On se rapproche de la fin, vous vous en doutez, hors de question qu'il y ait pas un peu d'angst.

Bonne lecture !


Cette semaine-là, Stephen et Loki regagnèrent leur routine, à une exception près. Tous les soirs, au lieu de se séparer, Loki restait dormir avec Stephen. Le deuxième soir, ce dernier avait directement proposé à Loki de le rejoindre, et il avait accepté.

Le chirurgien n'avait rien tenté cependant. Il savait que Loki devait gérer beaucoup de choses, et n'avait donc pas vraiment le temps de prendre du recul sur ce qu'il ressentait.

Stephen continuait ses rondes, seul. Loki n'avait clairement pas le cœur à ça, et Thor et Frigga venaient lui tenir compagnie.

Au cours d'une de ses sorties, justement, il croisa la route de Falcon, un super-héros avec qui il avait déjà collaboré. Il n'avait pas de pouvoirs, mais une paire d'ailes mécaniques et un drone ultra-perfectionné. Ça ne l'empêchait pas de se battre contre des magiciens confirmés, ce qui impressionnait Stephen.

Il tomba sur lui en rentrant d'une mission assez simple. Falcon atterrit devant lui alors qu'il rentrait en passant par un toit.

- Hè ! Vous êtes assez proche du Serpent, non ? lança-t-il.

- Oui, je le connais, acquiesça le Docteur.

- Dites-lui de se méfier, conseilla le super-héros ailé. La Sakaariane est sur les dents, le vieux a envoyé des gars fouiller les hôpitaux.

- Je le préviendrai, grinça le Docteur. Ils ont des pistes ou ils sont complètement à l'aveugle ?

- De ce que je sais, ils ont rien pour l'instant. Les médecins ont rien lâché, et les sorts de confidentialité les ont empêchés de trouver son nom.

- C'est déjà ça, soupira Stephen.

Leurs bipeurs sonnèrent au même moment.

- Je m'en charge, dit le Falcon, avant de s'envoler.

Stephen rentra donc à l'appartement avec plus de précautions, faisant de multiples détours en vérifiant qu'il n'était pas suivi. Il était plus que probable que la Sakaariane comptait aussi sur lui pour mettre la main sur le Serpent, et il était hors de question qu'il leur fasse ce plaisir.

Une demi-heure plus tard, il retrouva Loki en compagnie de Thor, assis autour d'un thé et d'une bière. Ils discutaient légèrement, et Stephen s'en voulut de les interrompre avec une nouvelle aussi mauvaise.

- Je peux vous parler une minute ? demanda-t-il en s'asseyant dans le fauteuil en face du canapé. C'est important.

Comment l'annoncer ?

- C'est à propos de la Sakaariane ? dit Loki avec sa voix cassée.

Thor et Stephen le regardèrent avec surprise.

- Quoi ? On doit pas en dire le nom ?

- Oui, c'est à propos de la Sakaariane, répondit Stephen. Le Grandmaster te cherche, Loki.

- Comment ça, ils le cherchent ? lança Thor.

- Apparemment, ils ont ratissé les hôpitaux pour te trouver, expliqua-t-il.

- Merde, c'est passé juste, remarqua Thor.

Stephen acquiesça.

- Loki, je suis désolé de te le dire, mais il va falloir que tu restes ici encore un moment.

L'intéressé soupira.

- Et après ? Je ne vais pas me cacher éternellement.

- Avec ton témoignage, la police est sur les traces de leur QG, ajouta Thor. Ce n'est qu'une question de temps avant qu'ils n'investissent les lieux.

- Combien de temps ? Des mois, des années ? ironisa Loki. Et puis même, ça ne change rien. Si leur QG tombe, ils seront d'autant plus enclins à se venger.

C'était un long discours pour des cordes vocales convalescentes, aussi Loki dut boire son thé pour apaiser sa douleur. Il reprit :

- Et je n'ai été retenu que dans une seule de leurs bases. Ça veut dire que je ne dois plus jamais sortir d'ici ?

- On ne peut pas demander une protection policière ? Ou un programme de protection des témoins ? interrogea Thor.

- Ils ont refusé au motif que le Grandmaster ne connaissait que son visage, mais n'avait pas son identité ou son adresse, soupira Stephen.

- Alors pourquoi je ne peux pas sortir ? demanda Loki.

- Mais c'est ridicule ! protesta Thor au même moment.

- Loki, on ne peut pas prendre le risque qu'il t'enlève et te tue, répondit fermement Stephen. La police fait clairement le minimum. On avisera quand ils auront fait tomber la Sakaariane.

Loki se laissa tomber contre le dossier du canapé, clairement agacé.

- C'est pour ton bien, dit Thor en posant sa main sur sa cuisse.

- Je sais, soupira-t-il. Mais ça me saoule quand même.

- Quand tu auras fini ta convalescence, on ira se reposer chez Maman, d'accord ?

Loki répondit d'un grognement en se roulant en boule.

- Je fais comment pour Sindbad ?

- Je les ai prévenus, le rassura Thor. J'ai dit à ta DRH que ta magie avait décompensé, et que tu allais mettre du temps à t'en remettre. Elle a dit que tu pouvais prendre le temps que tu voulais, puisque tu n'es qu'assistant pour la Fashion Week de Nidavellir.

- Parfait ! résuma Stephen.

Loki était encore maussade, mais le reste de la soirée se déroula sans encombres : ils dînèrent, regardèrent un film et Thor rentra chez lui. Ils dormirent ensemble, comme ils en avaient pris l'habitude.


Il se passa trois semaines avant que tout ne reparte en vrille. Pourtant, Loki était resté sage : il n'était pas ressorti depuis que Stephen lui avait parlé de la menace qui planait sur lui, ni en civil, ni en Serpent. Il continuait à se plaindre de son isolement, mais considérant la situation, il estimait qu'il en avait parfaitement le droit. Stephen ne pouvait pas le contredire. Mais personne n'aurait pu blâmer Loki pour ce qui allait suivre.

Il ne savait pas où était Stephen, car celui-ci était parti tôt le matin avant qu'il ne soit réveillé. Il avait supposé qu'il était parti à l'hôpital, avant de partir faire quelques missions, ou l'inverse. Toujours est-il qu'il était 22 heures et que Loki était toujours seul dans l'appartement. Il ne savait s'il devait s'en agacer ou s'en inquiéter : d'ordinaire, Stephen le prévenait toujours s'il devait l'attendre pour dîner ou non.

Loki avait décidé de dîner sans lui devant la télévision, puisque c'était désormais une de ses seules distractions depuis le début de son retranchement. Heureusement, la douzième chaîne diffusait un nouvel épisode de Tartes au citron, aussi avait-il de quoi éviter de penser à Stephen.

Son bipeur sonna alors que la septième candidate venait de comprendre qu'elle avait confondu le sel et le sucre pour sa recette de gâteaux aux amandes. Loki ignora l'appareil. Au début, c'était incroyablement difficile de résister à l'appel et de rester sans rien faire alors que quelqu'un avait besoin de son aide. La plupart du temps, c'était Stephen qui se chargeait d'y répondre, alors son sentiment d'impuissance s'évaporait facilement. Depuis quelques temps, il arrivait mieux à l'ignorer et à faire taire sa culpabilité.

Le bipeur sonna une deuxième fois, plus longtemps. Le jeune homme soupira. Le bruit avait couvert la répartie d'un candidat, et maintenant tous les participants riaient sans qu'il ne sache pourquoi.

La troisième fois, Loki se résolut à se lever pour aller l'éteindre et le cacher dans un tiroir. Il ne put s'empêcher de lire l'objet de l'appel. Ce qu'il vit lui donna une sueur froide.

[CITOYEN] : LE DOCTEUR EST RETENU EN OTAGE PAR THANOS. BESOIN DE SECOURS. IL EST INCONSCIENT ET SEMBLE BLESSÉ. IL SERA RELÂCHÉ SI LE SERPENT SE REND AU GRANDMASTER.

Loki sentit une vague de culpabilité l'envahir. Rien de tout cela ne serait arrivé si…ce n'était pas le moment d'y penser. Il convoqua son costume et l'enfila magiquement – c'est fou ce que cette sensation lui avait manqué, et se téléporta dans la nuit.

La fraîcheur nocturne le surprit. Ça faisait si longtemps qu'il n'était pas sorti, presque un mois et demi si on comptait sa séquestration.

Hors de question de se rendre au Grandmaster. Il s'agissait maintenant de trouver Thanos. Rien que l'idée le fit frémir, mais si Stephen l'avait affronté pour lui sans hésitation, il se devait bien de lui rendre la pareille. D'après son bipeur, son bourreau se trouvait près de la gare téléphérique de Saint Anselme, soit à une vingtaine de minutes de marche. Il y fut en dix minutes.

La gare téléphérique de Saint Anselme se composait de deux niveaux : un au sol, où on pouvait acheter les billets, et un en hauteur, à flanc de montagne, d'où partaient les cabines. Elle était actuellement hors-service depuis l'attaque qui avait fait trois morts, lors de laquelle un criminel qui se faisait appeler Dr Octopus avait cru drôle de sectionner un des pylônes qui soutenaient les câbles, après avoir posé une bombe sur une cabine qui s'était ensuite écrasée sur le quai. Loki se souvenait vaguement d'une histoire de vengeance et d'araignée, mais pour l'heure, il avait des préoccupations beaucoup plus importantes. Tout cela pour dire que depuis cet événement, la gare était coupée du réseau en attendant que les pouvoirs publics ne décident de commencer les travaux. Il n'était donc pas étonnant qu'elle soit déserte ce soir-là.

Loki entra à l'intérieur de l'accueil du rez-de-chaussée. Tout était calme, d'un silence lourd et enveloppant. Le grand hall était encombré çà et là de tas de gravats, mais était tout de même assez dégagé. En ignorant ces débris, les quelques tags et la poussière, il eût été aisé de croire que l'endroit n'était fermé que pour la nuit.

Loki se dirigea vers les escaliers de fer au fond de l'accueil, qui s'élevaient dans la pierre de la montagne, pour rejoindre le premier étage. Aucune trace de Thanos ici. Il aurait pu prendre un des ascenseurs, mais au vu de l'état de délabrement de la gare, il préférait ne pas s'y risquer.

Il monta les escaliers le plus silencieusement possible, mais son entreprise fut compliquée par les quelques pigeons qu'il dérangea dans son ascension. Le bruit de ses bottes sur le fer lui paraissait assourdissant dans le silence de cathédrale qui régnait sur les lieux. Enfin, il arriva sur le palier.

Le même spectacle désolant de déliquescence s'offrait à lui, à la différence que les quais s'ouvraient sur la ville. Loki n'avait cependant pas le temps d'admirer le paysage. Aucun signe ni de Thanos, ni de Stephen. Alors qu'il commençait à se demander s'il arrivait trop tard, son bipeur sonna de nouveau.

[CITOYEN] : LE DOCTEUR EST RETENU EN OTAGE PAR THANOS. BESOIN DE SECOURS. IL EST INCONSCIENT ET SEMBLE BLESSÉ. IL SERA RELÂCHÉ SI LE SERPENT SE REND AU GRANDMASTER.

Le malaise de Loki allait croissant, quelque chose ne tournait pas rond. Il se résolut à faire un dernier tour de la gare, par acquis de conscience, avant de rentrer.

Les silhouettes fantomatiques des quelques cabines à l'arrêt n'encouragèrent pas le jeune homme à aller les vérifier. Aucun bruit suspect ne l'attirait vers elles, et il préféra s'en éloigner. Les quais étaient toujours plongés dans le silence, et la nouvelle sonnerie de son bipeur le fit sursauter.

[LE DOCTEUR] : JE SUIS EN SÉCURITÉ. RENTRE TE METTRE À L'ABRI LE + VITE POSSIBLE.

Loki eut l'impression que son cœur tombait de sa poitrine. Il jeta un regard paniqué sur la station déserte avant de se préparer à se téléporter.

Il n'en eut malheureusement pas le temps.

Un sortilège d'entrave le ligota et le cloua sur place. Il se débattit tant bien que mal, mais le sort était puissant. Il entendit un rire à sa droite, avant de voir Laufey émerger de l'ombre.

- J'ai préféré attendre que tu le réalises toi-même, quitte à devoir être rapide, sourit-il en s'approchant de lui.

Loki tremblait, et essaya de répliquer, mais le sort l'avait aussi bâillonné.

- Je suis désolé, Loptr, mais tu m'as beaucoup déçu. Tu as déçu beaucoup de monde.

Laufey eut un sourire faussement contrit, et porta sa main au front de Loki. Une douleur glaciale lui vrilla le crâne et tout devint noir.