DISCLAIMER : Comme vous l'avez peut-être remarqué, cette partie de mon histoire porte le nom "Mime". Je vous rappelle (ou vous apprends) que ma fanfic reprend le scénario de la saison 1 de Miraculous (sans prendre en compte le déroulement des saisons 2 et 3) dans un univers plus sombre et avec des personnages plus âgés et des akumatisés différents

Toutefois, tout comme certains des personnages déjà présentés tel que le couple Sabine et Tom Dupain-Cheng, j'ai repris certains des méchants tels qu'ils étaient présentés dans la série, 5 sur les 26, pour deux raisons non cumulables :

1) Le méchant faisait partie du trailer pv de la série (trouvable sur YouTube), puisque mon envie d'écrire cette fanfic vient de ce trailer, et c'est ici le cas du Mime

2) Je n'ai pas trouvé le moyen d'améliorer le pouvoir de ce vilain ou celui-ci me plaisait trop / s'adaptait parfaitement à la trame de l'histoire pour le modifier

Cela dit, je me suis réservé le droit de grandir leurs pouvoirs pour les rendre encore plus dangereux, ils ne sont donc pas des copies conformes dans leurs éponymes canons et la trame de leur partie dans ma fanfic n'est pas DU TOUT la même quand dans le dessin animé original.

Ce point maintenant clarifié, je vous souhaite une bonne lecture !

P.S.: Les identités civiles et les relations personnelles de ces vilains ne sont pas les mêmes que dans la série originale.


MIME


Assis à son bureau, Félix tournait les pages de son livre sans vraiment prêter attention à ce qui y était inscrit. Cela faisait presqu'une semaine que le jeune homme avait été consigné dans sa chambre, sans possibilité d'en sortir et surtout de quitter la maison.

Les évènements de la semaine dernière, son irrespect des consignes, tout ce qui était arrivé avec Camille avaient conduit Gabriel Agreste à prendre des mesures drastiques. Faisant venir son fils dans son bureau dès le lendemain matin, le maître des lieux lui avait bien fait comprendre à quel point il avait été déçu de son comportement. La discussion père/fils quelque peu houleuse s'était conclue par une privation de sortie à durée indéterminée pour le jeune homme, malgré les vives protestations de ce dernier. Plus de sorties, plus de lycée, plus de vie à l'extérieur, comme avant.

Les premières heures, Félix les avait passé à ruminer sa rage, faisant les cents pas dans sa chambre et passant même ses nerfs sur Plagg qui avait eu le malheur de lui adresser la parole. Mais, le temps passant, Félix avait fini par se rendre compte de la futilité de ses actes et s'était résigné.

S'il était bloqué, que pouvait-il y faire ? Son père était très contrarié, il le savait. Et pourtant, Félix n'éprouvait aucun regret, si ce n'est peut-être le fait de ne pas avoir fait comprendre à Camille la gravité de ses actes.

Cette soirée passée en compagnie de ses camarades avait été l'une des meilleures expériences de sa vie. Se sentir vraiment libre l'espace d'une heure avait empli sa poitrine d'une plénitude encore jamais atteinte alors dans sa vie de jeune homme. Mais apprendre dès le lendemain par Bridgette que Camille avait une fois de plus fait des siennes, répandant des menaces à tout va, aussi bien sur les élèves que sur l'établissement scolaire en lui-même, lui avait laissé un goût amer dans la bouche.

Camille était responsable de tout, et elle le savait : de la blessure d'Alizée et de l'akumatisation de Johana qui avait mis en danger des dizaines et des dizaines d'étudiants. Et pourtant, elle avait encore trouvé le moyen de se faire passer pour la victime.

Quand Félix avait appris cela, il avait hésité un instant à quitter la maison pour se rendre directement chez les Bourgeois afin de lui expliquer sa façon de penser. Mais encore une fois, à quoi bon ? Cela n'aurait fait que lui causer des ennuis supplémentaires, et le jeune homme n'avait plus le courage de se battre pour le moment. Cette épée de Damoclès au-dessus de sa tête commençait à le fatiguer et Félix avait de plus en plus de mal à voir la situation sous ses (rares) bons côtés.

Sentant la détresse de son porteur, Plagg s'était constitué compagnon d'infortune, soutenant le jeune homme du mieux qu'il pouvait. Une fois sa colère retombée, Félix s'était excusé auprès de lui, se blâmant de ne pas savoir contrôler sa colère quand il le fallait. Mais le kwami, malgré les apparences, n'était pas rancunier et ne lui en avait pas tenu rigueur.

Les deux camarades commençaient à bien se connaître et se cerner l'un l'autre était devenu plus facile. Plagg avait moins de mal à savoir quand et comment il pouvait intervenir avec Félix et ce dernier prenait de plus en plus en compte les avis de son kwami, entrant parfois en véritable conversation avec lui, ce qui était tout nouveau.

Cette relation plus saine avait également permis à l'adolescent d'ouvrir les yeux sur les capacités insoupçonnées de son petit camarade, comme par exemple sa dextérité aux échecs. Remarquant le plateau de jeu dans la grande chambre, le kwami avait proposé une partie, ce qui avait grandement étonné Félix. Il avait tout de même accepté, étant lui-même un joueur assez aguerrit. Et pourtant, bien que le jeune héros ne doutait pas de ses capacités, il devait reconnaître que Plagg était un adversaire redoutable. Leurs différends se réglaient d'ailleurs de plus en plus souvent par une partie, ce qui avait le mérite d'apaiser les tensions.

Mais les journées consignées ici étaient longues, et Félix commençait à sentir le poids de l'ennui peser sur ses épaules. Même les facéties de Plagg commençaient à ne plus faire effet. Si le garçon trouvait les tentatives d'occupation de son camarade plutôt distrayantes au début, Félix s'en lassait maintenant. Refermant son livre, le jeune homme tourna la tête vers la grande baie vitrée en soupirant. Calant son menton sur sa paume, il regardait les nuages bouger dans le ciel parisien, imaginant le souffle du vent sur sa peau.


-« Tu es sûr que c'est une bonne idée ? » demanda Bridgette à Jehan qui marchait en tête.

-« Non, c'est une très mauvaise idée ! répondit le garçon en prenant un sourire insolent. Mais c'est la seule qu'on ait. »

-« On pourrait avoir des ennuis… » soupira Andréa qui progressait à leur côté.

-« Mais non, ne vous en faites pas, vous êtes avec moi, contra le jeune homme en se tournant vers elles. Je vous protège. »

Les deux jeunes filles se regardèrent avant d'échanger un petit sourire. Le trio progressait sur les trottoirs parisiens à vives allures, Jehan toujours devant.

Le trio avait décidé de rendre visite à Félix, directement chez lui après leurs cours du jour. Ils avaient été informés de la situation de leur ami, de sa punition absurde qui l'obligeait à se tourner les pouces dans sa grande maison toute la journée. Excédés par cette injustice qui semblait se prolonger dans le temps, les trois amis avaient décidés d'aller voir eux même de quoi ils retournaient dans cette grande bâtisse où était détenu leur camarade.

Arrivés devant le grand portail, les trois amis se regardèrent. Ils avaient établi un « plan d'attaque », se résumant à sonner comme des forcenés jusqu'à ce que le passage leur soit ouvert. Les deux filles avaient commencé à désapprouver cette approche proposée par Jehan, mais comme il était hors de question d'entrer par effraction dans cette maison, elles avaient fini par accepter à contre-cœur. Jehan, vainqueur, avait promis de prendre les devants, faisant fonctionner « son charme à toute épreuve » comme il le disait si bien.

L'adolescent s'approcha de la porte et appuya sur la sonnette, sous le regard à la fois inquiets et amusés d'Andréa et Bridgette. Aussitôt que la sonnerie eut terminée de retentir, une caméra sortie du mur et une voix féminine se mit à retentir.

-« Qui êtes-vous ? » tonna aussitôt l'interlocutrice.

-« Bonjour madame, répondit Jehan avec une légère révérence. Nous sommes des camarades de classe de Félix. Nous savons qu'il est ici et nous voudrions lui rendre visite. »

-« Non. » contra la voix avant que la caméra ne disparaisse une nouvelle fois dans le mur.

Jehan laissa échapper un petit rire en jetant un regard par-dessus son épaule. Les deux filles secouèrent négativement la tête avec un petit sourire amusé. Loin de se laisser décourager par ce premier échec, Jehan sonna une seconde fois.

-« Vous n'aurez pas d'autre réponse. » reprit la voix alors que la caméra se braquait sur Jehan.

-« Nous ne sommes pas venus les mains vides, vous savez, continua le jeune homme en enlevant son sac de cours de son dos. Nous avons toutes les leçons que Félix a manqué depuis le début de son absence. »

Un petit silence se fit avant qu'une trappe ne s'ouvre devant le garçon. Jehan haussa un sourcil, amusé, avant de relever les yeux vers la caméra.

-« Déposez les documents ici, je les lui transmettrai. »

-« Ah mais non, contra l'adolescent avec un petit rire. Ça ne fonctionne pas comme ça. De plus, ces leçons sont très complexes, il faut que nous lui expliquions tout. »

-« Je suis sûre que Félix sera assez débrouillard pour résoudre ce problème tout seul. »

-« C'est vrai, mais tout de même. Nous ne pouvons pas lui donner nos cahiers de cours sans être sûrs de les revoir très prochainement alors que nous en avons besoin en classe ! »

Nouveau silence. Jehan invita ses deux amies à se rapprocher de lui. Les deux jeunes filles firent un pas en avant, levant leurs yeux vers la caméra qui les observait froidement.

-« Laissez-nous une heure, reprit Jehan avec un air quelque peu suppliant. Rien qu'une heure et on repartira. Nous savons que Félix en a besoin. Et vous le savez aussi, j'en suis sûr. »

Un énième silence s'installa avant que la caméra ne disparaisse une seconde fois dans le mur. Bridgette s'apprêta à vanner son ami pour son second échec mais Jehan leva la main, lui intimant le silence. Après un court instant de flottement, le portail s'entrouvrit sur un homme massif, aux épaules larges et au visage fermé, que Bridgette reconnu immédiatement comme le chauffeur de Félix. Il les toisa un instant avant de leur faire un signe de menton pour les inviter à les suivre à l'intérieur de la propriété.

Avec un soupir collectif, le trio s'avança. Andréa posa sa main sur l'épaule de son camarade en lui glissant un « bien joué » à l'oreille, faisant sourire les trois jeunes gens. Ils gravirent les escaliers du perron, puis l'homme ouvrit la grande porte de la maison, faisant entrer les adolescents dans le grand hall au sol marbré.

Une femme aux cheveux noir bleuté affublés d'une mèche rouge, portant un tailleur gris et un pantalon noir les accueilli, les mains dans le dos. À son tour, elle les toisa durement, s'arrêtant plus longuement sur Jehan. Une fois à sa hauteur, les trois jeunes gens saluèrent la femme qui se contenta de hocher la tête.

-« M. Agreste a beaucoup de travail, je vous demanderai de rester discrets. »

-« Bien entendu. » répondit Jehan à voix basse tandis que Bridgette et Andréa acquiesçaient.

Nathalie les regarda encore un instant avant de tourner les talons, intimant le trio à la suivre alors qu'elle montait les marches de l'escalier central du hall. Bridgette n'avait de cesse de regarder autour d'elle, impressionnée par l'intérieur de la maison. Un sol marbré noir et blanc, un grand escalier aux marches blanches, un majestueux lustre trônant au-dessus de l'entrée principale, des portes blanches décorées de dorures et de grandes poignées stylisées. L'aspect épuré du lieu donnait un aspect grandiose au tout. Le petit groupe emprunta un large couloir, jonché de portes toutes aussi grandes. Leurs pas résonnaient sur le sol, le son faisant un écho sur les murs, ce qui donnait encore plus le vertige tant l'endroit était grand.


Dans sa chambre, Félix fut tiré de ses pensées par des bruits de pas qui approchaient. Il échangea un regard avec Plagg qui était posé près de lui, sur son bureau. Le kwami acquiesça et parti se réfugier dans la bibliothèque. Même si personne n'entrait jamais dans sa chambre, le garçon demandait toujours à son camarade de se cacher dès que du mouvement se faisait entendre dans le couloir, juste par précaution.

La plupart de ces visites étaient en général pour son père, dont le bureau se trouvait au bout du même couloir et le garçon n'y prêtait en général que peu d'attention. Mais ici, les pas étaient nombreux alors que son père ne recevait jamais plus d'une personne à la fois.

Le garçon n'eut pas le temps de se pencher plus longtemps sur ce cas de conscience qu'on frappa à sa porte. Le jeune homme autorisa l'entrée et se fut Nathalie qui apparut.

-« Vous avez de la visite. » murmura l'assistante en posant son regard sur le jeune homme.

-« Vraiment ? » demanda le jeune homme en se levant de son bureau, sourcils froncés.

Pour toute réponse, Nathalie se contenta de s'écarter, laissant alors apparaître les visages de Bridgette, Jehan puis Andréa. La mâchoire de Félix se décrocha tant il fût surpris de les voir ici. Jamais son père n'autorisait d'autres visiteurs que ses contacts professionnels, et le fait qu'il soit punit et privé de sortie ne faisait que rajouter de l'incompréhension à la présence de ses camarades.

Il regarda ses amis entrer dans la pièce, se contentant de rester dans l'entrée, tentant de s'effacer le plus possible alors qu'un petit sourire se dessinait sur leurs visages. Félix y répondit rapidement par un demi sourire tandis que Nathalie s'approchait de lui.

-« Votre père ne sait pas qu'ils sont ici. Je vous en prie, restez discrets. » murmura l'assistante en plongeant son regard dans celui de Félix.

-« J-Je vois… répondit-il avec un léger hochement de tête. … Merci Nathalie. » reprit le garçon après avoir posé un court instant ses yeux sur ses amis.

L'assistante ne dit rien de plus, hocha seulement légèrement la tête, puis tourna les talons. Elle repassa devant Jehan, Andréa et Bridgette qui la remercièrent discrètement avant qu'elle ne referme la porte de la chambre après avoir quitté la pièce.

Un long silence se fit avant que le sourire ne se fasse plus large sur le visage de ses camarades. Le jeune homme se contenta d'écarter légèrement les bras en haussant les épaules, désemparé. Les trois jeunes gens laissèrent échapper un rire avant de s'avancer dans la pièce. Ils se rapprochèrent de lui, Félix les fixant tour à tour sans rien dire. Jehan s'arrêta juste devant lui, les mains sur les hanches tandis que les filles prenaient place autour de lui.

-« Salut Félix. » dit le garçon avec un sourire, montrant la fierté qu'il ressentait d'avoir pu arriver jusqu'ici.

-« B-Bonjour. » bredouilla Félix avec un petit sourire, tentant de garder un air serein.

Le jeune homme ne pouvait pas s'empêcher de sentir un certain amusement face à l'irréalité de la situation. Jamais il n'aurait pensé que des camarades de classe puissent arriver jusqu'ici. Pénétrer dans la propriété Agreste était un privilège que beaucoup se voyaient refuser. Et pourtant, ils étaient ici, tous les trois.

-« Alors ? reprit Andréa. Impressionné ? »

-« Plutôt oui, répondit le jeune homme en souriant légèrement. Comment avez-vous fait ? »

-« Aha, ça c'est un secret ! railla Jehan. Un magicien ne dévoile jamais ses secrets. »

Le jeune homme bomba le torse tandis que les trois autres se contentaient de rire en secouant négativement la tête.

Après ces retrouvailles surprises, le jeune homme convia ses trois invités à s'installer. Tandis que Bridgette et Andréa retiraient leur sac de cours de leur dos, Jehan faisait le tour de la chambre des yeux. Remarquant un panier de basket sur un des murs, il se tourna vers Félix.

-« Ta chambre est incroyable. » murmura le garçon avec des étoiles dans les yeux.

-« Je pense que tu peux faire rentrer mon appartement entier dans cette pièce ! » répondit Andréa en posant ses mains sur ses hanches.

-« Tu peux y rajouter la boulangerie de mes parents aussi je pense. » renchérit Bridgette avec un petit rire.

-« Oui mon père a toujours eu la folie des grandeurs, soupira Félix en croisant les bras. Je suis désolé. »

-« Quoi ?! cria Jehan avant de mettre sa main sur sa bouche, comprenant qu'il avait parlé un peu fort. Pourquoi est-ce que tu t'excuses ? Elle est géniale ta chambre ! Mate cette bibliothèque, incroyable. »

Jehan s'avança au pied du panier de basket suspendu au mur et se pencha pour ramasser le ballon. Tout en reculant, il tourna les yeux vers Félix qui hocha la tête pour lui donner son autorisation. Le grand métis arma ses bras et lança le ballon. Il effectua une gracieuse courbe mais ricocha sur le bord du panier sans passer dedans. Le jeune homme pesta en ramassant le ballon alors que les filles riaient. Jehan essaya une seconde fois mais échoua de nouveau.

-« Un coup de main ? » demanda Félix avec un air railleur.

Jehan haussa un sourcil avec un petit sourire avant d'envoyer le ballon directement sur Félix. Sans problème, le jeune homme le réceptionna dans ses mains, sans même bouger ses jambes. Jehan croisa les bras.

Félix était loin du panier, plus de 5 mètres et très excentré de son objectif : aucune chance pour lui de réussir. Les deux jeunes hommes croisèrent leur regard. Jehan fit un mouvement de menton en montrant le panier, défiant silencieusement Félix. Le garçon se contenta de hausser les épaules avant d'armer ses bras. Il lança le ballon qui fila droit dans le panier, sans même en toucher les bords.

Andréa et Bridgette laissèrent échapper une exclamation de surprise alors que Jehan restait figé de stupéfaction. Il regarda le ballon rouler jusqu'à lui avant de tourner les yeux vers son camarade qui se contenta de croiser à son tour les bras.

-« Quelle humiliation… » souffla Andréa avec un petit rire à l'intention de Jehan.

-« Tu t'es fait battre à plate couture ! » renchérit Bridgette en applaudissant Félix.

-« Oui bah ça va… protesta Jehan en remettant le ballon à sa place. Il a eu le temps de s'entraîner. La prochaine fois, 1v1 sur un terrain que tu ne connais pas, on verra si tu feras toujours le fier, ah ! »

-« Quand tu veux. » répondit Félix avec un sourire en coin.

La discussion reprit tranquillement. Au bout d'un moment, Andréa demanda la permission de monter voir la bibliothèque. Félix accepta et la jeune fille monta la mezzanine de la chambre, suivie de près par Jehan, curieux lui aussi de voir l'ensemble des livres de son ami.

Bridgette les regarda monter tandis que Félix les suivait lui aussi des yeux avant de poser son regard sur elle. La jeune fille le vit tourner la tête, et elle imita aussitôt son geste. Un silence se fit, temps pendant lequel les deux jeunes gens se regardèrent dans les yeux, sans bouger.

-« Qu'est-ce que vous faites ici ? » murmura le garçon sans quitter la jeune fille des yeux.

-« Oh ! rit-elle en se dirigeant vers son sac. Officiellement, nous sommes venus t'apporter les cours que tu as manqué. »

Bridgette se pencha, ouvrit la fermeture éclair et en sortie une pochette à élastiques bleue. Elle referma le sac avant de retourner près de son ami, le sourire aux lèvres.

-« Et officieusement, on est venu te rendre visite pour tenter de trahir l'ennui de rester enfermé ici. » acheva-t-elle en tendant la pochette à son camarade.

Félix toisa la jeune fille avant qu'un léger sourire ne se dessine sur ses lèvres. Il remercia Bridgette en attrapant la pochette qu'il alla poser sur son bureau.

-« On sait très bien que tu n'as pas besoin de nos notes pour tes cours, reprit Bridgette en passant ses mains dans son dos. Mais on a trouvé que ça comme excuse pour venir te voir. J'espère qu'on ne te dérange pas. »

-« Non, pas du tout, répondit le garçon en secouant négativement la tête. Vous avez bien fait. »

Le jeune homme se tourna vers sa camarade qu'il regarda une nouvelle fois, avant de lever les yeux vers Jehan et Andréa qui admiraient la collection de livres anciens exposés sur les rangées de la bibliothèque.

-« Le lycée commence à me manquer, avoua-t-il en baissant les yeux. Je suis content de vous voir. »

Le sourire de Bridgette se fit plus large alors qu'elle commençait à sautiller sur place, trop heureuse de ce que venait de lui dire Félix. Elle n'aurait pas pu espérer meilleur scénario. C'est Jehan qui avait soumis le projet de se rendre ici. Et même si elle trouvait l'idée bonne, bien qu'elle ne serait pas facile à réaliser, Bridgette avait toujours eu la crainte d'importuner le garçon, qui n'avait rien demandé. Les évènements des premiers jours de leur rencontre tournaient toujours dans sa tête et elle avait eu peur de déranger Félix en s'introduisant directement dans sa vie privée.

Mais ce n'était heureusement pas le cas et cela ravissait la jeune fille. Elle leva la tête en fermant les yeux, inspirant profondément. Elle était contente d'avoir pris cette décision en fin de compte.

La jeune fille se tourna vers le bureau du jeune homme où elle put apercevoir un cadre photo bleu. Sans oser s'approcher, elle détailla la photographie en plissant légèrement les yeux. Elle représentait une femme fine aux longs cheveux blonds, coiffés sur le côté, et aux yeux verts. Elle était assise dans un grand fauteuil prit de profil et tenait sur ses genoux un garçon, blond également, qui ne devait pas avoir plus d'une dizaine d'années. Il était presque allongé sur elle, sa tête posée dans son cou, les bras autour de la nuque de cette femme. Les deux avaient un large sourire dessiné sur les lèvres et la scène était éclairée par un petit brin de soleil provenant d'une grande fenêtre, derrière le fauteuil.

Bridgette fit un petit pas en avant pour regarder plus en détail le garçon. Des yeux d'un bleu gris, une peau pâle, des cheveux blonds coupés courts. Aucun doute possible. Un petit sourire se dessina sur les lèvres de Bridgette alors qu'elle se tournait vers Félix, de dos par rapport à elle. C'était lui sur la photo, elle en était persuadée. Et cette femme devait sans doute être sa mère.

Elle regarda autour d'elle, pour tenter de repérer d'autres photographies à contempler, mais n'en trouva aucune. Cette photo était la seule, posée là, esseulée. Les mains dans le dos, elle revint près de Félix qui la regarda faire.

Bridgette adorait prendre des photos avec tout le monde, immortaliser les grands comme les petits moments de sa vie. Les murs de sa chambre comme ceux de l'appartement de ses parents en étaient couverts, autant de photos de famille que de photos entre amis et cela la peinait de voir que Félix n'avait visiblement par d'autres souvenirs à accrocher à ses murs que cette photo.

-« C'est la seule que tu aies ici ? » osa-t-elle demander à Félix qui la regarda pointer le cadre bleu du doigt.

Le jeune homme posa à son tour son regard sur le cadre avant de s'empourprer légèrement. S'il avait été prévenu de cette visite, sûrement l'aurait-il retiré de là. Le jeune homme avait du mal à partager sa vie privée et cette photo était un des biens les plus personnels qu'il possédait, avec son violon. Il passa une main dans sa nuque en s'éclaircissant la gorge.

-« Euh… Oui, murmura-t-il en regardant Bridgette. Nous ne prenons pas souvent de photo dans notre famille. C'est la seule que j'aie, oui. »

Bridgette se contenta de hocher la tête, l'air pensif. Intérieurement, elle se dit qu'elle allait devoir remédier à ce problème.

-« OUAH ! s'écria soudain Jehan en passant à côté d'un livre à la couverture bleue. Tu as une édition originale de « Vingt Mille Lieues Sous Les Mers » ?! Édition manuscrite en plus ! »

-« Jehan ! Chut ! » clamèrent Bridgette et Andréa tandis que Félix se raidissait d'appréhension.

Aussitôt, le grand métis cacha sa bouche, conscient de ce qu'il venait de faire. Les jeunes gens savaient que l'autorisation de leur présence ici ne tenait qu'à un fil et qu'il fallait discret afin de ne pas attirer l'attention. Un lourd silence s'installa dans la pièce mais rien ne se passa. Soupir de soulagement général. Jehan se passa une main dans la nuque alors qu'Andréa le regardait durement et que Bridgette se passait une main sur le visage. Félix les regarda à tour de rôle et loin de se formaliser de cet incident, il leva les yeux vers Jehan.

-« Oui, c'est une édition manuscrite. Elle est illustrée avec les gravures de l'époque. Tu peux la prendre et la regarder si tu veux. »

Jehan acquiesça avec un petit rire gêné avant de prendre doucement l'ouvrage dans la bibliothèque. Les trois autres le regardèrent faire avec un petit rire avant de se retrouver en bas, sur le canapé beige qui trônait au centre de la pièce, les filles étant tout de même curieuse de jeter un œil au livre.


Un peu plus tard, alors que Jehan remettait l'ouvrage à sa place, on frappa à la porte. Félix fronça les sourcils avant de s'approcher de l'entrée. Sous le regard de Jehan, Andréa et Bridgette, il tourna la poignée et se fut Rosa qui apparut derrière le grand panneau de bois, portant un plateau argenté.

Soulagé, Félix la laissa entrer en s'écartant. Elle lui adressa un petit sourire avant de poser son regard sur les trois autres jeunes gens. Bridgette et Andréa se levèrent alors qu'elle avançait vers elles tandis que Jehan les rejoignait après être redescendu de la mezzanine.

-« Je vois que vous êtes bien accompagné monsieur, murmura la cuisinière en se tournant vers Félix. Je suis contente pour vous. »

-« Ce sont mes amis du lycée, expliqua-t-il en hochant la tête. Jehan, Andréa et Bridgette. » présenta le jeune homme avec un signe de main pour chacun de ses camarades.

-« Vous êtes drôlement courageux d'être arrivés jusqu'ici. » dit Rosa en posant les tasses qu'elle apportait sur la table basse.

-« Culottés je dirais plutôt. » corrigea Jehan avec un petit sourire.

-« Ma foi c'est bien vrai ! rit la domestique en se redressant. M. Agreste n'est pas quelqu'un qui laisse entrer des inconnus facilement dans sa maison. »

-« Mon père ne sait pas qu'ils sont ici. » expliqua Félix en passant une main dans sa nuque.

Rosa posa des yeux écarquillés sur le jeune homme avant de se tourner vers ses trois camarades. Elle les scanna lentement, un par un, avant d'éclater de rire. Elle n'avait manifestement pas été informée du caractère clandestin de la présence des trois jeunes gens. Les quatre amis se regardèrent perdus tandis que la cuisinière cachait sa bouche de sa main.

-« Vous êtes décidément pleins de surprises, dit-elle en écrasant une larme au coin de son œil. Si j'avais cru voir ça un jour ! Enfin… Vous avez bien mérité un peu de distraction monsieur. Rester enfermer ici toute la journée, c'est pas une vie. Et vous avez subi ça pendant beaucoup trop longtemps si vous voulez mon avis. »

Se tournant vers la sortie, le plateau de service sous le bras, elle posa une nouvelle fois ses yeux sur Jehan, Andréa et Bridgette, par-dessus son épaule.

-« Je suis contente que vous ayez trouvé des personnes en qui placer votre confiance monsieur. » murmura Rosa avant d'adresser un petit sourire à Félix.

Le jeune homme hocha la tête et raccompagna la cuisinière jusqu'à la porte. Il la referma derrière elle après l'avoir vivement remercié de cette attention.

Un petit silence se fit avant que Félix ne revienne vers ses visiteurs. Il surprit leur regard posé sur lui, des regards teintés d'étonnement mais également de gaieté, un petit sourire au coin de leurs lèvres.

-« Qu'est-ce qu'il y a ? » demanda-t-il en haussant un sourcil.

-« Nous aussi on est content de t'avoir avec nous. » répondit aussitôt Andréa tandis que les deux autres hochaient la tête.

Félix resta un instant interdit avant qu'un petit sourire ne se dessine sur ses lèvres. Il acquiesça, invitant ses amis à reprendre leur place sur les canapés tandis que la discussion reprenait tranquillement. Intérieurement, sans qu'il ne le montre ni le verbalise, cela faisait longtemps que Félix ne s'était pas senti aussi bien.

Il avait vraiment été surpris que ses camarades fassent le déplacement pour lui mais il était heureux qu'ils l'aient fait, sans vraiment pouvoir l'expliquer. Lui qui avait toujours vécu tout seul, une telle visite aurait pu l'importuner, tout comme les visites surprises de Camille. Mais ici, ce n'était pas du tout le cas. D'abord noyé dans l'incompréhension, Félix appréciait la compagnie de Bridgette, Jehan et Andréa. Et même si elle n'avait pas du tout été prévue et était en quelque sorte dangereuse, il appréciait leur compagnie.

Portant une des tasses de chocolat chaud que Rosa avait amené à sa bouche, le garçon participait de bon cœur à la discussion de ses camarades, un sourire discret s'attardant sur ses lèvres.


J'espère que ça vous a plu ! N'hésitez pas à me le faire savoir, on se retrouve la semaine prochaine pour la suite, restez connectés...

P.S.: Petite précision pour les curieux, sachez que l'édition de "Vingt Mille Lieues Sous Les Mers" que Félix possède chez lui existe réellement : elle a été éditée en 2014 à 1 000 exemplaires en France par les Éditions Saints Pères et coûtait alors la coquette somme de 189€ ! Elle présente le roman avec les manuscrits de Jules Verne, toutes les notes de l'auteur et rassemblant les gravures agrandies d'Alphonse de Neuville, Edouard Riou et Henri Théophile Hidibrand faites spécialement pour sa première édition, parue en 1869.

Pour ceux qui se demandent, c'est un cadeau de Gabriel à son fils pour son 15e anniversaire ...