Merci à Shadedwords et Vagabondedarcy pour leurs reviews.
Bonne lecture !
DISCLAIMER : Les âmes vagabondes ne m'appartient pas, l'histoire et les personnages originaux sont de Stephenie Meyer.
La perte
Vagabonde
Pourquoi, de tous les endroits existants sur cette planète, il avait fallu que je tombe sur la Traqueuse ici, dans un moment pareil ?
Lentement, j'ouvris la portière et fis glisser le sac de mon épaule pour le poser sur la banquette arrière. Je levai les yeux vers Mélanie.
Elle avait la main posée sur le couteau dans sa poche. Je tremblai d'horreur en imaginant ce qu'elle pourrait faire à la Traqueuse avec ça !
« Cache-toi. Attends que je l'éloigne du véhicule et démarre », lui dis-je à mi-voix.
« Quoi ?! Non… »
Je lui claquai la porte au nez pour l'empêcher de protester, puis me retournai et me dirigeai vers la Traqueuse, qui avançait vers moi à petites foulées.
Elle s'arrêta à quelques mètres devant moi, près d'un lampadaire, et me regarda avec l'air ahuri.
Je jetai de brefs regards alentour. Elle était seule. Et apparemment, elle n'avait pas vu Mélanie. Elle avait dû m'apercevoir de dos, lorsque j'avais atteint la voiture juste après l'humaine.
« Que faites-vous ici ? Je vous cherche depuis des semaines ! »
J'avais oublié sa voix nasillarde, si désagréable à l'oreille. Le ton de reproche et de surprise rendait le son encore plus insupportable.
« J'avais besoin de changer d'air. Je n'en pouvais plus de rester cloîtrée à Chicago. J'ai pensé qu'un petit voyage à l'improviste me ferait du bien. »
« Oh, vraiment ? Sans prévenir votre Tutrice ni le Doyen de l'université ? »
Elle avait le ton qu'elle utilisait dans nos entretiens, à présent.
J'allais lui répondre, quand le bruit du moteur de la voiture retentit.
« Qui est-ce ? Vous avez un chauffeur ? »
Je la vis faire quelques pas sur le côté pour mieux voir, mais je me plantai devant elle pour lui cacher la vue.
« Traqueuse, que faites-vous ici, dites-moi ? Vous étiez malade ? Vous aviez une blessure à faire soigner ? »
« Non, mais je… »
Elle tenta de se pencher de l'autre côté, mais je l'imitai et lui bloquai la vue avec ma tête.
Agacée, elle me repoussa.
« Poussez-vous, enfin ! Je… »
Je tournai la tête vers le véhicule. Il s'éloignait déjà, mais arrivée sous un lampadaire un peu plus loin, le reflet de Mélanie apparut dans le rétroviseur.
Elle avait retiré ses lunettes et me regardait dans le petit miroir. Ses yeux noisette, si humains, me fixèrent avec une expression de douleur et d'impuissance qui fit naître en moi un pincement de cœur.
Va ! Rapporte ces médicaments et sauve Jamie, pensai-je avec force.
Je ne savais pas si elle pouvait me voir à cette distance, mais je fis un signe de la tête pour lui exprimer ma pensée. Le véhicule négocia un virage et disparut au bout de la route.
« Mais c'est l'humaine ! Je l'ai reconnue. Ses yeux… » s'étrangla la Traqueuse.
Je me tournai vers la petite bonne femme en essayant d'avoir l'air perdue.
« Humaine ?! De quoi parlez-vous ? »
En la voyant me fusiller du regard, j'eus un léger geste de recul.
« Ne vous moquez pas de moi, Vagabonde, j'ai tout compris ! Vous étiez ensemble. Et vous avez essayé de m'empêcher de voir le véhicule pour lui faire gagner du temps. »
Elle était futée. Je ne crois pas qu'une autre âme aurait deviné aussi facilement, puisque nous étions naturellement portés sur la confiance et l'entraide.
« Que faisiez-vous ici ? Vous avez tenté de l'amener à la clinique pour une Insertion ? »
Je réfléchis rapidement. Que pouvais-je faire ? Mentir ? Oui, mais pour dire quoi exactement ?
Soudain, sans que je m'y attende, la Traqueuse tendit un flacon argenté vers mon visage. J'eus juste le temps de lire le nom du produit gravé dessus : Paix.
Une odeur de framboise assaillit mes narines. C'était plus agréable que le parfum aigre et piquant du chloroforme, mais quand je me sentis défaillir, je pris peur.
« Vous me décevez, Vagabonde… »
Le reste de ses paroles se perdit dans le brouillard de l'inconscience.
L'obscurité dura un moment qui me sembla incroyablement long.
Lorsque je rouvris les yeux, le monde semblait avoir changé. Il était incroyablement lumineux. Trop lumineux. Cela me donnait mal à la tête.
Je regardai vers le haut et reconnus un plafond blanc où était accrochée une ampoule. C'était sa lumière qui m'aveuglait !
J'étais dans une chambre. Pas une cellule d'un Centre de Soins. On aurait plutôt dit la pièce d'une maison normale.
On m'avait allongée sur un lit.
Je voulus me lever, mais j'étais encore un peu affaiblie par le produit que la Traqueuse m'avait… La Traqueuse !
Tout me revint en mémoire : le raid éclair avec Mélanie, les médicaments pour Jamie, notre départ du Centre de Soins interrompu par la Traqueuse, mes maigres tentatives de la distraire puis sa colère et le spray qu'elle avait utilisé pour me rendre inconsciente.
J'ignorais ce qu'il était advenu de Mélanie !
Je tentai à nouveau de m'asseoir, mais la douleur aiguë à l'arrière de mon crâne ne voulait pas me lâcher. Comment était-ce possible ? Je compris que j'avais dû tomber en arrière et que la Traqueuse ne m'avait pas rattrapée. J'avais dû me faire mal en tombant, mais le produit m'avait rendue insensible à la douleur sur le moment.
Je fermai les yeux et entendis quelque chose. Cela venait de la porte. Même fermée, des bribes de conversation me parvenaient.
Soudain, je vis la poignée tourner puis le battant s'entrebâiller.
Pourtant, je ne vis personne. Surprise, je clignai des yeux, quand le bord de mon matelas parut s'agiter. Une petite tête couverte de cheveux blonds et bouclés se dressa devant moi et me fixa de ses beaux yeux bleus humains.
Il me fallut quelques minutes pour comprendre ce que ça signifiait. Un nourrisson humain avec moi, dans la chambre ?
Soudain, des pas retentirent dans l'escalier, puis une voix résonna à la porte.
« Qu'est-ce que tu fais ici ? On t'a interdit de l'approcher. Redescends avant que j'aille prévenir les autres ! »
Je me tournai vers la personne qui avait parlé.
« Feuille-qui-Danse ? »
C'était bien lui. En me voyant, il parut hésitant, avant de se tourner vers le couloir.
« Elle est réveillée ! »
Il saisit la main de l'enfant. Je compris alors que c'était Espérance. Oh, comme elle avait grandi ! Elle marchait, à présent. Je ressentis de la tristesse en pensant que j'avais raté ses premiers pas.
Tandis qu'ils quittaient la pièce, la Traqueuse y entra.
« Enfin réveillée ! J'ai cru que j'allais devoir appeler un Soigneur. »
Elle parlait d'une voix calme et froide qui m'irrita plus que toutes les fois où elle avait pris un ton geignard.
« Où sommes-nous ? »
« Chez Voix-de-Cristal et Feuille-qui-Danse, à Tucson. »
Ces mots suscitèrent en moi une vague d'espoir. Nous étions encore à Tucson, donc pas loin des grottes de Jeb ! Oui, mais c'était dangereux. Si jamais elle faisait le lien… Et je ne comprenais pas ce que je faisais là.
« Pourquoi m'avoir amenée ici ? »
La Traqueuse prit le temps de fermer la porte avant de s'approcher de moi.
« Je sais ce qui vous est arrivé, Vagabonde. »
Je me raidis. Non, impossible qu'elle sache ! À moins d'avoir pris mon corps pour fouiller dans ses derniers souvenirs, elle ne pouvait rien savoir.
« Elle vous a kidnappée, pas vrai ? L'humaine… »
Je perçus du dégoût dans sa voix quand elle prononça le mot « humaine », comme s'il s'agissait d'un synonyme de cafard ou terroriste.
« Vous pouvez tout me dire, Vagabonde. Vous êtes en sécurité à présent. »
Non, je n'étais pas en sécurité. Je ne le serais jamais ici ! Ma place était là-bas, dans les grottes, avec mes humains : Ian, Mélanie, Jeb, Jamie… Oh, Jamie ! Je me souvins de ce que sa sœur m'avait dit à son sujet et pris peur. Mélanie avait-elle réussi à rejoindre les grottes à temps ? Avait-elle utilisé les médicaments correctement pour le soigner ?
« Depuis combien de temps suis-je ici ? »
« Deux jours », dit la Traqueuse avec un reniflement dédaigneux.
Je la regardai sans comprendre. Deux jours qu'elle m'avait retrouvée et elle était seule ici, avec moi, dans la maison de deux autres âmes et leur enfant ? Pas de renforts, pas de Soigneur venu vérifier mon état ?
Quelque chose clochait.
« Que voulez-vous, Traqueuse ? Si c'est pour m'interroger, pourquoi le faire ici et pas dans un Centre de Traqueurs ? Et où sont vos collègues ? »
Elle ne répondit rien et détourna le regard. Je compris qu'elle ne voulait pas mentir, mais elle ne répondrait pas à mes questions non plus. Sauf que son silence était très éloquent. Elle n'avait rien dit à personne ! Elle me gardait ici en cachette ! Mais pourquoi ?
« Qu'attendez-vous de moi ? »
Elle me regarda avec surprise, puis eut un petit sourire amusé.
« Vous êtes plus maligne que je ne l'avais imaginé. »
Elle s'assit sur le rebord du lit. Je reculai, mal à l'aise face à cette proximité.
« Le père d'Espérance a réussi à convaincre un Soigneur de faire une insertion à la petite. »
Ces mots firent naître un frisson de terreur dans mon dos.
« Avec mon appui, ce sera vite fait. Mais… je peux aussi me ranger du côté de Voix-de-Cristal et empêcher l'insertion si vous vous montrez coopérative. Aidez-moi à localiser la poche d'humains rebelles dont cette fille fait partie, et tout ira bien. Chacun y gagnera quelque chose ! J'aurai d'autres humains et vous, vous garderez la vôtre. »
Je n'arrivais pas à y croire. Elle était prête à marchander pour que je lui donne des informations ! Face à mon expression horrifiée, elle se pencha vers moi.
« Je peux aussi m'arranger pour qu'on vous extraie de ce corps et qu'on m'y mette à la place. Je n'aurai pas tous les renseignements, mais j'aurai quand même une piste. Alors, croyez-moi, vous feriez mieux de coopérer de votre plein gré. »
Elle se leva et lissa la veste de son tailleur.
« Bon, je vous laisse y réfléchir ! La nuit porte conseil. À demain ! »
Elle sortit. Un cliquetis métallique dans la serrure m'informa qu'elle l'avait verrouillée.
J'étais prisonnière.
Mélanie
Je roulais à travers le désert, mais c'était mon corps qui tenait le volant et prenait les virages quand il le fallait.
Parce que mon esprit ne cessait de revoir les derniers évènements et de ressasser les mêmes pensées.
Gaby est partie. On a les médicaments pour Jamie. Gaby est perdue. J'ai de quoi sauver mon petit frère. Gaby n'est plus là. Jamie va s'en sortir. Gaby est perdue…
Je m'arrêtai violemment devant l'entrée de la planque réservée aux voitures. Je lâchai le volant et résistai à l'envie furieuse de cogner dessus et de hurler.
Pas maintenant ! Jamie d'abord.
Je saisis le sac et sortis de la voiture, quand je sentis le canon froid d'une arme contre ma tempe.
« Mel ? »
Je me tournai aussitôt pour faire face à Jared. Les émotions défilèrent sur son visage : surprise, méfiance, soulagement puis colère et incompréhension.
« Qu'est-ce qui s'est passé, bon sang ? Tu étais où ? Et Gaby ? »
Prise d'une violente impulsion, je sautai à son cou et me mis à sangloter. Il se crispa, puis me serra contre lui.
« Mel… ? »
« Pardon, Jared ! Pardon, je… »
Les pensées tourbillonnaient dans mon esprit, mais une pensée s'imposa plus fort que les autres : Jamie.
Je reculai et ouvris le sac.
« J'ai de quoi le sauver ! Il faut y aller, on doit le soigner. »
« Mel… »
« Jared, je comprends que tu sois en colère, voire furieux contre moi, et tu auras tout le temps de me hurler dessus plus tard, mais d'abord, je t'en supplie, laisse-moi sauver Jamie ! »
Il ne mit que dix secondes avant de me conduire vers l'entrée des grottes.
Tandis que nous traversions un boyau obscur, des bruits de pas nous parvinrent. Les frères O'Shea et oncle Jeb apparurent dans la lumière d'une des lampes au plafond.
« Mélanie ! Espèce d'idiote ! Quelle mouche t'a piqué ? » hurla Kyle.
« Du calme, Kyle », dit Jeb.
Ian me regarda brièvement, ses yeux sondant l'obscurité pour chercher la personne qui comptait le plus à ses yeux.
« Où est Gaby ? »
Je sentis le barrage de mes émotions vaciller. Il me fallut toute la force de ma volonté et ma peur pour Jamie afin de le contenir.
« Écartez-vous de notre chemin », dit Jared calmement. « Mélanie est toujours humaine et elle a ramené de quoi soigner Jamie. »
Jeb plissa les yeux.
« Dans ce cas, il faut se dépêcher. Il est bouillant. »
Mon petit frère ! Mon pauvre petit Jamie qui souffrait ! Je voulus courir, mais Jared me saisit le poignet et me fit marcher de façon rapide et régulière.
Tandis que nous suivions le chemin vers la grande caverne, des voix se firent entendre. Quand j'entrai et fus visible pour tous les habitants, ils se turent, avant que les discussions et les questions reprennent plus fortement.
Mais je n'avais pas le temps de m'arrêter pour leur parler ou subir leur courroux. Mon petit frère avait besoin de moi !
Quand nous arrivâmes à l'infirmerie, je vis que des gens se tenaient autour de son lit. On aurait dit qu'il était déjà mort, allongé sur l'autel d'une église, avec ses proches venus pour lui dire adieu. Je détestais ça !
Doc, Sharon et Maggie étaient là. Ma cousine était méconnaissable, la fureur la rendait hideuse.
« Toi ! » cracha Sharon en se précipitant vers moi pour m'attaquer.
Jared lui attrapa les mains et les lui tordit dans le dos. Maggie voulut intervenir, mais Jeb s'interposa.
« Lâche-la ! » cria Doc.
« Vas-y, soigne-le ! » dit Jared.
Je fis un pas vers mon petit frère, quand Doc se plaça devant moi.
« On ignore les effets qu'auront sur lui ces substances étrangères ! » dit le médecin.
« Doc, je t'ai déjà dit que j'avais été soignée avec ces produits. Il ne peut pas aller plus mal de toute façon. »
« Mais ce n'est pas… et puis, pourquoi es-tu là avec ces produits, sans Gaby ? »
Tout le monde fit silence, frappé par la pertinence de ses questions.
Je voulus hurler, leur rappeler que ça pouvait attendre la guérison de Jamie, quand Ian s'approcha.
« Doc… s'il te plaît. On ne peut pas rester sans rien faire. Soit on le perd sans rien essayer, soit on essaie ces produits. Gaby nous a déjà sauvé Mélanie avec ça. Pourquoi pas le petit ? »
Doc soupira, puis poussa un long soupir.
« D'accord, tu as raison, Ian. Jamie est au plus mal. Que ce soit ça qui le tue ou autre chose… »
« Non ! » hurla Sharon.
Je m'approchai de Jamie en frémissant. Comme j'aurais aimé que Gaby soit là ! Elle avait bien fait d'interroger la Soigneuse pendant son traitement, mais soudain, j'hésitais. Quel produit mettre en premier ? Le Tout Propre Extérieur ou le Refroidisseur ?
Je farfouillai dans le sac avant de tomber sur le Stop Douleur. Oui, d'abord ça !
Sur ma demande, Ian apporta un verre d'eau avec lequel je fis avaler une pastille à Jamie. Après quoi, je passai aux produits. Le Refroidisseur, pour faire descendre son horrible fièvre. Après quoi, Doc m'aida à rouvrir la plaie avec un scalpel. Sitôt exposée, je mis du Tout Propre Extérieur. Les noms étaient simples, c'était bien plus pratique que nos anciens produits aux noms scientifiques bizarres !
Lorsque Jamie ouvrit les yeux et se mit à parler, je crus que j'allais m'évanouir de bonheur. Son visage reprenait déjà des couleurs et il souriait !
« Pourquoi Jared tord-il le bras de Sharon ? » demanda mon petit frère à voix basse.
« Parce qu'elle est de mauvaise humeur », répondit Ian dans un chuchotement théâtral.
Je continuai avec les autres produits : Tout Propre, Réparateur Universel puis le Scellement.
Lorsque la plaie fut complètement guérie, je m'autorisai enfin à respirer. Jamie me regarda en souriant, l'air amusé. Pour lui, ce qui s'était passé tenait presque de la magie.
C'est grâce à Gaby. C'est elle la magicienne qui a rendu ce miracle possible, me rappela ma conscience.
Je sentis aussitôt la peur et le chagrin tomber sur moi, provoquant l'affaissement de mes épaules.
« Mel ? Ça ne va pas ? » s'inquiéta Jamie.
Il regarda autour de lui, puis posa sur moi des yeux confus.
« Où est Gaby ? »
