Lilith n'aurait su dire si l'idée de s'entraîner avec Livaï les avait effrayés ou s'ils s'étaient soudainement souvenus être des adultes, mais elle ne fut témoin d'aucune autre altercation entre ses gardes de toute la journée.
Elle ne put s'empêcher de se demander ce qu'ils s'étaient dits en allant à la rivière, pour revenir si calmes. Peut-être qu'Erwin avait raison finalement. Peut-être avaient-ils eu besoin d'exprimer leur frustration de devoir cohabiter pour passer ensuite à autre chose... Elle demanderait à Liam pour en avoir le cœur net. Cela lui paraissait tout de même peu probable.
La jeune femme s'était isolée à l'extérieur pour lire tranquillement ses courriers en retard. Le Q.G. était entouré d'une nature sauvage et verdoyante et elle se mit à ouvrir les lettres de menaces de morts en toute sérénité, dans ce cadre idyllique. Elles étaient rarement signées, mais le choix des mots, la couleur de l'encre, la provenance du papier ou simplement l'écriture, trahissaient souvent leurs auteurs. Lilith n'avait jamais craint les menaces. C'était quelque chose qui faisait parti de son quotidien. Elle avait perdu le compte du nombre de fois où on avait attenté à ses jours, du nombre de personnes qui avaient trahis sa confiance, et de la quantité de choses qu'on lui reprochaient.
À force de travailler son image et jouer des apparences, elle avait parfois la sensation que tout ceci n'était guère dirigée contre elle, mais contre ces personnages fictifs qu'elle avait inventé de toute pièce. Cela l'aidait à prendre du recul et ne plus prendre les choses à cœur. En un sens, malgré sa notoriété, c'était comme si elle n'existait pas réellement. Une des lettres retînt son attention.
« Rira bien qui vivra le dernier »
Elle fut bien incapable de deviner qui était l'écrivain de cet avertissement fort intéressant. Ce n'était peut-être pas le moment de s'émerveiller de la créativité de son futur agresseur, mais elle trouva sa phrase rafraîchissante. Cela changeait des insultes classiques et peu subtiles. Bien sûr, la Duchesse ne recevait pas que des lettres de menaces, mais toute sa correspondance était triée en amont par Liam. L'homme avait reçu des instructions précises : « Hormis les courriers importants, je ne veux lire que les menaces, et ce que tu jugeras assez insolite pour me divertir ». Ainsi, Lilith avait arrêté de s'infliger la lecture ennuyeuse des nombreuses demandes en mariage, et invitations en tout genre des acteurs de la Noblesse.
Liam était également chargé de noter les informations que sa Maîtresse pouvait recevoir, afin d'en juger la véracité, et l'utilité. Lilith avait de nombreux informateurs anonymes, où connus, mais qui utilisaient un nom de plume. C'était un travail fastidieux pour lui de devoir trier tout cela, et d'en faire part aux différents concernés. Seuls Thomas et Liam connaissaient en détail la liste de tous les infiltrés que Lilith avaient sous la main. Ils connaissaient également les enjeux, et les plans de la jeune femme dans les grandes lignes, bien que Liam n'en ait qu'une version très abrégée car il ne conseillait guère Lilith là-dessus. Il devait bien avouer que ses stratégies et manipulations en mille étapes sur plusieurs années lui passaient un peu au-dessus...
La jolie brune se tourna vers son second, qui se tenait à quelques mètres d'elle, silencieux, et lui lut la dernière lettre de menace. Ils commentèrent avec entrain l'originalité du contenu puis Lilith se leva et rendit à son garde la liasse de courriers, désormais lus. Ils se dirigèrent vers l'entrée du château et la Duchesse esquissa un sourire en dépassant Tim, posté devant la porte. Ghérart avait demandé à surveiller l'entrée du bois, et Roy et Hans étaient restés à l'intérieur. Lilith avait précisé qu'ils seraient à disposition du Bataillon s'ils avaient besoin de quoi que ce soit.
Elle retrouva ses deux gardes en cuisine, en train de seconder l'escouade de Livaï qui préparait le dîner. Cela sentait bon. Lilith reconnut qu'ils se débrouillaient bien pour des soldats. Après tout, cela ne devait pas être facile de cuisiner pour un tel groupe. Elle reconnut l'odeur du citron et du basilique et aperçu une armée de pomme de terre en train de cuire. Pas de viande cette fois-ci apparemment.
- Tu as besoin de moi ? Demanda Roy d'une voix suppliante.
- Non. Répondit Liam à la place de la Duchesse, ce qui irrita le blond.
- Mais c'est très gentil de proposer. Renchérit Lilith, un magnifique sourire aux lèvres.
Il soupira. Hans quant à lui était complètement investi dans sa mission de commis de cuisine et semblait appartenir au Bataillon depuis toujours. Le jeune homme avait le don de s'intégrer rapidement. Seul son manque de manières avait retenu Lilith de l'assigner à des missions d'infiltration. Hans était issu d'une famille très modeste et tout chez lui trahissait cette provenance, en commençant par son élocution et son accent.
Hormis Pétra et Oluo, la Duchesse n'avait guère réellement fait attention aux deux autres membres de l'escouade de Livaï, qui étaient plus introvertis. Hans avait l'air de bien s'entendre avec eux, et elle se mit à détailler Gunther et Eld. Gunther était un fils de Baron dont elle avait déjà une fois entrevue la famille. C'était un garçon brun aux cheveux courts et aux attitudes quelque peu froides et distantes. Eld lui, était un blond aux cheveux coiffés en queue de cheval et il possédait une légère barbe.
Hans et lui discutaient allègrement de tout et de rien, il semblait plus accessible que son collègue. D'ordinaire, les deux soldats ne prenaient que rarement la parole, et restaient discrets. Tout le contraire d'Oluo, qui n'arrêtait pas de râler à chaque conseil que Pétra lui donnait pour qu'il arrête de massacrer les pommes de terre avec son couteau. La cuisine n'avait guère l'air d'être son domaine de prédilection.
Lilith eut envie de proposer également son aide, mais elle aperçut Livaï au coin de la cuisine, veiller sur son équipe, et elle renonça à l'idée. Il allait sûrement lui dégainer une remarque désobligeante, et elle n'était pas d'humeur. Il semblait songeur. Elle se demanda si cela avait un rapport avec les futures nouvelles recrues. Elle ne lui posa cependant pas la question, et se contenta de rejoindre le salon après avoir remercié l'escouade pour son travail.
Erwin sortit à ce moment là de la cage d'escaliers menant aux niveaux supérieurs du château, où se trouvait vraisemblablement son bureau. Cette fois-ci, la Duchesse ne se cacha guère de le détailler comme elle le faisait habituellement. Elle le regarda ouvertement, un petit sourire en coin, et un regard innocent au visage. Il lui parut un instant décontenancé mais reprit rapidement ses esprits et lui fit face.
- Tu ne faisais pas ça avant. Lui fit-il remarquer d'une voix moqueuse.
- J'étais plus discrète, c'est tout. Lui répondit-elle, tout sourire.
- Je vous dérange ? Marmonna Livaï qui venait de surgir de la cuisine.
Décidément c'était impossible d'avoir un petit tête à tête avec Erwin. Livaï devait sûrement avoir entendu le Major descendre les escaliers. Elle ne l'avait pas vu arriver. Elle laissa Erwin répondre, mais celui-ci ignora son commentaire et lui demanda simplement ce qu'il pouvait faire pour lui. Livaï lui parla alors de leur prochaine expédition, qui se tiendrait dans quelques jours, et prendrait fin juste à temps pour qu'Erwin dispense son fameux discours inspirant auprès des nouvelles recrues.
Le Caporal jeta un regard noir à Lilith, qui s'éloigna d'eux afin de les laisser travailler, une moue boudeuse au visage. Elle décida alors d'aller « traîner dans les pattes » d'Hanji, qui travaillait avec son assistant Moblit, dans une partie adjacente au château qu'elle avait transformé en laboratoire. Peu rassuré, Liam l'avait accompagné jusqu'au lieu dit avant de lui demander de rester en retrait.
- Elle t'as traumatisé à ce point là...? Demanda Lilith, un sourire en coin.
- Je suis sûre que tu ne seras plus la même non plus lorsque tu sortiras. Marmonna-t-il.
Elle haussa les épaules et pénétra dans le laboratoire après avoir laissé Liam à l'entrée. Il faisait sombre dans la pièce, et une ambiance lourde et malsaine lui fit regretter sa venue. Hanji était assise à son bureau et lisait ses notes tout en ricanant. Elle avait l'air possédée. Moblit quant à lui se tenait juste derrière elle, indifférent, ou en tout cas habitué. Elle n'avait même pas remarqué la présence de Lilith et celle-ci dû s'annoncer en s'éclaircissant la gorge.
- Lilith ! S'exclama-t-elle. Tout va bien ?
- Tout va bien oui.
Elle sembla comprendre la situation en un éclair et proposa à la Duchesse d'aller prendre l'air et discuter. Moblit allait la suivre mais elle lui intima de ranger le bureau. Il se décomposa en observant le bazar que la jeune femme avait encore laissé derrière elle, mais ne broncha pas. Liam sursauta en les voyant sortir d'un coup toutes les deux et se contenta de les suivre à quelques mètres de distance. Les deux jeunes femme s'assirent au beau milieu de nul part dans l'orée d'un bois.
Hanji se mit alors à conter à Lilith son quotidien. Tantôt terrifiée, tantôt curieuse, Lilith lui posa de nombreuses questions sur les Titans. Ce n'était pas un sujet qui était abordé parmi la Noblesse, et elle devait bien reconnaitre que depuis qu'elle en avait vu un, elle se questionnait à leur sujet. Bien que l'enthousiasme avec lequel Hanji racontait les choses pouvaient faire très peur, ce n'est pas ce qui interloqua la Duchesse. Contrairement aux autres, Hanji semblait aimer les Titans. Ce n'était pas leur extermination qui l'enjouait, mais bien le fait de les découvrir, de les comprendre. La scientifique était un personnage atypique, excentrique et parfois glauque, mais Lilith se rendit compte durant leur conversation combien elle faisait preuve de résilience.
C'était la première fois qu'elle rencontrait quelqu'un capable de transformer toute cette haine et cette tristesse en énergie positive. Elle en fut admirative et honteuse à la fois. Ses propres mauvaises expériences l'avait amené à devenir paranoïaque, maniaque du contrôle, asociale et très dure envers les autres, autant qu'envers elle-même. Elle avait certes rebondi, et avait continué à avancer, mais dans son cas, on ne pouvait réellement parler de résilience. Le terme approprié était plutôt la survie, même si elle avait accompli de nombreuses choses et s'était faite une place parmi la Haute Société. C'était différent.
- J'ai remarqué que tu avais l'air plus proche d'Erwin...
- Je l'ai eu à l'usure. Plaisanta Lilith.
- Je préfère te le dire maintenant, c'est très mal insonorisé dans le château. Lui dit-elle d'un air hilare.
Lilith éclata de rire avant de lui demander s'il était courant pour les membres du Bataillon de se mettre en couple. Hanji commença alors une longue liste d'exemples très croustillants. Au vu de tous les détails sur l'entente des différents couples, Lilith se dit qu'en plus d'être mal insonorisés, les murs avaient sûrement des oreilles. Elle en prit note.
La nuit tomba rapidement et les deux jeunes femmes retrouvèrent les autres en salle commune pour dîner. Lilith fit signe à Ghérart de les rejoindre dans le château et Tim, toujours à l'entrée, en fit de même. La Duchesse s'apprêtait à féliciter Pétra pour les saveurs du plat principal lorsqu'elle remarqua du sang sur les vêtements du grand garde brun.
- Il s'est passé quelque chose Ghérart ? Demanda-t-elle simplement.
- J'ai débusqué un archer qui se cachait dans la forêt. Il s'approchait de toi et d'Hanji.
- Il est où ? S'inquiéta Lilith.
- Ce que Lilith veut savoir... Reprit Roy. C'est où as-tu enterré le corps ?
- Je ne l'ai pas tué. Se défendit Ghérart. Je voulais, mais après je me suis dis qu'on n'était pas chez nous alors j'ai décidé de le ramener pour qu'on décide ensemble et il s'est enfuit. Avoua-t-il. Je ne pense pas qu'il soit allé très loin, et encore moins qu'il reviendra ceci dit.
- Il s'est enfui ? Mais t'as fait quoi ? T'es allé te balader pour réfléchir ? S'étrangla Tim.
Ils se fusillèrent du regard tandis que Lilith réfléchissait. Cela lui était égal que Ghérart ne soit pas venu lui faire un rapport. Pour être tout à fait honnête, elle n'aimait pas savoir tout ce qui se passait, tant que sa sécurité avait été assurée. Un archer ? Il s'agissait forcément d'un Noble de Province. Personne à la Capitale n'utilisait encore ce genre de pratique, à part pour la chasse. La chasse...
- Tu l'as fait parler j'imagine avant de le défigurer ? Ça venait du Marquis de Stohess ?
- Oui.
Elle esquissa un sourire. Il avait dû recevoir la visite de Detlev ou un courrier officiel qui eut raison de lui. C'était à prévoir étant donné qu'il était un des seuls à l'avoir aider sans qu'elle ne le menace. Cela faisait de lui un potentiel traitre. Elle n'en ressentit aucun désagrément, étant préparée à ce que cela arrive. Cela arrivait toujours. Elle en ressentit même un certain soulagement.
- Je croyais qu'il t'avait aidé à faire voter la loi ? Ce n'est pas ton allié ? Questionna Erwin.
- Il a rempli son rôle, c'est bien déjà. Répondit Lilith sans témoigner la moindre émotion.
- Quand je pense qu'il t'écrit toujours des poèmes... C'est de loin celui qui est le plus obsédé par toi...Si on ne peut même plus faire confiance à tes admirateurs... S'indigna Liam qui se rappelait avec exactitude le contenu de sa dernière lettre d'amour, datant d'il y avait quelques jours.
- Peut-être qu'on lui a promis qu'il pourrait garder mon corps... Plaisanta la Duchesse.
Un grand silence gênant s'installa avant que Roy n'éclate de rire, fidèle à lui-même.
- C'est pas lui le passionné de chasse ? Avec un peu de chance il t'accrochera à côté d'un cerf... S'étouffa-t-il.
Lilith et Roy se mirent à rire ensemble tandis que les autres les regardaient d'air mi sceptique, mi dégoûté. Puis Erwin reprit la parole.
- Alors, vous allez suivre notre entraînement demain ?
- Bien sûr qu'ils vont le suivre ! S'exclama Lilith. Par contre, si je n'ai plus de garde je vais devoir te réquisitionner une partie de la journée... Poursuivit-elle.
Erwin accepta tandis que son Caporal leva les yeux au ciel. Il tiqua en remarquant qu'ils se faisaient du pied sous la table. Bordel. Ce n'était pas le lieu, Erwin avait intérêt à rester concentrer, ils partaient dans deux jours pour le Sud en exploration. Et elle souriait... de ce sourire insupportable qui semblait même mettre Gunther au sol. Il tenta de croiser le regard de son subordonné afin de lui exprimer sa déception, mais le jeune homme semblait hypnotisé par la Noble. Cela l'énerva davantage. Il soupira plus fort que de raison et Lilith lâcha un léger rire. Ça la faisait rire en plus ?
- Tu vas dormir où en fait ? Demanda soudainement Hanji.
- On leur a attribué les trois chambres de l'aile Est. Répondit Erwin. Bien sûr, ta chambre est individuelle. Précisa Erwin.
Les gardes de la Duchesse se jaugèrent d'un regard mauvais, prêt à reprendre leur dispute infantile sur la répartition des chambres. Lilith trancha alors, déplorant d'avoir à intervenir sur quelque chose d'aussi trivial et sans importance. Elle annonça qu'Hans et Roy prendraient la première chambre, tandis que Ghérart, Tim et Liam prendraient la seconde. Elle précisa également qu'elle souhaitait un garde de nuit, et qu'ils pourraient faire une ronde comme bon leur semblerait tant qu'ils assuraient convenablement sa sécurité.
- Pourquoi c'est moi qui me retrouve avec Ghérart ? Râla Tim quasiment indistinctement.
- Tu peux toujours dormir dehors comme un chien si tu préfères. Rétorqua Lilith, agacée. Parce que, que ce soit bien clair, si quelqu'un dégage, ça ne sera pas Ghérart.
Sa réplique, glaçante, avait bien fait comprendre qu'elle ne parlait plus spécifiquement de la répartition des chambres. Tim s'était contenté de baisser les yeux en silence, et Ghérart, satisfait, avait allègrement planté sa fourchette dans sa dernière pomme de terre.
- Oui enfin... ce n'est pas le meilleur exemple... on sait tous comment tu traites les chiens au Domaine... Ricana Liam qui ne put s'empêcher de faire la remarque malgré l'ambiance tendue.
Hanji adressa un regard curieux au garde, qui évitait scrupuleusement celui de la Duchesse. Ce fut Roy qui assouvit sa curiosité en révélant qu'elle dormait quotidiennement avec les trois chiens de sa demeure principale à Mitras. Il commença alors à décrire les trois énormes canidés pour appuyer le fait que ce n'était pas commun. Il s'agissait de dogues allemands : d'immenses chien gris à poil courts, dont la constitution fragile les condamnait à une vie de paresse, de coussins et de croquettes de luxe.
Lilith le laissa distraire l'assemblée et ne se défendit même pas. Ses « monstres » comme les appelait Roy était de bien meilleure compagnie que la plupart des hommes qui avaient partagés son lit. Elle jeta un rapide regard à Erwin, qui écoutait attentivement Roy se moquer d'elle.
Le reste de la soirée se déroula sans encombre, puis chacun finit par rejoindre leur appartement. La fameuse aile Est du château était légèrement isolée du dortoir principal. Les chefs d'escouade ainsi qu'Erwin lui même dormaient un étage plus haut. Les chambres, modestes mais correctes, ne firent pas grimacer Lilith, pourtant habituée au luxe et au confort.
En revanche, lorsqu'elle posa la question de la toilette, elle manqua un battement. Il y avait bien une pièce prévue à cet effet, mais hormis pendant les hivers froids, tout le monde se lavait dehors. Le puits, situé non loin du château, rendait plus simple l'installation d'un endroit dédié à la toilette plutôt que devoir transporter l'eau à chaque fois jusqu'à la fameuse pièce. Il n'y avait pas de domestiques ici pour s'adonner gentiment à cette fonction.
Elle ne se sentit guère de demander à ses gardes de remplir une tâche aussi ingrate, aussi, Lilith garda pour elle le choc émotionnel qu'elle avait subi lorsqu'Hanji lui avait appris la nouvelle. La jeune noble aimait particulièrement se glisser dans ses draps une fois lavée. Elle inspira alors un bon coup et se dirigea en direction du fameux puits. Liam l'aida à puiser suffisamment d'eau puis la laissa rejoindre le recoin en pierre qu'utilisaient les soldats pour se laver. Au vu de la taille importante de l'aménagement, Lilith comprit qu'il s'agissait de douches communes, tout comme l'endroit où elle avait accompagnée Hanji à Hermina après son entraînement aux Brigades Spéciales.
Liam se décomposa lorsqu'il s'aperçut qu'une lumière flottait derrière une des fenêtres du château, donnant directement sur Lilith. Il relativisa la situation en se disant qu'il faisait quasiment nuit noire et décida de taire l'incident. Il enquêterait plus tard pour savoir quelle chambre ou pièce correspondait à cet emplacement. Peut-être même s'agissait-il d'un simple couloir ? Le château était assez grand, et Liam commença à se faire à l'idée qu'il n'éclaircirait jamais ce mystère.
- Qu'est-ce qu'il y a ? Demanda Lilith qui était revenue vers lui, changée et toute fraîche.
- Rien. Tout va bien. Lui assura-t-il.
Il récupéra les vêtements qu'elle tenait sous le bras en plus de sa lampe et ils retournèrent à l'intérieur du château. Lilith portait une simple robe de nuit beige, ample et recouverte partiellement de dentelle. Ils ne croisèrent personne dans les couloirs. Puis arrivée à sa chambre, Lilith récupéra ses anciens vêtements et expliqua à Liam qu'elle allait faire un crochet par la chambre d'Erwin. Il arbora un superbe sourire.
- Je te parie qu'il ne te laissera pas passer la nuit avec lui.
- Oh ? Tu paries cela ? S'amusa-t-elle.
Il l'accompagna au second étage du château et regretta son positionnement en se rendant compte que la fameuse fenêtre donnant sur le puits se trouvait juste avant la chambre d'Erwin. Un long couloir amenait sur d'autres portes, qu'ils devinèrent être les appartements des chefs d'escouade. Lilith s'imagina un instant s'être trompée et de se retrouver nez à nez avec le regard meurtrier de Livaï. L'idée lui glaça le sang avant de la faire rire. Elle remarqua ensuite que Liam n'était guère satisfait de la situation.
- Ne t'inquiète pas. Je ne te ferai pas subir une telle chose... Liam. Je vais juste passer un peu de temps avec lui et je retourne dans ma chambre.
- Elles disent toutes ça à leur parents...et finalement... Plaisanta son second.
Lilith toqua doucement à la porte de la chambre tandis que Liam se reculait dans le couloir afin de ne pas être vu. Elle se sentit nerveuse et compta les pas d'Erwin jusqu'à ce qu'il lui ouvre. Il avait maladroitement posé sa chemise contre son épaule et ne portait qu'un simple pantalon fluide. Son expression de visage s'illumina lorsqu'il la découvrit derrière sa porte. Ses beaux cheveux ébène étaient lâchés, et leurs extrémités, mouillées, trahissaient qu'elle avait pris sa douche. Elle sentait bon.
- Tes chiens te manquaient, tu cherches de la compagnie ? Se moqua-t-il.
- Tu me laisses entrer ? Lui demanda-t-elle sans le quitter de ses beaux yeux dorés.
« Bien entendu, viens ».
