Note de l'Auteure :

Un grand merci à Fleur d'Ange, DI5M, pcam & Alice pour vos reviews qui m'ont très plaisir !

Merci à ma bêta Polka60 pour la correction de ce chapitre ! Bonne lecture !

XXI. Witch Hunt

La mort de Millicent Bulstrode provoqua un déferlement de questions parmi les parents concernant la sécurité de leur progéniture à Poudlard. La présence de drogues dans un établissement aussi prestigieux que Poudlard entachait sa réputation. La supervision du personnel de l'école fut remise en question par la communauté de parents d'élèves. La perspective que d'autres étudiants courent un danger similaire fit froncer des sourcils de toute part.

Aussitôt les funérailles de Millicent Bulstrode terminées, les premières plaintes arrivèrent dans la foulée, accusant la Direction de négligence aggravée. Bientôt, le Département de l'Éducation Magique Britannique n'eut pas d'autre choix que d'ouvrir une enquête. Des inspecteurs du département firent irruption dans l'école afin d'observer les conditions de vie en vue d'un ''contrôle de routine.''

Immédiatement, McGonagall, la Directrice adjointe, commença à serrer la vis auprès des étudiants afin d'éviter un scandale supplémentaire. Les élèves étaient fouillés à chaque entrée et sortie de l'école et tous les étudiants à partir de la quatrième année furent forcés de prendre part à un test d'urine pour vérifier s'ils ne consommaient pas de substances illégales.

« Ils ne plaisantent vraiment pas. » murmura Harry en apercevant un groupe d'officiers du Ministère qui marchaient dans les couloirs. « J'ai l'impression qu'on est au camp d'entraînement des Aurors. »

« Une élève est morte. Ça n'a rien d'étonnant. » rappela Ginny, suivant son regard.

Harry acquiesça d'un air grave, reportant son attention sur les individus en larges robes de sorciers vertes, aux couleurs du Ministère.

« J'ai entendu qu'un groupe de parents veut destituer Dumbledore de ses fonctions. Le père de Millicent Bulstrode en fait partie. » continua Harry. « Papa en parlait, il y a quelques jours. »

James Potter, le père d'Harry occupait un poste important au bureau des Aurors. Depuis la mort de Millicent, Harry espionnait régulièrement les conversations de ses parents.

« Ce n'est pas de sa faute. » lança Ginny en fronçant les sourcils. « Il ne peut pas contrôler tout ce qu'une bande d'adolescents fait à longueur de journées. »

« Je suis d'accord avec toi. » déclara Harry. « Mais je ne pense pas que tout le monde partage cet avis sur la question. Surtout les parents. »

Au lendemain des tests de toxicologie auxquels les élèves durent se prêter, une dizaine d'étudiants furent convoqués.

« On sait maintenant qui renifle des lignes en douce. » commenta Draco d'une voix amusée, aux côtés de Ginny, pendant leur cours de Potions.

Si Ginny ne fut pas étonnée de voir Théodore Nott et Terrence Higgs convoqués, elle fut en revanche médusée de voir Seamus Finnigan et Dean Thomas, deux autres étudiants de Gryffondor, afficher des mines anxieuses tandis qu'ils suivaient les officiers dans le bureau de McGonagall.

« J'ai entendu dire qu'ils ont même suspendu Trelawney jusqu'à nouvel ordre. » avança Draco avec un rictus.

Il paraissait extrêmement amusé de la situation. Ginny ouvrit la bouche, interdite.

« Ils ont retrouvé de l'encens un peu douteux dans son bureau. » expliqua Draco. « Elle a prétendu qu'elle s'en servait contre son arthrite. Ils n'ont pas semblé la croire. »

« Comment tu sais tout ça ? » s'étonna Ginny.

Pour une raison obscure, Draco Malfoy semblait toujours au courant de toutes les informations qui circulaient dans l'école. Elle ne pouvait pas imaginer que McGonagall ou l'un des officiers du Ministère dévoilent le contenu de la réunion confidentielle qui avait entraîné la suspension de Sybille Trelawney de son poste.

« Parce que les tableaux sont les plus grandes commères de Poudlard. Ils sont partout dans le château et épient toutes les conversations. Ils en parlent entre eux, aux autres fantômes et parfois même aux élèves. Et tu sais à quelle vitesse ces informations se répandent. » poursuivit Draco, haussant les épaules.

« On en apprend vraiment tous les jours. » déclara Ginny, qui n'en croyait pas ses oreilles.

« Je ne sais pas comment les profs font pour ne pas s'en rendre compte. Heureusement pour nous, ils ont toujours une longueur de retard. » ajouta-t-il avec un rictus satisfait.

Il fallut attendre la fin de la journée pour entendre les premiers compte-rendu des interrogations des élèves convoqués. Apparemment, on les avait enfermés pendant des heures dans les cachots, face à des officiers intimidants. Ces derniers leurs avaient mis la pression pour avouer qu'ils consommaient des stupéfiants, ainsi que leur provenance.

« Ça va être compliqué pour Nott. » commenta Ginny. « Si l'un d'eux le dénoncent. »

Il était de notoriété publique que Théodore Nott était le fournisseur principal de substances en tout genre dans l'enceinte de l'école. Il faisait même régulièrement la promotion de son club Légalisons les Substances Décontractantes, plus connu sous nom de LSD, qui luttait l'autorisation de la poudre de Billywig à Poudlard. Il semblait improbable pour Ginny que Nott ne soit pas mis en cause par l'un des élèves.

« Je ne m'en fais pas pour lui. » soutint Draco d'un ton confiant. « Nott Senior, son père, a beaucoup d'influence au Ministère. Théodore prendra une petite tape sur l'épaule, rien de plus. »

« Pourquoi il vend ces trucs ? Ce n'est pas comme s'il avait besoin d'argent. » dit Ginny avec indignation.

« Parce qu'il s'ennuie. » répondit Draco.

La rumeur que Ginny entendit ensuite la fit frissonner. Les résultats de l'autopsie réalisée sur la dépouille Millicent Bulstrode avaient révélé des nouveaux détails sur les causes de sa mort. Son overdose était survenue suite à la réaction de la drogue qu'elle avait consommé, mélangée à un Élixir Soporifique, un puissant calmant qu'on utilisait généralement sur les créatures magiques pour les transporter sur de longues distances. Il était assez puissant pour assommer des créatures d'un grand gabarit comme un Dragon ou un Oiseau-Tonnerre pendant plus de vingt-quatre heures. La dose retrouvée dans l'organisme de Millicent était suffisante pour assommer un humain pendant des semaines.

Pourtant, couplée à la drogue qu'elle avait ingérée, le cocktail avait été explosif et s'était révélé mortel. Sous la pression des Aurors, Théodore avait avoué vendre régulièrement des scarabées hallucinogènes à Millicent ainsi qu'à d'autres élèves.

Il nia pourtant fermement lui avoir procuré l'Élixir Soporifique, une substance hautement régulée et interdite au grand public. Draco expliqua à Ginny le contenu d'une conversation qu'il avait eu avec Nott, la veille.

« Apparemment, elle avait augmenté ses doses de scarabées depuis quelques semaines. A force, les effets ne sont pas aussi efficaces et il en faut toujours plus. Nott la soupçonne d'avoir cherché autre chose pour stimuler les effets. » dit-il. « Elle a du mal gérer les doses avec cet Élixir. »

Cette théorie sembla convaincre l'opinion publique. L'autopsie avait prouvé que l'Élixir se trouvait dans l'estomac de la jeune fille et qu'il avait été ingéré par voie buccale. Aucune preuve de pression ou de force n'avait été relevée sur son corps - ce qui signifiait qu'elle avait probablement ingéré la substance de manière consentante.

Selon Draco, les Aurors avaient d'abord pensé à une éventuelle piste criminelle mais l'avaient écarté rapidement. Les preuves physiques, ainsi que les antécédents documentés d'une adolescence instable, ayant fait plusieurs passages en cure de désintoxication dans le passé, furent suffisant pour qualifier sa mort d'accidentelle définitivement. Le dossier fut clos.

L'atmosphère pesante de Poudlard ne sembla toutefois pas s'améliorer. McGonagall semblait résolue à éradiquer les drogues de l'école. Elle devint plus stricte que jamais. Personne n'osait bouger le moindre doigt en sa présence et jamais Ginny n'avait vu les élèves aussi disciplinés depuis son arrivée à Poudlard.

Un jour, pendant un cours de Métamorphose, Lavande Brown eut le malheur de demander ce qu'il adviendrait de l'élection Miss Fondatrice. D'un ton particulièrement glacial, McGonagall lui indiqua qu'il était ''hautement inapproprié'' de poser de telles questions vu les circonstances actuelles et qu'elle obtiendrait des informations quand on ''déciderait de les communiquer'. En attendant, McGonagall, conseilla fermement à Lavande de se concentrer sur son devoir pour ne pas écoper d'un Désolant et rater ses ASPICs.

« Ce qui est fort probable étant donné vos priorités actuelles. » acheva McGonagall d'un ton sec. « Si vous mettiez autant d'énergie dans vos cours que dans cette élection, vous seriez probablement première de votre promotion, Miss Brown. »

« Ouch, ça a dû faire mal. » commenta Pansy Parkinson en ricanant.

Elle reporta toutefois son attention sur son parchemin lorsqu'elle croisa le regard hostile de la Directrice Adjointe et le reste du cours se fit dans un silence de mort.

Ginny jeta un regard bref en direction des Quatre, ou plutôt des Trois. Depuis la disparition de Millicent, elles semblaient avoir complètement changé de comportement. A part une remarque déplacée de temps en temps de la part de Parkinson, elles ne semblaient plus tyranniser les élèves. Un évènement aussi tragique pouvait même changer la pire des vipères, pensa Ginny. Après tout, elle était bien placée pour le savoir.

Daphné Greengrass semblait s'être complètement désintéressée de Ginny ainsi que de leur conflit. Elle paraissait même passer moins de temps avec ses amies et affichait constamment cet air soucieux qui rendit Ginny perplexe.

Peu après les premières révélations sur les circonstances autour de la mort de Millicent, Rita Skeeter publia un autre article à scandale, cette fois pour la Gazette du Sorcier.

Elle prétendit que Poudlard était secrètement dirigé par une secte dont Dumbledore était un membre imminent. Elle l'accusa d'effectuer des sacrifices réguliers à la demande de ses supérieures et que Millicent avait été ''écartée'' après avoir entendu des informations sur les activités douteuses de la Direction.

Selon des dires, Dumbledore était lui-même un ''allumé de première-classe'' dont le leadership avait amené l'école à devenir un lieu de débauche. Elle l'accusait d'être trop laxiste, et de former une génération de sorciers ''stupides, fainéants et capricieux.''

Ginny fut choquée de recevoir une lettre de Skeeter, lui proposant une nouvelle interview. Elle avait apparemment contacté toutes les candidates de l'élection pour obtenir des informations sur le déroulement interne de Miss Fondatrice. Cette fois, personne ne lui accorda d'attention. Après son premier article, toutes savaient que Skeeter n'aurait aucun scrupule à mentir sur elles dans ses articles et à déformer leurs propos pour faire des ventes. Bientôt, les huit candidates de Miss Fondatrice furent rappelées dans le bureau de McGonagall.

« Après de longues discussions et négociations avec les professeurs, et le reste du jury, nous avons décidé de maintenir l'élection de Miss Fondatrice. » annonça-t-elle.

Les élèves présentes échangèrent des regards étonnés. Tout le monde s'attendait à ce que l'élection soit annulée.

« Nous avons décidé de faire quelques changements. Tous les fonds supplémentaires offerts par les sponsors à l'issue de l'élection seront donnés à la fondation en mémoire de Millicent Bulstrode, pour les jeunes souffrant d'addictions. Tous les fonds déjà récoltés durant l'année seront également donnés à cette œuvre caritative. » expliqua-t-elle. « Cela ne changera toutefois pas les récompenses destinées à la future Miss Fondatrice. »

Elle soupira, observant les élèves avec réflexion. Elle paraissait exténuée.

« Les deux dernières semaines ont été éprouvantes pour nous tous et nous voulons nous assurer qu'il ressortira quelque chose de positif de cette tragédie. » poursuivit McGonagall, l'air grave.

Le soir même, Ginny rapporta à Draco les paroles de McGonagall. Ils se trouvaient au sommet de la tour d'Astronomie et s'étaient installés sur l'un des bancs de fortune laissés pour les fêtes qui avaient régulièrement lieu dans cet endroit. Draco avait lancé autour d'eux un sort de chaleur, les protégeant contre la température glaçante des derniers jours de Novembre.

« C'est politique. » commenta-t-il, après avoir écouté son compte rendu.

« Comment ça ? » s'enquit Ginny.

« Ils veulent entrer dans les bonnes grâces des Bulstrode. » déclara-t-il sur le ton de l'évidence. « Ils savent que toute cette histoire peut avoir des conséquences sur la réputation de l'école. Ils veulent tout faire pour limiter les dégâts. Mais il est évident que des têtes vont sauter quand tout sera terminé. »

« En tout cas, les autres candidates avaient l'air heureuses de continuer cette élection stupide. » indiqua Ginny en soufflant d'agacement.

Elle ne comprenait pas l'engouement devant cet événement idiot.

« C'est traumatisant pour certains élèves. Quelque chose d'aussi superficiel peut être une distraction bienvenue. Les aider à penser à quelque chose d'autre. »

Ginny hocha la tête. Draco n'avait pas tort. Cette atmosphère morbide était trop accablante. Une distraction pourrait sans doute être utile.

« En parlant de distraction superficielle, nous n'avons toujours pas reparlé de ce fameux rencard auquel tu m'as invité. » rappela Draco, un sourire en coin apparaissant sur ses lèvres. « C'est ce weekend. »

Ginny s'apprêtait à répliquer mais elle se retint. Après tout, à qui mentait-elle ? Il s'agissait bel et bien d'un rencard malgré ce qu'elle souhaitait prétendre.

« Tu es toujours partant ? » demanda-t-elle.

« Évidemment, quelle question. »

Sa réponse arracha un sourire à Ginny. Elle s'empara de la bouteille de bièraubeurre posée à ses pieds puis posa son dos contre le muret.

« Et puis techniquement, il s'agit de notre troisième rencard. » rappela Draco.

Déjà, pensa-t-elle avec surprise. Elle tenta de se rappeler des deux autres rencards qu'ils avaient déjà eus. La première fois, Draco l'avait emmenée à une course effrénée du Parcours de la Mort. La deuxième fois, ils s'étaient rendus à la fête d'anniversaire de Tracey Davis ensemble. A chaque fois, elle avait passé d'excellents moments avec lui.

« Et tout le monde sait ce qu'il se passe au troisième rendez-vous… » enchaîna Draco d'un ton serein.

Ginny leva un sourcil, étonnée.

« Et que s'y passe-t-il ?» demanda-t-elle avec confusion.

« Le garçon reçoit enfin son baiser. » répondit Draco avec satisfaction.

Ginny éclata de rire.

« Je dois le reconnaître. Tu es vraiment très persistent, Draco. »

« C'est comme ça qu'on obtient ce qu'on veut. » répondit-il avant d'avaler une gorgée de bièraubeurre.

« Qui te garantit que ça se passera ainsi au troisième rencard ?» interrogea-t-elle avec morgue. « Tu sais bien que les conventions et moi, ça fait deux. »

« Tu peux m'embrasser avant le troisième rencard, Ginevra. Ça me convient aussi. » informa-t-il avec un soupir, comme s'il était prêt à se sacrifier pour la cause.

Il se pencha dans sa direction, comme s'il attendait qu'elle l'embrasse. Ginny le repoussa gentiment.

« Bien tenté. » dit-elle avec un rire avant de se relever.

Elle épousseta son jean, ignorant le regard faussement déçu de Draco.

« Je te vois demain. » dit-elle en lui adressant un signe de la main, avant de rejoindre les escaliers.

Lorsqu'elle regagna la salle commune de Gryffondor, elle trouva un groupe d'élèves rassemblé autour de la cheminée. Elle reconnut Hermione et Harry au milieu. Ginny s'approcha, les sourcils froncés, cherchant à comprendre la provenance du remue-ménage.

Elle laissa échapper une exclamation choquée lorsqu'elle vit le visage tuméfié d'Hermione. Un large hématome rouge couvrait la moitié de sa joue. Un filet de sang coulait de ses cheveux, provenant d'une plaie sur son front. Elle paraissait complètement déboussolée et gémissait de douleur, les larmes dans ses yeux.

« Que s'est-il passé ?» demanda Ginny avec panique.

« Elle vient de se faire agresser. » répondit Parvati Patil d'une voix grave.

« Écartez-vous - je l'emmène à l'infirmerie. » décréta Harry en aidant Hermione à se relever pour se diriger vers le trou du portrait.

« Tu viens de rentrer ? » demanda soudainement Ron d'une voix sévère, se tournant vers Ginny. « Tu ne devrais pas te promener seule dans les couloirs. »

« J'étais avec Draco. » répliqua Ginny, comme si cela répondait à la question. « Quelqu'un peut-il me dire ce qu'il s'est passé, oui ou non ?»

« Hermione a été attaquée par quelqu'un à son retour de la Bibliothèque. Elle a réussi à se défendre in-extremis et s'est enfuit. Je n'ai pas tous les détails, on était en train de lui poser des questions avant que tu n'arrives. » expliqua Ron.

Ginny écouta le récit de son frère, horrifiée.

« Attaquée ? » répéta Ginny avec angoisse. « Par qui ? »

« Aucune idée, elle n'a pas vu de qui il s'agissait. La personne a fui lorsqu'elle a vu qu'elle résistait. » répondit gravement Ron.

Ginny se laissa tomber dans le sofa le plus proche, le regard vide, complètement médusée. Où se trouvait-elle ? Dans la quatrième dimension ?

« C'est complètement fou ce qu'il se passe dans cette école. » murmura-t-elle en secouant la tête.

« Elle a eu de la chance. Vu son état, son agresseur voulait vraiment lui faire du mal. Peut-être même pire… » ajouta Parvati Patil en frissonnant, les bras autour de ses épaules.

Un silence s'abattit dans la pièce, pendant lequel tous les étudiants semblèrent perdus dans des pensées macabres.

« Je… Je ne me sens plus en sécurité ici. » avoua Lavande d'une voix tremblante.

Ginny ne pouvait pas lui en vouloir. Entendre le récit d'une attaque violente après la récente disparition de Millicent Bulstrode était terriblement angoissant.

Cette nuit encore, Ginny parvint à peine à fermer l'œil de la nuit. Chaque bruit qu'elle entendait la faisait sursauter et serrer fermement sa baguette dans sa paume, dissimulée sous son oreiller. La première chose qu'elle fit le matin suivant fut de se rendre à l'infirmerie en compagnie d'Harry et Ron.

Hermione était allongée sur l'un des lits, dans un piteux état. L'aspect de son visage était encore pire que la veille. Le gonflement s'était intensifié et l'hématome avait pris une couleur violette hideuse. Elle grimaçait lorsqu'elle parlait, probablement à cause de la douleur. Ginny s'avança dans sa direction et l'étreignit doucement.

Hermione leur relata son attaque, qu'elle avait détaillé aux professeurs, la veille, lorsque Harry l'avait emmenée à l'infirmerie.

« Je marchais dans les couloirs pour rentrer dans la salle commune. Je me souviens juste de ce bruit… Puis j'ai senti une douleur dans mon dos, comme celle d'un sort cuisant. J'ai trébuché près d'une statue et je me suis cognée la tête dessus. » dit-elle d'une voix tremblante, visiblement secouée.

Elle frissonna, comme si raconter les événements lui donnait l'impression de les vivre à nouveau.

« Et j'ai senti cette personne se jeter littéralement sur moi pour m'attaquer. » poursuivit-elle.

« Une fille ou un garçon ? » ne put s'empêcher d'interroger Ginny.

« Je… Je ne suis pas sûre. La personne était complètement encapuchonnée. » admit Hermione, en secouant la tête, comme si elle tentait désespérément de se souvenir. « Je crois que la commotion m'a un peu aveuglé. J'ai essayé de me débattre mais la personne était trop forte pour moi. J'ai hurlé et je crois que ça l'a surpris. Il ou elle s'est relevé et a pris la fuite. » acheva Hermione en se mordant la lèvre inférieure pour ne pas pleurer. « J'ai couru aussi vite que j'ai pu et je suis tombée sur Harry près de notre salle commune. »

Des larmes coulaient sur ses joues et Ginny l'observa avec un mélange d'horreur et de pitié. Hermione avait été chamboulée par la découverte du corps de Millicent et elle se faisait désormais attaquer sans raison par un fou furieux ? C'était trop d'événements traumatisants en peu de temps.

« C'était juste… horrible… J'ai cru que… J'ai vraiment cru que cette personne allait me tuer. » dit-elle entre deux sanglots.

L'infirmière entra dans la pièce et leur pria de quitter l'infirmerie tandis qu'elle tentait de calmer Hermione.

Ron laissa échapper une injure particulièrement vulgaire. Ginny acquiesça lentement, partageant son sentiment face à la situation.

« Tout ce qui se passe… Ce n'est pas un hasard. » lança soudainement Harry avec un sérieux qui ne lui ressemblait guère, ses yeux froncés derrière ses lunettes rondes.

Les deux autres se tournèrent dans sa direction, confus.

« Vous ne trouvez pas bizarre toutes ces attaques contre certaines étudiantes ? » demanda-t-il, le regard sombre.

« Comment ça ? » s'enquit Ron.

« Susan Bones a été envoyée à St-Mangouste après avoir mangé les chocolats de cet ''admirateur.'' Comme par hasard, ils contenaient des amandes et Susan en est allergique. Ensuite Millicent Bulstrode. Je sais que c'était un accident selon les Aurors. Mais avec l'attaque d'Hermione hier soir, je commence sérieusement à avoir des doutes. » dit-il.

« Tu penses que c'est l'œuvre de la même personne ?» demanda Ron d'un ton prudent.

Harry hocha la tête.

« J'en mettrai ma baguette à couper. Et cette personne devient de plus en plus violente. Et si on regarde bien, on dirait qu'il ou elle a une cible très particulière dans le collimateur. » acheva Harry en se tournant vers Ginny.

Ginny resta silencieuse, écoutant les mots d'Harry tandis que son esprit tirait les conclusions qui s'imposaient.

Quelqu'un était après les candidates de Miss Fondatrice et il semblerait que cette personne était prête à tout pour les évincer.

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« Dans la salle commune, immédiatement ! » insista la voix grinçante de Rusard, le concierge de l'école. « Levez vos derrières paresseux sur le champ ! »

« Qu'est-ce qui se passe, par le caleçon troué de Merlin ? » s'exclama Pansy, resserrant sa robe de chambre autour d'elle, les yeux endormis. « Il est six heures du matin. »

Quelques instants plus tôt, des coups sonores s'étaient faits entendre à toutes les portes des dortoirs. Des individus portant les robes de sorciers du Ministère avaient fait irruption dans les dortoirs, demandant aux élèves de quitter leurs lits et de se rendre dans la salle commune.

Autour d'elle, Daphné aperçut une centaine d'élèves, tous en pyjama, se frottant les yeux, mi-endormis. Daphné et ses amis prirent place sur l'un des sofas, observant Rusard tandis qu'il poussait sans ménagement les élèves qui mettaient trop de temps à descendre les escaliers à son goût.

« Vous n'êtes pas aussi lents lorsqu'il s'agit de faire votre débauche habituelle, n'est-ce pas ? » demanda-t-il avec un sourire vicieux.

Il tenait un instrument dans sa main qu'il brandit d'un geste menaçant. Lorsqu'un deuxième année de Serpentard tenta de remonter les escaliers pour récupérer sa chaussure qui était tombée pendant sa descente, Rusard fourra son instrument dans son dos. L'élève laissa échapper un cri de douleur et fut parcouru d'un spasme, comme si on venait de lui envoyer une décharge.

« J'ai dit tout le monde dans la salle commune ! » aboya Rusard.

Il montra son appareil, l'air menaçant.

« Un autre d'entre vous veut recevoir sa correction ?» demanda-t-il.

Toute la pièce garda le silence.

« C'est bien ce que je pensais. » déclara Rusard, un sourire mauvais aux lèvres. « Une belle brochette de cancres, hein ? »

« Ce type est un foutu psychopathe. » murmura Pansy.

« Qu'est ce vous venez de dire, là-bas ?» s'exclama Rusard, en observant Pansy avec suspicion.

« Je voulais savoir si on pouvait avoir une explication. » s'enquit Pansy en prenant un air innocent et une voix fluette qui sonnait terriblement fausse.

« Ces bons messieurs vont regarder dans vos affaires pour s'assurer que vous ne transportez rien de dangereux ni d'illégal. » répondit-il avec un plaisir non dissimulé. « Les choses commencent enfin à devenir ce qu'elles devraient être ici. »

Il paraissait se délecter de la situation. Il clamait à longueur de journée que les étudiants étaient ''un tas de morveux pourris gâtés, pervertis et sans aucune éducation.'' Il voulait à tout prix rétablir la torture comme méthode disciplinaire.

Il reçut des regards blasés et dégoûtés mais tout le monde garda le silence. Après quelques minutes, Daphné remarqua que Tracey paraissait nerveuse.

« Qu'est-ce qui te fait aussi peur, Cece ? Tu as peur qu'ils retrouvent ton vibromasseur ?» interrogea Pansy avec un sourire goguenard.

Tracey lui jeta un regard écœuré.

« Je ne veux pas que des inconnus touchent mes affaires… C'est tellement dégoûtant. » chuchota Tracey avec aversion.

« Ce n'est vraiment pas le moment pour tes penchants germophobes, Cece. » rétorqua Pansy, levant les yeux au plafond.

Au bout d'une heure, les recherches furent terminées et les élèves furent autorisés à regagner leurs dortoirs. Ils n'avaient visiblement rien trouvé de trop douteux car ils embarquèrent quelques objets, mais aucun élève ne fut appréhendé.

« On se croirait à Azkaban. » commenta Pansy. « Ils nous traitent comme si on était une bande de criminels. »

Elle s'installa sur le lit de Tracey.

« La seule chose criminelle qui se trouve ici, ce sont les uniformes que nous sommes forcés de porter. » ajouta-t-elle. « Ils sont tellement 1992. »

« Après ce qui est arrivé à Millicent puis à Granger, ça n'a rien d'étonnant. » rappela Tracey.

Elle jeta un regard dépité à sa malle, complètement sans dessus dessous.

« Je vais devoir tout laver et aseptiser. Je ne sais pas où leurs mains ont été. » dit-elle en gémissant de frustration.

« Vérifie qu'il ne te manque pas de petite-culotte. Celui qui était dans notre dortoir ressemblait à un pervers de première classe. » dit Pansy.

Elle éclata de rire devant la mine horrifiée de Tracey.

« On va à Pré-au-Lard aujourd'hui ? » interrogea Pansy en s'étirant longuement, à la manière d'un chat.

Daphné secoua la tête.

« Je rentre à la maison, ce weekend. » informa-t-elle.

Le dernier weekend du mois, les élèves étaient autorisés à quitter les environs de l'école et à passer la nuit à l'extérieur. La plupart en profitaient pour rentrer au domicile familial.

Deux heures plus tard, elle se retrouva devant la grille d'une large bâtisse blanche, la demeure des Greengrass. Lorsqu'elle entra dans la maison et passa devant le séjour, elle vit Astoria. Elle était probablement rentrée la veille. Elle était assise sur le sol, jouant avec un petit chaton blanc au poil duveteux.

Leur père lui avait offert un chat de race après le ''traumatisme'' récent qu'avait subi Astoria en mangeant de la viande. Daphné avait levé les yeux au ciel tandis que sa demi-sœur se pavanait avec son nouveau compagnon.

« Où est Papa ?» demanda Daphné d'un ton sec, sans la saluer.

Astoria prit le chaton dans ses bras, posant son nez dans son poil doux.

« Dans la cuisine. » répondit Astoria d'une voix guillerette.

Elle se releva, montrant le chat à Daphné.

« N'est-il pas adorable ? Si je me souviens bien, tu rêvais d'en avoir un comme ça. » dit-elle d'une voix innocente.

Daphné serra les dents. Elle avait toujours rêvé d'avoir un chat mais son désir était incompatible avec sa voisine de dortoir. Tracey aurait fait une dépression nerveuse à l'idée d'avoir un animal dans le dortoir qu'elles partageaient. Ce n'était pas hygiénique selon elle et Daphné avait rapidement abandonné l'idée.

Pourtant, voir sa demi-sœur la narguer avec quelque chose qu'elle désirait autant la rendait folle de rage. Elle aurait dû s'en douter. Elle avait réussi à piéger Astoria mais sa tentative, encore une fois, avait entraîné une retombée positive pour sa demi-sœur. Cette dernière obtenait tout ce qu'elle voulait. Son père semblait incapable de lui refuser quoi que ce soit. Daphné fit quelques pas dans sa direction, une lueur glaciale dans ses yeux.

« Tu es vraiment la prunelle de ses yeux, n'est-ce pas ? Parfaite petite Astoria qui obtient tout ce qu'elle demande sans faire le moindre effort. Tu ne peux jamais rien faire de mal pour lui… » chuchota Daphné d'une voix doucereuse, enroulant l'une des boucles blondes de sa demi-sœur autour de son doigt.

Elle se rapprocha de son oreille :

« Tu sais que je prie tous les jours pour qu'il t'arrive quelque chose de grave et que je n'ai plus à supporter ta présence indésirable ? » poursuivit Daphné en tirant sur la mèche avec plus de force.

Astoria grimaça de douleur puis recula, visiblement alarmée par les mots de Daphné. Cette dernière esquissa un sourire malveillant avant de quitter la pièce. Elle salua son père dans la cuisine et profita du fait qu'il soit occupé pour remonter les escaliers quatre à quatre et se rendre dans son bureau.

Daphné ferma soigneusement la porte derrière elle, et se dirigea vers le bureau massif au centre de la pièce. Elle chercha fébrilement dans les affaires de son père. Elle y dénicha le large carnet d'adresses où son père gardait les coordonnées de ses nombreux contacts. Elle tourna les pages à la recherche d'un nom particulier et son sourire s'agrandit lorsqu'elle trouva le nom désiré. Elle nota rapidement l'adresse sur un parchemin et quitta le bureau à la hâte. Son père ne les autorisait pas à entrer dans son bureau sans sa permission, surtout lorsqu'il n'y était pas présent.

Daphné remonta à la volière et griffonna un mot à la hâte avant de l'enrouler autour de la patte d'un hibou. Elle l'observa tandis qu'il s'éloignait, dépliant ses ailes majestueuses dans l'air, disparaissant à l'horizon.

Lorsqu'elle redescendit à l'étage, elle entendit les voix de son père et sa demi-sœur dans la cuisine qui riaient aux éclats. Daphné leva les yeux au plafond. En passant devant le Hall, elle aperçut le chaton d'Astoria, niché confortablement sur l'un des sofas. Elle s'approcha de l'animal et le prit dans ses bras avec douceur.

« Hey toi. » dit-elle en caressant le chaton qui ronronna sous ses caresses. « Qu'as-tu fait pour recevoir une maîtresse aussi horrible ? Tu ne mérites vraiment pas ça... » murmura-t-elle.

Elle jeta un regard vers le hall, puis observa le chaton avec réflexion. Une idée lui vint en tête. Deux heures plus tard, alors que Daphné était installée dans la bibliothèque du Manoir, occupée à lire un livre, Astoria entra dans la pièce, dans tous ses états.

« Je ne trouve pas Neige. » dit-elle, la panique audible dans sa voix.

Daphné s'empêcha de lever les yeux au ciel. Le nom qu'elle avait donné à cet animal était si stupide.

« Le Manoir est immense, Acné. Elle est probablement cachée quelque part. » répondit Daphné, haussant les épaules.

« Non, les elfes ne la trouvent pas non plus. » insista Astoria. « Est ce que tu l'as vue ? »

« J'ai une tête à faire la baby-sitter pour ton fichu chat ?» demanda Daphné avec froideur.

Astoria parut frustrée mais quitta la pièce sans ajouter un mot. Pendant l'heure suivante, Daphné entendit sa demi-sœur hurler le nom de son chat. Bientôt, son père et le reste des elfes furent mandatés pour l'aider. Daphné resta dans son coin, les yeux rieurs, se délectant de la situation.

Soudain, un hurlement déchirant se fit entendre partout dans la maison et un sourire anima son visage. Elle se leva finalement, posa son livre et sortit dans le jardin. Astoria et son père étaient à la lisière du bois qui bordait le domaine. Astoria sanglotait comme une hystérique dans les bras de leur père.

« Qu'est-ce qu'il se passe ? J'ai entendu un cri ? » demanda Daphné, feignant la surprise.

Son père lui jeta un regard perdu et désigna un point sur le sol.

Par terre, se trouvait une flaque d'un liquide épais et rougeâtre. Des poils blancs étaient visibles dans la flaque.

« Qu'est-ce que c'est ? » demanda Daphné d'une voix innocente.

« Du sang. » répondit son père.

A ses mots, les pleurs d'Astoria redoublèrent encore.

« Il y a un tas de créatures sauvages qui traînent dans ses bois. » expliqua Daphné, sur le ton de l'évidence. « L'une d'elle l'a probablement attaquée pour en faire son dîner. C'est tellement triste. Mais bon, c'est la loi de la nature. »

Son père lui lança un regard désapprobateur tandis que les pleurs d'Astoria se faisaient plus bruyants.

« Tu aurais vraiment dû faire plus attention. Cette petite créature a été dévorée par un prédateur à cause de ta négligence. » accusa Daphné d'une voix vicieuse. « Imagine seulement une seconde comme elle a dû souffrir. »

Elle se tourna vers son père.

« Elle n'est pas assez mature pour s'occuper d'un autre être vivant. On ne devrait pas lui faire ce genre de cadeau. » acheva-t-elle avant de se retourner.

Alors qu'elle s'éloignait, un sourire satisfait illumina son visage. Elle éprouva un plaisir immense en entendant les pleurs de sa demi-sœur.

Aux alentours de sept heures, elle quitta sa chambre et se dirigea vers les escaliers. Elle s'arrêta devant la porte de la chambre d'Astoria et ricana en l'entendant sangloter inlassablement.

Daphné se dirigea vers le séjour d'un pas léger et se posta devant la cheminée. Elle s'empara d'une poignée de poudre de cheminette, pénétra dans l'âtre et d'une voix claire, s'exclama :

« Cabinet Sleezer et Associés, Magipolis ! »

Elle disparut dans un torrent de flammes vertes. Quelques instants plus tard, elle réapparut dans l'âtre d'une cheminée gigantesque. Face à elle se trouvait un hall aux murs pourpres. Daphné sauta de l'âtre puis fit quelque pas en direction de la réception, où une femme blonde se limait les ongles. Elle s'arrêta lorsqu'elle vit Daphné et esquissa un sourire exagéré.

« Bienvenue chez Sleezer et Associés. En quoi puis-je vous aider ? » interrogea-t-elle d'une voix suave.

« Je suis Daphné Greengrass. » répondit-t-elle, sans répondre à la question.

La réceptionniste consulta un large grimoire posé devant elle.

« M. Sleezer vous accueillera dans quelques minutes. Il termine son dernier rendez-vous. Vous pouvez patienter juste en face. » indiqua la réceptionniste en pointant l'un de ses doigts manucurés sur un sofa violet à quelques mètres.

Daphné hocha la tête et s'installa sur le fauteuil, croisant les bras sur sa poitrine, impatiente. Elle se demanda vaguement dans quel état sa demi-sœur était actuellement. Probablement au bord de la dépression nerveuse. Elle esquissa un sourire en se souvenant de son visage dévasté. Elle avait mérité sa correction. Il avait été si gratifiant de la voir aussi triste et paniquée imaginant son nouvel animal de compagnie dans l'estomac d'une créature vorace.

Daphné avait simplement conduit le chaton dans le jardin de leur voisine, une vieille sorcière vivant en recluse qui adorait les chats. Elle s'était assurée que la femme trouve l'animal avant de s'éloigner.

Elle avait pris l'une des poches de sang que son père utilisait pour nourrir les deux croups qu'il possédait. Elle l'avait vidée près de la lisière pour donner l'impression qu'il était arrivé quelque chose au chat. Plusieurs jours passeraient avant qu'ils ne réalisent où se trouvait le chat et elle pourrait profiter du chagrin de sa demi-sœur jusque-là.

Daphné soupira, jetant un regard à sa montre. Elle ouvrit son sac, et en extirpa une pochette dans laquelle elle avait soigneusement rangé des documents.

Depuis l'enterrement de Millicent et du message qu'elle avait reçu dans son carnet personnel, Daphné s'était posée des questions sur sa santé mentale. Avait-elle vraiment vu ce message ? S'agissait-il de son imagination ? Elle avait douté jusqu'au jour où les résultats de l'analyse toxicologique du corps avaient été révélés.

Pas un accident.

Les mots avaient été clairs bien que frustrants.

« Tu n'aurais pas pu tout simplement me dire qui est le responsable, Millie ? » avait-elle demandé à voix haute, d'un ton frustré. « Pourquoi être aussi cryptique ? »

Les Aurors avaient finalement indiqué qu'il s'agissait d'un accident et l'affaire n'était pas allée plus loin. Cependant les Aurors n'avaient pas toutes les informations en leurs mains.

C'était pour ça que Millicent s'était adressée à elle et non à Tracey ou Pansy. Daphné était la seule à connaître le secret de Millicent. Elle savait toutefois qu'elle devrait approcher la situation avec beaucoup de prudence. Elle devait être absolument certaine de son intuition. Elle ne voulait pas partager l'information aux Aurors sans raison. Après tout, il s'agissait de la réputation à titre posthume de son amie. Elle ne comptait pas révéler sa vie privée, ni prendre le risque que les autres l'apprennent si elle n'était pas certaine que cette information avait un rapport avec sa mort.

Daphné n'avait jamais été tendre avec Millicent. Elle avait toujours utilisé la méthode douce mais ferme avec son amie car elle manquait cruellement de discipline personnelle. Malgré tout, et même si leurs derniers échanges avaient été tendus, elle lui resterait toujours loyale.

Millicent comptait sur elle pour recouvrer le mystère autour de sa mort et Daphné était prête à utiliser toutes les ressources à sa disposition pour le faire.

« Miss Greengrass. » salua une voix.

Daphné leva la tête et son regard se posa sur un homme court et chauve, à la silhouette un peu trapue. Il portait un costume particulièrement clinquant d'une teinte violette ainsi que des chaussures en peau de dragon. Il lui serra chaleureusement la main.

« Cela fait des années que je ne vous ai pas vue. Merlin, vous ressemblez de plus en plus à votre père. » dit-il avec un rire. « Entrez, je vous en prie. Alda, apportez-nous une tasse de thé, si vous le voulez bien. »

La réceptionniste hocha la tête, visiblement ennuyée d'être tirée de sa lecture de Sorcière-Hebdo.

Daphné pénétra dans le bureau - une large pièce décorée ostensiblement, probablement pour impressionner la clientèle. Le violet dominait la pièce. Daphné prit place sur l'un des fauteuils en cuir tandis que Sleezer s'installait dans son siège.

Oscar Sleezer était un avocat véreux connu pour ses méthodes douteuses mais efficaces. Il n'hésitait pas à se salir les mains pour le compte de ses clients. Il n'avait aucun scrupule pour atteindre ses objectifs.

Daphné savait que son père mandatait Sleezer pour des affaires en tout genre. Sa discrétion à toute épreuve et le fait qu'il ne pose aucune question étaient d'une valeur précieuse.

Georgius Greengrass était un homme paranoïaque et Daphné savait qu'il vérifiait systématiquement les antécédents des gens avec qui il faisait des affaires. Il demandait à Sleezer de lui faire des comptes rendus détaillés avant de prendre des décisions importantes.

« Que puis-je faire pour vous ?» demanda-t-il d'une voix agréable.

« J'ai une question pour vous. » déclara Daphné d'une voix calme.

« Dites-moi. » encouragea l'homme.

« Vous savez qu'une fois que j'aurais hérité du patrimoine de mon père, j'aurais besoin d'un avocat pour gérer mes affaires ? » demanda-t-elle d'une voix doucereuse. « Ce serait idéal que vous continuiez à travailler pour la famille quand cela arrivera, n'est-ce pas ? »

Sleezer esquissa un petit sourire et hocha la tête, indiquant qu'il comprenait.

« Pas de doute, vous êtes vraiment la fille de votre père. » assura-t-il, semblant impressionné.

La dénommée Alda pénétra dans la pièce, posant deux tasses de thé sur le bureau avant de sortir discrètement. Sleezer agita sa baguette d'un geste discret et l'une des tasses lévita face à Daphné.

« Du sucre ? » demanda Sleezer.

« Du lait. » répondit-elle machinalement.

Le pichet de lait s'éleva dans les airs et versa son contenu dans la tasse de Daphné. Elle s'empara de cette dernière et la porta à ses lèvres.

« Mon père ne sait pas que je suis ici et j'aimerais que ça reste ainsi. » poursuivit Daphné, reposant la tasse sur la table.

« Discrétion totale. » indiqua Sleezer. « C'est la devise de mon cabinet. »

Daphné hocha la tête et extirpa sa pochette qu'elle posa devant Sleezer, sur le bureau. Il tira le fascicule dans sa direction et posa des lunettes rectangles sur son nez épaté avant de parcourir le contenu du dossier des yeux.

« J'ai besoin de toutes les informations que vous pouvez trouver sur cette personne. » indiqua Daphné. « Je veux tout savoir. »

Elle décela une lueur d'hésitation dans son regard tandis qu'il lisait les lignes qu'elle avait inscrites sur le parchemin.

« Ses documents sont probablement scellés et tenus confidentiels du fait de son ancienne profession. » devina Sleezer, se grattant la tête, comme s'il réfléchissait. « Cela risque d'être compliqué. »

« Je sais. C'est pour ça que je suis venue vous voir, Sleezer. Si quelqu'un peut le faire, c'est bien vous. »

Elle savait pertinemment que Sleezer avait les contacts et les ressources pour l'aider. C'était pour cette raison que son père travaillait avec lui. Connaissant les exigences élevées de son père, cela signifiait que Sleezer serait en mesure de faire ce qu'on attendait de lui.

« Vous me flattez, Miss Greengrass. » dit-il en s'enfonçant plus confortablement dans son fauteuil. « Je vais m'en occuper. »

Il tourna le parchemin, et fixa longuement la photo qu'elle avait ajouté dans la pochette.

« Pourquoi cherchez-vous à obtenir des informations sur cette personne ? » demanda-t-il avec curiosité.

Daphné soupira, l'image de Millicent allongée dans son cercueil lui revenant en tête. Son amie s'était adonnée à beaucoup d'activités dangereuses avant sa mort. Et la relation secrète qu'elle avait entretenue avait été l'une d'elle.

« Car mon amie a été assassinée. Et je soupçonne cette personne d'être impliquée. » répondit Daphné d'une voix ferme, son regard s'assombrissant.

Elle baissa les yeux sur la photo posée devant Sleezer, fixant le visage de Sirius Black.

Fin du Chapitre

On a enfin l'identité de l'amoureux secret de Millicent ! Êtes-vous surpris ? L'aviez-vous vu venir ou non ? J'attends vos impressions !

Et à très vite pour la suite !

Fearless