Chapitre 32 : De l'autre côté de la peur

Tout ce que vous avez toujours voulu est juste de l'autre côté de la peur.

- George Addair


Lorsque Théodore retrouva Hermione en revenant de ses vacances chez sa mère, contrairement à ce que la brune avait pensé, il n'insista pas pour la faire parler. Sa lettre semblait finalement l'avoir convaincu qu'elle n'était pas sur le point de s'effondrer alors il lui laissait le choix de discuter ou non de ce qui l'attendait.

Il s'était en revanche beaucoup plaint de ses vacances et de l'ambiance peu chaleureuse qui avait plané dans sa maison familiale tout du long. Sa mère et lui n'avaient jamais été particulièrement proches. Elle l'avait surpris une fois, lorsqu'il avait huit ans, en train d'embrasser un autre petit garçon et elle ne l'avait jamais accepté, même si elle avait pris sur elle pour n'en parler à personne. Théodore n'aurait su dire si c'était pour le protéger des préjugés ou pour éviter de jeter l'opprobre sur le nom de Nott.

Dans tous les cas, depuis ce jour, une froide entente c'était installée entre eux et ils ne partageaient rien de plus que le nécessaire. Le Serpentard ne pouvait cacher son soulagement à l'idée qu'il serait bientôt libéré de l'obligation de retourner dans la demeure familiale. Dès sa sortie de Poudlard, il aurait accès de façon totalement libre à son compte en banque et il comptait bien en profiter pour s'émanciper.

Lorsque le brun se confia à Hermione à ce sujet, la jeune fille ne put s'empêcher d'être partagée entre l'envie de le pousser à ne pas couper tous les liens avec sa famille qui, même si elle n'était pas parfaite, restait sa famille, et la compréhension qu'elle ressentait par rapport à son envie de s'éloigner de tout ça. Au final, elle l'écouta simplement sans rien dire et le jeune homme ne lui en demanda pas plus, simplement soulagé de pouvoir extérioriser ainsi ses sentiments.

Les quelques jours précédant le procès passèrent rapidement pour Hermione. Elle eut l'impression que Théodore et ses deux hommes faisaient tout leur possible pour l'occuper et l'empêcher de penser à tout ça, ce qui était certainement le cas. Elle leur en était réellement reconnaissante.

La veille du jour j, elle ne dormit pour autant pas beaucoup. Toute la nuit, elle ressassa divers scénarios, essayant de se préparer à tout ce qui pourrait arriver. A ses côtés, Severus ne dormit pas beaucoup plus. Il la tint serrée contre lui du coucher du soleil jusqu'à son lever le lendemain matin. Pour la soutenir et aussi par peur de ce qui arriverait.

Lorsque l'heure du levé fut arrivée, Hermione se leva tel un automate et, après un petit sourire gêné à l'attention de Severus, elle disparut dans la cheminée pour rejoindre sa chambre et se préparer à la journée qui allait suivre. Lorsqu'elle croisa les regards inquiets de ses deux hommes au petit déjeuner et lors du repas du midi, elle ne s'était pas sentie aussi éloignée d'eux depuis très longtemps. Tout à son angoisse grandissante, elle espérait de tout son cœur pouvoir les retrouver sereinement après le procès.

A quinze heures, des coups frappèrent contre le montant de la porte qui fermait la salle de cours de sortilèges. La silhouette de Minerva apparut dans la foulée et la femme invita Hermione à la suivre à l'extérieur. Tremblante, la brune s'exécuta en ayant l'impression de partir à l'échafaud. Elle adressa un sourire pincé à Ron et Harry qui lui serrèrent le bras en signe de soutien. Elle leur avait révélé la tenue de l'audience deux jours plus tôt sur conseil de Théodore et ils s'étaient révélés être un soutien inestimable, contrairement à ce qu'elle avait imaginé.

La porte de la salle se referma derrière elle et Hermione suivit la directrice comme un zombie. Elle appréhendait la suite mais son esprit était étrangement vide. L'adrénaline abrutissait ses sens et empêchait toute pensée cohérente de se former dans son esprit, ce qui n'était pas pour lui déplaire.

Un auror à la mine patibulaire l'attendait dans le hall du château et Hermione le suivit jusqu'aux grilles du domaine où elle se laissa faire lorsqu'il lui attrapa le bras pour transplaner avec elle. Une seconde plus tard, elle vacillait sur l'aire d'arrivée prévue au ministère.

Après quelques contrôles de base, elle confia sa baguette à l'auror et le suivit jusqu'à la salle où allait se dérouler le procès à huis clos. Le temps lui faisait l'impression de s'étirer à l'infini. Plus elle avançait, plus elle sentait l'angoisse répandre son venin insidieux dans tout son être, tordant son estomac, serrant son cœur, faisant trembler ses membres et rendant son cerveau légèrement brumeux.

Elle avait hâte que tout soit derrière elle et en même temps, elle aurait presque voulu repousser ce moment ad vitam æternam. Presque seulement, parce qu'elle savait que ça l'aiderait tout de même à tourner la page. Mais presque aussi, parce qu'elle avait peur. Un mauvais pressentiment l'étreignait depuis la veille, lorsqu'elle avait essayé de s'endormir et il ne voulait pas la quitter.

Rapidement, les portes de la salle apparurent devant ses yeux et la jeune femme prit une profonde inspiration, essayant de calmer les battements frénétiques de son cœur. L'auror ouvrit l'un des battants en bois et invita Hermione à entrer. La jeune fille obéit en silence et fit quelques pas à l'intérieur de la pièce tandis que les portes se refermaient dans son dos.

Elle ne put s'empêcher de marquer un temps d'arrêt lorsque son regard se posa sur Draco Malfoy, déjà présent, assis sur une chaise au milieu de la salle, les poignets et chevilles attachées par de puissantes chaînes. Une puissante vague de haine traversa la brune et elle fit de son mieux pour la maîtriser.

Le jeune homme ne semblait pas particulièrement mal en point, un peu fatigué peut-être mais, même dans ces conditions, il n'avait rien perdu de son apparence aristocratique. Il se tenait droit dans son siège, un air un peu ennuyé sur le visage, comme s'il était tout à fait dans son droit et avait hâte de partir d'ici, ne semblant pas craindre d'être arrêté. Hermione aurait été bien incapable de dire s'il s'agissait simplement d'une façade, d'un air qu'il se donnait en espérant changer la donne.

Rien ne laissait présager que le blond venait de passer un peu moins de trois mois à Azkaban. Bien sûr, tant qu'il n'avait pas été reconnu coupable, il avait eu droit à une cellule de faible sécurité, dans les niveaux inférieurs de la prison où les détraqueurs ne passaient que très rarement. Hermione s'étonnait tout de même de le voir en si prétendument bonne santé. La prison sorcière n'était pas connue pour être clémente avec ses hôtes, quel que soit le niveau de sécurité.

Le mauvais pressentiment d'Hermione gonfla encore plus, lui coupant la respiration pendant quelques secondes. Que ferait-elle si les choses ne se passaient pas comme elle l'avait pensé et que Malfoy était libéré ? La réponse s'imposa à elle en une fraction de seconde, la laissant pantoise.

S'il venait à s'en sortir libre, elle se vengerait. Elle tiendrait la promesse qu'elle lui avait faite et elle le tuerait. Même si Sirius l'en avait quelque peu dissuadée quelques jours plus tôt, elle ne doutait pas qu'elle en serait capable. Les informations qu'elle avait parcouru dans le livre de magie noire semblaient forcer leur passage dans sa mémoire pour la convaincre de les utiliser.

Mettant son trouble de côté, Hermione s'avança au centre de la pièce et, comme on le lui indiqua, prit place sur le deuxième siège installé non loin de celui de Malfoy. À son plus grand soulagement, aucune chaîne ne vint entraver ses membres, considérant qu'elle était la victime dans cette affaire.

Elle sentit le regard de Malfoy s'attarder sur elle et prit sur elle pour ne pas se tourner dans sa direction. Elle n'avait vraiment pas envie de croiser son regard avant le début de l'audience. Elle n'avait pas besoin de se rajouter cette épreuve.

Quelques minutes après, le temps que tous les membres du jury prennent place, le procès put finalement commencer. Il n'y avait pas grand monde de présent, quinze jurés membres du magenmagot, le ministre de la magie Shacklebolt en tant que président de séance, un scribe, Malfoy et Hermione.

C'était l'avantage d'un procès à huis clos. Toute l'affaire ne devrait pas être ébruitée par la suite. Hermione n'avait véritablement pas envie que sa vie privée et l'épisode déplaisant qu'elle avait traversé ne s'affichent en première page des tabloïds sorciers.

C'était aussi l'avantage qu'ils soient tous deux majeurs et que leurs parents n'avaient ainsi pas été contactés. Hermione n'aurait pas été capable d'affronter ses parents actuellement. Elle n'aurait pu résister aux lueurs de haine et de pitié qui se seraient allumés dans leurs yeux. Elle n'aurait pu affronter la déception qu'ils auraient ressentie en apprenant tout ce qu'elle leur avait caché. Et la dernière chose dont elle avait besoin, c'était de craquer.

Draco et Hermione furent invités tour à tour à se présenter rapidement : nom, prénom, âge, adresse de résidence, etc..., afin de vérifier leurs identités.

- Nous sommes aujourd'hui réunis pour le procès de Monsieur Draco Malfoy, accusé d'agression physique et verbale envers Miss Hermione Granger, commença Kingsley Shacklebolt. Les faits se seraient déroulés en fin de matinée le samedi 17 octobre 1998 au sein de l'école de sorcellerie Poudlard.

Un léger silence passa avant que le Ministre ne continue sur sa lancée, laissant le temps au scribe de reporter ses propos.

- D'après le témoignage recueilli, le professeur de potions de l'institution, Monsieur Severus Snape, non présent ce jour, aurait trouvé les deux élèves en train de se battre dans un couloir reculé des cachots. L'état vestimentaire de miss Hermione Granger laissait supposer une agression physique à caractère sexuel. L'examen réalisé par Mrs Pomona Pomfresh, infirmière de Poudlard, a confirmé qu'un rapport sexuel entre les deux parties avait eu lieu, sans pour autant pouvoir préjuger du caractère consentant de la chose.

Hermione laissait son regard parcourir les visages des membres de l'assemblée et elle vit ainsi sans mal le dégoût et la pitié qui les assombrirent à l'entente des paroles de Shacklebolt.

- Par ailleurs, plusieurs sortilèges ont été utilisés à l'encontre de miss Hermione Granger, dont un sortilège de découpe qui a inscrit les mots « sang-de-bourbe » sur son avant-bras gauche ainsi qu'un sortilège impardonnable de doloris. Les poignets de miss Hermione Granger présentaient également des marques indiquant qu'ils avaient été tenus en étau fermement pendant un certain temps. Enfin, une blessure au niveau de l'arrière de la tête de miss Hermione Granger laissait supposer un choc de celle-ci, possiblement contre un mur.

Au plus grand soulagement d'Hermione, rien ne fut dit concernant la grossesse qui couvait en elle à ce moment-là. De toute façon, rien ne permettait de savoir si la fausse couche qu'elle avait fait avait été due à ce que Malfoy lui avait fait subir ou à sa noyade.

Comme Draco était l'accusé, il fut ensuite le premier invité à répondre aux questions et plus le temps passa, plus Hermione se sentit mal.

- Monsieur Draco Malfoy, pouvez-vous nous raconter en détail votre version des faits ? questionna Shacklebolt.

- Bien sûr, Monsieur le Ministre. Je suppose que vous connaissez tous au moins à minima Poudlard ? Les cachots sont lieu de résidence des élèves de Serpentard, dont je fais partie. Il n'est donc pas rare de nous voir nous promener dans les couloirs adjacents, soit parce que nous cherchons un coin tranquille, soit pour rejoindre un autre endroit à partir de notre salle commune ou vice-versa. Il est plus étonnant en revanche d'y croiser des élèves d'autres maisons, et encore plus lorsqu'il s'agit d'élèves de Gryffondor. Je suppose que vous connaissez tous la rivalité existante entre ces deux maisons.

Un murmure d'approbation traversa les membres du jury et quelques sourires nostalgiques apparurent sur leurs lèvres. Beaucoup étaient passés entre les murs de Poudlard et tous se retrouvaient dans le petit discours de Malfoy. Le blond s'exprimait avec clarté et rien dans son attitude ne trahissait le moindre trouble.

- Il est encore plus rare qu'un élève de Gryffondor s'y promène seul, sans réelle raison. C'est vouloir prendre des risques que d'aller ainsi en territoire ennemi. A partir de ces informations, je vous laisse juger que ma camarade, continua Draco en désignant Hermione d'un mouvement de menton, n'était sans doute pas dans ce couloir éloigné où l'on nous a retrouvé sans raison.

Hermione grinça des dents, s'interrogeant sur le jeu qu'était en train de mener Malfoy. Encore une fois, son mauvais pressentiment enfla, envahissant la moindre parcelle de son être. La tête haute, elle supporta comme elle put les nombreux regards inquisiteurs qui se posèrent sur sa personne tandis que les jurés se questionnaient sur les dires du blond.

- Alors maintenant, laissez-moi vous conter ma version des faits, continua Malfoy après une petite pause. Imaginez deux élèves appartenant aux deux maisons ennemies de Poudlard. Imaginez que ces deux élèves ressentent l'un pour l'autre plus que la haine de rigueur. Imaginez qu'ils s'aiment.

Un grand silence régnait dans la salle et les visages reflétaient toute la surprise que tous ressentaient. Hermione elle-même ne put s'empêcher de frémir. Allait-il réellement oser mettre tout ça sur une simple engueulade de couple ? Qui pourrait croire qu'elle aimait Draco Malfoy ? Et inversement, qui pourrait croire que Draco Malfoy l'aimait ? C'était complètement ridicule.

- Pensez-vous qu'ils oseraient s'afficher aux yeux de tous ? Encore plus si l'un est un sang-pur et l'autre une née-moldue. Malgré la Victoire, de trop nombreux préjugés subsistent au sein de Serpentard et même des autres maisons, continua Draco comme s'il s'en désolait réellement.

Hermione ne pouvait que reconnaître qu'il était bon acteur et une peur intense s'infiltrait en elle par tous ses pores. Elle avait peur qu'il retourne les jurés, et elle se forçait à se rappeler mentalement que ce ne serait pas forcément une si mauvaise chose, que sa lui permettrait d'accomplir elle-même sa vengeance. Elle n'en serait pas ainsi privée comme elle l'avait été avec Bellatrix.

Mais plus le temps passait, plus elle regrettait que les choses ne soient pas simples. Plus elle doutait être capable de tuer de sang-froid, malgré toute la haine qu'elle ressentait. Parce que le revoir, là, alors qu'elle savait qu'il ne pourrait rien lui faire, était déjà une épreuve en soi.

- Non, continua Draco, ils chercheraient plutôt à se voir en cachette, dans des couloirs reculés, loin d'yeux et d'oreilles indésirables. Vous visualisez tous ce couple ? Très bien, à présent, imaginez que la jeune fille ne soit au final pas satisfaite de cette relation cachée. Imaginez que pour montrer son point de vue, elle commence à faire semblant de sortir avec un autre élève, aux yeux de tous. Et c'est ainsi que ma... camarade, a commencé à sortir avec Théodore Nott. Enfin, prétendu sortir. Imaginez la douleur que peut ressentir le garçon qui l'aimait lorsqu'il les a vu s'embrasser aux yeux de tous dans la grande salle. Imaginez la douleur de les voir, jour après jour se tenir la main, se câliner, quand tout cela aurait dû être sa place.

Les regards sur Hermione se firent plus fermés, certains semblaient septiques, d'autres paraissaient envisager la version de Malfoy comme vérité. La brune faisait tout son possible pour garder un visage impassible.

- Vous vous doutez que tout cela a pu créer des désaccords dans le couple. Le garçon était jaloux mais n'osait se révéler. La jeune femme s'éloignait de plus en plus et le faux couple qu'elle formait avec Nott lui donnait envie de plus. Maintenant, rajoutons dans l'équation l'élément déterminant. Imaginez qu'un professeur se soit épris de son élève.

Draco fit une pause volontaire à ce moment précis, jaugeant du regard les membres du magenmagot avant de reporter son attention sur Hermione. Son regard gris accrocha le brun de celui de la jeune femme qui le fixait, dissimulant très difficilement l'horreur qu'elle ressentait. Hermione avait brusquement blêmi, son cœur rata un battement, une goutte de sueur roula le long de sa colonne vertébrale. Elle ne put que voir le léger sourire que Malfoy lui retournait. Ce même sourire qui la hantait depuis des mois.

- Imaginez que ce professeur ait été jaloux de la relation que la jeune femme avait avec Nott et qu'il la cherchait pour lui demander des explications, car il ne la voulait que pour lui. Imaginez que le garçon qui était amoureux d'elle découvre la relation qu'elle avait également avec son professeur. Imaginez qu'ils se soient disputés car elle ne voulait pas arrêter cette relation malsaine. Alors oui, j'ai sans doute dépassé les bornes ce jour-là, envahit par un sentiment de colère et de désespoir. J'essayais simplement de la détourner d'une obsession malsaine et déplacée. J'essayais simplement de la sauver, même si je reconnais m'y être mal pris. Mais à votre avis, pourquoi est-ce que le professeur Snape nous a trouvé dans ce couloir très éloigné ? Que faisait-il là ? Pourquoi semblait-il tellement en colère en réalisant que nous avions partagé un moment intime ?

Au sein des jurés, les commentaires volaient en tous sens, créant un brouhaha informe qui abrutissait les sens. Malfoy s'arrêta dans sa tirade, ravi du petit effet réalisé. Il avait jeté sa bombe, espérant ainsi pouvoir détourner l'attention de lui et reporter les tords sur le professeur.

Ce genre d'histoire faisait rapidement scandale, même si les faits n'étaient pas prouvés et il comptait bien là-dessus. Surtout considérant que Snape n'était apprécié que de très peu de personnes, voire personne du tout, et que beaucoup doutaient encore de son rôle lors de la guerre. Peu de gens avaient oubliés qu'il était le meurtrier de Dumbledore. Et beaucoup se questionnaient sur ses motivations à reprendre son poste de professeur de potions en sachant à quel point il semblait détester enseigner. C'était l'excuse parfaite au final.

Il avait eu le temps de réfléchir, enfermé dans sa cellule depuis près de trois mois. Il avait eu le temps de se remémorer beaucoup de choses et son esprit avait tiré des liens dans ses souvenirs, faisant des connexions auxquelles il n'avait pas pensé au premier abord lorsqu'il était encore à Poudlard, dans le feu des événements.

Mais il avait repensé à toutes ses fois où il avait aperçu, sans pour autant pouvoir se l'expliquer, les regards prolongés que le directeur de Serpentard avait posé sur la table de Gryffondor dans la grande salle. Il s'était souvenu de la haine qui avait déformé le visage de Snape lorsque celui-ci les avait trouvés dans les couloirs du cachot. Il s'était remémoré la familiarité avec laquelle Granger s'était adressée à lui. Alors il avait pris la décision de jouer le tout pour le tout, ne trouvant pas d'autre alternative pour essayer de se laver de tout soupçons.

Il n'éprouvait pas le moindre regret ni la moindre pointe de culpabilité. Snape n'était après tout qu'un traitre. Il méritait entièrement que le doute se porte sur son intégrité et que son nom et son image soient traînés dans la poussière. Il méritait certainement plus d'être à Azkaban que lui, lui qui n'avait jamais rien fait d'autre que suivre ses convictions et l'éducation qu'on lui avait donnée. Lui qui n'avait jamais menti, jusqu'à ce jour où il prétendait aimer la sang-de-bourbe. Dire que certains jurés semblaient le croire ! Lui, aimer, une sang-de-bourbe de surcroît, c'était complètement ridicule, risible !

Hermione quant à elle, était figée d'effroi et ne put s'empêcher de fixer le petit sourire narquois qui étirait les lèvres du blond qui paraissait ravi de son effet. Les questions tournaient en boucle dans l'esprit de la brune sans que la moindre ébauche de réponse ne se forme. Comment pouvait-il savoir pour Snape et elle ? Comment pouvait-il avoir retourné la situation ainsi ? Que pouvait-elle faire pour rétablir la vérité à présent ?

Shacklebolt frappa le bureau devant lui à l'aide de sa baguette pour demander le silence dans la salle. Il lui fallut deux bonnes minutes pour l'obtenir et Hermione reporta son attention sur lui, espérant, priant même, pour que quelqu'un sauve la situation.

Elle s'attendait presque à ce que quelqu'un se mette à rire de cette mauvaise blague qu'était devenu le procès mais elle avait beau attendre, seules des exclamations choquées lui parvinrent avant que le silence ne s'installe finalement. Hermione avait l'impression d'être en plein cauchemar.

- Monsieur Malfoy, j'espère que vous avez conscience de la gravité de vos accusations.

- Tout à fait, monsieur le Ministre. Mais je ne peux décemment me taire plus longtemps et laisser cette infamie se produire. Ma camarade ici présente est peut-être majeure mais je ne peux laisser tant d'élèves à la merci d'un tel professeur.

De nouveau, les murmures s'élevèrent au sein du jury. Leurs visages étaient fermés, dégoûtés. De nouveau, le ministre de la magie demanda le silence. Comment la voix de Malfoy pouvait-elle avoir autant de poids à leurs yeux alors même qu'il était accusé de viol ? Comment pouvaient-ils accorder ainsi crédit à ses propos aussi facilement ?

- Pourriez-vous reformuler cette accusation sous veritaserum, monsieur Malfoy, si l'on vous posait la question ?

- Je n'ai que de puissants doutes mais pas de preuves concrètes de ce que j'avance, avoua le blond. Vous devriez plutôt interroger ma... camarade.

L'attention de chacun se reporta sur Hermione. La brune n'en menait actuellement pas large. C'était pire que le pire des scénarios qu'elle avait envisagé pour cette journée. Elle avait l'impression qu'une chape de plomb était tombée dans son estomac, l'enfonçant dans son siège inconfortable, l'empêchant de réagir. Elle espérait que son visage ne reflétait pas trop la foule d'émotions qui l'envahissait, priant pour que les nombreuses leçons d'Occlumancie qu'elle avait suivies lui permette au minimum de garder une expression neutre, loin de la panique qu'elle ressentait.

- Miss Granger, que pouvez-vous répondre ?

Un instant hésitante, Hermione se donna une rapide claque mentale pour se reprendre. C'était le moment ou jamais pour arranger les choses. L'avenir de son homme reposait sur elle et elle ne pouvait pas abandonner sans essayer. Pas cette fois.

- C'est complètement ridicule, rigola-t-elle légèrement d'un rire qui sonna comme hystérique et désagréable à ses propres oreilles. Malfoy et moi ne sommes jamais sortis ensemble, n'importe qui pourrait vous le dire. Je suis une née-moldue. Pire, je suis la meilleure amie d'Harry Potter et ces deux-là se détestent depuis leurs onze ans. Alors jamais nous ne nous serions rapprochés et encore moins assez pour sortir ensemble.

La brune marqua une légère pose tandis que ses remarques semblaient faire mouche au sein des jurés. Ou peut-être simplement que la mention d'Harry lui permettait de donner plus de valeur à son discours.

- Si vous voulez la vérité, la voici : je suis préfète-en-chef à Poudlard donc il fait partie de mes missions d'arpenter le château entier, y compris les couloirs éloignés, pour surveiller que le règlement est respecté par tous. C'était ce que je faisais ce jour-là et c'est ainsi que je me suis retrouvée dans ce couloir où se trouvait Malfoy. C'est comme ça que les choses ont commencées.

Elle n'avait pas particulièrement envie d'impliquer la petite Lestrange dans ce procès. Non parce qu'elle lui avait pardonné mais parce que l'enfant s'était tenue sage depuis cette histoire et qu'Hermione en venait à penser qu'il valait mieux l'oublier. Une punition risquait simplement de la pousser de nouveau sur une mauvaise pente. La brune marqua une nouvelle pause et se réjouit intérieurement de la grimace qui traversa momentanément les traits de Draco. Sa version à elle était bien plus réaliste que toute l'histoire qu'il venait d'inventer. Au fond de son cœur, Hermione espérait fortement que tous la croiraient.

- Pour comprendre la suite, il faut remettre les évènements dans leur contexte. En janvier de l'année dernière, comme vous le savez sans doute tous, j'étais avec Harry Potter pour l'aider à mener à bien une mission que le défunt Dumbledore lui avait confié, dans le but de mettre un terme à la guerre. Un jour, nous avons été capturés par des rafleurs et emmenés au Manoir Malfoy. Mes amis ont réussi à s'échapper mais pas moi et j'y suis restée pendant quatre jours. Quatre longs jours pendant lesquels Bellatrix Lestrange, la tante de Draco Malfoy ici présent, m'a torturée pour en découvrir plus sur les plans d'Harry. Heureusement, j'ai été sauvée de là sans rien dévoiler.

Elle marqua une petite pause dramatique, jouant sur la corde sensible des jurés, avant de reprendre. Sa pause laissait supposer le mal-être qu'elle ressentait toujours vis-à-vis de ces événements et qui était loin d'être feint. Elle aurait dû être gênée de jouer ainsi de son statut d'héroïne de guerre mais elle se surprit à réaliser qu'il n'en était rien. A situation désespérée, moyens désespérés.

- Quoi qu'il en soit, depuis la rentrée, Draco Malfoy s'est amusé à raconter cet épisode à tous les élèves de Serpentard, s'amusant de ce que j'avais pu traverser et indiquant que j'aurai mérité pire. Alors non, jamais je ne serai sortie avec une telle personne. Cette expérience a été très difficile à surmonter pour moi et j'en fais encore des cauchemars réguliers. Ce jour d'octobre dans le couloir de Poudlard, Malfoy a profité de mon état de faiblesse par rapport à tout cela, faisant des allusions et reproduisant certaines tortures auxquelles j'avais été soumise. Il m'a clairement indiqué faire tout cela pour que je comprenne enfin ce que sa tante avait essayé de m'inculquer : que je n'étais qu'une sang-de-bourbe qui devait rester là où était sa place. Et comme sa tante n'avait apparemment pas été assez loin pour me le faire comprendre, il m'a... Il m'a violée...

Les mots avaient du mal à sortir. Mais ils étaient nécessaires pour que chacun prenne la pleine mesure de ce qui se jouait ici. Les airs attendris voire emplis de pitié que les jurés lui retournaient étaient la preuve qu'ils la croyaient et c'était le principal, même si elle aurait tout fait pour qu'ils ne la voient pas comme cette petite chose brisée.

- Quant à la réaction du professeur Snape, elle s'explique aussi simplement, sans avoir à partir dans des théories fumeuses et déplacées. En effet, suite aux événements s'étant déroulés au Manoir Malfoy, il est de notoriété publique que j'ai été contrainte de vivre en sa compagnie jusqu'à la fin de la guerre. Pendant ce temps, il a accepté de m'enseigner quelques bases d'une branche de magie peu développée : l'occlumancie. L'idée était de me permettre de surmonter ce que j'avais traversé. Après la rentrée, nous avons pu reprendre ces enseignements avec accord de Madame la directrice Minerva McGonagall. Alors forcément, cela nous a quelque peu rapprochés mais pas dans le sens dont le sous-entend Malfoy. Nous avons simplement partagé quelque chose sur ce sujet, sans mélanger le reste. Ensuite, vous connaissez tous je pense, au moins de réputation, son caractère.

Quelques rires fusèrent dans l'assemblée, rassurant Hermione.

- Du coup, quand il a découvert ce qu'il se passait dans le couloir, comment auriez-vous réagi ? J'étais vraiment en mauvais état. Peu importe qui avaient été les élèves concernés, je pense qu'il aurait réagi de la même façon.

Hermione se tut, ne sachant que rajouter d'autre. Si avec tout ça ils ne la croyaient toujours pas, que pourrait-elle faire d'autre ? Elle espérait surtout avoir au moins réussi à éloigner les soupçons portés à l'encontre de Snape. Ils n'avaient clairement pas besoin que le ministère ait des doutes vis-à-vis de leur relation. Un léger silence s'installa dans la salle avant que Shacklebolt ne reprenne la parole.

- Merci pour vos témoignages. Cependant, vous présentez tous deux des versions qui pourraient éventuellement être plausibles..., grimaça le Ministre.

Profitant d'un léger instant de silence, Hermione leva la main pour demander l'autorisation de s'exprimer. Elle ignorait les règles en rigueur dans cet endroit et avait estimé que son comportement serait plus apprécié ainsi plutôt que d'interrompre Kingsley.

- Oui, miss Granger ?

- Si vous le souhaitez, déclara-t-elle d'une petite voix gênée, je pourrai mettre à la disposition du jury mes souvenirs des évènements s'étant déroulés ce jour-ci.

Un sourire étira les lèvres de Shacklebolt et Hermione sut que c'était précisément l'intervention qu'il attendait. Elle ne put s'empêcher de se tourner vers Malfoy qui la regardait avec une grimace de dégoût et de haine. Il avait perdu et il le savait. Un rictus étira les lèvres de la brune sans qu'elle ne puisse le retenir.

Elle ne savait pas s'il avait inventé de toutes pièces son discours ou s'il s'était douté de quelque chose concernant la relation qu'elle entretenait avec Snape mais elle était on ne peut plus rassurée que les jurés ne semblent pas l'avoir cru. Elle n'aurait pas supporté que l'homme pâtisse de toute cette histoire. C'était entre Malfoy et elle. Severus n'avait pas à y être mêlé.

La catastrophe n'était toutefois pas passée loin. Et au final, Draco avait même aidé en décrédibilisant la relation qui la liait à Severus et ainsi à Sirius. A mentir sur trop d'informations, le blond s'était retrouvé pris au piège de ses propres mensonges. Personne ne croirait la fin de sa tirade en sachant que tout le reste n'avait été que supercherie et invention.

La suite alla très vite. Dès que l'ensemble des membres du jury et la ministre avaient pu visionner les souvenirs d'Hermione, les visages s'étaient fermés et le verdict n'avait plus tardé. En moins de temps qu'il n'en faut pour dire Quidditch, Malfoy fut reconnu coupable à l'unanimité des jurés. Le blond grogna sur sa chaise, essayant de se libérer de l'étau des chaînes, rendu comme fou par l'annonce du jugement, ce qui ne fit que convaincre encore plus les jurés de la bonne décision qu'ils venaient de prendre. A cet instant, il ressemblait terriblement à sa tante.

Alors que le verdict tombait, les sorts de magie noire qu'Hermione avait lus dans le livre de Severus lui revinrent brusquement à l'esprit. Elle se souvenait du moindre détail permettant leur exécution. Elle n'avait pas sa baguette. Personne ne pourrait la soupçonner. Et la majorité des sorts ne laissaient de toute façon pas la moindre trace. Elle n'était pas certaine à cent pour cent qu'elle réussirait mais presque.

Elle hésita un instant et osa finalement regarder Malfoy. Son regard d'acier fixait le président du Magenmagot. L'espace d'un instant, quand le verdict tomba, une profonde lueur de peur traversa ses prunelles. Et Hermione se résigna à ne pas lancer de sort.

Ça aurait été trop gentil, ça apporterait la mort bien trop rapidement à Malfoy. Il ne méritait pas de mourir, il méritait cette peur qui avait brillé dans ses yeux. Enfin, le jeune homme ne souriait plus. Et même si ce n'était pas exactement ce qu'elle avait imaginé comme vengeance, au moins, elle pourrait toujours se regarder dans un miroir en rentrant.

- Et ta promesse, Granger ? cria Malfoy alors les aurors commençaient à l'emmener vers sa future demeure sinistre.

- Tu ne mérites pas que je la tienne, Malfoy, répondit simplement la brune avec un sourire.

De nouveau, la peur s'afficha sur le visage du blond avant qu'il ne soit obligé de se détourner pour suivre les aurors. Et Hermione sut qu'elle avait pris la bonne décision. C'était comme quand elle avait fait une fausse couche. La mort de l'enfant lui avait paru être une bénédiction. Là, pour Malfoy, la mort lui semblait aussi trop douce.

C'était aussi similaire à ce qu'elle avait ressenti le jour de la Victoire, quand elle avant découvert le cadavre de Bellatrix. Elle avait été déçue au final, parce que la femme était morte et qu'elle n'avait pas réellement pu se venger. Mourir était facile. C'était vivre, avec tous les regrets, les joies et les peines, qui était difficile. Elle était bien placée pour le savoir alors qu'elle avait frôlé la mort quelques mois plus tôt.

Elle avait eu l'impression qu'elle ne s'en relèverait pas, qu'elle n'arriverait jamais à vivre. Mais ça y est, c'était fini. Un poids immense, dont elle avait à peine été consciente, venait de s'enlever de ses épaules, et elle avait l'impression de pouvoir respirer pleinement pour la première fois depuis longtemps.

C'était fini. Elle allait vivre. Et Malfoy également. Mais il allait souffrir et il ne tenait qu'à elle de décider de ce qu'elle voulait ressentir. Pour la première fois, elle avait vraiment l'impression de pouvoir tourner une page sur son passé. Elle pouvait enfin avancer.

- Pour information, les informations données aux journaux seront, prenez note s'il-vous-plaît monsieur Smith : Le jeudi 8 janvier 1999 à 16h25, Monsieur Draco Lucius Malfoy, né le 5 juin 1980 de Monsieur Lucius Abraxas Malfoy et Mrs Narcissa Druella Malfoy, née Black, est reconnu coupable par le Magenmagot d'agressions physique, sexuelle et verbale à l'encontre de Miss Hermione Jean Granger, née le 19 septembre 1979 de Monsieur Hugues John Granger et Mrs Jane Marie Granger, née Bloom. Le reconnu coupable est ainsi condamné à 20 ans de prison ferme qu'il effectuera au sein d'Azkaban ainsi qu'une amande de 10000 Gallions qui seront reversés à la plaignante. Aucune communication supplémentaire ne sera effectuée sur ce procès par les autorités.

Hermione ne put retenir une grimace en entendant les propos annoncés. Elle n'avait pas particulièrement envie que tout le monde découvre qu'elle avait été violée et elle espérait de tout son cœur que ses parents ne tomberaient jamais sur ce communiqué. Elle savait parfaitement qu'elle ne pouvait de toute façon pas demander à changer les informations donc elle garda le silence, attendant patiemment la levée de séance.

Et puis, en quelques minutes, elle put sortir de la salle, retrouver sa baguette et se laisser emporter par l'auror jusqu'aux portes de Poudlard. Elle réalisa réellement que tout ça était derrière elle uniquement lorsqu'elle passa les grilles et posa les yeux sur les pierres du château. Remerciant vaguement l'auror, elle avança lentement sur le domaine, ayant l'impression d'avoir vieilli de dix ans depuis qu'elle en était partie à peine quelques heures plus tôt. C'était une sensation vraiment étrange.

C'était fini et elle allait pouvoir avancer et laisser derrière elle toute la peur qui l'accompagnait depuis de trop nombreux mois.

Oh, elle savait que ce serait parfois dur, elle se doutait qu'il y aurait des hauts et des bas, elle savait qu'elle avait encore nombre efforts à faire pour réussir à tout surmonter mais, pour la première fois depuis qu'elle avait été retenue prisonnière au Manoir Malfoy, elle sentait qu'elle en était capable. Et ça changeait tout.

Ce jour-là, elle aurait pu faire la promesse sur laquelle Severus avait tant compté. Elle aurait pu lui promettre de ne jamais plus se laisser aller à flirter de trop près avec la mort. Elle aurait pu promettre à Sirius de ne jamais plus considérer la magie noire comme une possibilité.

A présent, ne lui restait plus qu'à décider de ce qu'elle voulait faire de sa relation avec les deux hommes. Parce que Malfoy les avait mis en danger. Parce que de plus en plus de monde semblait découvrir le pot aux roses ou commencer à se douter de quelque chose. Parce qu'il ne leur restait plus que six mois à tenir avant qu'elle n'ait fini ses études et que tout cela ne soit plus illégal. Et parce que, peut-être, s'ils osaient enfin parler librement de tout ça, ils seraient capables d'attendre et de ne plus se mettre en danger inutilement.

Six mois, ce n'était pas grand-chose au final. Ils pouvaient très bien faire l'effort de ne plus franchir les limites s'ils se mettaient d'accord et faisaient fi de tous ces non-dits. Ils n'avaient de toute façon rien fait de vraiment répréhensible depuis octobre, si on omettait le soir du bal. Il n'y avait eu que quelques baisers depuis.

Ça lui apparaissait clairement pour la première fois. Le problème n'était pas leur relation mais la façon dont ils géraient les choses. Les deux hommes lui avaient montré tout leur attachement depuis l'histoire avec Malfoy. À présent, elle ne doutait plus qu'ils tiennent à elle. Mais elle-même n'avait jamais réussi à leur dire, oralement, ce qu'elle ressentait. Parce qu'elle avait eu terriblement peur de les perdre. Mais peut-être que c'était au contraire la solution.

Si elle le leur disait, ils ne douteraient plus et ils pourraient discuter ouvertement de tout ça et ainsi trouver la bonne ligne de conduite. Si elle le leur disait, tous les sentiments négatifs qu'engendraient leur relation, la peur, la frustration, la jalousie, disparaîtraient et ils auraient moins tendance à réagir de façon insensée et dangereuse. Si elle le leur disait, ils seraient capables de tenir six mois sans se mettre en danger, elle en était persuadée.

Et elle se sentait quelque peu stupide pour ne pas l'avoir réalisé plus tôt. Elle avait tellement été concentrée sur ses propres sentiments qu'elle n'avait jamais réfléchi à la façon dont eux pouvaient considérer leur histoire. Elle avait attendu des gestes et paroles de leur part sans jamais pleinement réaliser qu'ils devaient en être autant de leur côté.

Mais maintenant, elle était prête. Parce que tout le reste était plus ou moins derrière elle et que pour la première fois depuis des mois, elle avait l'impression qu'un voile de brouillard venait de se lever dans son esprit. Enfin, elle avait l'impression de pouvoir redevenir elle-même, Hermione Granger, une jeune femme intelligente, pleine de vie et passionnée. Une femme qui pouvait aimer et être aimée.

Il était plus que temps de mettre la peur, la tristesse et la souffrance au placard et de laisser la joie et l'espoir reprendre les commandes.

Cette fois elle était prête. Prête à assumer ce qu'elle voulait depuis tout ce temps.

Elle courut jusqu'aux portes du château, incapable de laisser passer plus de temps. Elle n'eut cependant pas l'occasion d'atteindre les appartements de Severus, où elle se doutait retrouver les deux hommes, tandis qu'elle fut interceptée par ses amis, Théodore et Daphné.

- Hermione ! lança Ron à travers le hall pour attirer son attention. On a vu sur la carte que tu étais revenue !

Hermione s'arrêta et se tourna vers le groupe en plaquant un sourire sur son visage, malgré la frustration qu'elle ressentait. Elle prit son mal en patience en attendant qu'ils la rejoignent.

- Comment ça s'est passé ? demanda Théodore de but en blanc.

- Bien, il va être enfermé pendant vingt ans à Azkaban et… je crois bien que je suis riche à présent.

Sa remarque fit rire légèrement ses amis tandis que tous étaient soulagés de la nouvelle. Ce n'était pas vraiment une surprise mais c'était clairement une bonne chose.

Un petit moment de flottement passa ensuite tandis qu'Hermione les maudissait intérieurement pour avoir suivi son retour, persuadée qu'elle aurait pu les retrouver plus tard. Elle n'avait qu'une envie, foncer vers les cachots et pourtant, elle ne le pouvait pas et c'était plus que frustrant. Elle plongea son regard dans celui de Théodore, espérant qu'il lui serve d'alibi pour pouvoir s'éclipser mais le jeune homme ne semblait pas vouloir comprendre, au plus grand désarroi de la brune.

- Et si on allait fêter ça dans la salle sur demande ? proposa alors Ginny avec un grand sourire.

Tous les autres ne cachèrent pas leur enthousiasme face à l'idée tandis qu'Hermione avait le plus grand mal à conserver son sourire. A présent qu'elle avait pris sa décision, à présent que tout lui semblait clair, à présent qu'elle savait précisément ce qu'elle voulait et qu'elle n'avait plus peur, elle trouvait presque inconcevable de ne pas pouvoir passer à l'action immédiatement.

N'ayant toutefois pas d'excuse pour se défiler, elle se força à suivre ses amis qui firent un détour par les cuisines pour récupérer boissons et vivres avant de rejoindre le couloir du septième étage. Tout le long du chemin, Hermione essaya d'attirer l'attention de Théodore mais le brun semblait hermétique à ses tentatives tandis qu'il discutait tranquillement avec Ron.

Qui aurait cru que ces deux-là finiraient par discuter aussi paisiblement ensemble ? Ron avait été le plus réticent à laisser le brun intégrer leur groupe mais depuis quelques temps, ils avaient échangé quelques parties d'échecs et les deux garçons s'étaient bien rapprochés, peut-être grâce à Daphné. Ce qui n'arrangeait clairement pas les affaires d'Hermione ce soir-là.

Deux heures après que le groupe ait rejoint la salle sur demande, et quelques verres d'alcool plus tard, auxquels Hermione n'avait pour une fois pas touché, la brune décida qu'elle avait suffisamment fait acte de présence. Elle réussit finalement à coincer Théodore dans un coin de la pièce et lui indiqua à voix basse qu'elle allait rejoindre ses deux hommes. Le garçon lui répondit simplement d'un grand sourire goguenard qui fit lever les yeux au ciel d'Hermione.

Elle n'avait toutefois pas fait deux pas en direction de la porte qu'elle fut interrompue par une Daphné qui commençait à être éméchée.

- Où tu vas Hermione ?

- Je suis crevée à cause de cette journée, j'ai mal dormi hier donc je vais aller me coucher.

La blonde simplement les épaules. Hermione ne manqua toutefois pas les regards qu'échangèrent ses amis et encore une fois, elle fut plus qu'intriguée par ce que tout cela pouvait bien signifier. Elle n'y prêta cependant pas plus d'attention que cela, pressée de fuir retrouver ses deux hommes.

A peine la porte fut-elle refermée sur elle que ses amis rigolèrent sans pouvoir s'en empêcher.

- Ça fait du bien de la voir comme ça, lança Ginny.

- Est-ce qu'on devrait pas lui dire qu'on est au courant de tout ? questionna Ron avec une petite moue.

- Non, on était d'accord pour attendre qu'elle veuille nous en parler d'elle-même ! rétorqua Harry.

- Quand je pense que vous avez tout découvert grâce à cette fichue carte dont, en plus, Hermione connait l'existence, râla Théodore. Elle est moins intelligente que ce que je pensais.

Sa remarque fit rire les trois autres sous le regard perplexe de Daphné qui était dans l'ignorance de toute l'histoire à ce moment-là. Les trois amis d'Hermione avaient découvert le pot aux roses quelques semaines plus tôt, alors qu'ils s'inquiétaient pour leur amie et s'étaient servis de la carte des maraudeurs pour suivre un peu ses déplacements dans le château et s'assurer qu'elle allait bien.

Si au début, ils s'étaient offusqués du temps qu'elle passait dans les appartements de leurs professeurs de potions et de défense, ils avaient pris sur eux pour ne rien dire. Puis Ginny avait tâté quelque peu le terrain auprès de la brune. Et finalement, ils avaient compris ce qui la liait aux deux hommes. D'abord avec une pointe de dégoût et une grosse confusion. Puis, au fil du temps, ils avaient vu la jeune femme se redresser face à l'adversité et surmonter peu à peu ses pires souvenirs. Et si c'était auprès des deux professeurs qu'elle trouvait la force d'avancer, ils ne pouvaient que lui souhaiter le plus grand bonheur en leur compagnie.

Et depuis qu'ils avaient accepté tout ça, en partie grâce aux explications que Théodore leur avait fournies, et qu'ils avaient décidé de n'en parler à personne pour ne pas blesser leur amie, ils s'amusaient grandement à voir tous les efforts qu'elle faisait pour leur cacher cette relation. Et ils attendaient qu'elle prenne le pas de venir leur en parler, quand elle se sentirait prête. Ils sentaient déjà à quel point le jour des révélations serait très amusant pour eux, aussi mesquin cela pouvait-il paraître. Ce n'était après tout qu'un gentil retour des choses pour tous les mensonges qu'elle leur avait sortis.

Encore ignorante de tout ça, Hermione se rendit directement jusqu'aux appartements de Severus lorsqu'elle quitta ses amis, cette fois sans embûche. Elle frappa à la porte et entra précipitamment dès que le tableau s'écarta devant elle, bousculant l'homme interloqué au passage.

Dans le salon, elle eut le plaisir de voir que Sirius était également présent, comme elle s'en était douté. Depuis quelques temps, les deux hommes passaient quasiment tout leur temps libre ensemble, aussi étonnant cela pouvait-il être pour n'importe qui d'extérieur à leur relation qui connaissait un minimum leur passé commun.

La brune remarqua les airs étonnés et inquiets que ses deux hommes posés sur elle et elle prit la parole pour ne pas les laisser ainsi plus longtemps.

« C'est fini, il est emprisonné. »

Ça, c'était les paroles qu'elle avait voulu leur dire.

- Je vous aime.

Ça, c'était les paroles qui étaient sorties toutes seules de sa bouche, sans qu'elle ne s'en rende compte. Et alors qu'elle réalisait ce qu'elle venait de dire, elle ne parvint même pas à s'en catastropher. C'était une telle évidence, à cet instant, qu'elle ne regrettait en rien ses paroles.

Les deux hommes mirent plusieurs secondes à réagir, surpris par ces paroles auxquelles ils ne s'attendaient pas, surtout pas à ce moment-là, alors que la brune avait débarqué avec des airs de furie, ses cheveux électriques volant autour de son visage tel une crinière de lionne. Surtout pas après la journée atroce qu'elle avait dû avoir en devant de nouveau affronter Malfoy.

Se remettant de leur surprise, ils s'approchèrent d'Hermione et la brune se retrouva rapidement prise en étau entre leurs deux corps. Elle ne put retenir un soupir de soulagement lorsqu'elle les entendit murmurer.

- Nous aussi, Hermione.

Il leur restait encore beaucoup de choses à évoquer. Ils avaient encore beaucoup à surmonter mais cette fois, ils étaient prêts. Dans cette étreinte partagée, ils se sentaient à leur place, compris et acceptés. Le reste n'avait plus autant d'importance.

Ils passèrent tout de même de longues minutes à discuter par la suite, mettant finalement à plat tous les non-dits qu'ils avaient retenus depuis trop longtemps. Et ils se mirent d'accord sur la marche à suivre pour les prochains mois, simplement, comme si c'était la chose la plus naturelle au monde. Tous les obstacles qu'ils avaient dû affronter depuis qu'Hermione avait rejoint le 12 Grimmauld Place leur semblait soudain bien loin. Tous les doutes qu'ils avaient un jour ressentis leurs semblaient ridicules.

Ils s'aimaient, c'était parfaitement réciproque, et c'était au final tout ce qui comptait. C'était tout ce dont ils avaient besoin.


Bonjour à tous et à toutes !

Dernier chapitre... ça me fait tout drôle de le poster !

On aura enfin eu le procès de Malfoy, j'espère que vous aurez paniqué jusqu'à la fin ;P N'hésitez pas à me donner votre avis ! Pas trop déçus que Malfoy ne finisse pas déchiqueté/écrasé/brûlé/torturé/tué... ? Comme vous m'avez tous dit attendre quelque chose comme ça, j'ai préféré innover xD

Bref, du coup, demain ou vendredi vous aurez droit à l'épilogue (qui est très court comparé aux chapitres que je vous sers habituellement) et puis voilà... Ce sera fini pour Wendy et ses garçons perdus. Merci beaucoup à tous ceux qui m'ont suivie et qui m'ont laissé une petite review régulièrement ou de temps à autre !

Très bonne soirée !

Et pour finir, réponse aux reviews guest :

Jenny : Eh oui malheureusement tout à une fin... Moi aussi ça me fait bizarre de dire au revoir à mes personnages... Merci pour tes compliments et ta fidélité à cette histoire ! Concernant la magie noire, je pense aussi que ça ferait plus de mal que de bien à Hermione... Et la magie rouge c'est la magie du sang globalement, un peu un sous-groupe de magie noire (je ne sais pas si le terme provient de l'univers de J.K.R. ou si j'ai juste lu trop de fanfictions qui ont développé cette notion). Merci pour ta review et j'espère que ce chapitre t'aura plu !