_Maintiens ta concentration.
Elle opina lentement. Elle pouvait percevoir ses mouvements alors qu'il formait un large cercle autour d'elle, deviner la prochaine position de sa baguette comme si elle était en mesure de prédire l'exact moment où elle trancherait de nouveau l'air, bouleversant l'équilibre de chaque atome qui le composait. Elle s'améliorait en cela. Elle ignorait cependant si cela était dû au jeune homme ou si elle serait capable de le faire pour n'importe qui. Ce serait une leçon pour un autre jour.
_Très bien, murmura-t-il à quelques centimètres derrière elle.
Elle pouvait sentir la chaleur de son souffle sur sa nuque. Elle retint un frisson. Ce n'était pas le moment. Elle ne devait pas vaciller. Cela lui demandait un effort supplémentaire. La proximité du jeune homme ne faisant rien pour l'arranger.
_Ginny, reprit-il.
Cette fois-ci, sa voix émanait quelque part devant elle. Elle était en train de le perdre. Elle n'avait pas prévu ce mouvement là. Fronçant les sourcils, elle essaya de faire taire cette petite voix en elle. Elle serra fortement les poings, espérant insuffler une certaine maîtrise, retrouver un semblant de discipline. Prenant une longue inspiration, elle parvint à se recentrer et retrouver la position du jeune homme dans la salle. Il se trouvait à sa droite, à deux ou trois pas. Qu'était-il en train de faire ? Elle tenta de nouveau de le dessiner, de le délimiter dans l'espace, de deviner son prochain geste. Mais ce fut trop tard.
Elle sentit son corps s'alourdir, sans qu'elle ne puisse le contrecarrer et elle retomba lourdement en arrière. Bon sang. Un Stupefix. Elle avait bien tenu cette fois. Elle redouta le moment où elle heurterait le sol mais fut étonnée de ne pas entrer en contact avec le sol dur. Elle voleta légèrement au dessus du sol.
_Tu étais pourtant bien partie. Que s'est-il passé ? S'enquit-il en la déliant des sortilèges, lui permettant de retrouver ses mouvements et de rouvrir les paupières.
Elle vacilla légèrement avant de retrouve ses repères et de plonger dans ses sublimes prunelles émeraudes. Elle était certaine que le rouge devait habiter ses joues comme si elle redevenait une gamine de douze ans tombée sous le charme du grand Harry Potter mais elle n'y pouvait rien. Cela la dépassait. Une inquiétude évidente dans les yeux, il se rapprocha d'elle, glissant son index sur son menton, lui intimant gentiment et silencieusement de ne pas détourner les yeux, ce qu'il semblait deviner qu'elle ferait.
_J'ai perdu le fil, répondit-elle assez faiblement, peu convaincue elle-même par ses mots.
Il ne dit rien, attendant qu'elle poursuive. Elle savait qu'il attendait une meilleure explication afin de trouver un moyen d'identifier le blocage et de trouver comment le lever. Il était important qu'elle soit en mesure de positionner la menace lors d'un combat afin qu'elle puisse la contrer d'où qu'elle puisse apparaître. Perdue dans son regard, elle eut d'autant plus de mal à se concentrer. C'était stupide. Elle aurait dû être habituée. Mais plus elle se rendait compte des sentiments qu'elle lui portait, plus elle semblait incapable de réussir la moindre tâche qui lui était assignée. Elle était plutôt mal partie avec un mage noir, plus intransigeant que jamais et un monde des sorciers à l'équilibre fragile.
Voyant qu'elle ne disait rien, il se saisit de sa main. Une façon de la rassurer, de lui montrer qu'il pouvait tout entendre, tout comprendre, qu'il ne pouvait exister de filtre entre eux. Elle sut l'exact moment où leurs paumes entrèrent en contact, non pas à la chaleur qu'elle ressentait mais au changement progressif de décor qui se dessinait autour d'eux. Les appartements du jeune homme, lieu de leur présente séance, se dissipèrent au profit d'une ambiance drastiquement différente.
Ils étaient de retour. Ils n'y avaient pas mis les pieds depuis un moment.
Les murmures s'amplifièrent autour d'eux alors qu'ils retrouvaient la même salle sombre, les hautes baies vitrées couvertes par des pièces de tissus en morceau qui se balançaient au rythme d'une bourrasque qu'elle ne parvenait pas à ressentir. Elle porta son attention sur Harry alors qu'il poursuivit son analyse des lieux. Il ne semblait plus surpris et préférait en apprendre davantage. Il resserra cependant sa poigne autour de la main de la jeune fille pour lui signifier sa présence. Elle ne craignait rien.
Nous sommes heureux de vous revoir, Élus.
Cette voix se détacha des autres. Elle était plus forte, plus imposante. C'était celle de la Providence. Celle qui s'était révélée à eux la première fois. Elle tourna la tête de toute part, espérant apercevoir une forme ou d'une moins, une apparition lui permettant de confirmer cette impression. Rien. Ils demeuraient seuls.
_Où sommes-nous ? Demanda Harry, lucide.
Il ignorait combien de temps ils leur restaient ici et ne souhaitaient pas perdre une minute. Si ce lieu contenait un quelconque indice qui pourrait les aider à réaliser leur mission, il ne devait pas laisser leur chance passer.
Patience, Élu. Les mots peuvent avoir plusieurs sens. Chacun d'eux pouvant avoir une portée, une interprétation, un impact sur le cours des évènements.
_Vous n'êtes donc pas décidé à nous faciliter la tâche, répliqua-t-il en s'adressant toujours au vide, sa main libre se referma en un poing serré sur son flanc.
Elle pouvait le comprendre. Elle avait l'impression que tout ceci était une farce. Ils étaient tous deux jetés dans la cage aux lions sans aucun moyen de s'en sortir. Elle déposa son autre main sur son épaule pour le calmer. Il se rasséréna légèrement à son contact, croisant brièvement son regard avant d'opiner lentement.
Votre mission est fondamentale, Élu. Si nous venions à l'altérer…les conséquences seraient terribles. Voyez-vous, il existe une multitude de réelles possibles. Chaque version de cette réalité a une probabilité infime de se produire. Certaines abondent dans le sens qui pourrait nous être le favorable. Quant aux autres…L'issue serait fatale. Pour vous. Comme pour le monde des sorciers.
_Que sommes-nous censés faire ? Interrogea alors le jeune homme, comprenant le point.
Ce que vous êtes actuellement en train de faire. Dérouler le fil d'une réalité en vous basant sur votre instinct. Il est votre plus grand allié.
_Et si nous venions à commettre une erreur ?
Cette fois-ci, ce fut Ginny qui s'exprima. Elle trouvait ahurissant de faire reposer l'avenir de toute un monde sur de simples spéculations. Comment pourrait-elle faire confiance en son unique instinct ?
Vous trouverez un moyen pour y remédier. Vous êtes les Élus. Nous avons estimé que vous étiez capables d'accomplir cette mission.
_Bien d'autres avant nous ont échoué, répliqua Ginny.
Elle sentit le regard du jeune homme se poser sur elle, inquisiteur. Elle ne lui avait toujours pas parlé de son intermède avec Raphaël et comprenait son interrogation. Elle estimait cependant que c'était le moment de comprendre ce que tout cela pouvait signifier.
Des échecs sont parfois nécessaires pour la survie du plus grand nombre. Il ne peut être autrement. Certaines réalités se doivent de se réaliser pour que d'autres puissent ne jamais se produire. C'est notre rôle d'assurer cette équilibre quoiqu'il en coûte.
_Au détriment de nos propres vies ? S'enquit une nouvelle fois la jeune femme, à mi-voix.
Elle n'était pas certaine de vouloir connaître la réponse mais elle avait besoin de le dire à haute voix, exprimer son ultime crainte. Harry se saisit une nouvelle fois de son menton, l'obligeant à se plonger de nouveau dans ses yeux.
_Je te protègerais Ginny, tu le sais, n'est-ce pas ?
_Mais qui te protègera ? Penses-tu que ta vie a moins de valeur que la mienne ? As-tu pensé à ce qu'il m'arriverait si je venais à te perdre ? Penses-tu seulement que j'y survivrais ?
Le jeune homme eut un mouvement de recul à cette confession, surpris. Qu'était-elle en train de lui dire ? Elle regretta le flot de mots qu'elle avait injustement abattu sur lui. Elle ne savait pas choisir son moment mais peu lui importait. Il devait comprendre que mourir n'était pas une option pour lui non plus. Il devrait alors l'emmener avec lui dans son trépas. C'était de toute façon, écrit dans les cartes. Le silence régna un moment alors qu'il semblait chercher ses mots. Elle ne lui en tint rigueur et espérait plutôt une réponse de la Providence. Elle leur devait bien cela. Comme si cette dernière avait lu dans ses pensées, ce qui n'était pas impossible, elle s'exprima une nouvelle fois.
La vie d'un individu ne saurait primer sur celles d'une communauté. Vous le savez mieux que quiconque. Vous avez vous-même tenté de vous sacrifier pour vos collègues et amis, il y a de cela quelques années.
Elle mettait le doigt sur le véritable problème. Ginny ne s'inquiétait pas pour sa propre vie mais pour celles de sa famille, ses proches et celle de celui qui se tenait devant elle. Elle préférait ne pas penser à ce qu'il l'attendait si cela signifiait qu'il y avait une chance pour que tous lui survivent. Elle se tut à ses mots, souhaitant à présent écourter cette conversation.
Vous devez y retourner, Élus.
_Savez-vous quelque chose sur le médaillon ? Questionna Harry, ne souhaitant pas retourner bredouille, une nouvelle fois.
Vous êtes déjà sur la bonne voie. Poursuivez.
_Cela n'a aucun sens. En avez-vous conscience ? Trancha le jeune homme, la voix tendue.
Je ne peux vous en dire davantage. Exploitez le lien qui vous unit. Il saura vous guider. Chaque Élu porte en lui toutes les réponses qu'il recherche. C'est ancré en lui. Ne perdez pas espoir, jeunes gens. Faites-vous confiance.
Contrairement aux fois précédentes, ils n'eurent à se détacher pour réapparaître dans les appartements du jeune professeur, frustrés, ébahis par cette expérience. Ils furent tout simplement « ramenés » à la réalité. Harry se détacha d'elle et se mit à faire les cents pas, hors de lui. Il ne se maîtrisait pas et se mit à luire d'une aura sombre. Elle pouvait la percevoir autour de lui.
_Pourquoi ? Pourquoi à chaque fois que je me vois assigné une foutue mission, il faut qu'elle soit sans mode d'emploi ? C'est propre au monde des sorciers ? Serait-il si compliqué de nous guider ? Je comprends très bien l'absence d'intercession. Mais une foutue réponse, c'est si difficile à donner ? Nous sommes de retour au point de départ avec toujours autant d'interrogation et aucune solution. Que suis-je censé faire ? Écouter mon instinct ? Tu sais ce qu'il me dit mon instinct ? D'aller trouver Voldemort dans le satané trou où il s'est terré et de mettre fin à tout ça ? C'est ce plan que nous sommes censés suivre à présent ? Je dois tout simplement t'emmener à l'abattoir.
Elle le laissa un moment sortir tout ce qu'il avait besoin d'exprimer avant de s'avancer prudemment vers lui. Elle le comprenait. Elle était tout aussi désorientée mais cela ne servait à rien d'ajouter à son éclat. Elle parvint à se placer devant lui alors qu'il souhaitait entamer une nouvelle allée et s'arrêta brusquement devant elle, respirant plus fortement que d'habitude, les poings serrés. Elle leva doucement et prudemment les mains vers son visage, lui donnant la latitude de bouger s'il le désirait. Il ne cilla pas, acceptant ce réconfort et se laissa faire. Elle lui permit de focaliser son attention sur elle, se recentrer.
Cela lui prit un moment. Il avait besoin d'extérioriser sa colère, l'impuissance qu'il ressentait suite à cette « rencontre ». Lorsqu'ils étaient arrivés dans la salle, il avait vraiment cru que cette fois-ci, leur expédition vaudrait le coup, qu'il trouverait des réponses, enfin. Il avait besoin d'une certaine lumière pour comprendre tout ce qui leur tombait dessus, pour se préparer à des imprévus comme la mort de Bathila Tourdesac, comme cette histoire de médaillon détenue, trouvée ou perdue par Régulus Black. Il ne pouvait pas continuer à errer dans cet océan d'incertitudes. Et surtout, il ne pouvait pas continuer à emmener Ginny avec lui dans l'inconnu, tout en étant incapable de la protéger si cela venait à être nécessaire. Il avait toujours navigué dans des eaux troubles. Le problème à présent c'était qu'il n'était pas seul. A ce fil de pensée, se rajoutèrent les paroles énoncées plus tôt par la jeune femme qui lui faisait face. Et s'il était incapable de comprendre un certain nombre de choses, ce qu'elle avait dit quelques minutes auparavant, lui paraissait plutôt clair parce qu'il ressentait la même chose. Et sur cela, il pouvait revenir.
Il se détendit progressivement, sachant qu'il ne pouvait ouvrir le sujet dans son état. Il se concentra sur ses prunelles réconfortantes, appréciant la manière dont elle le couvait, souhaitant qu'il se ressaisisse. Il prit une longue inspiration, fermant un moment les paupières, retrouvant une tranquillité suffisante pour qu'ils puissent en discuter.
Il fourragea dans son regard et plaça ses mains autour de ses fins poignets, l'empêchant ainsi de fuir si cela venait à être trop pour elle. Il ne partirait pas sans qu'elle s'explique davantage. Elle perçut la détermination prendre le pas sur le trouble qui déformait ses traits, un instant auparavant. Elle fut déconcertée par le changement mais l'accueillit avec bienveillance. Un Harry déterminé, elle pouvait gérer. Un Harry en colère, un peu moins.
_Que voulais-tu dire ?
_A quel sujet ?
Elle n'était pas dupe. Elle savait très bien de quoi il voulait parler mais souhaitait gagner un peu de temps, histoire de voir quelle serait la meilleure approche. Elle n'avait pas envie de le lui cacher. Elle en serait même incapable. Elle ignorait combien de temps ils leur restaient. Elle n'avait pas la moindre idée de l'issue qui les attendait. Mais elle refusait de le perdre. Peut-être qu'en apprenant à quel point elle tenait à lui, il cesserait de vouloir systématiquement se sacrifier à son profit.
_Je pense que tu le sais, Ginny.
Il la détenait entièrement, l'empêchant de se mouvoir, de se retirer de la profondeur qu'il mettait dans son regard, la défiant même d'essayer. Elle ne chercha pas non plus à se dérober. Pas cette fois. Plus maintenant. Elle détourna brièvement les yeux comme pour se donner un peu plus de courage mais d'une pression à ses poignées, il lui intima de revenir à eux, à ce moment. Et elle obéit, docilement, pour une fois. Cette seule fois.
_C'est évident, Harry. Je refuse de te perdre. Alors cesses d'envisager un scénario où je te survivrais. C'est non envisageable pour moi.
_Pourquoi ? Insista-t-il.
Le jeune Potter était connu pour ne jamais lâcher. Il n'arrêterait qu'une fois qu'il aurait obtenu ce qu'il souhaitait. A l'instant, il ne demandait que la vérité et elle était en mesure de la fournir même si elle craignait de ce que cela entraînerait. Comment le prendrait-il ? Quelle serait sa réaction ? Qu'attendait-elle d'ailleurs comme réaction ? Ce serait mentir que de nier le fait qu'elle ait envisagé que ce soit réciproque. Elle croyait d'ailleurs vraiment qu'il l'appréciait. Elle ne pouvait déterminer à quel point mais elle ne pouvait nier le lien qui les unissait. Oui, elle s'était alors déjà imaginée être avec lui. C'était normal. Elle était après tout humaine. Et il n'avait rien d'ordinaire. Il était peu être ignorant de son effet mais si elle devait entendre encore une de ses camarades vanter la beauté du Professeur Potter, elle allait finir par commettre un attentat à Poudlard.
Mais en était-elle certaine ? Non. Mais elle ne se déroberait pas. Elle ne se déroberait plus. Elle vit une incertitude prendre place sur ses traits, comme s'il doutait qu'elle poursuive sur la lancer. Pour le rassurer, elle caressa de son index droit, sa tempe, dessinant l'arcade de son sourcil. Il fléchit légèrement à ce contact mais elle le maintint.
_Parce que je t'aime, Harry Potter. Et que tu es devenu essentiel à mon existence.
Les mots lancés, elle ne pouvait revenir en arrière mais elle était étrangement sereine à cette idée. C'était quelque chose en elle qui lui dictait que c'était exactement ce qu'il fallait faire. Son instinct peut-être. Elle retint un sourire à cette pensée. La Providence était de mauvaise influence. Le jeune homme resta silencieux un moment alors qu'elle pouvait imaginer les rouages de son esprit jouer à vive allure. Il devait sans nulle doute se demander si c'était une bonne idée, qu'en penserait Ron, s'il était prêt à se lancer dans cette nouvelle aventure ou peut-être se demandait-il comment la repousser gentiment, lui faire comprendre qu'il ne partageait pas ses sentiments, qu'il ne la voyait pas ainsi. Elle était prête à accepter ses deux réactions.
Au bout d'un moment, elle se demanda s'il ne serait pas préférable de lui laisser un peu de temps pour réfléchir à tout cela et s'apprêta à se détacher afin de lui exprimer l'idée mais dès qu'elle tenta d'amorcer un mouvement, il sembla se réveiller d'une transe et la rapprocha de lui d'un geste bref et vif. Elle se retrouva alors à quelques centimètres de sa poitrine, appréciant la chaleur qui émanait de lui un instant avant de redresser le menton vers lui.
Son regard ne la quittait pas alors qu'il relâchait doucement ses astreintes et prenait délicatement son visage en coupe. Elle sut alors ce qu'il allait se passer rien qu'en contemplant ses prunelles qui brillaient d'une nouvelle lueur, d'une émotion qu'il avait du mal à contenir. Ses lèvres ne furent alors qu'à quelques centimètres des siennes. Elles s'effleuraient, se rencontraient pour la première fois.
Ginny sentit son coeur tambouriner dans sa poitrine. Et elle était certaine qu'il devait résonner dans la pièce mais peu lui importait. Elle n'avait pas honte de ce qu'elle ressentait. Son attention se promenait entre ses yeux et ses lèvres, dans un moment suspendu dans le temps avant que sa voix ne rompe le silence ambiant.
_Je t'aime Ginny Weasley.
Il n'attendit pas une seconde de plus avant de s'emparer tendrement des lèvres de la jeune femme, approfondissant sa prise autour de son visage. Elle sut à l'instant qu'elle ne serait plus la même. Qu'il existait une réalité avant Harry et celle qu'elle venait de découvrir. Elle retrouvait ce sentiment d'être là où elle était censée être, là où elle aurait toujours dû être. Le sentiment de complétude, comme si elle découvrait enfin cette part d'elle-même qu'elle ne savait même pas avoir perdu.
Elle répondit avec la même passion, essayant de lui véhiculer tout ce qu'elle ne pouvait lui dire, espérant qu'il comprenne par son geste, combien il lui était devenu vital. Elle passa ses doigts dans ses cheveux, se perdant dans les mèches ébouriffées, appréciant cette douceur qu'elle avait toujours imaginé.
Bientôt, l'air leur manqua et ils durent se détacher à contre-coeur. Elle ne put retenir le large sourire qui prit place sur ses lèvres alors qu'ils reprenaient doucement leurs souffles.
_Tu es à moi désormais, murmura-t-il en passant son pouce sur sa lèvre inférieure.
_Toi aussi, Harry, répliqua-t-elle en mordillant doucement son doigt imprudent.
La lueur dans ses yeux s'assombrit alors. Il reprit possession de ses lèvres fougueusement, passant ses bras autour d'elle, la soulevant avec une facilité déconcertante pour qu'elle soit à sa hauteur. Elle noua ses jambes autour de ses hanches pour un meilleur soutien et retint un gémissement lorsqu'il empoigna sa cuisse pour la stabiliser, son autre main prenant appui sur sa nuque, à la base de ses cheveux. Bon sang, où avait-il appris à embrasser ainsi ?
Il les dirigea doucement vers le divan le plus proche et les fit tomber gracieusement sur ce dernier. Elle fut toute à son aise pour pouvoir savourer chaque parcelle de lui. Il descendit ses lèvres sur son cou, descendant vers la clavicule. Elle se mordit la lèvre, face à ce nouvel emplacement qu'il découvrait. Il était doué.
Elle en profita pour déboutonner sa chemise, les doigts impatients. Elle faillit se louper plusieurs fois tant elle avait du mal à se concentrer. Elle le sentit sourire contre elle. Il savait l'effet qu'il lui faisait. Elle n'avait cependant aucun doute que c'était réciproque. Elle le sentait contre elle.
Elle parvint tant bien que mal à achever sa tâche et libéra les pans du vêtement, lui permettant à son tour de goûter sa peau. Il montra moins de contrôle et hissa lorsqu'elle mordilla son épaule. Elle ne sut comment il parvint aussi rapidement mais elle se trouva soudainement sur allongée sur le dos, le jeune homme au-dessus d'elle, se soutenant sur un bras pour ne pas l'écraser. Leurs yeux se fourragèrent une nouvelle fois alors que leurs poitrines se soulevaient au rythme de leur excitation. Il replaça une mèche de ses cheveux derrière son oreille et elle frissonna à ce contact.
_Es-tu sûr ? Je…Je peux attendre…
Pour toute réponse, elle se redressa légèrement avant de retirer son pull, se retrouvant à demi-nue devant lui. Elle plaça ses jambes de part et d'autre du corps de Harry afin qu'il soit plus proche. Le regard de ce dernier se posa sur la poitrine nouvellement découverte et déglutit avant de se concentrer de nouveau sur le visage de la jeune femme. Elle eut un sourire rassurant et l'embrassa tendrement.
_Je suis sûre, Harry.
Il maintint son contact visuel un peu plus longtemps afin de s'assurer qu'elle ne se sentait obligée en rien avant de reprendre son entreprise. Elle se sentit vite totalement absorbée par lui, par son odeur, sa présence, sa chaleur, son amour. Elle se sentit en confiance à ses côtés, prête à franchir tous les obstacles qui se dressaient entre eux. Prête à tout pour lui.
Elle se trouva rapidement nue devant lui et put apprécier chaque vallée du corps du jeune homme. Il était magnifique, forgé du meilleur métal aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur. Il aima chaque parcelle de son anatomie également, ne lui laissant aucun doute sur l'admiration qui lui portait, la vénérant presque. C'était le sentiment qu'elle en avait du moins.
Son regard ne la traversa qu'une dernière fois avant qu'il ne la fasse entièrement sienne. Et c'était sur les lèvres qu'il lui murmura sans cesse à quel point elle comptait pour lui. Elle remarqua quelque part dans la périphérie de ses pensées, que de leurs mains liées, au creux de leurs poignets, le Sceau de l'Allégeance se mit à luire fortement.
Il avait fini par l'emmener dans sa chambre qu'elle découvrit pour la première fois, l'enlaçant contre lui, refusant qu'elle s'en aille. Ils étaient demeurés silencieux, reprenant leurs esprits, chaque perdu dans ses pensées. Les doigts de Harry parcouraient le dos de la jeune femme alors qu'elle se concentrait sur les hautes vitres qui surplombaient sa chambre. Le crépuscule était déjà arrivée, sans qu'ils ne se rendent compte. La lueur orangée se déployait paresseusement dans les murs blancs de la chambre, apportant une douceur et une vivacité qui n'existait jusqu'alors dans ces lieux.
Sa voix profonde, rendue plus grave par les évènements précédents, s'éleva alors, la brisant dans sa contemplation.
_Le regrettes-tu ?
Elle releva la tête, déposant son menton sur sa poitrine, appréciant son profil un moment. Il tentait d'éviter son regard, gêné, elle supposait, craignant d'avoir dépassé des limites imaginaires. Elle ne le laisserait pas se morfondre, culpabiliser ou se fouetter pour ce qu'il pensait avoir fait de mal. Elle croisa les bras sur son torse, rapprochant son visage du sien. Le mouvement attira son attention, et il baissa le regard pour contempler la jeune femme, espérant qu'elle mette rapidement fin à sa torture.
_Tu sais que tu es adorable mais incroyablement agaçant. M'as-tu entendu me plaindre ? Je pense même en avoir redemandé…Plusieurs fois.
Il rougit à ses mots et détourna les yeux. Il était moins à l'aise qu'elle à parler de ce genre de choses, ce qui lui fit se demander si elle avait beaucoup d'expérience dans le domaine. Mais ce n'était pas une discussion qu'il souhaitait avoir en ce moment. C'était leur souvenir, leur moment. Il ne voulait pas que ce soit entaché par l'ombre d'un autre homme, existant ou non. Il entendit son rire avant qu'elle ne capture ses lèvres. Il répondit avec la même passion, la retournant sur le lit de sorte qu'il la surplombe. Il redescendit sur elle pour pouvoir de nouveau profiter de la merveilleuse jeune femme qu'il était chanceux d'avoir près de lui, lorsqu'il sentit son médaillon vibrer. Ginny fut surprise en voyant la réaction du bijou. Elle l'avait vu plus tôt mais n'avait juste pas porté plus d'attention que cela. Elle perçut cependant la frustration dans les traits du jeune homme avant qu'il ne grogne et ne se détache d'elle.
_Une réunion de l'Ordre, ce soir. Je suis désolé, ça m'est sorti de la tête.
_Vas-y, ne t'inquiète pas, répondit-elle en caressant son visage, rassurante.
_Tu m'attendras ? Demanda-t-il, plein d'espoir.
Elle lui sourit en opinant doucement, heureuse de sa demande. Il l'embrassa une dernière fois avant de se lever pour se préparer. Elle remonta les couvertures sur elle, prenant un moment pour se rendre compte de tout ce qu'il venait de se passer.
-A-
Harry atterrit dans la Forêt de Sherwood, lieu qui aurait connu, selon la légende, le célèbre Robin des Bois. Selon Dumbledore, qui lui avait parlé de ce personnage de la mythologie Moldu, Robin Longstride était un ancien noble, calomnié par son grand ennemi le Shérif de Nottingham et qui vivait dans cette même forêt, volant aux riches pour redistribuer aux pauvres. Ce que la légende Moldue ne mentionnait pas, était que Robin était en réalité sorcier. C'était ainsi qu'il avait pu accomplir tous ses méfaits sans être embêtés. Son épouse Marianne était quant à elle, Moldue. Elle seule connaissait d'ailleurs son secret.
Dumbledore semblait mettre un point d'honneur à organiser les réunions de l'Ordre dans des endroits marquants, symboles d'une certaine Résistance, ce que le jeune homme appréciait en temps normal. Mais ce soir, il aurait préféré être ailleurs.
Il arriva dans la cabane éphémère, créée pour l'évènement et leva sa baguette, dessinant un simple cercle avant que celle-ci ne disparaisse et le laisse pénétrer dans les lieux. Les membres étaient déjà tous attablés et ne semblaient attendre que lui.
_Bonsoir Harry, prends place, s'enquit Albus en lui adressant un regard rassurant.
Était-il au courant ? Harry préféra ne pas se poser la question et prit place à sa droite, aux côtés de Hermione et Ron. Il sentit un malaise face à une telle proximité avec son meilleur ami, sachant ce qu'il venait de faire avec sa soeur. Il se contenta d'un signe de tête avant de se concentrer la réunion qui débutait.
Chaque membre passa en revue les activités qu'il avait eu à mener, les rencontres, les tours qu'ils avaient eu à déjouer. Harry resta silencieux, écoutant avec attention ce que chacun rapportait. Elphias Dodge parla de l'importance de rallier les centaures à la cause, qu'il sentait un changement d'allégeance qui ne le rassurait pas. Elphias avait longtemps entretenu de très bonnes relations avec les centaures, défendant leurs causes par tous les moyens. Son inquiétude était donc légitime puisqu'il les connaissait mieux que personne.
_Comment pourrait-on les rassurer ? Demanda le Professeur McGonagall.
_Cela dépendra de notre marge de manoeuvre avec le Ministère, répondit Percy, le mieux placer pour avoir ce type d'intervention. Il était l'adjoint actuel de Cornelius Fudge, le ministre actuel.
_Connaissant Cornelius, il préférera ne pas se prononcer en ces temps sombres, approuva Albus.
_Nous ne pouvons cependant leur faire des promesses vaines, répliqua Elphias, rajustant son fez sur le sommet de sa tête.
_Nous pouvons faire en sorte qu'elles ne soient pas vaines, reprit Hermione.
_Par Merlin ! Et c'est reparti pour un nouveau S.A.L.E ! S'exclama Ron en levant les yeux au ciel et provoquant le rire des personnes présentes, à l'exception de la principale concernée qui se contenta de le fusiller du regard avant de poursuivre.
_Cette guerre nous apprendra que ce n'est qu'ensemble que nous y parviendrons. Si nous parvenons à montrer et prouver que les centaures ont contribué à notre victoire, il ne sera que légitime qu'ils voient leur situation améliorée, poursuivit-elle, convaincue de son point.
_Elle n'a pas tort. Cela pourrait influencer Fudge, approuva Percy.
Hermione lui adressa un sourire reconnaissant, heureuse de l'avoir de son côté. Elle ne s'entendait pas toujours avec son beau-frère mais appréciait qu'ils puissent voir les choses parfois de la même manière.
_Bien, faisons-cela. Elphias, peux-tu les convaincre à l'aune de cette nouvelle perspective ? S'enquit Albus en s'adressant à son ami.
_Oui. Je ferais en sorte que le message soit délivré ainsi.
Ce point clos, les jumeaux Weasley firent leur rapport sur les activités sur le Chemin de Traverse. La plupart des commerces avaient fermé leurs portes, craignant pour leur survie. Ce qui était légitime. Rien ne semblait sortir de l'ordinaire pour l'instant.
Remus fit le point sur la situation des loups-garous. Contrairement aux centaures, ils étaient beaucoup plus attentifs au discours de Greyback qu'à celui de l'Ordre. Ils portaient en en eux les séquelles des atrocités causées par les sorciers et ne pensaient pas ou ne voulaient pas changer la donne. Tonks passa une main réconfortante sur son dos, lui signifiant qu'elle était là pour lui. Ce geste suffit à lui ôter temporairement le lourd fardeau qu'il semblait traîner sur ses épaules. Tous comprenaient bien à quel point cela devait être difficile d'être trahie par sa propre espèce même si Remus n'avait jamais accepté cette part de lui-même. Il se sentait responsable du désintérêt porté par les lycans.
Ron passa son tour, estimant que ce n'était pas lui de raconter les faits de ces dernières heures, laissant le soin à son meilleur ami de porter cette charge et de décider ce qu'il souhaitait divulguer. Hermione rapporta quelques avancées sur des sortilèges pouvant aider à canaliser l'ennemi sans lui faire de mal. Il fut convenu qu'une session d'entraînement soit organisée dans la semaine.
Arriva le tour de Harry. Il glissa un regard vers Dumbledore, cherchant à savoir quelle politique adoptée. Il comprit que le directeur ne souhaitait pas trop en dire mais au moins attirer leur attention sur ce fait.
_Le corps de Bathilda Tourdesac a été retrouvé hier, chez elle à Godric's Hollow.
Cette annonce provoqua des halètements de part et d'autre. Minerva porta une main à ses lèvres tandis que Sirius tourna vivement son attention vers Remus qui opina lentement. Le choc passé, les questions se mirent à fuser. Tous voulant en savoir plus. Harry attendit un instant que le calme revienne avant de poursuivre.
_Il s'agit clairement d'un assassinat. Nous ignorons encore qui en est l'auteur. Elle a été mis en scène donc nous estimons que c'était personnel. Un message clairement adressé à quelqu'un. Nous avons demandé une analyse et avons reçu les résultats ce matin. Pas d'empreinte. Pas de trace d'une quelconque présence qui ne serait pas celle de Batista. Nous ne nous arrêtons pas là. Une équipe d'Aurors se chargera de questionner l'entourage, le voisinage. La routine.
Il avait omis de leur parler du mot. Ce que Shackelbot & Ron notèrent mais se turent. Ils ne remettraient pas en cause les décisions de leur chef. Remus, quant à lui, se contenta de maintenir son regard fixe dans le vide. Il savait que ce mot avait un autre sens et que le jeune homme se livrerait à eux au moment opportun.
_Comment…Comment a-t-elle été… Commença Minerva, les larmes aux yeux.
Harry ne savait pas qu'elles étaient proches et regrettait de ne pas avoir mis les formes. En même temps, l'annoncer autrement aurait-il véritablement changé quelque chose ? Un monstre lui aurait toujours dérobé la vie. Le jeune Potter hésita à donner davantage de détails, sachant à présent la proximité qui les liait mais il devait la vérité à cette femme.
_Exsanguination. Il lui a tranché la gorge d'un coup sec.
Le professeur McGonagall ferma les yeux à cette réponse et acquiesça doucement alors que deux larmes sillonnaient ses joues. Molly Weasley, à ses côtés, lui prit la main pour la réconforter.
_Est-ce l'oeuvre de Voldemort ? Questionna alors Bill, détachant son regard de sa mère et le posant sur celui du jeune homme.
_A ce stade, je ne peux pas te répondre avec certitude. Ce n'est pas un mode opératoire commun.
_Nous n'avons jamais vu ça, ajouta Ron, revoyant devant la scène de crime dans toute sa férocité.
_Nous allons continuer l'enquête et vous reviendrons dès que nous en saurons plus, clôtura Harry.
Suite à cette annonce, l'ambiance se fit plus morose. Albus remercia les participants, intimant à chacun beaucoup de prudence et leva la séance. Les sorciers commencèrent à se disperser alors qu'il se retrouva face à ses deux meilleurs amis. Hermione le prit dans ses bras, le serrant fortement contre elle.
_Nous nous sommes vus hier, Hermione.
_Arrêtes de vouloir me priver de ce plaisir, maugréa-t-elle en se détachant de lui et lui assénant une petite tape à l'épaule.
_Peut-être est-il temps que nous fassions un deuxième enfant ? Tu as encore de pulsions maternelles en toi, déclara Ron, avant de recevoir une tape sur le haut de sa tête.
_Cela te convient comme pulsion ? Abruti !
Elle se détourna de lui et se mit à marcher vivement hors de leur portée.
_Je saurais me faire pardonner, dit simplement Ron, tout sourire.
Harry eut du mal à le suivre ou même à le regarder dans les yeux. Il avait du mal à ne pas ressentir une certaine culpabilité, comme s'il l'avait trahi. Il serait préférable qu'il lui dise tout maintenant, plutôt qu'il l'apprenne autrement.
_Ron…j'ai quelque chose à te dire…
Ce dernier fronça les sourcils en constatant la gêne de son meilleur ami. Il était rare que quoi que ce soit perturbe le grand Harry Potter. Il attendit la suite alors que Harry regardait les alentours, vérifiant qu'aucune oreille indiscrète ne traînait dans les parages et se rassurant sur le fait que quelques sorciers suffisamment puissants se trouvaient prêts à intervenir s'il finissait par subir le courroux de Ron.
_Je…Je suis amoureux de Ginny.
Il attendit la réponse avec beaucoup d'appréhension mais fut surpris du long silence qui accompagna ses mots. Il leva les yeux vers le jeune Weasley et fut totalement décontenancé quand celui-ci se mit à rire. Harry se demanda s'il avait bien entendu ce qu'il venait de dire.
_Vieux, je l'avais remarqué. Je préfère peut-être jouer les aveugles la plupart du temps mais tu n'as vraiment pas été discret sur ce coup-là.
_C'est vrai ?
_Désolé de te le dire. Tu le lui as dit ?
_Oui…Hmm. Nous en avons parlé en début de soirée.
Il était inutile de lui révéler ce qui avait suivi. Il n'y aurait plus d'Élu dans ce cas.
_Et ? Le hâta Ron.
_Elle les partage.
_Génial. Bienvenue dans la famille, vieux frère, déclara-t-il en le prenant dans ses bras.
Harry n'en croyait pas ses oreilles. Qu'était-il arrivé à Ronald Weasley ? Quand celui-ci le relâcha, il le contempla, ahuri.
_Je ne comprends pas.
_Qu'est-ce que tu ne comprends pas ? S'enquit Ron, perdu.
_Tu acceptes, comme ça ?
_Écoutes, vous êtes liés par quelque chose qui me dépasse. Bien sûr que j'aurais aimé que ma soeur reste juste ma soeur éternellement mais c'est impossible. Elle est devenue cette sorcière puissante, une Promise, même si je comprends toujours pas quel est son rôle dans tout cela. Alors que veux-tu que j'y fasse ? Qui plus est, je pense pas trouver meilleure personne pour elle que celle qui jure sur sa magie de mourir pour elle. Tu me dépasses haut la main.
_Merci Ron. C'est important pour moi.
_Merci d'avoir été honnête. Comptes-tu l'annoncer à la famille ?
_Éventuellement. Mais pour l'instant, j'aimerais qu'on s'habitue à cette nouvelle situation.
_Je comprends. Par contre, je dis tout à Hermione. C'est dans mes voeux, je n'y peux rien.
_Si tu parviens à te faire pardonner, le taquina Harry en lui assénant une bourrade.
_Je maîtrise, à force, répliqua-t-il.
Ils rejoignirent les autres et il fut rapidement étouffé par son parrain.
_Tu me manques, mon filleul. Et si tu venais dîner à la maison, cette semaine ?
_Avec plaisir, répondit-il en resserrant son étreinte.
Il comprenait que son parrain ait besoin de lui. La solitude devait lui peser et chaque nouvelle qu'on lui assénait devait aggraver ce sentiment. S'il suffisait qu'il soit présent pour alléger sa pénitence, c'était un très faible sacrifice. Il était après tout la seule famille qui lui restait.
-A-
Il pénétra dans son appartement et tomba sur la jeune femme, plongée dans un bouquin sur son divan. Elle leva la tête à son arrivée et plaça son livre de côté avant de s'avancer vers lui. Il la prit dans ses bras et répondit activement au baiser qu'elle lui adressait. C'était définitif. Il ne pourrait plus se passer d'elle.
_Désolé de…
_Ne t'inquiète pas, l'interrompit-elle avant d'ajouter :
_J'en ai profité pour demander aux elfes de nous préparer quelque chose.
Il suivit son regard et vit la table oubliée d'ordinaire dans un coin de la salle, dressée pour deux. Il ne put retenir un sourire face à la normalité de la situation avant de déposer un rapide baiser sur les lèvres de Ginny et de la suivre vers ladite table.
_Ça s'est bien passé ? Demanda-t-il en le servant.
_Oui. Long. Une réunion de l'Ordre, répondit-il évasivement.
Elle se doutait qu'il n'en dirait davantage. Elle n'était pas encore admise et savait qu'il ne pourrait en dire davantage, même s'il lui devait une promesse.
_Leur as-tu parlé de ce qu'il s'est passé hier ?
Il opina doucement en buvant une gorgée de jus de citrouille. Il savait lui devoir des explications et il n'était pas dupe sur ce qu'elle essayait de faire. Elle était très maligne.
_Oui. En omettant certains détails à la demande de Dumbledore.
_Comment ça ?
_Ne te leurres pas. Je sais que c'est une manière détournée de me demander de te raconter ce que je t'ai promis de te raconter et je suis un homme de parole.
_Merci d'être si brillant, Potter. Je suis toute ouïe.
Il engloutit un morceau de poulet, mâchant doucement au grand agacement de la jeune femme. Il le faisait exprès, elle le savait mais elle ne se démontait pas et fit preuve de la grande patience dont était dépourvue les Weasley. Sentant qu'il l'avait suffisamment torturé, il capitula. Elle retint un cri de victoire et s'installa confortablement sur la chaise, oubliant tout repas. Il s'essuya les lèvres avec sa serviette et commença.
_Très bien. Nous avons été appelé hier pour un homicide dans une maison à Godric's Hollow.
_Là où…
Elle ne poursuivit pas mais il avait compris. Il acquiesça et apprécia qu'elle saisisse sa main comme si elle avait deviné que revoir cet endroit n'avait pas dû évident. Il la remercia d'un sourire avant de continuer.
_Il s'agissait de Bathilda Tourdesac, une alliée de l'Ordre du Phénix. Elle a été retrouvée chez elle, exsanguinée.
_Par Merlin. C'est horrible. Pourquoi Voldemort aurait-il fait cela ?
_Je ne suis pas sûr que ce soit Voldemort, Ginny. Elle a été mise en scène, accrochée sur un mur, en croix, fixant un point dans le vide. Et lorsque nous avons suivi cette trajectoire, nous avons trouvé un mot. Personne ne pouvait le comprendre à part Albus et moi parce qu'ils nous étaient adressés, Ginny.
_Que veux-tu ?
Elle était plus alerte, consciente du danger. Il resserra son emprise dans sa main, lui véhiculant le même réconfort qu'elle avait souhaité lui administrer un moment auparavant.
_Il était écrit : Le Royaume du Juste ne sera pas. A l'Obscurité, je porterais Allégeance.
Elle s'adossa à sa chaise, reconnaissant les mots de la Prophétie. Le meurtrier en avait connaissance. Comment cela pouvait-il être possible ?
_Comment a-t-il su ?
_Je n'en ai pas la moindre idée mais cela signifie qu'il est au courant pour nous, que ce message nous est adressé et que du coup, nous nous devons d'être plus prudents.
_S'il porte allégeance à l'obscurité, cela veut-il dire que Voldemort sera au courant ou qu'il l'est déjà ?
_C'est une possibilité.
_Nous perdons donc notre avantage, constata-elle en passant une main sur son visage.
_Nous allons devoir avancer plus rapidement nos pions, oui.
Il ne lui mentait pas, ne lui cachait aucune réalité. Et elle lui en était reconnaissante. C'était ce dont elle avait besoin. Un point de repère.
_Ok. Que faisons-nous à présent ?
Il ne s'attendait pas à ce qu'elle s'en remette aussi rapidement, même s'il devait admettre qu'elle le surprenait la plupart du temps. Elle était juste exceptionnelle et la meilleure alliée qu'il aurait pu souhaiter.
_Nous allons poursuivre ton entraînement et devons redoubler d'effort pour trouver ce médaillon. Nous devons aussi avoir la certitude qu'il n'y a pas d'autres Horcruxes.
_Cela me semble être un plan d'action. Prêt Potter ?
_Tu es étonnante, Weasley, répondit-il avec le sourire avant de se lever et de l'obliger à en faire de même.
Il saisit son visage et s'empara une nouvelle fois de ses lèvres, mettant toute l'admiration qu'il portait à sa Promise.
