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Ce matin-là, les chapeaux de paille eurent la surprise de constater qu'aucun petit déjeuner ne les attendaient à leur réveil. Les lèves-tôt comme Robin ou Usopp ne s'en formalisèrent pas –après tout, même leur cuistot avait le droit de s'octroyer une grasse matinée de temps en temps-, mais cela commença sérieusement à les alerter lorsqu'ils virent le super dormeur aux cheveux verts se lever à son tour quelques heures plus tard, annonçant ainsi que midi approchait à grand pas. Jamais au grand jamais Sanji n'avait raté un repas sans les prévenir au préalable et cela les inquiéta d'autant plus que le souper de la veille avait eu comme un arrière-goût... amer. C'était impossible de nommer cela autrement, entre les cuissons ratées, l'absence de sauce (que le cuisinier ne négligeait pourtant jamais) et l'humeur massacrante dudit cuisinier qui leur avait balancé leurs assiettes à la figure avec un agacement qu'ils ne lui connaissaient pas.

Pas si surprenant alors qu'ils trouvèrent sa chambre vide.

Cela perturba d'autant plus la majorité d'entre eux (entendons par là les cinq hommes restant de l'équipage) lorsqu'ils réalisèrent que leurs deux nakamas de sexes féminins ne semblaient pas étonnées outre-mesure de ce comportement. Ils essayèrent bien de les faire parler, mais si Robin se contentait d'éluder en leur affirmant qu'elle n'avait au final qu'une vague idée de ce qui pouvait troubler autant leur cuisinier, Nami, elle, leur avait carrément envoyé un sourire carnassier avant de les traiter d'abrutis complets et de les laisser à leurs interrogations.

Profitant alors du temps ensoleillé, Chopper, Usopp et Brook partirent à la recherche de leur nakama. Et c'est finalement le squelette qui mis la main dessus au bout d'à peine un petit quart d'heure de recherche.

Assis à même le sable à regarder la mer, Sanji avait retiré ses chaussures, et ses traits tirés et les nombreux mégots de cigarette plantés entre les grains à sa droite attestaient du temps qu'il avait passé là.

- Sanji-san... ?

Le blond semblait l'avoir entendu arriver puisqu'il ne tourna même pas la tête dans sa direction.

- Hey Brook. Désolé pour le déjeuner, j'avais... J'avais vraiment pas envie de cuisiner, ce matin.

Le squelette eut un moment de flottement étonné et prit place aux côtés de son ami.

- Eh bien eh bien... Luffy-san qui perd sa rage de combattre et maintenant toi qui ne veut plus cuisiner... Notre équipage est-il donc réellement en train de sombrer... ?

- J'sais pas, à ton avis... ? Ça fait six mois qu'on navigue sans but précis et sans capitaine. Et au moment où on s'apprête à le retrouver enfin, il nous file encore entre les doigts comme un lâche qu'il est...

Brook resta silencieux un instant, avisant les vagues qui allaient et venaient à quelques mètres d'eux dans un doux rythme lancinant.

- ... Il m'avait pourtant semblé que ta colère envers Luffy-san était retombée, ces derniers temps. Tu avais l'air de t'être fait à l'idée qu'il fallait juste prendre notre mal en patience...

- Ouais. Mais j'en ai marre de prendre mon mal en patience. J'en ai marre de rester là à stagner comme un crétin. J'en ai marre de... Putain. Même cette histoire avec All Blue me frustre, parce que même si je voulais y aller maintenant pour commencer à réaliser mon projet, de une, c'est beaucoup trop tôt puisque l'écosystème est loin d'être stabilisé, et de deux c'est impossible puisque l'endroit grouille de ces connards de Marines... Et pas sûr que Koby accepte de me laisser monter un resto là-bas, même si je lui demande gentiment...

- Cela vaut peut-être le coup de tenter ? On ne sait jamais, yohoho !

- Si c'est pour que je finisse à la potence sans avoir pu refaire le portrait de Luffy, non merci.

- ... J'entends bien ta frustration, Sanji-san. Mais quelque chose me perturbe tout de même...

- Quoi ? Grogna-t-il en soufflant lourdement sa fumée.

- C'est simplement... Que je trouve cela étrange que ta colère n'explose de nouveau le jour même où Robin-san et Franky-san nous aient annoncé leur relation...

Le cuisinier ne bougea pas d'un cil à cette phrase, mais Brook sentit clairement que tous ses muscles se tendirent violemment d'un coup.

La nouvelle était tombée la veille, en fin d'après-midi. Les chapeaux de paille avaient bien remarqué l'étrange comportement de leurs deux nakamas depuis quelques jours, et plus précisément depuis cette fameuse après-midi où ils étaient mystérieusement partis dans la forêt pour, tout portait à le croire au vu des têtes qu'ils tiraient à leur retour, régler leurs comptes. Mais dès le lendemain de leur supposée dispute, le cyborg et la brune étaient de nouveau proches comme cul et chemise, à rire ensemble et à se jeter des petits regards qui n'échappèrent pas à l'œil de lynx de Sanji.

Oh, il avait déjà remarqué comme le charpentier pouvait parfois regarder sa Robin-chwan d'un air qui ne lui disait définitivement rien qui vaille. Mais le fait que l'archéologue lui répondait à présent de la même façon avait eu le don de jouer avec ses nerfs déjà mis à rude épreuve depuis plusieurs semaines. Lorsqu'ils étaient venu tous les trouver sur la plage en leur annonçant qu'ils devaient leur parler, son sang s'était glacé. Lorsqu'ils leur avaient demandé leur avis sur la formation d'un couple au sein de leur équipage, il n'en avait pas cru ses oreilles. Et lorsque ce foutu cyborg à la con leur avaient finalement annoncé avec un immense sourire que s'ils n'y voyaient pas d'inconvénient, lui et Robin passaient désormais la vitesse supérieure, le cuistot avait eu envie de lui faire manger son précieux Sunny ainsi que l'intégralité de leur maison.

Bien sûr qu'il y voyait un PUTAIN d'inconvénient, et un inconvénient de taille : c'était SA PRINCESSE, pas la sienne !

D'autant plus qu'à l'annonce de cette déjà désastreuse nouvelle, l'enfoirée de tête d'algue n'avait pas pu s'empêcher de leur demander avec une certaine arrogance s'ils étaient tous réellement si aveugles que ça pour ne pas l'avoir vu arriver. Et le cuisinier fut ravi d'avoir sa non moins furieuse Nami-swan à ses côtés pour l'aider à lui refaire le portrait, à cet abruti.

- ... Sanji-san, l'interpella le musicien à ses côtés. Je n'en suis pas certain, mais il semblerait que tu t'enfonces.

Effectivement, comme souvent lorsqu'il était assailli par le stress, Sanji battait des jambes nerveusement et dans ce cas précis, la puissance de ses coups tassait le sable sous ses fesses et l'enfonçait petit à petit. Il ne tint plus et se releva en suintant de flammes ardentes de rage de tous les pores, hurlant sa colère à la mer pourtant si calme.

- DÉJÀ CET ENFOIRÉ DE LUFFY, ENSUITE USOPP QUI SE CASE AVANT MOI, MA FRANGINE QUI ME DIT QU'ELLE A UN CRUSH SUR CE SABREUR DE MES DEUX, NAMI-SWAN QUI ME FAIT FAIRE UNE PROMESSE ABSOLUMENT INSUPPORTABLE ET MAINTENANT CE CONNARD DE FRANKY QUI ME PIQUE MA ROBIN-CHWAAAAAAN ?! ILS SE SONT TOUS DONNÉS LE MOT POUR ME FAIRE PÉTER UN CÂBLE BROOK, VOILÀ CE QUE C'EST, MON PUTAIN DE PROBLÈME !

Il se rua sur le premier palmier qui eut le malheur de croiser sa route et le pauvre arbre fut harcelé de puissants coups de pieds avant de lamentablement s'arracher, ce qui n'empêcha pas le cuistot de continuer à s'acharner sur le tronc mort. De son côté, Brook réfléchissait sur les différentes informations qui venaient de lui parvenir, en retenant deux particulièrement intéressantes.

- ... Ta sœur aime Zoro-san ?

- NE PARLE PAS « D'AIMER », ÇA ME DONNE ENCORE PLUS DES ENVIES DE MEURTRE ! Hurla le blond en prenant grand soin d'exploser le bois en aussi petits morceaux qu'il était capable de le faire.

- Une simple attirance, en ce cas ? Et... Cela est-il réciproque... ? S'amusa le squelette.

- PARCE QUE TU CROIS QUE JE VAIS M'AMUSER À LUI DEMANDER ?! C'est bien simple, si cette face de mousse s'approche de ma sœur, JE LUI REFAIS TELLEMENT LE PORTRAIT QU'IL POURRA DIRE ADIEU À SON DUEL CONTRE L'AUTRE ŒIL DE FAUCON DE MES BURNES !

- Yohohoho ! Quel frère protecteur tu fais Sanji-san, cela est terriblement attendrissant... !

- ET MA SEMELLE DANS TA FACE D'OS, TU VAS LA TROUVER ATTENDRISSANTE AUSSI ?!

- YOHOHOHOHOHOHO !

Chopper et Usopp arrivèrent à ce moment-là et haussèrent un sourcil de concert en voyant le squelette se faire secouer comme un prunier par leur cuistot qui brûlait plus encore que le Mera Mera no mi à son niveau maximal.

- Euuuh... Ça va, Sanji ? Interrogea Usopp.

- ALORS TOI, LA RAMÈNE PAS AVEC TON BONHEUR À LA CON !

Le sniper eut un geste de recul mais fort heureusement pour lui et pour leur musicien –dont la tête continuait à jouer au culbuto toute seule-, le blond s'en retourna à son massacre forestier.

- ... C'est à ce point-là... ? Demanda le renne à Brook.

- Il semble que notre pauvre Sanji-san soit rongé par différents sentiments déplaisants, la jalousie en première ligne... Yohohoho !

- ARRÊTE DE TE MARRER ! Hurla le concerné.

Usopp ne releva pas et préféra garder une distance de sécurité : depuis qu'il avait appris ses fiançailles avec Kaya, il avait bien senti que Sanji était plus froid et distant envers lui. Connaissant l'animal, il ne lui en avait pas tenu rigueur, bien qu'il trouvait cette attitude complétement puérile et injustifiée. Il avait même essayé d'en rire pour le dérider, mais ce qui devait juste être une gentille pique résulta sur un tel pétage de câble qu'il avait décidé qu'il n'approcherait plus le blond de sitôt.

- Et que disais-tu à propos de Nami-san, au fait ? Questionna le squelette sans se laisser démonter par les airs de démon qu'arborait à présent le cuisinier. Tu lui as promis quelque chose... ?

Sanji baragouina quelque chose d'incompréhensible comme seule réponse et même Chopper n'en comprit pas un traître mot.

- Qu'est-ce que tu dis ? Demanda le benjamin.

Encore un autre marmonnement, légèrement plus audible mais toujours complétement incompréhensible.

- Sanji-san, nous ne t'entendons pas du tout, même si dans mon cas je n'ai même pas d'or-

- ELLE M'A DEMANDÉ D'ARRÊTER DE ME COMPORTER COMME UN GROS LOURD AVEC ELLE ET ROBIN ! VOUS VOULEZ QUE JE VOUS L'ENVOIE EN MARTIN-FACTEUR RECOMMANDÉ POUR ÊTRE SÛR QUE VOUS COMPRENIEZ OU QUOI ?!

Cela laissa les trois autres bouches-bée.

- Comme... Comme un « gros lourd » ? Cita le renne tout en se retenant comme il le pouvait de rire.

- Je reprends ses propres mots... Marmonna le cuistot en s'allumant une cigarette, tentant de retrouver son calme.

- C'est vraiment tout ce qu'elle t'a dit ? D'arrêter de faire ton « gros lourd » ? Insista Usopp d'un air perplexe.

- Naaaan, elle a pas dit ça comme ça non plus, je paraphrase...

Se remémorer cette conversation lui vrillait son pauvre petit coeur d'artichaut à chaque fois, pourtant pas une seule journée ne s'était passée sans qu'il y repense.

C'était sur le chemin de Fuchsia, lorsqu'il avait eu l'immense bonheur de voyager seul à seul avec elle pour récupérer le Sunny et la face de gazon. Il avait constaté avec surprise que sa princesse rousse était encore moins réceptive qu'à son habitude à ses attentions et qu'elle n'avait plus aucune patience concernant ses élans romantiques. Mettant cela sur le compte de son inquiétude concernant la disparition de leur capitaine, il s'était appliqué à la gâter encore plus dans le but de lui remonter le moral. Mais à un certain moment du voyage, une limite avait apparemment été atteinte et, bien loin de piquer une crise contre lui, elle lui fit subir un long et très perturbant interrogatoire sur sa vie. Les questions étaient allées de son enfance au Germa 66 jusqu'aux années passées avec le vieux Zeff, faisant même des virages étranges sur la relation qu'il entretenait avec sa sœur ou s'il avait déjà eu des petites amies durant sa vie. Mal à l'aise au départ, le cuistot se surprit à répondre à sa douce navigatrice avec un certain entrain qui ne fit que croître à mesure que leur conversation déviait sur des sujets philosophiques et des échanges intellectuels qui lui rappelait avec délice la culture de sa princesse.

Ils discutèrent ainsi des heures durant avec un plaisir et une harmonie qu'il n'avait jamais atteint avec elle jusqu'alors, et c'est lorsqu'elle interrompit finalement l'échange pour lui faire une simple remarque qu'il comprit :

« Alors Sanji, c'est pas agréable de me considérer comme un être humain avant mon simple physique ? »

Il s'était défendu, bien sûr. Les femmes n'étaient pas « qu'un physique » à ses yeux, elles étaient une perle rare, un trésor de délicatesse dont il fallait prendre encore plus soin que la Vie elle-même. Mais Nami avait continué patiemment d'argumenter, soulignant que la seule raison qui le poussait à voir les choses de cette manière était ce qu'il avait entre les jambes.

Sur le coup, il n'avait pas su quoi lui répondre.

Elle lui avait alors fait une demande on ne pouvait plus sérieuse : jamais elle ne lui demanderait de changer un trait si important de sa personnalité, mais dans un contexte où eux, les membres de l'équipage de Chapeau de paille, allaient certainement continuer à écumer les mers plusieurs longues années voire décennies ensemble et qu'elle refusait tout bonnement de supporter ce comportement toute sa vie, elle lui avait fait promettre d'arrêter ses minauderies au moins envers Robin et elle.

Et Seigneur, comme il avait voulu refuser, mais la vile chatte voleuse, en presque totale contradiction avec ses paroles précédentes, avait usé une toute dernière fois de sa faiblesse pour le faire flancher. Et face aux magnifiques yeux noisette papillonnants et à la main délicatement posée sur son bras, sa volonté s'effrita comme un château de carte essuyant une tempête.

Il avait eu du mal à s'y faire au début, les habitudes de toute une vie reprenant inconsciemment le dessus comme un réflexe. Mais le regard glacial qu'il se mangeait en pleine poire à chacune de ses « rechutes » avait petit à petit calmé ses ardeurs. Et lorsqu'ils avaient retrouvé Robin à Laugh Tale quelques jours plus tôt, il était allé lui parler de cette histoire, désireux d'avoir son avis sur la question. Et c'est avec une immense déception et le cœur brisé qu'il avait entendu l'archéologue répondre joyeusement que Nami avait eu la meilleure des idées possibles.

Qu'en plus, Robin appartienne désormais à cette espèce de monstre de Frankenstein exhibitionniste n'avait été que le coup de massue de trop. Son pauvre petit cœur ne pouvait pas essuyer autant de déception en si peu de temps. Ou alors il allait vraiment finir par rayer quelqu'un de la surface de ce monde, et ça risquait fortement de tomber sur le capitaine, le second ou le charpentier de l'équipage. Au premier qui ferait de nouveau siffler la cocotte-minute, en somme.

À moins que ça ne tombe sur le trio restant qui n'avait pourtant dans les faits rien à se reprocher, si ce n'était que dès qu'ils rejoignirent tous les autres à Cheery un peu plus tard, ils s'empressèrent de demander confirmation de cette fameuse conversation à la navigatrice. Il put la voir arborer un sourire carnassier après la surprise passée, et il lui sembla que son cœur se brisa un peu plus lorsqu'il l'entendit répliquer qu'elle était ravie que tout l'équipage puisse désormais l'aider à surveiller son attitude envers les deux filles.

La faucheuse faillit s'abattre sur Franky quelques jours plus tard, lorsque Sanji le surprit à embrasser l'archéologue au détour d'un rocher. Puis sur la tête d'algue le lendemain, mais cette fois, c'était juste pour le sport. Il n'y avait eu aucune raison valable qui excusait que le cuistot ne l'attaque, si ce n'était que ce foutu cactus avait l'impudence de respirer et qu'il avait surtout osé le regarder dans les yeux plus de trois secondes.

Finalement et à sa grande surprise, c'est sur Luffy que la foudre s'abattit.

Certainement que leur capitaine avait écoulé son insolent stock de chance pour les prochaines années, car Sanji fut le premier à entendre le bruit caractéristique d'un waver qui approchait ce jour-là, alors qu'il s'attelait à faire cuire ses brochettes au barbecue au bord de la mer.

Sûrement que s'il n'avait pas été aussi remonté contre le petit brun, le cuistot aurait eu un grand moment de flottement durant lequel il se serait pincé pour être certain qu'il n'hallucinait pas. Mais bien loin d'une quelconque réaction éberluée par le retour aussi soudain qu'inespéré de leur capitaine, Sanji détailla d'un air neutre l'engin qui arrivait à grande vitesse, y reconnaissant rapidement l'abruti qui l'avait largué au Baratie six longs mois plus tôt. Il entendit vaguement Usopp et Chopper derrière lui pousser plusieurs exclamations étonnées, mais il était hors de question qu'il leur laisse le loisir de l'accueillir avant lui.

Le cuistot amorça alors une marche rapide vers la mer et, dès que le Big Waver fit un dernier dérapage pour s'immobiliser sur la plage, Luffy eut tout juste le temps de lancer un sourire pétillant de bonheur à l'idée de retrouver son nakama avant qu'un pied rageur ne s'abatte violemment contre sa joue.

Le brun fit un magnifique vol plané de quelques mètres sous les cris horrifiés des deux idiots derrière, mais Sanji ne voulut laisser à personne l'opportunité d'intervenir : il piqua un sprint jusqu'au point de chute de son capitaine et tandis que celui-ci se relevait en massant sa joue douloureuse d'où s'écoulait un filet de sang, un nouveau coup de pied vola, à la différence que celui-ci se fit arrêter par un bras noir de haki.

Leur regard se croisèrent de nouveau et le blond n'osa pas imaginer la lueur dangereuse qui devait brûler au fond de ses iris bleus à la vue du visage de leur capitaine qui se décomposa.

Capitaine qui fit un bond en arrière pour mettre une distance de sécurité entre eux et amorça un geste pour lui parler. Peut-être. Certainement. Qu'importait en réalité, car Sanji s'en foutait de ce qu'il avait à dire : il était juste dévoré par l'envie cuisante de lui faire ravaler son extrait de naissance.

Un gracieux ballet se mit en place dans lequel il attaquait Luffy de toute sa fureur alors que celui-ci se contentait de le bloquer avec le haki ou de l'esquiver, ce qui insupportait encore plus le cuisinier : en plus d'être une indéfectible tête à claque, le brun avait apparemment récupéré toute son endurance et sa concentration et l'écart de niveau entre eux lui revint en pleine figure comme un boomerang. Rageant.

Derrière lui, il entendait vaguement ses nakamas couiner, râler ou leur ordonner d'arrêter –au choix-, ce qui ne les empêchaient pas non plus de rester plantés là à les regarder faire. Sûrement qu'ils savaient de quoi il en retournerait s'ils tentaient de l'empêcher de passer ses nerfs sur sa victime désignée.

Mais soudainement, il vit les prunelles noires s'écarquiller de surprise et pousser une exclamation avant d'éviter un coup de sabre qui passa au-dessus de sa propre tête : la face de gazon. Cet enfoiré lui piquait son idée.

- BORDEL SABREUR DE MES DEUX, CASSE TOI DE LÀ ! C'EST À MOI DE LUI FAIRE PAYER SA CONNERIE !

Zoro ne prit même pas la peine de lui accorder le moindre regard et se contenta de foncer de nouveau sur son capitaine qui reculait vivement dans une attitude presque effrayée.

- Nitoryû : Rhino Tourbillon !

L'épéiste chargea le capitaine, ses deux lames devant lui, tandis que Sanji s'élança pour le rattraper.

- CASSE TOI J'AI DIT ! Lui hurla-t-il en lui assénant un coup de pied enflammé que le vert esquiva aisément, mais il répliqua en collant son front furieux contre celui de sa Némésis.

- Si tu veux lui faire la peau avant moi, t'as qu'à être le plus rapide, foutu sourcil en vrille !

Tel un merveilleux défi à relever, le cuistot reporta son attention vers Luffy et les deux brutes épaisses motivées par le même objectif chargeaient désormais dans sa direction. Le capitaine couina de peur et se mit à courir pour les fuir, sous l'œil ébahi du reste de son équipage.

- Luffy qui fuit un combat... Plutôt inédit, comme situation, s'amusa l'archéologue.

- On-on devrait pas les arrêter ? Proposa Usopp. Ils vont peut-être vraiment le tuer...

- NOOOOOOOON, PAS ALORS QU'IL EST ENFIN REVENU ! S'écria Chopper. SANJI, ZORO, CALMEZ-VOUS !

Finalement, Luffy finit par stopper sa course et affronta du mieux qu'il le put les deux bêtes enragées. Il ne frappait que pour les faire reculer mais peinait à se contenter d'esquiver et à parer, la rapidité et la violence des coups de ses deux nakamas le mettant logiquement à mal. Finalement, au bout de longues minutes de lutte acharnée, il sembla en avoir assez et fit un bond phénoménal dans les airs.

- Gear Five*, annonça-t-il posément.

- Oh-oh... Lâcha Franky alors que le groupe blêmit de concert.

Il prit une immense inspiration qui lui fit se décrocher la mâchoire avant de se mordre violemment le pouce : à la manière du fuusen, son corps se gonfla comme un ballon, à la différence que sa taille croissait en même temps tout en lui donnant une apparence proche du Gear Fourth, le faisant grandir en gardant des proportions corporelles normales. De leur côté, Zoro et Sanji ne parurent pas plus impressionnés que cela et sautèrent en l'air à leur tour pour attaquer d'un même mouvement. Mais le corps de Luffy grandit encore, passant à deux mètres de haut, trois mètres, peut-être quatre... Et finalement, il abattit un poing géant noir de haki vers eux.

- Gomu gomu no Massive Rocket Gun !

Zoro mit ses deux sabres devant lui en défense alors que Sanji esquissa un virage à 90 degrés pour encaisser du mieux qu'il pouvait de l'épaule, mais il ne purent que ralentir légèrement sa course et furent finalement aplatis comme des crêpes dans le sable, alors que l'onde de choc balaya la plage autour d'eux dans une courte rafale qui manqua d'emporter Chopper, mais n'épargna pas les brochettes du cuistot qui commençaient de toute façon à brûler sur le barbecue.

Le calme retomba instantanément en même temps que Luffy qui reprit sa taille normale et alla directement à la rencontre de ses deux nakamas qui, toujours côte à côte, peinaient à se relever. Il se planta devant eux, leur asséna un magnifique sourire radieux et leur tendit ses deux mains –une chacun-, pour les aider à se relever.

- Moi aussi, j'suis content d'vous revoir les gars !

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Plus tard, ils étaient tous réunis dans la cuisine de Cheery. Sanji était retourné aux fourneaux pour rattraper rapidement son barbecue foutu, tandis que Chopper, Brook et Usopp étaient scotchés à leur capitaine qui riait aux éclats malgré le sang qui ruisselait de son visage et les immenses bosses qui avait poussé un peu partout sur lui –évidement assénées avec plaisir par ses deux adversaires furieux ET Nami.

- TU M'AS TELLEMENT MANQUÉÉÉÉÉÉÉÉÉÉÉÉÉÉ LUFFYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYYY ! Hurlait Chopper au bord de l'apoplexie tant il pleurait.

- Vous aussi, vous pouvez pas savoir à quel point !

- Pourquoi tu nous as fui comme un crétin si on te manquait tant que ça ? Cracha presque Sanji, sa colère roulant toujours tranquillement dans ses veines.

- Beh, Robin vous a pas fait passer le message ? S'étonna le brun en clignant des yeux.

- Si si, répondit la concernée en lui souriant. Mais il faut dire qu'une toute petite phrase de rien du tout ne vaut pas de réelles explications, Luffy.

C'était imperceptible pour ceux qui ne le connaissaient pas sur le bout des doigts comme l'archéologue, mais elle sentit clairement Franky à ses côtés se tendre à cet échange et elle lui jeta un rapide coup d'œil.

- Beeeeh, j'sais pas quoi vous dire de plus... Hésita le capitaine en se frottant la tête. Je... J'ai pas arrêté de faire des belles conneries et de vous... Euh...

Il se mordit la langue en cherchant ses mots, pas assuré une seule seconde, d'autant plus qu'il sentait l'œil havane fulminant de son sabreur qui lui brûlait le dos. Il croisa néanmoins le regard blasé de sa navigatrice en face de lui qui lui accorda un fin sourire pour l'encourager à continuer.

- ... J'ai foiré trop de trucs ces derniers mois et j'suis pas encore à cent pourcents dans ma tête... J'avais besoin d'espace et de temps pour être sûr et certain de revenir... En étant digne de vous à nouveau. Digne d'être votre capitaine.

Un silence pesant s'abattit dans la pièce. Les réactions à cette phrase lourde de sens se firent mitigées : d'un côté un groupe qui comprenait et était même flatté que Luffy les placent sur un tel piédestal, au point de redoubler d'effort pour rester à la hauteur d'être leur leader (Usopp, Chopper, Brook et Robin), une seconde partie qui pouvait concevoir la chose mais continuait à penser que Luffy s'y était pris comme un manche (Nami et Franky) et une troisième (Zoro et Sanji) qui avait juste envie de lui faire ravaler ses excuses débiles jusqu'à ce que mort s'ensuive.

- Et tu crois qu'après tout ce que tu as fait, tu peux toujours en être digne ? Demanda Zoro d'une voix posée mais glaciale.

Cela paralysa le brun qui sembla se prendre la phrase comme la pire claque dans la gueule de sa vie. Chopper et Usopp s'apprêtèrent à prendre la défense de leur ami, mais Nami les devança.

- Bon ça va aller Zoro, on a compris que tu lui pardonneras pas de sitôt. Je crois qu'il comprend la leçon depuis un bon moment, pas la peine de le faire encore plus culpabiliser.

- Luffy, répond à ma question, insista-t-il en l'ignorant complétement.

Le concerné semblait chercher frénétiquement quelque chose du regard au niveau du sol et prit une longue inspiration pour se tourner et affronter son second.

- ... Je sais que j'ai mal agi, mais l'équipage est pas dissous. Vous êtes toujours là, vous m'attendiez. Si vous m'aviez jugé indigne de vous, vous m'auriez pas attendu comme vous l'avez fait.

Le sabreur, ainsi que plusieurs autres chapeaux de paille, froncèrent les sourcils : depuis quand cette tête creuse était si réfléchie... ? Robin esquissa un large sourire presque fier, ce qui fit grimacer le cyborg à ses côtés.

- ... T'as raison, je me demande pourquoi je t'ai attendu, annonça platement le second.

Sur cette simple constatation, il se leva et s'apprêta à sortir, sous le regard effaré de ses nakamas qui commençaient à comprendre où il voulait en venir.

- Zoro ! Reste là, c'est un ordre !

Il s'arrêta net en écarquillant l'œil sous la surprise avant de se tourner vers son capitaine qui s'était levé à son tour, le toisant d'un regard autoritaire qu'il n'aurait jamais espéré revoir sur ce visage.

- Quand on s'est fait éclater par les mecs de ce bâtard de Barbe Noire, t'as dit à ce moment-là que c'était ma dernière chance.

- ... Bien, je vois que t'as toujours une bonne mémoire, répondit sarcastiquement le vert. Tu comprends donc pourquoi je me tire.

- Sauf que tu m'as bien précisé que c'était ma dernière chance de plus jamais mettre l'équipage en danger, et c'est exactement c'que j'ai fait !

L'ensemble dudit équipage fut encore plus perplexe que leur second qui fit une grimace d'incompréhension.

- ... Quoi... ?

- À Fuchsia, quand j'ai décidé que je devais repartir de là le plus vite possible, j'avais qu'une idée en tête : foncer droit devant moi sans réfléchir. Si j'vous avais embarqué avec moi à ce moment-là, alors que j'étais complétement hors course niveau mental, pour sûr que j'vous aurais tous mis en danger. Et pas qu'une fois... Alors, j'ai pris sur moi pour partir de mon côté, en sachant que vous étiez tous en sécurité chez vous... J'ai merdé, je sais, j'aurais pas dû le faire sans vous prévenir. Mais si j'vous avais prévenu, vous auriez rappliqué, c'est sûr ! Et je voulais pas parce qu'il aurait été là, le vrai danger !

Zoro l'écoutait attentivement en ne lâchant pas les yeux noirs qui brûlaient de détermination. Maintenant que sa colère retombait doucement et qu'il y prêtait plus attention, il n'avait pas remarqué que, mise l'absence de son chapeau de paille à part, l'apparence de Luffy ne l'avait pas perturbé outre mesure. Et à juste titre : le zombie au regard morne et qui maigrissait à vue d'œil qu'il avait côtoyé à Fuchsia semblait avoir disparu. Pas complétement car subsistait toujours cet air légèrement triste et mélancolique, mais le changement était néanmoins drastique : c'était de nouveau son capitaine qui lui faisait face. Monkey D. Luffy, le Roi des Pirates, était bel et bien de retour.

- Alors tu peux pas me reprocher d'avoir cramé ma dernière chance ! Continua Luffy, remonté comme jamais. J'ai respecté la parole que je t'avais donné, donc si tu décides de partir maintenant, ça sera de l'insubu... De l'asu... Euh...

- De l'insubordinatio, l'aida Robin avec un grand sourire amusé.

- C'est ça ! Comme avec Usopp à l'époque ! Alors si tu veux on règle ça avec un autre duel, y'a pas de problème ! Mais je t'interdis de partir, Zoro ! Ordre du capitaine !

Un nouveau silence s'installa, mais celui-ci était bien plus soulagé. Surtout que le visage du sabreur s'était passablement déridé pour afficher un air neutre, presque apaisé. Il finit par offrir à son capitaine un sourire en coin.

- Qui est-ce qui t'as dit de me balancer tout ça, que je le félicite d'avoir réussi à te rentrer des phrases aussi compliquée dans le crâne... ?

Des soupirs fatigués s'élevèrent dans l'assemblée : il était vrai que le discours de Luffy était étrangement réfléchi, mais de là à insinuer que quelqu'un lui avait tout dicté, le sabreur y allait peut-être un peu fort...

Néanmoins, le visage de leur capitaine se tordit en une grimace : ses yeux et sa bouche dévièrent lentement sur sa droite en un air innocent absolument pas crédible.

- P-personne... Siffla-t-il alors que son équipage fut foudroyé sur place.

Quelqu'un lui avait vraiment dicté cette argumentation... ?!

Ils partirent tous dans un interrogatoire musclé, cherchant à arracher la vérité à Luffy sur qui avait pu l'aider à trouver de si bons arguments en prévision de l'éventuelle prise de bec qu'il aurait pu avoir avec son second. Sans nul doute qu'il avait dû longuement parler de la situation à cette personne et que ce même inconnu connaissait les chapeaux de paille un minimum pour s'avancer sur la façon de penser du sabreur, ce qui les rendait encore plus curieux.

Quant à ce dernier, il fut surpris de constater que la moindre miette de colère en lui s'était envolée. Et ce n'était même pas grâce à la logorrhée de son capitaine, mais bien parce qu'il était réellement heureux de voir que Robin ne leur avait pas menti : Luffy allait mieux, indéniablement et cela semblait s'être encore amélioré depuis son départ de Laugh Tale un mois plus tôt. Comme le brun l'avait souligné, il n'était peut-être pas encore à cent pourcents de son mental, mais le reste était là, en attestaient sa détermination, sa forme et sa force revenues.

Il se permit un regard au cuistot qui était resté silencieux et avait gardé un calme apparent. Il servait tranquillement leurs assiettes à ses nakamas (nakamas qui s'étaient presque tous jetés sur leur capitaine qui se murait dans un mutisme buté) et leurs yeux se croisèrent. Zoro s'appliqua à lui faire passer le message : Nami avait raison, Luffy avait parfaitement bien compris la leçon et voulait leur revenir plus motivé que jamais. Peut-être était-il temps d'entamer le processus de pardon.

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*Vous vous doutez bien que je l'invente complétement celui-là (même si je ne doute pas qu'il existera un jour, lalalaaaaa )


Si j'vous dis que dans le premier jet, Luffy n'était pas sensé revoir sa team de suite... ? Mais si j'avais gardé cette idée, on aurait eu à attendre peut-être six ou sept bons chapitres de plus pour qu'ils se retrouvent, et je pense que vous m'auriez tué avant x) En plus, la réconciliation avec Zoro/Sanji n'était pas non plus prévue alors qu'elle est méga nécessaire, en fait. J'm'en suis rendue compte après, idiote que je suis.

Je sais qu'une bonne partie d'entre vous doit se trouver bien soulagée de voir que Luffy est enfin quasiment remonté à la surface ! On pourrait presque croire que la fic va se terminer bientôt... Héhéhéhéhé... *se frotte les mains machiavéliquement*

Ah, et concernant la première partie du chap avec Sanji, je vous prie d'excuser mes élans féministes avec Nami qui se rebelle contre lui et son harcèlement : j'adore le cook, mais c'est quelque chose qui m'exècre au plus haut point dans son personnage (j'trouve ça drôle aussi mais c'est quand même soulant quoi) C'est ma manière de me venger autant de lui que de la vision machiste des choses d'Oda. Voala.

J'vous dis à très vite pour le prochain chapiiiitre ! Love sur vos têtes !