21

LES MEFAITS D'UMBRIDGE

Le soir venu, lorsque Megan regagna son dortoir en espérant passer une nuit calme, elle trouva Lavender et Parvati qui l'attendaient de pied ferme, bondissant de leurs lits dès que la jeune fille passa la porte.

- Il faut qu'on te parle, annonça Patil.

- Et moi il faut que je dorme, répliqua Megan en tirant les draps de son lit, leur tournant délibérément le dos.

- On a passé tout le week-end à réfléchir, insista sa camarade.

- Ça alors, c'est si exceptionnel qu'il est nécessaire de m'en parler ?

- Tu sais, lança Lavender, c'est exactement avec ce genre d'attitude méprisante et froide que tu passes pour une fille capable de tuer des gens.

- Je n'ai jamais dit que je n'étais pas capable de tuer des gens.

Il y eut un silence pesant dans la pièce, alors que Megan s'asseyait dans son lit à baldaquin. Elle s'apprêtait à tirer les rideaux pour se couper de ses deux camarades, mais la déclaration de Lavender la fit hésiter :

- On te croit, quand tu dis que Tu-Sais-Qui est de retour.

- Ça vous en a pris du temps, lança Megan, dissimulant sa surprise derrière son habituel bouclier de morgue.

- On veut bien croire tout ce que Dumbledore a dit l'année dernière, renchérit Parvati, semblant chercher de la reconnaissance, du soulagement, ou n'importe quelle espèce d'émotion positive chez sa camarade. Ça veut dire… qu'on veut bien croire que tu as été enlevée par Tu-Sais-Qui et que… que tu n'as pas tué Cedric Diggory.

Elle fit tout pour le dissimuler, mais Megan sentit comme un poids disparaître de ses épaules. Lavender et Parvati guettèrent sa réaction, mais elles n'eurent pas l'occasion de la voir leur sauter au cou en les remerciant chaleureusement de cesser de la soupçonner d'avoir assassiné l'un de ses amis.

- C'est bien, dit-elle seulement avant de tirer ses rideaux. Si vous commencez à ouvrir les yeux, vous ne serez peut-être pas les prochaines à mourir.


Le lendemain matin, une amusante surprise attendait Megan et Hermione. Alors qu'elles s'apprêtaient à sortir de leur dortoir, un bruit assourdissant, semblable au gémissement d'une sirène, retentit sourdement puis des éclats de rire leur parvinrent. Lorsqu'elles s'approchèrent de l'escalier qui menait à la salle commune, elles trouvèrent celui-ci transformé en toboggan à spirale, et à son pied Ron et Potter qui s'en plaignaient :

- Ce n'est pas juste ! Hermione et Megan ont le droit de venir dans notre dortoir, je ne vois pourquoi nous, nous ne pourrions pas...

- Oh, c'est un règlement un peu vieillot, leur répondit Hermione qui venait de glisser sur le toboggan et s'était arrêtée en pleine course sur un tapis, juste devant eux.

Elle se releva et Megan arriva juste derrière elle.

- Dans L'Histoire de Poudlard, on explique que les fondateurs trouvaient les garçons moins dignes de confiance que les filles, expliqua Megan avec un sourire qui exprimait à quel point elle ne trouvait pas cela réaliste.

- Et au fait, pourquoi avez-vous essayé de monter là-haut ? demanda Hermione.

- Pour vous voir... Regardez ça ! dit Ron en entraînant Megan et Hermione vers le tableau d'affichage de la salle commune.

Un grand écriteau y était placardé, si grand qu'il avait recouvert tout le reste – la liste des grimoires d'occasion à vendre, les habituels rappels au règlement de Filch, le programme des séances d'entraînement de Quidditch, les propositions d'échange de cartes de Chocogrenouille, les petites annonces des jumeaux pour recruter de nouveaux cobayes, les dates des week-ends à Pré-au-Lard et les messages concernant des objets trouvés ou perdus. L'écriteau était imprimé en grandes lettres noires et un sceau à l'aspect très officiel y était apposé, à côté d'une signature ronde et nette.

PAR ORDRE DE LA GRANDE INQUISITRICE DE POUDLARD

Toutes les organisations, associations, équipes, groupes et clubs d'élèves sont dissous à compter de ce jour.

Une organisation, association, équipe, groupe ou club se définit par le rassemblement à intervalles réguliers de trois élèves ou plus.

L'autorisation de former à nouveau de tels rassemblements doit être demandée à la Grande Inquisitrice (professeur Umbridge).

Aucune organisation, association, équipe, groupe ou club d'élèves ne peut exister sans l'approbation de la Grande Inquisitrice.

Tout élève fondateur ou membre d'une organisation, association, équipe, groupe ou club qui n'aurait pas été approuvé par la Grande Inquisitrice serait immédiatement renvoyé de l'école.

DÉCRET D'ÉDUCATION NUMÉRO VINGT- QUATRE

Les mesures ci-dessus sont prises conformément au décret d'éducation numéro vingt-quatre.

Signé : Dolores, Jane, Umbridge, Grande Inquisitrice

Le visage d'Hermione se figea.

- Quelqu'un a dû tout lui raconter ! dit Ron avec colère.

- C'est impossible, assura Megan.

- Je ne te croyais pas aussi naïve ! Tu crois que sous prétexte que vous êtes tous des gens de bonne compagnie...

- Je ne suis pas franchement quelqu'un de bonne compagnie, Ronald. Et, c'est impossible pour la bonne raison qu'Hermione et moi avons ensorcelé le morceau de parchemin qu'on a tous signé, le coupa Megan, menaçante.

- Crois-moi, si quelqu'un nous dénonce à Umbridge, nous saurons exactement qui c'est et il le regrettera amèrement, assura Hermione d'un ton féroce.

- Qu'est-ce qu'il lui arrivera ? demanda Ron d'un air avide.

- Disons que, par comparaison, l'acné d'Éloïse Midgen apparaîtra comme de ravissantes petites taches de rousseur, sourit Megan tout aussi férocement.

- Venez, descendons prendre le petit déjeuner, on verra ce que les autres en pensent... Je me demande si la même chose a été affichée dans toutes les maisons.

Dès qu'ils entrèrent dans la Grande Salle, il fut évident que l'annonce d'Umbridge n'était pas réservée aux seuls Gryffondor. Une intensité particulière animait les conversations et l'on remarquait davantage de mouvement que d'habitude, les élèves passant d'une table à l'autre pour discuter de ce qu'ils venaient de lire. Megan, Ron, Hermione et Potter s'étaient à peine assis que Neville, Fred, George et Ginny fondirent sur eux.

- Vous avez vu ça ?

- Vous croyez qu'elle est au courant ?

- Qu'est-ce qu'on va faire ?

Tous les regards étaient tournés vers Potter qui jeta un coup d'œil autour de lui pour s'assurer qu'aucun professeur ne pouvait les entendre.

- On va le faire quand même, bien sûr, dit-il à voix basse.

- Je savais que tu dirais ça, se réjouit George, le visage rayonnant en donnant à Potter une tape sur le bras.

- Les préfets sont d'accord ? demanda Fred, avec un regard interrogateur en direction de Ron et d'Hermione.

- Bien entendu, répondit froidement Hermione.

- Voilà Ernie et Hannah Abbott, dit Ron en regardant par-dessus son épaule. Et aussi les types de Serdaigle et... Aucun d'eux n'a l'air d'avoir de boutons.

Hermione sembla inquiète.

- Peu importe les boutons, il ne faut surtout pas qu'ils viennent nous voir maintenant, ce serait vraiment stupide... « Asseyez- vous ! » dit-elle à Ernie et à Hannah en remuant largement les lèvres, avec des gestes frénétiques pour leur dire de rejoindre la table de Poufsouffle. Plus tard ! Nous-parlerons-plus-tard, ajouta-t-elle, toujours silencieusement.

- Je vais aller prévenir Michael, dit Ginny d'un ton amer, en pivotant sur son banc pour se lever. Quel imbécile, vraiment.

Elle se précipita vers la table des Serdaigle et Megan la suivit des yeux en se demandant pourquoi Corner était un imbécile. Kevan s'y trouvait également, et bien entendu il n'avait aucun bouton. Il écoutait les récriminations de Roger Davies, qui semblait furieux de quelque chose. Megan comprit pourquoi au moment où elle et les trois autres quittèrent la Grande Salle pour se rendre au cours d'histoire de la magie.

- Harry ! Ron !

Angelina se hâtait vers eux. Elle semblait au désespoir.

- Ça ne fait rien, dit Potter à voix basse lorsqu'elle fut suffisamment près pour l'entendre. On va quand même continuer...

- Est-ce que vous vous rendez compte que ça concerne aussi le Quidditch ? l'interrompit Angelina. Il faut qu'on aille lui demander la permission de reconstituer l'équipe !

- Quoi ?

- Impossible ! s'exclama Ron, effaré.

- Tu as lu l'avis, il parle également des équipes ! gémit Angelina, au bord des larmes. Alors, écoute, Harry, je te dis ça pour la dernière fois... S'il te plaît, s'il te plaît, ne recommence pas à t'énerver avec Umbridge sinon, elle peut nous interdire définitivement de jouer !

- D'accord, d'accord, répondit Potter. Ne t'inquiète pas, je ferai attention...

- Je parie qu'on va retrouver Umbridge au cours d'histoire de la magie, dit sombrement Ron tandis qu'ils prenaient le chemin de la classe de Binns. Elle ne l'a pas encore inspecté... Je te parie ce que tu veux qu'elle est là-bas...

- Je ne vois pas ce qu'elle pourrait faire contre Binns, commenta Megan. Même mourir ne l'a pas empêché de continuer à faire cours.

Ron se trompait effectivement. A leur entrée dans la classe, Binns était seul, flottant comme d'habitude à quelques centimètres au-dessus de sa chaise, prêt à poursuivre son exposé soporifique sur les guerres des géants. Tout en prenant ses notes, Megan s'interrogeait : si aucune des personnes ayant assisté à la réunion du week-end n'avait révélé leur projet, se pouvait-il que cette nouvelle réglementation ne soit qu'une pure coïncidence ? C'était peu probable. Mais alors comment Umbridge avait-elle su ? Potter avait-il eu raison de s'inquiéter des personnes qui dissimulaient leur visage à la Tête de Sanglier ? Danny aurait-il trahi sa confiance ? Après tout, lui n'avait pas signé le parchemin.

Ses réflexions furent interrompues par un coup de coude de Hermione. La jeune fille lui désigna la fenêtre avant d'attirer l'attention de Potter sur ce même point. Hedwig était perchée sur l'étroit rebord, une lettre attachée à la patte – probablement la réponse de Sirius à la récente « commande de Bombabouses ». Il était étonnant qu'elle ne se soit pas présentée lors du petit-déjeuner. Sirius lui avait-il demandé d'être discrète ? Si c'était le cas, elle ne remplissait pas bien sa mission : à présent, plusieurs élèves la montraient du doigt.

- J'ai toujours adoré cette chouette, elle est tellement belle, chuchota Lavender à Parvati.

Binns continuait de lire sereinement ses notes, sans s'apercevoir le moins du monde que l'attention de la classe était encore moins centrée sur lui qu'à l'ordinaire. Potter glissa en silence de sa chaise, se pencha en avant et se faufila très vite entre les rangées de tables en direction de la fenêtre qu'il ouvrit lentement. Hedwig sauta à l'intérieur de la classe en poussant un hululement plaintif. Potter referma la fenêtre, jeta un regard inquiet à Binns puis, toujours penché en avant, se dépêcha de regagner sa place, Hedwig sur son épaule. Lorsqu'il se fut rassis, il posa sa chouette sur ses genoux et détacha la lettre de sa patte.

- Elle est blessée ! murmura-t-il en penchant la tête pour l'examiner de plus près.

Megan, Ron et Hermione regardèrent à leur tour. Hermione posa même sa plume.

- Vous voyez, elle a l'aile de travers...

Hedwig tremblait. Lorsque Potter voulut lui toucher l'aile elle sursauta légèrement, les plumes hérissées, comme si elle se gonflait à la manière d'un ballon, et lui jeta un regard de reproche.

- Professeur Binns, dit le garçon à haute voix.

Toute la classe se tourna vers lui.

- Je ne me sens pas très bien.

Binns leva les yeux de ses notes, stupéfait, comme à son habitude, de voir devant lui une classe remplie d'élèves.

- Vous ne vous sentez pas bien ? répéta-t-il d'un air absent.

- Non, pas bien du tout, déclara fermement Potter.

Il se leva, Hedwig cachée derrière son dos.

- Il faut que j'aille à l'infirmerie.

- Oui, dit Binns, pris au dépourvu. Oui... Oui, l'infirmerie... Eh bien, allez- y, Perkins...

Il n'y avait que lui pour ne pas connaître le nom de ses élèves, pas même celui du célèbre Harry Potter. Ce dernier quitta la classe en continuant de dissimuler sa chouette au regard du professeur, laissant Ron et Hermione se jeter des coups d'œil interrogateurs. Megan, elle, reporta son attention sur le cours que dictait Binns et sa prise de notes.

- Vous avez déjà entendu parler de hiboux qui arrivaient ici blessés ? s'enquit Hermione lorsqu'ils quittèrent la salle à la fin du cours.

Ils se dirigeaient vers la cour de récréation.

- Il y avait bien Errol, mais ce n'étaient pas des blessures, plutôt un épuisement chronique consternant, fit observer Megan.

- C'est un vieux hibou, lui rappela Ron, grognon. Il était très efficace, en son temps.

- Quand on était en Egypte, il a atterri dans mon chocolat chaud et Ginny a eu des plumes plein la bouche.

- Oui, je crois que Bill en rigole encore beaucoup.

- Je ne parle pas de ça, s'agaça Hermione. Vous avez vu l'état de Hedwig, non ? Vous ne pensez pas que quelqu'un a pu lui faire ça ?

- Quelqu'un ? répéta Ron. Pourquoi une personne blesserait une chouette ?

- Ce n'était pas juste une chouette, c'est celle de Potter, fit observer Megan.

La théorie de Hermione calquait avec celle selon laquelle Filch avait tenté de lire son courrier sur ordre d'Umbridge.

- Pire encore, poursuivit-elle, c'est la chouette qui portait un message au fugitif le plus recherché d'Europe.

Un vent fort soufflait sur la cour. Tous trois se réfugièrent dans un coin, relevant le col de leurs capes pour s'en protéger.

- Harry revient, annonça Ron en faisant signe à son meilleur ami.

- Comment va Hedwig ? demanda Hermione d'un ton anxieux, dès qu'il fut à portée de voix.

- Où est-ce que tu l'as emmenée ? ajouta Ron.

- Je l'ai confiée à Grubbly-Plank, répondit Potter. Et j'ai rencontré McGonagall... Écoutez, elle m'a dit avec un drôle d'air que les voies de communication de Poudlard sont étroitement surveillées.

Megan, Ron et Hermione échangèrent un regard significatif.

- Quoi ? s'enquit Potter en les regardant alternativement.

- J'étais justement en train de dire à Ron et à Megan que quelqu'un aurait pu essayer d'intercepter Hedwig, répondit Hermione. Elle n'avait jamais été blessée jusqu'à maintenant.

- Au fait, de qui est la lettre ? demanda Ron en la lui prenant des mains.

- Sniffle, répondit Potter à voix basse, confirmant les soupçons de Megan.

Le parchemin ne contenait que cinq mots de la main de Sirius :

Aujourd'hui, même heure, même endroit.

- Même heure, même endroit, ça veut dire la cheminée de la salle commune ? s'enquit Ron.

- Bien entendu, dit Hermione qui lisait également le mot.

Elle parut mal à l'aise.

- J'espère que personne n'a vu ça...

- Le rouleau était bien scellé, répondit Potter. D'ailleurs, si on ignore l'endroit où nous lui avons parlé, personne ne peut comprendre de quoi il s'agit, non ?

- Je ne sais pas, dit Hermione, inquiète, en remettant son sac l'épaule alors que la cloche retentissait à nouveau.

- Ce n'est pas très difficile de sceller le parchemin une deuxième fois en appliquant une formule magique, leur fit remarquer Megan.

- Et si le réseau des cheminées est surveillé... mais je ne vois pas comment on pourrait lui écrire de ne pas venir sans que la lettre soit elle aussi interceptée ! Dit Hermione, anxieuse.

Ils descendirent d'un pas pesant les marches de pierre qui menaient au cachot où avait lieu le cours de potions, tous les quatre perdus dans leurs pensées. Mais lorsqu'ils atteignirent le pied de l'escalier, ils furent ramenés à la réalité immédiate par la voix de Draco. Debout devant la porte de la classe, il brandissait un parchemin d'aspect officiel et parlait plus fort qu'il n'était nécessaire pour être sûr que tout le monde l'entende.

- Oui, Umbridge a tout de suite donné à l'équipe de Quidditch de Serpentard la permission de continuer à jouer. Je suis allé la lui demander dès ce matin et ça s'est fait d'une manière quasiment automatique. Elle connaît assez bien mon père, il va toujours faire un tour au ministère... Ce serait intéressant de savoir si Gryffondor a reçu l'autorisation de maintenir son équipe.

- Ne vous énervez pas, murmura Hermione d'un ton implorant en voyant Ron et Potter fixer Draco, le visage figé et les poings serrés et Megan prête à s'interposer. C'est exactement ce qu'il cherche.

- Je veux dire par là, poursuivit Draco qui éleva un peu plus la voix, ses yeux gris lançant des lueurs malveillantes à Ron et Potter, que c'est une question d'influence auprès du ministère. Je ne pense pas qu'ils aient une grande chance... D'après ce que m'a raconté mon père, il y a des années qu'ils cherchent un motif pour licencier Arthur Weasley... Quant à Potter... Mon père dit que ce n'est plus qu'une question de temps avant que le ministère l'expédie à Ste Mangouste... Il paraît qu'ils ont un service spécial pour les gens qui ont le cerveau ramolli par un excès de magie.

Draco fît une grimace grotesque, la mâchoire pendante, les yeux roulant dans leurs orbites. Crabbe et Goyle éclatèrent de leur rire habituel, semblable à un grognement, et Pansy Parkinson hurla de joie. Soudain, une silhouette bouscula puissamment Megan et ses amis, fonçant droit vers Draco.

- Neville, non ! S'exclama Megan.

Potter fit un bond en avant et attrapa un pan de la robe de Neville qui se débattait avec frénésie. Ses poings décrivaient des moulinets en essayant désespérément d'atteindre Draco. Pendant quelques instants, celui-ci parut stupéfait.

- Aide-moi ! lança Potter à Ron.

Il avait réussi à passer un bras autour du cou de Neville et à le tirer en arrière, à l'écart des Serpentard. Crabbe et Goyle firent jouer leurs biceps en se postant devant Draco, prêts à la bagarre. Ron saisit les bras de Neville et parvint avec Potter à le ramener dans les rangs des Gryffondor. Neville avait le visage écarlate. La pression que le bras de Potter exerçait sur sa gorge rendait pratiquement incompréhensible ce qu'il essayait de dire mais quelques mots isolés parvinrent à franchir ses lèvres.

- Pas... drôle... ne jamais... Mangouste... lui... montrer...

Megan, horrifiée, comprit que la remarque de Draco lui avait parut directement dirigée contre ses parents, qu'elle savait hospitalisés, devenus fous après avoir été torturés par des Mangemorts, dont Bellatrix, la tante de Draco.

La porte du cachot s'ouvrit et Snape apparut. Ses yeux noirs balayèrent la file des Gryffondor jusqu'à l'endroit où Ron et Potter se débattaient encore avec Neville.

- En pleine bagarre, Potter, Weasley, Longbottom ? dit Snape de sa voix froide et ironique. Dix points de moins pour Gryffondor, Lâchez Longbottom, Potter, sinon c'est la retenue. Entrez, tout le monde.

Potter s'exécuta. Neville essaya de retrouver son souffle en lui lança un regard furieux.

- Il fallait bien que je t'arrête, haleta Potter en prenant son sac par terre. Crabbe et Goyle t'auraient mis en pièces.

Neville ne répondit rien. Il se contenta de ramasser son propre sac d'un geste brusque et entra dans le cachot.

- Au nom de Merlin, qu'est-ce qui t'a pris ? demanda Ron d'une voix lente alors qu'ils emboîtaient le pas de Neville.

- Laisses-le tranquille, dit sèchement Megan.

- Depuis quand ça ne te dérange pas qu'on s'en prenne à Malfoy ? répliqua Ron.

La jeune fille ne répondit pas, espérant que le sujet serait rapidement évacué. Chacun prit sa place dans la classe et sortit plumes, parchemins et leur exemplaire du livre intitulé Mille herbes et champignons magiques. Autour d'eux, les élèves chuchotaient en commentant le coup de colère de Neville mais lorsque Snape claqua la porte avec un grand bang ! tout le monde se tut immédiatement,

- Vous remarquerez, dit le professeur de sa voix basse et narquoise, que nous avons une invitée, aujourd'hui.

Il fit un geste vers le coin le plus sombre du cachot et Megan vit Umbridge qui s'était assise là, son bloc-notes sur les genoux. La confrontation entre elle et Snape allait être intéressante.

- Aujourd'hui, nous allons poursuivre la préparation de notre solution de Force, annonça le professeur sans émoi. Vous trouverez vos mélanges là où vous les avez laissés à la dernière leçon. S'ils ont été préparés correctement, ils devraient avoir bien évolué au cours du week-end. Les instructions – il agita sa baguette – figurent au tableau. Allez-y.

Umbridge passa la première demi-heure du cours à prendre des notes dans son coin. Megan se désintéressa rapidement d'elle pour observer Neville. Livide, il était plus que jamais en train de rater sa préparation – avec Umbridge qui le surveillait, Snape allait être plus sévère encore que d'ordinaire.

- Ça suffit, siffla-t-elle en le voyant qui s'apprêter à ajouter des feuilles de persil dans son chaudron au lieu des racines de Mandragore. Si tu continues comme ça, tu vas tout faire exploser.

Gardant un œil sur sa propre préparation qui bouillonnait doucement, comme le prévoyaient les instructions au tableau, elle s'affaira à rattraper le désastre de son camarade de classe dans le dos de leur professeur penché sur le chaudron de Dean Thomas.

Après quelques instants, Umbridge quitta son siège et s'avança entre deux rangées de tables.

- Cette classe me semble très avancée par rapport au niveau habituel, dit-elle brusquement, dans le dos de Snape. Je me demande toutefois s'il est très raisonnable de leur apprendre une potion comme la solution de Force. Je pense que le ministère préférerait la voir disparaître du programme.

Snape se redressa lentement et se tourna pour la regarder.

- Maintenant, dites-moi... Depuis combien de temps enseignez- vous à Poudlard ? demanda Umbridge, la plume suspendue au-dessus de son bloc-notes.

- Quatorze ans, répliqua Snape, le visage insondable.

- Je crois que vous avez d'abord posé votre candidature au poste de professeur de défense contre les forces du Mal ? demanda Umbridge.

Megan eut un sourire sarcastique tandis qu'elle réduisait le feu sous le chaudron de Neville et y versait précautionneusement trois gouttes de glycérine.

- Oui, répondit Snape à mi-voix.

- Mais sans succès ?

Snape pinça les lèvres.

- De toute évidence.

Umbridge griffonna sur son bloc-notes.

- Et, depuis que vous êtes entré dans cette école, vous avez régulièrement renouvelé votre candidature à ce poste, je crois ?

- Oui, répondit Snape en remuant à peine les lèvres.

Il avait l'air furieux.

- Avez-vous une idée de la raison pour laquelle Dumbledore vous a systématiquement refusé cette matière ? interrogea Umbridge.

- Je vous suggère de lui poser la question vous-même, répliqua Snape d'une voix hachée.

- Je n'y manquerai pas, assura Umbridge avec un aimable sourire.

- Il était vraiment indispensable d'évoquer ce sujet, j'imagine, dit Snape en plissant ses yeux noirs.

- Oh oui, répondit Umbridge. Le ministère souhaite connaître le mieux possible les... heu... différents éléments de la personnalité des enseignants.

Elle le laissa là et s'approcha de Pansy Parkinson pour lui poser quelques questions sur les cours de potions en général. Snape se tourna vers Potter, dont la potion formait d'horribles grumeaux et dégageait une forte odeur de caoutchouc brûlé.

- Cette fois encore, vous n'aurez pas de note, Potter, dit-il d'un ton malveillant en vidant le chaudron d'un coup de baguette magique. Vous allez me rédiger une dissertation sur la composition de cette potion en expliquant comment et pourquoi vous vous êtes trompé. Vous me rendrez ça au prochain cours, c'est compris ?

- Oui, répondit le garçon avec fureur.

Neville, lui, échappa à ces devoirs supplémentaires et, à la fin de l'heure, il semblait quelque peu apaisé. Megan le contraignit à manger quelque chose au déjeuner puis lui posa sur les Champifleurs des questions dont elle connaissait déjà les réponses mais qui eurent pour effet de sortir le garçon de sa torpeur.

Longbottom n'était pas le seul à passer une mauvaise journée : après le déjeuner, lorsqu'ils quittèrent Hermione pour leur cours de divination, Megan, Ron et Potter eurent la surprise de voir leur professeur poser brutalement ou jeter les exemplaires de L'Oracle des rêves aux élèves.

- Bon, allons-y ! lança-t-elle d'une aiguë et un peu hystérique. Vous savez ce que vous avez à faire. A moins que je sois un professeur d'un niveau à ce point insuffisant que vous n'ayez même pas appris à ouvrir un livre.

Les élèves l'observèrent d'un air perplexe puis échangèrent des regards. Alors que Trelawney retournait à grands pas rageurs s'asseoir dans son fauteuil à dossier haut, ses immenses yeux remplis de larmes de fureur, Potter se pencha vers Megan et Ron et murmura :

- Je crois qu'elle vient de recevoir les résultats de son inspection.

- Professeur ? dit Parvati Patil d'une voix étouffée.

Avec Lavender, elles avaient toujours admiré Trelawney.

- Professeur, il y a quelque chose qui ne va pas ?

- Qui ne va pas ! s'écria Trelawney, la voix frémissante d'émotion. Bien sûr que non ! Tout va très bien ! Hier j'ai été insultée, c'est vrai... Des insinuations ont été lancées contre moi... des accusations infondées portées à mon encontre... à part ça, je le répète, tout va très bien !

Elle prit une profonde inspiration qui la fit frissonner tête aux pieds et détourna son regard, des larmes de colère débordant sous ses lunettes.

- Bien sûr, je ne parlerai pas, dit-elle dans un sanglot, des seize années de bons et loyaux services... Apparemment personne n'y a prêté attention... Mais je ne me laisserai pas faire, ah, ça, non !

- Professeur, qui vous insulte ? demanda timidement Parvati.

- Les institutions ! répondit Trelawney d'une voix grave, dramatique, tremblotante. Tous ces gens trop réglés par le quotidien pour voir comme je vois, pour savoir comme je sais... Oh, bien sûr, nous autres, les voyants, avons toujours été craints, persécutés... C'est, hélas, notre destin.

Elle déglutit avec difficulté, essuya ses joues humides à l'aide d'un coin de son châle puis tira d'une manche un petit mouchoir brodé et se moucha avec force en produisant un son de trompette semblable au bruit grossier que faisait ordinairement Peeves. Ron ricana et Lavender lui lança un regard indigné. Megan, consternée, secoua la tête.

- Professeur, reprit Parvati, vous voulez dire... Est- ce qu'il s'agit de quelque chose que le professeur Umbridge...

- Ne me parlez pas de cette femme ! s'écria Trelawney.

Elle se leva d'un bond, dans un cliquetis de perles, ses grosses lunettes jetant des éclairs flamboyants.

- Veuillez, s'il vous plaît, poursuivre votre travail !

Pendant tout le reste du cours, elle passa parmi eux en marchant à grands pas. Des larmes continuaient de couler sous ses lunettes et elle marmonnait à voix basse des paroles qui sonnaient comme des menaces.

- ... finirai peut-être par démissionner... absolument indigne... mise à l'épreuve... on va voir ça... Comment ose-t-elle... ?

- J'ai rêvé que je passais un examen d'histoire de la magie mais que je ne parlais que de métamorphose –

- Je m'en fous, Malone.


- Pas d'entraînement de Quidditch, annonça Angelina d'une voix caverneuse lorsque, ce soir-là, Megan, Ron, Hermione et Potter entrèrent dans la salle commune en revenant de dîner.

- Mais je ne me suis pas énervé ! s'exclama Potter, horrifié. Je ne lui ai rien dit, Angelina, je te le jure...

- Je sais, je sais, répondit Angelina d'un ton accablé. Elle a simplement dit qu'elle avait besoin d'un peu de temps pour réfléchir.

- Réfléchir à quoi ? lança Ron avec colère. Elle a tout de suite donné aux Serpentard l'autorisation de reformer leur équipe, pourquoi pas à nous ?

Mais Megan imaginait très bien le plaisir que devait éprouver Umbridge à faire planer au-dessus de leurs têtes la menace d'une disparition de l'équipe de Gryffondor et il comprenait aisément pourquoi elle ne voulait pas renoncer trop tôt à cette arme.

- Vipère, siffla-t-elle.

Regardons le bon côté des choses, dit Hermione. Maintenant, au moins, tu auras le temps de faire ton devoir pour Snape !

- C'est ça que tu appelles le bon côté des choses ? s'indigna Potter tandis que Ron contemplait Hermione d'un air incrédule. Pas d'entraînement de Quidditch et encore un peu plus de potions ?

Le garçon s'avachit dans un fauteuil, tira son devoir de potions de son sac et se mit au travail. Megan, elle, réfléchissait en faisant tourner sa baguette entre ses doigts. Umbridge se croyait toute puissante à Poudlard. Trelawney était une véritable mystificatrice, mais ses cours ridicules faisaient partie du charme de leur scolarité, et l'atteinte portée à l'équipe de Gryffondor était la goutte d'eau qui faisait déborder le vase. Elle allait lui passer l'envie de faire sa loi dans le collège : désormais, chaque faux pas de la part du professeur de défense contre les forces du mal se paierait.

La salle commune résonnait ce soir-là d'un incroyable vacarme : Fred et George avaient mis au point leur nouvelle boîte à Flemme dont ils faisaient la démonstration à tour de rôle devant un public enthousiaste et tapageur. D'abord, Fred mordait la partie orange de la Pastille de Gerbe, ce qui avait pour effet immédiat et spectaculaire de le faire vomir dans un seau placé devant lui. Ensuite, il se forçait à avaler la partie violette du bonbon et les vomissements cessaient aussitôt. Lee, qui jouait le rôle d'assistant, débarrassait à intervalles réguliers le seau de son contenu en lançant négligemment les mêmes sortilèges de Disparition qu'utilisait Snape pour vider le chaudron de Potter de ses potions ratées. Les ovations et le bruit des vomissures qui s'écrasaient au fond du seau étaient ponctués par les reniflements sonores et dédaigneux de Hermione.

- Empêche-les donc de continuer ! Dit soudain Potter d'un ton exaspéré après avoir raturé pour la quatrième fois une des lignes de son devoir.

- Impossible, répondit Megan à la place d'Hermione.

Assise dans son fauteuil préféré, elle regardait en souriant les démonstrations du trio infernal.

- Ils ne font rien d'interdit. Ils ont le droit de manger eux-mêmes leurs produits et Hermione n'a trouvé aucun article du règlement qui interdise aux autres élèves d'en acheter.

- Sauf s'il était prouvé que ces substances représentent un danger, précisa Hermione, les dents serrées.

- Ce qui n'est pas le cas, ajouta Megan, victorieuse.

Tous quatre regardèrent George vomir à grands jets dans le seau, avaler le reste de la Pastille puis se redresser, le visage rayonnant et les bras écartés sous les applaudissements prolongés du public. Il adressa un clin d'œil à Megan qui applaudissait elle aussi.

- En fait, je ne comprends pas pourquoi Fred et George n'ont obtenu que trois BUSE chacun, dit Potter en les regardant collecter l'or de la foule avide. Ils savent pourtant faire plein de choses.

- Merci, Potter ! S'exclama Megan.

- Uniquement des choses superficielles qui n'ont pas grande utilité, commenta Hermione avec dédain.

- Pas grande utilité ? dit Ron d'une voix tendue. Hermione, ils ont déjà ramassé vingt-six Gallions.

La foule rassemblée autour des jumeaux mit longtemps à se disperser. Profitant de cette distraction, Megan se glissa hors de la salle commune : elle avait un peu de temps devant elle avant que la tête de Sirius n'apparaisse dans la cheminée. Arpentant les couloirs de l'école, presque vide à cette heure, elle gagna le deuxième étage. La porte du bureau du professeur de défense contre les forces du mal était entrouverte.

- Hominum Revelio, murmura-t-elle.

A travers la porte, elle vit une silhouette translucide se dessiner, dans une position assise, puis disparaître. Umbridge était là. Avec un sourire mauvais, la jeune fille agita de nouveau sa baguette, et deux serpents noirs et luisants jaillirent à son extrémité. Se tortillant sur le sol, ils tournèrent leur tête plate et leurs yeux jaunes vers elle.

- Entrez là-dedans et poursuivez la sorcière, attaquez-la, leur intima-t-elle en Fourchelang à voix basse.

Les deux serpents sifflèrent puis se glissèrent par l'interstice. Il y eut quelques secondes de silence, puis un cri perçant retentit. Megan ne put retenir un ricanement tout en tendant l'oreille pour écouter ce qu'il se passait dans la pièce. Il y eut des sifflements, un grand fracas lorsque la chaise d'Umbridge se renversa. Des bruits sourds et des halètements lui indiquèrent que la sorcière avait bondi sur son propre bureau pour échapper aux reptiles et fouillait désespérément dans son sac à main pour y trouver sa baguette.

- Des serpents ! hurla-t-elle à tue-tête. Il y a des serpents dans mon bureau !

Mais l'étage était vide, à l'exception peut-être de Mimi Geignarde, mais celle-ci ne quittait jamais ses toilettes. Umbridge continua à crier dans le vide, et Megan entendait les serpents siffler tout en tournant autour du bureau où le professeur s'était réfugié. Finalement, il y eut plusieurs explosions lumineuses, et le calme revint.

- Ça, c'était pour l'équipe de Quidditch, murmura Megan avant de tourner les talons.

Elle avait disparu lorsqu'Umbridge, haletante, ouvrit la porte de son bureau à la volée pour inspecter le couloir.

Lorsqu'elle regagna la salle commune, Fred venait de quitter la pièce après avoir fait tinter ostensiblement sa boîte remplie de Gallions, ce qui provoqua un froncement de sourcils d'Hermione. Il était plus de minuit, et ils étaient enfin seuls. Potter entreprit de ranger ses livres tandis que Ron somnolait dans son fauteuil.

- Où est-ce que tu étais ? s'enquit Hermione en voyant son amie les rejoindre.

- Aux toilettes.

- Depuis tout à l'heure ?

- Est-ce que je t'embête sur le temps que tu passes à la salle de bain ?

- J'ai des cheveux très difficiles à peigner –

Ron, émit un grognement étouffé et regarda soudain les flammes de la cheminée d'un œil vitreux.

- Sirius ! dit-il.

La tête sombre et échevelée du sorcier se trouvait à nouveau au milieu des flammes.

- Salut, dit-il avec un sourire.

- Salut, répondirent en chœur Megan, Ron, Hermione et Potter en s'agenouillant tous les quatre sur le tapis.

Crookshanks se mit à ronronner bruyamment et s'approcha du feu en essayant, malgré la chaleur, de frotter sa tête contre celle de Sirius.

- Comment ça se passe ? demanda Sirius.

- Pas trop bien, répondit Potter, tandis qu'Hermione tirait Crookshanks en arrière pour l'empêcher de se brûler les moustaches. Le ministère a passé un nouveau décret qui nous interdit d'avoir notre équipe de Quidditch...

- Ou de former un groupe de défense contre les forces du Mal ? acheva Sirius.

Il y eut un bref silence. Megan fronça les sourcils.

- Comment tu le sais ? s'étonna Potter.

- Vous devriez vous montrer plus prudents dans le choix de vos lieux de rendez- vous, répondit Sirius avec un sourire encore plus large. La Tête de Sanglier ! Non mais vraiment !

- En tout cas, c'était mieux que Les Trois Balais ! répliqua Hermione, sur la défensive. Là-bas, c'est toujours plein de monde...

- Ce qui signifie qu'il aurait été plus difficile d'entendre ce que vous disiez. Tu as encore beaucoup à apprendre, Hermione.

- Qui nous a entendus ? demanda Megan.

- Mundungus, bien sûr.

Devant leur expression ébahie, Sirius ajouta :

- La sorcière voilée, c'était lui.

- Mundungus ? répéta Potter, abasourdi. Qu'est-ce qu'il faisait à La Tête de Sanglier ?

- Qu'est-ce que tu crois ? dit Sirius d'un ton un peu agacé. Il vous surveillait, bien entendu.

- Je suis toujours suivi ? interrogea le garçon avec colère tandis que Megan croisait les bras sur sa poitrine, frustrée.

- Oui, répondit Sirius, et ça vaut mieux si la première chose que vous songez à faire, c'est constituer un groupe illégal de défense.

Il ne paraissait ni fâché, ni inquiet, cependant. Au contraire, il regardait son filleul avec une fierté manifeste.

- Et pourquoi Dung se cachait-il de nous ? demanda Ron, déçu. On aurait bien aimé le voir.

- Il y a vingt ans qu'il n'a plus le droit de revenir à La Tête de Sanglier, expliqua Sirius. Et ce barman a une très bonne mémoire. Nous avons perdu une des capes d'invisibilité de Maugrey quand Sturgis a été arrêté et Dung est souvent obligé de se déguiser en sorcière ces temps-ci... Quoi qu'il en soit... Ron, pour commencer, j'ai juré à ta mère de te transmettre un message.

- Ah bon ? s'inquiéta Ron.

- Elle dit que sous aucun prétexte tu ne dois participer à un groupe illégal de défense contre les forces du Mal. Sinon, tu serais renvoyé à coup sûr et ton avenir s'en trouverait gravement compromis. Elle dit que tu auras tout le temps d'apprendre à te défendre plus tard et que tu es trop jeune pour t'occuper de ça maintenant. Elle conseille également (les yeux de Sirius se tournèrent vers les trois autres) à Harry,à Megan et à Hermione de renoncer à ce groupe bien qu'elle sache qu'elle n'a d'autorité sur aucun de vous trois. Elle les supplie simplement de ne pas oublier qu'elle prend toujours leurs intérêts à cœur. Elle aurait bien voulu vous écrire tout ça elle-même mais si son hibou avait été intercepté, vous auriez tous eu de sérieux ennuis et comme elle était de service ce soir, elle n'a pas pu venir vous en parler de vive voix.

- De service pour faire quoi ? demanda aussitôt Megan.

- Ne t'inquiète pas de ça, ce sont des choses qui concernent l'Ordre, répondit Sirius. J'ai donc été chargé du message et n'oublie surtout pas de lui dire que j'ai bien rempli ma mission parce que je crois qu'elle se méfie aussi de moi.

Pendant le silence qui suivit, Crookshanks essaya en miaulant de poser sa patte sur la tête de Sirius et Ron joua avec un trou dans le tapis.

- Alors, vous voulez m'entendre dire que je ne participerai pas au groupe de défense ? marmonna enfin Ron.

- Moi ? Certainement pas ! répondit Sirius, surpris. Je crois au contraire que c'est une excellente idée !

- Vraiment ? sursauta Potter.

- Bien entendu ! assura Sirius. Tu crois donc que ton père et moi, on se serait couchés et qu'on aurait obéi aux ordres d'une vieille harpie comme Umbridge ?

- Mais l'année dernière, tu n'as pas arrêté de me dire que je devais être prudent et ne pas prendre de risques...

- L'année dernière, nous avions tout lieu de penser que quelqu'un, à l'intérieur de Poudlard, essayait de te tuer, Harry ! répliqua Sirius, agacé. Cette année, nous savons qu'il y a quelqu'un, à l'extérieur de Poudlard, qui aimerait bien nous tuer tous et voilà pourquoi apprendre à vous défendre efficacement me semble être une très bonne idée !

- Et si on se fait renvoyer ? demanda Hermione d'un air songeur.

- Hermione, c'est toi qui es à l'origine de cette idée ! s'exclama Potter en la fixant des yeux.

- Je sais bien. Je me demandais simplement ce qu'en pensait Sirius, répondit-elle avec un haussement d'épaules.

- Il vaut mieux être renvoyé et capable de se défendre que de rester tranquillement assis dans une école sans avoir aucune idée de ce qui se passe dehors, répondit Sirius.

- Bravo ! approuvèrent Megan, Ron et Potter d'une même voix enthousiaste.

- Donc, reprit Sirius, comment comptez-vous organiser ce groupe ? Où allez-vous vous réunir ?

- C'est le problème, dit Potter. Je ne sais pas du tout où nous pourrions aller.

- Pourquoi pas à la Cabane hurlante ? suggéra Sirius.

- C'est une idée ! dit Ron, très excité.

Hermione, en revanche, émit un grognement sceptique. Les trois autres se tournèrent vers elle, la tête de Sirius pivotant dans les flammes.

- A votre époque, Sirius, vous n'étiez que quatre à vous réunir dans la Cabane hurlante, expliqua Hermione. Vous aviez tous la faculté de vous métamorphoser en animaux et j'imagine qu'en vous serrant un peu, vous auriez pu tenir sous une seule cape d'invisibilité en cas de besoin. Mais nous, nous sommes trente-et-un et aucun d'entre nous n'est un Animagus.

- Ce n'est pas une cape mais un chapiteau d'invisibilité qu'il nous faudrait, commenta Megan.

- Tu as raison, répondit Sirius, un peu dépité. Mais je suis sûr que vous trouverez un endroit. Il y avait un passage secret assez spacieux derrière le grand miroir du quatrième étage, vous auriez peut-être assez de place pour y pratiquer des maléfices.

- Fred et George m'ont dit qu'il n'existe plus, déclara Megan en hochant la tête. Il y a eu un éboulement ou je ne sais quoi.

- Ah..., murmura Sirius avec un froncement de sourcils. Bon, je vais y penser et je reviendrai...

Il s'interrompit, le visage soudain tendu, anxieux. Sa tête pivota sur le côté, le regard apparemment fixé sur le mur en briques de l'âtre.

- Sirius ? s'inquiéta Megan.

Mais il avait disparu. Megan, Ron, Hermione et Potter s'interrogèrent du regard.

- Pourquoi est-ce qu'il... ?

Megan écarquilla alors les yeux etHermione laissa échapper un gémissement de terreur en se levant d'un bond, les yeux fixés sur la cheminée. Une main était apparue parmi les flammes, cherchant à saisir quelque chose, une main aux doigts boudinés, surchargés d'horribles vieilles bagues démodées.

Ron, Hermione et Potter prirent aussitôt la fuite. Megan demeura devant la cheminée, debout, regardant, les yeux écarquillés, la main d'Umbridge, léchée par les flammes, continuait à s'ouvrir et à se refermer telle une pince, à l'endroit précis où s'était trouvée la tête de Sirius un instant auparavant, comme si elle cherchait à la saisir par les cheveux.