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Et un nouveau chapitre !
Pour ceux qui ont le souci du détail, l'histoire se déroule en 2012.
Et n'hésitez pas à taper dans Google les noms des lieux que j'utilise dans mes textes, immersion garantie !
Bonne lecture !
Inconnu : Je ne sais pas si tu liras cette réponse, mais je suis bien désolée de constater ton désintérêt. Je n'ai jamais eu l'intention de la consacrer à du SasuHina, j'ai toujours précisé que le couple était mystère et j'aime développer plusieurs facettes dans cette histoire. J'espère que tu sauras trouver chaussure à ton pied !
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26. VIRAGE
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Si elle s'observait dans un miroir, elle était certaine de se voir osciller entre l'émerveillement et la jubilation. Son père se tenait sur le long balcon de vingt mètres carrés, contemplant la rue comme un capitaine admire l'océan. Il pouvait être fier de sa trouvaille, Hinata avait eu du mal à le croire en pénétrant cet appartement.
Parfaitement situé, son appartement se trouvait dans un quartier calme et familial, près d'un temple bouddhiste. La station de métro se trouvait à dix minutes à pied, elle en avait pour moins d'une demi-heure de trajet et elle était passée devant plusieurs crèches déjà. En termes de localisation, il était difficile de faire mieux. Et une fois rentrée dans ce bâtiment d'un seul étage, les bonnes surprises se poursuivaient. Une entrée faisant office de genkan donnait sur un salon spacieux et lumineux : deux baies vitrées permettaient d'accéder au balcon. La décoration avait été choisi avec goût, des beiges, du bois acajou, il ne manquait que quelques plantes vertes pour le rendre plus vivant. Le salon se terminait sur la cuisine ouverte. Elle avait immédiatement été séduite par son équipement, elle ne changerait peut-être que la cuisinière pour une occidentale, elle avait besoin d'un grand four. Mais ce qui était fantastique avec cette large cuisine, c'était à nouveau la lumière. L'appartement occupait toute la moitié du premier étage. Le salon orienté sud et les chambres orientées nord, elle bénéficiait d'un ensoleillement idéal.
Puis venait le point primordial, les chambres. Leurs portes se trouvaient l'une en face de l'autre au fond du couloir qui donnait sur le salon. Hinata n'y avait pas accordé trop d'importance, mais découvrir le style typique des chambres malgré l'absence de tatami venait apporter la note finale pour avoir le coup de cœur. Son père aurait dû être agent immobilier.
C'est ce qu'elle lui dit quand elle le rejoignit sur le balcon. Mais il hocha juste des épaules, continuant l'observation du quartier.
— J'en conclus que je peux appeler le propriétaire et lui dire qu'on le prend ?
— Oui, je vous fais confiance pour le convaincre que je serai la locataire idéale.
— Tu es sûre de ne pas vouloir que j'achète l'appartement ?
Combien de fois devrait-elle dire à son père qu'elle ne voulait pas qu'il lui paye des choses, encore moins un appartement ? Elle bénéficiait déjà de ses talents de négociateur qui lui assurèrent l'emménagement dans une vingtaine de jours, elle n'avait besoin de rien d'autres. Elle comptait toutefois profiter un peu plus de sa bonté aujourd'hui : il allait l'accompagner dans sa tournée de quelques orphelinats.
Hinata avait décider de mener sa propre enquête. Ses amis souffraient actuellement d'un traumatisme dans lequel, elle était certaine, ils étaient liés. S'ils étaient bien frère et sœur, elle les réunirait et se montrerait présente pour les aider à surmonter toute épreuve. Peut-être que sa grossesse accentuait son désir de réunir la potentielle famille, mais elle se savait si préoccupée par cette affaire qu'elle en avait inquiété son père. Elle s'était finalement confiée, lui expliquant la situation en détail et si son père s'était montré contrarié qu'elle s'en mêle et se « mette en danger », il avait décidé de l'aider pour éviter qu'elle ne se retrouve blessée. Il avait conscience de son entêtement et voulait éviter qu'elle ne fonce tête baissée. Mais aider ne signifiait être de bonne humeur. Plus ils approchaient de leur destination, plus son père se faisait acariâtre.
Elle ne pensait pas que son humeur atteindrait l'éther en enchaînant les visites, mais après une sixième rencontre qui ajoutait un autre échec dans sa quête d'information, Hinata proposa à son père d'arrêter avant qu'il n'implose. Elle dut supporter un lourd silence discontinu sur le chemin de retour, interrompu de remarques ironiques. Son père essayait de la décourager mais il n'arrivait qu'à la motiver davantage à poursuivre ses recherches.
Ils attendaient l'ascenseur quand son père cessa enfin son ironie pour lui adresser directement le fond de sa pensée.
— Je ne te comprends pas Hinata. Pourquoi souhaites-tu te fatiguer davantage ? Dois-je te rappeler que tu n'en es qu'à ton quatrième mois ?
— Temari est ma meilleure amie et Gaara un ami proche. Je veux juste les aider.
— Tu pourrais te contenter de les soutenir de loin et arrêter de jouer au détective Conan.
Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent, Hinata entra et appuya rapidement sur son numéro d'étage. Elle aurait aimé que les portes se referment avant que son père n'entre.
— Leur histoire me semble morbide. J'aimerai que tu évites de tremper dans des affaires louches. Et ce Gaara…
Elle fixa son père dans les yeux, croisant les bras au-dessus de son ventre. Qu'est-ce qu'il avait, Gaara ?
— C'est un artiste, un peintre. Ça ne m'étonnerait pas qu'il soit un peu plus dérangé que la moyenne. J'aimerai que tu arrêtes vos sessions mensuelles.
— Mais, père ! Gaara n'a rien d'un esprit « dérangé », vous ne le connaissez même pas. Je continuerai de toute façon de le voir et il continuera de me peindre. Vous ne pourrez pas m'en empêcher.
— Je n'ai pas eu besoin de le voir pour comprendre qu'il n'était pas stable, tes seuls mots m'ont suffi. Et je n'apprécie pas qu'il peigne des nues de ma fille.
— Ce ne sont pas des nues, père.
Hinata se sauva de la boite métallique et entra telle une furie dans son appartement. Elle n'avait pas le luxe de pouvoir claquer sa porte d'entrée, son père la suivait, mais elle pouvait se rattraper sur la porte de sa chambre. Les murs en vibrèrent.
Son sac propulsé devant son armoire, Hinata se laissa tomber sur son matelas et l'occupa entièrement à l'instar d'une étoile. Son père n'était là que depuis deux semaines, et sa vie avait déjà risqué plusieurs fois d'être chamboulée, certes pour du positif parfois, mais cette fois, elle n'en pouvait plus. Elle n'aurait jamais dû se confier à lui, elle aurait dû deviner qu'il porterait un tel jugement sur Gaara.
Le peintre n'était pas très orthodoxe, elle en avait conscience, mais pourquoi son père et même Temari croyait volontiers à sa possible identité de meurtrier ? Gaara supportait déjà suffisamment de soupçons de la part de son propre esprit. Finalement, elle était la seule qui avait confiance en lui. Il était son ami, elle appréciait son regard déroutant du monde, elle trouverait de quoi lui prouver qu'il n'était rien d'autre qu'une victime. Elle n'avait pas encore les preuves, et c'est pour cela qu'elle continuera à mener son enquête. En attendant, elle passerait du temps avec lui dès qu'il s'en sentira capable et retournera poser comme modèle pour leur série de portraits.
Une centaine de minuscules bulles explosèrent dans son abdomen, lui retirant un hoquet de surprise avant qu'elle ne ricane délicatement. Sa petite poire avait envie de bouger apparemment. Elle couvrit son ventre de ses deux mains et le caressa.
— Papi a tort, n'est-ce pas ?
— Hinata, n'apprend pas de bêtises à ma petite-fille.
Son père l'écoutait apparemment derrière la porte. Elle ne pouvait plus être tranquille, même enfermée dans sa chambre. Elle leva les yeux au ciel en imaginant son père l'oreille collée contre sa porte et se redressa. Elle se sentait d'humeur provocatrice.
— Père, la prochaine séance avec Gaara se passera le 18 novembre.
— Tu auras déjà emménagé, constata-t-il alors qu'il ouvrait la porte.
Il n'osa pas entrer dans sa chambre mais ses yeux sévères lui indiquaient clairement qu'il n'approuvait pas. Elle savait qu'il avait prévu de partir peu après son emménagement. Il ne devrait normalement plus être là le jour de sa séance. Mais c'était mal connaître son père.
— Je pense apprécier un peu de peinture avant de rentrer à Wakkanai. Je t'emmènerai chez… ce peintre, tu n'auras pas besoin de prendre les transports.
— Vous savez qu'une séance peut durer huit heures ?
Les Hyūga était une famille au teint clair, on ne pouvait donc que rarement témoigner d'un soudain palissement de leur peau. Si elle avait décrit à son père la tenue qu'elle avait déjà portée, elle aurait réussi à le voir perdre le peu de couleurs qu'il possédait, mais elle n'était pas d'humeur sadique, juste provocatrice. Voir son poing se serrer sur la poignée de sa porte lui suffisait amplement.
— Je n'ai toujours pas lu les 7 Roses de Tokyo d'Inoue, les huit heures ne me suffiront pas à lire ses milles pages.
Son père était un homme prévoyant.
— Vous ne m'en direz rien, je comptais le lire durant mes prochaines vacances.
Il hocha de la tête et allait fermer la porte, mais s'arrêta à mi-chemin.
— Je vais faire un tour à Higashiyama, tu souhaites venir ?
— Merci, mais je vais me reposer un peu.
— Bien, à plus tard.
Il ferma la porte et elle l'entendit se préparer. Son père ne s'excusait jamais directement, il empruntait toujours des chemins tortueux. Une fois qu'on y était habitué, on pouvait apprécier les surprises qu'un tel trajet amenait. Il lui ramènerait peut-être de quoi dîner. Elle allait en tout cas profiter de son absence pour explorer une autre piste sans avoir à inventer un quelconque rendez-vous médical.
Après une attente d'une dizaine de minutes, elle enfila son manteau et ses bottes puis replongea dans l'après-midi devenue pluvieuse. Elle avait bien rendez-vous, mais avec un bibliothécaire. Elle allait pouvoir accéder à toutes les archives des journaux qui dataient de 1985 à 1987, avec une présélection effectuée par les soins du bibliothécaire. Temari pensait avoir entre six et huit ans dans ses souvenirs et Gaara savait en avoir moins de cinq : à cet âge-là, il arrivait aux États-Unis. Elle espérait que les quelques informations qu'elle avait pu fournir au bibliothécaire lui aurait permis de bien réduire la quantité qu'elle devrait éplucher.
Le trajet fut rapide, l'heure de pointe n'avait pas encore sonné. Elle pouvait profiter de la large avenue qui traversait le grand Torii vermillon du sanctuaire Heian-Jingū, l'un des portails rouges traditionnels qui faisaient le charme de Kyoto. Le sanctuaire se trouvait juste derrière l'un de ses parcs préférés. La bibliothèque Kyotofu était à l'angle du parc Okazaki, somptueux en toutes saisons avec ses allées sinueuses, bordées de jardins, de fontaines et du canal. Elle appréciait vraiment le quartier. Mais elle n'avait pas de temps à perdre.
Elle pénétra dans la grande bâtisse blanche qui alliait ancien et moderne. La façade typique de la fin du 19ème siècle précédait un corps entièrement couvert de panneaux en verre. Le grand hall aux teintes beiges et larges escaliers de marbre annonçait une faible fréquentation. Elle alla rejoindre l'accueil sur la droite et fit part de l'objet de sa venue. Rapidement, on lui indiqua la salle dans laquelle se rendre : le bibliothécaire Kusano l'y rejoindrait. Hinata se trouva après une petite traversée entourée de hautes étagères et de tables sur lesquelles quelques étudiants travaillaient. Bientôt, un homme dans la quarantaine, plutôt rond et à la coupe au bol la rejoignit. Il s'agissait de Kusano et après de rapides présentations, il l'emmena à une table dont la seule vision fatigua Hinata. De très hautes piles de journaux la couvraient. Elle ne voulait même pas savoir combien de centaines de journaux il avait recueilli. Il le déclara tout seul, plutôt fier.
— Et voici les quelques trois milliers de quotidiens qui correspondent à votre recherche.
— N'y aurait-il pas moyen de les réduire à une petite centaine ?
Elle espérait qu'il réfléchissait vraiment et ne la faisait pas espérer pour rien.
— Si vous recherchez un fait divers, on peut se contenter de ne conserver que les numéros d'un seul quotidien déjà, le Kyoto Shinbun par exemple. Ensuite, je peux effectuer une recherche pour isoler les numéros qui comporteront des termes précis que vous aurez choisis. Heureusement, il n'y a pas des crimes ou des meurtres tous les jours.
— Faites donc cela avec le Shinbun.
Elle hésita sur un des mots clés, se demandant si elle ne risquait pas de passer à côté d'un article intéressant. Mais elle décida de tenter le coup.
— Quant aux termes, pourriez-vous utiliser « enfant » en plus de crime, meurtre, homicide et victime ?
— Pluriel, singulier ?
— Les deux s'il vous plaît.
— Attendez-moi donc ici, je vous apporte la liste des numéros dès que la machine les sortira.
Il débarrassa ensuite la table de plusieurs piles de journaux dont il chargea son chariot puis disparu dans les allées. Devant elle devait encore se trouver un millier de journaux. Elle s'assit en face des piles restantes et se demanda si elle ne devait pas finalement convaincre son père de l'aider à nouveau. Elle ne tiendra pas plusieurs jours à éplucher tous ses articles. Elle prit le plus proches d'elle, veillant à ne pas faire s'écrouler la pile qu'il dominait. Elle avait oublié à quel point le Shinbun était épais… il se passait tant de choses en une journée à Kyoto. Elle se rappela les journaux de Wakkanai que son père lisait toujours en premier, accompagné de son thé matinal. Il était bien plus fin.
Le bibliothécaire Kusano revint, deux ou trois feuilles A4 à la main imprimées recto-verso. Elle espérait le sixième de ce qu'il lui annonçait.
— En effectuant la recherche avec plusieurs variantes de groupe de vos termes par article, la machine a sorti 275 numéros. Ce n'est pas la centaine que vous espériez, mais c'est déjà une liste réduite.
— Vous me facilitez grandement la tâche, Monsieur Kusano. Merci.
— Et dîtes-vous qu'il y a toujours des ratés dans le tas, je pense qu'il devrait y avoir moins de 200 journaux pertinents.
Elle le verrait bien en les épluchant, mais elle était soulagée de cette sélection et avait remercié plusieurs fois le bibliothécaire. Il la laissa à ses journaux et elle put faire un saut de 27 ans en arrière.
Les trois heures lui permirent d'arriver jusqu'au mois d'avril 1985, mais elle ne trouva aucun article qui pourrait avoir relaté un événement en lien avec les cauchemars de Temari ou Gaara. Elle se releva un peu difficilement, ses lombaires se faisant douloureux en fin de journée à présent, rassembla ses affaires puis alla chercher le bibliothécaire Kusano pour qu'il puisse mettre de côté les piles de journaux qu'elle étudiait. Elle reviendrait ce week-end et passerait deux demi-journées pour poursuivre l'étude. Elle était convaincue qu'elle trouverait quelque chose d'intéressant.
Dans l'immédiat, elle devait se dépêcher de rentrer chez elle, son père ne tarderait pas à arriver. Elle pensait qu'il était allé faire un tour dans une maison de thé, mais il n'y restait jamais une éternité.
Elle put arriver juste à temps pour mettre du riz à cuire qu'elle réserva pour le lendemain : son père était revenu avec un festin. C'était sa façon de s'excuser pour plus tôt.
— Il faudra retourner dans ce restaurant une fois que tu auras accouché. Je n'ai pas pris de poissons ou de fruits de mer.
Mais elle devinait que les plats qu'ils composaient l'avaient fait saliver.
— On y retournera alors. Je suis très heureuse de tout ce que vous avez déjà pris, je crois que je vais me régaler.
L'entrée était une palette de différents légumes, très frais et croustillants. Elle adora les pousses de bambou cuits au feu de bois accompagné d'un miso de canard. Le pot-au-feu du jarret de bœuf wagyu venait conclure ce lourd dîner d'une note parfaite. Elle avait toujours eu un grand appétit, mais elle devait avouer que sa grossesse lui permettait de terminer des menus toujours plus conséquents.
— Hanabi a décidé de suivre un régime pour perdre les dix kilos de sa grossesse.
Elle leva ses yeux vers son père qui essuyait le coin de ses lèvres, l'air de rien. Elle comprenait très bien ce qu'il impliquait mais ne lui ferait pas le plaisir de lui répondre. Si elle devait prendre un peu plus de poids que nécessaire, elle le prendrait, chaque chose en son temps.
— Je l'appellerai pour l'encourager. Ichigo ne vous manque pas ?
Ils discutèrent de leur famille une bonne demi-heure avant de rejoindre chacun leur couche.
Le week-end arriva après un vendredi qui avait annoncé l'apocalypse. Tous les avocats du cabinet Sarutobi avait une charge de travail double, voir triple pour certain. Son travail dépendant du leur plus un coefficient multiplicateur supérieur à un, Hinata se trouvait surchargée. Elle avait quitté les bureaux bien plus tard que prévu parce que son père avait menacé de venir la chercher et à présent, elle s'en voulait de ne pas avoir entendu son réveil.
Elle avait toujours pensé que son père était un de ses hommes qui glorifiait l'effort et la passion du travail. Mais ses commentaires réprobateurs qui l'interrompirent plusieurs fois durant ses séances de travail aujourd'hui faisait naître le doute. Elle était enceinte, pas malade, elle pouvait bien s'avancer pour la semaine infernale qui arrivait. La fin d'année avait apparemment réveillé les contrôles financiers, la clientèle qui avait besoin de défense juridique avait bondi.
Son portable sonna de ses doux carillons. Elle décrocha quand elle vit qu'il s'agissait de Temari.
— Salut ma belle, comment ça va ?
— Bien, je suis juste débordée au cabinet. C'est même la folie j'ai envie de dire.
— Ça ne change pas apparemment, elle entendit son ricanement à travers le combiné.
— Oui… et toi, comment ça va ? Tu arrives à dormir ? Pas trop chargée à Amaterasu ?
— Ne t'inquiète pas, je vais bien et l'équipe légale est suffisamment large pour absorber tout choc ! Je peux dormir, mais c'est pour ça que je t'appelle aussi.
— Qu'est-ce qui se passe ? demanda-t-elle, inquiète, commençant à anticiper différents scénarios peu appréciables.
— Rien de grave. Je t'ai dit de ne pas t'inquiéter, Hina. J'aimerai juste qu'on se voit, pour te tenir un peu courant. C'est possible aujourd'hui ?
— Oui, bien sûr. Je…
Elle regarda son écran d'ordinateur et les multiples fenêtres ouvertes. Elle sauvegarda son fichier et verrouilla l'ordinateur.
— Je suis disponible dès à présent.
— Superbe ! Tu veux qu'on se voie chez moi, chez toi, dans un café ?
— À Kamee Coffee ?
— Ah, t'as des envies de cannelle toi.
Le rendez-vous fixé, Hinata alla changer son large et vieux jogging gris qui tirait des grimaces à son père pour un pull de maille élégant et un jean. Elle communiqua sa destination à son père qui la prévint de ne pas l'attendre ce soir, ce qui l'ébranla un peu.
Elle y pensait encore quand elle franchit les portes du sympathique café. Temari, une mine bien plus lumineuse que la dernière fois qu'elles s'étaient vu, lui faisait des signes de main, déjà installée.
— J'ai déjà passé commande, tu prends bien un bubble tee et tes roulés à la cannelle ?
— Oui, oui…
Voulait-il dire qu'il rentrerait très tard ou qu'il passerait la nuit ailleurs ?
— Hina ? Youhou ?
— Ah ! Oui, désolée, Tema. Je pensais juste à mon père.
— Qu'est-qu'il a encore dit ?
— Rien, enfin, juste de ne pas l'attendre ce soir.
— Oh, si ce n'est que ça. Ça fait bien deux semaines qu'il est à Kyoto. Il a dû rencontrer une femme, c'est normal.
Temari ne se rendait pas compte que c'était loin d'être normal. Jamais son père n'avait vu de femmes depuis le décès de son épouse. C'était idiot et naïf, mais à ses yeux, son père resterait à jamais lié à sa mère.
— Mais non, quand est-ce qu'il l'aurait rencontrée en plus ?
— Pendant ces errances, Hina. Toi tu travailles la semaine, mais je te rappelle que lui n'a rien à faire dans ton 35 mètres carrés.
Elle ne devrait pas avoir cette réaction, mais imaginer son père rencontrer une femme pour des raisons autre que professionnelle la terrifiait.
— On va parler d'autre chose, j'ai pas envie que tu me fasses un malaise. Comment va la petite ?
Ne sachant pas gérer la nouvelle, elle prit la porte de sortie sans hésiter et s'engouffra dans ce sujet tant plaisant. Elle lui fit alors un court bilan de ses petits plaisirs et de ses quelques douleurs mais une fois que leurs mets arrivèrent, elle ne se laissa plus distraire du sujet central et questionna son amie.
— Depuis l'incident de samedi dernier, j'ai revu ma psy et je lui ai tout raconté, y compris mes doutes quant à Gaara.
Lui avait-elle présenté ses doutes en l'incriminant ou sous une autre facette ? Elle ne pouvait pas le lui demander sans risquer de se froisser à nouveau. Mais ce qui l'inquiétait, c'était les soupçons que Temari dirigeait à présent vers elle.
— Elle m'a dit que ça commençait à devenir préoccupant, mais elle m'a aussi dit que Gaara était certainement l'élément déclencheur, que mon cerveau faisait un lien entre lui et le petit garçon ensanglanté de mes cauchemars, ou plutôt de mes souvenirs.
— Ah oui ? Vraiment ?
— Hinata, quand je te dis que Gaara n'est pas un simple peintre.
— Ce n'est pas un meurtrier, Temari, affirma-t-elle plus sèchement qu'elle ne l'aurait voulu. J'aimerai que tu arrêtes de l'accuser, il souffre déjà assez.
Temari sembla se contenir de rétorquer. Elle inspira profondément avant de reprendre, sur un ton parfaitement calme et maîtrisé.
— Ok, disons que ce n'est pas un meurtrier. Je veux juste que tu comprennes qu'il est au moins relié à un crime, très sanglant. Je suis certaine qu'il lié à un meurtre. Tu ne pourras pas me faire douter de cela. Je veux bien comprendre que tu défendes quelqu'un que tu considères comme un ami, mais j'aimerai vraiment que tu t'éloignes un peu, au moins le temps que l'affaire soit tirée au clair.
Elle n'avait de toute façon pas besoin de s'éloigner, Gaara avait déjà mis de la distance entre eux. Il n'avait toujours pas repris contact avec elle. Si Temari avait depuis le début été surprise de la vitesse à laquelle ils avaient lié une amitié, Hinata n'en avait été que réjouie, et le voir s'éloigner d'elle la blessait davantage chaque jour.
Elle aimerait alors dire à Temari qu'il était la clé, comme elle était la sienne, et lui prouver que tout comme elle, il était victime d'un évènement traumatisant. Elle aimerait aider Temari dans sa démarche, comme Temari puisse l'aider dans celle de prouver l'innocence du petit garçon à Gaara.
— Je ne le vois pas en ce moment, si tu veux absolument être rassurée.
Temari soupira.
— Je suis désolée, Hina. Je suis juste inquiète, surtout depuis… bah ce matin en fait.
Hinata qui fixait les boules de tapioca de son verre depuis un moment releva la tête quand elle entendit la voix de son amie craqueler. Temari arborait un sourire rempli de malaise, de peurs et son teint avait perdu de son éclat.
— Tema ?
— J'ai fini par appeler mes parents en mettant ma fierté de côté et je leur ai posé des questions sur ma petite enfance, espérant qu'ils puissent me parler de… je ne sais pas, un accident auquel j'avais assisté, une scène à la télé qui m'avait effrayée.
Elle savait ce qu'elle avait appris. Les doutes qu'Hinata avait eu la semaine dernière allait disparaître, au dépend du bien-être de Temari. Elle encercla ses mains et les serra entre ses doigts. Elle était là pour elle, toujours. Temari avait baissé la tête et sa voix faiblit encore quand elle continua.
— Ils m'ont demandé pourquoi, et quand je leur ai parlé de mes cauchemars, de la psy, ils ont paniqué et ma mère a lâché qu'ils m'avaient adoptée.
— Oh Tema…
— C'est con, mais ça m'a jamais traversé l'esprit. Mon père, ma mère, j'ai jamais douté d'eux. Est-ce que c'est ma faute après tout ? Ma mère est étrangère, alors mes cheveux blonds et mes yeux verts, c'était normal.
Elle commençait à avoir les yeux qui perlaient.
— C'est toujours mes parents, et ils le resteront mais… putain, ça fait mal ! Pourquoi ils ne m'ont rien dit ? J'allais pas…
Hinata se leva aussi vite qu'elle pouvait et en évitant de cogner son ventre, elle vint prendre Temari dans ses bras. Son amie était écroulée, elle ne pouvait plus dire un mot. Murmurant des mots de réconforts, Hinata laissa quelques billets sur leur table puis sortit avec Temari. Elle l'empêcha de s'excuser et dut se reprendre plusieurs fois pour la convaincre de rentrer en taxi chez elle.
Elle réussit finalement à l'accompagner dans son appartement et une fois qu'elle fut installée dans son canapé, talons échangés pour de doux chaussons, Hinata fit de son mieux pour la dorloter. Elle lui amena un chocolat chaud avec quelques cristaux de sel, comme elle aimait, et la prit dans ses bras à nouveau, assise à côté d'elle.
— Je leur ai raccroché au nez. Apprendre à plus de trente balais qu'on est adopté, c'est horrible… Mais en même temps, je les comprends, je me sens coupable, et je leur en veux.
Hinata se demandait comment Temari avait pu faire pour conserver sa gaieté naturelle au téléphone, comment elle avait pu blaguer jusqu'à cette dernière demi-heure.
— Tu es chamboulée, Tema. Tu dois être perdue, tu viens à peine de l'apprendre, attend un peu.
— Oui, je sais. J'ai pensé à rappeler mes parents juste après, puis je me suis dit qu'ils allaient certainement débarquer dans la soirée. Mais…
— T'avais besoin d'en parler un peu avant, c'est ça ?
— Oui. Hina, pourquoi ? gémissait-elle.
Tant de questions devaient se trouver derrière ce petit mot, et elle n'avait aucune réponse. Elle pouvait juste la serrer plus fort dans ses bras et la cajoler autant qu'elle en avait besoin.
Temari apposa son oreille sur son ventre après un certain temps de silence.
— Cette année est pleine de surprise. Mais toi au moins, tu sauras dès le départ que ton père biologique n'est pas forcément ton papa.
Hinata ne pouvait rien dire de plus vrai, même si elle ne savait pas comment s'organiserait la présence de Sasuke dans la vie de sa fille.
— Ça va comment de ce côté, d'ailleurs ?
— De Sasuke ? demanda Hinata, interloquée.
— On est passé au prénom maintenant ?
Temari releva la tête pile au parfait moment, Hinata rougissait tout en agitant des mains. Elle contemplait son œuvre.
— Je te taquine.
— En fait, on s'est vu lundi dernier.
Temari ne disait rien, mais elle en attendait bien plus.
— Tu sais pour les photos de mon échographie.
— Ah oui, la voix grave de Temari indiquait à nouveau son désaccord passé. Comment ça s'est passé ?
— Il m'a dit qu'il ne voulait pas être juste un géniteur inconnu, qu'il voulait s'impliquer dans la vie de ma fille. Que c'était aussi la sienne.
— Aïe… c'est pour ça que je ne voulais pas que tu lui montres ces échographies. Je suis sûre que le seul mot qu'il a vu dans ton message a transformé l'idée du bébé en vrai bébé.
— Peut-être… mais du coup, c'est devenu très compliqué.
— C'est sûr qu'avec deux papas.
Hinata n'était pas certaine de comprendre.
— Uchiwa, à présent Sasuke, veut être un père pour ta fille qui devient votre fille. Et votre fille aura très prochainement un autre père.
Hinata n'aimait la complexité de sa phrase et encore moins le sens qu'elle portait.
— Tema, tu sais que je suis célibataire ?
— C'est provisoire, dès que je suis remise d'aplomb, attend toi à un défilé de prétendants.
Retrouvant sa Temari épicée, Hinata se permit de lui tapoter l'épaule en signe de protestation. Elle avait beau rigolé, elle ressentait davantage de pression. Elle ne le ferait pas tout de suite car Temari était elle-même vulnérable, mais elle aurait aimé lui parler de ses craintes. Elle avait beau se répéter qu'elle ferait une mère célibataire formidable, comme ces exercices de confiance en soi, elle craignait de défaillir sous peu. Sasuke venait s'ajouter à l'équation, amenant avec lui sa fortune et sa femme splendide et pleine de réussites. Comment pourrait-elle tenir la comparaison alors qu'elle se réjouissait d'un petit appartement de Nishinokyo ? Il devait certainement habité dans un des quartiers huppés de la ville, comme autour de la station Kitayama. Elle comptait sur sa fille pour être comme elle et privilégier l'amour à l'argent, car elle était sûre de sortir victorieuse de cette compétition.
— Ça te dit de regarder un film ?
Ses « petits » soucis mis de côté, elle allait consacrer le reste de son après-midi à Temari, son amie qui ne pleurait que trois minutes pour taquiner, rire et lui éviter des erreurs le reste du temps.
À peine une heure après, deux coups frappèrent à sa porte d'entrée. Il s'agissait des parents de Temari. Se tenant la main, le couple était terriblement embarrassé, mais l'inquiétude l'emportait. Le petit homme qui répondait au physique stéréotypé du japonais et la grande femme blonde, si ravissante dans son tailleur qu'on la prendrait pour un modèle, essayèrent tous deux de sourire, mais ils ne purent que grimacer. Hinata n'était plus à sa place, elle devait laisser la fille avec ses parents, biologiques ou non.
Après des présentations particulièrement gênantes, Temari avait marqué une pause lourde de sens avant de dire qu'ils étaient ses parents, Hinata s'éclipsa.
Elle ne pouvait s'empêcher d'imaginer comment leur conversation allait tourner durant tout le trajet. Quand elle arriva chez elle, elle fut surprise par l'absolu silence.
Son père lui manqua. Elle aurait aimé le trouver assis, à prendre un thé, à l'agacer en lui demandant ce qu'elle ferait à manger ce soir, à l'amuser en l'entendant lui prodiguer des conseils sur sa grossesse, en recevant des mixtures qu'il avait confectionnées pour soulager ses nausées, ses douleurs, ses rougeurs.
Elle alla dans sa salle de bain en chercher une pour ses lombaires. La pommade de couleur verdâtre ne donnait pas de mine, mais elle lui permettait d'apaiser ses douleurs et trouver le sommeil. N'ayant aucune compagnie ce soir, elle ne tarda pas à dîner, à l'appliquer après une douche et à aller se coucher. Elle passa un peu de temps à envoyer des messages à sa petite sœur qui lui envoya des photos de son neveu Ichigo, il venait tout juste d'avoir deux mois. Elle eut envie de confier sa grossesse à Hanabi, mais elle se retint. Elle ne savait pas encore comment elle gérerait si l'entière famille venait à apprendre que le père était Sasuke Uchiwa. Elle avait encore besoin de temps et souhaita donc une bonne nuit à sa petite famille.
Elle ne verrouilla pas immédiatement son écran. Elle avait fait défiler les différentes conversations jusqu'à atteindre celle de Gaara. Elle cliqua dessus.
lun. 21 oct., à 17:12
« Je ne suis pas sur le lit de la mort, Hinata. J'ai juste besoin de retrouver du contrôle sur mes pensées. Je l'ai déjà fait avant, et je le refais aujourd'hui. Tout va bien alors ne t'inquiète pas pour moi et prend soin de toi. »
« J'essaierai. Prend soin de toi, toi aussi. »
Bientôt une semaine qu'elle n'avait pas de nouvelles. Elle se retenait d'envoyer un autre message jour après jour, elle devait encore tenir, au moins jusqu'à ce qu'elle trouve de quoi le rassurer. Elle aimerait qu'il se repose davantage sur elle, elle n'en avait pas l'air, mais elle avait une grande résistance émotionnelle. Seule son embarras était difficile à maîtriser, ce qui ne constituait pas une faiblesse fatale. Elle était sinon capable d'encaisser bien plus que la majorité des personnes.
Elle saurait être une mère formidable, elle aurait bientôt un superbe appartement, elle trouverait l'arrangement idéal avec les Uchiwa, elle empêcherait son père d'assassiner Kiba, Shino, ou Sasuke, elle serait là pour Temari, pour Gaara…
Elle aurait juste aimé que son traversin soit capable de lui rendre son étreinte et lui répète qu'elle en était capable.
Une véritable cacophonie la réveilla en sursaut le lendemain et le portable qui était resté dans sa main voltigea plus loin. Estimant que le soleil n'était pas suffisamment haut, elle comptait se rendormir, mais le son si délicat des marteaux-piqueurs agressait tant ses oreilles qu'elle décida de se lever. Elle allait traîner des pieds pour manifester silencieusement contre le travail le dimanche mais se trouva vite à traverser son appartement en courant : une nausée se manifestait après des jours sans.
Depuis le salon, elle entendit la voix sereine de son père :
— Ça va, Hinata ?
Ses sons de gorge peu ragoutants devaient lui suffire comme réponse. Mais quelle matinée.
Après une douche rapide, elle s'était emmitouflée dans une douillette robe de chambre rose bonbon. Elle rejoignit son père qui lisait le journal à table devant un thé. Sur la table se trouvait un parfait petit-déjeuner. Elle avait oublié que son père cuisinait toujours pour le dimanche matin. Elle ne l'aurait jamais fait auparavant, mais sa soirée stressante, son réveil brutal et les hormones aidant, elle étreignit fortement son père et ne le lâcha pas avant qu'il lui ait tapoté le dos une bonne dizaine de secondes.
Sans un mot, elle retourna à sa place, il se remit à lire et elle put déguster son riz parfait les yeux fermés. Elle les sentait s'humidifier.
Derrière son journal, Hiashi souriait tendrement, il avait jeté quelques coups d'œil.
Plus tard, ils passèrent un appel vidéo à Wakkanai. Hanabi rayonnait alors qu'elle portait Ichigo qui ne lâchait pas l'index de Kiba. Shino était avec eux, ils avaient prévu de déjeuner tous ensemble et juste avant qu'ils ne quittent l'appel, la tête sérieuse de Neji s'était glissée à l'écran. Il avait tout de suite fait une remarque trop pertinente, trouvant qu'elle avait gonflé du visage, pour ne pas dire grossir. Comment faisait-il pour remarquer de telle chose quand toutes ses connaissances, collègues, amies et famille n'avait rien vu ? On ne pouvait être plus observateur que son cousin, elle veilla à bien diriger l'objectif de la caméra sur son visage.
Son père lui avait demandé quand elle comptait informer la famille, mais elle repoussa cette conversation en lui demandant ce qu'il avait fait la veille.
Inébranlable, son père l'informa qu'il avait rejoint de vieux amis de la fac, qu'ils avaient dîner et passer une bonne partie de la nuit à Gion. Voilà qui ressemblait à son père : retrouver des amis et boire avec eux. Elle pourrait prouver à Temari à quel point elle avait eu tort de l'inquiéter.
À un dimanche qui se termina en toute tranquillité succéda un lundi explosif.
Asuma et Kurenaï avaient enchaîné les entretiens d'embauche avec l'espoir de trouver un avocat qui leur corresponde, leur équipe d'avocat déjà réduite de trois avait perdu un autre membre une semaine auparavant : Saï était parti à Tokyo. Ajoutez à ces départs la charge de travail qui augmentait toujours à cette période et vous trouviez des collègues dépassés.
Durant la pause midi, les quatre survivants, Hinata, Suigetsu, Karin et Tayuya, avaient chacun leur tour fait leurs doléances.
— À partir de combien de mois tu peux partir en congés, Hinata ? lui avait demandé Tayuya, lorgnant sur son ventre comme s'il était un met succulent.
— Euh, j'ai le droit à 14 semaines de congés maternités, donc je pourrais en toute logique partir entre mon cinquième et sixième mois.
— Ce sera quand ça ?
— En décembre.
— T'as pas intérêt à quitter le navire pendant la clôture, avait exigé Suigetsu plus sérieux que jamais. On ne tiendra pas sinon.
— Je serai partie, perso, avait déclaré Tayuya alors que Suigetsu se montrait outré.
— Tiens, ce serait pas l'une des candidates de ce matin ? avait demandé Karin en montrant une jeune femme qui sortait des bancs de l'université.
— Mais si ! Elle n'est pas passé il y a déjà deux heures ? avait continué Suigetsu, toujours choqué.
— Elle a dû passer des entretiens dans les autres cabinets de l'immeuble, avait simplement expliqué Tayuya. Bon, je vous laisse, j'aurai besoin d'une toute autre compagnie que la vôtre ce soir.
Et après un clin d'œil malicieux, elle avait quitté leur table, laissant un Suigetsu un peu ronchon. Hinata n'avait pas suivi toute l'histoire malgré l'espionnage de Karin. Elle savait juste qu'il s'était passé quelque chose entre lui et Tayuya et que deux semaines après, elle s'était pointée au bureau une bague au doigt.
— Je pense que ça lui ferait du bien de boire un coup avec ces deux meilleures collègues, ce soir, avait chuchoté Karin à son oreille.
— Je ne pourrais pas ce soir, peut-être demain ?
— Bon, je m'occuperai de ramasser les morceaux toute seule alors.
Hinata comptait donc sur Karin pour remettre sur pied Suigetsu, ils auraient besoin d'être efficace, ils recevaient un gros client le lendemain. De son côté, elle avait quitté les bureaux et faisait des exercices de respiration dans le bus et se préparait mentalement à affronter le couple Uchiwa. Sasuke ne lui faisait pas peur, mais elle était terrifiée par sa nouvelle rencontre avec Sakura. Elle avait constamment l'impression d'être la méchante maîtresse d'une série romantique face à l'ex-ballerine.
D'ici deux arrêts, elle allait devoir faire une fabuleuse prestation et la convaincre qu'elle n'était pas la méchante de l'histoire. Sous son long manteau, son pantalon de tailleur n'était pas taché aux pieds, ses talons étaient bien cirés, le col de sa veste ne comportait pas de faux-pli et elle avait choisi le bon haut, une longue chemise fluide blanche qui comporter une petite ceinture en-dessous de sa poitrine. Elle pouvait boutonner sa chemise jusqu'au col et enfermer ainsi sa poitrine.
La vérification vestimentaire effectuée, elle répétait une dernière fois son introduction. Elle souffla fortement quand une mèche s'échappa du chignon qu'elle pensait parfait. Elle la coinça rapidement derrière son oreille et se mit en route dès que le bus s'arrêta.
Sa dernière retouche n'avait servi à rien, une violente bourrasque la frappa de plein fouet et d'innombrables mèches de ses longs cheveux s'étalèrent sur son visage. Encore un soupir. Elle en avait assez et n'avait plus le temps. D'un geste vif, elle retira la baguette qui maintenait ses cheveux et ils se déroulèrent sur ses épaules.
Il était temps d'avancer.
Le restaurant qu'ils avaient choisi était différent du dernier. Hinata le trouvait plus sophistiqué, plus élégant, plus froid. La note serait plus salée. Elle s'annonça auprès de l'hôte et fut emmenée à la table où elle avait l'impression que son destin se jouerait.
Elle pensait être arrivée suffisamment tôt pour s'installer la première, mais elle découvrit vite qu'elle s'était trompée. Sasuke et Sakura était assis autour de leur table, siégeant comme un couple royale.
Elle se répéta encore et toujours qu'elle serait une mère formidable. Sakura la remarqua la première, elle se vit montrer et ses jambes s'alourdirent. Ils se levèrent, le serveur s'en alla et tous trois, ils s'inclinèrent avant de s'asseoir.
— Sachez que je vous remercie à nouveau pour votre considération. J'espère que nous pourrons nous entendre et… trouver le meilleur accord.
Ce n'est pas ce qu'elle avait prévu de dire, elle ressemblait trop à ces femmes d'affaires qui négociaient des contrats. Elle put relativiser en voyant que le couple approuva de la tête.
— Que dîtes-vous de commander avant toute chose ? demanda Sakura, l'éblouissant de son sourire. Je pense qu'on discutera mieux les ventres pleins, et je suis sûre que votre fille ne serait pas contre.
Hinata acquiesça, admirant le porté de tête de Sakura. Elle restait élégante en toute circonstance. Elle semblait aussi jeune qu'à ses débuts.
— Je vous recommande de prendre leur deuxième kaiseki, conseilla Sasuke.
— C'est le meilleur en termes de qualité-prix, compléta son épouse.
— Et bien, je prendrai celui-ci.
Jusqu'à l'arrivée du serveur, le silence occupait leur table. Hinata avait commencé à triturer ses doigts sous la table pour calmer sa nervosité et se préparer à lancer le sujet. Dès que le serveur quitta leur table, elle redressa la tête et fit alterner son regard sur les Uchiwa.
— Je m'excuse si je suis un peu brutale, mais nous devons avancer. Si j'ai bien compris vos intentions la dernière fois, Monsieur Uchiwa, vous comptez vous impliquer dans l'existence de ma fille.
— C'est cela, je veux participer à l'éducation de notre fille.
Elle entendit clairement la correction qu'il avait apporté et semblait l'embêter autant que Sakura.
— Peut-être que nous devrions tous recommencer, et se présenter ? demanda finalement la danseuse.
Hinata trouvait que c'était une très bonne idée et affirma de la tête vivement. Sakura Uchiwa, connue sous le nom d'Haruno était une personnalité qui gagnait en popularité, mais on ne pouvait se fier aux journaux people pour connaître une personne. C'est elle qui commença de façon classique.
Elle avait 30 ans, était originaire de Kyoto et en était partie à New-York pour sa carrière de danseuse qu'elle venait tout juste d'arrêter.
— Aujourd'hui je me prépare à ouvrir une école de danse tout en donnant quelques cours dans un petit orphelinat. Et n'oublions pas le plus important, j'ai appris il y a peu que mon mari allait devenir père suite à la plus improbable des mésaventures.
Sasuke prit la relève immédiatement, se présentant comme à un entretien d'embauche. Uchiwa, 30 ans, originaire de Kyoto, issu d'une carrière progressive pour être aujourd'hui PDG d'Amaterasu, le groupe de produits cosmétiques. C'était à elle. Elle n'était même pas certaine que Sasuke connaisse son métier.
— Je viens de Wakkanai, une ville tout au nord d'Hokkaido. J'ai fait mes études à l'université à Sapporo et je vis depuis bientôt sept ans à Kyoto. Je suis la secrétaire du cabinet d'avocat Sarutobi.
— Oh, je croyais que vous étiez avocate.
Elle n'avait pas à avoir honte de son métier, et pourtant, c'est ce que la remarque de Sakura déclencha.
— Une des avocates de mon équipe me parle souvent d'une secrétaire qui lui manque pour son efficacité. J'imagine qu'elle parlait de vous, elle vient de ce même cabinet, intervint Sasuke, un peu soudainement.
— Euh, j'imagine oui.
Sa honte s'était dissipée et elle était capable de reprendre les rênes de la conversation. Elle attendit juste que leurs plats soient servis. Mais Sasuke pris les devants.
— J'aimerais savoir quelque chose, Hinata. Votre père est bien Hyūga Hiashi ?
— Oui, elle savait où il voulait en venir. Et non, il ne sait pas que vous êtes le père, pour l'instant.
Elle pourrait parier que ses épaules se détendaient à présent.
— J'aimerais pouvoir me préparer avant que vous ne l'annonciez et savoir ce que vous lui direz exactement.
— La vérité, j'imagine, proposa Sakura.
Hinata aurait aimé en voiler une partie, notamment celle qui concernait l'implication de son beau-frère et de son ami, mais il fallait aussi prendre en compte l'avis de Sakura qui, pour sa propre estime, avait intérêt à ce que l'entière vérité soit dite. Kiba et Shino ne pourront définitivement pas échapper à la colère de son père, ni à celle de Neji.
— Nous devrions aussi prévoir ce qui sera dit à la presse.
Hinata devint livide et fit tout de suite connaître son avis.
— Je veux que ma fille reste anonyme. Je veux qu'elle soit tenue au plus loin possible de la presse. Ce n'est pas négociable.
Son ton avait apparemment surpris le couple, Sakura fronçant les sourcils avant de sourire de complaisance.
— C'est ce que nous comptions faire. Mais il faudra rentrer un peu plus dans les détails pour y parvenir, ajouta Sasuke.
— Oui… et justement, à quel point souhaitez-vous vous impliquer dans la vie de ma fille ?
Sakura et Sasuke se regardèrent tous deux. En avaient-ils vraiment parlé auparavant ? Sakura, tournant sa tête avec la grâce d'un cygne vers elle, lui répondit.
— Et bien, mon mari et moi souhaitons que… votre fille puisse bénéficier du meilleur et autant que possible, d'un cadre stable dans lequel elle puisse grandir.
Malgré son apparente dureté, Sakura ne cherchait pas à être blessante, non certainement pas. Elle n'insinuerait pas qu'elle était incapable d'offrir cette stabilité. Hinata voulait y croire.
— C'est… très flatteur, mais avez-vous déjà réfléchi à ce que ça impliquerait, concrètement ?
— Votre fille pourrait… venir chez nous certain week-end déjà.
Sakura avait apparemment la main sur ce sujet.
— Où vivez-vous ? l'interrompit Hinata.
— Non loin du zoo, dans le quartier de Nanzenji Shimokawaracho, répondit Sasuke.
Elle savait où se trouvait le zoo mais n'avait aucune idée de la place du quartier au si long nom. Toutefois, elle voyait déjà les larges maisons traditionnelles situées à l'écart des grands axes.
— Et vous, vous…
— Je vais bientôt déménager à Nishinokyo, le quartier de l'université Hanazono.
Elle ne leur laisserait pas croire qu'elle aurait des besoins en termes de logement et enchaîna.
— Vous pensiez donc à des week-ends ?
— Euh, oui, ce n'était qu'un exemple, reprit Sasuke. Nous pensions aussi à sa scolarité. Nous pourrons lui permettre d'intégrer les meilleures écoles de Kyoto.
— Vous n'auriez pas à vous inquiéter pour les frais, ils seront à notre charge. Nous avons aussi pensé à une maternité…
Hinata ne les écoutait plus vraiment, elle savait juste qu'ils parlaient de différentes installations toutes plus couteuses les unes que les autres, qu'ils comptaient payer, toujours plus. Non, elle n'était pas venue pour cela.
— Mademoiselle ?
— Euh, oui ?
Sakura l'avait appelée.
— Qu'en pensez-vous ?
Elle n'était pas venue pour parler de frais, c'est ce qu'elle en pensait.
— Je pensais déjà pré-établir les droits de visite et les droits de garde. Je compte vous autorisez des droits de visites mensuels, peut-être hebdomadaires durant les deux premières années de… notre fille. Puis ensuite, j'envisagerai des droits de garde, un week-end sur deux, la moitié des vacances.
Ils ne s'attendaient pas à autant de précision. Mais quand Sasuke se pencha sur le côté pour en sortir un iPad et la lui tendit, une page vierge ouverte, elle se dit qu'elle ne l'avait pas surpris.
— Pourriez-vous noter chacune de vos exigences en terme juridique ? Je pourrai en discuter avec mon épouse et mon avocat pour enfin vous fournir une réponse précise.
Bafouillant un merci, elle reçut l'appareil et y tapa le résultat de ses réflexions. Elle ne savait pas trop pourquoi, mais elle se sentit rassurée en le faisant. Passer ses journées à parler de droits avait certainement une influence. Elle la lui rendit, le remerciant à nouveau, tout sourire cette fois.
— Je ne sais pas si j'ai mon mot à dire, mais je verrai avec mon agent ce que nous pourrons mettre en place pour préserver l'anonymat de votre fille.
— Je vous remercie, Madame.
Sakura apparaissait toujours aussi solaire, mais Hinata sentait qu'un nuage orageux assombrissait son humeur. Le silence qui suivit lui sembla chargé d'électricité et chaque bruit de baguettes sonnait comme des éclats de tonnerre. Avait-elle fait un mauvais pas pour froisser l'ex-ballerine ?
— Comment connaissez-vous le docteur Katô Shizune ?
— C'est une connaissance de mon père.
— Je vois. Et connaitriez-vous une certaine Senju…
— Sakura.
Un long regard fut échangé entre les deux époux tandis qu'Hinata essayait de se demander ce que cherchait à savoir Sakura. Savait-elle que son père siégeait au conseil d'administration du groupe Senju ? Imaginait-elle qu'elle pouvait tirer un quelconque intérêt de cette situation ?
— Bien. Je ne dirais rien, Sasuke. Mais me permettriez-vous de vous poser une question personnelle, Mademoiselle Hyūga ? Rien qui ne dérangera mon époux, rassurez-vous.
Elle s'adressait plus à ce dernier qu'à elle-même. Sentant que la mayonnaise ne prenait pas, elle acquiesça timidement, ne souhaitant pas ajouter d'huile sur le feu.
— Avez-vous un conjoint ?
Cette question l'embarrassait trop. Elle n'aimait pas toutes les insinuations qui pouvaient se trouver derrière mais elle essaya de répondre avec le plus de dignité possible, sous leur regard intimidant. Elle avait même l'impression que les billes noires de Sasuke lui suggéraient d'approuver, peu importait la vérité.
— Non.
Mais la vérité si simple sortit en premier.
— Je vois.
— Qu'est-ce que tu vois, Sakura ? demanda Sasuke après avoir tiquer.
— Juste que ça sera compliqué pour elle. Ça l'est déjà pour toutes les mères célibataires. C'est encore plus le cas pour celles qui vivent au Japon. Je m'inquiète juste de la solitude…
— Je ne suis pas seule, Madame Uchiwa, déclara Hinata qui s'agaçait de l'entendre faire des suggestions fausses.
— J'en suis certain, et notre présence n'en est qu'une autre preuve, assena Sasuke avant d'offrir l'ébauche d'un sourire désolé à Hinata.
Elle serra les lèvres pour contenir le sien et le remercia silencieusement. Sakura marqua une pause lourde de sens avant de reprendre, un sourire enchanteur sur les lèvres. Hinata se surprit à se demander où la danseuse avait développé de tel talent d'acteur.
— C'est exactement ce que je souhaitais dire, Mademoiselle, ou plutôt Hinata. Nous devrions nous appeler par nos prénoms, ce serait plus sain pour votre fille, qu'en pensez-vous ?
Si ses suspicions et ses insinuations se perpétuaient, il n'y aurait rien de sain, mais il fallait toujours accepter les premiers pas.
— Que c'est une bonne idée, Sakura.
— Parfait. Nous devrions même prévoir une virée shopping, toutes les deux. Je serai déjà familière avec les boutiques spécialisées quand mon tour arrivera.
Hinata s'infligea une petite claque mentale, elle devait arrêter d'entendre du sarcasme partout.
— Ça pourrait être une bonne idée.
— Superbe !
Sa voix était définitivement trop enchanteresse.
— Je comptais traîner un de mes amis dans les galeries samedi matin car mon cher mari a miraculeusement réussi à caler toute une série de meetings. Vous pourriez nous rejoindre, avec une personne si vous le souhaitez.
Ses mots transpiraient tant d'enthousiasme qu'Hinata ne put que bredouiller son accord, se demandant dans quoi elle avait accepté d'aller. Elle espérait très sincèrement que Temari accepterait de l'y accompagner. Le regard plein de malice que Sakura échangea avec Sasuke qui leva les yeux au ciel ne lui promettait rien de bon.
— Vous m'enchanter, Hinata ! Vous verrez, nous passerons une journée fabuleuse, Naruto sait comment transformer du shopping en escapade exaltante.
— Vous pouvez toujours repousser, Hinata, s'immisça Sasuke.
L'éclat de rire de Sakura et le regard sérieux de Sasuke qui souriait malgré lui la rendait confuse. Elle aimerait qu'il lui en dise plus plutôt que de la fixer de ses yeux charbonneux qui finiraient par la faire déglutir.
— Vous avez un grain de riz à gauche de vos lèvres.
— Oh ! Merci.
Il lui sourit à nouveau avant d'appeler le serveur. Elle chassa rapidement du doigts le petit grain tout en baissant la tête. Elle profitait de ses longs cheveux pour cacher quelques secondes son visage. Ses joues étaient encore tièdes du soudain élan de chaleur qu'avait provoqué son embarrassante remarque, ou son attrayant sourire.
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