Hé les gars, j'ai pondu ça malgré FF7R !
Chapitres 19 et 20 dédiés à Daidaiiro30 et centdix sans qui ils n'auraient pas existé (alors que j'ai découvert plein de choses cool en les écrivant !).
Un grand merci à Temi-chou qui a souffert pendant sa correction (oui, je manque de synonymes et je sais pas conjuguer le troisième groupe au passé simple. Mais t'avais qu'à pas me re-re-remettre à Naruto Shippuuden, meuf).
Chapitre 20 déjà écrit, il arrivera dans un mois maximum !
XIX. Nexus
3 avril 1999
Forêt Interdite
— Nous, Miss Lovegood, nous partons pour Poudlard.
Quand le Professeur Rogue lui avait dit ça, elle n'avait su ce qui l'avait le plus surprise : la composition de l'équipe ou leur destination. Si, un an plus tôt, on lui avait annoncé qu'elle serait en train de parcourir de nuit la Forêt Interdite en compagnie de Neville Londubat et du Professeur, elle aurait cru que les Joncheruines la soumettaient à des hallucinations.
Pourtant, c'étaient bien eux qui se trouvaient à ses côtés à cet instant, baguette en avant, repoussant les fougères et branchages, surveillant chacun leur chemin à la simple lueur de la lune qui peinait à traverser l'épaisse canopée que formaient les ifs, frênes et bouleaux autour d'eux. Chaque pas était mesuré, prudent. L'avancée était difficile, mais leurs bruits réduits au maximum, témoignant de leur habitude à devoir se cacher et rester discret pour garder la vie sauve. Le Professeur Rogue en tête, Neville et elle légèrement en retrait, mais à portée au moindre besoin, ils s'enfonçaient depuis une heure déjà depuis une zone éloignée en direction de Poudlard afin de se rapprocher le plus possible du château. Ou de leur cible première.
Un coup de vent balaya légèrement le haut feuillage et la lumière blanchâtre de la lune gibbeuse l'éclaira une courte seconde, la rendant plus nerveuse qu'elle ne l'était. La date n'était pas anodine, loin de là…
La jeune femme enjamba sans problème une souche pourrie. Luna, tout comme Neville, avait l'habitude de parcourir les espaces difficiles, d'avancer sans se faire repérer. Durant l'année écoulée, tous deux avaient majoritairement vécu dans la clandestinité, préférant le couvert des forêts et landes, les recoins sombres et mal éclairés des villes. Tous deux passeurs qu'ils étaient, dans le fond. À fuir pour sauver leur vie et celles des autres. Ils étaient un duo inattendu, mais, finalement, logique. Et pour compléter leur binôme furtif, le Professeur Rogue, leur principale force de frappe et de défense, homme expérimenté qui avait à son arsenal pléthore de sortilèges de magie blanche comme noire.
C'étaient ces arguments en leur faveur qui faisaient que, cette nuit, cette équipe hétéroclite était réunie autour d'un même objectif. Neville, grandi par les épreuves et sûr de lui, portant sur ses épaules la cape invisible du leader qu'il était devenu. Elle, ses rêves éveillés et ses croyances relégués au loin dans un coin de son esprit pour adopter un comportement très terre à terre. Severus Rogue, les traits toujours tirés et le regard vif, ayant troqué le confort de ses robes de sorcier de laboratoire pour la praticité des pantalons de velours et vestes de randonnée. Intérieurement, Luna sourit. Non, un an auparavant, elle n'y aurait pas cru.
Un craquement sonore en contrebas d'un escarpement où pointaient la roche et quelques arbrisseaux les fit s'arrêter sur place. Les mains se resserrèrent sur leurs baguettes, éteintes, qu'ils brandirent par précaution tout en conservant une oreille attentive sur leurs côtés et leurs arrières. À la faible lumière du satellite terrestre, les feuilles bruissèrent. Une silhouette se dessina, floue dans le noir et dans l'ombre.
Quand Neville avait mis en commun avec Hermione et Jonas tout ce qu'il avait pu draguer comme information, une avait été mise de côté par manque de ressources humaines. Durant, ses longs mois d'illégalité, il avait entendu, alors qu'il travaillait près de Pré-au-Lard et sa région, une rumeur. Une rumeur selon laquelle, les nuits de pleine lune, hurlait à la mort un loup.
Depuis le 11 mai 1998.
Et depuis, chaque pleine lune, les mêmes hurlements. Entre l'horreur et la douleur, jusqu'à cette dernière pleine lune du 31 mars.
Neville, par manque de soutien et de forces, n'avait jamais enquêté sur le cas. Mais quand le Professeur Rogue l'avait appris…
La silhouette ne bougea pas. Le vent berça à nouveau la canopée, faisant jouer les lumières dans l'endroit. À sa droite, elle sentit plus qu'elle n'entendit Neville se déplacer, s'écarter légèrement d'eux. Leur aîné en avant, surplombant la pente rocheuse, ne baissa ni sa baguette ni ne détourna les yeux.
— Londubat, Lumos, murmura-t-il entre ses dents.
Luna raffermit sa prise et n'osa plus respirer, restant le plus invisible possible dans la forêt. S'il donnait l'ordre, c'était qu'il pensait bien…
Neville, ayant depuis longtemps déjà oublié toute peur de leur ancien professeur de potions, obéit. Il leva sa baguette et annonça :
— Lumos !
Le bout de la baguette de bois de cerisier s'éclaira, assez pour dévoiler son maître ainsi que le Professeur en partie, mais pas pour trahir la présence de Luna qui restait sur ses gardes.
Le souffle coupé, mais sonore qui se fit entendre en bas confirma l'hypothèse qu'ils avaient formulée dès le départ.
Le choix de la date pour leur incursion n'avait pas été fait au hasard. Suffisamment proche pour que le loup offre ses sens aiguisés à l'humain qu'il hantait, suffisamment éloignée pour ne pas mettre une tierce personne en danger.
Car, Severus Rogue en était certain, c'était ici que l'homme avait trouvé refuge depuis un an.
Et, confirmant leurs doutes, Remus Lupin s'avança assez pour être éclairé, l'air hagard de celui qui commençait à perdre espoir.
oOo
4 avril 1999
Réserve d'Abbey Road
Londres
Depuis le départ des équipes d'interventions, la Réserve paraissait bien calme. Les six sorciers de la P.R.O.P.R.E. étaient tous concentrés autour de la même tâche, pourtant, Harry se sentait complètement déconnecté.
Esat, en qualité de rédacteur en chef, avait préparé plusieurs ébauches, rassemblant différents sujets qu'il leur faudrait aborder à travers le papier, plusieurs titres accrocheurs et slogans qui serviraient à étoffer leur propos. Avec l'aide de Théo et de ses quelques connaissances du métier, il avait été décidé que le journal s'apparenterait davantage au pamphlet qu'au papier classique. Comme le jeune homme l'avait fait remarquer, il était plus facile d'éditer, d'imprimer, de distribuer puis de cacher une feuille de papier simple plutôt qu'une épaisse liasse. Hermione s'était montrée satisfaite, pestant au passage de ne pas y avoir pensé avant. Plongée dans ses articles de loi et les différents quotidiens que lui ramenaient Jonas et Oriane de l'extérieur, elle semblait débordée par la masse de travail qui s'accumulait sur le bureau.
Hermione à ses textes et répliques contre Lucius et sa politique. Esat et Théo sur la conception des pamphlets, Oriane et Jonas au réapprovisionnement des ressources et nouvelles de l'extérieur. Harry, quant à lui, attendait.
Et cela le rendait malade.
Oh, évidemment qu'il participait aussi aux discussions autour de la propagande et des actions qu'il faudrait mener. Évidemment qu'il donnait son avis, débattait. Mais, comme l'avait patiemment expliqué Hermione un soir autour d'une tasse de chocolat, tant que les autres étaient en danger à l'extérieur, il ne fallait pas provoquer la folie qui serait indubitablement conséquence de l'annonce de son retour. Si Harry montait au front aujourd'hui, Voldemort et ses troupes seraient sur le qui-vive, coupant court à toutes leurs tentatives de recrutement.
Il avait alors été décidé de commencer doucement.
Aujourd'hui était le premier jour de distribution.
La veille, Esat avait imprimé leur premier papier, usant de différents sortilèges aux accents d'Orients pour agencer et écrire ce qu'il souhaitait sur un parchemin qu'il avait lui-même fait apparaître. L'ancienne Gryffondor, férue de savoirs qu'elle était, l'avait presque supplié de lui apprendre ces sorts afin qu'elle puisse à son tour créer toute sorte de documents. Le journaliste lui avait souri puis promis qu'une fois l'Europe libérée, il aurait tout loisir à lui enseigner. C'était de justesse qu'elle avait retenu sa moue boudeuse. Indigne de Thémis, avait-elle pensé si fortement qu'Harry l'avait presque entendue.
L'Espoir était né. Et toute la nuit, les autres sorciers s'étaient entraînés au sortilège Gemino afin de créer le plus de copies parfaites possible, chaque papier passant l'œil critique d'Esat qui rejetait tout document insuffisamment bien dupliqué. Ç'avait pris quelques tentatives, qui avaient fini au feu, mais ils étaient maintenant rodés.
— Bien, fit Oriane tout en fermant la besace dans laquelle elle avait rangé sa part de pamphlets. Je pense que tout est prêt.
— Est-ce que vous pensez que ça ira ? Que ça attirera l'œil des gens ? Est-ce que parler des dernières incohérences dans les mesures de réquisition des ressources Non-Pures ne sera pas trop… commença Hermione dont la nervosité transparaissait enfin.
— T'inquiète, la coupa Jonas tout en lui posant la main sur l'épaule.
Pendant quelques secondes, elle parut redevenir l'étudiante sans confiance en elle qui était morte en mai dernier. L'infirmier, qui avait été là depuis le début de cette aventure pour elle, la rassura d'un sourire. Il l'avait vue se battre, se débattre, réfléchir, planifier, s'infléchir puis s'élever face aux nouveaux grands de ce monde, mais il n'avait pas oublié cette silhouette frêle dans un lit à Sainte-Mangouste. Cette jeune femme qui avait désespérément besoin d'aide. Et tant qu'elle aurait besoin de son aide, il la lui donnerait.
— Les articles sont parfaits, compléta Esat, absolument certain de lui. Clairs, développés, mais pas assez pour perdre le sorcier moyen. Propices à la lecture rapide et assez critiques du Gouvernement pour ne laisser aucun doute. Le tout sans photo pour ne pas attirer trop l'attention des Mangemorts, mais attractif pour éveiller la curiosité de ceux qui tomberont dessus.
Théo croisa les bras, essayant de puiser dans l'assurance d'Esat pour lui aussi garder la foi malgré la forte fatigue qu'il ressentait.
— On comprend parfaitement que c'est un premier numéro, que d'autres paraîtront bientôt, énonça-t-il à son tour. Et on en a fait assez pour que même si le Ministère et mon père venaient à tomber dessus des exemplaires restent en circulation.
— Exact, l'Ouvre-boite.
— Le… quoi ? demanda Théo en haussant les sourcils en direction de Jonas.
Hermione se contenta de grogner, voyant déjà la chute.
— C'est bien toi qui as ouvert la Conserve, non ? sourit le quadragénaire à pleines dents.
— Esat, tu ne voudrais pas prendre ma place ? demanda Oriane, blasée, à son collègue alors que celui-ci s'esclaffait plus de fatigue que de réel amusement.
— Jonas, dégage avant que je ne t'envoie un Crache-limaces, grinça Hermione.
L'homme se contenta de lui adresser un salut militaire avant de transplaner. La Française soupira puis disparut à son tour. Théo, qui n'avait pas compris la référence, se retourna vers Harry.
— C'était censé être drôle ?
Le brun lui tapota le crâne en guise de consolation.
oOo
5 avril 1999
Belfast
L'explosion souffla tout sur son passage. Les vitres, la brique, le bois et les tuiles, tout comme les voitures stationnées dans la rue. Le feu embrasa l'intérieur du bâtiment, se propagea rapidement à l'étage. L'épaisse fumée noire qui se dégageait de la façade éventrée bouchait toute visibilité dans la rue où, heureusement, aucun passant n'avait été présent quand la bombe s'était déclenchée. Les alarmes des véhicules se mirent à hurler dès qu'ils furent atteints, des cris retentirent plus loin, sans doute des moldus alertés par le bruit résonnant dans tout le quartier.
Puis, une pluie de papiers. Jaunis, noircis par endroits par les textes qui les parcouraient. Ils apparurent soudainement au-dessus du bâtiment, se répandant au gré du vent et des fumées, certains se consumant dans les flammes qui avaient déjà atteint le toit, voraces.
C'était exactement ce qu'ils attendaient.
— Vas-y Charlie !
Le rouquin ne se fit pas prier et sortit de sa cachette pour se précipiter sur les lieux, attrapant un parchemin qui avait réussi à atteindre le sol avant que les premiers sorciers – ou même moldus ? – n'interviennent. Derrière lui, Jin Lei et Blaise se mirent rapidement en branle, se dégageant de la planque qu'ils s'étaient créée dans le mur d'une ruelle voisine dès leur arrivée à Belfast. Baguette en avant, ils coururent dans les allées adjacentes, chacun de son côté, essayant de repérer l'origine du déclenchement magique avant que les Mangemorts ne débarquent sur les lieux. Charlie empoigna deux documents sans prendre le temps de chercher à savoir s'ils étaient semblables ou différents, puis fit rapidement demi-tour alors que les premiers cracs sonores de transplanage retentissaient dans la rue.
Mentalement, il jura sans cesser de courir alors que l'ordre de s'arrêter résonnait dans son dos. C'était à prévoir. Ce qu'ils avaient fait.
Tout comme eux avaient su soupçonner le prochain lieu de l'attentat, évidemment que les Mangemorts en feraient de même et seraient ainsi rapidement sur place. Cependant, le trio de résistants avait eu l'avantage d'être déjà présent en se permettant d'attendre, ce que l'administration ne pouvait faire. Charlie dérapa dans une nouvelle rue, évitant de justesse le faisceau rouge qui alla éclater la brique près de sa tête. Sans hésiter, il transplana vers le point de rencontre dont ils avaient convenu en amont. Il avait les documents. Il avait servi d'appât. Sa part était faite pour l'instant.
Alors que les Mangemorts hurlaient en direction de Charlie, qu'ils avaient pris en chasse, ravis d'enfin voir leur coupable, Jin Lei et Blaise jouaient contre la montre.
Dès leur arrivée en Irlande du Nord, ils s'étaient mis d'accord sur trois choses : l'une des prochaines cibles serait le Bureau de Recensement des Nés-Moldus, pour déclencher une explosion puis distribuer des tracts il fallait être à portée magique, et les fautifs ne resteraient pas longtemps après sur les lieux de leurs méfaits.
Ils s'étaient alors réparti les tâches. Charlie irait ramasser des documents chargés d'empreinte magique au cas où ils rateraient les rebelles et attirerait l'attention des Mangemorts, tandis que Blaise et Jin Lei essaieraient de localiser l'origine de l'enclenchement de la bombe.
Quelques secondes seulement s'étaient écoulées depuis l'apparition du nuage de papier, mais les poumons de Blaise le brûlaient déjà, malgré sa forme physique. Ses yeux scannaient les alentours à la recherche de toute chose suspecte et il lançait à rythme régulier les Homenum Revelio les plus puissants qu'il le pouvait afin de retrouver sa cible. Une ruelle, puis deux. Les maisons de briques se ressemblaient toutes, les poubelles jonchaient le sol et des vapeurs sortaient par les aérations, créant autour de lui une ambiance lugubre, mais il ne se laissa pas décontenancer. S'il n'avait rien trouvé d'ici cinq minutes, il avait pour consigne de transplaner dans la remise qu'ils avaient sécurisée chez un couple de retraités en retrait de la ville. Il faudrait alors recommencer une planque dans un autre endroit tout en sachant pertinemment que les Mangemorts étaient de moins en moins largués sur ces attentats.
Le métis manqua de se déboîter l'épaule en tournant vivement dans une nouvelle venelle et entama sa formule quand sa baguette lui fut arrachée dans un éclat de lumière rouge. Le souffle court, il coupa sa course et s'immobilisa, reprit à peine sa respiration pour crier à la silhouette fine qui se découpait dans la pénombre et qui rattrapait sa baguette dans sa main libre. C'était maintenant ou jamais. Intérieurement, il pria tous les dieux qu'il connaissait pour ne pas se tromper.
— On est du même côté !
L'individu ne bougea pas, mais un mouvement près de lui trahit la présence d'une autre personne. Une seconde passa, puis deux, Blaise sentit la sueur de sa course et de la nervosité coller son pull à son dos. Le temps se suspendit, puis une voix qu'il reconnut soudainement s'éleva :
— Zambini ?!
Blaise manqua de s'étouffer dans sa salive d'outrage alors qu'il se détendait soudainement.
— Zabini ! Pas Zambini bordel ! Et c'est pas non plus Basile et avant que tu continues à me faire chier, je ne suis pas non plus Italien contrairement à ce que t'as cru toute ta vie ! Tu fais chier !
Il pouvait presque voir les dents blanches briller dans la pénombre, encadrées par un large sourire. Seamus Finnigan s'avança légèrement, abaissant la baguette d'un Dennis Crivey nerveux.
— Je t'aime trop pour arrêter, grand con.
oOo
5 avril 1999
Réserve d'Abbey Road
Londres
Quand l'équipe des Roumains était revenue, accompagnée par Seamus et Dennis, ça n'avait pas été loin de l'effusion de pleurs. Foutaises, Harry avait carrément tiré deux trois larmes tout comme Seamus quand ils s'étaient tombés dans les bras l'un et l'autre. Ils avaient vécu dans le même dortoir pendant six ans puis au Square à la place de leur septième année et, s'ils n'avaient jamais été les meilleurs amis du monde, ce genre de promiscuité créait les liens et l'habitude. Ils s'étaient crus morts et voilà qu'ils se retrouvaient, camarades de Gryffondor dans la guerre. Dennis, lui, ne fit pas semblant. Aussitôt arrivé dans la Réserve, à l'abri, il fondit en larmes et fut rapidement pris en charge par Oriane qui sentait le plus jeune d'entre eux épuisé moralement et physiquement.
Harry observa Seamus. Ses cheveux blonds étaient inégalement coupés, signe d'un entretien hasardeux et non professionnel et ses traits étaient tirés. Il semblait plus mince, mais cela ne le choqua pas outre mesure : tous avaient subi le même traitement au cours de l'année passée et il ne devait lui-même son regain de santé qu'à son séjour à l'Hôtel-Merlin sous les bons soins d'Auber. Le visage de son ami lui paraissait plus blême qu'auparavant, faisant ressortir sur ses joues les taches de rousseur qui peinaient pourtant à se remarquer par le manque de soleil. Sa peau visible était parcourue de petites cicatrices fines, témoins de la Bataille à laquelle il avait participé et perdu des êtres chers lui aussi. Pourtant, il semblait avoir grandi, plus décharné, mais plus adulte que la dernière fois où ils s'étaient vus. Intérieurement, Harry supposa qu'ils avaient tous vieilli plus que de raison depuis leur précédente rencontre. Drago lui avait dit qu'il le trouvait plus mature après tout, bien qu'il n'avait pas l'impression d'avoir changé d'un iota en bien.
Quand les deux anciens camarades de chambre se relâchèrent, Hermione se fendit d'un immense sourire à son égard avant de le serrer à son tour dans ses bras.
— J'aurais dû me douter que c'était toi. Des explosions, évidemment.
Seamus eut un rire nerveux en lui tapotant la tête puis la relâcha.
— Oui, on peut dire ça…
Elle l'examina des pieds à la tête tandis que Théo se rapprochait et lui tendait la main, prêt à lui rendre son étincelle. Seamus, curieux, lui serra en pensant à un simple bonjour quand il sentit la magie lui picoter le bras, remontant jusqu'à son noyau. Ses yeux bleus s'écarquillèrent et il dévisagea Théo qui sembla soudainement plus fatigué.
— Qu'est-ce que…
Blaise lui adressa un grand sourire.
— On t'expliquera. Toi d'abord.
Dès que Blaise avait ramené à la remise les deux terroristes, ils avaient attendu que les cinq minutes se soient écoulées. Quand Jin Lei était revenu sain et sauf à la fin du temps imparti, ils avaient immédiatement demandé à Seamus et Dennis de venir avec eux. La négociation avait été plus que courte, ça avait été un oui du plus profond de leur cœur, se sentant enfin moins isolés après des mois d'errance. Un rapide tour à leur repaire pour récupérer des affaires et la bande avait disparu pour Abbey Road.
Seamus fut poussé vers le salon, examinant avec fascination l'endroit. Une fois assis dans l'un des canapés et une tasse de thé dans sa main, il ferma les yeux et exhala profondément. Les autres s'installèrent à leur tour, savourant la réussite de leur mission et le retour d'un des leurs. Le trio de secours était fatigué et se sentait crade et poisseux, mais cela attendrait de savoir l'histoire de Seamus.
— Alors… des bombes artisanales ? commença Harry.
À nouveau, Seamus parut hésitant et il avala une gorgée.
— Jugez pas… dit-il, notamment à Hermione en particulier. Mais c'est un peu grâce à mon père.
L'esprit de la jeune sorcière se mit à fonctionner à toute vitesse, semblant trier toutes les informations dont elle disposait ainsi que recherchant dans son palais mental toutes les sources qui pourraient lui être utiles. Quand elle fit le lien, ses yeux s'écarquillèrent d'effroi.
— Ne me dis pas que…
— Si, soupira Seamus en avalant une nouvelle lampée. Mon grand-père paternel a fait partie de la Brigade de Belfast et mon père a pris la relève dans l'IRA.
— L'IRA ? questionna Jonas en se tournant vers Hermione en quête d'une réponse tandis que tous les sorciers présents, sauf Harry, choqué, semblaient ne pas comprendre.
— Pour faire court, une organisation militaire qui lutte pour l'indépendance de l'Irlande du Nord depuis le début du siècle, expliqua Harry qui se remémorait les quelques cours d'histoire de son enfance à ce sujet. Ils ont pas fait un cessez-le-feu en 96, Mione ?
La Née-Moldu hocha la tête, dévisageant presque Seamus qui se tortillait sur le canapé.
— Mon père a quitté l'organisation en 78 quand un de ses attentats à Belfast a mal tourné… il a déposé les armes et s'est retiré avec ma mère à la campagne, se dépêcha-t-il d'ajouter. Mais j'avais déjà vu des plans traîner dans le garage quand je rangeais, il les cachait vite, mais je savais où ils étaient.
— Donc… dit lentement Blaise en observant son ami. Tu t'es inspiré des actions de ton père pour les tiennes.
— À la guerre comme à la guerre, conclut Seamus en finissant sa tasse.
— Mais on faisait toujours attention à ce qu'il y ait personne dans les rues ! s'empressa d'ajouter Dennis. On a jamais tué de moldu et on s'assurait qu'il n'y ait que des Mangemorts à l'intérieur !
L'adolescent semblait nerveux malgré la potion de calme qu'Oriane lui avait fait ingérer. Ses cheveux ternes étaient emmêlés et son regard était hanté par ce qu'il avait vécu. Blaise se fit la remarque qu'il paraissait loin de celui qui l'avait désarmé dans la ruelle. Seamus regarda son acolyte et lui fit un sourire.
— T'inquiète Dennis.
— Comme l'a dit ton camarade, à la guerre comme à la guerre, affirma Jin Lei en adressant un léger salut au jeune garçon qui sembla se détendre un peu.
Au fil des tasses de thé et du temps qui s'égrenait, Seamus continua son récit. Il leur raconta comment lui aussi avait fui le Ministère quand l'amulette de Drago lui avait fourni le laps de temps nécessaire pour échapper à Rockwood. Comment il avait trouvé Dennis devant le Ministère, lui qui avait bravé l'interdit pour essayer de venir aider alors qu'il était encore mineur et sous la Trace, mais voulait participer à la Bataille, estimant qu'il pouvait avoir un poids plutôt qu'en être un, faire comme son frère dans le bâtiment à cet instant. Comment il l'avait enjoint à transplaner – sa première fois – dans un lieu qu'il pensait en sécurité. Comment, Seamus blessé et épuisé magiquement, n'avait plus utilisé sa baguette, à raison, en comprenant via les journaux la Traque. Comment ils avaient échappé de justesse aux Mangemorts alors qu'ils venaient tuer les parents Moldus de Dennis quand ils avaient identifié Colin parmi les rebelles au Ministère. Comment ils s'étaient cachés en Irlande jusqu'aux dix-sept ans de Dennis. Comment, une fois l'adolescent majeur magiquement, ils avaient élaboré leur revanche contre les Mangemorts. Comment, à leur façon, ils avaient participé à la Résistance jusqu'au moment où ils avaient été retrouvés par les leurs.
La main de Blaise sur son épaule, Seamus se permit à refermer les yeux quelques secondes.
— J'dois vous avouer les gars… Je suis content que vous nous ayez trouvés.
Charlie déposa une couverture sur les épaules de Dennis qui, épuisé physiquement et magiquement, s'était endormi pendant que l'Irlandais narrait leur histoire.
— Vous n'êtes plus seuls, dit-il doucement. On remonte l'Ordre et on va résoudre toute cette merde.
Seamus se permit un sourire, le premier véritable depuis longtemps.
oOo
Le soir même, quand le nouveau numéro de L'Espoir fut édité et dupliqué, chacun vaqua à ses affaires. Les murmures au sein de la Réserve donnaient à l'immense un regain de vie qu'Harry avait commencé à oublier ces derniers jours.
Dans le bureau, Esat terminait de préparer les piles à répartir dans Londres et ses alentours. Jin Lei, inconnu qu'il était au sein du pays, s'était rajouté à l'équipe que formaient Jonas et Oriane, ce qui leur permettrait d'élargir leur rayon de distribution. Les retours étaient encore faibles et réservés, mais, comme l'avait annoncé Jonas au retour du réapprovisionnement, les langues se déliaient discrètement. C'était au détour d'une boutique sur le Chemin de Traverse, en coup de vent en essayant de ne pas se faire remarquer par les pseudo-Aurors qui patrouillaient depuis l'année dernière, mais c'était existant. Il faudrait du temps pour que la sauce prenne, avait dit le Turc, mais c'était en bonne voie.
Oriane et Jonas s'étaient assurés de la santé de l'équipe revenant d'Irlande avant de les laisser se reposer et Harry pouvait entendre d'où il était Blaise et Seamus murmurer, quelque part entre les étagères. Dennis devait déjà dormir, tout comme Théo pour qui chaque retour magique était épuisant, ou Charlie pour qui le stress de la séparation avec sa famille à peine retrouvée était prenant.
Installé face au feu ronflant dans l'âtre, Harry laissa ses pensées divaguer. Les nouvelles étaient bonnes, ils avaient retrouvé de leurs camarades et la propagande se mettait gentiment en place, mais il ne pouvait s'empêcher de songer à tout le chemin qui restait à parcourir. Actuellement, l'Ordre se limitait à seize personnes plus leurs renforts étrangers, contre tous les Mangemorts et Voldemort lui-même. L'année dernière, ils avaient été bien plus contre beaucoup moins. En l'état actuel des choses, il n'arrivait pas à voir le positif dans leur situation. Pendant quelques secondes, il sentit l'étau de la pression se resserrer autour de lui.
Faisant légèrement tourner le jonc qu'il n'avait pas quitté depuis qu'il l'avait reçu, il souhaita un instant être aux côtés de Drago. Dans un temps, il s'imagina sur le terrain, dos à dos avec lui, mettant à terre ceux qui voudraient les abattre, chacun défendant l'autre. Il s'imagina réagir à l'instinct, comme il l'avait souvent fait dans le passé, diminuant les forces de Voldemort. Il s'imagina parcourir des couloirs étroits, fouillant les pièces sur son parcours à la recherche d'informations et de ressources qui pourraient les aider dans leur quête de liberté.
Mais il était coincé ici et sa partie n'avait pas encore commencé. Alors même qu'il la redoutait plus que tout.
Alors, plutôt que de s'imaginer utile, il se rêva aux côtés de son amant. Il traça dans son esprit les contours de son visage, la courbure de ses lèvres et invoqua le gris de ses yeux pour mieux animer le souvenir qui lui venait. Près du feu, il imagina un instant que la chaleur qu'il ressentait était celle de ses mains sur ses épaules, ses cuisses, qui le parcouraient doucement. Harry sentait presque la pression de son corps contre le sien et referma légèrement les bras autour de lui, s'autorisant à penser que c'était lui, à cet instant, qui le serrait dans son étreinte. Drago serait dans ce canapé, à ses côtés, ou Harry à l'extérieur contre lui en recherche de réconfort lors d'une pause pendant leur mission périlleuse.
Il avait fallu du temps aux deux jeunes hommes pour enfin s'avouer, pour oser aller l'un contre l'autre, dépasser les barrières de l'incertitude et de la timidité. Mais maintenant qu'ils l'avaient fait, l'absence devenait presque cruelle. Harry était ici, bien au chaud, tandis que Drago luttait réellement. Il n'était pas à attendre.
Le jeune sorcier se mordit la lèvre, se maudissant de presque jalouser en cet instant son petit-ami. Il le savait parfaitement, cette culpabilité que Drago avait ressentie ces longs mois à ne rien faire, à soutenir l'Ordre de loin, à l'abri derrière ses lettres et ses hiboux. Le blond avait mérité cette action. Même si, à l'instant, Harry aurait tout donné pour être à sa place ou avec lui sur le terrain.
Le mouvement d'un poids qui s'enfonce sur le canapé à ses côtés l'arracha à ses songes et il rouvrit vivement les yeux, se tournant pour découvrir Hermione, échevelée et à moitié enroulée dans une couette qui avait vu des jours meilleurs.
Le brun écarta le bras pour l'accueillir et la sorcière ne se fit pas prier, se laissa aller contre son flanc tandis qu'il posait sa tête contre la sienne.
— T'arrives pas à dormir ?
Elle nia de la tête, regardant longuement le feu face à eux.
— À chaque fois que j'ai des nouvelles d'une personne que je pensais perdue, je ne peux pas m'empêcher de réfléchir à ce qu'elle a vécu.
Harry l'observa et il lui sembla, dans la lumière pourtant chaleureuse et douce de la pièce, qu'elle était une petite fille égarée. Elle continua :
— Quand j'ai eu des nouvelles de Ron, de toi, et là même aujourd'hui, Seamus… je ne peux pas m'empêcher d'être jalouse, avoua-t-elle d'une petite voix.
Le jeune homme à ses côtés fut surpris d'une telle déclaration, mais eu la présence d'esprit d'effacer toute trace de jugement quand il lui répondit. Après tout, ne venait-il pas à l'instant de jalouser quelqu'un qui risquait sa vie ?
— Pourquoi ? demanda-t-il tout en caressant légèrement son épaule sous la couette.
La sorcière écarta les pans de la couette et les en recouvrit tous les deux, s'installant davantage à son aise contre lui. Harry l'aida en ce sens en retenant un sourire tendre, ajusta le duvet sur leurs épaules, ne laissant paraître que leurs têtes sous l'abri de fortune.
— Parce que vous êtes dehors.
La réponse lui serra le cœur et il ne put s'empêcher de se sentir égoïste. Il rêvait d'aventure et d'action, comme les autres. Mais qu'était-ce à côté de mois d'isolement ? De périodes entières sans voir la lumière du jour ? D'une année presque de solitude, où son seul lien avec l'extérieur étaient Jonas et les photographies dans un journal à la solde du Ministère ? Il le savait, Hermione aimait Jonas comme un grand-frère peu sortable, mais ce n'était pas suffisant. L'homme tenait le coup en accédant régulièrement à l'extérieur, en parlant à d'autres, enquêtant et cherchant au profit de Thémis. Mais elle, sa petite Hermione…
Harry se pencha et l'embrassa légèrement dans les cheveux, ravalant toute pensée négative pour ne plus que consacrer son énergie à ce bout d'être qui craquait entre ses bras, sous cette couette qui les protégeait à l'instant du monde extérieur.
— On est là. Je suis là. On sortira bientôt, tu verras.
Hermione se contenta de hocher la tête, refermant les yeux pour rêver à de grands espaces verts et au bleu du ciel, tandis qu'Harry renfermait ses doutes et ses envies au plus profond de son cœur.
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6 avril 1999
Cherry Hinton
Cambridge
À quelques kilomètres de Cambridge, assis au fond de St Phillip Howard Parish Church, Drago se demandait combien de temps il allait rester planté à regarder l'autel consacré à un Dieu auquel il ne croyait absolument pas. L'église était moderne, de briques rouges et l'intérieur plutôt sobre. Peu de fidèles étaient présents ce matin, mais les portes grandes ouvertes lui avaient permis de s'installer pour trouver refuge et pour patienter. Au fond de la salle, le curé vaquait à ses affaires. Il l'avait déjà approché une fois, curieux de voir une nouvelle tête dans sa paroisse, mais Drago s'était contenté de lui adresser un signe poli puis de feindre une prière, comme Madeleine lui avait montré. Un courant d'air fit virevolter quelques mèches brunes devant ses yeux et il les écarta de son front, l'air mécontent.
Sitôt arrivés dans la banlieue, Madeleine avait leur avait lancé, à Mr Weasley comme à lui, un sortilège de son cru afin de les camoufler. Une petite application magique des teintures moldues qu'on trouve au supermarché, avait-elle dit. Le roux et le blond, bien trop distinguables en ces temps dangereux pour eux, étaient devenus cette espèce de… brun… tirant davantage sur l'écorce que sur le chocolat – banal, infâme – et, bien qu'il porte cette couleur depuis presque une semaine, il ne s'y faisait pas. Intérieurement, il espérait que Madeleine ne s'était pas trompée et n'avait pas rendu les choses permanentes.
Le banc sur lequel il était assis bougea légèrement, mais il ne tourna pas la tête, gardant l'air pensif en direction des idoles droit devant.
—Les moldus ne sont pas affectés, lui murmura-t-on. Aucun sorcier ne passe.
Drago se contenta d'acquiescer pour dire à la française qu'il l'avait bien entendue. Depuis leur arrivée dans les environs de Cambridge, ils avaient pris toutes les précautions pour réussir leur mission. La première étape – la plus importante – était d'éviter de se faire repérer par le Ministère, évidemment. Étant donné la situation de la ville, comme en quarantaine et bouclée, il n'était pas étonnant que Lucius ait laissé des hommes dans les environs, œuvrant discrètement pour y rentrer et la rendre à nouveau accessible. La seconde était de ne pas se faire prendre dans le piège qu'elle semblait être sans y être préparés : ils ne pouvaient pas se permettre de disparaître ou de perdre la mémoire, eux aussi, comme les sorciers qui s'y étaient risqués.
Alors, sous l'impulsion de Madeleine et de sa longue expérience de terrain, ils avaient commencé une surveillance. Observé, noté qui entrait, qui sortait. Chaque jour, ils transplanaient d'un autre côté de la ville, établissaient les faits. Nord, ouest, sud puis est, ils avaient contourné prudemment Cambridge à la recherche de barrières magiques, du moindre indice qui leur permettrait de comprendre comment et pourquoi la elle leur semblait… Oui. C'étaient les bons termes, pensa Drago. En état de siège.
L'observation de Mr Weasley et Madeleine avait été courte ce matin et pour cause : elle ne faisait que confirmer ce qu'ils savaient déjà depuis la veille quand ils avaient passé la journée à étudier les mouvements sur Mill Road, principale artère moldue et sorcière de l'est qui rejoignait le centre-ville de Cambridge. Comme pour Castle Street, Sidgwick Avenue et Hills Road, ça avait été sans appel. Les moldus entraient et sortaient à leur guise. Aucun sorcier. Pas un seul. Pourtant Arthur, connaissant bien les lieux pour y avoir régulièrement fait des interventions quand il était au Ministère, en était certain : il y avait toujours des mouvements de population en temps normal. Ce n'était qu'en se dirigeant vers Cambridge, le long des rues, qu'ils l'avaient sentie. La barrière magique. Comme un voile, un bouclier qui coupait les routes. Le trio avait préféré ne pas s'approcher davantage de peur de déclencher quelconque réaction ou de se faire repérer. Ils avaient vérifié à plusieurs endroits, dans des rues parallèles : la barrière était toujours là. Et ils ne savaient rien sur elle, si ce n'est qu'elle semblait entourer Cambridge comme un immense dôme de protection transparent.
Drago se releva, signa vaguement pour garder les apparences puis referma son blouson avant de sortir de l'église. Madeleine ne le suivit pas tout de suite et le jeune sorcier s'éloigna dans la rue pour s'engager dans Hall Park, comme un promeneur innocent. Discrètement, il emprunta un petit chemin qui se perdait entre les arbres puis rejoint l'endroit où ils avaient convenu de se retrouver une fois leur ronde terminée. Plus loin, il repéra Mr Weasley un béret sur la tête, en train de manger ce qui semblait être un bretzel. Quand il le vit arriver, il lui en tendit un, comme un père ferait à son fils qui le rejoignait et il l'accepta volontiers. Les deux hommes gardèrent le silence jusqu'à ce que Madeleine ne revienne de sa prière et la petite famille se mit en marche pour une promenade pendant laquelle ils discuteraient à voix basse. Rien d'étonnant aux yeux des rares passants autour d'eux.
— On fait quoi, maintenant ? demanda Drago entre deux bouchées.
— Nous allons envoyer un premier rapport à la Réserve, lui répondit Madeleine en liant son bras à celui de Mr Weasley, le plus naturellement du monde.
L'homme sortait déjà de sa poche un téléphone portable et tapotait du bout du doigt sur le clavier numérique pour écrire. Ses sourcils se froncèrent alors que son pouce parcourait lentement les chiffres, puis il pesta et tendit l'appareil à Drago. Le Serpentard se tapa les mains pour se débarrasser du sel qui s'y était collé puis le prit, retenant de justesse un sourire narquois. Excité par le nouvel appareil moldu, l'homme essayait depuis des jours déjà de s'y familiariser, mais rien n'y faisait.
Drago se mit à taper le message à l'attention d'Hermione, s'étonnant lui-même, tout au fond de lui, de savoir si bien s'en servir. Pendant une seconde, il se demanda ce qu'en penseraient Père ou Mère, mais il chassa vite cette idée de son esprit.
— Nous devons entrer dans la ville, dit-il distraitement tout en envoyant le message puis rabattant le clapet du téléphone pour le ranger.
La petite sorcière dont les cheveux blonds commençaient à se rayer de blanc se frotta pensivement la joue. Elle semblait réfléchir, ses lèvres légèrement pincées dans une expression contrariée.
— Je n'aime pas ça, mais nous ne pouvons pas nous permettre de faire comme le Ministère…
— C'est-à-dire ? questionna Mr Weasley tout en surveillant discrètement les alentours sous prétexte d'observer la nature environnante.
— Nous allons joyeusement entrer dans l'inconnu mon cher. Nous jeter dans la gueule du loup en nous faisant bien repérer pour annoncer notre présence aux sorciers qui repoussent Malefoy et ses sbires depuis décembre.
Drago grimaça en entendant presque le ton ravi de Madeleine. Dès sa première rencontre avec l'ancienne Auror, il avait vite compris à qui il avait à faire et il avait commencé à dresser une liste à son sujet. Caractérielle. Taquine. Impétueuse. Téméraire. Foutrement je-m'en-foutiste du danger. À chaque fois qu'elle intervenait, elle ne le décevait pas : elle allait droit dans les ennuis et s'en sortait toujours, étrangement. En cela elle lui rappelait Harry dans ses grands jours. C'était peut-être pour ça que, malgré son côté beaucoup plus prudent, il l'aimait bien ?
Mr Weasley sembla déglutir puis inspira profondément.
— Je suppose alors que nous allons passer par la grande porte.
Le sourire carnassier de Madeleine fut sa seule réponse.
oOo
6 avril 1999
Réserve d'Abbey Road
Londres
Quand le crac sonore d'un transplanage de groupe retentit dans la petite pièce adjacente où Harry et les autres étaient arrivés des jours plus tôt, le jeune sorcier ne s'attendait pas à ce que, quelques secondes plus tard, des sanglots lui collent à la jambe, manquant de le faire trébucher.
— Mais qu'est-ce que…
— Harry Potter ! Monsieur ! Harry Potter est vivant !
Le sorcier eut tout juste le temps de cligner des yeux avant de comprendre ce qui venait de se passer. Accroché à sa jambe, emmailloté dans une taille d'oreiller qui avait connu des jours meilleurs et les pieds couverts d'épaisses chaussettes de laine, Dobby sanglotait en gémissant le prénom d'Harry, reniflant et se mouchant presque dans le jean à sa portée.
— Do… Dobby ?
Les gémissements suraigus résonnèrent de plus belle dans la Réserve et Harry tapota maladroitement le crâne de l'elfe de maison, content de le revoir, mais abasourdi de le retrouver ainsi. Déséquilibré, Harry planta plus fermement les pieds dans le plancher et essaya de repousser doucement Dobby pour éviter de tomber.
— Harry…
La voix rauque qui s'éleva à l'entrée de la bibliothèque le détourna immédiatement de Dobby qui le relâchait enfin, ses joues parcourues de grosses larmes. Sur le seuil, derrière Neville qui entrait en se massant la nuque et en s'étirant, se trouvait Remus Lupin. La gorge d'Harry se noua et il lui sembla devenir à l'instant aussi émotif que le petit elfe. Il parcourut rapidement la distance qui le séparait de son ancien professeur et l'enveloppa dans une étreinte tremblante mais puissante.
— Remus… tu es vivant.
— Tout comme toi, lui souffla l'homme en l'écartant pour l'observer, les yeux brillants d'émotion. Comme tu as grandi, tu commences à prendre des traits de ta mère…
Le sourire d'Harry s'élargit et il se permit quelques secondes pour détailler à son tour son vis-à-vis.
— Si cela ne vous dérange pas trop, Potter, nous aimerions aussi rentrer, fit la voix acerbe de Severus Rogue derrière Remus.
Les deux hommes sursautèrent et ils se décalèrent de l'entrée, permettant au professeur de passer tout en retirant sa veste. Luna le suivit et accorda un sourire à Harry avant de filer vers la salle de bains. Remus, la main sur le bras d'Harry, semblait avoir du mal à se remettre des retrouvailles. Dobby, lui, essuyait son visage dans sa taie. Le brun reprit contenance et s'adressa aux deux nouveaux arrivants.
— Venez, on va prévenir les autres et vous allez enfin pouvoir vous reposer un peu.
Les sanglots de Dobby reprirent de plus belle.
— Harry Potter Monsieur est si bon !
oOo
— Rusard?! s'écria Théo en coupant Remus. Argus Rusard ?!
— À vrai dire, je ne vois pas vraiment ce qui est choquant, commenta Hermione en se tapotant les lèvres.
Théo tout comme les autres étudiants de Poudlard se tourna vers elle, interloqué. Rogue lui-même sembla l'observer une seconde, encore peu sûr de croire cette histoire. Remus se contenta de hocher la tête.
— Et pourtant, il était celui qui était en contact avec Dobby pour me servir d'interlocuteur.
— Oh oui ! Monsieur Rusard a bien traité Dobby ! Dobby a eu de la laine ! déclara le petit elfe assis au sol tout en remuant les orteils.
Malgré sa peau basanée, Blaise parut verdir en imaginant Rusard offrir une pelote plutôt qu'un coup de fouet à quelqu'un. Il secoua vivement la tête pour chasser l'image.
— J'aurais cru qu'il se rangerait du côté des Mangemorts, dit-il, ce à quoi les autres connaissant l'individu approuvèrent.
— Argus est fidèle à Poudlard, lâcha l'ancien professeur de Potions tout en croisant les jambes sur sa chaise. Et il a un grand respect pour ses professeurs, quoi qu'il en dise. Si les Mangemorts se le sont mis à dos, il n'est pas étonnant qu'il préfère agir contre eux.
— Il s'est souvenu que Dobby était un elfe libre et qu'il pouvait ainsi servir, ajouta Remus en observant l'elfe de maison. Quand il a entendu… mes hurlements… il a envoyé Dobby vérifier s'il s'agissait bien de moi.
— Mais il aurait pu être en danger ! s'écria Hermione, outragée du risque encouragé par Rusard.
— Oh, n'ayez pas de crainte, Hermione Granger Mademoiselle ! Dobby sait vite s'en aller ! fit-il en arborant son air le plus courageux, ses pommettes rosissant de tant d'empathie.
La jeune sorcière morigéna légèrement, mais laissa continuer le loup-garou.
— Rusard donnait à Dobby des nouvelles de Poudlard et lui chargeait de m'apporter des vivres. C'est aussi lui qui, avec Mrs Pince, s'arrange pour faire sortir les ouvrages de Poudlard.
— Je savais bien qu'il y avait quelque chose entre… commença Harry, yeux écarquillés, avant qu'il ne soit interrompu par le coude pointu d'Hermione en plein dans son estomac.
— Les ouvrages de Poudlard ? intervint Blaise rapidement la fin de la phrase d'Harry – qu'il ne voulait absolument pas entendre.
Hermione se reprit, elle et son coude.
— Comment ça, faire sortir les livres ? demanda-t-elle, plus qu'intéressée.
— Il semblerait, selon les dires de Lupin, que si certains professeurs comme les professeurs Flitwick et Chourave sont encore à leurs classes pour le bien-être des sorciers restant, Irma et Argus aient décidé de soustraire aux Mangemorts d'importants recueils de magie, déclara Rogue qui avait déjà entendu toute l'histoire dans la Forêt Interdite.
— Et où sont ces livres ? demanda Esat, lui aussi fortement intéressé par cette source de savoirs inattendue.
— Dobby le sait, où sont les livres ! intervint le petit être.
La plupart des têtes se retournèrent vers lui et il dut user de toute sa volonté pour ne pas se tortiller sous le poids de leurs regards.
— Dobby aidait aussi à faire partir les livres. Beaucoup de livres, des gros livres, très vieux, très poussiéreux ! Oh oui, Dobby n'avait pas le droit de les nettoyer, mais…
— Dobby, tu t'égares, le coupa gentiment Remus qui avait pris l'habitude de ses divagations au fil du temps.
— Oh, oui ! Dobby est désolé !
Harry le rattrapa de justesse par réflexe avant qu'il n'aille se frapper le crâne contre le manteau de la cheminée, navré qu'il fût de digresser.
— Nous les avons mis en sécurité dans la Forêt Interdite, à défaut d'un autre abri pour l'instant.
— Mais ils risquent d'être abimés par l'humidité et les conditions ! s'alarma Hermione, oubliant un instant son sérieux et sa tenue.
Remus lui sourit gentiment.
— Penses-tu un instant que Mrs Pince laisse ses précieux livres ainsi sans protections, Hermione ?
Elle eut la décence de rougir et de se rasseoir.
— Ce qui signifie que nous allons retourner là-bas pour les retirer, informa Luna qui revenait tout juste d'une longue douche, ses cheveux relevés en chignon.
— Argus et Irma continueront leur travail de sape de Poudlard, conclut Rogue, se massant légèrement la tempe de fatigue, tandis que nous rentrerons en contact discret avec les professeurs restant au château.
Harry hésita, puis posa la question qui le taraudait depuis un moment déjà.
— Est-ce que Hagrid…
Le visage de Remus se ferma et Dobby poussa un nouveau gémissement plaintif. Le cœur d'Harry se serra. Il avait toujours l'espoir que son ami fût vivant, bien que son nom n'ait pas été cité depuis le début de la conversation. Il n'était pas venu au Ministère, le 2 mai dernier, par manque de compétences magiques, mais il avait tant voulu…
— Quelques jours après la Prise du Ministère. Je suis désolé.
Mais il ne l'était pas autant qu'Harry.
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6 avril 1999
Matematical Bridge
Cambridge
Le courant de la Cam était plutôt calme, les environs déserts. Pourtant, devant eux à une dizaine de mètres, l'entrée principale du monde sorcier de Cambridge. La légende moldue racontait que Isaac Newton avait monté ce pont sans utiliser ni vis ni clous afin de le faire tenir. Cependant, ces mêmes moldus contestaient en attestant de la date de construction vingt-deux ans après la mort de l'homme. Pourtant, ils auraient été fort heureux d'apprendre qu'ils avaient raison. La seule donnée qu'il leur manquait était de savoir qu'Isaac Newton avait été sorcier et qu'en effet il avait construit magiquement le pont, quelque temps avant sa mort. Il n'avait cependant été rendu visible aux yeux des moldus que des années plus tard, quand un Né-moldu avait décidé que le passage serait fort pratique pour sa communauté…
Intérieurement, Drago renifla en resongeant à cette anecdote. Le passage aurait pu rester intégralement dédié aux sorciers si seulement cet homme ne s'en était pas mêlé.
— On s'approche, murmura Arthur.
Le Serpentard se reconcentra immédiatement sur la tâche à venir. Ils étaient certains que l'entrée était surveillée par les hommes du Ministère, pourtant ils avaient décidé de tenter le coup, quasiment sûrs qu'une fois à l'intérieur ils seraient repérés. Madeleine avait été brève dans la présentation de son plan.
On avance comme une famille moldue, baladant le long de la berge.
On se précipite sur le pont en prenant de court quiconque observerait.
On passe la barrière magique.
On croise les doigts.
Il avait voulu protester, évidemment, quand elle avait énoncé les quatre étapes de son super-plan. Drago avait même été d'accord avec Arthur selon quoi c'était inconsidéré. Si ça ce n'était pas un argument ! Mais elle n'avait pas eu à débattre longtemps : ils manquaient de temps et c'était le moyen le plus rapide et efficace pour entrer. De toute façon, avait-elle rajouté en haussant presque les épaules – impertinente ! –les gens là-dedans empêchent le Ministère et les Mangemorts de rentrer, donc ils sont forcément de notre côté. L'aristocrate avait serré et grincé des dents, mais ils avaient dû se ranger à son avis.
Plus que quelques mètres.
La main serrée sur sa baguette dans sa poche sans fond, Drago essaya de garder son allure calme et mesurée, traînant légèrement des pieds. La famille irait tout droit le long de la berge en direction de la salle de Conférences de Queens' College aux yeux des observateurs présents. Ils n'avaient pas le choix ou ils risquaient de mourir.
S'ils ne mouraient pas sitôt la barrière franchie.
Il entendit Mr Weasley déglutir à nouveau à ses côtés, Madeleine souriait.
Encore un mètre, puis tourner à gauche en courant. Puis courir, courir, courir encore.
Sans prévenir, d'un commun accord, le trio se mit en branle sitôt le premier poteau du pont passé. Une alarme résonna et des sorts fusèrent dans leurs dos, les manquant de justesse alors qu'ils franchissaient à toute allure les quelques mètres de la rivière. La barrière magique qu'ils traversèrent dès la moitié ne les freina pas et ils continuèrent leur course en passant sous l'arche qui marquait l'entrée de Queens' College ainsi que du monde sorcier. Derrière eux, des hurlements et des ordres pour s'arrêter, mais personne ne les poursuivit. Échaudés par des mois de conséquences sur leurs hommes, les Mangemorts ne se risquèrent pas à passer la barrière.
Sans cesser leur course qui coupait leur souffle, le trio s'enfonça dans le bâtiment le plus loin possible. Drago vit plus qu'il ne le sentit que sa fausse couleur s'était estompée dès la barrière franchie. Une annulation de camouflage, put-il penser avant d'être soudainement arrêté dans sa course par un Incarcerem qui l'atteint en pleine épaule, l'envoyant brutalement frapper contre le mur adjacent. Dans le bruit de sa chute et la violence du choc, il entendit d'autres sorts lancés, un corps s'écraser contre les briques, vit un bouclier magique se dresser entre lui et leurs assaillants. Madeleine.
Reprenant durement son souffle, il essaya de passer outre le sang qu'il cracha pour regarder autour d'eux. Baguettes tendues dans leur direction, une dizaine de sorciers les tenaient en joue. Mr Weasley, au sol tout comme lui, grimaçait de douleur, sa tempe prenant déjà une couleur violacée. La Française, impériale, maintenait leur protection entre eux et leurs assaillants.
À sa liste au sujet de Madeleine, Drago avait tendance à oublier ceci : a souvent raison. Ils avaient annoncé leur entrée et avaient joyeusement été accueillis.
