Bonjour ! :)
J'ai été troooop contente d'écrire ce chapitre ! Il est un peu différent des autres mais ça fait du bien d'arriver enfin à cette partie-là. J'ai hésité pour certaines scènes, et j'ai toujours des doutes pour certains passages, mais je préfère poster que de le retravailler sans cesse pour peu d'améliorations. J'espère que la lecture ne vous décevra pas :) Merci beaucoup pour tous vos retours sur mon histoire :) Ca m'a fait très plaisir de lire chacune de vos reviews. C'est très enrichissant et très stimulant, je relis toujours vos petits mots quand j'ai une petite baisse de motivation pour l'écriture du chapitre !
audelie oui Amadeus n'est pas mon personnage préféré, il a des qualités mais Nerys n'arrive plus à les voir maintenant ahah ! Pour Fred c'était important qu'ils se comprennent à un moment donné, même si ça ne résout pas les problèmes et qu'ils ne peuvent toujours pas être ensemble. Merci beaucoup pour ton retour :)
Aline et bien voilà, tu vas découvrir la réaction de Nerys et j'espère que tu ne seras pas déçue ! :) Je te remercie d'avoir pris le temps de laisser une review !
Vemaria awww, merci, ça me fait trop plaisir de lire ce genre de commentaire :) Je suis contente que les émotions de Nerys ressortent bien ! Effectivement l'étau se resserre, et elle est presque étouffée la pauvre. Pour Fred, tu auras la réponse dans ce chapitre ;)
Helo. Pcd je te remercie, je suis contente que le fil de l'histoire semblent cohérent et bien construit :) Pour Fred et Nerys je ne peux pas spoiler, mais promis, tu auras très bientôt la réponse :) Merci beaucoup pour tes encouragements, ça m'aide énormément de lire ce genre de choses !
Charnar merci beaucoup de m'avoir laissé un mot :) Je ne peux pas répondre pour Fred et Nerys car je ne veux pas gâcher le suspens, mais la fin arrive bientôt donc tu seras vite fixée :)
Shadedwords un grand MERCI pour chacune de tes reviews :) C'est vraiment adorable de prendre le temps de commenter chaque chapitre, ça me remet dedans, ça me rappelle des choses, bref c'est que du bonheur ^^ C'est vraiment très très gentil, je te remercie :) C'est compliqué de te répondre à toutes tes reviews car tu as eu les réponses au fur et à mesure, mais en tout cas tu as très bien analysé les personnages et tout ce que je voulais faire ressortir :) Ca me fait plaisir ! J'espère que la suite sera à la hauteur de tes attentes :)
Liaux wahou, merci beaucoup pour cette review détaillée :) Ca me fait super plaisir de lire un avis aussi complet, tu as dû y passer du temps ! Alors pour te répondre dans l'ordre : effectivement cette histoire et Quidditch's Lovers sont très très différentes ^^ Ici c'est une histoire que j'ai travaillé pendant un moment, alors que QL a été posté sur un coup de tête. Pour le style d'écriture - et je suis pas vexée, toute critique est toute bonne à prendre :) - c'est effectivement une question de goût; comme beaucoup d'auteurs ici, j'écris ce que j'aime. Et j'aime les styles d'écriture simples et sans fioritures. Pour Nerys qui "parait 12 ans" là c'est plus un choix de récit que le style (si j'ai bien compris) dans le sens où pour moi Nerys est encore une adolescente et pas du tout une adulte (en fait toute l'histoire parle de son évolution et de son passage d'une ado dominée à une adulte qui s'affirme). J'ai peut-être tendance à "infantiliser" mes personnages mais à 17 ans j''étais comme ça moi ahah ! Pour le fait d'être en boucle sur les différences de mondes entre Nerys et Fred, je te crois sur parole, mea cupa :) Je travaille et relis chapitre par chapitre, ce qui fait que l'histoire globale peut souffrir du manque de recul général, et ça rejoint aussi ce que tu dis sur la relation entre Fred et Nerys : je regrette énormément de ne pas avoir plus développé leur complicité, mais je m'en suis aperçu trop tard. Je suis moins à l'aise que d'autres auteurs sur cet exercice là, et une relecture/correction globale de l'histoire une fois terminée ne serait pas de trop (même si je ne pense pas me plonger là-dedans) pour corriger ces défauts que tu soulignes. Pour les personnages, je suis vraiment contente qu'ils apparaissent bien avec leurs qualités/défauts, donc je te remercie énormément pour les compliments à ce niveau-là car c'est ce qui me tient le plus à coeur :) Pour Nerys tu soulignes bien ce qui la caractérise. Comme tu le dis, ce qui est important c'est qu'elle fasse un choix : pas pour Fred, mais pour elle-même. Pour la société de sang-pur, je suis contente que ce que je décris semble cohérent : je pense qu'on est beaucoup à avoir cette vision là de ce monde. En tout cas un grand merci d'avoir pris le temps d'écrire quelque chose d'aussi détaillé :) Ca me touche beaucoup !
Clara22 aucun risque que j'abandonne cette histoire, ou une autre d'ailleurs ;) Surtout que celle-ci est proche de la fin ! J'espère que la suite te plaira tout autant, merci d'avoir laissé un mot :)
J'espère vous retrouvez assez vite pour le prochain chapitre ! :) Je vais pas m'avancer pour la date, la fin du confinement risque de me ralentir, mais mon objectif c'est de terminer cette histoire avant l'été ! Je n'ai pas oublié mes deux autres histoires en cours (Monstrueusement humain et Quidditch's Lovers) mais pour l'instant je ^préfère me concentrer sur celle ci : quand elle sera bouclée, les autres seront mises à jour plus régulièrement !
Bonne lecture à tous ! :)
CHAPITRE 23 : FEVRIER (3)
La nouvelle des fiançailles de Amadeus Fawley et Nerys Avery avait fait le tour du château en moins d'une journée. L'information avait été sur toutes les lèvres; ce n'était pas tous les jours qu'une élève était demandée en mariage, encore moins devant autant de spectateurs ! Nerys avait reçu des félicitations, des regards noirs de jalousie et aussi quelques questions indiscrètes de la part d'élèves qu'elle ne connaissait même pas. Elle avait l'impression d'être dans un véritable cauchemar. Pourtant ce mariage aurait dû la combler : elle y avait souvent pensé, s'imaginant être paralysée par l'effroi de ce futur qui s'imposait à elle mais heureuse de le partager avec Amadeus. Désormais l'héritier Fawley lui apparaissait comme un véritable étranger : elle ne le reconnaissait plus, ou peut-être qu'elle ne se reconnaissait plus. En tout cas, ils n'avaient plus rien à faire ensemble; de ça au moins Nerys n'en doutait plus.
Afficher un visage ravi après la demande d'Amadeus avait été très compliqué pour elle. Heureusement, ils avaient rapidement rejoint ses amis et elle avait pu se morfondre en silence en laissant les autres alimenter la conversation. Le chemin du retour avait été compliqué, partagé entre les félicitations et les questions dérangeantes, de même que le dîner du soir. L'exercice de "faire semblant d'être heureuse" devenant plus compliqué à chaque heure qui passait, elle avait refusé de quitter son dortoir de toute la journée du dimanche. Elle avait même passé la journée dans son lit pour éviter de devoir affronter le regard curieux d'Evey et de ses autres camarades de dortoir.
Quand le lundi matin arriva, Nerys n'avait toujours pas trouvé la force de sortir de son lit. A quoi bon ? Plus rien dans son existence ne semblait suffisamment motivant pour la faire sortir du lit. Elle resta allongée, les yeux fixés au plafond à écouter ses camarades se préparer. La vie lui apparaissait morne, vide et sans aucun intérêt. La vie continuait autour d'elle, mais la sienne paraissait maintenant au point mort.
- Hé, ça va ?
Nerys tourna lentement les yeux vers le visage de Briséis, qui venait d'écarter les rideaux de son lit pour voir ce qui se passait. Briséis avait une mine froncée : elle était inquiète. Il n'y avait pas d'autre bruit dans le dortoir, ce qui signifiait sûrement que les autres filles étaient déjà parties. Nerys fixa son amie sans trouver la force de lui répondre. Elle n'avait ni envie de faire semblant, ni envie d'étaler ses pensées. Elle espérait que Briséis s'évanouirait et la laisserait seule avec ses idées noires.
Mais Briséis ne se laissa pas impressionner par son silence; elle tira les rideaux et s'installa carrément au bord du lit. Sa mine inquiète se transforma en air concentré.
- C'est les fiançailles avec Amadeus ? Ca te rend triste ?
Les yeux de Nerys se remplirent de larmes malgré elle. Non, les fiançailles ne la rendait pas triste : le sentiment allait au-delà de ça. Maintenant qu'elle se retrouvait dans sa prison dorée, elle réalisait à quel point elle n'avait aucune envie de purger cette peine. Elle n'aimait plus Amadeus - si elle l'avait aimé un jour - même plus en tant qu'ami ou compagnon de vie. Elle avait envie de le fuir comme la peste et l'idée de passer le reste de son existence avec lui était terrifiante. Pourquoi continuer à se lever le matin ? Plus jamais la journée ne pourrait lui apporter une satisfaction quelconque.
En temps normal elle se serait étonnée que Briséis se permette une question aussi indiscrète, mais ses pensées chevauchaient vers d'autres contrées.
Briséis n'eut pas de mal à interpréter son silence et sa mine lasse. Nerys savait que tout son corps reflétait le dégoût qu'elle avait maintenant pour elle-même et sa vie; et elle savait aussi qu'elle ne pourrait pas faire semblant en public. Elle préférait donc être dans son lit, loin des regards inquisiteurs, des rumeurs tranchantes et de sa vie sans-joie.
- Dis-lui alors, que tu n'as pas envie de te marier avec lui. Au diable les conséquences.
Pour Briséis, tout semblait si simple. Elle menait sa vie avec une dextérité exemplaire. Elle avait des projets mais savait aussi garder une image digne - pour l'instant. Elle avait tout calculé et maîtrisait tout à la perfection. Elle s'était choisi un avenir qui lui plaisait, sans briser son présent si calme. Bien souvent Nerys ne l'avait vu que comme une enfant gâtée qui ne supportait pas d'entendre un "non". Elle réalisait maintenant que ce qu'elle avait longtemps pris pour des caprices étaient en fait sa force de caractère. Briséis était une fille compliquée mais elle avait su se simplifier l'existence. Nerys aurait aimé lui ressembler.
- Ce n'est pas si simple, articula t-elle finalement.
Et dans sa tête elle se repassait en boucle les paroles d'Amadeus et toutes ces menaces qui pesaient sur sa vie : elle serait rejetée, humiliée, attaquée. Elle n'avait pas la force d'affronter ça. Elle se sentait prise au piège. Elle étouffait de rage. Elle savait qu'elle s'était dirigée elle-même vers ce précipice, par choix, mais maintenant qu'elle était au bord et prête à sauter, elle se rendait compte qu'elle n'avait pas du tout envie d'être là. La demande en mariage d'Amadeus était son pire souvenir et l'électrochoc qui lui rendait enfin la vue : Nerys n'avait aucune envie de s'enfermer dans une prison dorée. Dommage qu'elle s'en rendait compte trop tard.
- Amadeus n'est pas là, alors lève-toi. Tu as encore une vie ici.
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Se lever de son lit, s'habiller et affronter le monde lui avait semblé être une épreuve insurmontable, mais maintenant qu'elle était sortie de son immobilisme de souffrance, Nerys se sentait en colère contre le monde entier. Elle était en colère contre cette élève de première année qui avait osé lui demander comment elle avait su que Amadeus Fawley était son prince charmant, en colère contre Drago Malefoy qui s'était permis une remarque déplacée en disant à voix haute que Amadeus Fawley avait de très bons goûts en matière de femmes, en colère contre Evey et Dylan qui la félicitaient sans remarquer sa mine renfermée, et en colère contre Gale qui, d'habitude si disposé à lui faire remarquer quand son attitude était déplacée, se montrait extrêmement fuyant (sûrement parce qu'il était responsable de ce désastre). Son seul réconfort au milieu de cet océan de colère vint d'un minuscule évènement : Zelina Zabini fit remarquer à ses amies qu'à la place de Nerys elle aurait été nettement plus heureuse et qu'un tel manque d'enthousiasme était suspect, et Briséis la remit sèchement à sa place en lui indiquant que la jalousie était un bien vilain défaut. Enfin, Briséis voyait le vrai visage de Zelina : c'était une vraie peste.
Le petit déjeuner fut morne et silencieux. Nerys avait vaguement aperçu la tête de Fred à la table des Gryffondors mais elle n'avait pas le coeur à regarder dans sa direction. Elle aurait pensé que ses fiançailles avec Amadeus feraient de Fred un personnage central de la tragédie qu'était sa vie, mais elle avait tout faux. Il était relégué dans un coin de son esprit : elle pensait à lui régulièrement mais il n'était plus le premier de ses soucis.
Une fois n'est pas coutume, Ombrage fut en retard pour le cours de défense contres les forces du mal et Nerys se retrouva à attendre dans le couloir avec ses camarades de maison. Briséis et Gale discutaient ensemble et elle était adossée au mur, les yeux fermés, tentant de se noyer dans ce brouhaha de paroles inintéressantes.
- Alors Avery, bientôt une femme mariée ?
Lee Jordan venait de s'approcher d'elle et l'interrogeait avec une familiarité déplacée. Son grand sourire ne cachait pas tout à fait sa gêne; peut-être avait-il conscience qu'il n'était pas assez proche d'elle pour se permettre ce genre de question. Elle le dévisagea, avec de nouveau ce sentiment de colère qui hurlait dans tout son corps. Pourquoi diable Lee Jordan se permettait-il de lui poser des questions sur sa vie intime ? En quoi sa vie pouvait l'intéresser ?
Et puis son regard glissa jusqu'aux jumeaux Weasley, discutant à quelques mètres avec une Angelina Johnson agitée. Lee ne s'intéressait pas à sa vie, il se renseignait pour savoir si la rumeur était vraie. Il n'était pas assez idiot pour prendre pour vérité toutes les informations qui circulaient au château et préférait questionner la principale intéressée. Nerys n'imaginait pas Fred lui demander de se renseigner; en revanche elle imaginait très bien Lee prendre cette initiative pour pouvoir donner une information sûre à son ami.
Gale, qui semblait finalement décidé à refaire une apparition dans sa vie, intervient aussitôt :
- Je ne crois pas que ce soit tes affaires, Jordan.
Sa voix était sèche mais Lee Jordan ne se laissa pas démonter.
- Permets-moi d'être curieux, répliqua t-il avec son éternel sourire.
Nerys le dévisagea, même si l'attention de Lee était maintenant entièrement portée sur Gale. Elle était effacée alors qu'ils parlaient de choses qui la concernait directement, elle et elle seule. Elle avait l'impression que c'était un aperçu de ce que serait sa vie désormais : devenir une spectatrice muette pendant que des hommes débattraient de son existence. Elle avait été élevée pour convenir à cette idée, habituée à s'entendre dire que trouver un époux serait merveilleux et qu'avoir cette existence paisible était le rêve de toute jeune femme. En entrant à Poudlard, elle avait réalisé que non, ce n'était pas le rêve de tout jeune femme que de se marier et fonder une famille. Elle avait réalisé qu'il y avait autant d'aspirations sur terre qu'il y avait d'êtres humains : chacun voulait des choses différentes. Alors parfois elle s'était surprise à rêver, à penser à une existence de jeune médicomage talentueuse, de jeune femme qui découvrait le monde sans les chaînes d'un mari dominant. Mais à chaque fois la réalité l'avait rattrapé et elle avait préféré rester dans son univers qu'elle connaissait si bien - imparfait mais son chez-elle. Ses fiançailles avec Amadeus était la suite logique de tous les choix de son existence, de tous ses rêves qu'elle avait bridé. C'était une suite aussi logique qu'insensée.
Elle était en colère contre le monde entier mais elle était surtout en colère contre elle-même. Elle se maudissait de ne pas être plus courageuse et déterminée, de ne pas avoir la force de Briséis pour se détourner d'un monde qui ne lui convenait pas tout à fait, de ne pas avoir assez de ressources pour épouser une vie d'aventures - son avenir aurait été incertain, mais l'incertitude n'était-elle pas plus douce que cette réalité amère ?
- Ca ne te regarde vraiment pas. Si Nerys n'a pas envie de te répondre, elle ne te répondra pas.
Gale posa une main réconfortante sur l'épaule de Nerys pour appuyer ses dires. Il ne cherchait qu'à défendre Nerys et préserver son intimité, mais le fait qu'il parle à sa place (alors qu'il l'ignorait depuis deux jours) la mit en colère. Gale prenait une place trop importante dans sa vie, une place qui n'était pas la sienne. Elle l'aimait comme son plus proche ami mais elle était agacée de l'entendre toujours murmurer auprès d'elle comme une deuxième conscience.
Elle se déroba de son étreinte par un coup d'épaule sec, redevenant la star de sa propre existence.
- Laissez-moi tranquilles.
Son ton, sec et agressif, laissa Gale et Lee Jordan sans voix.
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Olivia était fidèle à elle-même, assez douce et prévenante pour ne pas poser de questions. Elle ne fit aucune allusion à Amadeus et Nerys lui en était reconnaissante : elle en avait marre de sentir le sujet s'abattre entre elle et ses amis même lorsqu'ils ne le mentionnaient pas. Elle voyait bien le regard inquiet de Gale, celui curieux de Briséis, et celui compatissant d'Adrian. Même Evey et Dylan s'y mettaient, lui posant des questions détournées pour en apprendre plus. Elle se murait dans un silence et une expression fermée pour ne devoir répondre à personne. Son attitude n'était pas exemplaire; elle était même déplacée. Mais elle savait qu'elle avait une certaine marge de manoeuvre : personne n'avait tiqué lorsque Evey avait commencé à sombrer. Ils l'avaient tous regardé faire en silence, sans aider ni enfoncer, et le même schéma se reproduisait encore. Ils étaient tous des adultes en devenir, de vaillants petits soldats de la famille des sang-pur, mais aucun n'était encore certain de la conduite à adopter. Poudlard et l'adolescence conféraient encore un certain flou qui la protégeait du déshonneur.
Visiblement Calloway et Callaghan avaient raté le petit mémo indiquant que le sujet était censuré.
- Nerys ! Alors, tu es fiancée ! S'exclama Calloway avec un enthousiasme exagéré.
Et puis Nerys se rappela que Callaghan et elle n'étaient pas friands de potins et de rumeurs; si elle abordait le sujet, c'était uniquement par curiosité personnelle. Le fait que Calloway lui témoigne un intérêt aurait pu la flatter, mais Nerys était encore trop en colère et renfermée sur elle-même pour le remarquer. A chaque seconde elle luttait pour contenir cette énergie en elle et éviter d'exploser.
- N'en parlons pas, fit-elle d'un geste agacé de la main.
Mais c'était sans compter sur la présence des deux derniers participants au cours de Soins aux créatures magiques; les jumeaux Weasley venaient d'arriver.
- Mais si, parlons-en. Quelle fabuleuse idée. Vous formez un si joli couple, Fawley et toi.
La voix de Fred était sèche et contrastait avec le sourire nonchalant qu'il présentait. Son ironie était palpable pour tous les protagonistes de la scène et un par un, ils détournèrent les yeux, laissant Nerys à la merci du rouquin vengeur.
Elle savait que Fred avait toutes les raisons du monde de lui en vouloir. Elle comprenait enfin qu'il était blessé de la situation, blessé de ne pas avoir été choisi, blessé qu'elle lui témoigne de l'importance sans jamais oser franchir la limite. Il voulait la faire réagir et ses provocations n'avaient jamais eu d'autre but que de l'attirer vers lui en la secouant. Elle comprenait tout ça, elle comprenait qu'elle était la vilaine héritière qui fait passer sa vie princière avant ses envies déviantes; mais elle était en colère.
Et sa colère n'avait plus aucune limite. Calloway et Callghan étaient deux Serdaigles crétins qui n'avaient rien compris malgré tous les indices présents sous leurs yeux, George Weasley était un idiot qui n'avait jamais pu aller au-delà de ses préjugés, Olivia Jones était trop mièvre pour comprendre et survivre à cet univers impitoyable et Fred Weasley était un débile profond qui ne cherchait jamais à comprendre les autres.
Elle en avait marre des réflexions constantes sur ses choix et ses actions. Marre de s'entendre dire ce qu'elle devait faire, et s'entendre critiquer parce qu'elle ne pouvait pas plaire à tout le monde. Avant cette année elle n'avait jamais souffert d'une seule critique car elle ne côtoyait que son monde dont elle était le joyau; mais elle réalisait maintenant que le monde était plus large qu'un salon mondain et des politesses hypocrites. Le monde était vaste, et elle n'était qu'une petite idiote qui ne savait pas quoi faire de ses dix doigts.
- Mais oui, quel formidable couple. Vous avez devant vous la future Mrs Nerys Fawley. Je serai riche, malheureuse et mariée.
La réponse de Nerys laissa place à un silence gênant et froid. Personne n'osait la regarder à part Fred qui la fixait.
Il était toujours irrésistiblement beau bien sûr. Même sous sa colère dévorante il était capable d'animer d'autres sentiments chez elle. Son coeur battait la chamade et quelque part au fond d'elle, elle rêvait seulement qu'il la prenne dans ses bras pour éloigner ses problèmes. Mais les rêves n'étaient pas la réalité, et la seule héroïne de son histoire c'était elle-même.
- Mais qu'est-ce que vous y connaissez vous ? Vos seuls problèmes ce sont des mauvaises notes et des disputes sans intérêt.
Nerys s'abandonna enfin à la colère. Elle les regardait tour à tour, soudain débordante de haine pour ces visages innocents qui s'offraient à elle. Même Olivia, la toujours si douce et si agréable Olivia, était la cible de ses attaques. Pour la petite Poufsouffle tout semblait si simple et si naturel dans la vie. Nerys avait parfois l'impression que son amie ne se posait aucune question, qu'elle faisait ce qu'elle voulait sans se soucier du reste du monde. Elle enviait sa capacité à se simplifier la vie; elle la jalousait même. Elles les jalousait tous pour leurs vies si parfaites et si tranquilles. Ils n'avaient à se plaindre d'aucun malheur; sauf peut-être de n'en connaître aucun.
- Vous êtes pathétiques, cracha t-elle finalement avec tout le dédain dont elle capable.
Mais la haine qu'elle crachait ce n'était pas pour eux; c'était pour elle.
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Sa crise de nerfs commencée en cours de Soins - elle s'était enfuit avant que Hagrid n'arrive - ne s'était terminée que des heures plus tard dans son dortoir. Elle était maintenant allongée toute habillée dans son lit, les yeux fixés au plafond. Sa colère était à peine retombée, mais la fatigue lui donnait maintenant une sensation de vide. Elle avait entendu certaines de ses camarades de dortoir entrer, s'installer et ressortir mais personne n'avait tiré les rideaux de son lit à baldaquin. Nerys avait cru reconnaître le pas léger de Briséis, mais même elle n'avait pas tenté de lui parler. C'était mieux ainsi : Nerys avait besoin d'un peu de temps pour elle. Mais ses réflexions qui tournaient en boucle dans sa tête sans apercevoir un semblant d'issue finirent par devenir étouffantes.
Nerys se leva, bien décidée à aller se dégourdir les jambes pour souffler un peu. Le dîner était passé depuis longtemps et ses camarades de dortoir semblaient toutes endormies : l'heure du couvre-feu devait être passée depuis un moment, même si la nuit n'était pas encore avancée.
Sortir après le couvre-feu était contraire aux règles et désobéir au règlement de Poudlard n'avait jamais été dans ses habitudes. Ou plutôt, la Nerys Avery d'avant n'aurait jamais osé le faire. La personne qu'elle était devenue en l'espace de quelques mois ne se souciait plus de ce genre de détails futiles. Que risquait-elle ? Une retenue et des points en moins ? Ca ne risquait pas de changer la face du monde.
Elle s'éclipsa discrètement du dortoir. Il y avait encore quelques élèves dans la salle commune (surtout des années inférieures) mais ils la regardèrent à peine. C'était mieux ainsi : si Nerys avait croisé Gale, Dylan, ou un autre de ses amis, elle se serait montré très désagréable. Et il était inutile de se rendre l'existence encore plus compliquée.
Les couloirs étaient vides, ce qui n'avait rien d'étonnant. Nerys ne se souciait pas particulièrement d'être discrète mais elle ne croisa personne. Ses pas la dirigèrent finalement vers la tour d'astronomie (sans qu'elle l'ait réellement voulu) et elle décida d'aller s'aérer l'esprit. Elle ne suivait plus les cours d'astronomie depuis longtemps et elle n'était jamais remonté dans cette tour - la plus haute du château et celle qui offrait la vue la plus incroyable. Peut-être que contempler l'immensité du monde lui ferait du bien et lui ferait oublier son existence le temps d'une seconde.
Quelqu'un était déjà présent.
Une petite silhouette aux longs cheveux blonds semblaient admirer les étoiles avec un étrange appareil. Nerys ne voyait pas son visage mais ces deux indices étaient suffisamment parlants pour qu'elle devine qu'il s'agissait de Luna Lovegood.
La présence de la Serdaigle ne la réjouissait pas, mais !, ça ne l'agaçait pas non plus. Et c'était presque un miracle étant donné que Nerys était en colère contre absolument tout le monde et ne supportait plus aucune autre présence humaine.
Elle s'avança et Luna remarqua sa présence.
- Je viens parfois ici pour apercevoir les Stellores, expliqua la Serdaigle au bout d'un moment.
Nerys n'avait aucune idée de ce que pouvait bien être les "Stellores", ce n'était pas une créature au programme, et elle n'en avait que faire. Mais la voix de Luna était douce et c'était la première fois depuis des jours qu'elle n'avait pas envie d'étrangler la personne qui se trouvait sous ses yeux, alors elle laissa la colère retomber.
- C'est quoi ? Demanda t-elle, vaguement curieuse.
- Des petits lutins qui vivent dans les étoiles.
Luna Lovegood déraillait, ce n'était pas la première fois. Les connaissances de Nerys en matière d'astronomie étaient limitées mais elle était convaincue que des créatures ne risquaient pas se déplacer d'une étoile à l'autre : elles étaient beaucoup trop éloignées ! A une certaine époque elle se serait insurgée de ces rêves fantasques et impossibles, mais à cet instant elle trouva Luna Lovegood touchante. Elle était moquée par tout le château pour ses délires et ses croyances farfelues mais elle s'y accrochait tout de même. Sa vie sociale se résumait quasiment à néant mais elle semblait heureuse et mener une existence paisible. Nerys l'enviait presque : Luna elle aussi avait trouvé la force de rester sur sa voie même si elle ne plaisait pas aux autres. Elle suivait ses envies et ses croyances sans se soucier de ce qui était dit sur elle. Elle devait parfois en être blessée mais ça ne l'empêchait pas d'avancer.
- Tu n'es pas venue ici pour ça, remarqua Luna au bout d'une ou deux minutes de silence.
Elle l'observait avec son air rêveur qui donnait l'impression qu'elle n'était pas tout à fait là, alors qu'elle avait une appréhension du monde et de ses pairs bien plus complète que la plupart des gens.
- Non, j'avais envie de souffler. Je ne me sens pas très bien en ce moment.
L'aveu était plus facile qu'elle ne l'aurait pensé. Tous ses amis le savait, mais Nerys n'avait jamais osé le formuler à voix haute. Avec Luna les choses étaient différentes : elles n'étaient pas amies et Luna ne risquait pas de répéter ses confidences à qui que ce soit. Elle était si fantasque et si lunaire que tout jugement semblait avoir déserté sa pensée. En vérité il n'y avait pas meilleur candidat à Poudlard pour se confier.
- La première étape pour aller mieux, c'est d'en avoir conscience. Rien n'est plus cruel que l'ignorance, récita Luna en semblant faire référence à un vieux dicton oublié.
Nerys n'avait jamais entendu ce drôle de proverbe; peut-être était-ce un truc de Serdaigle.
- Moi c'est la connaissance que je trouve cruelle, soupira Nerys.
Elle laissa ses yeux parcourir l'horizon, un instant apaisée en haut de cette tour avec la petite Serdaigle à ses côtés.
Elle repensait à sa vie d'avant. Cette dernière année à Poudlard avait changé bien des choses, et ça ne se résumait pas à une idylle avec Fred Weasley. C'était peut-être sa présence qui avait tout fait basculé en premier, mais elle prenait maintenant conscience de l'étendu des dégâts. Elle avait résumé ses problèmes à son seul désir pour Fred Weasley, réduisant son existence à la vie d'un homme comme on le lui avait appris. Mais maintenant qu'elle était fiancée à Amadeus Fawley, elle réalisait que ce n'était pas Fred Weasley qu'elle avait le plus peur de perdre. Ce qui l'effrayait, c'était sa liberté entravée. Fred Weasley n'était finalement qu'un pion sur un échiquier bien plus grand - sans doute une pièce maîtresse mais lui seul ne suffisait pas à influer le cours de la partie.
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Nerys faisait danser sa plume sur son rouleau de parchemin avec un air fermé et concentré. Elle était encore de mauvaise humeur et elle avait l'impression de dégager des ondes si mauvaises que la bibliothèque entière était plongée dans un silence pesant. Olivia, Finn et Briséis ne disaient pas un mot. Elle savait qu'elle avait été plutôt injuste avec eux ces derniers jours, à mi-chemin entre désagréable et froide, mais elle n'était pas encore prête à se montrer sous un meilleur jour.
Dans un coin de la bibliothèque, les jumeaux semblaient travailler avec Lee Jordan et Angelina Johnson. Nerys avait croisé le regard de Fred lorsqu'il était entré dans la bibliothèque, un regard plein d'électricité. Son coeur se tordait toujours douloureusement lorsqu'elle le voyait, à la fois si près d'elle et hors d'atteinte, et elle sentait des frissons se glisser sur sa peau, mais son esprit arrivait maintenant à dominer ces émotions qu'il déclenchait. Elle trouvait parfois un peu de réconfort dans le souvenir des moments passés avec lui mais ça ne durait jamais bien longtemps.
Aussi fort qu'elle désirait Fred et tenait à lui, elle réalisait maintenant que son existence et ses choix ne devaient pas se faire en fonction de lui, ni en fonction d'aucun autre. Elle ne savait plus très bien à quel moment elle l'avait réalisé, mais elle comprenait enfin que sa vie lui appartenait et qu'elle ne devait pas la placer entre les mains d'un homme. Nerys avait été élevée pour devenir une épouse, une mère de famille, mais elle comprenait enfin qu'elle pouvait aussi être une femme si elle le désirait. Elle comprenait que son existence entière ne devait pas être basée sur des choix amoureux. Briséis lui avait dit un jour qu'elle ne devait pas faire sa vie en fonction d'un homme; Nerys comprenait enfin ce que son amie avait voulu lui dire.
Sa vie entière avait été dictée par un effort de bonne conduite. Nerys avait toujours pensé qu'elle avait fourni des efforts pour être une fille bien élevée, pour être la meilleure d'entre eux, et elle réalisait qu'elle avait toujours cherché à plaire aux autres sans savoir si elle se plaisait à elle-même. Elle s'était oubliée dans son océan d'apparences parfaites.
Mais il était trop tard pour avoir des regrets.
Elle était comme un aveugle qui retrouve la vue juste avant de rendre son dernier souffle. Ses révélations intérieures ne lui apporteraient rien que du chagrin. Elle était emprisonnée dans une union qu'elle ne désirait plus - l'avait-elle d'ailleurs réellement désirée ? Elle pensait que son idylle avec Amadeus avait été un choix, mais pouvait-on vraiment parler de choix lorsqu'on était conditionnée à ce point ? Son seul vrai choix dans la vie, la seule chose qui avait été dictée uniquement par ses envies et non par le désir de bien faire, c'était sa relation avec Fred. Mais maintenant elle n'aspirait pas qu'à ça. Elle réalisait que ses désirs allaient bien au-delà de la seule existence de Fred Weasley.
Finn interrompit le silence ambiant en expliquant à Olivia son dernier cours de divination. Nerys avait étonnée de savoir qu'il suivait cette option mais elle avait réalisé que Finn croyait sincèrement en la divination. Les Serdaigles n'étaient pas tous aussi terre-à-terre qu'on le disait.
- D'habitude elle ne dit que des inepties. Mais hier elle a enfin dit des choses rationnelles. C'était très intéressant. Tu vois, elle nous expliquait que le présent (il dessina une ligne sur son parchemin) se découpait en une multitude de futurs possibles (il divisa son trait en plusieurs branches). Et donc la divination ne fait que prédire un événement d'une de ces branches, et c'est pour ça qu'on prévoit parfois des choses qui ne surviennent pas. Ce qui a été prédit, c'est ce qui aurait pu arriver.
Finn termina son explication, très fier de lui. Nerys avait les yeux rivé sur son parchemin, bien qu'il ne s'adressait pas à elle.
- Qu'est-ce que tu as dit ? Demanda t-elle abruptement.
Finn la fixa, un peu interloqué de la voir s'animer au sujet de la divination. La surprise passée, il tourna son schéma de façon à ce que Nerys puisse mieux le voir.
- Et bien c'est simple. Ici, c'est le présent. Tous ces traits, c'est ce que peut devenir le futur - parce que la vie change forcément tu vois. Le présent ce n'est pas pour toujours.
Son schéma était grossier et ridicule, et apparut comme une révélation lumineuse pour Nerys.
Le présent n'est pas pour toujours. C'était une phrase censée et réelle, un fait que tout le monde connaissait, mais que Nerys avait trop longtemps oublié.
Elle suffoqua presque de déplaisir en prenant conscience de son idiotie personnelle.
Ce qu'elle tentait de préserver à travers tous ses choix, c'était sa vie telle qu'elle la connaissait maintenant. Elle aimait ses amis, elle aimait passer du temps avec eux dans ces murs, elle aimait son père dont elle était le trésor le plus précieux, elle aimait même sa rivalité stupide avec Watson qui lui apportait un peu de piment dans la vie. Elle aimait tout ça, et c'était pour ne pas le perdre qu'elle avait fait tout ces choix ! Elle tentait de préserver sa vie telle qu'elle la connaissait et telle qu'elle l'aimait.
Quelle idiote elle avait été !
Sa vie actuelle n'avait pas de futur. Comme la ligne de Finn qui se divisait ensuite en branches innombrables, sa vie présente ne serait pas éternelle. Elle avait tout sacrifié pour quelque chose de limité dans le temps. Elle pensait qu'épouser Amadeus lui permettrait de rester digne et fière pour continuer à vivre sa petite vie tranquille, mais elle se trompait lourdement. Dans un peu plus de quatre mois, la vie qu'elle aimait tant disparaîtrait pour toujours, et c'était indépendant de sa personne et de ses choix. Elle en avait pris un peu conscience quand Briséis lui avait révélé son plan d'avenir, car elle avait compris que son amie ne pourrait plus être présente dans sa vie. L'annonce d'Adrian avait été un autre indice, mais elle ne l'avait pas compris. En se fiançant avec Amadeus, tout ce qui l'attendait était un mariage malheureux avec un homme qui ne supportait pas les écarts. Ses amis ne seraient plus là - ou plus comme avant, son père se désintéresserait d'elle, et son seul loisir serait d'organiser des soirées pour convier des gens qu'elle n'apprécierait que très moyennement. Sa vie oscillerait entre tristesse, lassitude, vague amusement, grand abattement.
Les informations étaient sous ses yeux depuis le début, mais elle venait seulement de comprendre.
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Dylan caressait une mèche de cheveux d'Evey avec une affection qui n'avait rien de romantique. Nerys les observait, songeuse. Epouser quelqu'un de sa famille devait être terrible mais les cousins Rowle semblaient s'y faire. Ils s'adoraient et ils s'équilibraient. Leur seule difficulté serait sûrement de partager une intimité pour concevoir un héritier, mais l'événement désagréable n'aurait pas à se produire très souvent. Sans doute que Evey et Dylan vivraient plus comme des colocataires que comme un vrai couple. En fait Evey semblait même avoir trouvé un peu d'indépendance dans cette union qu'elle ne voulait pas : ces derniers temps elle s'était révélée plus bavarde et plus coquette qu'elle ne l'avait jamais été. C'était comme si elle avait porté un masque toutes ces années, comme si elle avait tenté d'être parfaite, et que maintenant que l'objectif principal de sa vie était accompli (trouver un mari) elle pouvait enfin se laisser aller.
En observant ses amis, Nerys réalisa que Evey était certainement celle d'en eux qui lui ressemblait le plus. C'était bien ironique, considérant que Nerys n'appréciait pas beaucoup Evey. Elle la trouvait trop sage, trop effacée. C'était sans doute ce que les gens pensaient d'elle aussi. Mais elle réalisait maintenant que Evey avait toujours eu le désir de bien faire, exactement comme elle.
Leur différence, c'était que Evey semblait revigorée par son avenir proche, alors que Nerys s'en sentait dévastée.
Briséis et Gale discutaient ensemble du cours d'étude des runes. Gale ne suivait pas cette option et lui faisait part de son désintérêt pour une telle matière :
- Les runes ça concerne l'histoire et le passé. Moi je préfère me consacrer au futur.
Briséis fronça les sourcils; la conversation ne lui plaisait pas et pour cause : sans le savoir, Gale critiquait ce à quoi elle pensait dédier sa vie. Ce n'était pas juste un choix de carrière pour Briséis, c'était une véritable passion.
- Figure-toi que l'histoire est importante. Si on ne la connait pas, on refait les mêmes erreurs.
Gale soupira et fit un geste de la main, comme pour signifier que la conversation était terminée. Visiblement il n'avait pas envie de se lancer dans une joute avec Briséis et préférait arrêter le débat avant qu'il dégénère. Peut-être que Briséis avait raison et que Gale commençait à apprendre du passé pour ne pas refaire les mêmes erreurs.
Briséis accepta sa résignation et se mura dans un silence. Nerys l'observa. Il y avait peu de points communs entre Briséis et son frère, à part peut-être leur détermination légendaire. Même physiquement elle devinait mal Amadeus dans les traits de son amie.
Penser à Amadeus ne déclenchait plus ni colère ni tristesse chez Nerys. Elle était maintenant résignée car elle savait ce qu'elle devait faire. Aucune option n'était parfaite alors elle s'était décidé pour la moins désagréable.
Elle attendait le bon moment pour enfin laisser libre court à ce qu'elle pensait.
Et justement, le moment arriva. Gale était silencieux, Briséis s'était réfugiée derrière son magazine, alors que Evey et Dylan discutaient bruyamment d'un de leur cousin éloigné qui vivait en France.
C'était un moment idéal, c'était le moment. Elle l'aurait pensé plein de stress, de peur; ou au contraire rempli d'excitation et de bonheur. Elle pensait que sa vie et ce moment pencherait forcément entre ces deux extrêmes mais elle se trompait. La révélation laissa place à un calme olympien dans son corps, qu'elle n'avait pas connu depuis des jours. En vérité, elle n'avait jamais ressenti cette sensation d'apaisement; comme si elle savait enfin avec une certitude absolue que tout allait bien se passer.
Avec cette expression énigmatique sur le visage que n'ont que les personnes ayant enfin trouvé la paix intérieure, elle se tourna vers Gale, pour lui annoncer cette conclusion si simple à son existence de problèmes :
- Je ne vais pas épouser Amadeus.
Et puis il y eut le silence, doux, amer, et si précieux.
