Vingt-quatrième réunion du Club des Créateurs

Le train est reparti pour une nouvelle année à Poudlard. Vanille a retrouvé tout le monde : Leanne, Ambre, Olivier, Octave et Annabelle dans son compartiment, Nathan toujours un peu chelou, et Alexandre... qui a pété sa durite quand Vanille lui a parlé de son père. Bon, c'est un sujet tabou... mais est-ce que ça valait vraiment le coup de se faire crier dessus ?


Leanne mit un coup de coude dans les côtes de Vanille.

- Eh ! Je suivais !

- Oh pardon. L'habitude.

Ce n'était peut-être que le premier cours de l'année. Mais Vanille avait pris une bonne résolution et comptait bien s'y tenir : plus d'évasion. Elle resterait concentrée sur le moment présent, tant qu'il y avait des personnes autour d'elle pour lui parler, tant que ce qui était dit était important. D'ailleurs, si elle arrivait à suivre en cours, elle aurait peut-être moins besoin de travailler de son côté, et aurait plus de temps pour le Club. Pour ses recherches. Pour Alexandre.

Elle secoua la tête et se força à écouter le professeur Flitwick, provoquant un léger rire chez Leanne, qui l'avait parfaitement vue arrêter de suivre.

- Tu t'en rends compte plus vite au moins, chuchota sa voisine, impitoyable.

Elle lui tira la langue et se força à l'ignorer. Malheureusement pour elle, ses voisins n'avaient pas pris les même résolutions qu'elle.

- Et une de Serpentard aussi, chuchotait Olivier, juste derrière elle. Tu l'as vue ? Elle avait une puissance incroyable ! Mais beaucoup plus violente.

- J'en ai compté quatre de cinquième année qui ressortaient vraiment, répondit Annabelle tout aussi bas (ils avaient ce cours en commun avec les Gryffondor). Malheureusement, comme je me suis concentrée sur les cinquième année, je n'ai pas pu voir ceux des autres, je n'avais plus de temps.

- Je n'ai pas du tout regardé la salle, avoua Octave. J'ai regardé les professeurs.

- De toute façon, Alexandre a dit qu'on ne se servirait pas forcément de ces informations pour le recrutement, pardonna Olivier. Alors ? Les profs ?

- Comme on s'y attend, McGonagall a une puissance magique furieuse et très stricte, ça lui va vraiment bien. Les autres sont un peu plus mous. En revanche, je n'ai pas vu Roy. Elle n'avait rien, c'était étrange.

- Peut-être qu'elle s'est protégée contre sa propre potion, proposa Annabelle.

Vanille reçu un coup de coude bien mérité.

- Et j'ai été ravi de voir que beaucoup d'entre vous avez réussi vos BUSEs en sortilège, congratulait le professeur.

Vanille lança un regard de reproche à Leanne.

- Si tu t'autorises à ne pas suivre maintenant, tu ne tiendras jamais l'année.

- C'est pas comme si ce qu'il disait était utile ! grogna Vanille.

Elle avait toujours trouvé les discours de début d'année beaucoup trop longs.

- Vanille ! entendit-elle chuchoter derrière elle.

Là, ce n'était vraiment pas de sa faute. Elle se pencha en arrière, nonchalamment, croyant adopter une position subtile.

- Tu as compté combien de cinquième année potentiels hier soir ? demanda Olivier.

Elle haussa les épaules :

- Il ne faut pas trop se fier à ces… auras magiques. Il faudra donner sa chance à qui le voudra, argumenta Vanille.

- Tu n'as pas changé d'avis alors.

Le professeur Flitwick lui lança un regard désespéré et Vanille en profita pour se rasseoir normalement. Intérieurement, elle le remercia. En vérité, elle n'avait rien à répondre à Olivier. Aucun des cinquième année de lui avait semblé plus apte à faire partie du Club des Créateurs qu'un autre.

Parce qu'elle n'avait pas bu la potion.

Vanille sortit la fiole de sa poche, imitée par tous les autres membres du Club des Créateurs, éparpillés dans la Grande Salle.

- J'ai demandé des détails à Alexandre, pour ne pas être visuellement envahis, on peut essayer de se concentrer sur les cinquième année, et on verra uniquement les potentiels magiques que l'on souhaite.

Ambre leva sa fiole, comme pour trinquer, et bu cul-sec. Vanille s'apprêtait à l'imiter, mais son bras s'arrêta à mi-chemin.

Elle ne voulait pas boire cette potion.

Elle avait immédiatement réfuté l'utilité de cette potion dans le cadre du Club, parce qu'elle supposait qu'on ne pouvait s'améliorer, qu'on ne pouvait être meilleur que ce que la potion, l'aura, son destin ne prédisait. Comme si, d'après cette potion, on était destiné - ou pas - à réaliser des grandes prouesses magiques.

Comme si le fait qu'elle ait une forte et intense aura magique l'obligeait à devenir une grande sorcière. Non. Si elle avait eu une aura minable, elle n'aurait rien changé de ses plans. Et un faible potentiel chez un prétendant au Club ne devait pas l'empêcher d'avoir ses chances. Ses notes, oui, et encore. Sa motivation surtout.

Le potentiel même de cette potion était gâché en étant utilisé aussi inutilement.

Alors elle rangea la fiole dans sa poche et imita les autres membres du Club qui affichaient un air émerveillé.

Pourquoi avait-elle décidé de cacher le fait de ne pas avoir bu le Revelavis ? Elle n'en savait trop rien. Une intuition.

Cela avait à voir avec la lettre. La fameuse lettre, toujours dans son carnet de recherches, comme une épée de Damoclès invisible et incompréhensible.

"Il y a des secrets qu'il serait trop dangereux que tu découvres. Tu es prévenue."

Cette lettre avait eu un double effet, plutôt antagonistes : la peur et la motivation. Elle avait continué ses recherches, évidemment, mais en se cachant et en se demandant qui pouvait lui envoyer telle menace. Et surtout pourquoi. Et justement, ce pourquoi était bien plus fort : quelle que soit la raison, quels que soient les secrets qu'elle ne devait pas découvrir, s'ils valaient une lettre de menace sur une simple Novice du Club des Créateurs, alors ils devaient être importants à garder.

Et si vous dites à un enfant de ne surtout pas ouvrir le tiroir de la commode, dès que vous aurez le dos tourné, il l'ouvrira. Vanille était une enfant. Elle voulait savoir ce qu'il y avait dans le tiroir.

- Je peux te donner un coup de coude là ? demanda Leanne d'un ton bien trop sérieux.

Vanille grommela et revint au moment présent. Le professeur Flitwick était en train d'écrire au tableau le premier chapitre de l'année.

"Analyse de sortilège."

- Pendant ce semestre, vous étudierez la réalisation d'un sortilège, de la formule jusqu'au geste, et vous devrez en trouver un contre-sort ! annonça-t-il de sa voix fluette.

Vanille rit intérieurement. Même fait exprès, cela n'aurait pas été aussi beau.

Elle se promit de suivre avec attention au moins tout le semestre.

Puisqu'elle était impatiente que le soir arrive, pour pouvoir retourner dans la salle des Créateurs et rouvrir le Club, évidemment, la journée fut beaucoup trop longue. Sortilège, Métamorphose, Potion, Arithmancie, Botanique, Défense Contre les Forces du Mal. C'était la rentrée la plus chargée qu'elle n'avait jamais eu, et avec tous ces discours de début d'année - "Félicitation pour vos BUSEs, maintenant ça va être dur, très dur, et nous allons dès à présent vous faire stresser pour vos ASPICs bien que vous ayez encore deux ans pour les préparer." - Vanille était exténuée quand arriva la fin de l'après-midi.

Mais toute son énergie réapparu spontanément quand elle se retrouva après le dîner devant la grande porte en bois stylisée du Club des Créateurs. Elle la contempla un instant, en silence, le nez levé. Un intense sentiment de retour à la maison l'envahit. Mieux que ça : elle se sentait rassurée.

Pendant un moment, enfoui au fond d'elle-même, elle avait eu peur de se retrouver face à cette porte et face à ses souvenirs.

Morgane qui tremblait violemment au sol après que Vanille lui ait envoyé un sortilège pour l'immobiliser.

Ses sueurs froides dans les couloirs, à pointer sa baguette vers les dédales sombres et glacés du château.

La violence des sortilèges qui les avaient expulsées, elle et Lorelei, au sol et contre le mur.

La haine et la colère dans les yeux de Jules quand il les attaquait.

Tous ces souvenirs qui étaient encore beaucoup, beaucoup trop vifs. Elle les balayait régulièrement d'un revers de main, mais ils revenaient. Jules, leur Maître Créateur et ami, serait toujours présent dans cette pièce. Toujours. Tant qu'il y avait quelqu'un pour penser à lui. Et Vanille ne pouvait s'empêcher d'y penser.

C'est pour cette raison qu'elle avait eu peur. Ces souvenirs pouvaient-ils l'empêcher de se sentir sereine au sein du Club ? Elle avait déjà eu une preuve que non : elle gardait toute confiance en les membres qui restaient. Et là, devant cette grande porte d'ébène, qui donnait presque l'impression de les attendre, elle souriait. Parce qu'elle était, malgré tout, simplement heureuse d'être là.

- Tu sais qu'on n'est pas obligés d'attendre qui que ce soit ? demanda Annabelle. Tu me laisses l'honneur de l'ouvrir ?

Vanille se décala. Annabelle ouvrit la porte en poussant de toutes ses forces - la porte était grande et Annabelle petite, et elle poussait les deux battants d'un coup, certainement pour donner un effet dramatique à leur entrée.

Annabelle et les Jeunes Créateurs de Serdaigle entrèrent dans la salle du Club, Vanille en dernière. Elle prit une grande respiration et toussa : cela faisait longtemps que la poussière n'avait pas été faite dans cette salle. Rien n'avait bougé depuis leur départ.

Tous les membres arrivèrent petit à petit et prirent place autour de la table ronde. La directrice n'était pas là - après tout, elle n'était pas vraiment membre, et le Club savait se gérer tout seul. Si elle avait été présente lors des dernières réunions, c'était uniquement à cause de Jules.

Vanille essaya de ne pas y penser.

Toutes les chaises étaient prises, il devait certainement y en avoir autant qu'il y avait de membres.

Chez les grands Créateurs, il y avait Alexandre, qui affichait un air dominant. Lorsqu'il était arrivé dans la salle, il était passé près d'elle et avait glissé sa main sur l'épaule de Vanille, simplement. Pour lui faire comprendre qu'il était là, qu'il savait qu'elle était là. Il s'était assis à côté d'elle et avait amené avec lui un gros livre, avec une pierre incrustée dans la couverture. C'était une pierre violette, Vanille cru reconnaître une améthyste, une pierre aux fortes propriétés magiques. Le livre était posé au centre de la table encore vide de tout travaux.

Florent et Iris étaient arrivés peu après, main dans la main, éternels rieurs. Ils arboraient toujours cet air bohème, lui avait d'interminables cils et une bouche fine, elle garnissait ses oreilles et ses cheveux de plumes, gri-gris en bois et autre bandeaux fleuris. Ils saluèrent tout le monde d'un geste joyeux, manifestement heureux de se retrouver là.

Alva et Alya furent plus discrètes. Vanille se rendit compte de leur présence au détour d'une conversation avec Ambre. Comme à leur habitude, elles n'avaient pas l'air commodes. Pourtant, et Vanille s'en étonna, c'est autre chose qui les caractérisaient : elles avaient des cernes maladroitement cachés d'un sortilège mal lancé, les traits tirés et baillaient régulièrement. Elles firent un vague signe de salut à Vanille lorsqu'elle captèrent son regard, et celle-ci leur sourit, un peu gênée d'avoir été remarquée les observant.

Les Jeunes Créateurs arrivèrent au compte-goutte, Lorelei et Enguerrand ensemble, puisqu'ils étaient tous deux de Poufsouffle (Lorelei vint prendre Vanille dans ses bras quand elle l'aperçut, et elles échangèrent un regard lourd de sens, conscientes d'avoir vécu ensemble un moment traumatisant - Vanille eut la confirmation de ne pas être la seule à ressasser encore cet événement), puis Kerwan, le Serpentard qui avait été le Novice de David avec Ambre, et enfin Leire, l'autre Gryffondor qui n'était pas aussi proche du groupe que les autres mais semblait s'en accommoder.

Alexandre se leva.

- Mes amis (Vanille leva les sourcils devant cette appellation un peu pompeuse), nous voici réunis de nouveau au Club des Créateurs. Avant de commencer quoi que ce soit, avant même de lancer le Club, il nous faut élire un Maître Créateur. Vous vous en doutez, je souhaite me présenter pour ce poste. Est-ce que quelqu'un d'autre parmi les Grands Créateurs souhaiterait également devenir Maître Créateur ?

Vanille s'étonna de la vitesse à laquelle il amenait les choses, pas de fioriture, directement dans le vif du sujet. Après tout, s'il fallait commencer par ça, pourquoi pas.

Personne ne se manifesta.

- Est-ce que quelqu'un souhaite proposer un autre Grand Créateur pour ce poste ?

Encore une fois, tous se regardèrent l'air entendu. On savait qu'Alexandre briguait ce poste et personne ne songeait à le spolier.

Florent leva les bras et baissa la tête, d'un geste théâtralement surfait :

- Merci à tous d'avoir prit en compte le fait que je n'étais pas du tout intéressé par ce poste, malgré mes incroyables talents de chef, plaisanta-t-il.

Il y eu un petit rire autour de la table.

- Est-ce qu'on peut encore parler d'élection à ce stade ? demanda Ambre. Non pas que je ne souhaite pas te voir devenir Maître Créateur, assura-t-elle quand Alexandre la regarda l'air passablement étonné, mais si personne d'autre ne se présente, alors le Maître Créateur n'aura pas vraiment été élu.

- Il y a une autre étape, affirma Alexandre. Au milieu de cette table se trouve le Livre du Club. Il contient les noms et des informations sur tous les membres du Club des Créateurs depuis sa création, à Poudlard et dans toutes les autres écoles. Il est bien plus complet qu'il n'en a l'air (Vanille songea en effet qu'il ne semblait pas y avoir plus de cinquante pages, mais c'était certainement un sortilège qui était à l'oeuvre), et n'est sorti qu'une fois par an, lors de la première réunion - ce soir, donc - pour y ajouter les noms des Grands Créateurs. Dans l'améthyste incrustée sur sa couverture se trouve le sortilège du Club, celui-là même qui vous a intégrés en temps que Novices.

Il pointa sa baguette sur le livre qui se souleva de quelques centimètres et s'ouvrit en plein milieu. Il tourna lentement sur lui-même. Sur les pages jaunies par le temps, Vanille aperçut l'espace d'un instant les noms d'Oreste et de David, mais pas ceux de Morgane ou Jules, qui étaient peut-être sur les pages précédentes. Ou peut-être le nom de Jules avait-il été effacé.

- Un à un, vous allez vous présenter, baguette tendue vers le livre. Dans votre esprit, vous penserez à la personne que vous souhaitez voir devenir votre Maître Créateur. C'est un vote à la majorité.

Il lança un regard entendu vers Ambre, qui hocha légèrement la tête, les yeux fixés sur le livre. En joignant la parole à l'acte, Alexandre, la baguette toujours tendue vers le centre de la table, dit :

- Alexandre Legrand, Septième année, Gryffondor.

Il marqua une pause, et le livre se tourna vers son voisin, Florent, qui fit de même. Chacun d'entre eux se présenta et vota intérieurement, cela finit par Vanille, qui vota évidemment pour Alexandre. Lorsqu'elle eut fini, le livre se referma et se reposa au centre de la table.

Un court instant passa, puis la pièce s'assombrit. L'améthyste commença elle à briller, en même temps que l'obscurité grandissait. Vanille se souvint de son entrée au Club, lorsque des filaments de lumière étaient passés de baguette en baguette. Et en effet, les mêmes filaments commençaient à sortir de la pierre. Le sortilège était à l'oeuvre.

C'était un spectacle très beau, l'incarnation de magie devant eux semblait vivante. Elle prit la forme d'une vague aérienne et se promena au-dessus de la table, bougeant élégamment, comme portée par un vent inexistant. De petits flashs apparaissaient spontanément, comme des surplus d'énergie, des court-jus d'électricité. Le tout toujours baigné dans cette douce lueur violette caractéristique du Club. Contrairement à la première fois, Elle ne se divisa pas en plusieurs parties pour rejoindre et lier les membres mais se mit à tourner devant chaque personne, comme un animal qui chercherait sa proie. Il flotta sans s'arrêter devant Iris, Ambre, fit presque un demi-tour en passant devant Nathan, puis se dirigea vers Alexandre. Mais au dernier moment, la sphère, le flux de magie se stoppa, pile entre Alexandre et Vanille.

Cela dura une demi-seconde : Vanille cru voir la lumière hésiter, si c'était possible, entre aller vers la gauche ou la droite. Puis, elle perçu un infime mouvement à sa gauche, comme si Alexandre s'était crispé. Enfin, d'un bond, d'un éclair, l'onde se précipita sur Alexandre et entra en lui.

Il lâcha un infime soupir, et tendit sa baguette vers l'améthyste : une nouvelle onde, plus intense, en sortit et plongea sur la pierre, ricocha et se divisa pour aller se loger dans chacun des membres du Club. Vanille accueillit le sien comme on reçoit un vieil ami : un manque inimaginé se trouve comblé, avec l'impression que rien n'avait changé depuis son départ.

Elle se tourna vers Alexandre, qui la regardait. La lumière était revenue dans la pièce, et chacun allait de son commentaire : les cravates et insignes étaient revenues.

Mais Vanille n'arrivait pas à détacher son regard d'Alexandre. Il lui souriait, satisfait. Il se pencha vers elle et l'embrassa sur la joue.

Sur les insignes, les nouveaux statuts étaient inscrits. Vanille fut enchantée de lire "Vanille Ocean Jeune Créatrice" sur le sien, toujours accompagné de son albatros.

Ils continuèrent la réunion avec Alexandre officiellement Maître Créateur, qui la dirigea avec aisance.

Il commença par leur demander s'ils avaient tous un thème de recherche. Sans en faire de liste, car certains préféraient garder pour eux, pour l'instant, les détails de leurs projets, il s'assura que chacun avait de quoi travailler. Certains affirmèrent travailler en duo, comme Iris et Florent, et Octave et Olivier. Alexandre leur dit qu'en tant que Maître Créateur, il devrait leur demander à chacun des détails en privé, afin de rédiger un compte-rendu pour le ministère. Il leur précisa qu'ils pouvaient évidemment garder cela secret même de lui, même du ministère, ils leur faudrait alors trouver une couverture.

Vanille ne savait pas encore comment elle allait gérer ses recherches. Elle n'avait parlé à personne de la lettre, et n'avait plus évoqué le détail de ses recherches, sauf avec Oreste. Elle décida à cet instant qu'il était temps qu'Ambre, Leanne et Alexandre soient au courant de toute l'histoire. Elle leur faisait confiance : aucun d'entre eux ne pouvait avoir envoyé la lettre. Elle se dit même que, peut-être, l'intimidateur avait quitté Poudlard. Cela aurait-il pu être Jules ? Elle en doutait.

Ensuite, ils évoquèrent le sujet des Novices. Il leur faudrait y réfléchir assez vite pour pouvoir se décider, chacun devrait, lorsqu'ils choisiraient le nombre de Novice, faire part de leur acceptation ou de leur refus d'en prendre un. La plupart d'entre eux se montrèrent plutôt motivés. Pas Vanille. Elle ne se sentit absolument pas légitime de prendre un Novice avec elle, et avait toujours l'impression de ne rien savoir sur la création. Ce qui était un comble pour une membre du Club des Créateurs.

Heureusement, il y avait assez de volontaires, et il y aurait certainement moins de Novices que de Créateurs.

Ils abordèrent ensuite les sujets pratiques. L'organisation de la réunion de présentation dura une bonne heure, durant laquelle tout fut débattu, de la date à la taille des caractère des affiches. Ils étaient sur la plupart des sujets assez en accord, mais Vanille souleva un sujet qui fit débat :

- Est-ce qu'il serait possible d'être moins prétentieux que l'année dernière ?

Tous les Grands Créateurs la regardèrent avec des yeux ronds, et les Jeunes en souriant discrètement. Ils savaient ce que Vanille avait pu penser du Club, au début. Elle baissa un peu le nez mais garda ses positions. Elle aurait peut-être dû prendre des pincettes.

- Pendant la réunion de présentation, il y avait une aura de suffisance qui se dégageait de vous. J'avais l'impression que vous étiez un club orgueilleux de course à la reconnaissance et à la supériorité. Mais ce n'est pas du tout ce que j'ai ressenti ici, alors je me disais… Peut-être qu'on devrait essayer de ne pas se faire de mauvaise publicité.

- La mise en scène est faite pour donner envie à des élèves de venir dans le Club, contra Iris. Il faut bien mettre en avant ses qualités. C'est un fait : nous sommes un Club prestigieux, et beaucoup de portes nous sont ouvertes à sa sortie. Et nous n'acceptons que les meilleurs sorciers, les plus motivés et prometteurs.

- Au contraire, renchérit Florent, cette année il faudra mettre les bouchées doubles. Je veux dire, après… Enfin, notre ancien Maître Créateur a été renvoyé de l'école. Comment voulez-vous convaincre qui que ce soit d'adhérer en sachant cela. Tout le monde sait qu'il y avait de la magie noire en jeu.

- Ils ne seront pas obligés de savoir, murmura Alexandre.

Vanille se tourna vivement vers lui.

- Tu veux cacher quelque chose d'aussi important ?

- Pas complètement, dit-il. On n'est pas obligé de leur dire pendant la présentation. On peut tout leur expliquer une fois qu'ils seront dans le Club.

Elle le regarda bouche bée, et fut encore plus choquée en comprenant qu'autour d'eux, presque tout le monde approuvait d'un léger et inconscient signe de tête.

- C'est ce que vous voulez tous ? Mentir pour avoir plus de prétendants ?

- Tu l'as dit toi-même, Vanille. "Personne n'acceptera d'entrer dans un club où un membre en torturait un autre", dit Iris.

- Ce n'est pas mentir, nous attendrons juste pour leur apprendre le passé du Club, compléta Alexandre. Si quelqu'un nous pose la question, nous dirons la vérité.

- David nous a recommandé d'être honnête avec eux.

- David n'était pas Maître Créateur.

- Mais il avait raison. Ils n'auront pas confiance en nous en apprenant la vérité si tard.

- Ce n'est pas si grave.

- Pas SI grave ?

La voix de Vanille venait de vriller. Elle débattait seule avec Alexandre, et cela ressemblait beaucoup trop à une dispute de couple.

Tant pis. Tant pis si personne ne voulait intervenir.

- Ce qu'il s'est passé n'était pas si grave ?! dit-elle en se retenant en vain de hausser la voix.

- Ce n'est pas ce que je voulais dire.

- Alors quoi ?

Elle ne comptait pas abandonner. Le sujet comptait trop pour elle. Alexandre quant à lui gardait une voix calme et assurée. Tout ce qu'on attendait d'un Maître Créateur.

- Ne pas leur dire directement les… horreurs qu'a commises Jules n'est pas si grave, puisque nous le leur dirons plus tard. Il faut que le Club puisse aller de l'avant. Il nous faut être plus forts que ça. Nous ne devons pas nous enfoncer à cause de lui. Nous ne sommes pas responsables, ni toi, ni moi ni personne, lui seul l'est, et il a été puni pour ça. Il est à Azkaban et nous sommes ici, soudés, forts, prêts à accueillir de nouveaux Novices. Ce qu'il s'est passé est grave, je le sais Vanille, et nous ne devons pas oublier, seulement je refuse que nous vivions dans le passé.

Il s'adressa au reste du Club :

- Vous m'avez élu, même si c'était un il a une heure, Maître Créateur. Ce Club compte beaucoup pour moi et je ferai tout pour qu'il s'y passe le meilleur. Cela me semble être la meilleure solution. Mais si l'un d'entre vous souhaite que l'on vote, alors nous voterons. Je refuse d'imposer mon choix s'il n'est pas partagé.

Personne ne se manifesta. Vanille, frustrée de ne pas avoir réussi à faire valoir ses opinions, regarda ses amis. Ambre lui rendit son regard, et elle n'y vit aucun regret, elle aussi assumait son choix et semblait lui dire "je suis désolée que nous ne soyons pas d'accord". Les autres fuyaient son regard : ils n'avaient pas l'habitude des débats houleux de Vanille. Il faut dire qu'ils étaient rares mais intenses.

- Si je suis seule alors je me range à la majorité, accepta-t-elle, diplomate, mais un peu amère.

Elle crut percevoir un soufflement rassuré.

- Et par rapport à la présentation ?

- Je propose que nous fassions comme l'année dernière. Après tout, nous avons eu beaucoup de Novices.

Quelques membres du Club acquiescèrent et repartirent précipitamment sur d'autres sujets, pour ne pas repartir sur un nouveau débat - une nouvelle dispute.

Ils évoquèrent sommairement les événements importants - la cérémonie d'entrée, la rencontre annuelle (dont ils ne savaient pas encore où elle aurait lieu), et quelques informations sur les relations avec le Ministère.

- Avant que nous nous quittions, dit Alexandre pendant qu'ils rangeaient tous leurs affaires et se levaient à la fin de la réunion, il faudrait que quelqu'un - pas forcément ce soir - se propose pour m'aider dans les relations avec le ministère. C'était le travail d'Oreste l'année dernière et elle a fait un super boulot - tout est déjà organisé et prêt à être récupéré - je crois même qu'elle a laissé des notes pour le suivant. Si vous pouviez y réfléchir, il n'y aurait besoin que d'une seule personne.

Vanille attendit que tout le monde soit parti pour quitter la salle aux côté d'Alexandre. Ils éteignirent les bougies et se retrouvèrent seuls dans le couloir, au milieu de la nuit.

- Ne compte pas sur moi pour reprendre la paperasse d'Oreste, dit-elle en plaisantant.

- Dommage, on aurait pu passer plus de temps ensemble.

- Du coup, pas de rancœur pour cette… dispute ?

Il se plaça face à elle et entoura ses épaules de ses bras.

- Ce n'était pas une dispute, juste un débat d'idée où nous n'étions pas d'accord.

- C'était complètement une dispute. En tout cas, c'est ce que tout le monde a vu.

- Dans tous les cas, je préfère ça à une approbation teintée d'amertume. Je préfère que nous ne soyons pas d'accord plutôt que l'un de nous accepte ce que l'autre dit ou veut - ou fait - sans rien dire, alors qu'il n'approuve pas.

- Tu parles du train n'est-ce pas ?

- Je suis encore désolé. Mais je suis content que tu m'aies tenu tête.

- Je te promets de ne pas te laisser me marcher sur les pieds, rit-elle.

Il lui sourit et l'embrassa. Ce baiser dura un peu plus longtemps que le précédent. Vanille avait l'impression qu'ils étaient tous différents, et qu'elle se souviendrait de chacun. Celui-là fut doux, fort, et lui donna des frissons dans le ventre. Il l'entourait de ses bras forts et elle se sentait en sécurité.

- Toutes mes félicitations, Maître Créateur, dit-elle lorsqu'ils se séparèrent.

- A demain, Jeune Créatrice. Passe une belle nuit.

Et ils partirent chacun d'un côté du couloir.

S'ils étaient restés une seconde de plus à s'embrasser, ils auraient vu une créature passer par la fenêtre du couloir, qui cacha la claire Lune et dont l'ombre se mouvait sur le mur, immense, lugubre.

Mais ils ne virent rien.