J'aime beaucoup de chapitre, j'espère qu'il vous plaira autant !
Loki se réveilla dans le silence ouaté d'une chambre d'hôpital. Sa gorge lui faisait mal, mais d'une douleur diffuse. Il essaya de se redresser dans son lit comme il le pouvait, malgré sa perfusion et ses bandages.
- Oh Loki ! Attends, laisse-moi t'aider.
Stephen se précipita sur lui pour l'aider à s'asseoir et remit son oreiller bien en place. Il releva le lit avec une télécommande et posa une main sur le front de Loki, toujours désorienté.
- Ça va, t'as pas de fièvre, dit-il.
Loki essaya de lui demander où il était et ce qu'il s'était passé. Mais sa gorge lui fit trop mal et seul un pauvre gémissement rauque franchit ses lèvres.
- Loki, on a fait un scanner, commença doucement Stephen. Et apparemment, Thanos…
Le jeune homme frissonna et Stephen lui prit la main.
- Il a… hum… il t'a broyé les cordes vocales.
Il en eut le souffle coupé. Tout lui revint : le Grandmaster, la banque, Laufey tirant Valkyrie par les cheveux, le meurtre des deux otages, la fuite, Thanos. Sa main sur sa nuque, le sang qui gargouille au fond de sa gorge, sa vue qui se brouille, le rire du géant qui emplit son crâne, le noir.
Stephen dut sentir sa panique croissante car il lui serra la main et saisit délicatement son visage avec les doigts pour croiser son regard.
- Tout va bien, c'est fini maintenant, d'accord ?
Voyant Loki au bord des larmes, Stephen s'assit sur le lit et le prit dans ses bras. Loki se laissa aller contre son épaule, et sans qu'il ne puisse rien y faire, il se mit à pleurer silencieusement contre son pull. Stephen lui caressa le dos et les cheveux jusqu'à ce qu'il se soit calmé. Il s'écarta un peu et lui prit le visage en coupe :
- Tu vas rester muet une petite semaine, mais ta voix va revenir petit à petit. Le sort de réparation qu'on t'a lancé est lent, et il te faudra une longue rééducation avec un phoniatre. Mais, ça va revenir, compris ?
Loki hocha la tête. Il s'essuya les yeux d'un geste rapide et se défit de l'étreinte de Stephen. Il avait l'impression de passer sa vie à pleurer dans ses bras, et ça devenait embarrassant. Même si Stephen n'avait pas l'air d'en être dérangé.
- Tu te souviens de ce qu'il s'est passé ?
Le jeune homme hocha la tête.
- Tu sais quoi ? Je vais te ramener du papier et un stylo, ce sera plus simple.
Il se leva et prit un carnet et un stylo Bic qui trainaient sur une tablette près de la fenêtre, et les tendit à Loki. Celui-ci écrivit aussitôt, avant de montrer la page à Stephen.
Tu as reçu mon mot ?
- Oui ! répondit-il. Le secrétaire m'a appelé peu après que tu sois parti, donc je suis passé le chercher. Merci d'ailleurs, tu as beaucoup aidé le travail de la police.
Loki leva les yeux au ciel.
- Du coup, j'avais demandé à Valkyrie de surveiller la banque ce jour-là, pour être sûr que…aïe !
Loki l'avait frappé avec le carnet. Il griffonna un truc rapidement avant de le montrer à Stephen avec un regard énervé.
T'es complètement con ? C'est super dangereux des gens sont MORTS !
- Loki, je sais, mais je n'avais pas beaucoup d'autres solutions…
Tu aurais pu envoyer Thor, il a des POUVOIRS !
- Il…il devait faire autre chose…et Valkyrie s'est proposée…
ABRUTI !
Stephen retint un sourire. Loki écrivit de nouveau.
Du coup, elle est au courant pour le Serpent ?
- Je lui ai juste dit pour le Docteur au début, mais elle a compris en te voyant à la banque.
Il écarquilla les yeux.
- T'inquiètes, elle est énervée, mais que contre moi, sourit Stephen. Elle a eu très peur pour toi, tu sais.
Loki hocha la tête.
Je pourrai sortir quand de l'hôpital ?
- Il est probable que tu puisses sortir demain soir ou après-demain matin. Ne fais pas cette tête, tu as des examens à passer et une déposition à remplir ! ajouta Stephen pour couper aux protestations silencieuses de son ami.
Je suis vraiment obligé ? montra-t-il avec une moue boudeuse. Ce fut au tour de Stephen de lever les yeux au ciel.
- Je me suis terriblement inquiété, tu sais. Bon, heureusement, tu m'as fait passer un mot, mais c'était difficile sans toi.
Cela remua Loki beaucoup plus qu'il ne voulait se l'avouer. Mais il avait déjà assez pleuré pour aujourd'hui.
- Déjà, l'appartement était plus vide, commença Stephen. Et mieux rangé. Je n'ai pas confondu le café et une de tes potions bizarres. Il n'y avait personne pour laisser les bouteilles vides dans le frigo. Ça, c'était bien.
Loki le tapa avec l'oreiller avec un petit sourire.
- Arrête tu vas arracher ta perfusion !
Le voir rire réchauffa le cœur de Stephen. Ça lui avait manqué. Il avait imaginé le pire pendant ces deux semaines, malgré son mot laconique. Il s'était repassé le film des événements : qu'aurait-il pu faire, ou dire, pour le garder en sécurité ? Loki n'avait pas osé se confier à lui, parce qu'au lieu de le soutenir, il l'avait enfoncé. Stephen était passé voir Thor, et Valkyrie, et il avait compris à quel point il avait mal jugé la situation. S'il avait été présent pour Loki, vraiment présent, ils auraient pu parvenir à une issue largement plus satisfaisante. Stephen s'en était amèrement voulu, seul dans l'appartement. C'était fou à quel point l'endroit était vide sans Loki, alors qu'ils n'étaient que deux. Mais au moins, c'était passé, même si son égoïsme avait failli coûter la vie à son ami.
- Comment ça s'est passé pour toi ? demanda-t-il avec prudence.
Il vit Loki hésiter un instant, avant de se mettre à noircir une page du carnet. Il finit par la lui tendre, avant de se recaler contre son oreiller.
Stephen parcourut son texte et ne put s'empêcher de soupirer. Loki avait dû gérer les retrouvailles décevantes avec son père, les avances sordides du Grandmaster et l'angoisse permanente de côtoyer d'anciens bourreaux. Il n'osait imaginer sa détresse.
- Loki, je suis tellement désolé…
L'intéressé hocha les épaules. Il était sain et sauf désormais, alors quelle importance ? Il ne l'écrivit pas cependant, car il savait que Stephen l'aurait rabroué.
- Non vraiment. J'aurai dû être là pour toi et t'écouter, au lieu de juger chacun de tes choix.
Loki lui fit signe que ce n'était pas grave et Stephen allait protester quand il vit que Loki avait écrit une nouvelle question.
Qu'est-ce qui s'est passé après que les otages se soient enfuis ?
- Les secours les ont pris en charge, répondit Stephen.
Loki le regarda et haussa ses sourcils en montrant son cou.
- Je suis rentré et j'ai lancé deux-trois sorts à Thanos pour qu'il te lâche et ne m'attaque pas. Je t'ai rattrapé et emmené dans l'ambulance. Je suis revenu dans la banque juste après mais ils s'étaient tous enfuis. Ils ont le Tesseract.
Tu as affronté Thanos ? Pour moi ?
- Pour qui d'autre ? pouffa Stephen.
Loki avait l'air sincèrement surpris. Certes, Stephen faisait son job de super-héros, mais on parlait de Thanos, un géant violet connu pour ses meurtres violents.
Quelqu'un frappa à la porte, ce qui le fit sursauter. Stephen se leva pour ouvrir. Loki essaya de se pencher pour apercevoir son visiteur, qui chuchota une question qu'il n'entendit pas. Stephen eut à peine le temps de dire « oui, il est réveillé » que Valkyrie s'était précipitée sur le lit.
Stephen sourit alors que la jeune femme noyait Loki sous son flot de paroles, qui ne s'en plaignait pas, et décida de les laisser seuls.
Les deux jours suivants se passèrent sans problèmes. Des policiers prirent la déposition de Loki, qui au vu des circonstances n'avait rien à craindre judiciairement. Le jeune homme passa également une batterie d'examens, au cas où ses ravisseurs lui avaient jeté un sort. Les médecins lui assurèrent que tout allait bien, et qu'il devait surtout se reposer. Sa magie avait pris un gros coup après les deux semaines sous le dôme et le stress de la prise d'otage. Il ne devait pas trop la forcer.
Loki avait aussi pu commencer à reparler mais très peu et très bas, ce qui l'agaçait. Les quelques phrases qu'il arrivait à dire avant que sa gorge ne lui fasse mal finissaient toujours par se casser sur sa voix rauque. Stephen trouvait ça adorable.
Le troisième jour, Loki fut enfin autorisé à rentrer chez lui.
Stephen posa le sac de sport qui contenait les affaires de Loki dans l'entrée, alors que ce dernier se tenait sur le seuil. Ça faisait bizarre de revenir, il avait l'impression qu'il avait quitté cet endroit au moins une éternité plus tôt. Pourtant ça ne faisait pas trois semaines.
La soirée s'écoula tranquillement, Stephen prépara le dîner et ils regardèrent un Ghibli ensemble. Stephen surveillait Loki du coin de l'œil et celui-ci prétendait ne pas le remarquer.
Plus tard, seul dans son lit, Loki fixait la statuette de Pazuzu, posée sur son bureau. Il était éreinté mais n'arrivait pas à dormir. Il aurait dû se sentir soulagé d'être de retour chez lui, mais étrangement, il se sentait encore plus oppressé. C'est comme s'il était toujours dans le manoir, à ne pas oser s'endormir de peur que le Grandmaster ne se faufile dans sa chambre. La même angoisse s'enroulait autour de lui, la même attente insupportable qui durait jusqu'à l'aube, et qui heureusement, n'avait jamais été rompue. Loki n'osait tourner la tête vers la fenêtre, pourtant fermée. C'était comme s'il était déjà là, et qu'il deviendrait réel quand Loki poserait ses yeux dessus.
Une part de lui savait que c'était impossible : les volets étaient fermés, Stephen avait renforcé les protections de l'appartement, personne ne lui avait jeté de sort de traçage, le Grandmaster ne connaissait pas son adresse ni même son identité… Mais son malaise ne cessait de croître, au point que le jeune homme se mit à trembler.
Loki trouva le courage d'achever son supplice. Il se leva prestement et, sans un regard pour la fenêtre, saisit Pazuzu et se précipita dans le couloir. Il ferma sa porte derrière lui et s'y adossa avec un soupir de soulagement. C'était fini.
Loki hésita à aller dormir sur le canapé, mais il chassa vite cette idée : il serait encore tout seul et il était probable que sa crise d'angoisse revienne. Restait Stephen. Loki savait qu'il ne parviendrait pas à s'endormir seul, mais il ne voulait surtout pas le déranger, d'autant que ces derniers jours avaient aussi été fatigants pour lui. Il ne savait pas s'il dormait déjà et il ne voulait pas le réveiller. Mais en même temps, il n'allait pas passer sa nuit dans le couloir. Après plusieurs minutes d'hésitation, Loki se décida à entrouvrir la porte.
- Stephen ? chuchota-t-il, à la fois pour ne pas le réveiller et pour ne pas forcer ses cordes vocales.
- Oui ? répondit son coloc d'une voix claire.
Il était donc parfaitement réveillé. Loki espérait qu'il ne l'avait pas entendu tergiverser dans le couloir.
- Hum…je peux rester avec toi ? reprit-il, toujours à mi-voix. J'arrive pas à dormir.
- Bien sûr ! Viens.
Stephen alluma sa lampe de chevet et se décala. Loki referma la porte et s'allongea à côté de lui, sans savoir s'il était soulagé ou déçu d'être dans un lit deux places. Stephen éteignit la lumière et lui souhaita bonne nuit, alors que Loki se figea en position fœtale, dos à lui et les yeux grands ouverts, Pazuzu serré entre ses doigts. Maintenant qu'il était là, il n'était plus si sûr que c'était une bonne idée. Loki était enveloppé par l'odeur et la chaleur de Stephen, dont la lourde couette et l'oreiller étaient imprégnés. Le pire étant sa présence, sa lente respiration et son corps, impossibles à ignorer, à une vingtaine de centimètres de lui. Tout cela l'électrisait.
Il était tiraillé entre son envie de rompre cette distance et sa peur panique d'être rejeté. Il finit par s'endormir, sans avoir bougé d'un centimètre.
Stephen se réveilla vers huit heures. Il eut un élan de panique avant de se souvenir qu'il avait posé une semaine de congé et qu'il n'était donc pas en retard. Allongé sur le dos, il sourit à la vue de Loki, encore en train de dormir. Il s'était blotti contre lui pendant la nuit, la tête dans le creux de son épaule, un bras sur son torse et sa jambe par-dessus les siennes. Stephen avait passé un bras autour de sa taille et sa main reposait au creux de son dos.
Il avait enfin l'air paisible. En public, le visage de Loki était imperturbable, tout juste s'il haussait un sourcil ou esquissait un sourire ironique. Mais avec ses proches, il devenait soudainement beaucoup plus expressif, il se laissait même aller à sourire franchement, et Stephen était certain que ce n'était pas conscient de sa part. Ces derniers temps cependant, ses inquiétudes et ses doutes se lisaient facilement sur son visage. Depuis qu'il avait été sauvé, on pouvait même y voir une peur sous-jacente, comme s'il était toujours sur le qui-vive.
Là, entre ses bras, Loki avait enfin l'air de se reposer, et son expression était détendue. Sa respiration tranquille encouragea Stephen à caresser une de ses mèches. Il se fit la réflexion qu'en voyant les cheveux de Loki, nul ne pourrait croire que le noir était l'absence de couleur.
Stephen avait l'impression que son cœur fondait. Il avait cru le perdre et cette douleur restait ancrée en lui, le poussant à savourer le moindre regard de Loki. Si Stephen avait eu des doutes sur la nature de ses sentiments à son égard, sa disparition les avait effacés. Il était fou amoureux de lui.
Il l'avait entendu hésiter la veille et son cœur avait éclaté de joie quand Loki avait finalement demandé à le rejoindre. Il l'avait senti mal à l'aise, alors il n'avait rien tenté pour ne pas le brusquer. Et au vu de leur position ce matin, il avait bien fait. Si Stephen savait que ses sentiments étaient réciproques, peut-être pas avec la même passion, mais au moins de la même nature, il voyait bien que Loki n'avait pas l'air de le savoir lui-même. Il ne voulait surtout pas le précipiter, encore moins alors qu'il devait se remettre de son enlèvement.
Loki remua un peu dans son sommeil. Stephen tenta de l'apaiser en lui caressant doucement les cheveux. Ça fonctionna quelques minutes, avant que Stephen ne le sente se figer. Ça y est, se dit-il, il s'est réveillé.
Loki releva doucement la tête vers lui, avec un air catastrophé qui le fit rire. Comme il avait dormi sur le ventre, il se retrouvait quasiment sur Stephen et ses joues se teintèrent de rouge sous l'embarras. Il parvint à devenir encore plus écarlate quand il réalisa que son ami avait dormi un bras autour de lui. Il était adorable, et Stephen se mordit la lèvre pour ne pas éclater de rire.
- Je suis vraiment désolé, chuchota Loki. J'aurai pas dû…
- C'est rien, le coupa Stephen. Tu as bien dormi ?
Loki hocha timidement la tête. Il avait peur que ce soit mal interprété. Ou plutôt, bien interprété. Il était mortifié, et la manière qu'avait Stephen de le regarder lui faisait se sentir terriblement conscient de lui-même. Ce dernier lui sourit, rassurant, et lui caressa la joue d'une façon qui le fit agréablement frissonner. Loki eut de nouveau cette pulsion grotesque de se pencher pour lui voler un baiser. Au vu du petit sourire de Stephen, il était presque sûr qu'il n'était pas le seul à en avoir envie, ce qui le fit rougir encore plus.
Mais c'était déjà beaucoup trop d'émotions pour un lundi matin, alors Loki se dégagea de l'étreinte de son ami et se leva en bredouillant une excuse.
Stephen se laissa retomber contre son oreiller avec un petit soupir. Ils y étaient presque, cette fois. Il se redressa lentement et sursauta à la vue de la statuette de Pazuzu, qui le fixait depuis l'autre oreiller.
Ils allaient devoir avoir une discussion à propos de ce qu'ils pouvaient ramener au lit, à commencer par les figurines antiques des divinités mésopotamiennes.
