Bonjour !
Un peu de drama SQ aujourd'hui. Bonne lecture !
Elysium
Chapitre 18
"And then it started like a guilty thing
Upon a fearful summons."
"Puis il a tressailli comme un coupable
Qui entend une terrible sommation."
Hamlet, acte I, scène I
oOo
Emma déambulait dans le palais sans but précis. S'il fallait mettre un mot sur ce qu'elle ressentait, elle était bien obligée d'admettre qu'elle s'ennuyait. Depuis qu'elle avait débarqué sur l'Olympe, elle avait l'impression qu'elle n'avait pas eu une seule seconde de répit. Ses entraînements, les épreuves en elles-mêmes et sa résolution à percer les trop nombreux mystères qui l'entouraient l'avaient aspirée dans un tourbillon infernal. A peine quelques jours plus tôt, elle aurait donné cher pour avoir une pause aussi longue mais maintenant, elle se rendait compte que le temps qu'elle passait à être active était autant de temps qu'elle passait à ne pas penser.
Du temps pour penser, elle en avait eu depuis qu'elle s'était miraculeusement réveillée.
Elle en avait eu trop, beaucoup trop.
Elle s'était toujours efforcée de voir la situation sous un jour positif et de se montrer optimiste à chaque instant – elle n'avait pas le choix, il fallait qu'elle parvienne à convaincre Regina qu'elle était tout à fait capable de la ramener à Storybrooke.
En fait, elle en était venue à réaliser que toutes ses actions, toutes ses paroles avaient eu pour but de convaincre non seulement Regina, mais aussi elle-même. A son réveil encore, elle lui avait assuré que son échec ne changeait rien du tout et qu'elle n'abandonnerait jamais. Et elle avait cru ce qu'elle avait dit, elle y avait cru de tout son être.
Et puis... et puis il y avait eu les cauchemars.
Chaque nuit, elle était de retour dans ce labyrinthe, chaque nuit, elle était de nouveau poursuivie par les chiens en or. Chaque nuit, elle buvait de nouveau le nectar, ce poison qui avait meurtri son corps et son cœur.
Chaque nuit, elle avait l'impression de mourir.
Elle n'en avait parlé à personne. Pas à Regina – qui, de toute façon, semblait mettre un point d'honneur à l'éviter ces jours-ci – pas à Henry, pas même à Apollon qui ne la lâchait plus d'une semelle. Henry était son fils, il était hors de question qu'il s'inquiète pour elle. Quant à Apollon... Apollon était un dieu immortel. Apollon n'aurait, normalement, jamais à se soucier de la mort. Apollon, comme n'importe quel autre dieu, pourrait compatir, il pourrait l'écouter, mais jamais il ne pourrait véritablement comprendre.
Ses divagations l'amenèrent devant une porte située dans une des ailes les plus reculées du palais, là où personne ne venait jamais. Puisqu'elle n'avait rien eu à faire ces derniers jours, elle avait décidé de faire un peu d'exploration et cette porte l'intriguait. Aucune des autres portes du palais n'était verrouillée – pas même celle des appartements de Zeus, lui avait appris Apollon – mais pour une raison inexplicable, celle-ci l'était. Il n'y avait aucune serrure : la magie était là-dessous.
Sa curiosité était piquée. Qu'est-ce que Zeus pouvait bien avoir à cacher au point de verrouiller une porte dans un endroit où personne ne se serait de toute façon risqué à déclencher sa colère en mettant son nez dans ses affaires ?
Elle était en train de se demander comment elle pourrait s'y prendre pour découvrir ce qui était dissimulé dans cette pièce quand quelqu'un la rejoignit.
« Emma ? »
C'était Poséidon. Le frère de Zeus et Hadès s'était fait très discret depuis son arrivée et ils n'avaient pas encore eu de véritable conversation.
« Oh. Bonjour, Poséidon. »
« Qu'est-ce que vous faites ici ? Ce n'est pas l'endroit le plus fréquenté du palais. »
« Je sais... j'explorais un peu. »
Il l'étudiait avec calme. Tout chez lui inspirait la sérénité... mais Emma se doutait bien que ce n'était qu'une autre façade.
« Vous avez bien choisi votre moment pour revenir, » ironisa t-elle.
« C'est vrai, » admit-il avec un petit rire. « Mais il était temps. »
« Que voulez-vous dire ? »
« Il y a bien trop de non-dits et de secrets enfouis depuis trop longtemps sur l'Olympe... il est temps que la vérité éclate. »
Le cœur d'Emma s'était mis à battre plus fort. A quels secrets faisait-il référence ? La mort de Cronos ? Autre chose ? Mais à sa grande déception, il n'en dit pas plus et reporta son attention sur la porte.
« Vous cherchez quelque chose en particulier ? »
« Eh bien... cette porte m'intrigue. C'est la seule du palais à être verrouillée. Vous ne sauriez pas ce qu'il y a derrière, par hasard ? »
Il lui fit signe que non.
« C'est étrange... cette porte n'était pas verrouillée quand j'ai quitté l'Olympe. »
« Ah... » fit-elle, déçue.
Avisant sa déception, il haussa les épaules et posa la paume de la main sur la porte. Celle-ci s'ouvrit sans un bruit.
« Comment... »
Ses lèvres tressautèrent.
« Ce n'est pas parce que Zeus est le plus puissant d'entre nous que nous, les autres dieux, sommes des incapables. Je vous l'ai dit, je pense que le temps des secrets doit s'achever. Allons voir. »
Elle s'était attendue à une pièce obscure et sinistre. Bien malgré elle, la représentation classique de l'antre d'un terrible et méchant sorcier lui était venue à l'esprit, c'est pourquoi elle fut totalement prise au dépourvu par l'aspect chaleureux de la pièce. En fait, elle n'était pas bien différente de sa propre chambre. La seule différence notable était l'absence de lit et la présence d'un cercueil en verre au beau milieu de la pièce.
« Un cercueil ? Vraiment ? »
Elle n'en revenait pas. Il n'était pas identique à celui de Snow mais il lui ressemblait beaucoup.
« Je ne comprends pas, » admit-elle.
Il était évident que ce cercueil n'avait pas toujours été vide. Qui Zeus avait-il bien pu garder ici ? Pourquoi n'avait-il pas voulu que les autres dieux l'apprennent ?
« Hmm... » fit Poséidon, tout aussi songeur.
Il posa une main sur le cercueil et se concentra.
« Je sens les restes d'un sortilège de conservation, » lui apprit-il. « Quelqu'un a été gardé dans ce cercueil pendant une longue période de temps... Je vous avoue que tout ceci n'a pas beaucoup de sens pour moi non plus. »
Ils quittèrent la pièce avec plus de questions que lorsqu'ils y étaient entrés. Poséidon verrouilla de nouveau la porte.
« Il vaut mieux que Zeus ignore que nous sommes venus ici, » dit-il.
« Vous avez peur de lui ? » demanda t-elle.
Emma essayait de déterminer la raison pour laquelle Poséidon était parti se terrer dans son océan pendant des siècles après avoir laissé ses frères s'entre-déchirer.
« Peur ? Oh, non. »
La première impression qu'elle avait eue de lui quand il avait fait face à Zeus dans la salle du trône se retrouvait confirmée : son frère ne l'effrayait pas le moins du monde. Cette conclusion ne l'aidait pas du tout à y voir plus clair.
« Mais alors... »
« Connaissez vous l'hybris ? »
« Euh... ce mot me dit quelque chose. »
« C'est le défaut de bien des héros qui se trouvent à Elysium. La démesure, l'orgueil, l'arrogance, le désir d'être supérieur... c'est aussi celui de Zeus et d'Hadès. »
« Et pas le vôtre ? »
Il soupira et baissa la tête, fuyant son regard.
« J'ai un autre défaut, tout aussi terrible... je suis un lâche. »
Le fait qu'il le lui avoue aussi franchement la surprit. Jamais Hadès ou Zeus n'auraient admis être des tyrans assoiffés de pouvoir.
« Si vous demandez à Athéna, elle sera ravie de vous faire la liste de toutes les occasions où je l'ai été, » fit-il, amer. « Je suis en partie responsable de la situation actuelle sur l'Olympe. Il est temps que la vérité éclate... »
Après l'avoir saluée, il s'éloigna et disparut de son champ de vision. Poséidon semblait déterminé à lever le voile sur tous les secrets qui gangrenaient les dieux de l'Olympe, mais quelque chose lui disait que Zeus n'allait certainement pas être de cet avis.
Emma craignait même que la situation ne dégénère davantage.
oOo
Hadès suivait Zeus depuis plusieurs minutes déjà. Il l'avait cherché toute la matinée et n'en avait pas cru ses yeux quand il s'était aperçu que son frère avait passé tout ce temps à se promener aux alentours du palais avec Lily accrochée à son bras. Il savait parfaitement que Zeus s'était rendu compte de sa présence, mais il ne daignait pas lui accorder un regard et poursuivait sa conversation comme si de rien n'était.
« Je ne vois pas pourquoi ma vie à Pandémonium vous intéresse tellement... » disait Lily, de toute évidence mal à l'aise. « Elle a été plus ou moins la même pendant seize ans. Et puis, vous nous espionniez, non ? Vous devriez déjà le savoir. »
« Ma chère, il existe une différence non négligeable entre ce qu'on voit et ce qui est réellement. »
« Ouais... vous n'avez pas tort. »
Hadès s'interrogeait. Emma lui avait effectivement mentionné que Zeus s'était pris d'intérêt pour son amie, cependant il n'y avait tout d'abord pas prêté plus d'attention que cela. Maintenant, il était bien obligé d'admettre qu'il était curieux que Zeus insiste pour passer autant de temps avec elle.
Son frère finit par raccompagner Lily à Elysium avant de se diriger vers lui.
« Hadès. Marche avec moi, veux-tu ? »
Zeus semblait plus apaisé qu'il ne l'avait été depuis un moment. C'était presque comme si sa promenade avec Lily avait chassé ses idées noires.
« Qu'est-ce que tu lui veux ? » finit par lâcher Hadès. « La mettre dans ton lit ? Je t'ai connu plus... entreprenant. »
« Ne sois pas ridicule, » rétorqua Zeus.
Mais le sujet Lily était visiblement clos car elle reprit immédiatement :
« Peut-être serait-il temps pour toi de m'expliquer ce que tu fabriquais dans le labyrinthe... n'ai-je pas assez répété que j'ai interdit aux dieux d'intervenir ? »
« Je ne te fais pas confiance, » lâcha Hadès. « Tu prépares quelque chose et j'ai bien l'intention de découvrir quoi. Tu devrais me remercier d'avoir été là... si je t'avais obéi, Emma serait morte. A moins que ce ne soit ta volonté, bien que tu t'échines à affirmer le contraire ? »
Contrarié, Zeus ne trouva rien à répondre, comme s'il avait peur d'en dire trop.
« Puisqu'on en parle... as-tu découvert qui a introduit du nectar dans ce labyrinthe ? » demanda Hadès.
« Non, » répondit Zeus. « Mais ça ne saurait tarder. »
Leurs pas les avaient mené jusqu'à une petite clairière qu'Hadès avait fortement tendance à éviter habituellement.
« C'est ici que j'ai épousé Perséphone, » lâcha t-il, amer.
« Effectivement. Très belle cérémonie. »
« Très belle cérémonie ? » répéta t-il.
Sa chevelure manqua de s'enflammer.
« Perséphone ne voulait pas m'épouser. Tu l'as obligée à le faire. Tu l'as obligée à le faire parce que tu voulais contrôler chaque instant de ma vie. Tu me haïssais tellement... »
Zeus fit quelques pas supplémentaires et lui tourna le dos.
« Tu étais incontrôlable. La jalousie te dévorait. Je pensais que le mariage t'assagirait. Il n'a jamais été question de haine, comme tu sembles te plaire à le croire. »
« Alors pourquoi cette règle ridicule ? Pourquoi me l'avoir arrachée quand j'ai essayé de la retenir ? Pourquoi, sinon pour me détruire ? »
« Il fallait que tu apprennes à obéir ! » s'agaça Zeus. « Tes affronts permanents étaient insupportables. Tu ne parvenais pas à te faire à l'idée que Père m'avait choisi moi pour régner sur l'Olympe. »
Hadès cracha presque de dépit.
« Ça n'a plus d'importance, maintenant. Je serai à jamais considéré comme un meurtrier... un parricide. Et voilà que notre cher frère fait son grand retour. Qu'est-ce qu'il veut, à ton avis ? »
Zeus haussa les épaules avec un certain agacement, comme si le retour de Poséidon n'avait certainement pas fait partie de ses plans.
« J'imagine qu'il nous le dira en tant voulu. »
« Je veux savoir ce que tu fabriques avec Rigel. »
Ses yeux orage exprimaient une émotion indéfinissable.
« Tu le sauras bien assez tôt. »
« Quoi ? »
Il s'éloigna davantage de lui.
« Le passé est passé, Hadès. C'est une leçon que tu n'as pas encore apprise. »
Après un dernier regard, il disparut.
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Lyra passait un moment agréable en compagnie d'Henry et d'Orphée. Celui-ci, qui aimait les chevaux mais avait tendance à éviter la partie de l'Olympe où habitaient les dieux, s'était laissé convaincre de les accompagner aux écuries. Pendant que Lyra faisait du saut d'obstacle, Henry dessinait sur son carnet et le héros défunt jouait un air paisible sur la lyre enchantée qu'elle lui avait prêtée pour l'occasion – même si, en théorie, il s'agissait de la sienne. La jeune fille était un peu inquiète pour lui : pour une raison qu'elle ignorait, il avait l'air malheureux - enfin, plus malheureux que d'habitude - et quelque chose semblait le tracasser. Elle ne voulait pas se mêler de ses affaires mais si ça ne s'arrangeait pas, elle lui demanderait ce qui n'allait pas.
L'atmosphère d'excitation qui régnait en permanence sur l'Olympe était un peu retombée depuis l'accident d'Emma. Lyra soupçonnait que beaucoup de dieux et de héros attendaient avec impatience sa prochaine épreuve pour sortir de cette langueur que certains trouvaient terriblement ennuyeuse.
Pour sa part, elle n'allait pas s'en plaindre : elle n'était pas faite pour cette atmosphère de soupçon et de complots qui caractérisait pourtant cet endroit.
« Eurydice adorait les cheveux, » dit Orphée avec nostalgie quand elle mit pied à terre pour les rejoindre. « J'aimerais tellement qu'elle soit là. »
Un peu plus tôt, il avait entrepris de la décrire précisément à Henry, qui lui avait proposé d'essayer de faire son portrait. Son œuvre achevée, il tendit le dessin à Orphée, dont le visage s'éclaira aussitôt.
« Ça lui ressemble, » souffla t-il. « Merci, Henry. »
Tous les trois avaient prévu de rejoindre Grace et Violet à la bibliothèque pour poursuivre leurs recherches sur le père de Lily. Orphée, quand il avait appris l'objet de leur quête, avait spontanément proposé son aide, même si là encore, cela impliquait d'être près des dieux. Lyra n'osait pas demander ce qui le poussait à éviter leur présence à ce point.
Lyra mena son cheval jusqu'aux écuries et eut la (désagréable) surprise de tomber nez-à-nez avec sa mère. Ces derniers temps, elle avait eu tendance à oublier qui lui avait transmis sa passion des chevaux...
« Bonjour, Lyra, » fit Zelena.
« Bonjour. »
Elles avaient passé très peu de temps ensemble depuis qu'elles étaient ici. La dernière fois que Lyra lui avait adressé la parole remontait au jour où elle avait passé l'après-midi avec elle, Hadès et Rigel.
« Comment vas-tu ? » poursuivit sa mère en pansant un des chevaux.
« Bien, merci. »
Leurs rapports étaient formels, presque froids en fait.
« J'ai l'impression que tu m'évites... » dit Zelena.
Lyra sut que l'issue de cette conversation ne serait satisfaisante pour aucune des deux. Elle haussa les épaules.
« C'est grand, ici. »
Elle avait eu l'intention de partir sur ces mots mais sa mère n'était visiblement pas de cet avis. Elle la retint par le bras.
« Parle-moi, Lyra, s'il te plaît. »
Celle-ci se rappela brièvement l'époque où elles se disaient tout. Un temps perdu à jamais, désormais.
« Je te parlerai davantage le jour où tu cesseras de me mentir sur mon père. »
Comme elle s'y attendait, le visage de Zelena se ferma aussitôt. Lyra se dégagea et reprit sa route. Sa mère ne chercha plus à la retenir.
Henry et Orphée l'attendaient un peu plus loin. Celui-ci remarqua aussitôt son expression bouleversée.
« Que se passe t-il ? »
« Rien, » rétorqua t-elle sans doute trop sèchement en essuyant quelques larmes.
Elle n'avait pas envie d'en parler. Elle avait le sentiment que personne ne comprenait. Pourquoi cela lui arrivait-il à elle ? Qu'avait-elle fait pour mériter un tel sort ? Pourquoi ne pouvait-elle pas avoir une famille normale ?
Lyra en vint même à souhaiter que la malédiction n'ait jamais été brisée – à Pandémonium, au moins, elle était heureuse, insouciante. Elle échangerait sans hésiter cette vérité hideuse contre un beau et doux mensonge.
oOo
Après quelques jours supplémentaires, Emma annonça à Zeus qu'elle était prête à reprendre l'entraînement. Elle avait repris des forces et elle n'en pouvait plus de passer ses journées à ne rien faire.
« Si vous êtes sûre de vous... » fit Zeus pendant le dîner.
Il s'était montré ce soir là, ce qui était assez rare pour être remarqué. Cependant, il parlait peu et semblait perdu dans les méandres de ses pensées.
Emma ne manqua pas le regard sombre que Regina posa sur elle. Elles ne s'étaient toujours pas adressé la parole depuis la conversation qu'elles avaient eu dans la chambre d'Emma après son réveil. Quand le repas fut terminé, Regina lui fit signe de la suivre.
« Je commençais à croire que tu avais oublié mon existence, » tenta t-elle de plaisanter.
Mais Regina n'était pas d'humeur à rire. Le sourire d'Emma mourut sur ses lèvres.
« Emma... j'y ai beaucoup réfléchi et... je veux que tu rentres à Storybrooke. Je veux que tout le monde rentre. »
C'était si soudain, si brusque, que l'information mit plusieurs secondes à parvenir jusque son cerveau.
« Quoi ? » balbutia t-elle.
« Tu m'as bien entendue. Je veux que tu rentres à Storybrooke. »
« Mais... pourquoi ? »
Sa question était stupide, elle le savait, mais c'était tout ce qu'elle était parvenue à dire. Les paroles de Regina lui firent l'effet d'une autre coupe de nectar.
Elle ne voulait pas qu'elle reste. Elle ne voulait plus qu'elle essaye de la sauver.
« Pourquoi ? Tu as failli mourir, Emma, et tu me demandes pourquoi ? »
« Je ne... »
« Ne t'avise pas de me dire que tu n'as pas peur que ça se reproduise, parce que je ne te croirai pas. Je sais ce que ça fait, d'avoir l'impression de mourir... pour rien au monde je ne voudrais revivre ça. »
Regina l'avait percée à jour, bien sûr. Comment avait-elle pu croire qu'elle serait capable de lui cacher tous ses doutes ?
« Je... je... »
Ses pensées s'embrouillaient. Elle était incapable de formuler un discours cohérent. Elle secoua la tête. Il fallait qu'elle se reprenne, et tout de suite.
« C'est vrai, j'ai peur, » admit-elle. « C'est vrai, une part de moi me hurle de prendre mes jambes à mon cou et de décamper d'ici sur le champ. C'est vrai, je ne suis pas invincible... mais je ne peux pas te laisser, Regina. Pas après tout ça. Si je partais, je ne me le pardonnerais jamais. »
Elle tendit la main vers Regina mais celle-ci recula.
« Dans ce cas... tu ne me laisses pas le choix... »
« Regina... »
« Je pense qu'il vaut mieux que nous prenions nos distances. »
« Qu... quoi ? »
C'était impossible, elle devait avoir mal entendu.
« Ne m'oblige pas à le répéter, Emma, s'il te plaît. C'est déjà assez difficile comme ça... »
Ses yeux sombres étaient remplis de larmes. Après un dernier regard, elle se retourna et s'éloigna à grands pas. Sonnée, Emma se laissa glisser sur le sol.
Regina ne voulait plus d'elle.
C'était à la fois une pensée très simple et infiniment compliquée.
Regina ne voulait plus d'elle.
Elle se sentait vide et pleine d'émotions à la fois.
Regina ne voulait plus d'elle.
Elle était incapable de faire le moindre mouvement et resta prostrée sur le sol un long moment. C'était comme être de retour dans cet état comateux qui avait suivi l'absorption du nectar. C'était douloureux, sombre, et rempli de désespoir.
« Emma ? »
Une main se posa sur son épaule. Elle se crispa aussitôt. Elle n'était pas d'humeur pour les sarcasmes d'Achille.
« Laissez-moi tranquille. »
« Ne soyez pas ridicule. Allez, venez. »
Il la releva aussi facilement que si elle avait été faite de coton – la mort ne lui avait pas ravi sa force légendaire, semblait-il. Elle se sentait trop vide pour protester et le laissa la ramener à sa chambre. Les yeux dans le vague, elle s'assit sur son lit. Elle espérait qu'il s'en aille immédiatement mais c'était bien mal le connaître.
« Que s'est-il passé ? »
« L'amour, c'est beaucoup trop compliqué. »
Il lui lança un étrange regard.
« C'est certain. Héraclès et Jason peuvent en témoigner... »
La mention des deux héros dont elle allait devoir réitérer les exploits la fit sortir de sa léthargie.
« Que voulez-vous dire ? »
« Héraclès a assassiné sa femme Mégara et leurs enfants dans un accès de folie. Quant à Jason... vous avez sans doute entendu parler de la Toison d'or qu'il devait récupérer. Il y est parvenu grâce à l'aide d'une sorcière, Médée... en échange de son aide, il l'épousa. Ils eurent deux enfants. Charmant tableau, n'est-ce pas ? Sauf que Médée, pour son malheur, était étrangère... et Jason souhaitait épouser une grecque. Il la répudia pour Créuse, la fille du roi Créon. Peu chevaleresque, me direz vous... dans son orgueil, il sous-estima Médée et s'attendit à ce qu'elle le laisse l'écarter sans réagir. Médée n'avait rien d'un agneau innocent. De rage, elle assassina Créuse... et les deux enfants qu'elle avait eus de Jason. »
Emma ne s'attendait certainement pas à une histoire aussi sordide. Horrifiée, elle écarquilla les yeux.
« N'ayez pas l'air si surprise, » la tança Achille. « Je vous l'ai dit... à Elysium, nous avons tous quelque chose à nous reprocher. »
« Même vous ? » rétorqua Emma avec une certaine ironie.
« Surtout moi. »
Le silence retomba pendant de longues secondes.
« Regina ne veut plus de moi, » révéla Emma.
« C'est donc pour ça que vous êtes si abattue... un chagrin d'amour. »
Elle ne supporta pas la note d'amusement qu'elle discernait dans sa voix.
« Je n'ai pas besoin de vos moqueries, » fit-elle d'un ton glacial. « Si vous n'avez rien d'autre à dire, la porte est juste là. »
« Ne soyez pas si dramatique. On dirait que le monde vient de s'effondrer autour de vous... »
« Ne vous arrive t-il jamais d'être gentil ? »
Il éclata de rire comme si elle venait de dire quelque chose de très drôle.
« Je suis beau, je suis fort, je suis arrogant, je suis impulsif, je suis colérique, je suis courageux, je suis héroïque, je suis sarcastique... mais non, Emma Swan, je ne suis pas gentil. Je ne l'ai jamais été et je ne le serai jamais. »
« Pourquoi ? On dirait que pour vous, être gentil serait... un défaut. »
« Parce que c'en est un. La gentillesse ne permet pas de survivre. La gentillesse n'apporte rien du tout sinon des déceptions. Ce n'est pas en étant gentil que j'ai gagné ma place à Elysium. »
Elle s'esclaffa, amère.
« Eh bien, félicitations. Vous êtes un héros. Vous êtes à Elysium. Êtes-vous heureux, maintenant ? »
Le masque d'Achille se fragilisa légèrement. C'était une question rhétorique : Emma était certaine qu'elle connaissait la réponse.
Achille était malheureux pour une raison qu'elle ignorait et le faisait savoir à tout l'Olympe par son comportement méprisant et odieux.
« Ça n'a pas d'importance, » murmura t-il. « Ce n'est pas avec ma compassion que vous allez remporter votre prochaine épreuve, n'est-ce pas ? Ressaisissez-vous. Vous valez mieux que ça. »
Sur ces mots, il quitta la pièce et referma la porte derrière lui. Emma fut certaine que le lendemain, elle aurait tout oublié de cette conservation.
Regina ne voulait plus d'elle.
Elle ne parvenait même pas à être inquiète au sujet de sa prochaine épreuve. En cet instant, elle se moquait bien de quelles difficultés Zeus allait mettre sur son chemin cette fois.
Regina ne voulait plus d'elle, et rien d'autre n'importait.
