ton certificat samedi matin et nous … pourrions …hum. Nous pourrions passer l'après-midi ensemble ?

Sans attendre ma réponse et rouge jusqu'aux oreilles, Dimitri poursuit sa route. Samedi ? Pourquoi samedi.

Je comptes sur mes doigts.

Si nous sommes le 16 aujourd'hui, alors samedi nous serons … le 20 ?

- Le 20 !?

J'ai crié trop fort et il me semble que Dimitri a rougit d'une teinte en plus. Le vingtième jour de la Lune des étoiles, c'est le jour de l'anniversaire de Dimitri !

Je serre le poing sur la table.

Il va falloir que je réussisse !

/

« Pend ant trois jours je me suis entraînée dans la clairière avec Infâme. C'est incroyable à quel point cette jument comprend et sait de choses. Elle m'a appris à me servir de l'élan du cheval, de sa poussée pour accompagner et soutenir la mienne. Surtout, elle m'a rappelé ce qui m'a terriblement manqué lors de mon premier passage. Car je crois que j'ai pris peur à l'idée de devoir encore plus assumer ma bestialité devant les Lions, et précisément au moment où j'essayais de rentrer dans le rang. Ce n'est qu'en repoussant mes limites que je peux progresser, et ces limites, comme les règles, les interdits et les peurs, sont faites pour être transgressées.

Aujourd'hui je repasse le certificat, en petit comité cette fois car mon passage n'est officiel qu'à demi-mot puisque je fais partie de la classe de Aigles jusqu'à la prochaine Lune. Il me faudra attendre la prochaine Lune et la nouvelle année qui va naître pour passer mon certificat de magie. En dépit de ses médiocres qualités magiques, je préfère de loin évoluer aux côtés de Byleth. Eh puis de toute manière les Aigles ont déjà passé leurs certificats.

J'ai eu un peu de temps pour réfléchir à ce que je pourrai offrir à Dimitri pour ses dix-huit ans … mais je ne sais pas ce qu'il pourrait attendre de moi. Ou même vouloir.

J'écris ces lignes, perchée au balcon froid de la fenêtre de la petite chambre. Le vent du nord fait danser les feuilles. Le Nord, Faerghus. C'est un royaume qu'il va recevoir d'ici quelques mois. Le temps que la terre se réchauffe et que les fleurs se parent de leurs plus belles couleurs. Au printemps, Dimitri sera Roi. Couronné dans la terre qui l'a vu naître, siégeant sur le trône de son père qui lui donne encore tant de tourments. Mais les morts sont ainsi n'est-ce pas ? A nous hanter, nous troubler, et parfois seulement, nous guider.

Comme j'aimerai que le temps s'arrête. »

- Mademoiselle d'Arundel ?

Je sursaute en entendant mon nom à travers la porte de ma chambre puis m'adoucie en reconnaissant la voix d'Alois. C'est déjà l'heure ? Foutu temps, il passe bien trop vite.

- J'arrive !

Le double fond de mon bureau est un peu bloqué à cause du froid mais je parviens quand même à planquer mon carnet. Hissée sur mes genouillères en métal, j'avance jusqu'à la porte et l'ouvre pour découvrir un Alois toujours aussi souriant et vaillant.

- Vos rondes ne vous fatiguent pas ?

Il rit et nous prenons à deux le chemin des écuries. Alois m'explique que depuis Remire, Jeralt et les chevaliers de l'Ordre alternent les rondes de surveillance, pour essayer de comprendre et endiguer la prolifération de ce qu'il nomme « la folie de Remire ». Il revient d'expédition et repartira bientôt inspecter les alentours du monastère.

- Je ne danserai pas au bal cette année !

Ah oui, le bal. Même si la plupart des élèves l'attendent, j'avoue avoir du mal à m'en réjouir. Une telle festivité me rappelle un peu trop les célébrations impériales et tout le déballage de charmes et de magie qui j'y faisais.

- Vous avez froid ?

Par réflexe, je me suis frotté le coude et recroquevillée sur moi-même. Une telle posture défensive, même inconsciente de ma part, nous surprend tous les deux. Ce n'est clairement pas le meilleur état d'esprit pour aborder des joutes.

- Luna, puisque nous allons nous affronter, je me dois de vous faire une confidence.

J'ébouriffe mes cheveux et en déloge certains de la pièce de métal qui enserre ma mâchoire (hors de question de remettre un casque) et regarde Alois. Ses yeux pétillent.

- Je suis ravi de vous affronter, alors je ne vais pas y aller de main morte.

Puis il éclate de son rire franc et bruyant. Ce vacarme réchauffe un peu mon coeur et je me motive en expirant fortement.

Dans les écuries, je ne peux m'empêcher d'aller saluer Infâme qui me tourne le dos.

- La prochaine fois, je serai cavalière.

Infâme hennit et ses oreilles gigotent.

- Votre monture est prête elle vous attend… ooooh ! Quel animal !

Alois se fige l'espace d'une seconde et je pense que nous venons tous les deus de réaliser une chose nouvelle : moi non plus, je ne vais pas y aller de main morte.

Je tire la langue à Infâme et quitte son enclos pour rejoindre le chevalier. Je lui souris, et dans ma tête je me dis: ce n'est pas un animal, c'est un monstre. Tout comme moi.

A la sortie des écuries, ma monture m'attend, la même qu'il y a quelques jours. Je prends le temps de la caresser et de m'excuser pour la triste défaite que je lui ai infligé. Cela ne se reproduira plus. J'enjambe la scelle et me hisse sur son dos. Comme Infâme me l'a appris, je me cale contre ses flancs et recentre mes étriers pour pouvoir me servir de sa force. Un nouveau sourire se dessine sur mes lèvres. Car sur le flancs d'Infâme, il y a toujours ces marques sur son cuir, celles laissées par Jeritza toutes les fois où il a dû compter sur le soutien de sa monture pour frapper plus fort. Cher professeur, combien de masques avez-vous porté ?

Je fais claquer les rênes de mon compagnon et nous prenons tous les deux le chemin du terrain de joutes en extérieur. Il sert pour l'entrainement des chevaux, l'équitation en général et pour le dressage. Peu à peu la peur disparait et c'est l'excitation qui prend place en moi et qui fait battre mon coeur.

/

Trois heures…

Les trompettes sonnent une nouvelle fois. Ça fait maintenant trois heures qu'Alois et moi nous affrontons dans les joutes. Nous avons fait égalité sur les premiers assauts et devons donc nous départager. Mais aucun de nous ne veux lâcher. Il m'avait prévenu, c'est un vrai duel qui continue de se livrer, selon les règles de la chevalerie. Il faut une victoire, il faut un perdant.

Ma monture fatigue et ses départs sont de moins en moins éclatants. Mes bras ont déjà tétanisé et c'est mon armure qui me porte désormais, non l'inverse. Les deux lances explosent simultanément et je perçois un cri de la part de l'arbitre : bientôt les stocks de lances pour joutes du monastère vont être à sec. Il va falloir en finir. Mon cheval secoue sa crinière et je conviens bien volontiers qu'il soit à bout lui aussi. L'écuyer me donne une nouvelle lance, dans ma tête je me jure qu'elle sera la dernière.

Je mords mes lèvres et perce la peau fine avec mes crocs. Sur ce coup, je donne tout. Le signal retenti et ma monture démarre la première. Je grogne de plus en plus et bascule mes appuis pour pouvoir me décaler, juste un peu. Pendant ces trois heures, j'ai habitué Alois à une posture, un angle de tir. Sur ce dernier assaut, je compte sur sa lassitude pour restreindre un petit peu sa vision. Juste assez pour le faire manquer son coup. Juste assez pour qu'il n'y ait que ma lance qui se brise.

Voici le moment, celui ou nous abaissons ne perches et la seconde d'après il faut frapper. Tout se passe si vite, je vois à peine. Je vise, je bascule et je pousse jusqu'au fracas.

Puis le silence. Les tempes dans un état second, j'abaisse aussitôt mon regard vers ma main. Ma lance est brisée, je l'ai touché. Et lui ? Ma parade a-t-elle réussit ? Au bout de la lise, j'aperçois la silhouette de mon adversaire. Immobile.

Soudain, il se retourne et brandit … sa lance est entière ! Il ne l'a pas bisé !

- Victoire de Luna von Arundel, par … victoire.

Même l'arbitre a perdu le compte des assauts, mais l'important ici c'est ma victoire ! Cette fois je l'ai emporté !i

- Dame Arundel, vous voici à présent cavalière.

Par toutes les bouclettes de la Déesse! J'exulte d'une joie qui contamine ma monture. Elle se dresse sur ses pattes arrières et hennit de satisfaction. Elle a raison, je la lui dois aussi. Je fais claquer les rênes et m'en vais rejoindre Alois dont j'entends déjà l'écho du rire qui se mêle au mien.

- Je suis rincé ! Et quelle feinte placée au bon moment ! Quelle prédatrice !

Je plaisante avec lui et nous pressons le trot jusqu'à pouvoir enfin soulager nos monture. Les palefreniers vont pouvoir prendre soin de ces champions. J'attrape l'un d'entre eux et lui demande de m'aider à retirer mon armure, le soleil est déjà bas, je dois faire vite.

Il défait les jointures en s'excusant mais je l'écoute à peine. Une fois l'armure retirée (du mieux possible) je me sauve en direction des dortoirs.

- Attendez, il vous reste des pièces !

- Faites déposer tout ça plus tard dans ma chambre !

Je file aussi vite que mes chaussures en métal me le permettent, c'est-à dire lentement et c'est trempée de sueur que je pénètre dans ma chambre. Je repasse de longues minutes à me battre contre cette charge d'acier qui pèse encore sur mon corps et file en direction des sanitaires. A cette heure, l'eau est glacée mais je fais fis du froid et lave soigneusement (à la hâte) mon petit corps.

L'eau se teinte d'un léger rose qui aime laisse présager que je dois avoir des plaies quelque part, je verrai ça après. Une fois propre du mieux possible, je m'enroule dans un linge tiède et cours vers ma chambre avant de me transformer en statue de givre.

Vite, vite, je renfile un caleçon de laine (légèrement troué), des grandes chaussettes, un corset et une longue robe de velours vert. Ma voici déjà un peu plus réchauffé. Il me manque que mes bottes, ma cape et ma besace que j'attrape au vol avant de détaler définitivement en direction des grilles du monastère.

Je dépasse les gardes et les moines sans penser à autre chose qu'à le retrouver.

Sylvain m'a dit qu'il l'escorterait pendant toute la journée pour le tenir loin des courtisanes et autres sangsues, mais puisqu'il commence à se faire tard, je prie intérieurement pour que les deux garçons soient encore assis sagement à une table entrain de revoir leur manuels de topographie (le genre de chose que Byleth nous impose pour apprendre à gérer une escouade, j'ai abandonné l'idée depuis… depuis). En dehors du monastère, je continue ma route jusqu'au village aux toits décorés. Les gens circulent et je les dépasse pour courir en direction de l'établissement dont m'avait parlé Sylvain. Les pignons défilent devant mes yeux, enfin le voici ! J'aurai pu le parier, il y a beaucoup de filles en longs jupons rassemblées devant le pas de la porte. C'était évident.

Je me faufile entre elles et parviens à gagner l'intérieur, il y fait plus chaud et j'ai presque l'impression de retrouver l'intérieur du pavillon de chasse du Roi Lambert. En parlant de roi ! Dimitri et Sylvain sont juste là, à discuter autour d'une pile de cartes et d'ouvrages.

J'avance vers eux et dépose ma main sur l'épaule de Sylvain.

Puis mes yeux croisent ceux de Dimitri. Son regard s'allume en un instant, mon coeur tambourine dans ma poitrine.

- Je … je peux te voir dehors ?

Un peu perdu et hésitant, Dimitri hoche la tête avant de considérer la foule dehors en quête d'un Prince. Mais mon autre héros du jour, Sylvain, s'est déjà dévoué pour faire diversion. Ils ramassent leurs affaires et le garçon de Gautier nous ouvre la voie. Toute l'attention est projetée sur lui tandis que Dimitri et moi filons dans une rue parallèle.

Lorsque la cohue est loin, que le froid nous saisi, je réalise ce que j'ai fais, et ce dont j'ai envie. Nous sommes tous les deux, Dimitri et moi. Face à face, je farfouille dans ma besace et en sort un petit pochon de coton. Enfin je vais pouvoir dire les mots que j'ai tant attendus.

Je lui tends le modeste présent et inspire.

- Bon anniversaire !

Indubitablement, c'est moi qui suis la plus réjouie des deux, mais je vois tout de même ses joues rougir. Il sourit et se saisit du pochon pour l'ouvrir tout doucement.

C'est modeste, cela ne sied pas à un Prince, mais je voulais l'offrir, non pas à l'héritier d'un Royaume, mais au jeune homme qu'il est. A celui dont la douceur invisible m'émeut tant, à celui dont la peau me manque. Dimitri découvre la paire de gants de cuir que je lui ai cousu, les yeux légèrement écarquillés, ses mains de métal sont figées.

- Je … voulais que tu puisses les porter de temps à autre.

Je me mords la lèvre, craintive de ce qu'il pourrait penser mais il met fin à mes doutes et commence à retirer ses manchettes froides. Il n'est pas seul dans sa tache et à deux, nous terminons vite de libérer ces deux incroyables beautés de leurs geôles sur-mesures. Dans la froideur de cette lune, j'aurai parié qu'elles avaient la couleur de la neige. Elles sont pourtant si chaudes, les mains de Dimitri, lorsqu'elles se posent sur ma joue.

- Merci Luna, c'est un présent magnifique. J'en prendrai grand soin.

Je voudrai lui dire que ce n'est pas grand chose, mais à la place, trop émotive, je le prends dans mes bras. J'enlace se cou et me blotti contre lui, tout contre lui. Ses gantelets tombent dans la fine couche de neige qui recouvre déjà le sol et il me saisi, avec retenu et délicatesse, lui qui peut briser des murs, cette fois il prend garde. Mes doigts s'enfoncent dans ses cheveux fins tandis que je sens son souffle chaud dans ma nuque. C'est si doux, j'en pleurerai presque, de cette étreinte, sincère et tendre.

- Tu en as mis du temps.

Je souris à sa remarque et dégage doucement mon visage de sa peau en lui souriant.

- Pardon.

Des minutes bien trop courtes s'écoulent, perdus chacun dans nos regards, et l'agitation dans la ruelle nous pousse à nous séparer. J'attrape ses gantelets et il enfile ses nouveaux gants. Le cuir est souple, je l'ai troqué contre des potions de vigueur, ils tiendront la route. Nous rejoignons Sylvain, au milieu des demoiselles et lorsqu'il nous voit, il fait au mieux pour se frayer un chemin en direction de leurs montures.

Sitôt que l'une d'entre elle a remarqué le prince, d'un coup, toute l'attention retombe sur Dimitri. Des jupons à dentelles me bousculent et je manque de tomber, les bras chargés de ses pièces d'armure. Je me retourne et découvre que c'est finalement le fessier de la monture de Sylvain qui m'a soutenu.

- Quelle triste popularité … Vous montez ?

J'allais tendre ma main au garçon de Gautier quand c'est finalement celle de Dimitri qui m'attrape. Il fait fi des jacassements agaçants des demoiselles et m'accompagne jusqu'à sa monture pour m'aider à monter.

Comme à notre habitude, je me positionne devant, mais cette fois ma longue robe me contraint à déposer mes jambes d'un seul coté. Je m'accroche à la scelle lorsque Dimitri monte à son tour, attrape les rênes et enserre mes jambes ainsi que ma taille pour me stabiliser. Au sol, j'entends des voix consternées et leur lance mon regard le plus hautain. C'était certes puéril, mais quelque part, ça m'a fait du bien. Les rênes claquent et nous rentrons tous les trois en direction du monastère.

/

Il est tard et la nuit s'est déjà bien installée. Les étoiles, reines de cette Lune, dispensent leur mémoire silencieuse lorsque nous marchons, Dimitri et moi, dans les allées du monastère.

Après êtres rentrés, nous avons profité d'un repas réunissant toute la classe des Lions. Il s'est éternisé et nous voilà tous les deux, moi doucement accrochée à son bras, à déambuler. Aucun de nous ne veux rentrer et c'est comme si nous avions des milliards de choses inutiles à nous dire, des choses pourtant de la plus haute importance.

- Tu ne savais pas qu'il y a avait une cheminée dans ta chambre ?

Je lève les yeux et hoche la tête.

- Non ! Ça m'aurait évité de devoir sans cesse rajouter des couvertures ! Certaines de mes potions ont gêné tant il faut froid dans ma chambre …

Son rire s'échappe de ses lèvres et amusé, il secoue la tête en me réprimandant. Il dépose l'une de ses mains sur les miennes qui enserrent son biceps. Le visage tourné vers le cadran de la Cathédrale, il s'arrête et inspire profondément.

- Il va bientôt être minuit.

Je dévie mes yeux vers les aiguilles et la trotteuse cavale toujours avec autant d'avidité. Dimitri retire doucement ma main de son bras pour glisser ses doigts dans les miens.

- Merci Luna, cela faisait longtemps je ne m'étais pas réjouis de ce jour. D'ordinaire, c'est un jour que je n'apprécie pas particulièrement. Il me rappel trop tout ce que j'ai perdu. Mais cette fois, je t'ai attendu et … je suis heureux d'avoir pu le passer avec les Lions, et avec toi.

Ses deux saphirs luisent dans cette nuit étoilée. Il porte mes mains à ses lèvres, elles doivent sentir le foin et le poulet, mais il les gratifie tout de même d'un baiser.

J'attrape son visage entre mes mains tremblantes. A mes yeux et à mon coeur, il est si précieux, ce soir, délicat est doux, comme un bonheur fugace, j'aimerai le tenir pour mien.

Dimitri jette de nouveau un oeil au cadran et abaisse mes mains pour se pencher en avant. Puis il dépose sur ma joue, un baiser si tendre, charnu et adorable qu'il m'en fait monter des larmes. Mes sentiments s'agitent et mon coeur ne sait que faire. On ne m'a pas habituée à la douceur, pourtant je pourrais y prendre goût, si tout à la saveur des baisers de Dimitri.

- Le premier c'est pour ce cadeau que tu m'as offert.

Lorsqu'il a terminé sa phrase, les cloches du monastères résonnent à travers les façades de la cathédrale. Je regarde le cadran est il est à présent minuit. Dans la pénombre, éclairé par les astres, je vois Dimitri sourire et se pencher à nouveau vers moi. Il dépose un second baiser sur mon autre joue.

- le second est pour toi, bon anniversaire Luna.

Je sursaute très légèrement et réalise qu'il dit la vérité. Le lendemain du 20, c'est le 21, le solstice d'hiver. Mes doigts glissent de ses gants et viennent attraper son torse. Je me blotti contre lui et plaque ma joue contre sa poitrine. Ses doigts caressent mes cheveux tandis que son rire donne des sursauts à mon coeur.

La nuit la plus longue arrive, mais je suis, pour la première fois, heureuse à l'idée d'entamer une nouvelle année de vie.