Bonjour à tous !

J'espère que vous allez bien ! Voici le nouveau chapitre, la rencontre de Mak avec les amis d'Elsa. J'espère qu'il vous plaira. Comme toujours, n'hésitez pas à commenter et à me dire ce que vous en pensez.

La suite, vendredi prochain.
En attendant, prenez soin de vous !

L. : Merci beaucoup pour ton retour ! Je sais très bien que vous ne pouvez pas commenter à chaque chapitre rassure toi. Il est vrai que les reviews motivent mais l'essentiel est que les chapitres vous plaisent ! Le reste, c'est un bonus pour moi alors merci encore ! A bientôt,

Amicalement,

Lou De Peyrac.

Chapitre 19 :

Elles n'arrivèrent comme prévu que deux heures plus tard. Aucunes embûches n'avaient assombri leur route, pour le plus grand bonheur d'Elsa qui se rappelait qu'elle avait toute de même confié sa voiture à une mineure sans permis. Il semblait que Mak, sans parler de leur relation, se plaisait à la tirer vers l'inconscience.

Un brin de sérénité tranquille les avait accompagnés tout le long du trajet comme le plus fiable des gardes du corps. Elsa s'était laissé happer par son siège molletonné tout en laissant sa main reposer éternellement sur la cuisse de son élève qu'elle avait senti se tendre à chaque changement de vitesse.

Le temps était resté maussade et froid, mais fort heureusement, aucune pluie n'était venue mourir sous les pneus du 4x4. Seule une légère brise un peu glaciale s'amusait à serpenter entre les branches nues des arbres.

- Je peux fumer dans ta voiture ? Avait une énième fois demandé Mak.

Elsa avait voulu refuser, lui donner l'excuse valable qu'il était hors de question qu'elle fume en conduisant. Mais l'enseignante, la sentant tendue n'avait pu qu'accepter.

C'est ainsi, toujours cachées par la buée des fenêtres, qu'elles avaient partagé cet instant, pollué de nicotine, bercé par Red & Black Light d'Ibrahim Maalouf.

Non sans peine, Mak gara la voiture sous les taquineries presque enfantines de son professeur qui ne cessait de lui rappeler que les créneaux n'étaient vraiment pas son truc. Elsa nota d'ailleurs mentalement qu'il faudrait qu'elles revoient ça pour leur prochaine leçon de conduite.

Mak coupa le moteur en voyant l'immense villa devant laquelle elle venait de se garer. La maison était belle et imposante. L'adolescente l'observait comme une des plus grandes épreuves de sa vie alors qu'elle s'inquiétait pour bien peu de chose.

Ici, un peu au milieu de nulle part, c'était comme si la maison s'était immiscée sur cet endroit reculé toute seule, comme si elle avait choisi d'être elle-même, là, préservée de tout.

- Tout va bien ? Entendit Mak, ce qui la fit sursauter, sursaut qui n'échappa pas au regard d'Elsa.

- Oui ça va, mentit l'adolescente en détachant sa ceinture.

- Tout va très bien se passer, ne t'inquiète pas, rassura l'enseignante en attrapant son sac.

- Et s'ils me détestent ? Demanda une dernière fois l'adolescente.

Peu importe puisque moi je t'aime, voulu répondre Elsa en remarquant que c'était déjà la deuxième fois qu'elle hésitait à lui dire qu'elle l'aimait.

Tu es mordue… soupira la petite voix qui tentait de revenir de temps en temps.

- Tu es parfaite, alors il n'y a vraiment aucune raison pour qu'ils te détestent, rappela Elsa. Et puis, c'est la première fois que j'amène un +1 pour une soirée avec eux, alors ils doivent être aussi stressés que toi.

Mak tiqua en notant que, d'après ce que disait Elsa, elle n'avait présenté aucunes de ses copines à ses amis avant aujourd'hui. Les doutes qu'elle avait eu sur le trajet un peu plus tôt s'envolèrent.

Tu n'aurais pas pu me dire ça avant… pensa-t-elle en se maudissant d'avoir douté de son professeur.

Être le +1 d'Elsa ce soir, elle aimait cette idée. Être le +1 d'Elsa pour toute une vie, elle en rêvait. Comme si depuis Elsa, l'équation de son existence se résolvait d'elle-même.

Alors silencieusement, elle sortit de la voiture et claqua sa portière. La morsure d'un air frais la fit frissonner et grimacer.

Elle avança de deux pas et s'arrêta une dernière fois en observant la maison qui lui faisait de l'œil. Un claquement de talon familier la rassura pourtant. L'adolescente sentit un bras entourer ses épaules et frictionner doucement son dos, l'aidant à lutter contre le froid. Elle tourna la tête et croisa le regard bienfaiteur d'Elsa qui tentait par tous les moyens de la rassurer.

- On y va ?

Mak sourit enfin en se disant que la meilleure chose qu'elle avait à faire pour le moment, était de suivre son professeur. Alors elle ramena le col de son pull plus près de son cou et hocha la tête.

Elsa ébouriffa les cheveux comme elle ne se lassait plus de la faire et dirigea son élève à travers l'immense jardin de la villa. Le regard de Mak vagabondait de partout, toujours émerveillé par la demeure qui devait sans doute être bien agréable lors de soirées d'été.

Seuls les adultes accomplis peuvent avoir des maisons comme ça… pensa-t-elle naïvement.

Un peu partout dans le jardin, des petites lampes au sol et des guirlandes lumineuses dans les arbres avaient été disposées. Ce jardin ressemblait à s'y méprendre aux petits parcs londoniens qu'elle avait déjà rencontré en photo. L'endroit lui plaisait, l'apaisait presque. Tout était calme et tranquille, contrebalançant avec la folie, parfois bien trop bruyante, d'Arendelle. Seuls les talons d'Elsa se faisaient entendre alors qu'elles traversaient un long et étroit chemin de pierre.

Mak jetait quelques regards discrets vers son professeur qu'elle trouvait si grande encore aujourd'hui. Si grande et si belle. Toujours parfaitement charmante, parée de son long manteau marron glacé. Son visage était lisse et serein, comme si aucune inquiétude ne la traversait et Mak se demandait même comment elle faisait pour paraître aussi calme.

Refusant de trop y penser de peur de ne pas y survivre, Mak se contentait de déambuler ainsi au bras d'Elsa, s'accrochant à ce bras comme si elle jouait sa vie au poker et que celui-ci était son dernier coup de bluff.

Enfin, ou peut-être un peu trop vite, leurs pas les menèrent à s'arrêter devant la porte d'entrée.

Une lumière chaude filtrait par toutes les fenêtres de la maison comme si celle-ci avait revêtit son habit de gala, se présentant comme une maison où il faisait bon d'y être.

Alors que Mak se rongeait les ongles en observant la porte, elle sentit les lèvres de son professeur venir se poser sur le haut de sa tête. Sans attendre plus longtemps, Elsa pressa la sonnette d'un doigt. Mak inspira, ça y est, le compte à rebours était enclenché pour qu'elle fasse ses preuves, sa soirée commençait.

Mak, sans s'en rendre compte, garda sa respiration bloquée jusqu'à ce que, quelques secondes plus tard, la porte s'ouvre pour laisser apparaître une jeune femme aux cheveux flamboyants et au sourire éclatant.

L'adolescente perdit bien vite la notion du temps et sentit la prise que son professeur avait sur son corps se relâcher. En silence, elle observa Elsa serrer dans ses bras la fille qui venait d'ouvrir la porte. À la suite de l'étreinte, Ariel sourit en remarquant une petite chose se tenir derrière sa meilleure amie. La vision lui sauta aux yeux. Elle reconnue immédiatement les cheveux bleus, la petite taille, l'air de même pas peur.

- Mak je présume ? Sourit-elle alors que son regard passait entre l'adolescente et Elsa.

- Bonsoir, sourit Mak et Elsa fut surprise de la voir si calme en se doutant pourtant de la façade que l'adolescente s'acharnait à garder pour faire bonne figure devant ces gens qu'elle ne connaissait pas.

- Et bien, sourit Ariel en offrant une bise à la jeune fille, notre Elsa à tant voulu te garder pour elle seule que je ne croyais jamais te rencontrer. Elle te cache comme un trésor même si elle ne fait que parler de toi, rit-elle, faisant presque rougir son invitée.

Mak haussa un sourcil interrogateur vers Elsa pour toute réponse.

- Je te présente Ariel, ma meilleure amie et sa délicatesse légendaire, soupira Elsa en se pinçant l'arête du nez, comprenant subitement pourquoi elle ne lui avait jamais présenté une seule de ses copines avant aujourd'hui.

- La délicatesse, c'est son truc, et moi, je suis née pour la mettre mal à l'aise, chuchota Ariel à l'attention de Mak en lui offrant un clin d'œil, détendant un peu l'adolescente. Elle est gentille avec toi au moins ? Demanda la jeune femme, ignorant totalement Elsa qui n'en pouvait plus de rouler des yeux.

- Elle est parfaite, répondit Mak sans pouvoir réprimer un regard amoureux sur son professeur, auquel celle-ci répondit timidement, n'étant pas habituée à ce genre de situation.

Après quelques banalités en tout genre, Ariel les invita en entrer en précisant au passage qu'il était hors de question que Mak soit mal à l'aise chez elle, que cette maison était un bout de chaque personne qui passait par ici, un coin de paradis, un point de rendez-vous qui passait au-dessus du monde et de ce qui le compose.

Mak suivit docilement Ariel au fil d'un long couloir dont les murs étaient chargés de photographies. Plus ou moins grandes, plus ou moins récentes, toutes affichaient pourtant les mêmes visages et les mêmes sourires ceux de la bande de copains. Mak les voyait grandir au fil des clichés et s'amusait silencieusement à repérer son professeur sur le papier glacé. L'adolescente prit alors conscience que ces jeunes gens, plus que des amis, avaient sans doute une place de choix dans le cœur de l'enseignante.

Le long couloir les mena sur un immense salon au parquet ciré où étaient disposés plusieurs grands canapés autour d'une table basse qui portait déjà huit grands verres à pied que Mak se jura de ne pas casser. Un peu plus loin dans la pièce une table pouvant accueillir au moins dix personnes se dressait tranquillement en attendant qu'on s'y installe. L'endroit paraissait chaleureux et sentait bon grâce à un bâton d'encens qu'on avait fait brûler un peu plus tôt sur une cheminée dans laquelle rougissait une bûche.

Un tourne-disque semblait vouloir donner le meilleur de lui-même en expirant Allez venez, Milord ! Vous asseoir à ma table, et Mak eu presque l'impression que ces mots lui étaient destiné. Près de ce même tourne-disque, se présentait un petit aquarium rond dans lequel un minuscule poisson jaune et bleu semblait se ravir des notes musique. Mak se souvenait qu'Elsa lui avait dit autour d'une conversation que ce petit poisson s'appelait Polochon. Et que ce Polochon était bien le seul à rivaliser avec Elsa dans le cœur d'Ariel.

Les lumières étaient timides et enchanteresses, seulement diffusées par quelques grosses ampoules de décoration ici et là. Rien n'était trop abrupte ici. Tout semblait doux et léger et Mak comprit alors pourquoi Elsa aimait tant cette maison. Ici, un coup d'avance sur la vie semblait être permis.

Mak resta une seconde stupide juste le temps d'un vertige en voyant cinq paires d'yeux se braquer sur elle. Avec bonheur, elle reconnut ceux d'Anna, la rouquine lovée sur l'un des canapés contre un grand blond qu'elle devina comme étant Kristoff. Les autres, elle n'avait pu que les rencontrer au détour d'une photo.

Tous pourtant, affalés contre les coussins, reposant près de leur moitié, affichaient un sourire sincère en la voyant. Seule peut-être une grande blonde, la pneumologue devina Mak, semblait légèrement plus crispée que les autres, mais l'adolescente ne s'en formalisa pas, bien trop occupée à gérer son stress.

Presque forcée, Mak sourit à son tour, le genre de sourire qu'on sort de derrière les fagots pour faire bonne impression à un oral de bac en espérant que l'on nous accorde un point supplémentaire rien que pour l'effort d'avoir souri.

Heureusement pour elle, c'est à ce moment-là qu'Elsa choisit de prendre la situation en main.

L'enseignante tira son élève par la main en saluant ses amis avant de s'installer près de sa sœur, intimant à la jeune fille de l'imiter.

Mak ne se fit pas prier et s'installa silencieusement au creux du bras que lui tendait son professeur en remerciant par la pensée Elsa de lui avoir évité des présentations embarrassantes.

- Vous voulez du rosé les filles ? Demanda Éric en se levant de sa place, essuyant nerveusement ses mains sur son pantalon avant d'attraper une bouteille déjà ouverte. Il eut un temps d'arrêt en fixant Mak puis ajouta : Enfin, si tu veux, j'ai du sans alcool, des jus de fruit, des sirops, à moins que tu préfères une bière, énuméra-t-il, quelque peu gêné. Tu bois de la bière habituellement ?

- Tu t'enfonces, chéri… soupira Ariel en souriant malgré tout, faisant rire tout le monde autour de la table, y compris une Mak touchée par la maladresse du jeune homme.

Enfin, Éric souffla en souriant alors que ses épaules s'affaissaient.

- Excuse-moi, soupira-t-il, les joues rougies, c'est juste que c'est la première fois qu'Elsa nous amène un +1 alors j'aimerais que tu passes une bonne soirée, expliqua-t-il en se détendant un peu, se grattant l'arrière de la tête.

Et Mak se dit en plissant les yeux qu'Éric avait tout d'un prince charmant.

- Du rosé, ça sera parfait, sourit-elle en espérant détendre un peu le jeune homme, en remarquant qu'il avait volontairement évité le mot mineur en hésitant à lui servir de l'alcool.

- Elsa, même chose ? Demanda-t-il en tendant son verre à Mak.

- S'il te plaît, sourit l'enseignante en glissant sa main dans celle de son élève qui battait le rythme de la musique du pied. Un seul, c'est moi qui conduis au retour, précisa-t-elle alors qu'elle voyait Éric remplir son verre bien trop généreusement.

Une fois que tout le monde fut servi, Philippe se redressa et appuya ses coudes sur ses genoux en déclarant :

- Bon Mak, tu es la mieux placée pour nous le dire.

- Vous dire quoi ? Demanda l'adolescente en fronçant les sourcils.

Philippe eu un regard malicieux qu'il partagea avec les autres.

- Elle est comment Elsa ? En tant que prof, je veux dire.

- Ah… sourit Mak. C'est une question piège ça, s'écria-t-elle avant de rire nerveusement en passant une main dans ses cheveux.

- C'est vrai ça, c'est quoi cette question ? Depuis quand ça vous intéresse ? Grogna Elsa après avoir trempé ses lèvres dans le rosé.

- Depuis qu'on a un infiltré dans ta classe ! S'exclama Aurore comme si c'était l'évidence même. Tais-toi, et laisse-la nous donner son avis.

- Oui Mak, et ne l'épargne pas par crainte de conséquence, j'ai des dossiers assez révélateurs sur elle pour la faire chanter à vie ! Rit Ariel en attendant la réponse de l'adolescente avec impatience.

- On en a tous en fait, renchérit Kistoff en se resservant un verre.

- Mak, balance tout, nous sommes en supériorité numérique, appuya Anna alors qu'elle se faisait foudroyer d'un regard noir par sa sœur.

Mak rit encore en levant les yeux au ciel, prenant le temps de réfléchir une seconde alors que tous les regards étaient braqués sur elle.

- Le premier cours, elle était… l'adolescente hésita, terrifiante, avoua-t-elle enfin en évitant volontairement le regard d'Elsa.

- Quoi ?! S'exclama Elsa en tournant un regard étonné vers son élève.

- Je t'avais dit que tu pouvais être terrifiante, fit remarquer Anna.

- Je ne suis pas terrifiante ! Trancha Elsa en refusant l'idée en bloc. Tu me trouves terrifiante ? Demanda-t-elle à l'attention de Mak sans reprendre sa respiration.

- Moi ? Je te trouve parfaite, s'empressa de se rattraper l'adolescente en affichant un sourire idiot.

Elsa, peu convaincue, haussa un sourcil réprobateur, opta pour une voix profonde, et demanda :

- Lichtenstenner, je t'interdis d'esquiver la question.

Mak haussa un sourcil, sourit davantage, ne prit la peine de soutenir le regard de son professeur et taquina :

- Tu vois que tu es terrifiante…

Un éclat de rire passa dans le groupe alors que tous voyaient que la gamine était parvenue à avoir sa copine à son propre jeux alors qu'une Elsa bougon branlait de la tête.

- Mais j'ai la chance de te connaître un peu, reprit l'adolescente plus sérieusement, alors je sais que, certes tu es un peu froide, mais aussi douce, patiente, passionnée… et passionnante, termina-t-elle alors qu'une rafale de compliments se battaient pour traverser la muraille de ses dents.

Elsa observa ses petits yeux charmeurs une seconde et y décela une grande sincérité.

- Hum… bien rattrapé, consentit-elle, faisant rire ses amis une nouvelle fois, détendant tout le monde.

- Et toi alors ? Demanda soudainement Kristoff. Parle nous un peu de toi.

Mak, qui s'attendait un peu à ce genre de question se tendit malgré tout en affichant un sourire gêné.

- Et après vous vous demandez pourquoi je ne vous ai jamais présenté une seule de mes copines, soupira Elsa en se pinçant l'arête du nez, excédée par la curiosité de ses amis.

Mak rit nerveusement en voyant son professeur la défendre bec et ongles puis un court silence passa. Un silence quelque peu gênant que la jeune fille aurait préféré éviter.

- Qu'est-ce que vous voulez savoir ? Demanda-t-elle en s'accordant une gorgée de rosé à son tour, jurant qu'il lui en faudrait bien plus pour qu'elle parvienne à se détendre.

- Ce que tu jugeras important, répondit Ariel en souriant, espérant la rassurer un peu.

Mak plissa les yeux en réfléchissant un instant, prenant le temps de mettre un peu d'ordre de ses idées. Puis, elle décida de montrer la facette la plus naturelle d'elle-même.

- Hum… J'aime la tarte au citron, commença-t-elle, faisant sourire toutes les personnes présentes qui furent déjà charmées par la jeune fille avec cette simple phrase. Je suis fière d'avoir terminé mon jeu vidéo préféré deux fois. Mon meilleur ami est convaincu d'avoir été un lama dans une vie antérieure, rit-elle, faisant rire le groupe. Et...elle réfléchit encore une seconde, j'aimerais être un pirate quand je serais grande, on forme un super équipage avec mon frère. Le reste importe peu, termina-t-elle sans avoir conscience que cette réponse était sans doute la meilleure qu'elle aurait pu offrir.

Elsa, tout à fait sereine, souriait derrière elle en reconnaissant bien là l'âme de poète qui caractérisait si bien sa petite bleue.

- Politiquement, tu es à gauche ou à droite ? Demanda Aurore alors qu'Elsa sentit la main de Mak se crisper dans la sienne.

- Politiquement, les pirates ne sont nulle part, intervint immédiatement Elsa, faisant rire tout le monde… Ecoute un peu quand on te parle, taquina-t-elle alors que Mak lui jetait un regard empli de mille remerciements, même si elle ne put s'empêcher de noter mentalement que tous les adultes se sentaient obligé de parler politique à un moment donné.

L'enseignante sentit la petite main de son élève se resserrer autour de la sienne alors que les discussions reprenaient naturellement entre ses amis.

Elsa sut lire le regard que la jeune fille lui lançait comme toujours.

- De rien, murmura-t-elle en embrassant son front.

Les minutes, puis les heures passèrent doucement, presque tendrement. Assez vite, ils passèrent à table pour déguster le poulet à la basquaise qu'Éric s'était évertué à ne pas faire cramer tout l'après-midi.

Ils ne se souciaient de rien, juste du bien être des uns et des autres. Ils riaient, se taquinaient parfois, emportés par l'instant.

Ariel et Anna parlaient et parlaient encore, tandis qu'Éric se démenait pour que personne ne manque de rien. A de nombreuses reprises au cours de la soirée, Philippe, plus silencieux que ses amis avait d'un regard demandé à Mak si tout allait bien, si elle se sentait à l'aise, si leur présence n'était pas trop étouffante, si elle parvenait à trouver ses marques. Mak voyait tout ça dans le regard bienveillant du jeune homme, et à chaque fois, lui répondait par un sourire et un hochement de tête. Elle aimait bien Philippe, peut-être parce qu'il était le plus silencieux d'entre eux justement.

Kristoff lui, riait aux pitreries de sa copine en lançant quelques petites répliques ici et là. Mak, en l'observant, pensait immédiatement à Ralph. La force tranquille qui savait s'amuser de peu de chose.

Aurore de son coté, plus réservée, mangeait tranquillement et observait l'adolescente de temps en temps. Mais dans le regard de la blonde, Mak ne lisait pas la même chose que dans le regard de Philippe. Mak ne parvenait même pas à y lire quoi que ce soit.

Après quelques verres de rosé, Mak parvint à se détendre enfin. Près d'elle, Elsa souriait, les jambes croisées, un bras pendant nonchalamment par-dessus le dossier de la chaise de Mak.

L'un des pieds de l'enseignante gigotait mollement alors que sa main passant par moment dans les cheveux bleus sans même qu'elle y pense.

Et lorsque Elsa s'enflammait un peu trop dans une conversation et que sa main quittait obligatoirement les cheveux de l'adolescente, son autre main prenait alors le relais et venait se poser comme par réflexe sur la cuisse de celle-ci.

Mak souriait alors à la voyant se perdre dans ses explications, exactement comme elle le faisait en cours, et posait seulement sa main sur la sienne, ce qui avait tendance, elle le remarquait ce soir, à la calmer immédiatement. Il était si agréable de pouvoir faire ça. De pouvoir partager un repas, un instant, un éclat de rire, une étreinte. Toutes ces choses insignifiantes et pourtant essentielles. D'avoir le droit, juste le temps d'une soirée, d'être un couple normal. De n'être plus une prof, ni une élève ou encore une mineure. D'avoir simplement la liberté d'être quelqu'un qui aime quelqu'un d'autre.

L'adolescente ne participait pas forcément à toutes les conversations, même très peu en fait, mais cela ne la dérangeait pas, et plus encore, ne semblait déranger personne autour de la table. Chose qu'elle appréciait. Elsa le savait mieux que personne, elle n'était pas adepte des longues conversations, même lors des soirées avec ses propres amis. Elle avait craint que les amis d'Elsa ne la trouvent trop sauvage, mais cela ne semblait pas être le cas. Elsa les avait peut-être prévenus.

Alors elle prenait seulement le temps de les observer les uns après les autres. Apprenant à les connaitre à travers leurs gestes, les regards qu'ils partageaient, les mots qu'ils ne disaient pas. L'adolescente avait toujours fait ça quand elle rencontrait une nouvelle personne. Elle cherchait comme par reflexe à disséquer l'esprit de l'inconnu pour l'apprivoiser et autant dire que, ici entourée de tous ces gens qu'elle rencontrait pour la première fois, elle avait du boulot.

Mais cela lui plaisait. C'était comme découvrir un nouveau parfum de glace du bout des lèvres. On ne sait pas vraiment encore si on l'aime ou pas, on expérimente seulement. Cette phase de découverte la passionnait. Ici, elle ne connaissait vraiment qu'Elsa et Anna. Et les parfums que lui inspiraient les deux sœurs étaient évidents.

Vanille et chocolat… pensa-t-elle, amusée en essayant de recentrer son esprit sur ce qui se passait dans le monde réel qui lui échappait si souvent.

Elle était seulement heureuse que le sujet de la politique ne soit finalement pas venu sur le tapis.

- Bon et vous alors ? Demanda Ariel à l'attention d'Anna et Kristoff. Vous pensez vivre ensemble un jour ou tu comptes rester avec ta sœur encore des années ?

Anna et Kristoff, un peu bêtes se regardèrent et balbutièrent :

- Hum… on sait pas, on n'en a pas encore parlé.

- Vraiment ? S'étonna Aurore. Pourtant ça commence à faire un moment vous deux.

- On devrait peut-être y réfléchir mais Kristoff vit avec Sven et moi j'ai Elsa. C'est comme ça depuis… Anna hésita, Mak fronça les sourcils en voyant son air lointain, un air qui ne lui ressemblait pas. Ça a toujours été comme ça, sourit enfin la rouquine, alors on prend notre temps.

Elsa et Anna partagèrent un regard mélancolique que Mak capta très bien.

L'adolescente sentit un malaise passer au-dessus d'eux, alors que tous les amis d'Elsa fixaient les deux sœurs, une gêne évidente dans le regard. Mak, qui n'avait jamais été très adeptes du conflit, ou de n'importe quelle situation sous tension surtout dans un lieu qu'elle ne connaissait pas, se leva simplement, pensant que la meilleure chose à faire face à ces regards qu'elle ne comprenait pas, était encore de s'éclipser.

- Où tu vas ? Demanda immédiatement Elsa en la voyant se lever.

Mak lui sourit mais fut peinée de déceler un brin de tristesse mêlé à un vent de panique dans ses yeux bleus habituellement si maîtrisés.

- Je vais fumer une cigarette, je n'en ai pas pour longtemps, expliqua l'adolescente en se voulant rassurante, même si jamais, ô grand jamais, elle n'avait senti le besoin de rassurer Elsa.

- Tu veux que je t'accompagne ? Demanda Elsa en posant ses mains sur les accoudoirs de sa chaise, prête à se lever.

- Non, répondit immédiatement l'adolescente, forçant Elsa à sa rasseoir. Non, reste, profite de tes amis, je reviens.

L'enseignante lui accorda enfin un sourire et un signe de tête alors que la fille aux cheveux bleus se tenait ainsi, debout devant elle, elle ne l'avait d'ailleurs jamais trouvé si grande alors qu'elle la savait minuscule.

Elsa lui offrit donc une caresse en bas du dos en passant un bras autour de sa petite taille et la laissa enfin s'éloigner en peinant à arracher son regard de son dos.

- Elle est trop mignonne ! Chuchota Ariel en se voulant discrète, se penchant au-dessus de la table.

- Elle est stressée surtout la pauvre, sourit Éric, un coude appuyé sur la table, son menton reposant dans sa main.

- Tu m'étonne, avec une bande de tarés comme vous… moi aussi j'étais stressé la première fois que je vous ai rencontré, défendit Kristoff en passant un bras autour des épaules d'Anna.

- Elle ne parle pas beaucoup, fit remarquer Philippe. Moi, je l'aime bien, dit-il faisant rire ses amis que cette réplique n'étonnait pas.

- Elle est toujours comme ça, s'empressa de préciser Elsa. Si vous saviez le temps qu'elle a mis à se confier à moi, soupira-t-elle.

- Un peu comme toi à son âge, sourit Ariel en se souvenant d'une Elsa discrète qui déambulait dans les couloirs de leur lycée.

Elsa voulu nier, mais finalement soupira et assuma :

- Oui, c'est vrai que là-dessus, on se ressemble un peu…

- Je reviens, déclara soudain Aurore en se levant.

La blonde quitta le salon et parcouru la grande maison. Arrivée devant la baie vitrée qui donnait sur le jardin éclairé, elle vit la fille aux cheveux bleus, de dos, sans pull ni manteau, une fumée blanche quittant ses lèvres.

Ah, ces adolescents… soupira-t-elle en pensant qu'il n'y avait qu'à cet âge-là qu'on pouvait être assez fou pour sortir sans être habillé plus chaudement en plein hiver.

Elle fit glisser la porte de la baie vitrée et sortit pour rejoindre l'adolescente.

Mak, surprise d'entendre du bruit derrière elle, se retourna en pensant croiser Elsa mais non, Aurore avançait de quelques pas pour se poster à sa hauteur.

- Hey, sourit Aurore en regardant droit devant elle, définitivement mal à l'aise.

- Hey, sourit Mak en expirant la fumée de sa cigarette.

- Tu passes une bonne soirée ?

- Plutôt bonne, oui, répondit simplement l'adolescente qui avait, bien naïvement, pensé qu'elle pourrait voler ce moment pour être un peu seule.

- Bonne chose, répondit Aurore, tout aussi discrètement.

Un silence passa alors que l'on entendait que le bruit du vent. L'adolescente, comme la jeune femme ne bougeaient pas, ne se parlaient pas, ne se regardaient pas.

Enfin, après quelques battements de cœur extrêmement longs, Mak brisa le silence :

- J'ai l'impression que tu ne m'aimes pas beaucoup, je me trompe ?

Mak perçu une légère grimace sur le visage d'Aurore mais finalement, la blonde répondit :

- Ce n'est pas que je ne t'aime pas… je m'inquiète, c'est tout.

Mak fronça les sourcils.

- Tu t'inquiètes de quoi ?

Aurore garda son regard fixé sur l'horizon, hésita une seconde, puis avoua :

- Du mal que tu pourrais lui faire.

Mak n'eut besoin d'aucune précision pour savoir de qui parlait la blonde.

- Je suis amoureuse d'elle, pourquoi je lui ferais du mal ?

Un rire amer passa entre les lèvres d'Aurore.

- Tu ne connais vraiment rien à l'amour toi, hein ?

Mak haussa un sourcil insolent en voyant le ton sur lequel Aurore lui avait balancé cette phrase. Cette blonde savait qu'elle n'était qu'une gamine et se plaisait à le lui rappeler. Mais Mak et son caractère n'étaient pas habitués à ce genre de traitement et ne parvenaient donc pas à le cautionner.

- Peut-être, admit-elle en haussant les épaules. Mais, moi ce que je vois, c'est que vous, les adultes, vous semblez tous pensez qu'amour rime avec coup de bluff et bleu au cœur. Je pense que vous compliquez le concept en vieillissant. Parce que, dans le fond, l'amour c'est juste avoir le pouvoir de faire souffrir une personne et choisir de ne pas le faire, non ? Demanda-t-elle sans véritablement attendre de réponse. J'aime Elsa, dit-elle en y croyant dur comme fer, alors je ne vois pas pourquoi je lui ferais du mal. Après moi, ce que j'en dis, on s'en fiche un peu, mais je pense que quand tout le monde aura compris ça, ça ira déjà mieux, termina-t-elle d'une voix détachée, optant comme par réflexe pour l'air qui faisait tant enrager .

Aurore resta stupide un instant face à ce discours d'une extrême insolence. Et, même si elle avait ressenti l'envie de remettre cette jeune fille à sa place, elle ne pouvait pas nier que ses arguments étaient pertinents et que son amour pour Elsa était plus qu'évident. Alors, un sourire se dessina sur ses lèvres.

- Tu serais capable d'affronter un dragon pour elle ?

Mak tourna la tête à la demande, prit un air idiot et demanda :

- Pardon ?

Aurore, tout à fait sérieuse, lui jeta un regard.

- Serais-tu capable d'affronter un dragon pour elle ? Répéta-t-elle comme si changer l'ordre des mots de la question allait la rendre moins stupide.

Mak ne prit pas la question à la légère, se doutant que malgré son étrangeté, elle devait être importante. Alors elle réfléchit, et repensa à Geralt De Riv qui affrontait sans cesse d'étrange créatures pour retrouver Yennefer. La réponse lui parut alors évidente :

- Des dragons, des griffons, des hippogriffes, même des sirènes, je pourrais tout affronter pour elle, déclara-t-elle, tout à fait sincère.

Aurore sourit enfin avant d'entamer un pas pour entrer dans la maison. Juste avant de franchir le seuil de la porte, elle précisa pourtant :

- En revanche, prends gardes si tu dois un jour affronter une sirène, Ariel défend la cause des poissons.

- Bon à savoir, sourit Mak sans se retourner, consciente qu'elle avait passé l'épreuve de cette conversation bien étrange avec succès.

Aurore referma la porte de la baie vitrée derrière elle et tomba nez à nez avec une Elsa qui haussait un sourcil amusé, un plaid entre les mains.

- Un dragon, hein ? Demanda l'enseignante affichant un air malicieux.

- Tu es tout entendu ? Demanda un Aurore grimaçante.

- Pas tout, mais l'essentiel. Tu veux que je te laisse tenter de la traumatiser encore cinq minutes ? Demanda Elsa sans attendre de réponse. Elle t'a remise à ta place, elle a eu raison, sourit-elle, presque fière que son élève ne se soit pas laissé faire par son amie.

- Anna avait raison, elle a une grande gueule, fit remarquer Aurore en observant discrètement le dos de l'adolescente qui ne pouvait les entendre.

- Mais elle ne parle jamais pour ne rien dire, précisa Elsa en observant ce même dos, ressentant, encore une fois, le besoin de la défendre.

- Excuse-moi, j'étais obligé de…

- Je sais, coupa Elsa en sachant que même si cette soirée paraissait normale, leur relation, quoi qu'elles en disent, ne l'était pas. Ne t'en fais pas, je m'y attendais un peu, pardonna-t-elle. Allez, file éloigner Ariel de la cuisine pendant qu'Éric allume les bougies sur le gâteau. Tu sais bien qu'il n'y a que toi qui a le pouvoir de la canaliser, sourit-elle alors qu'Aurore la remerciait d'un regard avant de s'éloigner.

Elsa observa une seconde l'adolescente qui profitait toujours d'une cigarette bien méritée. Elle la trouva belle et si petite dans ce grand jardin. Son regard parcouru son petit corps frêle et frissonnant, devina ses yeux qui regardaient on ne savait quoi, ses lèvres se fendant au rythme de la nicotine que crachait ses poumons.

Quand le besoin de la rejoindre fut trop grand, Elsa ouvrit silencieusement la baie vitrée et, toujours sans bruit, enroula par derrière le plaid autour du petit corps de Mak qui sursauta entre ses bras, reposant doucement son menton sur le haut de sa tête, remerciant secrètement leur différence de taille de leur permettre de faire ce genre de chose.

- Ah, ces adolescents… soupira-t-elle, faussement exaspérée. A quel âge apprendrez-vous à enfiler un pull quand il fait froid…ajouta-t-elle en volant la cigarette déjà bien entamée de la main de son élève pour la coincer entre ses lèvres.

Mak, oubliant bien vite son sursaut, sentant le parfum de son professeur mêlé à celui du tabac se propager tout autour d'elle, devinant le buste de celle-ci se presser contre son dos, appréciant ses bras autour de ses épaules, sourit en relâchant toute la pression qu'elle avait accumulé ce soir.

- Je n'avais pas froid, répondit-elle.

Et comme pour lui donner tort, un frisson parcourut son dos sur toute sa longueur. Même si Mak savait que ce frisson n'était pas dû au froid.

- Quel beau mensonge, chantonna Elsa alors que l'adolescente pouvait sentir son corps vibrer à chaque fois qu'elle prononçait une parole. Une sensation véritablement grisante qu'Elsa ne leur accordait que très rarement. Comment tu te sens ? Demanda l'enseignante.

- Ça va mieux, dit-elle en omettant volontairement sa petite discussion avec Aurore. J'aime bien Philippe, se sentit-elle obligé de préciser.

- C'est un coup de foudre alors, rit Elsa. Il m'a dit la même chose de toi. En même temps, ça ne m'étonne pas, vous vous ressemblez un peu.

- Ah oui ?

- Oui, aussi bavard l'un que l'autre, ironisa l'enseignante en terminant sa cigarette qu'elle jeta dans un grand cendrier en pierre à proximité.

Son bras revint bien vite entourer le petit corps frigorifié et les deux jeunes femmes s'accordèrent en un long soupir d'aise. Le calme environnant les enveloppa. Mak voulu lui demander qu'elle était la raison de l'étrange malaise autour de la table un peu plus tôt mais se dit, elle ne savait pourquoi, que ce n'était pas le bon moment, que ça ne la regardait pas encore.

Ce moment, au milieu des lampions, n'était pas propice à une question de ce genre.

Il faisait seulement parti de ce genre de moment qui passe un peu trop vite alors qu'on espère vainement qu'il dure encore un peu.

Alors silencieusement, sans quitter les bras de son professeur et la chaleur du plaid, Mak se retourna et fit face à Elsa.

- Tu vois que tu peux m'offrir une soirée sympa entre amis, sourit-elle, faisant référence à leurs conversations par message du nouvel an.

Elsa pourtant, fut incapable de lui rendre ce sourire. Elle évita son regard, bien honteuse de ne pouvoir le soutenir.

- Ne t'y habitue pas, murmura-t-elle presque douloureusement. Tu sais que dès que nous serons de retour à Arendelle…

- Ça sera différent, coupa Mak, je sais. Ne sois pas si rabat-joie.

- Terrifiante et rabat-joie, sourit Elsa. Comment fais-tu pour sortir avec quelqu'un comme moi ? Demanda-t-elle en posant ses mains sur les hanches de la jeune fille.

- Du courage, soupira Mak, beaucoup de courage.

- Impertinente ! S'exclama Elsa en lui pinçant les côtes, la sentant se tordre sous ses doigts. Et chatouilleuse avec ça, rit-elle en continuant sa petite torture, empêchant le petit corps de se dégager en le tenant fermement contre elle d'une main au creux de ses reins, tandis que l'autre s'enfonçait dans les flancs sensibles.

- Arrête ! Suppliait Mak entre deux fous rires, gesticulant de manière à éloigner cette main vengeresse.

- Qu'est-ce que je gagne à arrêter ? Demanda l'enseignante qui appréciait sans y penser le petit contrôle qu'elle avait sur l'adolescente.

Tout ce que tu veux, eu envie de répondre la jeune fille sans réfléchir.

- Je rattraperai mon 7 en philo à ma prochaine dissert' ! Promis Mak en riant toujours plus, pliant sous les chatouilles.

- Tu peux faire mieux que ça, jeune fille, taquina Elsa en plantant de nouveau ses doigts au creux des côtes.

- Moi ! Rit la gosse alors qu'Elsa arrêta immédiatement ses gestes. Moi tout entière, précisa-t-elle en reprenant son sérieux, croyant en ses paroles bien plus que de raison.

Elsa plissa les yeux en devinant ce que cette réponse sous-entendait. L'enseignante choisit de ne pas le relever, mais comprit que son élève, bien entreprenante dans l'instant sans doute à cause de l'alcool, aurait pu se donner à elle sans résistance si elle le décidait.

Mak se calma et jeta un œil aux yeux tendres de son professeur en sentant que celle-ci avait cessé sa délicieuse torture.

Aucunes des deux ne parlaient. Les paroles devenaient bien inutiles alors qu'un simple regard suffisait à tout dire en ne disant pourtant rien. Les yeux s'accrochèrent, les rétines s'embrasèrent et le reste suivit… Ailleurs, tout était flou, où n'existait que peu. Il n'y avait que ces yeux bleus et le visage qui se dessinait autour. La jeune fille se sentait défaillir face à ce regard qui ne l'avait jamais tant aimé. A travers ses yeux, elle se sentait belle, elle se sentait vivre, comme si elle n'avait toujours vécu que pour exister dans leur reflet. Comme si ce qu'elle était, résonnait avec ce que ce regard tentait de lui dire. Les lèvres ne s'ouvraient pas, et pourtant, le message des yeux était clair comme de l'eau de roche. Je suis ici pour toi, lui murmuraient-ils comme s'ils se sentaient capables de promettre l'impossible, d'escalader l'Everest, de marcher sur l'eau, de décrocher la lune…

Et Mak jura qu'en cet instant, même la lune serait bien prétentieuse d'oser se comparer à Elsa.

Enfin, un sourire étira les lèvres d'Elsa alors que Mak sentait un bras se resserrer autour de sa taille. Comme par réflexe, la jeune fille se hissa sur la pointe des pieds. Et comme pour répondre à ce réflexe, Elsa se pencha.

- Paies tes dettes, murmura l'enseignante à l'oreille de son élève en jurant que Mak avait frissonné sous ces paroles.

L'adolescente ne répondit pas et se contenta de passer une main, toujours un peu timide dans les cheveux blonds alors que son corps, comme de son propre chef, se laisser aller contre l'autre corps qui lui avait tant manqué.

D'un commun accord silencieux, leurs yeux qui avaient déjà tout dit, se fermèrent, puis ce furent leurs lèvres qui se scellèrent comme pour appuyer la promesse éternelle qu'elles n'étaient là que l'une pour l'autre.

Mak pressa son petit corps contre celui d'Elsa, et l'enseignante ne put que répondre en resserrant le bras qu'elle avait passé autour de sa taille en priant pour que ce petit corps ne s'enflamme pas trop contre le sien.

Ce petit moment fut pourtant interrompu par des messes basses se voulant innocentes.

Elles sont si mignonnes, entendit Elsa alors que sa bouche embrassait toujours celle de son élève.

L'enseignante soupira intérieurement en collant son front à celui de Mak.

- Ne fais pas attention à eux, ils peuvent parfois être très lourds, expliqua-t-elle en jetant un rapide coup d'œil à ses amis qui tentaient de rester discrets en les observants, recroquevillés les uns contre les autres derrière la baie vitrée.

Mak tourna la tête et rit en les voyant ainsi sans quitter les bras de son professeur.

Les six jeunes gens, se sachant découverts, affichèrent tous un sourire forcé face au regard noir que leur lançait Elsa sous les rires de Mak, et s'enfuirent en courant.

- J'imagine que le dessert nous attend, devina Elsa. Allez, on rentre, déclara-t-elle en ébouriffant les cheveux bleus.

Après rires, bougies, gâteau et bulles de champagne, il fut temps de rentrer. Les deux jeunes femmes le savaient, ce délicieux moment loin de tout devait prendre fin.

Elles embrassèrent tout le monde en promettant de revenir bientôt. Elsa remercia secrètement Ariel de l'avoir poussé à partager cette soirée avec Mak avant de monter au volant de son 4x4. Il était hors de question que l'adolescente conduise de nuit.

Alors souriante, Mak offrit un dernier signe de main à la bande de copain alors que le véhicule quittait le grand jardin.

Les six jeunes gens restants, prirent le temps de partager un dernier verre sur la grande terrasse, sans doute le verre de fin de soirée, le verre de trop se confondant avec un confessionnal, qui fait du bien par où il passe.

- Alors, vous en pensez quoi ? Demanda soudainement Ariel après un long silence que chacun avait su apprécier, contrebalançant avec l'agitation de la soirée.

Tous se regardèrent une seconde, cherchant certains mots, réglant leurs comptes avec certains états d'âme.

- Elle est mordue… Soupira enfin Aurore.

- Elle est carrément mordue, sourit Éric, les yeux brillants d'alcool, l'esprit nomade.

- En même temps, je la comprends. Elle a l'air cool cette gosse, fit remarquer Kristoff en haussant les épaules.

- Elle l'est, assura Anna pour appuyer ses propos.

- Elle ne nous a pas beaucoup parlé d'elle, se souvint Philippe en insinuant une question déguisée auprès de la rouquine.

- Je sais qu'elle a une vie de merde, soupira Anna à regret. Une mère dépressive, un frère déserteur, un père mort… Dans le fond, elle n'a qu'Elsa... remarqua-t-elle, pensive.

- Oui enfin jusqu'au jour où ça leur pètera à la gueule… ne put s'empêcher Aurore.

- Eh, ne commence pas, arrêta tout de suite Ariel. On n'a jamais vu Elsa si épanouit, rappela-t-elle.

- Oui, pour l'instant. Mais si elles se font prendre, comment on va la récupérer à ton avis ? Je ne suis pas sûre qu'elle sera toujours aussi épanouie une fois jugée sur un banc ! S'exclama-t-elle.

- Mak n'en a parlé à personne ? Demanda Éric.

- Non, assura Anna, un mouvement de sa tête accompagnant sa réponse.

- Si elles font attention, il n'y a pas de raison pour que ça foire, en conclut Philippe.

- J'espère pour elles… soupira enfin Aurore. Une seule erreur, un seul faux pas, et tout le monde saura… Ne put-elle s'empêcher d'ajouter, et même si tous la trouvaient un peu alarmiste, tous savaient qu'elle avait parfaitement raison de l'être…

Elsa conduisait lentement sur le retour, s'accordant une vitesse de croisière, espérant quelque part arrêter le temps, par moment éblouit par les phares des voitures en ce début de nuit. Dehors, il faisait toujours aussi froid, et finalement, c'était mieux comme ça. L'enseignante n'avait aucune idée de qu'elle heure il était et s'en fichait pas mal, envoyant valser les contraintes et tout le reste, ne gardant que tout ce qu'il y avait de plus beau ce soir-là.

Encore une fois, peu de mots étaient prononcés. Le portable d'Elsa religieusement entre les mains de Mak, l'adolescente faisait défiler une playlist de son choix et l'enseignante pouvait alors se rendre compte de l'indécision totale de son élève en matière de musique. Tout s'enchainait sur son autoradio. Pop, Rock, Rap, Funk, absolument tout. Cela la faisait sourire.

Enfin, lorsque Mak sembla laissée de jouer les DJ, elle lança une longue playlist sur laquelle se rassemblaient toutes les musiques du Fabuleux Destin d'Amélie Poulin, et Elsa savait que c'était sans doute son choix par défaut.

L'adolescente laissa alors le téléphone reposer sur le siège entre ses jambes et écouta seulement les notes qu'elle connaissait par cœur en prenant le temps de se détendre, gesticulant des doigts sur sa cuisse comme sur un piano imaginaire.

Elsa sourit en posant une main douce sur le genou de l'adolescente sans jamais perdre la route des yeux.

Mak posa instinctivement sa main sur celle de son professeur en perdant comme souvent son regard par la fenêtre.

- Je ne veux pas que cette soirée s'arrête… murmura soudainement l'adolescente du bout des lèvres avec une sincérité désarmante sans offrir un regard à Elsa.

A l'intonation de sa voix, l'enseignante sut que le champagne n'avait pas encore tout à fait quitté son sang.

Moi non plus… Pensa-t-elle avec mélancolie.

- Qu'est-ce que tu as dit à ta mère pour venir ici ? Demanda-t-elle.

- Que je devais bosser mon anglais avec Kuzco, répondit Mak, la voix éraillée par la fatigue, la tête reposant nonchalamment contre le dossier de siège.

- Et elle a cru un mensonge pareil ? Sourit Elsa en imaginant mal le jeune Kuzco bosser quoi que ce soit à cette heure tardive.

Un léger rire souleva le corps de Mak, son enseignante avait raison, son mensonge était véritablement bidon, même elle n'y croyait pas.

- Ah, au fait, rit d'avance l'adolescente, Esméralda est dingue de toi.

- Pardon ? Demanda Elsa en tournant la tête sur une Mak qui souriait en fixant l'extérieur.

- Apparemment, tu pourrais lui faire ce que tu veux, quand tu veux, précisa la jeune fille, un brin de jalousie au fond de la gorge qu'Elsa sut percevoir.

- Epargne-moi les détails, je ne veux pas savoir ! S'exclama Elsa en s'imaginant mal conquérir toute sa classe de TL1.

Mak rit paresseusement pour toute réponse.

- Et qu'est-ce que tu lui as dit ? Demanda Elsa.

- Je croyais que tu ne voulais pas savoir ?

- Jeune fille… prévint Elsa d'une voix autoritaire que Mak savait apprécier parfois même plus qu'une toute autre voix plus douce.

- Je lui ai dit que tu étais probablement hétéro, consentit Mak, bien trop fatiguée pour lutter.

- Jalouse, sourit Elsa et Mak ne répondit que par un haussement d'épaule sans accorder un regard à son professeur.

L'enseignante fut d'ailleurs étonnée que son élève n'argumente pas davantage, peut-être il y avait-il un fond de vérité dans cette taquinerie… Elsa ne voulait pas que Mak se méprenne, il n'y avait qu'elle à ses yeux, que cette électrique teinte bleue qui envoyait des décharges et réanimait son cœur.

Alors les mots qu'Elsa avait retenu au moment où Mak lui avait révélé son alibi pour être ici traversèrent la barrière de ses lèvres sans qu'elle ne puisse les retenir :

- Tu voudrais passer la nuit avec moi ?

Le cœur de Mak rata un battement. Est-ce que son professeur venait vraiment de dire ça ? Son tendre professeur vieux jeu et un peu rabat-joie venait-il de lui proposer de partager son lit ce soir ?

Elle ne s'attendait pas à ça, pas du tout en fait. Lorsqu'elle lui avait demandé de lui apprendre certaine chose qui lui étaient encore inconnues, elle n'aurait jamais pensé qu'Elsa voudrait lui offrir cette leçon-là si vite… et elle devait d'ailleurs avouer qu'elle en avait envie, même très envie, mais elle devina qu'elle n'était pas prête. Pas prête à se dévoiler ainsi devant Elsa, pas prête à tout sacrifier, jusqu'à son intimité, pour s'abandonner à quelqu'un. Non, il était évident qu'elle n'était pas prête pour ça. Même si elle sentait, elle ne savait comment ni pourquoi, qu'un jour, peut-être pas si lointain, elle serait prête pour Elsa.

Elsa qui passait maître dans l'art de déchiffrer les gestes et les vagues à l'âme de l'adolescente, et qui avait senti la petite main se crisper sur le sienne précisa :

- Lichtenstenner, voudrais-tu dormir avec moi cette nuit ?

Un léger sourire passa sur les lèvres de Mak alors qu'elle lui accordait enfin un regard. Son professeur avait compris son malaise, exactement comme elle savait percevoir à peu près tout ce qui la traversait sans qu'elle n'ait besoin de parler.

- Avec plaisir, sourit la jeune fille en serrant la main dans la sienne alors que la tension qui s'était immiscée dans le véhicule s'envolait avec cette étreinte.