Dean gara sa voiture devant la grille du cimetière et les deux hommes sortirent du véhicule. Ils se sentirent tout de suite comme surveillé mais avait beau laissé courir leurs regards autour d'eux, l'endroit semblait désert.

-Qu'est-ce qu'on fait là ? Demanda Dean en récupérant son arme dans le coffre de l'Impala.

-Ton père a brûlé les os, mais peut-être pas ici !

-Que ? Quoi ? De quoi tu parles ?

-Ton père a peut-être bien brûlé les os, mais pas ici, pas dans cette réalité ! Expliqua encore Bobby en réajustant sa prise sur les manches des deux pelles qu'il venait de sortir du coffre de la voiture.

-J'ai l'impression d'être dans une série fantastique bidon avec des acteurs bidons et des effets spéciaux bidons et surtout, avec une histoire bidon… marmonna Dean comme un adolescent vexé.

Ils franchirent le portail de fer rouillé et s'engagèrent dans les allées sinueuses du cimetière laissé à l'abandon.

-Allée 22 et 46 lâcha Bobby.

-Va pour la 22, je te laisse la 46 ! Décréta Dean en tournant à droite en faisant un clin d'œil à son ami.

Ce dernier secoua la tête et se dépêcha vers la pierre tombale qui se trouvait être celle de Camillia.

Arrivé devant l'endroit où se situait la tombe, un panneau expliquait que cette tombe avait été profanée et brûlée par des « jeunes voyous » et qu'une rénovation était prévue… il y avait deux ans.

Il tourna les talons et retourna vers l'Impala pour attendre le jeune chasseur qui arrivait une bonne demi-heure plus tard, sale, couvert se sueur et de terre. Il lui confirma que sa tombe aussi était bien vide… mais qu'il avait dû aller vérifier.

-Il ne reste qu'une seule solution, déclara Bobby.

Dean essuya la sueur qui lui tombait dans les yeux et soupira en espérant que Bobby lui explique rapidement où il voulait en venir. Il était fatigué, avait mal partout et n'avait qu'une seule envie, rejoindre son frère.

-On retourne à l'hôpital, on ne peut rien faire de plus ici. Expliqua Bobby en s'installant du côté passager.

Dean secoua la tête, jetant son arme et sa pelle dans le coffre qu'il referma bruyamment et s'installa derrière le volant.

-Je peux avoir une explication précise où il faut que je devine le reste de l'histoire ?

-Je vais t'expliquer, mais il faut que tu comprennes qu'on n'a pas d'autre solution.

-Qu'est-ce que tu sais que je ne sais pas ?

Bobby soupira et attendit que le moteur vrombisse avant de commencer à lui expliquer ce qu'il avait dit à Sam et ce que le plus jeune des deux chasseurs devait faire.

Les sensations qui vous submergent lorsque vous êtes dans un autre état, sur un autre plan sont assez étranges. Un bien être entouré de malaise, même si on est censé ne rien ressentir. Un sentiment de manque, de colère, d'invulnérabilité, de honte, de haine, d'être incompris. C'est tout un ensemble de choses qui font qu'en tant que vivant, on parle, on pleure, on rit.

Mais dans ce monde bizarre, ni vivant, ni mort, on ne peut rien faire que regarder et laisser les gens agir à notre place… avant de devenir…

Sam secoua la tête et chassa cette idée de sa tête. Il fallait qu'il se batte encore, pour Bobby et surtout pour Dean. Il devait aussi penser à l'issu fatale à laquelle était destiné son frère s'il ne trouvait pas un moyen de le sauver.

Il se concentra et visualisa le manoir tel qu'il était avant… de finir dans un lit d'hôpital.

La bâtisse, haute et imposante, les jardins, le chemin, la route… rien ne semblait bizarre. Et pourtant il fallait qu'il cherche ici, il le savait.

Il contourna le mur Ouest du château et se dirigea vers ce qui semblait être une grange. Le silence était pesant et il avança prudemment dans cette partie qui était interdite au public.

Arrivé devant la porte, il posa sa main sur la poignée de laiton et pénétra dans le bâtiment sombre à l'odeur de foin. Qui dit foin dit chevaux, songea-t-il en pensant à Ashley.

Une fourche gisait à terre entre un vieux seau troué et un tuyau d'arrosage qui semblait fuir et avait commencé à former un semblant de flaque sur le sol sec.

Il prit la fourche et continua à avancer dans la grange, cherchant du regard ce qui pourrait lui servir à résoudre cette histoire.

Les box des chevaux étaient vides et semblaient n'avoir jamais servis, sauf peut-être un où de la paille crottée reposait.

Un bruit sourd le fit se retourner.

Le tuyau coulait maintenant à flot et il crut entendre un rire de jeune enfant. Il retourna vers l'entrée et coupa le robinet qui était ouvert complètement.

Le rire résonna de nouveau.

Sam se retourna et vit un bambin qui devait avoir à peine un an. Il était assis par terre et jouait avec une grosse clé en or.

Le jeune chasseur observa quelques minutes la scène et s'approcha du bébé. Il tendit la main pour essayer de prendre la clé et rencontra le regard gris de l'enfant.

-Salut, murmura-t-il.

Sam ne savait pas trop comment faire avec cette chose qui était censé être un bébé, mais il savait qu'il devait récupérer la clé.

-C'est joli ça… murmura-t-il de nouveau en la désignant.

-Agha ppvvfff ! Répondit le bébé en l'agitant devant lui comme un hochet.

-Tu me le donne ? Demanda Sam en s'agenouillant devant lui.

-NON ! Cria le bébé en fronçant les sourcils de colère.

Sam qui avait souri de la situation déchanta lorsque le garçonnet se mit debout sur ses jambes et lui fit face, le regard noir.

Il bascula en arrière et se retrouva assis à même le sol. Il essaya de reculer pour échapper à ce qui maintenant n'était plus un bébé mais un monstre, mais se ressaisit et s'empara brusquement de la clé, se remettant rapidement sur ses pieds.

La chose hurla, ce qui avait été son bras tombant au sol dans un bruit glauque sous la force de l'emprise du chasseur.

Sam recula lentement pour lui échapper, ne sachant pas s'il pouvait mourir ici aussi ou non.

Le visage rose avait viré au bleuté et gris/vert moisit. Ses yeux s'étaient voilés et de l'eau semblait sortir de sa bouche. Ses membres étaient devenus comme pourris et la peau verdâtre se détachait en lambeaux.

Quelque chose attrapa Sam par derrière, le ligotant, les bras collés contre la poitrine. De surprise, il lâcha la clé qui rebondit sur le sol et disparut dans le foin.

Il se débattit pour se détacher mais la pression s'intensifiait et petit à petit lui rendait le souffle court.

Lorsqu'il comprit que c'était le tuyau d'arrosage qui le maintenait, il prit son élan et bondit en avant dans l'espoir de l'arracher du robinet.

Malheureusement, il fut projeté en arrière et tomba dos contre le sol. Il vit se dresser au-dessus de lui l'ombre du pistolet d'arrosage qui se mit à vomir quantité d'eau sur son visage.

Se débattant comme il le pouvait pour se libérer et repousser cette attaque, il ne remarqua pas la multitude de personnes qui assistait à la scène.

Finalement, dans un dernier effort, il attrapa la fourche et réussi à percer le tuyau avec les dents, rendant le débit moins important. Ce n'était sans compter sur le jeune bambin qui n'était pas resté les bras croisés et qui s'était de nouveau approché de Sam.

Avant qu'il n'ait le temps de faire le moindre geste, les dents de la fourche avaient rencontré le corps tendre et mou de l'enfant et l'avaient traversé de part et d'autre de la poitrine, coupant court à son action.

Le corps disparut aussitôt dans un flash éblouissant et le tuyau retomba sur le sol. Les gens eux aussi disparurent.

Sam se remit sur ses pieds et reprit son souffle, s'époussetant :

-Bon, ça va être plus compliqué que prévu !