Les semaines avaient défilées depuis qu'une guerre surnaturelle avait failli avoir lieu dans notre petit coin pas si tranquille que cela. Le calme revenait petit à petit, il était compliqué de reprendre une vie normale après une telle épreuve. L'angoisse nous avait habité jours après jours pendant des mois. Si nous chassions toujours les vampires de nos terres, ils se faisaient rares. Il semblerait que les nouvelles allaient vite dans le monde de vampirique et que beaucoup de sang-froid avaient eu vent de notre présence en ces lieux et que seuls les Cullen y étaient en sécurités et intouchables.

Seth était retourné sur les bancs de l'école tout comme les plus jeunes des meutes. Jacob avait repris ses études par correspondances sous les encouragements de la Swan et de son père. Embry avait suivi Abby à Port Angeles, une sorte de compromis. Embry désirait rester à la réserve et Abby avait souhaité retourner à Seattle ne voulant plus jamais revivre l'angoisse qui l'avait étreinte alors qu'elle ne pensait plus revoir le Call. Néanmoins, elle avait fini par entendre raison : avoir la meute pas loin était une bonne chose.

Quil veillait toujours sur Claire tout en jonglant entre ses petits boulots. Il avait peur de l'avenir, peur qu'un jour Claire ne le trouve plus aussi « super » et ne veuille plus dans sa vie du gars qui veillait sur chacun de ses gestes depuis qu'elle savait à peine marcher. Il enviait souvent la relation de Jared et Kim qui filait le parfait amour dans leur petite maison de la Push non loin de Sam et Emily dont le mariage approchait. Paul et Rachel aussi vivait pleinement leur relation. Cette dernière avait finalement décidé de rester à la réserve continuant en télétravail et partant parfois en déplacement pendant quelques jours.

Deux des louveteaux s'étaient imprégnés pendant ce court laps de temps. Ce phénomène censé être rare semblait avoir lieu à tout va. Je suppose que Brady l'avait bien mérité. Pour Alendre cela avait été une surprise. Il était tellement jeune et lui apprendre à gérer cela était infiniment compliqué. Mais après tout il faisait partit de la famille Black, l'une des grandes familles. Avec l'imprégnation hasardeuse de Jacob, il fallait bien qu'un autre membre de la famille assure l'héritage.

J'avais aperçu la douleur de Seth devant ces deux imprégnations. Il souhaitait ardemment s'imprégner pour vivre une histoire aussi heureuse que celles qui se déroulaient sous ses yeux. Il m'avait confié ne pas vouloir se lancer dans une relation avant d'avoir trouvé « la » personne parce qu'il ne saurait résister à son imprégnée et ne voulait pas faire souffrir quiconque. Seth avait toujours eu le cœur sur la main et c'était tout le mal que je lui souhaitais. Quelqu'un d'aussi adorable finirait par trouver. Et après tout la famille Clearwater ne pouvait compter que sur lui pour assurer sa survie.

Pour ma part, j'avais décidé de me recentrer sur mes projets à défaut de trouver un imprégné. J'étais retournée au café de Port Angeles, celui où je n'avais pas pu me présenter avec l'arrivée des vampires. Par chance, le dirigeant cherchait quelqu'un pour gérer le bar et aider en salle. Avoir ce job me permis de reprendre des études par correspondance. Je ne savais pas encore exactement ce que je voulais faire, ces dernières années de m'ayant pas réellement permit d'y songer. Néanmoins, je désirais mettre toutes les chances de mon côté à partir de maintenant.

Faire mes projets, seule, était toujours un peu compliqué. Souvent ceux que j'avais eus avec Sam me revenaient en tête et je finissais par abandonner pour ne pas laisser la tristesse et la rancune m'envahir à nouveau. Bientôt, il me faudrait assister Emily dans la préparation de son mariage et il n'y aurait plus de retour en arrière. Je regrettais souvent d'avoir cédé à leur ultime caprice.

J'accélérais poussant la voiture au-delà des limitations pour chasser mes pensées négatives. J'allais travailler loin de la réserve pour ne pas que les problèmes qui y résidaient ne me pourchassent. Ce n'était donc pas le moment d'y penser. Je montais le son de la radio et chantonnais les paroles des chansons qui y étaient diffusées.

Enfin le parking fut en vue, j'abandonnais la voiture pour poursuivre mon chemin à pied. Les rues étaient quasiment désertes, la pluie ayant fait fuir les moins courageux. Il ne me fallut pas longtemps pour arriver sur mon lieu de travail. Je me faufilais rapidement par la porte arrière jusqu'à mon casier et y entreposais tout ce qui ne m'était pas nécessaire pour travailler avant de filer préparer le bar et la salle. J'étais en avance pour changer et la serveuse serait certainement heureuse de ne pas avoir à le faire.

— Encore en avance, Leah, me sourit le dirigeant de l'établissement.

— Il faut croire que j'aime trop ton café, Alan !

— On va dire ça ! éclata-t-il d'un rire franc. En tout cas, c'était une journée merdique ! Je pense que je vais rentrer et vous laisser fermer.

— Les mardis par cette pluie ne fonctionnent jamais, Alan. Profites-en pour te reposer, on va gérer.

Il hocha la tête en marmonnant des phrases incompréhensibles dans son immense barbe. Ca devait être l'une des personnes les plus gentilles qu'il m'avait été permis de rencontrer. Il m'avait donné ma chance sans poser de question, jugeant que le meilleur moyen de savoir s'il fallait m'embaucher ou non était de me mettre au travail sur le champ. Au moins ça avait eu le mérite de fonctionner.

Je l'entendis quitter son établissement une quinzaine de minutes plus tard, insultant à tout va la pluie, les flaques d'eau et les clients trop douillets pour sortir. A se demander comment il arrivait à avoir des clients avec un tel caractère.

A peine les portes furent ouvertes que les premiers clients arrivaient. Trois de nos habitués s'installèrent. On ne verrait sans doute personne d'autre que les habituels clients qui aimaient faire honneur au lieu chaque jour. Je pris leur commande et une fois qu'ils furent servit l'attente débuta. J'en profitais pour faire un peu de rangement à l'arrière quand l'autre serveuse arriva. La pauvre était trempée et s'excusa mille fois de son retard. Elle poussa un long soupir de soulagement quand je lui appris qu'Alan était rentré. Elle n'était jamais en retard en temps normal, elle n'avait donc aucune raison de s'en faire, il ne lui aurait de toute façon rien dit. Mais, Cassiopée était ainsi, très à cheval sur les horaires et le règlement. Elle ne supportait pas d'être en retard.

Je m'accoudais au bar lisant un livre dissimulé par le comptoir. Il était vingt heures et il y avait peu de personne dans la salle. Un couple dinait et un groupe de jeunes s'étaient rassemblés dans un coin. Deux hommes âgés regardaient un match de je ne sais quoi en grignotant. Les deux autres clients étaient attablés seuls. Le calme plat.

Trente minutes plus tard, j'encaissais le couple. Nous allions fermer tôt aujourd'hui.

— Hey, Leah ! Tu as vu ?

— Vu quoi Cassie ? questionnais-je sans lever les yeux de mon livre.

— Le mec canon qui te fixe depuis deux heures ! s'exclama-t-elle. Ne me dit pas que tu ne l'as pas remarqué ?!

A vrai dire si. Mais je pensais que c'était elle qu'il fixait ainsi.

— C'est pas moi qu'il fixe, Cassie. C'est toi...

— Non, non. Je t'assure que si c'était moi, je serai déjà allé le voir !

Je relevais la tête regardant furtivement l'inconnu qui m'offrit un sourire en coin avant de reporter mon attention sur ma collègue qui semblait ravie.

— Tu vois ! s'extasia-t-elle. Je t'assure que quand je suis allée le servir il m'a pas sourit.

Je levais les yeux au ciel, amusée. Cassie cherchait LE grand amour et j'étais à peu près certaine qu'elle ne le trouverait pas dans ce genre d'endroit. Tout respectable que fut le café.

— Tu devrais aller lui parler, suggéra-t-elle.

— Non merci.

Elle me fixa comme si j'étais un extraterrestre avant de reposer un regard rêveur sur l'homme.

— Un si bel homme, soupira-t-elle.

Je ricanais en l'entendant rêvasser ainsi. Effectivement, il n'était pas moche loin de là. Il était grand, plus que moi et avait la peau un peu plus clair que celle de ma tribu. Ses cheveux jais étaient coupés court. Il avait un certain charme, c'était indéniable.

Je jetais un coup d'œil à ma montre. L'heure de fermer approchait.

— Tu devrais rentrer, Cassie. Je vais m'occuper du reste.

— Tu es sûre ? Tu habites loin, ça devrait être à moi de te proposer cela.

— Ne t'occupe pas de cela. Ca ira. Rentre-toi vite !

— Merci Leah ! Tu es un amour !

Elle rassembla ses affaires en vitesse avant de filer vers chez elle. Elle ne vivait qu'à deux rues d'ici.

— Messieurs, je vais fermer, annonçais-je une trentaine de minutes plus tard.

Il restait encore deux bonnes heures d'ouvertures normalement, mais rester ouvert pour deux clients n'étaient pas rentable. J'encaissais le premier qui fila rapidement. Il ne restait que l'homme qui avait intrigué Cassie un peu plus tôt. J'espérais qu'il ne poserait pas de problèmes. Je me méfiais souvent à raison de ceux qui laissaient leur regard s'attarder trop longtemps et attendaient la fermeture. Souvent une droite réglait l'affaire. Ce genre de scène restait rare.

L'homme ne dit rien se contentant d'un au revoir du bout des lèvres avant de disparaître dans la nuit.