Disclaimer : Je ne tire aucun bénéfice de l'écriture de cette fiction, si ce n'est un immense plaisir. Shingeki no Kyojin appartient à ce cher Hajime Isayama, et le scénario de cette fiction sort de ma tête. Il est donc un peu poussiéreux.
Bonjour tout le monde ! J'espère que vous vous portez bien, malgré cette chaleur insupportable. Me revoici avec un nouveau chapitre, cette fois-ci dans les temps par rapport au rythme que j'ai pris depuis le début de l'année ! Je vous remercie sincèrement pour les reviews reçues au chapitre précédent. Je ne le répèterai jamais assez, il n'y a pas de meilleur carburant ! Surtout qu'il s'agissait pour la plupart de nouveaux lecteurs, et ça me met le cœur en joie !
Ce chapitre est assez court (8k mots contre les 10k habituels), je suis désolée mais je n'ai pas eu le choix, question de découpage de l'intrigue et vous allez vite comprendre de quoi je parle, haha… Bonne lecture !
Résumé des chapitres précédents : tandis que Levi continue de son côté de courir après les responsables de l'agression d'Eren, et découvre par la même occasion que l'un d'entre eux a été tué, très probablement dans le cadre d'un règlement de compte, les Jaeger doivent faire face à une terrible suite d'évènements : le grand-père d'Armin meurt des suites d'un AVC et les services sociaux prennent la décision de renvoyer le jeune homme en Allemagne. Alors qu'ils regardent, impuissants, le petit blond leur être enlevé, la situation prend une tournure inattendue lorsque ce dernier échappe aux services sociaux et prend la fuite.
Réponse aux reviews anonymes :
Mollu : coucou Mollu et merci beaucoup de laisser une review régulièrement ! Effectivement, nos pauvres personnages ont la vie dure en ce moment…. Comme tu dis, heureusement que Mikasa est là ! Tu vas d'ailleurs la retrouver dans ce nouveau chapitre. Pour tes questions, je ne peux pas y répondre immédiatement ! ) Toutes les réponses viendront en temps voulu, pas d'inquiétude ! Bonne lecture !
Chapitre 26 : L'ombre d'un doute
Eren retira son manteau d'un geste machinal, estomaqué par ce qu'il venait d'entendre.
« - Armin s'est enfui ? répéta-t-il à l'attention de l'assistance sociale, assise avec ses parents à la table du salon.
- Oui, lui répondit-elle. Nous avons fait un arrêt au centre des services sociaux pour quelques démarches administratives. Il a prétexté devoir aller aux toilettes, et en a profité pour nous fausser compagnie. Le petit malin… Il avait bien coopéré jusque-là, on ne s'est pas méfié.
Elle semblait exaspérée, mais Eren devina l'ombre d'un sourire dans sa voix. Il supposa qu'elle était consciente que la place d'Armin était avec les Jaeger, et que son rapatriement était une injustice idiote qu'elle était obligée de commettre. Dans le dos de la femme, le jeune homme avisa ses parents qui tentaient tant bien que mal de cacher leur propre amusement. Il ne fit pas autant d'effort et éclata ouvertement de rire en appréciant le coup de maître de son ami.
- Ça lui ressemble bien… Haha, je suis trop fier de lui ! ajouta-t-il à l'attention de sa sœur.
L'assistance sociale retrouva néanmoins son sérieux et le sermonna aussitôt.
- Il n'y a pas de quoi rire, jeune homme. Armin est un mineur sans ressources et livré à lui-même dans Tokyo au moment où nous parlons. Il va falloir le rapidement le retrouver avant qu'il ne lui arrive quelque chose.
- Même si j'avais la moindre idée de là où il se trouve, répliqua Eren avec mordant, qu'est-ce qui vous fait croire que je vous le dirais ? Vous voulez l'emmener loin de nous ! Je n'ai aucun intérêt à vous aider –
La femme leva une main ferme pour le couper.
- Du calme, du calme. Il se trouve que la situation a changé.
Une fois assurée qu'il l'écoutait, elle ajouta :
- Armin va rester au Japon.
- Vous croyez que je vais avaler ça ?
- Eren, appela sa mère. Ecoute ce que madame a à dire.
L'agente adressa un signe de tête reconnaissant à Carla, puis reporta son attention sur le jeune allemand qui la toisait à présent avec méfiance, toujours debout au milieu du salon, la laisse du chien dans la main.
- Il se trouve que monsieur Jaeger ici présent – elle jeta un regard ambigu à son père – a su tirer sur les bons fils et convaincre les bonnes personnes, expliqua-t-elle. Ce n'est pas le genre de méthodes avec lesquelles j'ai l'habitude de composer, et je n'ai pas non plus pour coutume de reculer devant le chantage, mais il faut croire que le fin mot de cette histoire n'est plus de mon ressort, à présent.
L'adolescent retint un petit rire incrédule. Elle avait visiblement décidé de ne plus s'embarrasser des formes.
- Voilà de graves accusations, commenta calmement son père. Je cherche simplement à protéger les membres de ma famille.
- Et c'est tout à votre honneur : vous avez réussi. Armin n'aura pas à quitter le pays. Néanmoins, ce qui va advenir de lui dans les jours à venir relève tout de même de notre autorité et je ne cèderai pas sur ce point. Je dois absolument savoir où se trouve ce garçon et pour ça, je vais avoir besoin de ton aide, acheva-t-elle en se tournant de nouveau vers le jeune allemand. Eren, où se trouve Armin ?
Pris au dépourvu par l'évolution fulgurante de la situation et le cœur envahi d'un soulagement auquel il osait à peine croire, Eren ne sut d'abord pas quoi répondre. Il avait certes des hypothèses vagues de l'endroit où se trouvait Armin, mais aucune certitude. De plus, il rechignait à partager ces pistes avec l'assistance sociale. Et si elle bluffait ? Rien ne lui garantissait qu'Armin resterait vraiment au Japon et qu'elle ne se moquait pas d'eux. Cependant… si elle disait vrai ?
Heureusement, Mikasa choisit ce moment pour l'appeler depuis la cuisine.
- Eren, vient m'aider à porter le plateau de thé !
Sortant de sa torpeur, il posa son manteau et la laisse de Caporal sur le dossier d'une chaise.
- Un instant, dit-il à la femme avant de tourner les talons pour rejoindre sa sœur.
Dans la cuisine, Mikasa avait rassemblé un service à thé sur un plateau et mis de l'eau à bouillir. Le bruit de la bouilloire était assez fort pour couvrir le son de leur voix, et il s'approcha aussitôt d'elle.
- Mais qu'est-ce qui se passe ? lui demanda-t-il à mi-voix.
Sa sœur saisit la boite à sucre sur une étagère et se pencha vers lui.
- Après qu'ils soient partis avec Armin, expliqua-t-elle sur le même ton, Papa a contacté plusieurs personnes qu'il connaissait, en lien avec l'ambassade allemande et le service d'immigration. Il y a passé plusieurs heures, et ça a pas mal crié.
- C'était donc ça, qu'il faisait !
- Oui. Je pense qu'il a demandé à ces personnes de faire en sorte que le dossier d'Armin « tombe derrière le meuble », si tu vois ce que je veux dire, au moins jusqu'à sa majorité.
Eren avait du mal à en croire ses oreilles. Lui qui avait imaginé son père déjà retourné à ses affaires professionnelles, indifférent au sort d'Armin.
- Comment c'est possible ?! c'est tellement gros comme faveur !
Mikasa hocha la tête en serrant la boite à sucre contre elle, l'expression sérieuse.
- Je crois qu'il s'est rappelé au bon souvenir de quelqu'un qui lui devait un service. Un gros service.
Il réfléchit un instant, et se rendit compte que cela faisait sens.
- Ce ne serait pas la première fois. Mais jamais pour quelqu'un chose d'aussi sérieux !
- La situation était grave.
Ils restèrent silencieux un instant, assimilant ce qui venait d'être dit.
- Donc Armin va rester au Japon ? demanda finalement Eren, osant formuler à voix haute leur espoir fragile. C'est sûr ?
- Je pense, oui.
- Et s'ils essaient de nous la faire à l'envers ?
- Je ne crois pas qu'ils s'y amuseront, ou du moins que la personne qui a accepté ce marché les laissera faire.
- Pourquoi ça ?
Sa sœur prit le temps avant de répondre, les sourcils froncés sous l'effet de la concentration.
- Le mot « chantage » n'était peut-être pas si approprié que ça.
Eren en resta sans voix quelques secondes.
- Wow, finit-il par dire. Papa est trop cool, et en même temps il me fait un peu peur.
Ils échangèrent un regard entendu, puis Mikasa secoua la tête.
- Peu importe. Armin est sauvé.
Le jeune homme s'appuya contre le plan de travail et se prit la tête entre les mains. C'était trop d'émotions, trop de mal puis de bien en l'espace de quelques heures. Pour se calmer, il répéta inlassablement en son for intérieur la réalité qui était lentement en train de prendre racine en lui. Ils allaient récupérer Armin. C'était réel. Les choses allaient s'arranger, à partir de cet instant. Armin ne serait pas abandonné dans un foyer d'accueil glauque au fin fond de l'Allemagne, livré à lui-même. Il allait être rendu aux siens.
Il se redressa brusquement, prêt à affronter la Terre entière.
- Alors, qu'est-ce qu'on fait avec elle, demanda-t-il à sa sœur en désignant le salon du menton. On collabore ?
- Ne dis pas ça comme ça…
Le garçon s'esclaffa tandis que Mikasa récupérait l'eau qui avait terminé de chauffer.
- Oui, il vaut mieux coopérer. Ça nous permettra de rester dans le coup, et de ne pas trop nous la mettre à dos. Elle pourra servir, à l'occasion.
- Sûre ?
- Elle veut seulement retrouver Armin. C'est ce qu'on veut aussi, après tout.
Une fois d'accord sur la façon de procéder, les deux adolescents retournèrent au salon avec le plateau de thé. Leur père en servit une tasse à l'assistance sociale et celle-ci le remercia avant de se tourner vers Eren et Mikasa, qui avaient enfin daigné s'asseoir à table.
- Je disais donc : où est Armin ?
- Nous ne savons pas où il est, répondit aussitôt le jeune homme. Il ne nous a pas contactés, je le jure.
- Nous le savons. Son téléphone portable est éteint depuis qu'il est parti. Il n'est pas idiot.
- Non, loin de là, renchérit Mikasa. C'est pour ça que vous ne le retournerez pas, à moins qu'il le veuille bien.
- Ou que vous nous aidiez.
- Je viens de vous dire qu'on ne savait pas où il se trouvait.
Si Eren et Mikasa avaient décidé de coopérer et de répondre aux questions, ils avaient néanmoins la ferme intention de faire comprendre à la femme qu'ils ne l'aidaient pas de gaieté de cœur. Les parents, eux, écoutaient attentivement l'échange. Ils avaient beau être amusés par ce retournement de situation, il n'en restait pas moins qu'Armin était livré à lui-même, quelque part, peut-être en détresse. Quant à l'agente, elle ne sembla pas pour autant découragée par leur évidente réticence.
- Vous avez forcément une petite idée, une piste ! Même s'il avait de l'argent sur lui, ce n'était sûrement pas suffisant pour payer une chambre d'hôtel. Il est donc certainement allé se cacher chez une personne en qui il a confiance, qui ne le dénoncera pas, un proche prêt à prendre des risques pour lui. Quelle est la première personne à qui vous pensez ?
Les deux adolescents échangèrent un regard.
- A Jean, son copain. Mais c'est trop évident. Armin se douterait forcément que c'est le premier endroit où vous iriez le chercher.
- Qui d'autre, alors ?
- Nous avons pas mal d'amis, intervint Mikasa, mais je pense que les parents de ces personnes n'accepteraient pas de prendre le risque de cacher un mineur recherché et s'attirer des problèmes. A moins qu'il leur ait caché la vérité, mais ce n'est pas son genre.
La femme hocha la tête d'un air entendu.
- Alors quelqu'un dont les parents sont moins consciencieux, ou moins présents ?
Les deux jeunes gens réfléchirent un instant, passant en revue leur catalogue de connaissances susceptibles d'aider leur ami fugueur à se cacher. L'espace de quelques secondes, Eren songea avec effarement qu'Armin s'était peut-être réfugié chez Levi, avant de se souvenir que le petit blond se refusait absolument à lui adresser la parole depuis leur séparation. Il recommença donc à chercher. Soudain, un visage en particulier se dessina dans son esprit, correspondant aux critères établis. Evidemment. C'était ça. Comment avait-il pu ne pas y penser de suite ? Il se tourna vers sa sœur, et en avisant son regard entendu, en conclut qu'elle avait eu le même cheminement de pensée que lui. Il lui adressa un signe de tête interrogatif, auquel elle répondit en acquiesçant avec prudence. Alors, Eren se tourna vers l'agente, qui remuait le contenu de sa tasse à l'aide de sa petite cuillère. Tandis qu'elle s'apprêtait à en boire une gorgée, il s'adressa à elle.
- Je pense que je sais où est Armin, déclara-t-il.
- Alors ? l'encouragea-t-elle en interrompant aussitôt son geste.
- Pas si vite, la coupa aussitôt Mikasa.
Leur interlocutrice se tourna vers sa sœur, curieuse.
- Avant qu'on ne vous dise où il se cache, je veux savoir ce qui va se passer exactement, lorsque vous l'aurez récupéré.
Toujours avec cet air mi-offusqué, mi-amusé, l'agente s'adressa aux parents, qui étaient en train d'échanger à voix basse.
- Vous devriez apprendre à ces gosses à savoir mesurer leur audace !
- Répondez à la question, se contenta de rétorquer Carla, le regard malicieux.
Vaincue, elle soupira et vida sa tasse d'une traite avant de reprendre la parole.
- Armin devra vivre dans un foyer d'accueil jusqu'à sa majorité. Il y sera entièrement pris en charge, y compris au niveau scolaire. A sa majorité, il pourra disposer comme il l'entend des biens dont il a hérité de son grand-père.
- Armin va hériter de quelque chose ? s'enquit curieusement Eren en se redressant sur sa chaise.
- Ce n'est pas grand-chose, intervint son père. Essentiellement la maison, qui est en mauvais état, et ce qui est à l'intérieur.
- Oh.
De son côté, sa sœur ne semblait pas aussi disposée à accepter ces conditions.
- Pourquoi Armin ne peut-il pas venir avec nous ? Qu'est-ce que ça change, pour vous ?
- Si vous souhaitez récupérer Armin, rien ne vous en empêche, mais les démarches sont si longues qu'il sera déjà majeur avant que vous en voyiez le bout.
- Ce n'est pas ce que ma fille voulait dire, souligna Carla. On ne peut pas… faire une exception ?
La femme lui jeta un regard noir.
- Je fais déjà plus qu'une exception en cédant à votre petit lobbying. Il n'est pas question que je vous fasse la moindre faveur supplémentaire.
Avisant l'air indigné de Mikasa, elle lui lança :
- Ce n'est que pour neuf mois, jeune fille. Ce n'est pas le bout du monde.
A ce moment-là, le visage de l'adolescente se peignit d'une froideur qu'Eren connaissait trop bien.
- Est-ce que vous vous entendez parler ? C'est à croire que vous n'avez jamais mis les pieds dans un foyer d'accueil. Vous n'avez aucune idée de ce dont vous êtes en train de parler, cracha-t-elle avec hostilité.
- Mikasa… la réprimanda doucement son père.
Pourtant, bien loin de se vexer, son interlocutrice se tourna vers elle, et se mit à l'observer comme si elle la voyait pour la première fois.
- Mikasa Ackerman, hein ? Je ne pense pas que tu te souviennes de moi. Tu étais trop jeune. Tu as été l'un des premiers dossiers sur lesquels j'ai travaillé.
Si elle espère l'apprivoiser comme ça, songea Eren, grossière erreur. Sa sœur devait actuellement avoir l'impression que l'agente essayait d'appuyer là où ça faisait mal, ou bien de l'humilier devant ses parents. Néanmoins surpris d'apprendre que cette femme avait joué un rôle dans leur passé familial, il se tut et laissa sa sœur gérer la situation, tout en se demandant ce qu'elle devait ressentir en se retrouvant si brusquement face à une personne qui avait eu un tel droit de décision sur son destin.
- Tu es devenue une belle jeune fille. Monsieur et madame Jaeger se sont bien occupés de toi, tu as eu de la chance.
- Et pourtant, vous voulez priver Armin de cette même chance.
- Ce n'est pas si simple.
Elles se dévisagèrent. Même leurs parents semblaient mal à l'aise.
- Laissez Armin vivre chez nous.
- Non
- Alors laissez-le au moins passer les week-ends chez nous.
Contre toute attente, l'assistance sociale sembla vraiment réfléchir à la requête.
- Je suis prête à le considérer pour plus tard. Nous verrons en fonction de la façon dont les choses se passent au foyer, dans un premier temps.
Elle allait l'envisager. Pour quelqu'un qui semblait considérer les Jaeger comme un ennemi, ou du moins comme un obstacle, c'était déjà une grosse victoire.
- Autre chose que nous devrions savoir ? demanda Grisha.
- Notre organisme est lié par contrat à certains lycées, qui s'occupent de nos jeunes et touchent des subventions. Ce n'est pas le cas de Trost. Armin sera donc transféré dans un de ces établissements.
Elle promena son regard sur l'ensemble de son petit auditoire.
- Probablement Stohess.
- C'est une foutue blague ?! explosa aussitôt Eren.
La réputation de Stohess était tristement célèbre. Des adolescents égarés et en échec scolaire, des classes surpeuplées, des professeurs démissionnaires. La honte de tout le système scolaire des expatriés de Tokyo.
- Vous ne pouvez pas lui faire ça ! s'exclama à son tour Mikasa, la voix sourde d'angoisse. Vous avez vu son dossier scolaire, non ?! Trost est la chance de sa vie de faire de grandes études !
Carla, à son tour, chercha à plaider la cause du petit blond.
- Allons, madame –
Cette fois ci, leur hôte de circonstance la coupa immédiatement, redevenue froide.
- Ce n'est pas négociable.
Alors, Mikasa se leva et tapa du poing sur la table, faisant sursauter tout le monde.
- Pourquoi vous acharnez vous comme ça ? Vous êtes en train de détruire sa vie !
Essuyant rageusement les larmes qui coulaient sur ses joues, elle ajouta :
- C'est monstrueux.
Pour la première fois, l'agente eu l'air réellement touchée par ses propos.
- Vous auriez tort de me voir comme une ennemie, rétorqua-t-elle, manifestement sur la défensive. Je fais de mon mieux dans l'intérêt d'Armin, moi aussi. Je vous rappelle qu'il y a encore deux heures, ce garçon était bon pour repartir en Allemagne. Changer de lycée, est-ce qui terrible en comparaison ?
Eren fut forcé de lui accorder ce point.
- Armin est brillant, c'est vrai. S'il souhaite faire des études, je m'arrangerai pour que son dossier soit appuyé par les bonnes personnes.
- Nous n'avons pas besoin de vous pour ça, intervint froidement Grisha.
La femme poussa un soupir. Le jeune allemand eu presque pitié d'elle : ce n'était pas chose facile de faire front face aux quatre membres de leur famille en même temps.
- Ecoutez… Ce ne serait pas dans votre intérêt de faire des vagues. Le dossier d'Armin va être passé sous silence, ce qui est parfaitement illégal. Alors restez discrets et prenez les choses comme elles sont pour le moment. Rien n'est gravé dans le marbre, nous verrons comment peuvent évoluer les choses plus tard.
Il l'observa attentivement, intrigué par le ton de sa voix. Une frustration évidente émanait d'elle, frustration d'être ainsi antagonisée alors qu'elle se sentait certainement très concernée par le sort d'Armin. Dans ses yeux, une flamme de détermination à trouver un terrain d'entente acheva de convaincre Eren qu'ils avaient tiré tout ce qu'il y avait à tirer de ces négociations, et qu'il était temps de coopérer. Armin, quelque part, attendait. L'heure était venue d'aller le chercher.
Un regard circulaire sur ses proches l'informa qu'ils partageaient son avis.
- Je vous préviens, dit-il en crevant le silence lourd, je ne sais pas où elle habite.
L'assistante se redressa, pendue à ses lèvres.
- Elle s'appelle Annie Leonhardt. »
XXX
La voiture banalisée s'engagea lentement dans une petite artère secondaire de Trost et progressa au pas le long de l'allée.
« - Je connais Annie Leonhardt. Elle a fait partie de mes dossiers aussi, donc je sais où elle vit.
L'agente continua à rouler jusqu'au bout de la rue, et se gara négligemment sur un emplacement réservé aux bus.
- C'est là, indiqua-t-elle en désignant le troisième étage d'un immeuble dont le rez-de-chaussée était occupé par une supérette Lawson.
Les fenêtres de l'appartement étaient illuminées.
- Pourquoi je devais venir avec vous, déjà ? grommela Eren en s'enfonçant davantage dans le siège passager.
- Tu vas m'aider à montrer patte blanche et à convaincre Armin de rentrer avec moi au centre, lui résuma-t-elle en détachant sa ceinture. Allez, on y va. »
A contre cœur, Eren descendit de la voiture et suivit la femme jusqu'à l'immeuble en question. Ils eurent la bonne surprise de constater qu'il n'y avait ni digicode ni cadenas à la porte d'entrée et montèrent sans encombre au troisième étage. Le niveau était partagé en trois appartements, et l'assistante l'entraina vers celui du fond. Il n'y avait pas de nom sur la porte, mais une paire de baskets sur le palier qu'Eren reconnut comme étant les chaussures de sport d'Annie.
« - Je ne vais pas me montrer de suite, lui expliqua son acolyte à mi-voix. Tu vas rentrer dans l'appartement et lui expliquer calmement la situation. Quand tu le sentiras en confiance, explique-lui que je suis là.
A l'entente de ces mots, le jeune homme manqua de s'étrangler.
- Vous avez été en contact avec Annie, récemment ? On dirait bien que non. Elle va me mettre en charpie dès qu'elle va me voir, vous en avez conscience, n'est-ce pas ?
- Si tu as le moindre problème, appelle-moi.
- Génial. Merci. »
Eren déglutit nerveusement, puis frappa à la porte d'un coup franc tandis que l'agente s'appuyait contre le mur. Après quelques interminables secondes d'attente, il entendit le cliquetis de la serrure en action, et la porte s'ouvrit. Annie apparut dans l'ouverture, vêtue d'une paire de leggings et d'une brassière. Ses cheveux détachés avaient été ramenés derrière ses oreilles, et il fut surpris de voir son visage aussi dégagé : elle était jolie. La jeune fille n'avait pas mis la chainette de sécurité avant d'ouvrir, et il n'en fut pas surpris. Annie n'avait peur de personne. Cependant, elle dût probablement regretter cette décision, car dès qu'elle l'aperçut, elle tenta aussitôt de lui claquer la porte au nez. Il glissa son pied dans l'ouverture juste à temps, et retint une exclamation de douleur lorsqu'elle rabattit brutalement la porte dessus.
« - Qu'est-ce que tu fous là, Jaeger ?! vociféra-t-elle en continuant à pousser comme une forcenée. Tu vas attirer les flics jusqu'ici, dégage !
- Je veux seulement lui parler ! Tu ne peux pas m'en empêcher ! répliqua-t-il, sur la défensive.
- Oh, tu crois ça ? Regarde un peu !
Il glissa un bras entier dans l'entrebâillement et poussa de toutes ses forces.
- Annie, s'il te plait, écoute ! Il ne risque plus rien, il est –
Visiblement lassée de leur petit affrontement, elle inséra à son tour une jambe dans l'espace et lui assena un coup de genou dans le ventre pour le faire reculer, réveillant au passage ses côtes encore fragiles.
- AAH, sale garce !
Alors qu'ils continuaient de se battre à travers l'entrebâillement de la porte, Eren entendit des bruits de pas se rapprocher.
- Eren ? demanda la voix d'Armin.
La jeune fille lança un regard inquiet sur sa droite.
- Armin, non – commença-t-elle, mais la tête du jeune homme blond apparut néanmoins dans le champ de vision d'Eren.
Dès qu'il avisa son ami, son visage s'illumina.
- Eren ! s'exclama-t-il aussitôt. Annie, ouvre, s'il te plait. Ne t'inquiète pas, ça ne craint rien, j'en suis sûr.
La jeune fille ne réagit pas tout de suite. Elle jeta à Eren un regard d'une noirceur remarquable, puis posa sur Armin des yeux sévères avant de finalement lâcher la porte en grommelant quelque chose à propos d'abrutis obstinés. Le jeune allemand en profita pour se faufiler à l'intérieur, et enlaça aussitôt son ami avec force. Alors qu'il pensait ses émotions calmées, les larmes manquèrent de lui monter aux yeux.
- Qu'est-ce que je suis content de te revoir, tu peux pas imaginer, avoua-t-il à Armin, la gorge nouée.
- Je pense que je l'imagine très bien, répliqua ce dernier.
Ils se relâchèrent, et Armin s'essuya rapidement les yeux.
- Je suis désolé, si je vous ai fait peur. Mais quand j'étais sur la route, dans cette voiture, j'ai réalisé que je ne pouvais juste pas partir. Je n'aurais jamais eu la force d'abandonner tout ce que j'ai. Alors j'ai fui dès que j'ai pu, et après ça, l'urgence a été de me cacher sans laisser de traces. Si j'avais essayé de vous prévenir, on m'aurait retrouvé. Je savais que tu devinerais facilement que j'étais ici. Je suis juste surpris que Mikasa ne soit pas là aussi.
- Elle n'a pas pu venir, mais le cœur y est.
Armin sourit tendrement.
- Je sais.
Eren jeta un regard circulaire sur la pièce : ils étaient dans la pièce principale d'un appartement relativement petit mais bien agencé. Elle était divisée entre un coin salon agrémenté d'un canapé et d'une télévision, et un coin cuisine entièrement équipé. D'une propreté irréprochable et peu décoré, l'endroit respirait la discipline et l'austérité. Le jeune homme entrevit quelques livres trainant çà et là, deux ou trois plantes vertes qui égayaient tant bien que mal l'ambiance et un fleuret d'escrime appuyé contre le mur, dans un coin. Et c'étaient là les seules touches personnelles apportées à la pièce. Les lieux ressemblaient plus à un logement de fonction qu'à une réelle maison où l'on s'établissait.
Il avisa Annie, qui s'était penchée à une fenêtre et qui leur tournait le dos, puis reporta son attention sur son ami.
- Ecoute, Armin. Il y a du nouveau.
Son interlocuteur se fit aussitôt sérieux.
- C'est pour ça que tu es là ?
- Oui. Ce sont de bonnes nouvelles, s'empressa-t-il d'ajouter en avisant l'expression inquiète du garçon.
Il s'approcha et posa sa main sur son épaule.
- Armin, tu vas rester au Japon. Tu ne vas pas être renvoyé en Allemagne.
Armin resta sans voix un instant, puis son visage se peignit de confusion et d'une note d'espoir.
- Attends. Quoi ? Tu es sûr ? Mais comment c'est –
- C'est l'assistante sociale elle-même qui a donné son accord. Bon, tu vas devoir vivre dans un foyer quelques temps, mais c'est mieux que rien, non ?
Il décida de ne pas parler immédiatement du transfert de lycée. Ce serait un coup dur inutile pour le jeune homme.
- Tu ne risques plus rien. Mes parents ont négocié une entente, donc tu peux rentrer avec moi et –
- Il n'en est pas question ! s'exclama Annie en se tournant pour leur faire face. Il n'ira nulle part. Si tu es assez bête pour croire aux mensonges des services sociaux, c'est ton problème, mais je ne laisserai pas Armin être renvoyé de l'autre côté de la planète.
La jeune fille semblait furieuse, mais Eren pouvait sentir d'ici la véritable émotion dissimulée derrière la colère : sa peur viscérale à l'idée perdre Armin. Elle n'était pas bien différente de lui et des membres de sa famille lorsqu'il était question du petit blond, en fin de compte. Il décida de la jouer diplomate.
- Ecoute, commença-t-il en se rapprochant d'elle.
Elle le regarda faire, méfiante.
- Je comprends que tu aies peur. Mais Armin est mon ami et je ferai n'importe quoi pour lui, donc il faut avoir confiance en moi.
La jeune fille émit un reniflement moqueur qu'il préféra ignorer.
- Mon père a fait des pieds et des mains… J'ai horreur de dire ça, mais… Il a tiré sur les bonnes ficelles de ses relations pour avoir la garantie qu'Armin resterait à Tokyo. Et là, c'est gagné. Je te l'assure. Au fond, Annie, tu sais que c'est la meilleure solution. Franchement, qu'est-ce tu pensais faire ?
Elle fit mine de vouloir parler, sur la défensive, mais ne trouva pas de quoi répliquer. Il reprit la parole avant qu'elle n'eût le temps de se braquer.
- Tu comptais le cacher comme un criminel en fuite pendant encore combien de temps ? Ce n'est pas possible, Armin ne peut pas rester comme ça. Il aspire à autre chose. Il a le droit à une vie stable, et il a besoin d'avoir son diplôme pour continuer sur la voie qui l'attend.
Pour achever sa tirade, à son grand dégoût, il reprit les mots utilisés par l'assistante sociale quelques heures plus tôt :
- Ce n'est que pour quelques mois. Il a vu pire. Nous avons tous vu pire, dans cette famille. Tout ira bien.
Lorsqu'il se tut, un silence lourd s'installa dans la pièce. En retrait, Armin les observait tour à tour sans oser ouvrir la bouche, visiblement anxieux. Quant à Annie, elle dévisageait sans ciller, semblant chercher une trace de mensonge ou de bluff sur son visage. Finalement, la tension dans ses épaules musclées s'atténua, et elle soupira.
- Si les choses ne se passent pas exactement comme tu l'annonces, Jager…
- Oui, oui, tu pourras me faire la peau et accrocher ma dépouille à ta façade, je te le promets.
L'ombre d'un sourire se dessina sur les lèvres de la jeune fille.
- Allez, déclara le jeune allemand à l'attention d'Armin. Ne faisons pas attendre l'assistante plus longtemps.
- Elle est ici ?! s'étrangla Annie.
- Oui, elle attend derrière la porte.
La jeune fille poussa une exclamation exaspérée, puis grommela quelque chose qu'Eren n'entendit pas mais qui fit bien rire le petit blond. Il ouvrit la porte pour faire savoir à l'agente qu'elle pouvait entrer, et lorsqu'il se tourna à nouveau vers ses compagnons, les trouva au milieu d'une chaleureuse étreinte. Annie, les yeux fermés et les sourcils froncés, semblait encore mesurer le pour et le contre. Eren savait qu'elle ne serait pas en paix avant plusieurs jours, lorsqu'elle constaterait d'elle-même que la promesse avait été tenue.
Lorsque l'assistante sociale entra dans la pièce, les deux adolescents se séparèrent. Si Annie reconnut la femme, elle n'en montra rien et retourna se poster à sa fenêtre, leur tournant à nouveau le dos. Elle voulait certainement ne pas avoir à regarder Armin partir.
La nouvelle venue, cependant, ne se contenta pas d'un silence :
- Bonsoir, Annie. Je suis heureuse de voir que tu te portes bien.
Eren rêva peut-être, mails il lui sembla que la jeune répondit d'un bref hochement de tête.
L'agente se tourna ensuite vers Armin, qui la regardait avec nervosité.
- Allez, mon grand. On y va ? »
XXX
Plus tard, alors que la voiture de l'assistante sociale filait à travers les rues illuminées pour les reconduire chez les Jaeger, Armin éclaircit quelques points pour Eren.
« - Annie est pour ainsi dire « émancipée » et vit seule, lui raconta-t-il à voix basse, alors qu'ils étaient tous les deux installés sur la banquette arrière du véhicule.
- Où sont ses parents ? demanda le jeune allemand, intrigué.
- Sa mère est partie refaire sa vie avec un autre homme il y a longtemps. Elles se détestent. Son père est un brave type, mais il est tombé dans l'alcoolisme il y a quelques années et il est incapable de s'occuper d'elle. Il l'adore, mais elle se débrouille mieux sans lui, alors ils ne vivent pas ensemble. Par le passé, il a été quelqu'un et a gagné pas mal d'argent, donc elle peut se permettre de résider à Trost aujourd'hui. »
Eren ne répondit pas, songeur. Il avait toujours pensé que les étudiants de Trost était un ramassis de gosses de riches privilégiés – enfin, encore plus que lui – dont les principaux soucis quotidiens devaient être d'hésiter entre un luxe et un autre. A présent, il s'apercevait que la richesse et les titres attiraient une toute autre misère que la pauvreté, mais qui n'avait rien de plus enviable.
En regardant le paysage urbain défiler par la fenêtre, il songea au comportement de la jeune fille qu'ils venaient de quitter. Le jeune homme avait pensé qu'Annie n'accepterait pas aussi facilement que l'on vînt lui reprendre Armin, et demeurait étonné de l'aisance avec laquelle la situation avait été réglée. Cependant, il n'était pas dupe : la blonde n'avait eu que faire de ses beaux discours sur l'amitié et le sens de la famille, il le savait pertinemment. C'était quelque chose d'autre qui avait convaincu Annie de leur céder Armin. Eren, quelque part au milieu de tous les mots qu'il avait prononcés, avait laissé glisser une information suffisamment cruciale pour rassurer Annie sur le fait que son ami ne risquait rien.
Un détail qui a convaincu Annie à mon insu, songea Eren. Mais lequel ?
XXX
Armin fut pris en charge par les services sociaux le lendemain de son retour chez les Jaeger. Il refit calmement sa valise, récupéra les affaires qu'il avait oubliées la première fois et embrassa chacun des membres de la famille réunie sur le pas de la porte. Il n'y eut pas d'effusion sentimentale ni de crise de larmes, cette fois-ci. Les perspectives futures étaient moins noires, et tout le monde préféra faire comme si les mois à venir allaient passer très vite et qu'il n'y avait pas de raison de se faire des adieux larmoyants. Ensuite, il monta dans la voiture de l'assistante sociale et fut conduit en direction de ce qui serait désormais son nouveau toit.
Puis, par la force des choses, la vie reprit son cours.
Eren, Mikasa et leurs amis eurent dans un premier temps du mal à accepter l'idée qu'Armin ne faisait plus partie de leur quotidien. Au début, un vide se fit ressentir en permanence à Trost : une place vacante dans la salle de classe, un éclat de rire qui manquait à l'appel, une présence chaleureuse en moins aux côtés d'Eren. C'était, de plus, un changement qui ne passa pas inaperçu de manière générale. Armin avait toujours été apprécié et populaire : une fois parti, de nombreux élèves – y compris des classe A – abordèrent Eren et les autres pour savoir ce qui était advenu du petit blond, remuant immanquablement le couteau dans la plaie.
De son côté, Jean avait lui aussi de grosses difficultés à gérer la distance mise entre lui et son compagnon. En ajoutant cela aux problèmes traversés dans le cadre de leur relation, le jeune allemand commençait à sérieusement s'inquiéter pour leur couple.
Comme si ce n'était pas suffisant, à la confusion causée par l'absence d'Armin venait s'ajouter l'inquiétude de le savoir tout seul en foyer, dans un quartier voisin, plus au nord. Dans la collectivité forcée avec des adolescents difficiles, le petit intello qu'il était demeurait une proie fragile. Et aller tous les jours dans un lycée en ruines pour suivre des cours qui relevaient de la plaisanterie ne devait pas aider à voir les choses du bon côté.
Sa sœur, littéralement anéantie par l'absence du petit blond et les ongles rongés jusqu'au sang à force d'imaginer le pire, ne reprit du poil de la bête qu'au bout d'une bonne semaine, en constatant que leur ami semblait s'accommoder de la situation et ne leur téléphonait pas en larmes pour leur demander de faire quelque chose.
Car en effet, il apparut petit à petit que petit blond semblait très bien gérer sa nouvelle vie : il ne se plaignait pas, arrivait à suivre le programme en autodidacte et avait même familiarisé avec quelques compagnons d'infortune. De plus, bien loin de lâcher le morceau, Eren et Mikasa entretenaient avec lui une correspondance quotidienne et avaient la ferme intention de le voir au moins une fois par semaine, ce qui prévenait les accès de solitude.
Petit à petit, l'équilibre se restaura et un nouveau train-train se construisit autour de ces bouleversements, leur permettant de retrouver quelques repères.
Sans compter que tout n'était pas à jeter dans cette évolution. Des bénéfices inattendus avaient été tirés de la situation, dont le principal était le suivant : Eren et Annie étaient devenus ce que l'on pouvait se risquer à appeler… des amis. Ou du moins, de bons camarades, ce qui était déjà énorme étant donné le côté asocial de la jeune fille. En effet, depuis son irruption au domicile d'Annie et encore plus suite au départ d'Armin, l'attitude de celle-ci avait changé : elle se montrait réceptive – à sa façon – aux timides tentatives d'Eren de familiariser, et semblait même, lors de brèves occasions, rechercher sa compagnie. L'adversité les avaient rapprochés, les amenant à se découvrir sous un jour bien plus favorable qu'aux débuts chaotiques de leur cohabitation auprès d'Armin. Lui qui voulait tellement qu'on s'entende… Dire que c'est son absence qui nous a permis de nous apprivoiser, songeait-il souvent en pensant à son ami.
Eren avait découvert en Annie un esprit aiguisé et sarcastique qui n'était pas sans lui rappeler un mélange complexe de Levi et de Mikasa, avec un côté roublard qui n'était pas pour lui déplaire. Pour ce qui était du reste, il avait encore du mal à la cerner complètement. Son côté solitaire et son indifférence à l'égard de l'autorité contrastaient fortement avec sa capacité à faire preuve d'une impressionnante discipline lorsqu'elle le jugeait nécessaire. C'était notamment le cas lors de ses entrainements sportifs, qui étaient le cadre de la plus grande partie de leurs rencontres.
Bien sûr, l'ombre d'un doute subsistait toujours quant à son implication dans l'agression de Jean. Cela collait bien à son profil : Annie avait un tempérament extrême et adorait Armin. Mais ce soupçon, avec le temps, s'épuisait de plus en plus. Ça pourrait lui ressembler, songeait-il régulièrement, mais… Je peux me tromper. Ce ne serait pas la première fois. Il n'était plus sûr de rien.
Un beau matin, alors qu'ils occupaient justement le gymnase, Eren décida de profiter du fait qu'Annie semblait savoir beaucoup de choses sur beaucoup de monde et de se confier à elle. Ils étaient tous les deux accrochés aux murs d'escalade, où la jeune fille lui prodiguait des conseils avec la même verve que l'avait fait Levi à une époque, et il aborda le sujet, l'air de rien.
« - Hein ? Tu as couché avec Christa ? Tu es un débile profond, Jaeger.
Le jeune homme fit une grimace et changea son pied droit de prise. Il savait qu'Annie ne répèterait pas un traitre mot de ce qu'il lui avait dit à ce sujet, premièrement parce qu'elle ne s'intéressait pas aux racontars, deuxièmement parce qu'il n'y avait aucun élève dans ce lycée qu'elle estimait assez pour aller lui adresser la parole, et potentiellement échanger des ragots. Il aurait cependant dû se douter que cela ne signifierait pas pour autant qu'elle ferait preuve de compassion sur le sujet.
- J'ai eu un moment d'égarement, c'est tout ! tenta-t-il de se justifier.
- Un moment d'égarement causé par ta profonde débilité.
- Tu sais quoi ? Je me fiche de ce que tu en penses. Je ne regrette rien. J'avais besoin de me changer les idées.
A l'entente de ces mots, Annie laissa échapper un ricanement moqueur. Alors qu'elle commençait à redescendre la paroi, elle répliqua :
- Et tu pouvais pas juste partir en week-end ou te trouver une nouvelle occupation ? C'est ce que je fais, personnellement, quand j'ai besoin de me changer les idées. Plutôt que de coucher avec le premier truc qui me passe sous la main.
- Oui, mais toi tu es coincée du c –
- Viens me dire ça en face, petit con.
Elle atterrit au sol d'un mouvement leste, et l'observa descendre à son tour.
- De toute façon, je ne vois pas où est le problème.
- Et bien, pour commencer, si la rumeur se répand, Reiner viendra te casser la gueule assez méchamment. Question de principe.
- Elle a promis qu'elle n'en parlerait pas.
- Et tu l'as crue ? Ne pose pas ton pied là.
- Oui, je l'ai crue, répondit fermement Eren en rectifiant sa position. Qu'est-ce que tu as contre Christa, de toute façon ?
Annie mit un moment avant de répondre, semblant vouloir apporter un argument sérieux. Finalement, elle se contenta d'un :
- Elle est clairement à moitié folle.
En quelques instants, le jeune allemand posa pied à terre à son tour.
- C'est ce que je pensais aussi, au début, avoua-t-il en commençant à retirer son équipement. Mais je ne sais pas… Quelque chose m'a touché, chez elle.
Curieux, il se pencha vers sa camarade, elle aussi occupée à dénouer ses sangles.
- Tu es la première personne que je rencontre qui voit clairement dans son jeu.
Annie haussa les épaules.
- Je ne me laisse pas berner si facilement par les gens.
Il y eut un moment de silence tandis que chacun rangeait son matériel à l'emplacement approprié et rassemblait ses affaires. Puis, soudain, Annie posa une question à laquelle Eren n'était pas du tout préparé.
- Tu n'as pas peur de ce que Ackerman va dire si jamais ça remonte jusqu'à ses oreilles ?
- Ma sœur ? Ça ne la regarde pas, de toute –
- Non. Je parle de Levi.
Le cœur d'Eren faillit remonter dans sa gorge, et il prit quelques secondes pour digérer la question.
- Pourquoi je me soucierais de ce qu'il en pense ? demanda-t-il avec froideur. Je n'ai plus rien à voir avec lui.
- Vraiment ?
Il se tourna vers son interlocutrice, éberlué par ses propos. Celle-ci, qui s'était accroupie pour rassembler ses affaires dans son sac, leva les yeux vers lui comme si de rien n'était.
- Bien sûr ! s'offusqua-t-il. Quelle question ! Tu as déjà oublié ce qui s'est passé ou quoi ? Ce n'est pas faute d'avoir entendu toutes les rumeurs, pourtant !
- Oh, oui, je sais. Je les ai entendus, ces ragots.
Eren poussa un soupir et saisit sa serviette pour essuyer sa nuque moite. Lorsqu'elle eut achevé sa besogne, Annie se redressa.
- Tu sais, je pense que Levi est quelqu'un de bien.
Cette fois-ci, le jeune allemand laissa échapper un rire sans joie. A quoi donc jouait Annie ? Cherchait-elle à le blesser ?
- Malgré qu'il m'ait foutu en l'air pour coucher avec quelqu'un d'autre ? Question de point de vue, j'imagine.
A sa grande surprise, la blonde balaya son argument d'un geste impatient de la main.
- Ça, j'en sais rien. Je n'étais pas là, je ne les ai pas vus faire. Et moi, je ne crois que ce que je vois.
Eren leva les yeux au ciel.
- Tiens donc.
- Ecoute. Tout ce que je dis, c'est que j'ai vu Levi s'inquiéter pour toi il y a pas si longtemps.
Il n'en fallut pas plus pour piquer sa curiosité, bien malgré lui.
- Qu'est-ce que tu insinues ? lui demanda-t-il en l'observant ramasser son sac.
- Rien du tout. Je te dis seulement ce que j'ai vu de mes yeux.
- Comment ça, de tes yeux ? Levi est venu te voir ? Il t'a parlé ?
Cette histoire commençait à sérieusement le troubler. Qu'est-ce Levi avait bien pu dire à Annie de suffisamment important pour qu'Annie prît la peine de venir le narguer à ce sujet ? Il brûlait de le savoir. Cependant, la jeune fille se contenta d'un regard moqueur.
- Je croyais que tu n'avais plus rien à voir avec ça.
Aussitôt, la fierté d'Eren reprit le dessus.
- Oui, c'est vrai.
Annie s'esclaffa. Balançant son sac sur son épaule, elle s'éloigna en direction de la porte et lui jeta un dernier regard espiègle.
- Allez, je me casse, Jaeger. Avant que tu ne veuilles coucher avec moi pour te changer les idées.
- Aucun risque ! » cria-t-il pour la forme, mais un sourire se dessinait déjà sur ses lèvres.
Il la regarda partir, et son expression se refit soucieuse.
Sa camarade avait clairement laissé entendre qu'il n'avait pas toutes les clés en mains, et que des éléments dans cette histoire lui avaient échappé. Ce n'était pas la première fois qu'il avait cette impression. Il lui était déjà arrivé de songer que certaines choses ne collaient pas. Mais le temps avait passé, le chagrin s'était mué en rancœur et Eren n'avait plus à cœur de chercher des excuses ni de décortiquer de nouvelles couches d'intrigue dans le désastre qu'était sa vie sentimentale. Il avait assez souffert.
Il décida d'ignorer pour le moment la toute petite voix dans un coin de son esprit, qui lui soufflait « oui, mais… et si jamais ? ».
XXX
« - Tiens, tu es bien matinal aujourd'hui ! s'étonna Carla en voyant son fils entrer dans la cuisine en s'étirant paresseusement.
Le jeune homme étouffa un bâillement et s'approcha de la table pour se servir une tasse de café. Assise à table et déjà habillée, Mikasa était en train de terminer son petit déjeuner.
- J'ai des choses à faire, expliqua-t-il d'une voix pâteuse. On doit retrouver Armin à Chiyoda dans l'après-midi, mais j'aimerais d'abord passer à l'animalerie où Caporal a été acheté. Je veux commencer à le dresser et j'ai trouvé le nom de l'animalerie dans son carnet de santé.
Il reposa la cafetière et s'assit face à sa sœur.
- Ils auront peut-être un bon club canin à me conseiller, acheva-t-il en haussant les épaules.
Sa mère resserra les pans de sa robe de chambre et sourit tendrement.
- Il a de la chance de t'avoir, ce petit chien.
- Je ne te le fais pas dire. Et lui, au moins, je suis sûr qu'il ne se tirera pas avec une blonde postbac », lança-t-il d'un air entendu, faisant s'esclaffer Mikasa.
Eren mangea rapidement, fila sous la douche et revêtit le premier sweat qui lui passa sous la main. Une fois prêt, il dévala les escaliers et ouvrit la porte à la volée.
« - J'y vais ! hurla-t-il à l'attention du reste de la maisonnée.
Dehors, les arbres les plus précoces commençaient à bourgeonner et les rayons du soleil étaient à présent suffisamment prononcés pour masquer la fraicheur de l'air matinal. Le printemps était en route. Alors que le jeune allemand commençait à s'éloigner dans la rue, sa mère ouvrit l'une des fenêtres de l'étage et le héla :
- Fais attention à toi ! Et active le partage de position sur ton téléphone ! »
Si sa captivité s'était assouplie à la faveur de ces dernières semaines, certaines précautions n'en restaient pas moins de mise pour éviter à tout le monde un stress inutile.
Lorsque le jeune homme arriva à Shibuya, il lui fallut un moment pour trouver la boutique qu'il cherchait. Elle se trouvait dans une rue secondaire du quartier, une artère commerçante et très animée. Eren vérifia l'adresse une dernière fois, puis entra. Dès qu'il mit les pieds dans l'animalerie, il faillit déchanter : l'endroit était bondé malgré l'heure matinale. Cependant, il tenait à se faire recommander un bon dresseur : Caporal grandissait. Il faisait des bêtises de plus en plus lourdes en dégâts et commençait à adopter un comportement agressif à l'égard des inconnus. Un berger allemand avait besoin de discipline, et Eren sentait qu'il ne pouvait plus attendre. Il prit donc son mal en patience, admirant les chatons et les chiots disposés dans les vitrines et écoutant les autres clients à la recherche d'un compagnon poilu. De temps à autre, il surveillait du coin de l'œil la vendeuse assignée à l'accueil. Assise derrière son comptoir, elle renvoyait les visiteurs vers ses collègues en fonction de leur demande. A cette distance, il la distinguait mal, mais elle lui rappela vaguement quelqu'un. Sûrement les cheveux, songea-t-il.
Alors qu'il faisait la queue au comptoir, son tour arriva. L'homme qui le précédait lui laissa sa place et il se retrouva nez-à-nez avec l'employée en blouse de soigneuse. C'était une jeune fille qui ne devait pas être plus âgée que lui, avec des cheveux auburn et de pétillants yeux verts. Elle était assise dans un fauteuil roulant mais dégageait une telle énergie que son sourire en devenait aveuglant.
« - Bonjour, le salua-t-elle chaleureusement en levant la tête vers lui. Je peux vous aider ?
Lorsque leurs regards se croisèrent, le cœur d'Eren manqua de s'arrêter.
Il connaissait effectivement cette personne. Il ne l'avait jamais rencontrée jusqu'à ce jour, mais avait eu l'occasion d'observer son visage sur de nombreuses photos, et avait entendu tout un tas d'histoires sur son compte.
Eren se tenait devant Isabel Magnolia, l'amie d'enfance de Levi.
Passé un instant de panique durant lequel il n'eut aucune idée de la manière dont gérer la chose, il décida de faire comme si de rien n'était. Il sortit le carnet de sa sacoche d'une main nerveuse et chercha ses mots pour expliquer sa demande. Malheureusement pour lui, la situation n'allait pas être aussi simple.
Qu'il reconnût la jeune fille était une chose. Mais le fait était qu'elle semblât le reconnaitre aussi.
Les sourcils froncés, les yeux plissés, Isabel se pencha vers lui quelques secondes, semblant chercher quelque chose dans sa mémoire.
- Une petite minute…
Soudain, un éclair de compréhension traversa son regard. Se redressant brusquement dans son fauteuil, elle le pointa ouvertement du doigt et s'exclama :
- Mais, mais… C'est toi, le type qui a brisé le cœur de Levi ! »
XXX
Et voilà pour aujourd'hui !
Alors, un chapitre très très axé sur Armin, pour le coup ! Qu'avez-vous pensé de notre petit blond ? Aviez-vous supposé qu'il se cachait peut-être chez Annie ? Qu'avez-vous pensé du dénouement de cette situation ?
Comment trouvez-vous Annie dans ce chapitre ? Que vous inspire l'évolution de sa relation avec Eren ?
Et évidemment, concernant la dernière partie du chapitre… Aviez-vous anticipé la rencontre de Isabel et Eren ? Que pensez-vous qu'il va se passer dans le chapitre suivant ? Notre garçon commence à se poser des questions…
A très bientôt ! ~
