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Et oui, vous ne rêvez pas, c'est bien un nouveau chapitre de Cocktail Aphrodisiaque !

Bonne lecture !


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25. CACHOTTERIES

— Quel trafic ! Mais quelle idée de laisser un octogénaire conduire ! Il a eu de la chance de n'avoir enfoncé qu'une voiture vide ! Enfin, j'ai cru que je n'en finirai pas avec ce bouchon. Mais tu viens juste de rentrer, toi aussi ? demanda Sakura tout en retirant ses escarpins.

Sasuke n'avait pas l'intention de faire des cachoteries à Sakura mais il ne niait pas que son propre oubli combiné au sien avait simplifié les choses pour se rendre au rendez-vous d'Hinata au cours duquel il venait tout juste de digérer son propre souhait de paternité. Il lui aurait alors rappelé la raison de ce rendez-vous le lendemain matin, tranquillement autour d'un petit-déjeuner. Mais leur arrivée presque simultanées changeaient ses plans et l'humeur de son épouse ne les faciliterait pas. Elle était au bord de l'explosion, il n'y avait qu'à regarder avec quelle force elle avait jeté ses Louboutins qui lui avait certainement coûté une fortune.

— Oui, je reviens du restaurant.
— Tu rencontrais un client ? Murakami, c'est ça ?

Sasuke, qui retirait de son manteau son portefeuille, ne voyait que les gestes brusques de Sakura. Elle avait arraché son bonnet de sa tête et risquait de faire sauter un bouton de son coupe-vent.

— Non, je le rencontre la semaine prochaine. Tu te souviens, entama-t-il avec un faux détachement, mardi dernier, je t'ai parlé d'un rendez-vous.

Il se dirigeait lentement mais surement dans le salon. Il espérait un bref répit avant que Sakura ne se déchaîne. Sa voix s'élevait depuis l'entrée.

— Je crois oui, laisse-moi me souvenir.

Il venait de s'asseoir dans le canapé mais se releva quand il entendit le silence. Elle se rappelait et arrivait à pas rapide auprès de lui.

— T'as rencontré la Hyûga ?

Elle avait beau parlé d'une voix posée avec un sourire anodin, sa proximité menaçante et ses iris saphir qui le fixaient indiquaient qu'il allait devoir être prudent. Sasuke essaierait d'éviter les faux-pas.

— Oui, comme prévu.
— Je devais y aller avec toi ! Je pensais que c'était lundi prochain. Pourquoi tu ne m'as rien dit ?
— Tu devais dîner avec tes amies.
— Parce que j'ai oublié ! Avoue que ça t'as arrangé, elle commençait à fulminer.
— Mais non, tentait-il de se justifier alors qu'elle le pointait du doigts. Pourquoi ça m'aurait arrangé ?
— Tout simplement parce que malgré ce qu'on s'était dit quand tu as reçu son message, tu avais envie de les voir, ces échographies. Pardon, je me trompe. C'est elle que tu voulais voir !

Il avait complètement échoué, Sakura était furieuse. Il ne pouvait pas lui en vouloir toutefois, elle subissait tout comme lui cette situation mais elle ne disposait d'aucun contrôle, encore moins que lui.

— Sakura, tu te trompes.

Il voulait la rassurer en caressant ses épaules mais elle se dégagea.

— Ne me touche pas !

Il n'osa plus faire un geste, plus dire un mot. Il ne pensait pas blesser sa Sakura ainsi, mais il était un idiot.

— Je ne me trompe pas Sasuke. Tu lui aurais demandé qu'elle t'envoie des photos sinon. Oh, je ne comprends pas…

Elle se laissa tomber dans le canapé et se tint la tête, repoussant la franche de son front. Ça ne faisait pas un mois qu'ils étaient mariés et il ne passait pas une semaine sans qu'ils ne frôlent la dispute. Cette fois, elle avait explosé.

Sasuke alla s'asseoir à côté d'elle, elle décala ses genoux pour agrandir l'écart entre eux. Il soupira. Comment lui faire comprendre qu'elle n'avait pas de raison d'être jalouse ?

— Écoute Sakura.

Il s'attendait à ce qu'elle l'interrompe pour imposer que lui l'écoute, mais elle ne dit rien et évita de rencontrer ses yeux. La situation était grave.

— C'est vrai que je n'ai pas été très honnête.

Elle souffla de dégoût et roula des yeux.

— Mais j'essaye autant que je peux et en même temps, je dois gérer la venue de…

Il hésitait, pouvait-il le dire ? Sa fille, avait-il le droit de l'appeler ainsi, que ce soit pour la petite, pour Sakura, ou même pour Hinata ?

— La venue de TA fille.

Elle l'avait dit pour lui, en insistant sur le possessif. Mais cette fois, Sakura le regardait. Ses yeux étaient prêts de perler, l'accablant.

— Oui. Je sais qu'on avait décidé que je n'interviendrai pas dans sa vie, que tous les deux, on allait oublier cette histoire et continuer notre vie comme si la sienne n'était pas sur le point de naître mais…

Il ne pouvait pas. Il était le premier surpris, mais il n'allait pas réussir à ignorer l'enfant qu'il avait engendré même si les circonstances l'y poussaient. Sakura voulait-elle vraiment empêcher sa paternité de s'exprimer ? Elle serrait ses mains, fermait ses yeux, se pinçait les lèvres. Elle n'avait pas à souffrir autant, ce n'était pas raisonnable, il ne la trompait pas. Son visage fut moins crispé quand elle prit la parole.

— Sasuke, pourquoi tu es allé voir Hyûga ?

Ses mots transpiraient la jalousie. Il répéta dans un souffle las que c'était pour les échographies et allait poursuivre, mais elle lui coupa la parole.

— Tu mens encore. C'est pas possible, elle passa sa main gauche sur son front. Bon sang, qu'est-ce qu'elle t'as fait ?
— Non, Sakura. On ne va pas aller sur ce terrain, refusa-t-il. Combien de fois t'ai-je répété que je détestais ta jalousie ? Ça ne nous mène nulle part.
— Mais pourquoi je suis « jalouse » à ton avis ? T'es en train de tomber dans le panneau !

Elle se releva d'un bond.

— Une célibataire qui trime pour s'en sortir, surtout depuis qu'elle est enceinte d'un riche homme marié, c'est d'un cliché !

C'était à son tour de prendre sa tête dans ses mains. Elle se trompait sur toute la ligne et faisait à la fois affront à sa dignité et à celle d'Hinata qui n'avait rien demandé.

— Sakura, calme-toi. Je ne suis pas en train de tomber dans le panneau.
— Alors pourquoi tu vas la voir sans me le dire ! cria-t-elle. Et merde.

Elle venait d'essuyer une larme remplie de mascara avant de s'enfuir dans le couloir. Sasuke la suivit après quelques secondes de stupéfaction. Ils tournaient en rond et maintenant elle pleurait. Il s'insulta mentalement et accusait à la fois la jalousie maladive de sa femme qui revenait au galop depuis qu'elle était au courant pour la grossesse. Elle avait toujours été de nature très jalouse mais avec le temps, elle était devenue raisonnable et avait été capable de partir à l'autre bout du monde pendant des mois sans lui faire la moindre crise.

La grossesse d'une autre ne pouvait que la faire revenir au point de départ.

Sa danseuse s'était enfermée dans la bibliothèque et était blottie dans le large fauteuil auburn, ses genoux remontée contre sa poitrine. Il la rejoignit, s'approchant d'elle comme d'un chat apeuré avant de s'accroupir devant. Lentement, il attrapa une de ses mains et l'appela. Elle se laissa faire.

— Je sais que c'est dur pour toi. Je suis désolé.

Elle ne lui répondait pas, elle ne retira pas sa main de la sienne toutefois. Il essaya avec ses mots, peut-être maladroits, de lui décrire cette paternité qui naissait chez lui, cette volonté qu'il ne pouvait pas ignorer malgré les lignes du contrat. Il lui rappela qu'elle était la seule qu'il aimait, que ça avait toujours été le cas et que ça le resterait, même quand il voulait s'impliquer dans la vie de sa fille.

— Je suis allé voir Hyûga pour lui faire comprendre ça, que je voulais un rôle dans la vie de son enfant, qui était aussi le mien et qu'elle ne devait pas m'en empêcher.
— Hm.

Sakura restait contrariée, mais elle ne pleurait plus. Elle commençait à le comprendre, il savait finalement communiquer et ne restait pas un être abscons. Il posa la main qu'il tenait sur l'accoudoir.

— J'aurais dû t'en parler avant d'aller la voir, mais je m'en suis vraiment aperçu une fois qu'elle m'a tendu les échographies.
— Vraiment ?

Il le lui assura. Elle renifla et s'essuya le visage à présent tâché de noir dissous.

— Tu ne pourras pas tenir ta promesse de laisser Hyûga tenir sa promesse ?

La redondance de sa phrase ne la rendait que plus sérieuse.

— Je ne pourrais pas non, finalement.
— Elle a réveillé ta fibre paternelle, c'est ça ? demanda-t-elle, une grimace sur le visage.
— Oui, mais juste ma fibre paternelle comme tu dis. Je suis toujours ton fidèle époux.

Il écarta les genoux de Sakura à l'aide de ses mains qu'il agrippa ensuite sur ses hanches pour la rapprocher du bord du fauteuil.

— Je sais que je t'en demande beaucoup. Désolé, ma rose.

Il vint déposer quelques baisers sur le ventre sculpté de sa danseuse dont il souleva pull et maillot.

— Et tu n'es pas très habile.

Elle lui caressa les cheveux. Il s'excusa en continuant ses baisers.

— C'est pas facile, Sasuke, encore moins maintenant. Il y a tellement de choses à… mettre au point, à décider. Je vais devoir réfléchir.

Elle arrêta ses caresses et il la sentit tirer ses cheveux à l'arrière du crâne. Il cessa ses baisers et suivit la traction afin d'éviter de devenir partiellement chauve. Sakura le regardait de ses yeux tolérants.

— Je veux rencontrer Hyûga avec toi, pour qu'on puisse se mettre d'accord à nouveau.
— Je m'en chargerai. Et je t'empêcherai d'aller voir des amis le même jour, promis.

Elle lui embrassa les lèvres brièvement et se leva, le laissant un peu pantois sur le sol. Il se mit vite debout et la suivit en-dehors de la bibliothèque. Elle allait dans leur chambre, se préparer pour dormir.

Il sentait qu'elle n'avait plus envie de ses tendres attentions et qu'elle préférerait même qu'il planche sur quelques dossiers. Sasuke lui laissa l'espace qu'elle demandait silencieusement et se rendit dans son bureau. Il préparerait des réponses aux mails reçus qu'il enverrait le lendemain, avancerait sur des projets et surtout, il réfléchirait aux meilleurs arrangements possibles qui lui permettraient de voir sa fille tout en préservant Sakura. Il devait lui prouver qu'elle n'avait pas à craindre son engagement, et vite. Ce serait sinon leur mariage qui pâtirait de leurs inquiétudes.

Un rendez-vous fut pris dès le lendemain pour la semaine prochaine. Sakura décida elle-même du jour, de l'heure et du lieu, s'arrangeant avec la future mère via Sasuke. Elle était en train de prendre sur elle pour permettre à Sasuke de vivre une paternité partielle et éviter de déverser sa jalousie sur lui.

Elle ne se désignerait pourtant pas comme étant jalouse. Elle était méfiante et sentait la paix de son couple et celle de sa famille menacées par la présence d'une tierce personne qui développerait inéluctablement des liens avec Sasuke.

Hyûga Hinata. Future mère de la fille aînée de son mari. Elle lui avait semblé sincère la fois où elle l'avait rencontrée et comme Sasuke lui avait raconté, elle était aussi une victime. Pourtant, Sakura ne pouvait pas entièrement la croire quand elle lui disait rester en dehors de leur vie. Sasuke était un homme qui valait des millions, elle le savait en tant qu'épouse, mais aussi que vieille amie. Combien de femmes ne rêveraient pas de bénéficier d'un lien aussi privilégié que mère de son enfant ? Elle espérait toutefois que cette intuition s'avérait fausse.

Sasuke était conscient de ses craintes, elle le savait. Il s'aventurait sur des terres inconnues avec des notions nouvelles, dont la paternité qu'il n'avait encore jamais véritablement envisagée. Elle le savait aussi. Elle ne pouvait l'en empêcher, elle voulait juste qu'il la laisse l'accompagner dans cette aventure. C'est ce qu'elle lui montrerait la semaine prochaine quand ils rencontreraient Hinata. Elle mettrait sa méfiance de côté.

En attendant que ce jour arrive, elle avait mis un point d'honneur à s'occuper l'esprit et pour cela, elle suivit les conseils d'Itachi et de Konan : imiter Sasuke et se plonger dans des projets ambitieux. Dès le jour qui suivit leur dispute, Sakura parcourut des quartiers entiers à la recherche d'un bâtiment qui saurait la charmer pour qu'elle puisse y ouvrir son école de danse. Avec Konan, elle imaginait comment elle pourrait organiser les cours, prédire les effectifs ainsi que le matériel nécessaires. Itachi passait pas mal de temps avec elle, particulièrement quand il s'agissait du choix de matériaux esthétiques : il avait un vrai goût pour le design. C'est en discutant du plancher alors que Sasuke les rejoignait qu'elle parvint à le pardonner et rompre la distance qu'elle avait elle-même instaurée depuis lundi.

Le lendemain, alors qu'elle se baladait avec lui et profitait de leur proximité retrouvée, elle dénicha la perle rare entre un quartier résidentiel et le centre-ville. Il s'agissait d'un bâtiment de trois étages tout en brique qui semblait avoir été construit à la fin des années soixante-dix. Il était à vendre et d'extérieur, il ne souffrait d'aucun dégâts qui demanderaient des restaurations importantes. Le contact noté et plusieurs clichés pris, Sakura poursuivit sa promenade enchantée, la pluie et les ronchonnements de Sasuke ne pouvant rien y changer.

Naruto n'avait pas été convaincu par les photographies, même après qu'elle ait expliqué que Sasuke la soutenait pour visiter ce bâtiment. Leur ami restait de marbre face aux briques glacées. Elle essayait de comprendre pourquoi alors qu'ils se rendaient tous deux à l'orphelinat en voiture.

Sakura avait l'intention de s'y rendre seule pour enfin donner les cours de danse gratuits qu'elle avait promis plusieurs semaines auparavant, mais Naruto s'était glissé dans sa voiture et ses projets. Il traînait chez eux depuis le déjeuner, s'ennuyant en ce début de week-end apparemment. Au départ, elle pensait qu'il irait avec Sasuke à la salle de sport, mais elle avait sous-estimé l'attrait de danser avec des enfants. Elle avait vu le ravissement sur le visage de son mari qui comprit qu'il profiterait d'un moment de solitude : il ne s'en tirerait pas comme ça.

Elle savait à quel point Naruto appréciait passer du temps avec Sasuke autant que ce dernier tenait à un certain ratio de solitude. Il avait donc presque encouragé Naruto à l'accompagner malgré les signaux qu'elle lui envoyait.

Arrêtés à un feu, elle regarda Naruto en espérant ne pas être trop désabusée. Il se moquait une énième fois de ses goûts de « New-yorkaise » et cette fois, elle lui répondit avec un peu plus de détail.

— Ça n'a rien à voir avec ça, je te le répète. C'est pas parce qu'il y a un bâtiment en brique que ça fait new-yorkais. Et puis, des goûts de new-yorkais, ça ne veut rien dire.
— Les briques rouges, t'es sûre ? C'est pas le cliché de base de ceux qui veulent un style new-yorkais ?

Il lui montra les photos qu'elle lui arracha des mains.

— Sûre et certaine. C'est le bâtiment, sa taille et sa localisation qui me plaisent. Mais je te l'ai assez dit comme ça. Et puis, même si…
— C'est vert.

Elle se concentra à nouveau sur la route.

— Même si c'était le cas, où est le problème ? T'aimes pas New York ?
— Mais si, je t'embête.

Elle soupira fortement alors qu'il ricanait, apparemment fier de lui.

— Bref. Quand on arrivera là-bas, je dirai aux enfants que tu es…
— Ton assistant ?
— Non, t'es pas capable de faire de belles pointes.
— C'est pas sympa, t'en sais rien.
— Oui, oui, t'apprendras de toute façon.

Elle savait pertinemment qu'il n'était pas la grâce incarnée. Mais elle aurait peut-être dû lui laisser le rôle d'assistant. Avec celui d'élève, elle craignait qu'il ne se comporte comme un enfant. Si ses peurs s'avéraient fondées, Sasuke le regretterait ce soir.

Ils arrivèrent bientôt. Elle fut à peine sortie de sa citadine qu'on les accueillait déjà. Sakura essaya de ne pas rire en voyant la sidération de Naruto. Il découvrait que le code vestimentaire des Sœurs religieuses frôlait l'hérésie. Leur longue robe d'un bleu ardoise qui semblait délavé ne réussissait pas à les enlaidir, elle suivait leur courbe et offrait à voir leur cou dégagé et presque l'orée de leur poitrine. Naruto avait certainement remarqué ce détail avant elle aujourd'hui. Si elle riait de son expression au départ, elle serait bientôt exaspéré par son ami qui ne se privait pas d'apprécier la vue. Elle passa entre lui et les deux Sœurs venues les accueillir en l'éloignant d'un coup de coude qu'elle souhaita discret, sans succès. Naruto ricana avant de pencher sa tête vers elle pour lui chuchoter :

— Mais c'est une blague, hein ? On se croirait dans une parodie, ou un vieux film…
— C'est bon, j'ai compris, l'interrompit-elle sèchement alors qu'il souriait à pleine dent.

Il se tordit de rire quand il aperçut le père des lieux, l'étrange révérend Jiraya, surprenant plus ou moins tout le monde sauf elle qui entendait sa voix aigüe répéter :

— Une blague… mais c'est une blague.

Le révérend haussait un sourcil mais ne semblait pas vraiment se soucier de l'hilarité de son ami, du moins au début. Après une rapide vérification de programme et de quelques informations, il s'intéressa à Naruto qui reprenait son souffle. Quand ils arrivèrent dans la salle où elle donnerait les cours, son ami et le révérend échangeaient déjà comme de vieux amis. Elle ne savait pas ce qu'ils pouvaient se dire et préféra les ignorer pour écouter la Sœur blonde, Sœur Anne, lui décrire les installations de la salle.

Ils avaient vidé une des pièces qui leur servaient de débarras et avaient été capable de récupérer de vieux miroirs à pied pour les mettre contre un des murs gris.

— Nous n'avons pas pu trouver de quoi imiter la barre de danse malheureusement.

Elle assura à Sœur Anne qu'elle n'aurait besoin de plus, si ce n'est des élèves. Ces derniers arrivèrent peu après, la plupart excités. Il y avait bien sûr Naomi, la petite fille qu'elle avait ramenée à l'orphelinat une fois, et neuf autres enfants dont seulement deux garçons, tous entre 5 et 8 ans. Elle se présenta, fit briller des étoiles dans les yeux de deux trois des gamines, puis elle présenta Naruto comme son assistant, ironie qui le fit bien sourire.

Un nombre impressionnant d'illusions qu'elle ne soupçonnait pas s'écroulèrent en moins d'une heure. Les voix d'enfants n'étaient pas douces, elle étaient hystériques. Leur concentration était loin de durer une vingtaine de minutes, c'était à peine si elle arrivait à garder leur attention cinq minutes ! Naruto s'en sortait mieux qu'elle !

Elle dut lui faire exécuter chacun des mouvements pour que toute la petite classe la suive après avoir rigolé de la performance du blond. Il devait au départ simplement passer les musiques et attendre dans un coin, mais sa présence s'était révélée nécessaire. Honnêtement, elle ne pensait pas qu'elle aurait pu tenir l'heure entière sans lui. Les deux garçons et une fille, tous trois sept ans, n'avaient cessé de faire les pitres.

« Takeshi, je t'ai demandé d'imaginer former un arc, pas d'imiter un archer ! » « Eiji et Momoko, arrêtez de faire les grenouilles »

Sans Naruto, elle aurait certainement appelé Sœur Anne pour les faire jouer ailleurs. Elle avait certes réussit à ne pas céder à la colère et leur faire vingt pourcent de ce qu'elle avait prévu, mais elle accueillait la fin du cours avec félicité. Elle se demandait comment deux femmes et un homme pouvait gérer quatorze enfants de moins de dix ans. S'ils étaient comme Naomi, elle ne se poserait pas la question. La petite avait été la seule à l'écouter tout au long, à faire de son mieux. Sakura reviendrait lui donner des cours avec beaucoup de plaisir.

Naomi lui permettrait de maintenir ces cours bénévoles dont elle avait discuté avec son agent. Shikamaru l'aurait obligée à revenir d'une manière ou d'une autre sinon.

Sakura fit part d'un bilan du cours au révérend qui fut bien amusé et peu étonné que Naruto ait eu autant de succès avec les enfants. Elle eut même l'impression qu'il encourageait davantage Naruto à revenir plutôt qu'elle. Elle n'allait pas se mentir, ça la vexait, juste un peu. Sa frustration n'échappa pas à Naruto qui la nargua dès le portail de l'orphelinat franchit.

— Alors, comment s'en est sorti ton assistant qui ne savait pas faire de belles pointes ?

Elle voulut l'ignorer mais c'était mal le connaître. Il répéta la même question avec une voix qui devenait progressivement agaçante.

— Tu ne pourrais pas au moins attendre qu'on arrive à la voiture pour te vanter ?
— Je me vante pas, je te demande juste ton avis.
— C'est ça.

Elle essaya de ne pas jeter son sac sur la banquette arrière, elle ne voulait pas lui montrer qu'elle était atteinte. Il était déjà suffisamment au courant.

— Je te dépose chez toi ?
— J'ai laissé ma voiture chez vous.
— Ah oui. J'imagine que tu dîneras aussi avec nous, alor, conclut-elle tout en démarrant.
— Ça te dérange ?

L'inquiétude dans la voix de Naruto la surprit. Elle tourna brusquement la tête vers lui avant de revenir sur la route pour éviter de cogner la voiture stationnée devant la sienne.

— Non, ce n'est pas la première fois que tu passes ton samedi avec nous, Naruto. Pourquoi ça nous dérangerait ?
— T'es sûre ? Parce que, je sais pas, peut-être que vous avez envie de passer du temps ensemble, juste toi et Sasuke.
— On le fait dès qu'on en a envie, ne t'inquiète pas pour nous.

Du coin de l'œil, elle regarda à nouveau son ami. Qu'est-ce qui lui prenait soudainement à être ainsi embarrassé ?

— Ok. J'ai pas envie de m'imposer, c'est tout. Enfin, c'est parfait ! Itachi et Konan seront là ?
— Je crois, sauf s'ils décident de s'arrêter au resto.

Le reste du voyage, Naruto n'apparut plus gêné. Il resta fidèle à lui-même et passa le trajet à la taquiner sur sa gestion du cours. Bien sûr, elle ne se laissa pas faire, trop fière et surtout, répondant toujours aux provocations de Naruto. Il faillit l'emporter quand son regard tomba sur un passant dont l'allure lui disait vaguement quelque chose.

— En tout cas, pour une retraitée, t'as su gardé la forme !
— Je te rappelle qu'on a le même âge !
— C'est parce que t'as le même comportement qu'une vieille parfois. J'oublie que t'es pas si âgée que ça, osait-il dire en rigolant.
— Et toi, t'as le même âge mental que celui de ces gamins de l'orphelinat.
— J'ai trouvé que Takashi était plutôt mature pour son âge.

Il l'exaspérait, Takeshi avait été le plus agité des trois !

— Tu dis ça parce que t'étais pire que lui à son âge, hein.
— Sakura ! Devant !

L'urgence dans la voix de Naruto la fit freiner juste à temps et ainsi éviter que l'abruti qui avait décidé de traverser au vert ne passe sous ses roues. Elle le dévisagea et l'insulta quand il passa devant son capot. Elle reconnut ce passant à son sweet, elle l'avait aperçu juste avant, sur le trottoir. Elle le trouvait toujours familier malgré sa capuche rabattue sur sa tête.

— Mais quel idiot ! Et prend ton temps surtout !

Il dut l'entendre puisqu'il tourna sa tête vers eux. Sakura ne put décider si c'était la lumière aveuglante de ses phares qui rendait le visage du passant aussi effrayant. Ses yeux ressemblaient au feu de circulation, rond et brillant de vert vif, cernés d'un noir maladif. Elle ne vit plus que sa capuche noire.

— Il était un peu flippant, commenta Naruto.

Elle était totalement d'accord, son regard aurait pu vous paralyser par l'absence de vie qui s'y trouvait. Il se grava dans son esprit et elle fut incapable de se souvenir d'autres caractéristiques du passant, si ce n'est son sweat noir.

— Ouais, approuva-t-elle avant de redémarrer.

Elle s'agaça de l'étrange individu familier encore un instant mais la fin du trajet se déroula sans incident, elle réussit même à rire de son cours de danse avec Naruto. Elle n'oublia cependant pas son comportement étrange plus tôt, cette sorte de manque de confiance en soi, d'insécurité dont il avait fait preuve. Elle se trompait peut-être.

Itachi et Konan étaient en train de prendre un thé quand ils arrivèrent. Le dîner ne risquant pas d'être servi avant une heure ou deux, Sakura les rejoignit avec Naruto. Elle passa sa fin d'après-midi à contredire Naruto qui faisait d'elle un parfait tyran. Sasuke arriva juste avant que le dîner ne soit servi. La comédie se répéta à nouveau avant qu'ils ne parlent tous d'affaires.

Aux alentours de vingt-trois heures, Sakura était prête pour se coucher. Sasuke l'attendait dans leur lit depuis presque une demi-heure, le temps qu'elle prenne sa douche. Il ferma le roman qu'il lisait quand elle se glissa en-dessous des couvertures pour la prendre dans ses bras. Comme d'habitude, après une après-midi à se dépenser à la salle, il restait torse nu. Elle pouvait donc apprécier ses pectoraux sculptés à souhait en se blottissant contre eux.

— Je t'ai manqué ? lui murmura-t-il à l'oreille tout en passant ses doigts chauds dans ses cheveux.

Si certains pouvaient douter qu'ils soient en couple tant Sasuke manquait de tendres attentions envers elle, leurs doutes se dissiperaient en les voyant dans l'intimité. Quand elle était seule avec lui, il se transformait en une créature affectueuse qui ne rechignait pas sur les caresses et autres cajoleries. À dire vrai, Sakura adorait ce comportement biface. Elle se sentait plus unique que jamais.

— Moui, minauda-t-elle. Il me manquait mon admirateur secret préféré au ballet.

Sasuke la gratifia de quelques baisers qui l'échauffèrent davantage, puis il lui demanda comment s'était passé son cours.

— Ce n'était pas aussi facile que je le croyais, mais ça s'est plutôt bien passé. J'ai reçu un message d'une des Sœurs qui m'a dit à quel point les enfants étaient enthousiastes à l'idée du prochain cours.
— Superbe, t'as assuré. Naruto ne t'as pas trop embêté ?
— Tu vas être surpris mais non. En fait, il m'a bien aidée au contraire. J'aurais pu abandonner le cours s'il n'avait pas su captiver l'attention des enfants.
— Normal, c'en est un.
— N'est-ce pas ? appuya-t-elle en pouffant. Tu devrais le lui dire, il te croira peut-être plus que moi.

Ses yeux levés au plafond montraient qu'il n'était pas du même avis qu'elle. Elle lui embrassa le bout du nez en lui souhaitant une bonne nuit puis se plaça dans une position plus confortable, prête à accueillir le sommeil.

— Tu sais, je pense que Naruto en a conscience.

Le silence qui lui répondit indiquait qu'il attendait son développement.

— Je crois qu'il se sent un peu seul, et qu'en même temps, il craint d'être de trop entre nous.
— T'es en train de me dire qu'on doit trouver quelqu'un à Naruto et qu'il arrêtera ses gamineries ?
— Mais non, c'est juste qu'on a toujours été tous les trois ensemble. On était le trio d'inséparables, enfin, avant que je m'en aille à New-York. Et maintenant, on est marié. J'ai parfois l'impression que Naruto ressent une sorte d'insécurité, un malaise.
— Un malaise ? Si quelqu'un en ressent, c'est moi aux bureaux.

Il semblerait que Sasuke ne voyait pas les mêmes choses qu'elle.

— Parce qu'on ne passe plus autant de temps ensemble ? demanda-il, perplexe. Je dirais que c'est le contraire depuis qu'on est marié.
— Non. En fait… je ne sais pas vraiment. Bref, je dois me faire des idées. Tu dois avoir raison, il faut juste qu'on lui trouve une copine.

Elle avait abandonné sa tentative d'explication.

Sasuke ne comprenait pas ce qu'elle voulait dire. Il n'avait même pas remarqué de signes, les malaises de Naruto. Peut-être parce que cela se produisait uniquement quand ils étaient tous les deux ? Ce devait être ça. Naruto s'était aussi montré un peu embarrassé lorsqu'elle l'avait rejoint seule au cours de salsa, Sasuke ayant décliné l'invitation.

Ce serait une question à creuser, mais plus tard. Les bras confortables de son mari l'incitaient à rejoindre le sommeil après quelques tendresses qui restèrent brièvement sages. Bientôt, leur chambre conjugale résonnait de brûlants soupirs et de gémissements exaltés. Les deux prirent du retard pour le pays des songes.

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