Quand la pureté reste dans l'âme

La noble et moderne famille Black

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Chapitre 20 :

Elégance

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Mercredi 20 décembre 1989

La neige enveloppait Saint-Pétersbourg d'un lourd manteau blanc.

La neige encore immaculée promettait une journée froide et sèche. Le vent glacial fouettait le visage des rares courageux qui sortaient de leurs maisons et décourageait les plus jeunes.

Sergej Meliov était adossé contre un mur de pierre, observant la Neva gelée sur laquelle certains adultes patinaient déjà, malgré l'heure matinale. Il se trouvait sur les quais du Palais, près d'une Maison de Thé où adorait se rendre Lena, du côté des Sans-Pouvoirs.

Il aimait se promener à l'aube. Observer les rares personnes sortir, rêvasser ou courir le long du fleuve. Il observait le monde vivre à son rythme, aussi bien les sorciers que les moldus. Il observait silencieusement l'évolution des quartiers, et aidait les animaux en détresse qu'il trouvait souvent sur son passage, piégés par la neige ou des branches tombées durant la nuit, à cause du vent.

Mais son paysage préféré était celui d'une des branches partant de la Neva qui restait inconnue des Sans-Pouvoirs : celle qui se déversait en souterrain sous le pont « Belyaevsky Bridge ». Les rives étaient laissées à la nature. Des débroussaillages avaient certes lieu chaque été, afin que les habitants et touristes puissent se promener au bord de l'eau, mais le paysage était la propriété de la nature.

C'était à quelques vingtaines de mètres des rives que se cachait la ville sorcière de Saint-Pétersbourg d'environ 500 km², une des plus grandes villes sorcières du monde. La ville moldue, elle, en faisait bien plus : 1.403 km².

Du côté des Sans-Pouvoirs, la ville avait changé de nom assez régulièrement. Mais les sorciers, eux, étaient restés à ce nom « Saint-Pétersbourg », en hommage au fondateur de la ville : le tsar Pierre le Grand. Les moldus, eux, croyaient fermement que le nom venait de l'apôtre Pierre et les sorciers préféraient ignorer cet état de fait.

La ville sorcière fluctuait. Il y avait un quartier riche, un quartier un peu plus pauvre, un grand orphelinat où certains enfants nés de familles sans magie avaient été pris en charge lorsqu'ils étaient rejetés par leurs parents, il y avait aussi une école primaire pour sorciers.

École dans laquelle ils apprenaient également les modes de vie des Sans-Pouvoirs, la technologie et l'informatique, le fonctionnement de l'électricité. Sans compter la gestion de la magie, les us et coutumes sorcières et l'histoire du pays.

Les enfants arrivés tout droit de chez les moldus allaient à la même école que les autres et se mêlaient aux familles sorcières. Certains se voyaient même adoptés grâce à des rituels de Sang.

Sergej repensa un instant à Jania et Leonius. Leonius préférait se faire appeler Léon, mais ils avaient tous pris l'habitude de le nommer correctement. Jania et Leonius avaient passé les derniers jours en Russie, chez eux. Anastasia et les jumeaux étaient devenus inséparables au fil des semaines. Depuis juin, les membres de la famille se rejoignaient très régulièrement et ils se soudaient les uns aux autres.

Harry, lui, était resté avec son frère et sa sœur Clarence en Irlande.

Anastasia avait voulu inviter les jumeaux afin de leur faire visiter la Russie, ce qu'ils avaient fait durant les quelques derniers jours. Ne restait plus que le quartier commerçant du côté sorcier de Saint-Pétersbourg : la rue du bois d'érable, la rue de la mandragore et l'avenue de Magia.

Les Windsor descendaient, tout comme les Meliov, de familles royales. Eulia et Edouard avaient pris en charge l'enseignement de la grâce et l'élégance que la petite – grande – famille se devait d'avoir en public. Anastasia, Leonius et Jania avaient déjà les bases depuis leur plus jeune âge, mais Eulia savait que son frère, Hardwin, n'avait pas commencé cet apprentissage aussi tôt. D'autant plus qu'avec ses responsabilités au Ministère, il avait bien peu de temps à accorder à l'enseignement de ses enfants. Il profitait surtout de son temps libre pour faire sortir sa famille et passer du temps avec elle. Elle ne lui en voulait absolument pas, mais craignait aussi la réaction de son neveu, Harry. Il avait déjà beaucoup appris, depuis qu'il les avait rejoints, mais elle n'avait pas encore eu le courage de lui apprendre les règles de la bienséance. Elle avait promis à Elizabeth de s'en occuper, et elle le ferait. Certainement après Noël…

Sergej avait rassuré Eulia à plusieurs reprises, la bousculant un peu dans ses habitudes craintives. Il sourit à cette pensée. Eulia était toujours la première à s'inquiéter si quelque chose n'allait pas.

Il se frotta les mains, avant de reprendre sa marche vers le Manoir. Dans quelques heures, les enfants partiraient dévaliser les magasins en prévision des fêtes de fin d'année et il ne voulait manquer ça pour rien au monde.

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L'odeur tellement agréable des pancakes, des crêpes, du chocolat chaud et de la confiture de framboise chaude montait dans les étages en éveillant par là même les enfants dans la bonne humeur. Ce fut donc en pyjama que Jania, Anastasia et Leonius descendirent, le ventre criant famine. Les elfes, amusés, leurs donnèrent à chacun une tasse de chocolat chaud alors que les adultes prirent place à table, en premier.

Anastasia et Leonius se ruèrent alors sur les crêpes alors que Jania, amusée, hésitait entre tous les mets disposés sur la table.

Eulia et Edouard prirent des toasts et du fromage puis Lena prit deux crêpes ainsi que du chocolat fondu. Sergej attendit que les enfants aient fini de piocher dans chaque plat avant de choisir les pancakes. Dans un silence presque religieux, tout le monde mangea à sa faim. Une fois rassasié, les enfants allèrent utiliser les multiples salles de bains et redescendirent, prêts à partir pour l'aventure dans le centre-ville sorcier.

Du haut de leurs neuf ans, le trio s'engagea dans les rues de Saint-Pétersbourg, suivi de près des quatre adultes.

Une fois arrivé dans le quartier où ils allaient faire leurs achats, chacun partit de son côté avec une oreillette magique afin de communiquer s'il y avait un souci.

Anastasia se dirigea vers un petit magasin de bijoux, conseillé par sa mère, afin d'acheter un petit collier en perle pour Elizabeth et une chaîne en argent avec un petit pendentif pour Jania. Elle se dirigea ensuite vers un magasin où elle resta longtemps devant un couvre-lit sur lequel était dessinée une forêt : en touchant du doigt, on pouvait changer la vue ou même « zoomer » sur le sentier qui zigzaguait dans la belle forêt. Sergej l'avait rejoint à ce moment-là, l'informant que cette couverture n'était pas commune en Angleterre et surtout : la qualité était très bonne et le décor dépendait de la saison. Sachant pour qui serait ce cadeau et au vu du prix, il l'acheta lui-même.

- C'est une magie très ancienne, rattachée à une forêt magique, et je ne veux pas que tu épuises tes économies pour cela.

- Tu es sûr que l'on doit prendre ça, papa ?

- Certain, ça lui fera énormément plaisir.

- Mais si c'est toi qui paye…

- Ce sera ton cadeau, ma chérie. Ne t'inquiète pas pour cela, et hors de question que tu me rembourses une noise pour ca !

- Mais…

- Par contre, si tu insistes, je voudrais bien une boîte de chocolats noirs !

Père et fille rirent alors, puis Sergej continua ses achats, suivit de près par sa fille.

Eulia et Édouard avaient acheté les cadeaux des enfants depuis bien longtemps, ainsi que ceux pour les Meliov. Mais un seul restait à choisir : celui pour Harry. Ils voulaient quelque chose de rare, mais de précieux et qu'il ne pourrait perdre.

Elizabeth retrouva Leonius et Jania dans une papeterie remplie de monde, et ils rejoignirent les autres au glacier du coin quelques heures plus tard, chargés de sacs que Sergej fit emporter par les elfes.

La journée continua ainsi, entre les achats d'objets, les courses habituelles pour les adultes et les choix des cadeaux pour la grande famille.

La préparation des fêtes de Noël avait failli être un casse-tête, mais Lena avait imposé le lieu alors qu'un débat faisait rage : Noël allait-il se dérouler en Angleterre, en Irlande ou en Russie cette année ?

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Les cadeaux avaient été achetés, emballés, et les enfants placés près du feu de cheminée dans le Manoir des Meliov avec des chocolats chauds et du gâteau.

Eulia et Lena écoutèrent, amusées, les enfants débattre sur leurs cours. Ils ne pensaient qu'à travailler, vraiment.

- Tu vas réussir à te décider, pour enseigner à Harry les bases de la tenue en public ?

- Je ne suis pas très proche de lui, grimaça Eulia. Je crains vraiment qu'il ne comprenne pas… Je ne sais pas comment aborder les choses, en fait.

- Et tu vas laisser traîner cette affaire jusqu'à la fin des temps ? Fit Edouard en se moquant gentiment de sa femme.

Il se prit un coussin dans le ventre et les quatre adultes rirent de bon cœur.

- J'ai une idée, fit Sergej. Pourquoi ne pas demander aux trois pipelettes qui sirotent toutes nos réserves de chocolat chaud leur avis sur le sujet ? Peut-être voudraient-ils prendre part à ce cours et aider Harry ? Philipp connaît les bases, il pourrait se joindre aux autres et je suis certain qu'avec Jania et Anastasia, ça partira en rigolade…

Eulia soupira. Décidément, elle n'aurait pas le temps de se préparer… Son mari sembla lire dans ses pensées.

- Tu connais toutes les règles de bienséances par cœur, ma chérie, pourquoi t'entêter à vouloir te préparer alors que tu n'en as pas besoin ?

- J'ai… j'ai peur de la réaction du petit, en fait. J'ai peur qu'il se braque… qu'il ne comprenne pas, qu'il pense qu'il a mal fait jusque là alors qu'il a le droit d'être comme il veut être.

- Tu as peur qu'il se renferme sur lui-même ? demanda Lena.

- Oui.

- Je pense que dans ce cas-là, la présence des autres enfants ne sera que positive, intervint Sergej. Les enfants ? fit plus fortement le maître de maison.

Trois têtes se tournèrent vers lui.

- Oui papa ?

- Désolé de vous déranger ainsi, mais nous aurions une question. Eulia a promis à Elizabeth d'enseigner au petit Harry les bases des règles à adopter en public. Le souci, c'est que nous craignons qu'il le prenne mal et pense s'être mal comporté jusqu'ici, ce qui n'est bien évidemment pas le cas.

- On peut aider ! réagit Leonius. Maman ?

- Mais… fit doucement Eulia.

- Harry comprendra, renchérit Anastasia. Il le prendra peut-être mal au début, se sentira blessé… mais si tu nous inclus dans cette entrevue, on le ramènera à la réalité et on le fera sourire, promis !

- Ok, capitula Eulia en levant les mains. Ok.

- Je vais contacter Hardwin, fit Sergej.

- Maintenant ? Mais… paniqua Eulia.

Edouard la retint par le bras.

- Ca va aller. Harry est un enfant adorable, il comprendra que c'est pour lui que tu lui expliques tout cela et non pour lui faire de la peine, fit-il d'une voix posée et douce. D'accord ?

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La journée avait été rythmée, comme d'habitude, par des cours privés avec Althus. Harry avait profité de ces cours seul et avait réussi à rester concentré durant tout le monologue de son professeur.

Il était heureux de pouvoir écrire quelques mots. Ce n'était pas encore parfait, mais il connaissait toutes les lettres de l'alphabet et pouvait maintenant écrire les mots qu'il utilisait le plus souvent. Ses lacunes en lecture et écriture s'étaient amoindries et il parlait avec de plus en plus d'assurance. Il s'en rendait compte, il se sentait bien mieux en ces lieux.

Le soleil d'été lui manquait, mais la présence réconfortante de Salazar et de sa famille le consolait : chaque saison revenait, d'année en année, et l'été était synonyme de vacances. Il savait aussi qu'un jour, il devrait se mêler au monde extérieur. Mais il ne se sentait pas réellement prêt. Il était bien, ici, dans le cocon familial.

Quelque chose perturba cependant ses pensées : une tête passait dans la cheminée.

- Hmm… Harry ?

Le jeune garçon sursauta et se cala plus au fond du canapé.

- N'aie pas peur, c'est moi, Sergej. Je peux venir ?

- Ou… oui ?

L'homme imposant qu'était le russe se matérialisa alors devant lui.

- La journée s'est bien passée ?

- Oui… et… vous ? fit le jeune garçon d'une voix aiguë et craintive.

- Bon sang, Harry. Appelle-moi Sergej, ou tonton, ou « mon oncle » si tu veux, mais ne me vouvoie pas. J'ai horreur de ça.

Le petit se renfrogna alors, décrochant un rire joyeux à l'homme qui se tenait devant lui.

- Tes parents sont là ?

- Maman est avec Clarence dans la salle de musique, papa dans le laboratoire.

- Ok, tu veux bien chercher maman alors ?

- Oui !

Le petit garçon déguerpit alors, et Sergej observa la fuite avec amusement.

- Sergej ? Que se passe-t-il ? demanda Elizabeth.

- Hm, rien de grave ne t'inquiète pas. Eulia recule à chaque fois l'enseignement qu'elle souhaitait donner à Harry et nous avons eu une idée…

- Tante Eulia ne m'aime pas ? demanda doucement Harry en baissant la tête.

- Mais si ! fit immédiatement Sergej en s'accroupissant devant l'enfant. Elle a juste peur de ta réaction.

- Pourquoi ?

- Le thème n'est pas très amusant en soi, et elle a peur de ta réaction. Elle ne veut pas que tu penses avoir mal fait les choses.

- J'ai fait une bêtise ?

- Non mon grand.

- Alors pourquoi ?

Sergej lança un regard à Elizabeth.

- En fait, nous venons d'une grande famille, répondit Eliz. Et toutes les familles nobles ont des valeurs à transmettre à leurs enfants. Tu n'as pas encore eu la chance de connaître tout cela. Ou malchance, fit-elle en riant. Ce n'est pas quelque chose de simple à apprendre, mais cela te protègera des personnes te pensant faibles.

- Comment ?

Sergej sourit alors devant ces questions simples et précises.

- En fait, reprit l'homme, quand on est entouré de personnes qu'on ne connaît pas ou peu, ou encore avec lesquelles nous ne voulons pas de contact réellement amical ou privé, nous nous comportons différemment qu'à la maison. Tu comprends ?

- Oui, c'est logique, fit doucement Harry.

- Quand je suis au travail, par exemple, j'ai un visage qui n'exprime pas le dégoût même si quelque chose ne me plaît pas. Ni la tristesse, même quand je suis très triste.

- Pourquoi tu es triste ? fit Harry soudainement inquiet.

- Je ne suis pas triste, mais par exemple, lorsqu'un ami meurt, eh bien j'ai un visage que l'on appelle « de marbre », c'est-à-dire que je ne montre pas ma tristesse aux autres.

- C'est difficile, répondit Harry.

- Oui, très, mais c'est pour garder une image de quelqu'un de fort et noble et surtout pour cacher les faiblesses que l'on a.

- Mais les personnes peuvent penser que tu es donc quelqu'un de froid, rajouta Elizabeth.

- Qui n'aime personne ?

- Entre autre, répondit Sergej. Mais toi, et les personnes qui te sont proches, connaissent ton vrai visage et rien n'est plus important. Comme tu as vu lorsque nous sommes là, quand nous sommes en famille ou avec des amis très proches, eh bien nous restons nous-mêmes et discutons de tout et de rien. Tu comprends ?

- Oui. Mais pourquoi tante Eulia a peur, alors ?

- Elle a peur que tu crois que tu t'es mal comporté jusqu'à maintenant, ce qui n'est pas vrai, fit Elizabeth.

- Mais…

- Ici tu es à la maison, fit Sergej. Tu as le droit d'être comme tu es. A l'extérieur, pour te protéger, il faudra éviter de montrer que tu es un jeune garçon adorable et sensible. Il ne faudra pas être méchant ni dédaigneux, mais il faudra rester neutre, tu comprends ce que je dis ?

- Pas neutre…

- Etre neutre signifie que tu ne diras pas si tu aimes ou non les pommes de terre par exemple, fit Elizabeth en souriant. Tu ne diras pas non plus devant tout le monde que tu détestes une certaine personne.

- Beaucoup d'enfants et d'adultes le font, mais cela leur apporte des soucis : certains se détournent d'eux, d'autres se moquent et d'autres encore les manipulent, intervint à nouveau Sergej. Donc je suis plutôt partisan de t'apprendre les bases des règles à respecter à l'extérieur, afin que tu puisses voir si quelqu'un essaye de te manipuler par exemple, et surtout t'apprendre à montrer aux autres que tu y attaches peu d'importance, même si ce n'est pas le cas.

- D'accord, je veux apprendre, répondit alors Harry.

- Bien, fit Elizabeth.

- Eliz', je peux emmener ton fils en Russie ?

- Oui, Harry tu veux bien ?

- Euh… C'est loin la Russie… fit timidement le jeune garçon.

- Par cheminée, rit Sergej. Ca ira vite ! Les enfants t'attendent pour t'expliquer quelques petites choses et dérider Eulia qui a peur.

- Je pourrai faire un câlin à tante Eulia, maman ?

- Bien sûr ! Et un gros bisou de ma part sur la joue.

Alors le jeune garçon prit spontanément la main de Sergej et se dirigea vers la cheminée alors que les adultes riaient.

- On y va, tonton Sergej ?

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Eulia avait dû prendre sur elle, mais Sergej avait eu raison : Harry avait envie d'apprendre, et il était intéressé par à peu près tout ce qui l'entourait et surtout, les enfants s'entendaient tellement bien qu'ils partaient dans des fous rires quasiment toutes les cinq minutes.

Harry ne connaissait absolument pas le Manoir dans lequel il avait mis les pieds, mais la présence de ses amis et de membres de la famille dans le grand salon l'avait immédiatement mis en confiance. Il alla en premier voir Eulia, l'embrassant sur la joue et lui faisant un câlin, comme il l'avait promis à sa mère. Puis, la discussion avait commencé…

- Alors, fit Anastasia. Quand on rencontre des gens extérieurs, il vaut mieux sourire. Un visage fermé empêche souvent le début d'une conversation et un sourire fait plus souvent bonne impression. Après, cela dépend de la personne en face de toi. Si tu n'en veux pas dans tes amis proches, tu peux garder un visage neutre mais éviter les expressions dédaigneuses.

- C'est quoi, dédaigneuse ? demanda Leonius.

- C'est à peu près la même chose qu'être insolent, Léon, fit Eulia. C'est quand tu regarde quelqu'un et que ton regard montre que tu le trouve nul, par exemple.

- Comme être arrogant, moqueur ou méprisant, rajouta Jania.

- Effectivement ! fit Lena.

- Imagine, je trouve Anastasia archi moche avec ses cheveux et que je lui préfèrerais une couleur verte et la peau bleue ! fit Jania. Eh bien, je la regarderai comme ca ! fit la jeune fille en se levant et se plaçant devant Anastasia qui avait croisé les bras, boudeuse.

Jania lui lança alors un regard plus que méprisable avec un sourire mauvais… avant d'exploser de rires avec Anastasia qui lui balança un coussin.

- Sans le jet de coussin, bien entendu, fit Lena, amusée.

- Bien sûr ! fit Leonius en levant les yeux au plafond.

- T'as compris, Harrychou ? fit Anastasia en reprenant son souffle.

- Oui !

- Après, reprit Anastasia, si tu veux que quelqu'un soit gentil avec toi, tu peux être gentil aussi. Tu lui souris, t'es sympa, et tu vois ce que ça donne. Parce que tu n'auras pas deux fois la chance de faire bonne impression. Beaucoup de gens partent du principe que la première impression est la bonne. Si t'as l'air méchant et odieux dès la première rencontre, ils ne t'aimeront pas. Ah et aussi, quand on rencontre quelqu'un ! Il faut lui serrer la main. Mais pas mollement ! Attends, je vais te montrer !

Anastasia tendit la main devant Harry qui, lui, hésitait.

- T'as raison vieux, elle pourrait te briser le poignet ! Fit Leonius en riant.

- Pff… fit Harry en prenant la main.

Anastasia sera alors fermement celle de Harry.

Harry acquiesça, ayant compris le mouvement.

- On doit donc serrer la main en regardant dans droit dans les yeux et pas en regardant tes doigts avec crainte de ne plus jamais les revoir, intervint Jania.

- Quand on va chez des gens ou qu'on est en groupe, fit à son tour Leonius, et que l'on doit présenter nos amis à d'autres, on présente toujours du plus jeune au plus âgé. Et celui que l'on connaît le moins bien en premier pour terminer par celui ou celle que tu connais le mieux.

- Et aussi, en présence de gens, fit Jania, quand tu éternues ou te mouches, tu mets ta tête sur le côté, loin des gens, et tu ne regardes pas dans ton mouchoir ! C'est crade !

- Et, même si tout le monde le dit, rajouta Anastasia, on n'a pas le droit de dire « à tes souhaits ». Imagine que son vœu le plus cher soit que tu ais un palmier sur la tête et que tu extermines le monde entier pour lui ! On va éviter, hein, et on va laisser la personne tranquille avec ses éternuements chroniques.

- Oui, fit Harry. C'est comme on ne fait pas remarquer aux gens que leur ventre gargouille à table, non ?

- Tout à fait, fit Eulia.

- Oncle… Vernon… me punissait toujours quand mon ventre faisait du bruit.

- Les bruits du corps humain sont à ignorer en société et même entre nous, en réalité. C'est normal que ton ventre fasse du bruit, c'est normal que tu éternues. Le faire remarquer est généralement impoli, fit Eulia.

- Ok, tante Eulia. Merci !

- De rien, Harry.

- Quand on voit quelqu'un aussi, fit Jania, on évite de lui dire « Ça va ? » Mais on pose la question en entier « Comment vas-tu ? » C'est beaucoup plus sympa, poli, respectueux et correct de dire ça comme ça.

- « Ça va » tu le demandes à ton chien, pas à un ami, fit Leonius.

- Ah, soyez pas aussi fermés d'esprit non plus ! fit Anastasia. Il y a beaucoup de monde qui raccourcissent les phrases, ce n'est pas pour autant qu'ils sont impolis ! Non mais.

- Ouais, mais c'est pas joli et ça détruit notre langue ! fit Jania. M'enfin.

- Surtout que tu sais pas ce que veut dire « ça » ! fit Leonius. Imagine, le « ça » désigne ton intestin ! En fait, tu demandes aux gens s'ils ont bien fait caca !

- T'es dégueux, fit Jania alors que les autres riaient.

- Il n'a pas tout à fait tort, fit Eulia en riant doucement.

- Bien, fit Lena en distribuant du jus de framboise aux enfants. Quand quelqu'un nous donne à boire, comme je le fais maintenant, et que vous me dites « merci », j'éviterais de répondre « de rien ». Parce que j'ai fais quelque chose, et ce n'est pas « rien ». Donc je devrais plutôt répondre « je t'en prie » ou « je vous en prie ». C'est plus sympa et plus chic, aussi.

- Merci maman ! fit joyeusement Anastasia avant de finir son verre d'une traite.

- De rien ma princesse, fit-elle en riant.

- Haaaaaan ! T'as dis de rien ! T'es pas chic ! fit Anastasia, déclenchant un fou rire général.

- Quand on va chez quelqu'un, fit Sergej, il est plus convenable d'offrir quelque chose à la maîtresse de maison. Cependant, si vous n'êtes pas le seul invité, il est préférable d'amener une boite de chocolat ou une bouteille de champagne ou de vin, parce que votre hôte n'aura pas le temps de s'occuper des fleurs si vous êtes dix à en rapporter !

- Oh, il y a la magie pour aider quand-même ! fit Eulia.

- Et d'ailleurs, il vaut mieux être ponctuel. Dans la famille, nous arrivons toujours cinq à dix minutes en avance. Mais il est plus correct d'arriver pile à l'heure, ou une minute à l'avance. Le retard, par contre, n'est pas acceptable.

- Et on dit bonjour, merci pour l'invitation, blabla et bla ! fit Jania.

- On évite de monopoliser la conversation par contre, fit Leonius en jetant un regard à Anastasia qui lui tira la langue.

- On n'entre pas sans frapper à la porte ni sans avoir eu la permission d'entrer, aussi ! fit Jania. On ne crie pas d'une pièce à l'autre. Si tu veux me parler, eh bien tu viens me voir, fit la jeune fille en regardant Anastasia qui se moquait doucement de Leonius.

- Les Sans-Pouvoirs ont beaucoup de tabous, rajouta Anastasia. Dans leur monde, on ne doit pas parler d'argent, de religion, de politique, de santé, car c'est impoli.

- Les conversations doivent être ennuyantes alors ! fit Jania. C'est intéressant de connaître le point de vue des autres !

- Oui mais il faut faire attention à ce que ca ne parte pas en dispute, intervint Sergej. L'argent que l'on possède, par exemple, ne concerne que nous et notre propre famille. Les sujets concernant la politique ou le goût des autres sont appropriés lorsque vous êtes avec des amis proches. Mais ces sujets sont tout de même délicats avec des inconnus ou des personnes extérieures à votre cercle d'amis. Les problèmes de santé, l'âge et les problèmes de famille sont aussi à garder pour vous. Nous pouvons en parler ensemble, mais évitez d'aborder ces sujets en dehors de la famille.

- Bien sûr, tonton Sergej, fit Leonius.

- Quand vous serez plus grand, intervint Eulia, il faudra aussi vous habituer à certaines choses. Par exemple, lorsque vous irez au théâtre, dans un magasin, un restaurant ou un café, ce sera l'homme qui passera en premier afin de vérifier dignement et discrètement si l'endroit dans lequel vous vous rendez est digne de vous et n'est pas malfamé. Lorsque vous mangerez à l'extérieur, ce sera l'homme qui tirera la chaise de la femme afin de lui permettre de s'asseoir en premier. C'est aussi l'homme qui la servira en boisson si le serveur ne le fait pas. D'ailleurs, la femme choisira certes son plat mais ce sera l'homme qui passera la commande.

Dans les escaliers l'homme passe aussi toujours devant. Que ce soit pour monter ou descendre. Comme cela, il ne verra pas les jambes de la femme en montant et la rattrapera si elle chute lors de la descente.

Lorsqu'une personne entre dans une salle, un bureau ou autre, vous vous devrez de vous lever afin de l'accueillir. Peu importe que vous soyez un homme ou une femme.

Dans la rue du côté des sans-pouvoirs, l'homme marchera toujours du côté de la route et non la femme.

- En fait, fit Anastasia, c'est toujours les hommes qui souffrent s'il doit arriver quelque chose ! C'est nul !

- T'inquiète, je te laisserai marcher du côté de la route, fit Leonius en se moquant gentiment.

- Merci !

- Je vous en prie ma très chère amie !

- A la maison, reprit Eulia, comme vous le savez : on reste en pyjama juste pour le petit déjeuner au plus tard. Le reste de la journée, même si nous restons à la maison, nous devons nous habiller. Si nous ne sortons pas, un t-shirt ou un pull et un pantalon feront l'affaire. Maintenant on peut revoir rapidement quelques règles pour les repas, ou vous en avez déjà marre ?

- Non c'est bon, fit Harry avide de savoir. Dis !

- Alors, lorsque l'on est à table, on oublie que l'on a super faim. En plus, je ne pense pas qu'on vous laisse mourir de faim non plus. On attend que tout le monde soit servi avant de commencer son assiette. Nous devons également nous intéresser aux conversations plutôt qu'à ce qui est présent dans l'assiette.

On peut faire un ou deux compliments sur la nourriture, cela fait toujours plaisir, mais ce ne sera pas le sujet principal. On ne joue ni avec les couverts, ni avec la nourriture. La salade ne se coupe pas mais se plie, dans la mesure du possible. Les pâtes s'enroulent autour de la fourchette à l'aide d'une cuillère à soupe.

Lorsque l'on pose les couverts dans l'assiette, il est préférable de disposer la fourchette près du couteau, les dents de celle-ci vers le haut et la lame du couteau vers la fourchette.

Avant de boire, il est vivement conseillé d'essuyer vos lèvres avec une serviette. Il ne faut pas vous essuyer le visage trop grossièrement mais tamponner vos lèvres afin de retirer les excès de gras et de ne pas en mettre sur les bords de votre verre au risque de faire disgracieux.

- Et si on a la peau grasse ? fit Jania.

- Euh…

- Tu te tais ! fit Leonius en lançant un coussin sur sa sœur.

- Ah et si vous n'avez plus faim, intervint Lena, mais que votre hôte rempli votre assiette et votre verre dès que ceux-ci sont vides, je vous conseillerais de ne pas les finir. Comme ça, l'hôte n'aura plus aucun prétexte pour vous resservir.

- On se tient bien droit sur la chaise aussi, fit Leonius. On évite les coudes sur la table même si on le fait en famille et on met une serviette sur ses genoux lors du repas.

- On lève le coude pour boire son verre aussi, renchérit Harry.

- Et on ne lève pas le petit doigt, intervint Eulia.

- Et quand on mange, reprit Anastasia, ce n'est pas la tête qui va à la rencontre de la magnifique fourchette blindée de bonne nourriture mais la fourchette qui va à la bouche ! fit joyeusement Anastasia.

- On ne fait pas de grands gestes en tenant les couverts, rajouta Eulia. Tout comme il est impoli de montrer quelqu'un ou quelque chose avec la pointe de la fourchette ou du couteau.

- Même avec l'index ! renchérit Anastasia.

- On parle de manger, Anastasia, la réprima Leonius.

- Mais Euh !

- On ne parle pas la bouche pleine, fit Jania avant de finir son verre. Maman, j'ai faim.

- Ah et on ne dit pas « bon appétit », fit Eulia, ca pourrait faire croire que vous souhaitez à la personne bon courage pour le repas qui n'a absolument pas l'air appétissant. Le repas est un moment convivial et la nourriture est un art de table. Si on dit « bon appétit », cela revient à dire « bon transit intestinal », ce qui est peu courtois.

- On mange quand ? demanda Leonius.

Les adultes se concertèrent alors et décidèrent de dîner ensemble avant de ramener Harry.

La soirée fut sympathique, loin des soucis et inquiétudes des adultes, dans un climat à la fois classe et simple, avec des enfants qui riaient aux éclats.

Harry Potter et Anastasia Black avaient retrouvés leur famille.

Pour toujours.

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