Dimanche 7 juillet

– Habille-toi, aller ! râla Mina.

Eijiro marmonna avant de se tourner dans le lit, les draps s'enroulèrent autour de ses hanches tandis qu'une de ses jambes pendait paresseusement hors du lit.

Elle l'observa longuement. Ce dernier, sur le ventre, continuait de marmonner alors qu'il se frottait les yeux. Ils avaient passé une nuit formidable et rien qu'à cette pensée, elle rougit. Cependant, elle avait prévu que ses amies viennent déjeuner avec elle pour midi, et il était déjà plus de onze heures.

Elle grimaça, Eijiro lui avait dit qu'il se lèverait pendant qu'elle prendrait sa douche, et il n'en avait rien fait !

– C'est pas drôle, je te préviens, je ne te donne rien à manger pour la peine ! lança-t-elle pour le faire réagir.

Certes, il n'était pas un estomac sur patte, mais il avait quand même un bon coup de fourchette.

À la menace, il se redressa vivement et l'attrapa pour la trainer sur le lit.

– Tant pis, c'est toi que je mangerais alors, sourit-il.

Taquin, il lui mordilla l'épaule alors qu'elle se débattait mollement.

– T'es pas drôle ! Mes amies débarques pour midi !

Il arrêta ses papouilles et devint un peu plus sérieux.

– Si tu m'assumes pas, tu peux le dire clairement… bouda-t-il.

Elle soupira, se décala et le regarda dans les yeux. Une main contre sa joue, elle eut un sourire maladroit avant de répondre :

– Bien sûr que non, c'est pas ça le problème, c'est juste que j'ai peur et que j'ai pas envie qu'elle se moque de moi, elles vont pas se gêner si elle voit ça, crois-moi !

– C'est ce qu'on appelle rendre la monnaie de sa pièce à quelqu'un, rit-il en enfouissant sa tête dans sa gorge.

– Ca veut dire quoi, ça ?

– Que tu les cherches alors on ne peut pas les blâmer de te rendre la pareille.

Les joues gonflées, Mina fit mine d'être fâché, sans succès. Comment pourrait-elle l'être face à un homme pareil, pensa-t-elle alors qu'il l'observait, les yeux remplis d'amour.

Eijiro lui fit un rapide baiser avant de la pousser délicatement et se lever.

– Bon, j'ai compris, je vais me doucher, mais j'ai au moins besoin d'un café ! lâcha-t-il en se dirigeant vers la douche, nu comme un vers.

En admiration devant son corps, surtout son dos et ses fesses, en fait, Mina ne répondit pas jusqu'à ce qu'il disparaisse dans la salle de bain. Cet homme était un pur appel à la luxure avec ce corps d'Apollon !

Elle se leva à son tour et alla jusqu'à la cuisine. Elle prépara quelques tartines de confiture, ce n'était certainement pas assez virile pour Eijiro, mais c'est tout ce qu'elle avait sous la main.

Elle alluma la télévision sur les chaines d'informations, histoire d'être au courant des dernières nouvelles. Elle lisait souvent les journaux via son téléphone le matin, mais aujourd'hui, elle n'en avait pas envie.

La plupart des propos au sujet du pays étaient récurrents et la seule nouvelle sur l'extérieur qui valait le coup était l'approche imminente de la fin de la guerre. Bien que ça, elle le savait déjà même si sa source n'avait pas affirmé la sûreté de ces propos.

Eijiro la rejoint rapidement et engloutit ses tartines avant son café. Elle le regarda faire, mi-attendrie, mi-désespérée.

– Tu as des choses à faire, aujourd'hui ? demanda-t-elle.

Ils étaient restés ensemble depuis vendredi soir en totale improvisation, bien qu'elle est rarement quelque chose à faire le week-end à part chercher des scoops, ce n'était peut-être pas le cas de son nouveau petit-ami.

– Pas spécialement, mais j'vais essayer de contacter les gars pour faire une virée ce soir, puisque j'ai annulé celle d'hier.

– Si tu avais quelque chose de prévu, tu aurais dû me le dire !

– Pour me faire jeter dehors plutôt que profiter de ce corps magnifique et vérifier si t'as vraiment un sale caractère ? Certainement pas ! rit-il.

– J'ai un très bon caractère ! rétorqua-t-elle du taco-tac, puérilement.

Il se leva et posa sa tasse dans l'évier pendant qu'elle l'observait.

– Je n'irais pas jusque là, mais il me plaît bien, c'est certain, enfin, si on oublie que je me fais mettre à la porte un dimanche matin.

– Midi.

– Joues pas sur les mots, dans tous les cas c'est cruel, maugréa-t-il.

Il n'avait pas tort, et si elle s'écoutait, Mina aurait annulé son repas et son après-midi avec les filles, mais c'était hors de question ! Elle avait des choses à savoir et cela faisait trop longtemps qu'elles ne s'étaient pas vues toutes ensemble.

Elle entoura sa taille de ses bras et lui fit un doux sourire, espiègle :

– Tu étais là quand j'ai prévu ce moment, donc tu le savais.

– Ca change rien au fait que ce soit cruel.

– Tu veux vraiment te retrouver au milieu de femme jacassant sur tout et n'importe quoi, mais surtout sur n'importe qui ?

Eijiro fit mine de réfléchir avant de renoncer.

– T'as raison, je supporterai pas ça une après-midi entière, surtout si je ne connais pas toutes les personnes.

Ils restèrent entrelacés pendant quelques minutes, perdus dans leur bulle jusqu'à ce que la sonnette retentisse.

Mina sursauta. L'horloge indiquait onze heures trente, elles étaient en avance. Elle aurait dû s'en douter et pourtant, cela lui faisait mal de devoir se séparer de lui.

– Je vais chercher mes affaires pendant que tu réponds.

Ils se détachèrent à contrecœur.

– Mina j'écoute ! lança-t-elle en appuyant sur l'interrupteur.

– Si tu n'ouvres pas rapidement, je mange la glace qui est déjà en train de fondre, répondit vivement Ochaco.

– Bonjour à toi aussi !

Mina, habitant au dernier étage d'un immeuble, actionna l'ouverture du hall depuis son salon.

Eijiro revint à ce moment-là et alla jusqu'à l'entrée. Arrivé à cette dernière, Eijiro posa son sac et la prit dans ses bras. L'embrassant délicatement, il fit durer l'instant jusqu'à ce qu'ils se retrouvent à bout de souffle, front contre front.

Un grand sourire aux lèvres, Mina s'exclama :

– Eh bien, je te manque déjà on dirait !

– T'imagine même pas à quel point.

On toqua à la porte.

– Bien, je crois que c'est terminé pour ce week-end, soupira-t-il.

Mina se décala avec un air désolé. Il reprit son sac et ouvrit la porte.

Ochaco, Kyoka et Tsuyu l'observèrent avant de dériver leur regard sur Mina. Le sourire qui apparut sur leur visage ne lui dit rien de bon.

– Bonjour mesdemoiselles ! Et au revoir par la même occasion… lança Eijiro, un sourire peiné.

– Oh, tu ne restes pas ? demanda Ochaco, c'est dommage !

Intérieurement, Mina pria pour qu'il ne réponde pas de connerie.

– Non, j'ai des choses à faire, et puis, Mina avait hâte de toutes vous voir, je ne voudrais pas la distraire pendant que vous êtes là !

Elle détestait autant qu'elle adorait cet homme. Les femmes présentes rirent à sa plaisanterie et le laissèrent passer.

– Bon après-midi ! émit-il en rentrant dans l'ascenseur, avec un clin d'œil en direction de Mina.

Qu'elle ne lui rendit pas, mécontente de sa bêtise.

– Tu comptes nous laisser sur le paillasson ? interrogea Tsuyu.

– Bien sûr que non, entrez !

Ochaco lui donna son sac de course, qu'elle se dépêcha de mettre au frais.

– Je suis désolée, je n'ai pas eu le temps de commencer à cuisiner donc j'ai pensé nous faire livrer des sushis, au moins, ce sera frais, surtout avec cette chaleur… Qu'est-ce que je vous sers à boire, en attendant ?

– Un sirop ira bien, répondirent-elles en chœur.

Elles s'installèrent dans le salon, confortablement disposé avec un canapé, un fauteuil et un pouf autour d'une table basse.

– En tout cas, tu nous avais caché ton bel Apollon ! C'est du sérieux, finalement, ça ne fait pas bizarre de ne pas pouvoir prendre tout le lit ? rit Kyoka.

Intérieurement, Mina eut envie de mourir.

– Figure toi que je n'ai pas vraiment eu à me poser la question cette nuit, et non, je ne te donnerai pas de détails, rétorqua-t-elle.

– Je n'en veux pas ! rougit Kyoka.

Le sourire victorieux, Mina déposa leur boisson avec un regard en coin spécialement pour son amie barmaid.

– Moi par contre, je veux bien des détails concernant ton cher ami Denki, je suis sûre que tu as plein de choses à nous raconter.

Ochaco et Tsuyu l'observèrent à leur tour, curieuses.

– Je-je-je vois pas du tout de quoi tu parles ! bégaya-t-elle tant bien que mal.

– Oh, alors vous vous êtes vraiment arrêté au stade du baiser pour le moment ?

– Mais ça ne te regarde pas et comment tu pourrais savoir ça ? s'écria Kyoka.

– Tes employés vous ont vu dans la réserve, déclara Mina sans une once de gêne.

Le visage déjà rouge, Kyoka tourna à la couleur du coquelicot jusqu'aux oreilles et s'enfouit le visage entre les mains. Ses employés allaient lui payer ça !

– Mina, tu n'es pas gentille avec elle, laisse-là tranquille… lâcha Tsuyu avant de lui agiter sa main gauche sous le nez et d'ajouter : J'ai quelque chose à vous annoncer, même si vous avez déjà sûrement compris.

– Quand est-ce qu'il t'a demandé ?!

– Vendredi soir.

– Oh, raconte-lui comment, Tsuyu, c'était tellement adorable ! lança Ochaco, heureuse.

Tout ouïe, Mina attendit, pendu à la bouche de son amie.

– Il n'y a rien de bien extraordinaire, sourit-elle, mais c'est vrai qu'il a été très chou… Nous sommes allés au restaurant, quand on en est sorti, il avait envie de marcher un peu alors nous avons divagué dans les rues un moment et on s'est égaré… Quand je lui ai fait la remarque, il m'a dit qu'avec moi, il ne serait jamais perdu et qu'il espérait bien que je ne le sois plus non plus désormais avant de s'agenouiller et de me demander ma main.

Elle garda le regard fixé sur sa bague. Leur rencontre était due à son égarement lors de son arrivée en ville, le fait qu'il lui sous-entende lors de sa demande l'avait touché plus qu'elle ne voulait l'admettre.

Mina siffla.

– Eh bien, je ne pensais pas Fumikage aussi… romantique.

– Il est très doué pour la poésie, même s'il n'avouera jamais ça à personne, répondit Tsuyu.

Ochaco les regarda, une pointe dans le cœur. Si seulement elle pouvait revenir à ces instants, elle aussi.

– Ochaco, tu as le regard dans le vide, lui fit remarquer Kyoka.

À son prénom, elle releva la tête, mal à l'aise.

– Oh, désolé, je pensais à, euh, rien du tout.

Elles la regardèrent, peinées.

– On sait très bien que c'est faux et à quoi tu pensais, rétorqua Mina.

– Je vois pas comment.

– On parle d'idylle naissante et de mariage sous ton nez alors que ton mec est revenu depuis quinze jours, comment tu pourrais ne pas penser à ça ? lâcha-t-elle.

Vexée, Ochaco ne répondit pas.

– Tu l'as vraiment pas revu depuis qu'il est rentré ? demanda Kyoka, innocemment.

– Non, et je ne compte pas le faire ! C'est un abruti. Je ne vois pas pourquoi je perdrais mon temps avec… Avec ça.

Tsuyu hésita, avant de se lancer :

– Tu es rude avec lui, tu ne sais pas non plus ce qu'il a traversé, ni comment il a vécu les choses, n'est-ce pas ? Alors comment peux-tu être si catégorique ?

Ochaco pesta intérieurement. Cette journée devait être génial, elle s'était réveillée grâce aux oiseaux, elle avait bien dormi, son petit-déjeuner avait été bon et elle avait même pu marcher un peu avant de rejoindre Tsuyu pour venir ici alors pourquoi devrait-elle se pencher sur ses problèmes. Les ignorer, ça lui convenait très bien.

– Pourquoi je devrais parler de ça ? demanda-t-elle tout de même.

– Je n'ai pas envie de t'y obliger, mais je pense que tu devrais quand même lui parler… Après tout, ça fait plusieurs fois qu'il essaie de te voir et que tu l'ignores.

– Comment ça, il essaie de venir et tu le remballes ? s'exclama Mina.

Ochaco fit la moue et fusilla son amie du regard.

– C'est pas volontaire, disons que je sais pas quoi lui dire et puis, il est pas venu si souvent !

– Eh bien, il y a déjà les trois fois où tu n'étais pas présente, dont l'une où je t'ai croisé avec Aiko, plus les deux où tu l'as ignoré, ce n'est pas si mal en une quinzaine de jours, remarqua Tsuyu.

Surprise, Ochaco bafouilla :

– J'étais pas au courant pour ça… C'est pas comme si je pouvais le savoir si on ne me le dit pas.

– Tu l'aurais su si tu lui avais ouvert ta porte, rétorqua Mina, je suis d'accord que c'est un abruti, mais il essaie vraiment de faire un effort apparemment !

– Les filles, vous êtes durs, vous aussi… lança Kyoka pour apaiser l'ambiance, Ochaco a le droit d'être en colère, après tout.

À son commentaire, Tsuyu baissa les yeux. Elle ne voulait pas se montrer méchante, mais elle espérait sincèrement que la situation d'Ochaco s'améliore, elle ne pouvait pas rester comme ça toute sa vie, après tout.

– JE SAIS ! s'écria Mina tout en se tournant vers Ochaco, elle ajouta : Il faudrait juste que tu te défoules sur lui ! Ou sur quelqu'un d'autre en fait ! Après tout, si t'es énervé, le mieux c'est de hurler ou de se dépenser !

– Mina, mon bras n'est pas complètement rétabli… Et même si j'arrive à porter des charges, je ne retrouverai probablement pas toute ma dextérité. Même si je peux encore serrer le poing et m'en servir, j'ai arrêté les arts martiaux.

– Sinon, tu peux essayé de juste lui hurler dessus, ça défoule bien aussi et ça fait peur, lança Kyoka avec un sourire.

– Comme si j'en étais capable… Bien que ça serait peut-être le mieux que j'aurais à faire face à lui.

– Je peux t'aider à t'entrainer pour garder une voix solide malgré ça, rit son amie.

– Mina, tu fais peur à sourire comme ça, lâcha Tsuyu.

– Oh, désolé, je viens de penser à quelque chose ! Et sinon, comment va ce cher Izuku ? Je ne l'ai pas croisé depuis un bail, lança Mina.

Ochaco soupira intérieurement, contente de pouvoir changer de sujet. Bien qu'elle n'était pas certaine que celui-ci soit mieux.

– Je ne l'ai pas vu depuis presque une semaine et j'ai à peine eu trois messages, pesta-t-elle, je crois qu'il me cache quelque chose ou du moins, qu'il ne veut pas m'en parler.

Elle prit son menton entre ses doigts avant d'ajouter :

– Et ça, depuis qu'on est allés chez Shôtô, j'ai l'impression.

De nouveaux ragots, pensa Mina, elle ne put s'empêcher de sauter sur l'occasion :

– Alors comme ça, vous êtes proche à ce point ? Raconte-nous tout !

Souriante, bien qu'un peu désemparée, Ochaco lui sourit. C'est ce qu'elle espérait de son après-midi entre filles, le cœur plus léger, elle entama le récit de son week-end passé.