Hey Hey Hey~
Ça faisait longtemps que j'avais le début de ce chapitre... Alors le voici, plus tard que prévu mais vous me connaissez maintenant.
Je suis désolée, il ne se passe pas grand chose dans celui là. Considérez-le comme du fluff et une petite pause pour nos personnages avant que les problèmes ne leur retombent dessus. D'ailleurs il n'y a pas de titre pour mes chapitres, mais si je devais en donner un à celui-ci, ce serait "Le calme avant la tempête."
- Chapitre 28 -
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Dans ma tête, c'était une espèce de troisième guerre mondiale ultra violente, avec plusieurs camps d'émotions qui se battaient les uns contre les autres sans aucune distinction. J'étais en colère. Affolée. En panique. Excitée. Tout et n'importe quoi à la fois se rejoignant dans une éruption de bordel sans fin qui me rendait plus vivante que jamais.
Contre qui ? Aucune idée. Peut-être contre Ace pour avoir fait un truc pareil sans même me laisser le temps de me préparer psychologiquement. Peut-être contre moi pour être restée complètement statufiée, incapable de répondre ou de réagir autrement qu'en ayant l'air totalement débile. Vous savez, les poissons-lune ? Avec leurs corps tout rond et leur tête hyper drôle quand ils gonflent ? C'est à ça que j'avais ressemblé à ce moment précis. Sans déconner.
J'étais révoltée. Qu'est-ce que ça voulait dire ? Pourquoi faire une chose pareille à un moment aussi crucial ?! Je veux dire, je lui avais avoué mes sentiments quand même ! Il était censé réagir de façon dégoûtée, écœurée, peut-être choquée, je ne sais pas ! Il n'était pas censé… PAS CENSÉ M'EMBRASSER ! ALORS QUE J'AVAIS LA GUEULE PLEINE DE LARMES ET DE MORVE ! CET IDIOT…! CETTE FOUTUE TÊTE D'ALGUES…! ARGH.
AAAAARGH.
Je me retournai à nouveau dans mon lit devenu inconfortable au fil de la nuit. J'ai passé le reste des deux derniers jours enfermée dans ma chambre à me tourner les méninges non-stop. Je n'avais pas fermé l'œil de la nuit. J'étais archi-méga-super réveillée, les veines rouges et furieuses apparaissant sur la partie blanche de mes globes oculaires comme si mon cerveau allait exploser.
Non, non en fait, il allait exploser.
Ce n'est que quand l'appel des toilettes conduisit ma vessie à me pousser hors de mon lit que je sortis de ma chambre pour la première fois depuis au moins seize heures. Quelle heure était-il maintenant ? Probablement plus de midi. Mon rythme de sommeil de vacancière commençait à reprendre le dessus ces temps-ci, c'était pas bon.
Pas après pas, je déambulai dans les longs couloirs du palais pour trouver ces fichues toilettes. J'ai cru pouvoir vivre le même luxe que ces princesses de manga au point d'avoir les W.C. intégrés dans ma chambre, mais apparemment je visais encore trop haut. Je n'allais pas me plaindre quand même, j'avais une chambre privée avec vue sur le village.
Au bout de dix minutes je trouvai mon bonheur et me dépêchai de finir mes petites affaires. En sortant, mon cœur faillit dégringoler dans ma cage thoracique.
– Meiko !
– L-Luffy…
Dieu merci, ce n'était que lui. Mais cela n'empêcha pas mes membres de se secouer comme si je m'étais transformée en marteau piqueur humain. Si Luffy était dans les parages, c'est que Ace n'était pas loin.
– Ça tombe bien je te cherchais !
Je m'arrêtai.
– Eh ?
– Je me souviens plus où sont les cuisines, je me suis dit que tu saurais trouver le chemin toi.
Je me détendis aussitôt. Je fronçai les sourcils.
– Ne me dis pas… que tu comptes t'empiffrer encore une fois ?
À en voir sa tête d'imbécile heureux, je sus aussitôt quelle était sa réponse. Il m'envoya un sourire resplendissant, riant d'un air à la fois innocent et machiavélique. Un air de Luffy quoi. Je soupirai.
– J'y crois pas. Tu n'as pas déjà mangé ce matin ? En plus le déjeuner ne va pas tarder à être servi tu sais.
Il prit une mine boudeuse, tapotant son bide qui grondait comme une bête sauvage. Si je ne le savais pas moi-même, j'aurais pu prendre son ventre comme une entité à part entière.
– Maaaais. Je me sens faible quand je n'ai rien mangé depuis deux heures… S'il te plaîîîît Meiko ! S'il te plaît s'il te plaît s'il te plaît-
Même le ventre vide, tu as pu casser la gueule à des milliers de pions de Big Mom sans t'effondrer une seule fois jusqu'à la toute fin, imbécile. C'était ce que mes lèvres brûlaient de lui dire mais je me retins. Non Meiko. Ne va pas rendre la timeline encore plus chaotique qu'elle ne l'était, merci.
– Aaaaargh OK. C'est bon, t'as gagné.
– Yahouuu ! hurla le pirate dont l'expression autrefois suppliante se changea brusquement en étincelles de joie.
Je roulai des yeux.
– Uniquement pour cette fois, capish?! Et si les cuisiniers refusent, tu fais demi-tour illico presto.
– Promis juré ! s'écria Luffy en saluant comme un soldat.
Pendant que j'essayai de mémoriser les allées afin d'atteindre les cuisines le plus vite possible, le plus jeune des frères pirates étaient en train de chanter à tue-tête à côté de moi, les mains croisées derrière sa tête. Mon premier réflexe aurait normalement été de rouler des yeux, mais quelque part, je ne pus m'empêcher de trouver cet instant plus que rassurant.
Il était là, souriant, insouciant comme il l'avait toujours été depuis sa naissance, avec un frère à ses côtés qu'il n'avait pas besoin d'aller secourir dans les tréfonds d'Impel Down ou en pleine guerre à Marineford. Tout se déroulait parfaitement bien.
Tant que je pouvais le voir aussi rayonnant, rien d'autre ne pouvait m'importer.
– Nous y sommes, annonçai-je en ouvrant les double-portes des cuisines.
Heureusement que Margaret m'avait montré le chemin au cas où il me viendrait une petite faim la nuit ou dans la journée. J'aurais eu à supporter un Luffy persistant et plaintif jusqu'à ce qu'il obtienne satisfaction en se pétant royalement le bide.
Il n'y avait que quelques cuisinières dans la pièce. Leurs regards se tournèrent vers nous et je me sentis crispée un court instant avant de les voir hocher la tête à notre attention comme un bref signe d'acceptation. Luffy prit aussitôt les devants :
– Dites, vous avez pas un truc à grignoter ? J'ai une faim de loup !
Cette fois, je ne pus m'en empêcher : je levai les yeux au ciel.
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Passer un moment avec Luffy était… reposant. Vraiment. On ne se prenait pas la tête avec cet idiot. On pouvait parler du beau temps comme la fin d'un épisode d'une série hyper connue, on trouvait toute sorte de sujets inintéressants en les transformant en thèmes aussi passionnants qu'un reportage sur les pachydermes d'Afrique. J'arrivais à me vider l'esprit, à ne penser à rien d'autre et à me focaliser uniquement sur toutes mes pensées positives.
Mon dieu, Luffy se trouvait être un incroyable moyen thérapeutique super efficace, en fait. Son pouvoir ? Faire positiver et introduire la bonne humeur partout où il passait. On devrait peut-être s'en servir pour des séances de yoga ? Installez tous un Luffy chez vous, asseyez-vous devant en position du Lotus et regardez-le parler sans l'écouter jusqu'à trouver la paix intérieure.
J'imaginai ce genre de gag tourner sur les réseaux et une image d'un Luffy complètement béat avec comme titre "LES MÉDECINS LE DÉTESTENT ! VOICI COMMENT 97% DES GENS ARRIVENT À SURMONTER LEUR DÉPRESSION ET PERDRE DU POIDS !" apparut brusquement dans ma tête, et je ne pus retenir un fou rire soudain qui me fit cracher des postillons dans l'assiette du pirate en question.
– Pff- HAHAHAHA !
– ...Mmh ? Qu'eche qui che pache ?!
Je me pliai sur moi-même, me tenant les abdominaux douloureux tellement je rigolais. J'essuyai une larme dans le coin de mon œil.
– Oh Seigneur. Oh non… haha… hahaha ! Aaaah… Ne change jamais Luffy, tu m'entends ?
– ...Ah ?
Tout en continuant de mâcher sa nourriture comme si sa vie en dépendait, il me regarda d'un air intrigué comme si je venais tout à coup de lui parler en hébreux. Soudain, il sourit.
– C'est mieux de te voir comme ça.
Je m'arrêtai brusquement, clignant des yeux.
– Hein ?
– Tu avais l'air toute déprimée ces derniers temps, et Margaret a dit que tu ne voulais pas sortir de ta chambre, même pour venir manger. C'était assez inquiétant, toi qui ne rates jamais une occasion de te remplir le bide…
Dixit l'homme élastique pouvant s'enfiler une cargaison de viande à lui tout seul et prétendre avoir encore faim la minute suivante. Sans répliquer, je repris mes rêveries en me servant de sa voix aiguë et enfantine comme bruit de fond.
Nous avions fait un sacré bout de chemin dans notre aventure. Et encore aujourd'hui j'avais beaucoup de mal à réaliser que j'étais à peu près parvenue à suivre le script de l'histoire sans accrocs et toujours vivante. L'île des Femme, bien qu'un tantinet austère et très appliquée dans les traditions était un véritable paradis. L'air était frais, le climat idéal, les habitantes -une fois apaisées et informées de notre nouveau titre- réellement bienveillantes et chaleureuses, bref. L'endroit parfait pour se reposer l'esprit et se détendre quelques jours le temps de réorganiser nos idées.
Mais malheureusement pour la pessimiste que je suis, oublier Barbe Noire et tout ce qui s'ensuivait à partir de là m'était impossible. Ils restaient planqués dans un coin de ma tête pour ressortir en traître au moment où je m'y attendais le moins. Le pirate était sur nos traces, sans aucun doutes. Notre rencontre quelques semaines avant n'avait pas été totalement fortuite. Teach en avait après le One Piece, et donc après moi par un supposé proxy depuis qu'il avait la délirante déduction que j'avais le moindre indice sur ce foutu trésor mondial.
Heh, Barbe Noire. Tu ne sais pas dans quoi tu t'embarques mon coco.
Ugh. J'espère qu'il était encore quelques part perdu dans la forêt de Banaro, loin de nous et de ses plans machiavéliques. Ou mieux, j'espère que Momonga s'en était chargé et que cet enfoiré s'était fait capturé avant d'avoir pu accomplir quoi que ce soit avec son pouvoir démoniaque ! Mille fois mieux, j'espère le voir sur l'échafaud à la place de Ace où la Marine, Barbe Blanche et toute sa flotte seront présents pour assister à sa mort pathétique.
Moi ? Rancunière ? Que nenni.
Et alors que mon esprit formaient des images morbides de torture contre Teach avec des cris et du sang partout, la porte de la cuisine s'ouvrit en éclat. Et cette fois, ce fut moi qui me retrouvai sous la torture quand mon cœur se mit brusquement sur arrêt.
– Luffy…! Enfin, je te cherchais partout !
– Ah ? fit ce dernier sans cesser de mâcher.
Ace s'avança à grands pas vers son petit frère avant de se rendre compte de ma présence face au balafré. Il s'arrêta dans son élan, clignant des yeux deux fois, avant de bifurquer et de tracer jusqu'à moi. Mon organe vital sur pause enclencha directement la septième vitesse.
– Toi ! s'exclama-t-il sans ralentir, il faut qu'on parle. Tout de suite.
– Que…!?
– Qu'eche qui che pache Ache ? (qu'est-ce qu'il se passe Ace ?)
Dix mètres devinrent six mètres, puis trois. Je me relevai d'un bond, faisant sursauter les deux pirates en même temps. En sueur, les joues rouges, je jetai un rapide coup d'œil vers Luffy qui me fixait avec des yeux ronds.
– Désolée, j'ai une urgence. On se voit plus tard !
Sans lui laisser le temps de répondre, je passai à côté d'Ace en retenant un souffle et marchai un peu trop vite jusqu'à la sortie pour m'enfuir. Nope nope nope. Je n'étais pas encore prête. Deux jours n'étaient pas suffisants. J'avais besoin de plus de temps. J'en sais rien moi, deux mois ? Deux ans ? Deux siècles, ouais. Très probablement.
– Meiko !
Oh, seigneur. Il était derrière. Sans me soucier de ma dignité désormais, je me mis à courir.
– Hé-! Bon sang… MEIKO !
– Arrêtes de me suivre ! hurlai-je en tournant à l'angle du couloir sans savoir où j'allais.
Ce palais était un véritable labyrinthe. Je me souvenais pourtant du chemin des cuisines juste avant l'entrée magistrale de l'autre pirate sur mes talons. J'osai un rapide regard par-dessus l'épaule et aperçut avec horreur qu'il m'avait déjà rattrapée. ARGH.
– Je ne te suivrai plus quand tu te seras arrêtée !
Ha, ha. Jamais de la vie.
– Qu'est-ce que tu veux ?! lâchai-je en essayant de ne pas paraître affectée par l'effort.
– Je veux seulement discuter !
– Tu peux discuter sans me pourchasser !
– Parce que tu crois que j'ai envie de te courir après ?! cria-t-il d'un air agacé.
– Alors arrêtes-toi !
– Non.
– FAUDRAIT SAVOIR CE QUE TU VEUX ! m'écriai-je.
Je tournai un autre angle. Moins de deux secondes après, il fit de même. Merde. Mon souffle… Non non non pas maintenant. Tiens bon cœur ! Tiens bon corps ! Réunissant ma concentration en une fois, j'activais mon fruit du démon pendant ma course, gagnant plus de vitesse en même temps que ma fourrure caramel qui recouvrit la majeure partie de ma peau. J'entendis Ace lâcher un juron derrière moi.
Supprimant un rictus, je continuai mon avancée dans les allées, ignorant les regards ahuris des quelques servantes qui assistèrent à notre course-poursuite impressionnante.
– Meiko !
– J'ai pas envie de te parler !
– Oh, donc tu comptes encore une fois rester enfermée dans ta chambre comme une enfant pendant le reste de la semaine ?
Je luttai contre la montée d'embarras qui envahit mes joues.
– Je..! J'ai envie de me reposer, d'accord ?!
– Ça fait deux jours que tu te reposes !
– Et alors ? Je suis quelqu'un de naturellement très fatiguée okay ! Mon corps a besoin de douze heures de sommeil par jour. Mon animal spirituel est un panda je te ferai dire !
Un son semblable à un rire étranglé s'éleva dans mon dos.
– Je croyais que les pandas étaient censés être mignons.
Littéralement offusquée, je me retournai une seconde pour le fusiller du regard. Ace prit ça comme un challenge. Il accéléra le pas. Mon côté singe n'en avait plus pour longtemps côté endurance. On a dû faire le tour du palais depuis le temps, mais je ne retrouvai toujours pas le chemin pour rejoindre ma chambre et lui claquer la porter en pleine face. Surtout que cet idiot avait l'air prêt à tracer sur plusieurs kilomètres encore !
– Meiko, sérieusement…
– Tais-toi enfoiré ! Laisse-moi… tranquille ! On parlera plus tard !
– Tu vas continuer de m'ignorer encore longtemps avant de pouvoir engager la moindre discussion !
– Je ne… t'ignore pas !
– Arrête-toi et dis-le-moi en face si tu veux paraître un minimum crédible !
– Tu lâches… vraiment rien…!
Mes poumons criaient à l'aide. J'avais l'impression d'avoir une plaque de gaz à la place d'organes respiratoires. Par Merlin, depuis combien de temps n'avais-je pas pratiqué d'exercice depuis Sabaody ? Ace était juste derrière moi. Si ses bras étaient plus longs de vingt centimètres il pourrait largement m'atteindre.
– Ça devient ridicule. Pourquoi est-ce que tu ne veux pas me parler ?
– Parce que l'abruti que tu es s'apprête à engager une conversation super-méga-ultra embarrassante à laquelle je ne suis pas disposée à prendre part ! Si tu as compris alors arrêtes de me suivre, merci beaucoup de rien au revoir bye !
Il y eut d'abord un silence. Puis le bruit d'un soupir. Puis…
– Je ne vois pas en quoi tu serais embarrassée. Après tout, tu as déjà laissé tomber ta dignité au moment où tu m'as avoué tes sentim—
– AAAAAAAAHHHH !
J'avais hurlé en me retournant, les joues rouges, prête à contester la moindre phrase contenant les mots sentiments, amour, baiser et confession. Et dans ma panique, je vis trop tard le rictus du pirate qui profita de mon arrêt brutal pour faire totalement disparaître la distance et me tirer à lui avant de me presser dans l'un des alcôves de l'allée pour empêcher toute fuite de ma part.
– Je te tiens.
– LÂCHE-MOI !
Trop proche. Il était beaucoup trop proche. Je frôlais la crise cardiaque rien qu'avec le marathon que je venais de courir à travers le Palais et maintenant ça. Cet imbécile voulait vraiment ma mort, je ne voyais pas d'autre explication.
– Si je te lâche, dit-il tout bas en resserrant sa poigne sur mon avant-bras, tu vas encore t'échapper et probablement trébucher sur tes pieds tellement t'es pas endurante.
– C'est faux…
Complètement vrai.
– Sérieusement Meiko, il faut qu'on parle.
Mon pelage foncé disparu et je retrouvai ma forme humaine. Je grognai lourdement, plaquant ma main libre contre mon visage pour ne pas qu'il voit la teinte brûlante décorant mes pommettes. Inconsciemment je reculai contre le renfoncement du mur, me piégeant totalement entre la paroi et la cause de ma prochaine mort subite.
– Quoi. Vas-y, parle qu'on en finisse.
Je ne voulais rien entendre. Je voulais simplement qu'il fasse demi-tour, qu'il s'éloigne et qu'il me laisse juste le temps de préparer mon discours et mon cœur avant que mon esprit refasse un blocage sur ce qu'il s'était passé la dernière fois. Ça avait été beaucoup trop intense. Beaucoup trop brutal pour mon pervers de cerveau encore innocent.
… Oui, je sais. Cette dichotomie entre pervers et innocent était absurde mais comprenez-moi, j'étais réellement pure à part entière concernant toute histoire amoureuse malgré le côté obscur grouillant dans un coin de mon esprit, regroupant fantasmes et lectures érotiques et yaoi et tout ce qui s'ensuivait par la suite. Une véritable salade de dépravation. Urgh. Seigneur.
C'est en sortant de mes pensées négatives que je remarquai enfin que Ace n'avait toujours pas prononcé un seul mot depuis le début. Regardant entre mes doigts, je jetai un coup d'œil hésitant sur le pirate silencieux. Il m'observait calmement d'un air à la fois curieux et exaspéré. La luminosité des lieux soulignait mieux ses tâches de rousseur encore plus captivantes sous cet angle. Inconsciemment, mes yeux finirent leur rapide inspection (admiration) de son visage en descendant sur ses lèvres.
Ni trop fines, ni trop larges, plus pâles que les miennes, elles se présentèrent comme la preuve ultime de leur crime trois jours plus tôt. Un violent frisson parcourut mon dos aussitôt, et je faillis sursauter quand Ace lâcha un léger soupir.
– Hé.
– Q-Quoi ?
Il marqua une courte pause. Je sentis mon poignet s'alourdir autour de sa paume qui se fit tout à coup moins sévère.
– De quoi tu as peur ? Qu'est-ce qui te fait autant flipper au point que tu ne veuilles plus me regarder dans les yeux ni même supporter ma présence ?
Je me mordis les lèvres nerveusement. Quelle était cette étrange sensation dans ma poitrine ? De l'incertitude ? De la culpabilité ? J'avais l'impression de me retrouver dans la même situation que la dernière fois, d'un point de vue légèrement différent. J'avais peur de lui dire la vérité. Peur de passer pour une idiote et l'une de ces héroïnes ultra cliché dans les histoires à l'eau de rose stupides.
Luttant contre la grosse boule invisible bloquée dans la gorge, j'avalai difficilement ma salive.
– C'est… je… Laisse-tomber, c'est stupide.
– Je veux entendre. Parle, s'il te plaît.
– Oh mon dieu, juste… Oublie tout ça, ce n'est vraiment pas important !
– Meiko.
Je passai ma main libre dans mon cuir chevelu, à deux doigts de m'arracher les mèches brunes dans ma frustration.
– Meiko, répéta Ace, sur un ton plus calme encore que tout à l'heure.
Argh ! Pourquoi fallait-il que même dans ce genre de scène embarrassante il parvienne à nous donner envie de déballer tous nos secrets les plus profonds ?! J'hésitai entre apprécier son altruisme naturel et le détester pour ça en même temps.
– Je ne sais pas— Peut-être… hum, quelque chose comme… t'entendre dire que… que tu regrettes ? Ce que tu as fait, je veux dire ! Que tu regrettes ou… ou que mes s-sentiments (tousse) te gênent et qu'on ne puisse plus… euh. Qu'on ne puisse plus continuer… ensemble ? Toi et moi. Enfin, avec Luffy maintenant… haha. Ensemble à deux ou trois. Bref. Je ne sais même pas ce à quoi tu penses. Je me suis sûrement emballée, mais c'est quand même toi qui as…! AHEM. Je veux dire… T-Tu… Je pense à trop de choses en même temps et je… Je…!
J'étais à deux doigts de disjoncter. Voyant mon état s'aggraver, Ace lâcha mon poignet et attrapa mon visage de ses deux mains, me forçant à me focaliser sur lui, et lui seul.
– Hé… hé ! Stop, arrête de réfléchir deux secondes. Mets ton cerveau sur pause un petit moment. Ça ne devrait pas être trop compliqué pour toi—
– E-Enfoiré…
– Juste, écoute-moi, okay ?
Plantant mes yeux noisettes dans les perles noires qu'étaient les siens, je hochai fébrilement la tête, essayant de faire abstraction de cette proximité qui déclencha une batterie invisible dans mon cœur qui me fit penser à du hard rock. System Of A Dawn please, calme-toi.
– Tu me connais, n'est-ce pas ?
Nouveau hochement de tête. Ce qui fut extrêmement difficile étant donné qu'il la tenait toujours entre ses paumes.
– De A à Z. Presque autant que Luffy me connaît.
Encore un.
– Alors dis-moi sincèrement, est-ce que moi, Portgas D. Ace, suis du genre à faire quelque chose je n'aime pas ou que je suis sur le point de regretter la seconde suivante ?
Je me figeai à cette question. Plutôt rhétorique, je dois dire. Car j'ai rarement vu Ace entreprendre des choses contraire à ses propres principes et agir sans réfléchir. Quoique…
– Il t'est quand même arrivé de faire pas mal de stupidités…
Il fit la grimace.
– Oï.
– Tu es parti poursuivre Barbe Noire sans aucun plan et tu t'es retrouvé mêlé dans une guerre qui a—
– À part ça ! gronda-t-il en réprimant très certainement l'envie de m'étrangler.
Il inspira à grand coup, expirant doucement en m'envoyant sa tiédeur contre mon visage. Il me relâcha complètement et croisa les bras contre son torse. Je ne bougeai pas de ma position contre l'alcôve, incertaine quant à ce que je devais faire ou comment réagir. Après plusieurs secondes de silence, il se décida à le briser :
– Je ne comprends pas moi-même, d'accord ?
Je relevai soudainement les yeux, surprise.
– Quoi ?
– J'admets avoir à moitié agi par impulsion—
– AH TU VOIS—
Il me coupa :
– Je ne regrette pas, dit-il, me clouant définitivement le bec. Je te l'ai déjà dit maintes fois, je n'ai pas pour habitude de voyager de la sorte avec un compagnon. Je suis le plus souvent sur le navire avec Oyaji et ma famille, pas avec des inconnus venus de nulle part. Je ne… uh. Je ne peux pas te certifier à cent pour cent ce que je ressens. Mais ce que je sais, c'est que j'apprécie ta compagnie, d'accord ? Il n'est pas question que je te laisse tomber maintenant après tout ça, ce serait totalement stupide. Même si en soi tu es vouée à quitter ce monde un jour ou l'autre...
Mon expression probablement bouche-bée parut l'amuser. Ses lèvres s'étirèrent dans un rictus triomphant sa tête s'inclinant légèrement sur le côté.
– Heh. On a une mission à accomplir, pas vrai ? Même si on a pas commencé cette aventure à deux, autant la finir ensemble maintenant qu'on y est.
… Avais-je mentionné qu'Ace avait été un dieu grec dans sa vie antérieure avant de devenir un personnage d'animé ? Plus sérieusement, sa demi-déclaration (si on pouvait appeler ça comme ça) toute claquée eut tout de même le don de me transformer en marshmallow humain. Une lueur d'espoir éclata dans mon ventre, et la sincérité de ses mots m'envoya une vague de bonheur des pieds à la tête.
Jusqu'à ce qu'un détail me fasse freezer un instant.
– Une mission…?
– Yep. Déjà pour commencer, quitter cette île. Ensuite retrouver Oyaji et les amis de Luffy. Puis pourchasser ce traître tous ensemble pour mettre un point sur cette affaire et faire en sorte que Thatch repose en paix une bonne fois pour toute. Et enfin, éviter de mourir.
Je grimaçai. Il n'abandonnera donc jamais l'idée d'attraper Teach… Au moins il avait décidé de mettre son honneur de côté et de suivre son plan un peu plus préparé, avec plus de renforts au cas où les choses tourneraient mal. Est-ce qu'on pouvait dire que c'était une sorte de progrès..? Si ça ne virait pas à une guerre mondiale entre pirates et marines alors oui, je considérerai ce phénomène comme un exploit.
– Je vois…
– Est-ce que c'est bon maintenant ?
– Huh ?
Il me lança un regard sarcastique.
– Tu vas arrêter de te cacher et de t'enfuir à ma vue maintenant ?
Je lâchai un grognement sourd, me faisant rage pour ne pas laisser mes joues s'empourprer. Totalement en vain. Je croisai les bras à mon tour.
– Je t'ai dit que je ne me cachai pas. Je me reposais.
Il leva un sourcil, incrédule, et je fis de mon mieux juste pour ne pas tourner les talons et me remettre à courir en direction de ma chambre- si je parvenais à retrouver mon foutu chemin dans ce dédale entièrement décoré de reptiles en pierre tous plus effrayants les uns que les autres.
– Même un panda n'a pas autant d'heure de sommeil que tu prétends avoir. T'es sûre que ton animal totem n'est pas un paresseux ?
– Tu as gagné, dis-je en lui tournant le dos et commençai à m'éloigner. Ne viens pas me parler jusqu'à ce soir ou je t'étripe.
– Quoi ? Tu boudes ?! On viens à peine de se réconcilier !
– Je ne vois pas de quoi tu parles. Laisse-moi.
Il ignora mes menaces et se contenta de me suivre, imitant la cadence de mes pas en restant derrière moi. Je lui lançai un regard noir et accélérai le pas. Il fit de même sans ciller. Un sourire espiègle se dessina dans le coin de ses lèvres.
– Quoi, lançai-je d'un ton sec.
– Oh, rien…
Son rictus s'agrandit. Je fronçai les sourcils.
– Je ne savais pas que les macaques étaient capables d'exprimer leurs sentiments. Je comprends mieux pourquoi on a tendance à les assimiler à notre race…
Ce fut la goutte de trop. Sans dire un mot de plus (il en avait déjà trop dit) il fit demi-tour et commença à s'éloigner de manière innocente. Je pouvais presque entendre le rictus plaqué sur son foutu visage d'imbécile à l'heure actuelle. Serrant les poings, je me retournai lentement.
– Espèce. De. CONNARD.
Je traçai droit sur lui, mon fruit du démon activé en un claquement de doigt, je pris le pirate en chasse, ce dernier déjà en train de courir en ricanant avant de disparaître dans l'angle de l'allée. Les rôles s'étaient inversés. Avec un autre genre d'ambiance. Celle-ci était moins tendue, plus conviviale malgré ma brûlante envie de meurtre à ce moment précis.
– REVIENS ICI !
– Gorille en approche ! hurla-t-il aux servantes de passage qui nous regardèrent, toute penaudes.
– ACE !
Ce fut la pagaille dans le Palais pendant une bonne demi-heure, où Ace et moi on se hurlait dessus en s'insultant et rigolant en même temps sans prendre conscience du temps qui passa à toute vitesse. Luffy nous a rejoint à un moment, décidant de s'amuser lui aussi en prenant notre course-poursuite comme une course d'obstacle. Ses membres élastiques agrippaient des objets, des poutres, des colonnes et il mouvait son corps de façon tellement agile qu'il surpassait presque mes capacités en elles-mêmes. Jusqu'au moment où il fonça dans la petite forme de Gloriosa qui tournait l'angle en même temps que lui.
Mes protestations se transformèrent en fous rires, et finalement nous trois finîmes à notre tour pourchassés par l'Ancienne en furie qui ne cessait de déblatérer les prochains malheurs causés par la présence d'intrus sauvages -nous- foulant le sol du Palais sacré. Je ne m'étais pas rendue compte tout de suite qu'un immense poids invisible s'était retiré de mes épaules pendant que j'esquivais les attaques de Gloriosa avec son bâton-serpent. (Cette vieille femme était plus endurante que moi à son âge bordel de merde)
Un poids énorme qui allait bientôt revenir en force sans même que je ne m'aperçoive de quoi que ce soit.
Le dîner avait été aussi mouvementé que l'après-midi. Des musiciennes et des danseuses avaient été conviées pour animer la soirée. Luffy avait maintes fois explosé de rire en faisant l'idiot, Ace suivant ses pas sans pouvoir s'en empêcher. Il avait toujours une choppe d'alcool à proximité et ne se privait pas pour vider leurs réserves comme son cadet vidait les réserves de nourriture. Un duo parfait, je vous dis. Hancock était encore plus proche de Luffy que dans me souvenirs. J'avais l'impression qu'à chaque repas, leur proximité diminuait de plus en plus sans que le pirate en question ne remarque quoi que ce soit.
Je levai un verre dans leur direction en toute discrétion, souriant quant à leur future relation dans les jours, les mois, les années à venir si Oda se décidait à réaliser les vœux de notre chère Princesse Serpent.
Malheureusement, mon geste ne fut pas aussi discret que prévu. Je croisai les yeux de Sandersonia qui leva un sourcil entendu, alternant entre moi et le couple à sens unique plus loin au bout de la table ronde. Puis elle me lança un sourire malicieux en pointant Ace du regard, puis moi. Tour à tour. Je recrachai mon verre de jus avant de pouvoir me contrôler.
Les deux frères rirent de plus bel sans remarquer le sang me monter à la tête comme un thermomètre. Je ne savais pas ce que sous-entendait la jeune femme, mais il était clair qu'elle avait saisi quelques… détails de ce qu'il se passait entre moi et l'autre abruti. Et je me demande bien comment elle pouvait supposer un truc pareil, étant donné que notre « relation » n'avait pas bougé d'un iota malgré les précédents évènements. Le dynamisme de nos échanges verbaux et de notre attitude restait les mêmes.
Pas de romance incroyable comme dans les histoires de filles, pas de baisers langoureux toutes les deux heures. Pas plus de contact que nécessaire. Tout était… normal.
Et très franchement ? Tant mieux.
Je n'avais pas confiance en mon cœur. Et je ne serai pas perturbée par un soudain changement de personnage de la part de mon crush animé. Bien que je ne m'attendais pas vraiment à ce qu'il change d'attitude, étant donné que lui-même ne comprenait pas vraiment ce qui lui arrivait. Bordel. Son cerveau était rempli de combats, d'alcool et de piraterie. Il n'y avait même pas un infime espace suffisant pour y engouffrer un tout nouveau vocabulaire qui le ferait buguer pendant très longtemps.
Plus tard dans la nuit, mon ventre grouillant, j'ai dû quitter mon lit pour une affaire urgente aux W.C. Sans vitre pour contrer la température, les allées étaient fraîches au point de me donner la chair de poule. Les chaussons généreusement offerts par la maison étouffaient le bruit de mes pas tandis que je déambulais dans le Palais sans vraiment savoir où je me dirigeais. Sérieusement, la prochaine fois je demanderai à ce qu'ils placent des foutus panneaux pour que des prolétaires tels que nous puissent aller et venir sans se perdre comme des idiots.
Mon regard se porta très souvent vers le rond lumineux dans le ciel noir, illuminant toute la cité en-dessous du château, paisible. L'astre luisant me faisait sentir en sécurité malgré son œil qui semblait juger les moindres de leurs faits et gestes. Elle était magnifique. Avec les mêmes détails que celle de mon Monde, ce qui m'envoyait un minuscule tiraillement de nostalgie dans le creux de mon ventre chaque fois que je l'admirais.
Je m'arrêtai tout à coup, mes yeux portés sur la silhouette derrière la rampe en pierre du balcon à l'extérieur. Ses longs cheveux noirs brillaient de mille feux sous la lumière de la lune. Ses habits légers brodés de motifs floraux sur le tissu de qualité se distinguaient encore mieux qu'en plein jour. Sans vraiment prendre conscience de mes gestes, je m'avançai en silence jusqu'au balcon où un courant d'air glacial me secoua de toute part.
Le visage de l'Impératrice était tourné vers le village, et pourtant je pouvais ressentir d'ici toute la mélancolie qui se dégageait en même temps que son aura imposante. Ce fut un véritable tableau à taille réelle, avec des teintes fabuleuses et un mystère indiscernable que même le plus grand peintre du monde ne saurait jamais représenter sur une toile. Son serpent n'était pas avec elle. Il n'y avait que la Princesse et la nuit, les deux en résonance l'une et l'autre sans qu'une parole ne soit prononcée. Je déglutis.
J'aurais dû faire demi-tour, ignorer cette scène et me contenter de vider mon ventre et de retourner dormir avant de commencer une nouvelle journée bourrée de plans et de réflexions pour notre prochain départ de l'île. Mais non. Meiko est trop curieuse. Donc Meiko ne réfléchit pas et Meiko va rejoindre l'Impératrice en ouvrant la bouche alors qu'elle devrait juste se taire et écouter ses instincts.
– Hancock…?
La jeune femme se tend soudainement avant de tourner la tête d'un coup et de m'envoyer un regard perçant par-dessus son épaule. Son regard sombre parut aussi brillant que la lune au-dessus d'elle, et je perdis mon souffle l'espace d'un instant. Et c'est à ce moment précis que je pris conscience que je venais de m'adresser à elle sans honorifique de respect.
Je m'attendis à ce que sa tête gonfle de colère et qu'elle hurle « Qu'on lui coupe la tête ! » avant que des soldats déguisés en carte m'emmènent sur l'échafaud pour me livrer à mon sort. Mais par surprise, la seule chose qu'elle prononça, l'expression sévère et incertaine, fut :
– Que fais-tu ici ?
– Euh… humm.
Très éloquent Meiko.
Un grognement sourd brisa le minuscule silence tendu venu s'installer entre nous deux. Honteuse, je posai mes mains sur mon ventre en esquivant son regard impénétrable.
– Je voulais… euh, j'allais juste aux toilettes.
Silence. Encore une fois. Dansant sur mes pieds dans ma nervosité -et probablement mon urgence qui se faisait de plus en plus impatiente- je me sentis de plus en plus petite sous son regard impérial qui me glaça le sang.
– Prend l'escalier au bout de l'allée. Ce sera sur ta droite.
Je mis plusieurs secondes à me rendre compte qu'elle venait de m'indiquer le chemin.
– Oh… je, merci !
J'allai pour rebrousser chemin et poursuivre ma quête des toilettes sacrées quand je m'arrêtai brusquement. Je lançai un coup d'œil expérimental vers Hancock et déglutis en remarquant qu'elle me fixait toujours. Son air glacial s'était légèrement radouci, cette fois avec une pointe d'interrogation derrière ses prunelles bleu sombres.
– Mmmh… Hanco- ahem. Hebihime-sama ?
Elle ne répondit pas. Je poursuivis quand même :
– Vous l'aimez, n'est-ce pas ? Luffy.
Elle inhala fermement, son expression devenant un mélange entre le choc et l'incrédulité. Son regard se fit plus perçant, cependant sans toute la dangerosité qui en découlait une minute plus tôt. Yep. Même pas besoin de réponse verbale à cette question. Maintenant, étape suivante.
– Luffy est… long à la détente. Naïf. Le plus souvent immature. Incapable de penser avec autre chose que son ventre et ses poings. Un vrai singe sur patte. Franchement, je ne vois pas ce que toutes les princesses lui trouvent hormis son adorable bouille innocente et son éternel entêtement qui le fera toujours agir pour autrui avant d'agir pour lui-même…
Hancock était devenue silencieuse et écoutait mon monologue en restant sur ses gardes, l'air suspicieux tandis qu'elle essaya de discerner le véritable sens de mes paroles. Elle n'en eut pas besoin au final, car je continuai en élucidant :
– Mais tu sais quoi ? Ça reste l'un des hommes les plus parfaits de cet univers. Et en vérité, la majorité d'entre nous voterai pour toi en tant qu'épouse parfaite dans un futur très, très très éloigné. Alors fais en sorte qu'aucune autre ne te l'enlève d'ici là. Ça prendra du temps, beaucoup de temps. Il aura ses objectifs et ses nakama avant n'importe qui d'autre, mais une fois que tout sera fini, une fois que la vie reprendra son cycle et qu'il sera temps de passer à autre chose, il aura besoin de quelqu'un à ses côtés. Alors ne le perds pas de vue. En aucun cas !
Et voilà. Bien qu'il n'y avait absolument aucun moyen qu'elle renonce à son amour incontesté pour Luffy dans les évènements à venir, il valait mieux s'en assurer malgré tout. Et puis ses regards encrés d'hostilité à mon égard comme un animal défendant son territoire commençaient sérieusement à m'exaspérer. Je voulais au moins lui assurer qu'elle n'avait pas surveiller son crush en ma présence, car même si je l'avais plus ou moins poussée à le poursuivre, une relation avec Luffy était de toute manière une chose IMPOSSIBLE.
Et totalement improbable.
Sérieusement.
Je me retournai pour FINALEMENT aller rejoindre les W.C. lorsque mon cerveau se mit sur pause quand je m'aperçus à nouveau que je m'étais adressée à elle familièrement. Bordel de merde. Elle allait réellement finir par me faire couper la tête. Ou me jeter aux lions. Ou à leurs reptiles monstrueux.
– Le Mero Mero no Mi transforme en pierre n'importe quel individu ressentant de l'amour ou de l'attirance envers le possesseur du Fruit. Il peut également faire en sorte que tout individu qui me regarde tombe amoureux de moi instantanément.
Interrogée, je me retournai à nouveau vers la jeune femme. Toute trace d'animosité avait disparu. À la place se tenait une expression surprenamment calme, donnant à son charme une touche de clarté encore plus intense sous le clair de lune.
– Il y a trois moyens de contrer les effets pour les individus les plus robustes. Le premier est d'être totalement désintéressé par le détenteur du pouvoir ou par le terme d'amour en question. Le second est de complètement détourner ses sens vers une source d'attention. Le troisième…
Elle marqua une courte pause, ses prunelles lançant une lueur étrange dans ma direction.
– … est pour quelqu'un de mentalement résistant d'être déjà solidement attiré par quelqu'un d'autre.
Un courant d'air remplit le vide qui nous séparait toutes les deux, dégageant mes cheveux de mes yeux incrédules. Il ne fallut pas longtemps pour que mes neurones s'enclenchent et décryptent le message codé derrière ces paroles révélatrices. Je n'avais pas pris conscience de l'arrêt de ma respiration avant que mon corps ne se mette sur pilote automatique et libère mes poumons d'un souffle presque douloureux.
Hochant vaguement la tête sans aucune raison– après tout, je ne cherchais aucune confirmation, ni quoi que ce soit d'autre– je tournai finalement les talons et m'engouffra à nouveau dans le couloir en essayant de me rappeler des instructions de l'Impératrice pendant que mon cerveau faisait des galipettes sur lui-même.
J'ignorai l'astre éclatant dans le ciel. J'ignorai les yeux pleins de connaissance qui me suivirent jusqu'à ce que je prenne les escaliers plus loin, j'ignorai la sensation de flottement stupide de mon corps parce que, oui, j'étais heureuse- paniquée- excitée- et tout le bordel, en pensant que l'autre tête d'algue n'était pas totalement indifférent. Bien sûr, après tout c'était maintenant devenu une évidence. On embrassait pas les gens sur un coup de tête, on ne les poursuivait pas dans les couloirs sur un coup de tête.
On ne leur donnait pas de crise cardiaque sur un coup de tête, okay ?!
C'est avec une sensation d'allègement, et pas uniquement grâce à mon passage aux toilettes, que je repris mon chemin jusqu'à ma chambre cette fois sans me perdre.
C'est avec la sensation de lévitation que je m'endormis le plus paisiblement possible, ignorant le minuscule, tout petit nœud dans le creux de mon estomac, celui en étroit contact avec mon instinct lorsque les choses allaient mal, qui me tiraillait depuis quelques jours en prenant de plus en plus d'ampleur.
Et quelque part, au fond de moi, tout au fond, je le ressentais.
Le calme avant la tempête.
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… à suivre ?
Merci à vous toutes pour vos reviews magiques et vos retours. Je suis surprise que vous soyez aussi nombreuses après tous mes siècles d'absence... Agréablement surprise !
Les choses vont commencer à bouger dans le prochain chapitre.
