Chapitre 23 : Le revers de la citrouille


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Dans la bibliothèque, une ambiance plus studieuse que d'habitude régnait. En ce milieu du mois de mai, et malgré un soleil resplendissant qui réchauffait les murs de pierre du château, un grand nombre d'élèves semblait avoir trouvé refuge dans l'antre de Madame Pince. Tous étaient venus pour réviser les différents examens qui les attendaient et qui, cette année, arrivaient encore plus tôt que prévu en raison de la dernière tâche du tournoi. Au milieu des centaines de livres de la pièce, on aurait pu entendre une mouche voler.

C'est pourquoi le petit cri survenant d'une table au fond à gauche de la bibliothèque fut d'autant plus surprenant. L'auteur de ce bruit impromptu n'était autre que Maureen Doors. La jeune fille n'avait pu se retenir de faire exploser sa joie face à la découverte qu'elle venait de faire. Depuis plus d'un mois de recherche, elle venait enfin de trouver le sort qui manquait à l'exécution de son plan.

Voyant qu'une grande partie de la salle avait la tête tournée vers elle, l'adolescente fit un petit signe d'excuse puis replongea le nez dans son livre, les joues légèrement rosées. Elle ne put cependant pas enlever le petit sourire qui flottait sur son visage. Enfin, son plan était au point, en théorie tout du moins. La mise en pratique ne serait sûrement pas une longue croisière tranquille, et il lui faudrait un certain temps pour réunir et maîtriser tous les éléments nécessaires à son plan. Or, depuis quelques semaines, le temps était une denrée dont elle manquait cruellement.

En effet, jamais depuis qu'elle était arrivée à l'école de sorcellerie, les cours ne lui avait paru si compliqués et si denses. A l'approche des examens, les professeurs mettaient les bouchées doubles pour finir le programme, et semblaient ne plus avoir que le mot révision à la bouche. La brune n'en pouvait plus d'entendre McGonagall leur répéter à chaque cours comment métamorphoser un bout de bois en cadre, en gobelet, ou encore en tabouret.

Même une fois les cours finis, la jeune fille ne pouvait pas se poser seule. Estelle avait prévu un programme de révision complet pour les cinq françaises, afin d'être sûre qu'aucune d'entre elles ne se retrouve à devoir recommencer leur quatrième année. Le rythme qu'imposait la Serdaigle était infernal, et dans ces moments-là, Maureen comprenait Neville et Ron lorsqu'ils se retrouvaient face à Hermione. Être ami avec un premier de la classe n'était pas toujours de tout repos.

Si elle était complètement honnête, Maureen savait très bien que si Estelle leur avait prévu un planning de révision aussi intense et organisé c'est parce que les examens n'étaient pas la seule chose sur laquelle les jeunes filles devaient se concentrer. Avec la troisième tâche qui se rapprochait de semaines en semaines, et avec elle leur dernière chance d'empêcher le retour tragique du Seigneur des Ténèbres, les jeunes filles se retrouvaient avec une pression supplémentaire sur les épaules.

Grâce aux Maraudeurs, elles avaient pu compléter leur transformation en animagus, mais il leur fallait désormais un travail quotidien pour être sûr de pouvoir maîtriser complètement leur métamorphose. Après un mois d'entraînement, elles étaient maintenant toutes capables de se transformer à la demande. La fusion avec leurs animaux respectifs devenait plus forte que jamais, à tel point que parfois, même sous leur forme humaine, Maureen pouvait deviner les animaux qui sommeillaient en chacune des françaises.

Depuis sa transformation en aigle, Estelle ne lui avait jamais paru tant avide d'indépendance et de liberté, ce qui donnait lieu à des prises de bec fréquentes entre Drago et la jeune fille. Julia, quant à elle, semblait encore plus rusée qu'auparavant. Le renard sommeillant en elle lui permettait de se sortir de toutes les situations délicates avec brio. Maureen se souvenait du matin où, en plein cours de sortilèges, la jeune fille avait réussi à se glisser dans la salle de classe avec près d'une demie heure de retard sans que le professeur Flitwick ne trouve rien à redire. Cependant celle qui l'impressionnait le plus restait Ophélie qui semblait littéralement glisser sur le sol à chacun de ses déplacements, et dont les remarques se faisaient plus sifflantes, honorant le serpent qui dormait en elle.

Elle-même sentait un lien particulier se créer entre le loup de Remus et le sien. Ce lien qui se manifestait particulièrement aux heures de repas lorsque les deux se retrouvaient devant une grande pièce de boeuf. Quant à Jessica, Maureen retint un rire : non, la petite rousse était toujours aussi empotée qu'à son habitude mais cela correspondait tellement bien à son animal qu'elle ne savait pas si cela était lié ou non.

Perdue dans ses pensées, la jeune fille n'avait pas vu le temps passer et un coup d'oeil à sa montre failli lui faire pousser un nouveau cri dans la bibliothèque, mais de mécontentement cette fois-ci. Elle devait rejoindre les filles pour rendre visite à Hagrid et elle avait déjà plus d'un quart d'heure de retard. Elle commença à ranger rapidement ses affaires puis se dirigea vers le parc. En apercevant la cabane d'Hagrid au loin et le potager que celui-ci entretenait régulièrement, ses yeux se posèrent sur les citrouilles qui poussaient et de nouveau un petit sourire vint se loger sur ses lèvres : tout ne serait peut-être pas aussi compliqué que prévu, elle savait déjà où trouver le premier élément pour la mise en place de son plan.

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Les bras croisés sur la poitrine et le pied tapant le sol, telle la patte du lapin blanc dans Alice au pays des merveilles, Estelle fulminait. Alors qu'un cinquante et unième soupir traversait ses lèvres, la jeune Serdaigle explosa.

- Par Merlin ! Je vais finir par la métamorphoser en montre si ça continue.

- Calm down, souffla Ophélie adossée contre l'énorme arbre qui faisait face au lac. Tu sais très bien que Maureen est dans la lune ces derniers temps. C'est pas la première fois qu'elle nous fait le coup. Allez, laisse couler.

- Elle a près d'une demi-heure de retard ! s'exclama Estelle revêche.

- Mais pourquoi on s'obstine à l'attendre ? ronchonna Julia assise à même le sol, arrachant les pousses d'herbes environnantes. On peut très bien rendre visite à Hagrid sans elle.

- Mais bien sûr, ironisa Ophélie, mis à part Maureen, aucune d'entre nous n'a jamais mis un pied chez Hagrid avant aujourd'hui, et comme par hasard on décide de lui faire une petite visite de courtoisie toutes les quatre sans elle ? Ouais autant se faire tatouer « troisième tâche » directement sur le front, c'est pareil.

Julia comprenait ce que son amie voulait dire. Son raisonnement était somme toute logique. Mais ce genre de rationalité pouvait s'appliquer à n'importe qui, sauf à Rubeus Hagrid. Le caractère du garde-chasse semblait avoir été épargné par le cruel filtre des réalités, le rendant imperméable aux sarcasmes que la vie pouvait offrir.

- Mais… c'est Hagrid, furent les seuls mots que Julia trouva à dire pour résumer sa longue pensée.

Mais aucune de ses trois amies n'eut le temps de répondre à sa réplique, Maureen arrivait dans leur direction au pas de course.

- Mais enfin où étais-tu passée ? l'admonesta Estelle lorsque la Poufsouffle fut enfin arrivée à leur hauteur.

Occultant volontairement la question de son amie Maureen répliqua.

- Et vous ? Pourquoi vous m'avez attendue pour y aller ? J'aurais pu vous rejoindre là-bas

- T'es un peu notre passeport en termes de crédibilité lorsqu'il est question de rendre visite à Hagrid, répondit Ophélie.

La Poufsouffle s'apprêtait à répondre lorsqu'elle croisa le regard furibond de Estelle.

- Et si nous y allions ? finit par intervenir Jessica, tuant dans l'oeuf la querelle qui pointait le bout de son nez.

Sans un mot, Maureen prit la tête du petit groupe et les cinq jeunes filles rejoignirent l'orée de la forêt interdite, là où se trouvait la cabane du garde-chasse.

Fidèle aux descriptions faites dans le livre, l'immense chaumière de bois se trouvait à la lisière même de la forêt. La mythique arbalète de Hagrid trônait fièrement près de la porte, près d'une gigantesque paire de bottes. En bas du petit escalier, près de l'entrée du potager, on pouvait apercevoir Crockdur qui mâchouillait l'os d'une créature dont la race restait indéterminée. Il ne manquait que la bande son, (Soundtrack 07) A Window to the Past, et les jeunes filles pouvaient sans grand mal s'imaginer vivre la troisième année de Harry Potter et le Prisonnier d'Azkaban.

- Merci Merlin, Hagrid n'est pas de sorti, souffla Estelle, lorsqu'elle aperçut les volutes de fumées s'échapper de la cheminée du logis.

Quelle ne fut pas la surprise du demi géant, lorsqu'il vit apparaître sur son palier le Club des Cinq au grand complet. Il avait l'habitude des fréquentes visites de Maureen (son élève préférée), mais jamais elle n'était venue accompagnée de ses amies. Par chance Hagrid adorait recevoir, et c'est le plus naturellement du monde que les cinq réunionnaises se trouvèrent attablées à l'immense table de bois qui trônait au milieu de l'unique pièce composant l'habitat.

Alors que Hagrid leur servait le thé dans ses tasses aux allures de seaux, Julia en profita pour observer plus en détail l'intérieur de la cabane. Comme elle s'y attendait, dans un coin se trouvait un massif lit recouvert d'un patchwork dans les tons automnaux. Près du feu, qui se trouvait face à elles, s'imposait une armoire grossièrement taillée dans un tronc. Elle portait sur ses étagères l'entièreté de la vaisselle des lieux. Enfin Julia découvrit, en levant les yeux, les différents jambons et faisans qui étaient suspendu au plafond, ce qui donnait cet arôme typiquement forestier à la cabane.

A chaque fois qu'elle découvrait un nouveau lieu de cet univers, ça lui faisait le même effet ; celui de plonger au coeur même des émotions de J.K. Rowling. Cette femme avait imaginé en détails toute cette réalité dans laquelle elle et ses amies s'étaient retrouvé propulsées. Combien de fois avaient-elles rêvé pouvoir vivre au sein même des lignes qu'elles lisaient sans relâche, et toujours avec la même avidité ?

Donc, à chaque fois que Julia découvrait un nouveau décor, elle aimait s'attarder sur les moindres détails qui le constituait. Elle fut interrompue dans son analyse par Jessica qui lui tendait des deux mains une énorme assiette remplie de biscuits qui, vu la difficulté qu'Estelle avait à croquer dans le sien, semblaient aussi durs que de la pierre.

Lorsque tout le petit monde fut servi, Hagrid se retourna vers la tablée et, le regard lumineux, s'exclama.

- Enfin je rencontre le Club des Cinq au grand complet ! Ophélie, Jessica je suis ravi de faire votre connaissance.

- Le plaisir est partagé, sourit gentiment Jessica. Et on s'excuse d'être passées à l'improviste sans vous prévenir…

- Mais pas du tout, la coupa le demi-géant. C'est un plaisir de vous recevoir. D'habitude, ce sont Neville, Ron et Hermione qui viennent me rendre visite… Mais avec la fin du tournoi qui approche… en plus des examens…

Sentant l'embarras poindre dans la voie du garde-chasse, et aucune de ses amies ne semblant savoir quoi dire, Julia prit la parole. Leur visite n'avait rien de poli, et leur but premier n'en restait pas moins de subtiliser les plans du labyrinthe à Hagrid, et pour cela il fallait trouver le moyen de distraire l'attention du géant.

- Hagrid, dites-moi ! Comment se porte Albert, ou devrais-je dire Albertine ? J'ai appris par Maureen qu'elle avait eu une portée.

La distraction sembla fonctionner. Le malaise qui pesait plus tôt sur les traits de Hagrid laissa place à une mine réjouie à la simple évocation de la créature.

- Oui, alors ça, ça a été une belle surprise ! Albertine se porte comme un charme, ainsi que ses petits. Par contre il semblerait que l'accouplement chez les Scroutts finisse sur la décapitation du mâle.

La gêne que la petite Serpentard avait cherché à dissiper avec son intervention retomba aussitôt sur la table suite aux paroles de Hagrid. Ophélie perdit ses couleurs, son teint bronzé tournant rapidement au vert. Jessica reposa le biscuit qu'elle venait de piocher dans l'assiette, et Estelle se dandina sur sa chaise, ne sachant pas quelle attitude adopter face à la réplique de son professeur.

C'est avec embarras que Julia, pour la seconde fois, tenta de relancer Hagrid. Au diable la subtilité, Hagrid semblait à mille lieues de se douter de la motivation première de leur visite.

- Albertine ne fera donc pas partie des créatures qui composeront la troisième tâche alors ? Sa grossesse et ses petits l'auront sûrement trop fatiguée pour ça…

Une légère tension se fit palpable chez les jeunes filles, qui attendait la réponse du garde-chasse avec appréhension suite à la question plus que directe de la Serpentard.

- Albertine sera d'aplomb pour l'épreuve, pas de soucis ! s'exclama Hagrid guilleret. Elle est robuste comme un chêne cette brave bête.

- Merveilleux… lâcha Julia caustique.

Mais Hagrid ne sembla même pas avoir entendu puisqu'il reprit aussitôt.

- Si ses petits sont suffisamment grands, je pense en placer deux dans le labyrinthe avec elle, ça lui fera plaisir. Et puis ils ne seront pas les seuls petits durant l'épreuve. Aragog a accepté de laisser participer l'une de ses filles comme créatures durant l'épreuve, continua le géant avant de s'interrompre brutalement.

Les réunionnaises ne croyaient pas leur chance, Hagrid semblait si exalté de pouvoir partager les arrangements qu'il avait conçu pour la tâche, qu'il parlait sans retenue aucune.

- Mais je ne devrais pas parler de ça avec vous, se dit-il en se levant vivement.

Il semblait soudain embêté.

- Top secret… j'aurais pas dû dire ça…, se mit-il à marmonner dans sa barbe d'un ton bourru, tout en se dirigeant vers la cheminée.

Aïe, ça avait été trop beau pour être vrai. Le garde-chasse paraissait se rendre compte qu'il en avait trop dit. C'était pourtant si bien parti. Les cinq jeunes filles échangèrent des regards gênés. Comment faire ? Maintenant que Hagrid était sur la défensive, les informations allaient être dures à glaner.

Tournant la tête vers la fenêtre, un sourire vint soudainement éclairer le visage de Maureen. Surprenant ses amies la Poufsouffle prit la parole.

- Dites moi Hagrid, vous commencez tôt cette année vos plantations de citrouille. Ce sont celles que nous aurons au prochain Halloween ? Elles sont magnifiques.

Quitte à distraire Hagrid, autant faire jouer la situation à son avantage. Hagrid serait désormais une tombe sur la troisième tâche, le seul moyen d'obtenir les informations qu'elles étaient venues chercher était de fouiller cette cabane pour mettre la main sur les plans du labyrinthe, et donc pour ça, il fallait amener Hagrid à sortir. Quoi de mieux que de lui parler de son potager ? Sa deuxième fierté juste après ses créatures adorées. En plus Maureen avait besoin d'une citrouille.

Comme elle s'y attendait, le visage de son professeur s'ouvrit à nouveau face à l'allusion de ses cucurbitacées. Tout en se dirigeant vers la fenêtre il répondit.

- Celles-ci ne sont pas pour Halloween, non bien sûr c'est trop tôt, elles ne tiendront pas jusqu'à la fin de l'année.

Entrant dans le stratagème de son amie, Jessica se leva à son tour et rejoint le garde-chasse prêt de la fenêtre.

- Elles sont énormes en tout cas, quel engrais utilisez-vous Hagrid ?

Avant que le demi-géant ne répondent Maureen proposa directement à Hagrid de les amener admirer ces citrouilles géantes. Finalement ils se retrouvèrent tous hors de la cabane face au potager garni.

- Elles ont l'air encore plus énorme vues d'aussi près, s'exclama Jessica. Madame Pomfresh doit jalouser votre potager. Mais, par Morgane, comment faites-vous pour qu'elles poussent dans de telles dimensions ?

- Et en mai ? ajouta Estelle. C'est loin d'être la saison.

Hagrid regarda par-dessus son épaule pour vérifier qu'il n'y avait personne à proximité.

- Je... je leur donne un peu... un peu d'aide, si tu vois ce que je veux dire ? répondit-il.

Jessica remarqua le parapluie rosé de Hagrid posé contre le mur de la cabane. Elle savait que ce parapluie était beaucoup plus que ce qu'il paraissait. Ayant lu les livres, elle savait que les fragments de la baguette magique de Hagrid étaient cachés à l'intérieur.

Officiellement, Hagrid n'avait pas le droit d'utiliser la magie. Il avait été renvoyé de Poudlard alors qu'il était élève de troisième année, Tom Jedusor l'avait utilisé en martyr ; le faisant accuser pour le meurtre de Mimi Geignarde que lui-même avait commis avec le Basilic de la Chambre des Secrets. Un frisson parcouru l'échine de la rousse. Elle était bien contente d'être arrivée dans ce monde durant la quatrième année. Pour rien au monde elle n'aurait souhaité parcourir les couloirs de Poudlard sachant qu'un basilic géant serpentait en ses murs.

- Un Sortilège de Gavage, j'imagine ? dit Estelle dont le ton semblait à mi-chemin entre l'amusement et la réprobation. Vous avez fait un bon travail…

Trop absorbé dans son éloge à ses potirons, Hagrid ne s'était même pas rendu compte que l'une de ses invitées manquait à l'appel. En effet, Julia utilisait à bon escient la diversion que Maureen avait mise en place. Lorsque tout le monde s'était levé pour rejoindre le potager à l'extérieur, la Serpentard avait fait mine de suivre le mouvement avant de fermer la porte sur le dos de Ophélie, restant de ce fait seule dans la cabane de Hagrid.

Il fallait faire vite maintenant. Bien que la cahute ne soit pas bien grande, le lieu restait tout de même à l'échelle d'un demi-géant, ce qui était un désavantage notable pour la Serpentard.

Sans attendre Julia sorti sa baguette et chuchota.

- Accio plans du labyrinthe !

C'est avec espoir que la jeune fille entendit un bruissement de parchemin provenant du haut de l'énorme armoire en chêne de Hagrid. Les feuilles semblaient tirer de toutes leurs forces pour s'extraire de dessous la pile d'ouvrage dédié aux créatures magiques, sous laquelle Hagrid les avaient rangées.

Un rapide coup d'oeil vers la fenêtre, Julia put observer que Hagrid se trouvait à présent à l'intérieur du potager, accompagné de Maureen, ce qui lui laissait probablement quelques minutes pour accomplir sa mission.

Sans attendre elle s'empara d'une des énormes chaises de la table et la poussa contre l'armoire pour y grimper dessus. Ses doigts frôlaient à peines les parchemins, et elle se maudit d'être aussi petite. Près de la cheminée, elle avisa une grosse bûche qu'elle fit léviter pour la poser sur la chaise où elle remonta avec précaution. Cette fois-ci, la hauteur fut la bonne et elle retira non sans mal les parchemins de leur entrave.

Elle posa ensuite les sur plans sur la table avant de fondre sur le sac qu'Estelle avait apporté. Elle en sortit trois parchemins vierges qu'elle plaça à côté des plans dénichés. Elle débuta alors le sortilège de copie. Tout en supervisant le transfert, elle s'assurait, en zieutant toutes les trente secondes par la fenêtre, que ses amies distrayaient toujours l'attention de Hagrid.

La retranscription lui parut prendre des heures. Lorsqu'elle eut enfin fini, la Serpentard se dépêcha de replacer à leurs places les plans, la chaise ainsi que la bûche. Elle plia ensuite soigneusement les plans copiés pour les glisser dans le sac d'Estelle avant de le placer sur son épaule et quitter discrètement la cabane. Elle rejoignit Ophélie, Estelle et Jessica qui se trouvaient accoudées à la palissade, en bordure du potager.

- Tiens Estelle, voilà ton sac, souffla-t-elle à la Serdaigle d'une voix innocente.

- Tu as réussi ? lui demanda son amie sous les regards attentifs des deux autres filles.

- Bien sûr, répondit Julia, tout en faisant un signe de tête à Maureen qui regardait dans leur direction.

Cette dernière, toujours aux côtés de Hagrid, lui-même toujours penché sur ses citrouilles, capta le signe de tête de Julia. Il était l'heure de partir. Mais avant ça elle avait un service à demander au demi-géant.

- Hagrid, puis-je vous emprunter une citrouille ?

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Les françaises n'eurent pas le loisir de savoir pourquoi Maureen avait besoin d'une citrouille – elles en mangeaient déjà assez aux repas – car la Poufsouffle ne voulait pas cracher le morceau. Pas encore du moins. Elles oublièrent bien vite ce détail orange, et de plus de cinquante centimètres de diamètre, et s'étaient rapidement penchées sur les plans du labyrinthe qu'elles avaient dérobés. Cependant, séparées par le couvre-feu, elles n'eurent pas de temps d'en discuter réellement avant le cours d'étude des moldus le lendemain.

Cours pendant lequel James Potter s'ennuyait royalement. La preuve en était son parchemin sur lequel trônait mollement l'énoncé du cours d'aujourd'hui « Graham Bell : Le téléphone », et lequel était noirci de quantité de vifs d'or griffonnés. Le Quidditch lui manquait. Il n'avait pas eu l'occasion de voler durant les vacances, et les matchs, ainsi que l'ambiance effrénée de la compétition, lui manquaient cruellement. Dire que Viktor Krum se trouvait en ce moment même à Poudlard et qu'il ne pouvait même pas se mesurer à lui.

De plus l'année 1994 regorgeait de prouesses technologiques en matière d'équipement : les balais de cette époque étaient remarquables. Elles étaient loin les vieilles Comète 180, et les ridicules Etoile Filantes. Le dernier modèle en date était l'Éclair de Feu. Une pépite de l'été 1993. Un bijou pouvant faire du 0 à 240 km/h en dix secondes. Un pur délice, qu'il n'avait pas résisté à s'offrir.

Mais voilà, cette année la Coupe de Quidditch des quatre maisons avait été annulée à cause du Tournoi des Trois Sorciers que l'école accueillait. Pour couronner le tout, ça faisait deux mois que le terrain de Quidditch était impraticable, le labyrinthe de la dernière tâche du tournoi y ayant élu domicile. James était donc contraint de se contenter de disputes amicales de Souaffles entres amis, et de quelques survols du parc et alentours. Ajouté à ça, les examens de fin d'année en approche, et donc une surdose de devoirs de la part du corps enseignant, il est donc évident que James avait connu de meilleures humeurs.

C'est avec peu d'espoir de distraction qu'il se tourna vers sa voisine de table, Estelle. Comme à son habitude la studieuse Serdaigle était concentrée sur son parchemin. Jessica elle au moins lui aurait accordé un regard, et même un petit sourire pensa James.

Mais s'il avait pu choisir à côté de quelle fille s'asseoir ça aurait été Julia, sans hésitation. Des cinq jeunes filles ça avait été la seule à être tombée amoureuse du Quidditch. Pour une débutante, James ne le lui dirait jamais mais, elle avait énormément de potentiel. Dommage qu'elle soit dans le camp adverse.

Le Gryffondor enviait Sirius. Ce dernier s'était plaint après le premier cours, s'étant retrouvé assis entre Jessica et la Serpentard. Mais ça c'était avant. Depuis la trêve imposée, Sirius semblait prendre plaisir « devoir » être amical avec Julia. Le bougre préférerait mourir que de se l'avouer, mais elle lui avait manquée sa petite Serpentard.

Le Gryffondor se tourna ensuite vers Remus. Ce dernier se trouvait de l'autre côté de Estelle. Aussi studieux que cette dernière, aujourd'hui il semblait déroger à la règle. Penché du côté de Jessica son autre voisine, les deux adolescents disputaient ce qui semblait être une partie de pendu version sorcier. Sentant poindre en lui les prémices de la jalousie à l'encontre de son ami lycanthrope, James préféra se tourner vers Ophélie alors que Jessica entamait une petite danse de la joie face à sa victoire contre Remus.

Ophélie paraissait s'ennuyer autant que lui. Un sentiment de profonde sympathie s'empara du jeune homme face à cette constatation et un fugace instant il se sentit moins seul. Cela faisait longtemps que lui et la jeune fille n'avait pas disputé une partie d'échec, et il se promit qu'à l'occasion il lui en proposerait une.

Le regard de James retomba pour finir sur sa propre voisine, et il s'apprêtait à pousser un soupir de lassitude lorsqu'il remarqua que la baguette de la jeune fille était sortie. Bizarre pour cette matière. Il se concentra alors sur le parchemin de la Serdaigle. Qu'elle ne fut sa surprise quand il constata que Estelle River ne prenait pas en note le cours dicté par le professeur Burbage.

- Mais qu'est-ce-que…, commença James se penchant sans retenu sur le parchemin de la sorcière.

- Operiet te, souffla précipitamment la jeune fille.

Immédiatement le parchemin redevient vierge, et le Gryffondor croisa le regard offusqué d'Estelle. Si Maureen pouvait arborer les airs courroucés d'une Molly Weasley, le regard intransigeant de Minerva McGonagall trouvait volontiers sa place chez une Estelle énervée. Sans demander son reste le jeune homme détourna prestement le regard et retourna tout penaud à son gribouillage de vifs d'or.

De l'autre côté de la salle, Maureen attendit de voir réapparaître la conversation sur son parchemin. Estelle étant celle qui jouait le rôle de « modérateur » elle avait dû masquer leurs échanges le temps de se débarrasser de la curiosité de James. De son côté, la jeune Poufsouffle n'avait pas à se soucier de ses voisins de table. En effet, Ron et Neville étaient bien trop absorbés dans leur discussion sur la disparition de Barty Croupton pour s'intéresser à ce que la jeune fille pouvait faire. Bien sûr la précieuse information sur la disparition du haut fonctionnaire du ministère de la Magie avait dûment été retransmise à ses amies grâce à cette petite pépite qu'était le P.M.C : Private Message Communication.

Oui, entre deux révisions, Estelle avait réussi à mettre au point un genre de messagerie instantanée entre cinq parchemins différents, ce qui permettait aux jeunes filles de communiquer par écrit sans avoir à se faire passer des petits mots qui pourraient sensiblement être interceptés dans leurs échanges. Le système était simple, lorsqu'une d'entre elles écrivait sur un des cinq parchemins ensorcelés, la phrase était automatiquement retranscrite sur celui des autres. Mais le sortilège avait ses limites. Ainsi, même si les cinq françaises pouvaient aisément discuter tout en étant à couvert, elles devaient obligatoirement se trouver toutes les cinq à moins de quinze mètres les unes des autres. Donc l'utilisation du PMC était strictement réservée aux cours d'étude des moldus.

Sur cette sorte de MSN sorcier, on pouvait lire :

(E) : C'est bon on peut reprendre.

(E) : Donc Barty Croupton aurait disparu comme dans les livres alors.

(O) : Pour une fois que quelque chose se déroule comme dans les livres…

(Jess) : Du coup on fait quoi ?

(E) : On suit notre plan.

(Ju) : De tout façon si c'est vraiment comme dans les livres, le pauvre Croupton est déjà mort et enterré sous la forme d'un simple os.

(O) : Julia, si tu pouvais nous épargner les détails, merci.

(M) : Qu'est-ce qu'on fait si ça foire encore une fois ?

(O) : On est déjà mal barré si t'y vas avec cet état d'esprit là Maureen…

(M) : A part nos animagi, et les plans du labyrinthe, on a rien d'autre, c'est léger pour un plan.

(Jess) : C'est vrai qu'on ne sait toujours pas quoi faire avec la coupe.

(Ju) : Et les plans sont pire que des casse-têtes...

(E) : Déjà les apprendre par coeur ce serait bien, et surtout plus facile pour nous.

(M) : Super, encore des trucs à apprendre…

(O) : Et les examens de fins d'année qui débutent dans moins de trois semaines… C'est génial tout ça…

(Ju) : Je trouve qu'on pourrait en être dispensé. On essaie de sauver le monde de même !

(O) : Ahahah. Toujours le mot pour rire Ju'.

(Jess) : Soyons sérieuses deux minutes. Même si l'on trouve quoi faire avec la coupe, il nous reste tout de même à affronter les créatures du labyrinthe. Et ça ne sera pas une mince affaire.

(E) : D'où l'utilité de mémoriser leurs emplacements, ce qui nous permettra d'éviter les plus dangereux d'entre eux.

(Ju) : Vous saviez que Albertine a atteint les trois mètres de long… Trois fucking mètres ! J'aimerais autant éviter de tomber face à elle.

(E) : Une seule solution, mémoriser les plans du labyrinthe. Rdv ce soir au QG, après le repas, on se mettra au travail.

Une fois encore Estelle dût interrompre la conversation. Le professeur Burbage ayant fini sa dictée, elle s'apprêtait à leur indiquer les recherches qu'ils devraient effectuer sur Graham Bell pour la semaine prochaine, ajoutant par la même une couche supplémentaire à la monstrueuse pile de devoir que les élèves avaient déjà à leur actif. Les cinq jeunes filles ne purent reprendre leur conversation que déjà la fin de l'heure de cours sonna.

James fut le premier sorti, n'attendant même pas ses amis pour se jeter hors de la salle. Quelle ne fut sa surprise lorsqu'il tomba nez à nez avec Drago Malfoy. James n'avait pas de rancoeur spécifique à l'égard du jeune homme, mais quelque chose chez le blond, outre le fait qu'il soit à Serpentard, le dérangeait chez Drago Malfoy. C'était physique. Il se tint donc à l'écart de lui, attendant que ses amis daignent enfin quitter la salle de cours.

Jessica, Maureen et Ophélie furent les premières à franchir la porte de classe, cherchant à savoir qui pourrait gracieusement leur passer les notes de cours, étant donné qu'elles l'avaient partiellement raté l'heure. Elles furent rapidement suivies par Sirius et Julia qui eux parlaient Quidditch. Ne manquait plus que Estelle et Remus, ce que Drago semblait lui aussi avoir clairement remarqué.

La classe entière eut le temps de s'éparpiller dans les différents couloirs du château que les deux adolescents n'étaient toujours pas sortis de l'antre du professeur Burbage. James pouvait clairement sentir les différents paliers de tension que le Serpentard gravissait. Tout Poudlard savait à quel point Drago Malfoy pouvait se montrer possessif envers sa petite amie. Bien que le couloir soit investi par les Maraudeurs et le Club des Cinq, un silence gênant s'imposait de lui-même depuis bientôt cinq longues minutes. Drago avait le regard fixé sur la porte de la salle de classe, et les poings serré au fond des poches. Sa mâchoire crispée semblait lui faire un mal de chien, mais le jeune homme ne bronchait pas, ignorant les personnes autour de lui.

Lorsqu'enfin Remus et Estelle sortirent en riant ensemble, la brune croisa le regard de Drago.

- Drago ! s'exclama la Serdaigle surprise de voir son petit ami.

- Et bien, c'est plaisant de voir à quel point tu te réjouis de me voir, répliqua le blond le ton hargneux. Tu t'amuses bien avec Lupin ?

Les joues rosies de colère, Estelle braqua son regard dans les yeux pâles du Serpentard.

- Ne recommence pas Drago, je ne suis pas d'humeur pour ta jalousie mal placée.

Drago vira immédiatement au rouge écarlate à la réponse de sa petite amie. Comment osait-elle ? Le diminuer ainsi, et face à des Gryffondor qui plus est. Sa fierté prenant le pas sur le reste, le jeune homme reprit, irascible.

- Estelle, j'en ai assez de passer pour l'idiot de service. Je viens te chercher exprès pour que l'on passe un bon moment, et tu préfères passer ton temps avec ce stupide Maraudeur.

- Tu n'as vraiment pas besoin de moi pour paraître bête Drago, répondit Estelle glaciale. Tu t'en sors très bien tout seul.

Drago enrageait au fur et à mesure des disputes. C'était leur troisième grosse dispute en moins d'un mois. Et à chaque fois c'était pareil. Il perdait systématiquement le contrôle sur la situation, ainsi que sur les mots qui sortait de sa bouche. Comment cette fois-ci, par Merlin, la situation avait-elle fait pour tourner si vite en catastrophe ? Alors qu'il avait voulu être agréable et lui faire une surprise en venant la chercher après les cours. Mais il avait fallu qu'elle prenne son temps, et avec Lupin de surcroît. Il était un Malfoy et ne supportait pas la deuxième place. Non, il détestait ça.

- Et toi tu n'as vraiment pas besoin de mon aide pour te donner des airs d'allumeuse, ne put-il se retenir de répliquer.

La gifle que Estelle administra à Drago brisa le silence religieux qui pesait dans le corridor. Son regard était consumé par la colère, la déception, mais surtout la fatigue. Elle était fatiguée de toujours devoir excuser le comportement déplacé de Drago. Elle n'était pas bête, elle connaissait le spécimen, elle avait bien vite compris qu'il était d'un naturel excessif. La moindre contrariété le faisait réagir au quart de tour et toujours de la plus mauvaise des manières. Se sentant blessé il cherchait, sans le vouloir et par réflexe, à blesser autant qu'il l'avait été. Mais voilà, passe encore qu'il le fasse avec ses petits camarades, mais quand il usait de ce stratagème avec elle pour traduire sa jalousie incessante, ça devenait invivable.

Sans un mot la Serdaigle planta tout le monde, quittant le couloir sans un regard pour qui que ce soit. Drago, lui restait tétanisé. Il ne savait pas exactement comment il devait se sentir. Plusieurs sentiments bouillaient à l'intérieur de lui. La colère, bien évidemment, mais aussi l'humiliation, et la tristesse. Plus leur relation avançait, moins il semblait comprendre Estelle. Il n'était pas habitué à ce genre de caractère aussi tumultueux, à se faire recadrer, à devoir composer avec une personne qui pensait différemment de lui.

Prenant peu à peu conscience du monde qui l'entourait, c'est la colère qui prit le pas sur ses ressentis et bien vite le jeune homme se mit à trembler de fureur. Il s'apprêtait à hurler sa confusion lorsqu'une main s'abattit sur son épaule.

- Cours lui après.

Le regard métallique de Drago croisa celui ambré de Remus. Le Gryffondor s'était avancé vers lui et le fixait intensément.

- Malfoy, il est clair que nous ne nous apprécions pas particulièrement. Mais il se trouve que mon amie tient à toi, et Merlin seul doit savoir ce qu'elle peut te trouver.

La réplique aurait fait grincer n'importe qui, mais la poigne avec laquelle Remus maintenait l'épaule du Serpentard semblait empêcher toute autre réplique belliqueuse.

- Si tu tiens un tant soit peu à mon amie, tu as tout intérêt à lui courir après et la supplier de te pardonner d'être un imbécile qui a si peu confiance en elle.

Sans un mot Drago se dégagea de l'emprise du lycanthrope et suivit au pas de cours la direction qu'Estelle avait prise.

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Le vendredi qui suivit, il régnait dans la Grande Salle, au cours du dîner, une ambiance fébrile. Les jumeaux Weasley avaient en effet réussi à introduire tous les hiboux et chouettes de la volière dans la salle des professeurs, si bien qu'il ne restait que la pauvre Trelawney pour calmer les élèves surexcités de Poudlard, Durmstrang et Beauxbâtons. Cependant, à la table des Serdaigle, un petit carré n'avait pas l'esprit à la fête. Les cinq réunionnaises, et en particulier Estelle, semblaient perdues dans leurs pensées, moroses. C'était la faute à Julia, qui au sortir du cours d'étude des moldus avait fait la remarque fatidique qui avait déclenché des rictus tendus.

- C'est bien beau de s'introduire dans le labyrinthe et de trouver la coupe avant les autres, mais on fait quoi après ?

- On la substitue à une fausse ? avait avancé Jessica.

- Tu veux que, sous forme d'animagi, on se trimbale une fausse coupe ? avait ensuite ricané Julia. Je rappelle que le but est de ne PAS se faire remarquer.

Jessica avait fait une moue boudeuse et avait cherché dans le regard d'Estelle une réponse que celle-ci ne sut lui apporter sur l'instant. La brune y réfléchissait toujours au dîner et ne voyait pas la solution qui était pourtant sur le bout de ses lèvres. Elle savait l'avoir lu quelque part, ou vu en cours, mais sa mémoire lui faisait défaut. Elle avait beau remuer ses méninges, elle n'arrivait pas à mettre le doigt dessus. Une pensine l'aurait certainement aidée à mettre ses idées au clair, d'autant plus qu'elle savait que ce qu'elle cherchait était dans ses souvenirs récents.

Aussi regardait-elle en silence l'agitation de la Grande Salle sans y participer ou y réagir. Son regard passa vaguement sur Drago, dont les yeux semblaient la fuir, puis sur Viktor Krum, qui en bon leader, tentait de discipliner ses camarades. Enfin, elle vit Hagrid passer, se confondant en milles excuses auprès du professeur Dumbledore. Les professeurs en avaient fini avec les volatiles et s'attablaient pour enfin se remettre de leurs émotions autour d'un souper bien mérité. Estelle fixa un instant McGonagall, dont le chapeau n'était pas débarrassé de quelques plumes indésirables, et eut une illumination.

Mais oui, bien sûr ! C'était évident ! D'une simplicité foudroyante, mais tellement efficace ! Estelle n'eut pas le temps de partager son idée, et par la même son engouement, car trois adolescents étaient venus s'attabler en leur compagnie. Les regards acérés des Maraudeurs avaient repéré leurs airs affligés, et ils s'en venaient quémander la raison de cet état.

- Pourquoi de si beaux visages semblent si dépourvus de vie ? lança James, poète.

Estelle décida de repousser à plus tard le moment où elle partagerait son idée à propos de la coupe avec ses amies.

- C'est les examens qui approchent, mentit-elle. Les révisions, les devoirs. C'est fatiguant ! Sans compter que les « entraînements » nous bouffent de l'énergie.

- Tu as tant besoin de réviser que ça ? sourit Remus.

- Oui bien sûr ! En plus je dois expliquer aux filles tout ce qu'elles n'ont pas compris. C'est du travail en plus, se défendit la Serdaigle.

- Ce n'est que ça ? fit Sirius. Vous prenez pas la tête pour rien, c'est que des examens.

- Que des examens ? Tu rigoles j'espère, grimaça Julia. L'histoire de la magie me donne de l'urticaire rien qu'en y pensant.

- Faites pas ces têtes de limaces, les filles, les rassura Remus. Vous pouvez réviser avec nous si vous voulez.

- Ce sera plus amusant, ajouta Sirius. Tous ensembles.

James, qui s'était assis en les abordant, se leva.

- Plus on est nombreux, plus on rit, dit-il. Et rire en révisant, que demander de mieux ?

Les jeunes filles le regardèrent en pensant que si elles acceptaient, jamais elles ne réviseraient correctement. Ils passeraient probablement plus de temps à discuter qu'à étudier. Mais personne ne fit d'opposition lorsque Jessica dit.

- C'est d'accord, mais pas de Métamorphose sur les autres, et pas de chatouilles !

James pencha sa tête en arrière pour éclater de rire.

- Fair enough.

Sirius se leva satisfait.

- Parfait alors, fit Remus en se levant à son tour. Je suis sûr qu'on va bien s'amuse-hum, je veux dire, réviser.

James commença à se diriger vers la sortie de la Grande Salle.

- Quoi ? Maintenant ? demanda Jessica. Mais le dessert n'est pas encore servi.

- Il n'y a pas d'heure pour étudier, lui répondit James en lui adressant un clin d'oeil. Et puis, maintenant que les profs sont de retour, c'est plus drôle.

Déjà ses quatre amies s'étaient levées, et elles suivirent les Maraudeurs pour une séance improvisée de « révisions ».

Ladite séance, qui eut lieu dans leur QG, était exactement comme elles se l'étaient imaginée : chaotique. Sirius, Julia et Maureen, s'étaient amusés à se changer les couleurs des sourcils les uns des autres, bravant ainsi la première condition imposée par Jessica. Celle-ci avait tenté de se faire interroger par James sur les dates importantes de l'histoire de la magie. Mais le brun à lunettes avait décidé de la punir de chatouilles à chaque fois qu'elle faisait une erreur, bravant définitivement les interdictions qu'elle avait décrétées à peine quinze minutes plus tôt.

Ophélie avait dans un premier temps voulu réviser avec Remus et Estelle leurs cours de défense contre les forces du Mal. Cependant, trouvant leur sérieux ennuyant, elle préféra rejoindre les trois autres qui s'amusaient à la métamorphose, laissant les travailleurs penchés sur leur livre. Ces deux derniers, dérangés par le vacarme que faisaient leurs amis, finirent par les rappeler à l'ordre au bout de ce qui leur sembla une éternité. Ils n'eurent cependant pas l'occasion d'être appliqués, car le couvre-feu approchant, et les esprits n'étant franchement pas désireux d'entasser davantage de savoir, ils s'accordèrent pour remettre leur séance au lendemain.

Leur seconde session fut plus productive. C'était en effet samedi, et les adolescents avaient eu toute la journée pour vaquer à leurs occupations, avant de se remettre aux révisions en milieu d'après-midi.

Les réunionnaises se retrouvèrent une quinzaine de minutes avant l'heure de rendez-vous annoncée avec les Maraudeurs, Estelle leur ayant annoncé, avec un ton on ne peut plus sérieux, qu'elle devait leur parler. Bien évidemment, c'était sans compter sur le retard typique de Maureen qui leur fit perdre cinq bonnes minutes. Estelle ne passa donc pas par quatre chemins pour leur expliquer la raison de cette réunion.

- C'est très simple ! déclara-t-elle à ses amies une fois toutes réunies. Souvenez-vous des cours de métamorphose de McGo !

- Quoi, les changements de couleur de sourcil ? demanda Julia sceptique. En quoi ça va nous aider ?

- Mais non, les métamorphoses sur bois, s'exclama la Serdaigle. Il nous suffit d'amener un tronçon de bois dans le labyrinthe.

- Et ensuite de le transformer en coupe ! comprit Ophélie.

- Exactement ! Il suffira ensuite de désillusionner la coupe en bois pour qu'elle ressemble au véritable trophée.

- C'est sûr que le bois c'est déjà moins voyant, admit Julia.

- Du coup, il faut s'entraîner à la métamorphose sur bois, remarqua Jessica.

- Et à la désillusion, ajouta Maureen.

- C'est pour ça que je voulais vous le dire avant de réviser, remarqua Estelle. Je propose que cette séance de révision, enfin, si on révise vraiment, dit-elle avec un regard appuyé envers Julia qui avait commencé la dernière fois le concours de sourcils.

- Oui, oui, j'ai compris, on révise les sorts pour transformer le bois en coupe, et tout sur la désillusion.

- Super! fit Maureen. J'avais pas vraiment envie de faire de la défense contre les forces du Mal là.

- D'ailleurs, on ferait mieux de sortir nos livres avant qu'ils arrivent.

Et à peine eurent-elles le temps de sortir leurs Manuel du cours moyen de Métamorphose, et d'étaler un peu leurs parchemins, que les trois Maraudeurs poussèrent la porte du QG.

Ils rouspétèrent à peine, avant de se mettre au travail, voyant qu'elles avaient tiré leur baguette pour étudier. Ainsi, les adolescents s'appliquèrent particulièrement à prendre connaissance des différents sortilèges de métamorphose et de désillusion. Les Maraudeurs, qui n'étaient pas contre l'idée de ne réviser qu'une matière à la fois, les aidèrent grandement sans même le savoir, leur indiquant des trucs et astuces pour mieux performer une métamorphose. Mais à force d'utiliser leurs baguettes et de peu réviser les concepts, Remus s'inquiéta de leur réussite à tous aux examens. C'est pourquoi il rappela, à la fin de leur séance de révision, que les épreuves n'étaient pas pratiques, mais purement théoriques, ce qui eut pour effet de révolter Sirius.

- Franchement, pourquoi les examens ne sont pas de la pratique ? éclata Sirius.

- Ouais, l'appuya Julia en rangeant ses livres dans son sac. Regardez, on s'en sort super bien avec nos baguettes ! La théorie, c'est chiant.

- Les épreuves pratiques, ce n'est que pour les B.U.S.E. et les A.S.P.I.C., fit Estelle.

- J'ai jamais eu aussi hâte d'attendre des examens comme les B.U.S.E. alors, bouda Sirius en coinçant sa baguette derrière son oreille.

- Ne dis pas ça, je suis sûr que les épreuves sont tout aussi difficiles, dit Remus.

- Oui, mais les révisions plus amusantes, répliqua le jeune Black.

Ils avaient fini de ranger leurs affaires, et quittèrent le QG pour retourner à leurs quartiers en attendant le dîner.

- Mais quand même, on pourrait avoir des matières plus intéressantes ! soupira James. Comme le vol par exemple ! Ça aurait été génial si c'était une matière obligatoire : il n'y a que de la pratique !

- Oui bon, pour ceux qui n'ont jamais été sur un balai, c'est assez compliqué quand même, déplora Jessica.

- Et il y a certainement de quoi faire des cours théoriques sur l'histoire des balais et des vieilles-chaussures-pourries-Portoloin, soupira Ophélie.

- Quoi, tu n'as jamais volé sur un balai ?! s'étrangla James, ignorant la remarque de la Serpentard.

Jessica n'osa pas relever qu'à part dans un avion, elle n'avait jamais réellement.

- L'idée est disons, un peu stressante.

- Mais non, mon rossignol. Si une fouine comme Malfoy peut tenir sur un balai, tu n'as pas à te faire de soucis, tenta de la rassurer James.

Il semblait soudain un peu trop excité et avait saisi le bras de Jessica.

- Ca te dis une leçon avec moi ?

- Ju, Oph, dit soudain Estelle.

Les Serpentard se tournèrent vers leur amie avec un regard interrogateur.

- Je peux vous accompagner à votre salle commune ?

- Euh...

- Il y a quelque chose que je dois faire. Je dois parler à quelqu'un.

Nul doute n'était que ce fameux quelqu'un était Drago Malfoy, aussi elles acceptèrent et les trois adolescentes se dirigèrent vers les cachots.

- Dites les gars, fit à son tour Maureen, en parlant de faire quelque chose, je peux vous demander un service. J'ai besoin d'aide avec une potion.

- Bien sûr, sourit Remus. De quoi s'agit-il ?

- Vous verrez, sourit-elle.

Et elle commença à prendre la direction d'une salle de cours abandonnée, où sa préparation attendait, Remus sur les talons. Sirius chercha vainement James des yeux, mais celui-ci avait disparu à une vitesse hallucinante avec Jessica. Aussi le jeune Black alla aussi à la découverte de la mystérieuse potion de la Poufsouffle, malgré qu'il soit convaincu de ne pas être d'une grande aide.

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En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, Jessica s'était retrouvée sur un balai, dans les airs, au-dessus de la cime des arbres de la forêt interdite, et pour parfaire le tout, elle était assise derrière James. Il avait bel et bien improvisé une leçon de vol pour remédier au cruel manque d'expérience de l'adolescente.

Il guidait le balai avec aisance, peut-être un peu trop rapidement au goût de Jessica, mais il avait l'amabilité de ne pas faire de prouesses techniques qui auraient fait chavirer le coeur de la petite rousse.

Cette dernière était tout simplement subjuguée. Le vent n'était pas trop frais, et le paysage était magnifique, et c'était sans nul doute dû au rougeoyant coucher de soleil de début juin qui s'offrait à leurs yeux. Une nuée d'oiseaux prit son envol non loin. Partout autour d'eux, des créatures magiques vivaient, marchaient, mangeaient, sans même avoir conscience de la présence du balai volant et de ses deux passagers.

Si Jessica devait résumer son expérience dans le monde magique en un seul instant, ce serait celui-là.

- Tu veux essayer ?

La voix de James la sortit de ses pensées si brutalement qu'elle en sursauta. Il en rit, et réitéra sa demande.

- Je… hum, euh…, fit Jessica prise de court.

- Je prends ça comme un oui, dit James en inclinant le manche.

La trajectoire du balai devint raide, et la rousse se rendit compte avec effroi qu'ils piquaient vers le sol. Elle entendait le rire joyeux de James qui semblait savoir ce qu'il faisait. Mais le sol se rapprochait de plus en plus, et ce trop rapidement à son goût. Elle ferma les yeux, et pressa ses paupières jusqu'à ce qu'elle sente le sol sous ses pieds. Elle les rouvrit, surprise : elle n'avait même pas senti le balai se redresser. James avait effectué sa manoeuvre avec tellement de subtilité qu'elle ne l'avait pas remarqué. Le jeune garçon disait d'ailleurs.

- Si tu restes recroquevillée sur le balai, et si tu ne me lâches pas, on va finir par to…

Trop tard, le corps de Jessica recroquevillé à l'arrière du balai compromit l'équilibre de ce dernier, et ils basculèrent sur le côté, découvrant l'impossible confort du sol rocailleux.

- J'aurais dû t'apprendre à descendre d'un balai avant d'en monter, rit James en retirant le balai de sous leurs jambes.

A peine eurent-ils le temps de s'esclaffer, et Jessica de s'excuser, qu'ils remontèrent aussitôt. La rousse, qui s'était retrouvée devant, frappa du pied, et le balai s'éleva lentement dans les airs.

Maladroitement, mais efficacement (à son plus grand étonnement), elle parvint à les élever tous deux au-dessus des arbres. Parfois, James se penchait plus en avant pour redresser le manche de sorte que leurs pieds ne se prennent pas les branches les plus hautes d'un chêne.

Jessica se dirigea vers le château, pour admirer l'effet des dernières lueurs du soleil sur les hautes tours. Une fois de plus, elle se sentit subjuguée par le paysage, et le fait d'être maître de son balai ajoutait à l'extraordinaireté du moment.

Merlin, merci, James l'avait fait monter sur ce balai, se dit-elle.

Le jeune homme se penchait d'ailleurs vers elle. Elle sentit son torse s'appuyer sur son dos, et ses mains fortes saisir ses épaules. Son souffle chaud s'approchait de son cou, et bientôt sa bouche fut proche de ses oreilles.

- Alors, ça te plait, mon petit rossignol ?

Le coeur de Jessica cessa de battre un instant. En temps normal, le surnom qui lui avait été attribué l'aurait fait rager intérieurement. Là, « mon petit rossignol » changeait tout à coup de sens. Il avait été prononcé d'une telle manière – à moins que ce ne soit que son imagination – qu'elle sentait des papillons dans son ventre. Son coeur se mit à battre la chamade. Est-ce que James avait changé de comportement à son égard ?

Elle tourna la tête vers lui pour vérifier, et découvrit qu'il affichait un visage d'enfant : à l'évidence, il était fier et heureux d'être le premier à l'avoir fait monter sur un balai. Elle se faisait des idées, ce n'était pas lui qui avait changé : c'était elle-même. Alors, la rousse réalisa. Elle pressa ses paupières et détourna la tête. Par Morgane, elle avait des sentiments pour James Potter !

- Ça va ? demandait ce dernier, inquiet.

Elle répondit d'un oui plutôt sec avant de redescendre vers le terrain de Quidditch. Tout se passa ensuite rapidement, tant et si bien qu'elle ne sut comment elle s'était retrouvée à monter les marches qui menaient à la tour de Serdaigle.

Quand, comment, où, pourquoi c'était arrivé ? Elle ne le savait pas, et Merlin, cela ne pouvait pas être réel ! Il lui semblait qu'elle avait fait attention pourtant : atterrir dans un monde où existait réellement James Potter impliquait la possibilité de tomber amoureuse de lui. Elle avait pris garde à ne pas se laisser entraîner par le personnage qu'elle avait lu aussi bien dans les livres que dans les fanfictions, et oh, quel personnage !

Elle secoua la tête et arriva devant le Sphinx qui gardait l'entrée de sa salle commune. Elle n'écouta qu'à moitié la statue lui proposer une énigme.

Elle ne pouvait pas, non. C'était un personnage de fiction. Elle s'était déjà moquée d'Estelle pour son intérêt pour Drago Malfoy, mais là. C'était James Potter ! Un être farceur, malin et fripon, qui ne faisait que se moquer des autres et se vanter de son don pour le Quidditch ! Un être qui derrière ses blagues cachait quand même un certain respect pour les cours et les professeurs, tenta-t-elle de relativiser. Un être qui cachait quand même une gentillesse et une tendresse particulière, divagua-t-elle. Quelqu'un qui la rassurait et avait le don de la faire sourire. Et son sourire à lui. Ses cheveux ! Le coeur de Jessica fondit à l'image de James.

En fait, elle n'avait pas du tout écouté l'énigme, si bien qu'elle dut demander qu'on lui répète. Patient, le Sphinx la récita à nouveau, mais les pensées de Jessica s'égarèrent une fois de plus.

Elle devait entrer. Se passer un jet d'eau sur le visage. Souffler. Parler à quelqu'un ! De ses doutes, de ce qu'il s'était passé. Estelle devrait être rentrée maintenant. Elle avait besoin de lui dire ce qu'il s'était passé à peine dix minutes plus tôt. Estelle saurait la ramener à la réalité, la rassurer. Elle saurait lui dire que ce qu'elle ressent n'est que de l'amitié, et rien d'autre.

- Pardon ? demanda-t-elle au Sphinx, réalisant qu'encore une fois elle n'avait pas écouté.

- Nous sommes deux soeurs, répéta la statue exaspérée. La première engendre la seconde et la seconde engendre la première. Qui sommes-nous ?

Cette fois-ci, elle avait bien prêté attention à la devinette… mais ne parvenait pas à trouver la réponse. Étrangement, tout ce à quoi elle parvenait à penser était les deux soeurs Evans, et plus particulièrement Lily. Par le caleçon de Merlin, qu'est-ce que Lily Evans était devenue ? Elle ne se l'était jamais demandé, quel égoïsme. En même temps, ça voulait dire que James était libre. Elle secoua à nouveau la tête pour chasser cette idée sournoise, et une voix résonna dans son dos.

- Le jour et la nuit, fit Estelle, et le passage s'ouvrit.

Enfin! Jessica se tourna vers son amie comme si un ange venait à sa rescousse. Mais la brune ne lui accorda qu'un bref regard avant d'entrer dans la salle commune et s'affaler sur un fauteuil. Jessica tiqua, mais s'avança tout de même vers elle, pressée de lui faire part de ses pensées. Mais Estelle ne lui prêtait aucune attention. Elle regardait la cheminée, silencieuse, avec un regard vide, animé d'une légère touche de colère.

- J'ai rompu avec Drago, dit soudain la Serdaigle.

Jessica, qui avait ouvert la bouche pour enfin lui parler, décida de la fermer, et de taire ses pensées jusqu'à ce qu'elle trouve le moment opportun. Enfin, s'il arrivait un jour.

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Ce soir-là, les réunionnaises étaient introuvables aux tables de la Grande Salle. Elles avaient décidé de dîner entre elles dans le QG, et favorablement à leur intimité, personne n'eut l'idée de les chercher là. Comme nul n'était là pour les réprimander, et malgré les protestations des elfes de maison qui leur avaient apporté de quoi manger, elles avaient décidé de commencer par le fondant au chocolat. Lorsqu'on était adolescente en post-rupture, il n'y avait pas d'ordre dans les plats. Si Estelle avait déjà vécu le phénomène de la rupture, c'était bien la première fois qu'elle en ressortait dans un tel état : triste, en colère, et quelque peu dévastée.

- Tu veux nous raconter? demanda gentiment Julia.

- Tout ce qu'on sait c'est que tu es partie avec Drago, ajouta Ophélie, et qu'il est revenu sans toi en claquant toutes les portes qui étaient sur son chemin.

Elle n'obtint aucune réponse, Estelle était perdue dans ses pensées.

- Quand tu es rentrée dans la salle commune, t'avais l'air toute secouée, grimaça Jessica étant donné qu'Estelle s'enfermait dans son mutisme. Dis-nous, tu peux nous parler.

La Serdaigle mordit dans son fondant en s'enfermant encore dans son mutisme. Ce fut finalement Maureen qui posa la plus simple, mais jusqu'ici la plus efficace, des questions.

- Ca va?

- Ca va, répondit enfin la Serdaigle.

C'était un mensonge. Enfin pas vraiment. Elle n'était pas en danger de mort immédiat, donc ça allait. Elle avait le coeur un peu lourd, mais il battait. A vrai dire, il lui semblait que, bien qu'il soit un peu tordu, il était plus léger depuis qu'elle avait rompu avec Drago. Elle devait l'admettre, cette relation avait traîné en longueur.

Le Serpentard était un garçon gentil au fond, très charmant, et même malin, quand il le voulait. Des qualités qu'Estelle estimait. Il avait ses bonnes facettes, mais le sort avait fait qu'il ait subi un lavage de cerveau dès la naissance. C'était le mot, ou plutôt les mots : un lavage de cerveau.

Né dans la mauvaise famille avec les mauvaises moeurs et les pires idéaux, il ne savait rien faire d'autre que haïr. Haïr et jalouser. Le prince de Serpentard était jaloux de tout individu ayant plus de succès que lui. Neville n'était pas le seul à lui faire de l'ombre, aussi crachait-il sur Cédric et les autres champions, et sur tous les autres prodiges de l'école. Il avait même menacé le capitaine de son équipe de Quidditch lorsque celui-ci avait attiré trop de louanges.

A ceux qui lui faisaient de l'ombre, s'ajoutait la longue liste de sang-de-bourbe et de sang-mêlés qui ne méritaient pas, selon lui, d'étudier dans la prestigieuse école qu'était Poudlard. Il passait son temps, lorsqu'il en avait l'occasion, à se moquer des gens qui n'étaient pas comme lui, et lorsqu'il n'en avait pas l'occasion, à la chercher. Il insultait sans aucune pitié ni regard sur les conséquences de ses mots, en particulier sur sa petite amie.

Il avait par ailleurs assumé la haute lignée de celle-ci. Ce n'est que lorsqu'elle lui avait révélé, lors de la rupture, qu'elle était de sang-mêlé – mensonge éhonté mais autant mentir lorsqu'il n'y a pas de vérité – qu'il avait compris son erreur. Et que ça lui serve de leçon, pensa Estelle.

- Eh bien en fait... commença-t-elle.

Toutes ces raisons, et ces comportements immatures et stupides avaient poussé Estelle à abandonner la lutte. Pendant un temps, avoua-t-elle à ses amies, elle avait cru pouvoir changer Drago, et faire de lui quelqu'un de bien. Il s'avérait qu'il était une peine perdue. Les conversations controversées qu'elle avait eues avec lui ne menaient nulle part. Ça avait été comme si elle dialoguait avec un sourd.

Alors si Estelle ne pouvait pas le changer, il restera ainsi, mais sans elle. Raison pour laquelle elle avait fini par couper court à leur relation au cours d'une énième dispute.

Alors pourquoi se sentait-elle si mal ? Pourquoi se sentait-elle soudain si seule ? Elle avisa ses amies qui l'entouraient, écoutant et approuvant son récit, la soutenant, et elle pleura. Les larmes roulèrent sur ses joues sans qu'elle puisse les retenir, et bientôt, elle éclata en sanglots incontrôlables, de ceux qu'on ne voit jamais dans les films, avec plein de morve et de reniflements sonores.

Au fur et à mesure de son récit, elle s'était rendue compte de la véritable raison de sa douleur. La terrible vérité, qu'elle n'avouera jamais à ses amies, était qu'elle était faible. Elle avait voulu être un pilier pour elles, après les épreuves et les pertes qu'elles avaient subies, mais elle n'était pas aussi forte que cela. C'était impossible, elle avait aussi besoin d'un pilier, et c'était Drago qui avait occupé cette place, prenant soin d'elle, la serrant dans ses bras, la faisant se sentir réellement bien, pour une fois depuis bien longtemps.

Elle mit enfin les mots sur la réalité : elle était tombée amoureuse. Elle était tombée amoureuse d'un personnage de fiction, pire, de fanfiction : idyllique et irréaliste. Mais cette image n'était pas la réalité, c'était un amour voué à périr.

Elle ne parlait plus, et nul autre ne savait trop quoi dire, voyant bien que leurs mots étaient inutiles. Ce fut Maureen, celle qui la connaissait le mieux, qui trouva la meilleure solution pour sécher ses larmes : changer de sujet et, tout simplement, passer à autre chose.

- En parlant de garçons, je dois vous parler de quelque chose.

Son entrée en la matière était maladroite, aussi s'attira-t-elle les regards plus que surpris de ses amies. Estelle engouffra une énorme par de chocolat dans sa bouche pour sécher ses larmes, et lui prêta toute son attention.

- Les jumeaux Weasley n'ont pas arrêté de me prendre pour cible de leurs farces cette année, et je compte bien me venger.

Sa déclaration eut l'effet escompté, les joues de sa meilleure amie étaient sèches, et bien qu'elle ait encore une moue triste sur le visage, elle semblait moins tourmentée qu'il y a cinq minutes.

- J'ai besoin de vous, conclut Maureen.

Et elle leur raconta le plan qu'elle avait mis plus d'un mois à élaborer.

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Maureen avait pris soin de réfléchir des mois durant à la blague qu'elle voulait faire aux jumeaux. Elle ne voulait pas se faire prendre évidemment, mais elle voulait quand même que les rouquins puissent savoir qui était à l'origine de la farce dont ils seraient l'objet. C'est comme ça qu'était venue l'idée des costumes de Cendrillon. C'est en songeant à comment les immobiliser qu'elle avait pensé aux poupées à bascule. Elle avait rigolé toute seule pendant bien dix minutes en les imaginant se balancer d'avant en arrière indéfiniment. Cependant son véritable éclair de génie était d'avoir réussi à les battre sur un terrain qu'ils n'avaient jamais pu conquérir : elle avait réussi à avoir la confiance de Peeves pour l'avoir à ses côtés.

Une fois la théorie au point, la pratique ne fut pas évidente à mettre en place. Elle avait dû trouver des costumes moldus, mais aussi citrouille, faire une potion et trouver le sort adéquat. Heureusement, elle avait pu compter sur l'aide de ses amis : le Club des Cinq évidemment, mais aussi les Maraudeurs, et même indirectement, Hagrid et Neville. Beaucoup s'étaient rendus compte de l'agitation de la jeune fille, mais personne n'avait réussi à récolter toutes les pièces du puzzle pour comprendre où elle voulait en venir.

C'était le jour de la rupture d'Estelle qu'elle avait réussi à trouver le dernier élément qui lui manquait. Les cinq françaises qui faisaient tout leur possible pour changer les idées de la Serdaigle s'étaient penchées sur la manière de pouvoir avoir la confiance de Peeves. Et Merlin sait que c'était le meilleur moyen de changer les idées de la nouvelle célibataire.

Pour la première fois depuis longtemps connaître l'histoire à l'avance n'était pas apparue à Maureen comme une malédiction, au contraire. C'est en recherchant dans leurs souvenirs des différents tomes de la saga qu'elles s'étaient souvenues du point faible de Peeves : Le Baron Sanglant. Il leur suffisait de révéler à Peeves le talon d'Achille du fantôme, que par chance elles connaissaient toutes depuis quelques années, depuis leur première lecture du tome sept pour être exacte. Il fallait juste espérer que l'histoire entre la Dame Grise et le Baron Sanglant soit la même dans ce monde ci.

Dès le lendemain, Maureen était partie à la recherche de l'esprit frappeur afin de lui proposer son marché. Elle le trouva en plein milieu de son activité favorite : le lancer de bombabouse sur les premières années. Malgré l'interruption impromptue de Maureen, Peeves avait accepté, enchanté de jouer un tour à deux des plus grands farceurs du château. D'autant qu'elle lui avait procuré un moyen de se défendre contre le Baron Sanglant, fantôme qu'il craignait par-dessus tout, enfin jusque-là. C'est ainsi qu'une semaine plus tard, la première partie du plan de la Poufsouffle se mettait en place.

Maureen, Julia et Ophélie se trouvaient aux abords de la Grande Salle, attendant l'arrivée, sans aucun doute imminente, des jumeaux Weasley. Lorsque les têtes rousses apparurent dans le paysage les jeunes filles entamèrent un dialogue digne des plus grandes pièces de théâtre.

- Les filles j'ai le dernier élément de la blague contre les jumeaux, commença Maureen bien trop fort pour que ce soit naturel.

- Ah bon ? Et qu'est-ce que c'est ? demanda Julia feignant plus ou moins bien la surprise.

- J'ai réussi à avoir Peeves de mon côté, enchaîna Maureen toujours aussi fort.

- Nooooon pas possible, mais t'as fait comment ? continua Ophélie avec un naturel douteux.

- C'était plutôt simple en fait, j'ai juste eu à chanter une chanson un peu honteuse en public et devant lui.

- Hahaha ria faussement Julia, et bien ça y est tu as tout en place pour la semaine prochaine.

A ce moment-là les deux Serdaigle qui manquaient au groupe des françaises arrivèrent.

- C'était quoi ça ? demanda Estelle effarée.

- Ben ce qu'on avait dit, commença Ophélie on fait croire au jumeau qu'ils ont une longueur d'avance sur la blague de Maureen. On leur donne envie d'aller voir Peeves et comme ça …

- Je sais bien ce qu'on avait prévu la coupa Estelle, mais sérieusement après un an à mentir à tout le monde, vous allez pas me dire que vous pouviez pas jouer la comédie mieux que ça ?

- Ben… commença Maureen, mais elle n'eut même pas le temps de répondre à Estelle que Jessica les interrompit,

- C'est pas grave ça à l'air d'avoir fonctionné, déclara la rousse.

Les deux frères étaient en effet entrain de chuchoter tout en fixant le groupe de françaises. A peine quelques heures plus tard, cela se confirma lorsque Peeves revint vers Maureen en lui disant que les jumeaux étaient venus à sa rencontre en entamant une chanson paillarde. Molly aurait rougi de honte et de colère en entendant les paroles qui sortant de la bouche de ses fils. Comme convenu l'esprit frappeur avait dit au jumeaux qu'un couloir entre les cours n'était pas digne de farceurs comme eux et qu'il les attendait devant une audience plus grande, il avait ajouté que sa chanson préférée était Un chaudron plein de passion de Celestina Moldubec et qu'il serait surement dans la Grande Salle aux alentours de vingt heures le lendemain.

C'est donc aussi angoissée qu'avant un examen que Maureen s'était rendue dans la Grande Salle pour le dîner du lendemain soir. Toutes les françaises s'étaient retrouvées à la table des Poufsouffle pour assister au spectacle. Elles eurent à peine le temps de remplir leurs assiettes de salade de pommes de terre que Fred et George entrèrent triomphant dans la Grande Salle. Se plaçant dos à la table des professeurs et face à la quasi entièreté des élèves du château ils commencèrent à chanter.

« Oh, viens, viens remuer mon chaudron

Et si tu t'y prends comme il faut

Je te ferai bouillir une grande passion »

Ils n'eurent cependant pas le loisir de terminer leur dernière phrase puisque à peine eurent ils prononcé le mot passion que leurs corps commencèrent à se métamorphoser. Leurs jambes se rétractèrent jusqu'à devenir une grosse boule sur laquelle ils commencèrent à se balancer d'avant en arrière sans pouvoir rien faire. Leur torse et leur tête devinrent aussi raide que du bois sous le regard ébahi des élèves et du corps professoral.

C'est à ce moment-là que Peeves traversa les portes closes de la Grande Salle dans une entrée théâtrale, une citrouille géante dans la main. Il s'arrêta quelques secondes près des jumeaux, se délecta de leur expression d'ahurissement figé, puis s'éloigna de quelques mètres afin de prendre de l'élan. Comme un pro du bowling qu'il n'était pas, il lança la citrouille sur les pantins à bascules qu'étaient devenus les jumeaux qui se retrouvèrent face contre terre. Mais encore une fois ils n'eurent pas le temps de comprendre ce qui se passait que leur corps se métamorphosa de nouveau au contact de la citrouille.

Ils sentirent leurs jambes revenir, leur torse perdre leur raideur. Pourtant lorsqu'ils voulurent se relever ils finirent une nouvelle fois le postérieur sur le sol. En effet sur leur pied trônait désormais de magnifiques pantoufles de verre, ou plutôt d'un matériau plus solide y ressemblant fortement. Les chaussures allaient de pair avec le reste des vêtements des jeunes hommes qui étaient désormais habillés de magnifiques costumes de Cendrillon. A la différence près qu'ils étaient de mauvaise qualité et bien trop petit pour eux.

La Grande Salle, une fois la surprise passée, avait éclaté d'un rire commun attendant chaque nouveau rebondissement. Peeves s'était alors placé devant les jumeaux pour saluer en une acrobatie son public avant de repasser au travers des portes closes de la pièce.

Les jumeaux, pliés de rire eux-aussi, vinrent rejoindre Maureen à la table des Poufsouffle pour la féliciter. Quelle ingéniosité dans cette revanche, jamais ils n'auraient trouvé mieux. Cela valait le coup qu'ils restent dans cet accoutrement de princesse encore un peu.

La française dîna avec eux tout en détaillant les différentes étapes du processus de sa blague, et c'est toute heureuse qu'elle retourna vers sa salle commune une fois l'heure venue. Beaucoup d'élèves l'abordèrent pour s'enthousiasmer de son opération, même le professeur Chourave la félicita, heureuse d'être vengée des méfaits des deux garnements. Elle eut ainsi l'espérance de ne pas avoir de retenue pour le dérangement qu'elle avait causé.

C'est un immense sourire de satisfaction aux lèvres qu'elle se coucha ce soir-là, et, pour une fois, elle dormit à poings fermés.

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