Cassiopea posa son starfighter aux côtés du Croiseur de tête qui venait d'atterrir. En sortant de son cockpit, la jeune femme remarqua deux choses. Tout d'abord, que les boucliers de son vaisseau amiral n'avaient pas tenu et que ce dernier était criblé d'impacts et avait perdu une aile et, ensuite, que des hurlements de joie et des cris de victoire résonnaient de tous les côtés.
Les chasseurs se posaient de toutes parts et les Sentinels restés sur la base se ruaient dans leur direction. Les pilotes qui mettaient pied à terre se retrouvaient cernés par leurs amis qui les prenaient dans leurs bras et les félicitant. Cassiopea descendit lentement de son fighter et s'approcha de la rampe du Croiseur qui venait de se déployer. Matylda ne tarda pas à la dévaler et elle se précipita dans les bras de son amie.
« J'ai cru que vous n'y arriveriez pas, dit-elle après un instant. Vous avez mis bien plus longtemps que prévu.
- Nous avons dû gérer quelques contretemps, expliqua Cassiopea. D'après ce que Sor m'a crié dans les oreilles pendant notre descente. Sélène a remis son père à sa place pendant que Navo s'occupait de réintégrer le système et que Quinlan et moi étions aux prises avec les troopers. Comment ça s'est passé ? Je vois que les boucliers n'ont pas tenu.
- Ils ont lâché peu de temps avant votre arrivée. Ceux d'Ann-Mary se sont mis hors-service plus tôt et elle a dû battre en retraite. Du coup, ils ont concentré toute leur puissance de frappe sur nous ! Obi-Wan n'a pas voulu reculer pour gagner du terrain. Il a dit que le vaisseau tiendrait le temps qu'il faudrait.
- Il vous manque une aile, commenta Cassiopea en levant un sourcil à l'attention du Maître Jedi qui descendait la rampe.
- Anakin a un jour posé un demi-vaisseau, expliqua ce dernier. Alors, ce n'est pas pour une aile manquante que j'allais faire demi-tour.
- Un demi… je ne veux même pas savoir comment il a perdu l'autre moitié. Tout le monde va bien à bord ?
- J'ai fait évacuer la zone sensible quand j'ai vu que les dégâts devenaient trop importants. Nous sommes tous intacts. Je ne peux malheureusement pas en dire autant de tous tes chasseurs.
- Ils ont réussi à abattre tous les TIE, poursuivit Matylda. Mais Ann-Mary a pu dresser un bilan approximatif une fois hors de portée de tirs. Nous avons perdu l'équivalent d'un bataillon entier. Et Raven…
- Je sais. Nous allons organiser une cérémonie funéraire digne de ce nom. C'étaient des pilotes d'exception et des membres de la famille. Ils méritent tous les honneurs.
- Cass !, la voix de Wolf tira la jeune femme de ses pensées. Le pilote la prit dans ses bras et la souleva pour la faire tourner au-dessus de sa tête. On a réussi ! Ils ont plié bagages en moins de deux après le petit tour de Navo.
- Tu vas bien ?, lui demanda la jeune femme tandis qu'il la reposait au sol.
- Parfaitement bien même ! Villie a pris un petit coup, il est parti au centre de soin avec les autres blessés. Rien de grave heureusement. Quinlan et Sor ont atterri plus loin avec le Croiseur d'Ivan et Emiliana. Je crois qu'ils ont pris un sacré choc dans la coque inférieure. Les impériaux les ont visés lorsqu'ils passaient au-dessus du Destroyer. Le dernier Croiseur est intact, il faudra juste rebooter les boucliers. J'ai sept X-wing hors-service qui ont dû se poser, voire se crasher, en urgence. Le Phoenix aura aussi besoin de voir le mécanicien, Sor a dû actionner les propulseurs de secours et ça fait toujours sauter le système. Il y a aussi…
- Wolf !, Cassiopea lui plaqua une main sur la bouche pour l'arrêter. Nous allons faire le point sur la situation en détail. Mais d'abord, nous avons des morts à enterrer. Et ensuite, une victoire à célébrer en leur honneur. »
Ce n'était pas la première fois que les Sentinels avaient à organiser une cérémonie funéraire. L'euphorie des premiers instants laissa rapidement place au chagrin. Plusieurs dizaines de pilotes avaient péri dans l'assaut et la base toute entière se mit en deuil. Fauchés en plein vol, leurs corps ne pouvaient pas être retrouvés mais les rebelles les enterraient symboliquement. Regardant autour d'elle, Ann-Mary se demanda si l'Ordre aurait fait quelque chose de similaire pour ses Chevaliers tombés s'il avait survécu à l'avènement de l'Empire. La jeune femme en doutait. Certains des pilotes tombés avaient des familles, des enfants, qui pleuraient de douleur sur la tombe de leurs parents morts au combat. La guerre fauchait sans merci. D'autres encore sortaient tout juste de l'enfance et auraient eu la vie devant eux si l'univers en avait décidé autrement.
Ann-Mary adressa un regard à chacun de ses amis. Matylda avait l'air bouleversée mais elle tentait de garder la face. La jeune femme n'avait encore jamais été confrontée aux horreurs de la guerre mais elle avait visiblement compris qu'il fallait se montrer fort. Sélène restait un peu en retrait, nul doute qu'elle devait se sentir coupable, son père étant responsable des pertes. Elle tenait cependant Emiliana dans ses bras. La jeune femme sanglotait contre l'épaule de son amie. Elle aussi a perdu toute sa famille sous les feux de l'Empire, se souvint Ann-Mary. Ça doit être horrible, de revivre ça. La Jedi tourna son regard vers Cassiopea. Elle se tenait sur l'estrade dressée pour l'occasion aux côtés de ses lieutenants. Navo était blottie dans les bras d'Ivan, Ann-Mary avait cru comprendre qu'elle était très proche de Raven. Sor et Wolf gardaient un regard grave et solennel, eux aussi semblaient rodés à l'exercice. Les yeux de Cassiopea était quant à eux fixés sur le fils d'un pilote. Le petit garçon ne devait pas avoir plus de trois ans et il apportait des fleurs sur la tombe de son père, encore trop jeune pour comprendre. Ann-Mary se demanda ce qui pouvait passer par la tête de son amie en cet instant. Ces hommes et ces femmes étaient morts pour sa cause. Ils s'étaient battus sous les drapeaux des Sentinels parce qu'ils avaient cru en l'avenir que Cassiopea défendait. Mais Ann-Mary connaissait son amie. Elle n'était pas du genre à se laisser ronger par la culpabilité. Au contraire, elle allait sans doute redoubler de puissance pour venir à bout de l'Empire et ramener paix et liberté dans la galaxie.
La cérémonie dura plusieurs heures et les familles et proches des victimes finirent par se retirer pour pouvoir faire leur deuil en privé. La soirée et la nuit devaient être consacrés à la fête. Cassiopea expliqua à Ann-Mary qu'aucun Sentinel n'aurait voulu que l'on pleure et que l'on s'apitoie sur son sort. Ils étaient des soldats. Des guerriers qui, lorsqu'ils prenaient les commandes, s'élançaient au devant de la mort en étant prêts à l'accueillir à tout instant. Leur sacrifice avait permis aux rebelles de l'emporter et de mettre le Destroyer en déroute, il y avait donc matière à célébrer. Si Ann-Mary eut quelques difficultés à comprendre ce raisonnement, et il en allait de même pour Sélène et Matylda, Emiliana se remit cependant rapidement. Continuer à vivre et reconstruire, elle avait passé les dernières années de sa vie à suivre ce mode de vie.
Les Sentinels abandonnèrent toute forme de devoir pour festoyer durant des heures. Ils se remémoraient des anecdotes sur leurs amis tombés, promettaient de les rendre fiers et dansaient aux rythmes de musiques exotiques venues des quatre coins de la galaxie, prouvant encore une fois à Ann-Mary qu'ils arrivaient de partout pour défendre la liberté. Au bout de quelque temps, elle ne parvint plus à trouver Cassiopea dans la foule. Elle réussit cependant à mettre la main sur Quinlan et Obi-Wan qui l'informèrent qu'elle s'était retirée dans l'observatoire. Les deux Maîtres Jedi avaient visiblement également été touchés par les évènements des dernières heures. C'était la première fois qu'ils prenaient véritablement conscience du nombre de Sentinels, de leur puissance et des liens qui les unissaient. Laissant la fête derrière elle, la jeune femme prit le chemin de l'observatoire.
Les deux lunes apparaissaient dans le ciel lorsqu'elle poussa la porte du quartier général des rebelles. Cassiopea était installée à son poste et semblait plongée dans des rapports.
« Tu ne fais pas la fête avec les autres ?, demanda Ann-Mary en s'approchant.
- Je dois faire le point sur les dégâts matériels occasionnés durant l'assaut, expliqua son amie sans lever les yeux. Et commencer à envisager la suite des évènements.
- Les boucliers ne sont plus levés?, s'enquit Ann-Mary en observant le panneau de contrôle.
- D'après nos radars, la menace est complètement levée. Nos ingénieurs vont s'y attaquer dans quelques heures. Il faut leur redonner leur pleine puissance. En attendant, ils commencent à se recharger en étant à l'arrêt. Il va falloir que nous revoyions notre système de défense. Si je pense toujours que nous avons un peu de temps devant nous grâce à l'égo de Vénusii-Arcadia, je ne me fais aucune illusion. L'Empire va revenir et, cette fois, ils prendront le bon matériel.
- Tu penses à un canon à ion ?
- Voire même à un Ravageur. Il faut vite trouver une solution. Je ne peux pas risquer de perdre tout ce que nous avons si durement construit.
- Qu'est-ce-que tu comptes faire ? Tu as une idée en tête ?
- Je compte toujours sur les Archives. Nous allons nous y mettre dès que possible mais je vais laisser passer la nuit. Nous avons tous besoin de nous remettre de nos émotions.
- Il y aura forcément quelque chose dedans, dit Ann-Mary. Je veux dire, si les Jedi les ont cachées aussi longtemps et si l'Empire est prêt à tout pour mettre la main dessus, nous pouvons supposer qu'elles renferment de grands secrets.
- Je compte dessus, approuva Cassiopea. Et nous en apprendrons plus sur les cristaux et leurs pouvoirs. La protection de la base est une chose mais il ne faut pas perdre de vue l'objectif premier. À savoir comprendre ce que l'Empereur manigance et pourquoi il s'intéresse autant aux cristaux, au point de vider les mines.
- Je t'avoue avoir peur de ce que nous allons découvrir. Nous n'avons pas eu le temps de creuser une fois que Navo était parvenue à entrer dans le cube mais il y a des centaines de fichiers à l'intérieur. Tous écrits dans la langue ancestrale. J'ai pu parcourir une liste de Chevaliers de l'Ancienne République et il y avait des dizaines de noms que je n'avais jamais vus auparavant. Ils étaient écrits en rouge. Une sorte d'unité d'élite secrète, tu penses ?
- Ou passés du Côté Obscur. C'est à cette époque que les Jedi noirs se sont formés au sein de l'Ordre et qu'ils se sont appropriés le nom de Sith après avoir attaqué les originels sur Korriban.
- Et que les Jedi sont restés sans rien faire et les ont regardés se faire massacrer alors qu'auparavant, des liens existaient entre les deux Ordres. Si c'est ça, tu m'étonnes qu'ils ont voulu effacer les noms de ceux qui ont causé un quasi-génocide.
- Je pense que nous allons trouver de nombreux secrets enfouis dans ces Archives. Nous nous concentrerons d'abord sur le Kyber, évidemment, mais il nous faudra creuser tout le reste. Je sais que ce n'est pas vraiment ce que tu avais en tête, mais j'ai peur que nous n'ayons pas le choix.
- Rien ne se passe comme je l'avais envisagé, soupira Ann-Mary en s'asseyant. Vu la situation, je me vois très mal retourner sur Jedha. Je n'ai plus rien à y faire, surtout si nous entrons dans les Archives. Et puis, il est évident que l'Empire a l'intention d'y élire domicile. J'y ai été en sécurité ces quatre dernières années mais les temps changent et je dois également évoluer désormais. Si l'Empire veut prendre possession des secrets que j'ai juré de protéger, alors je me battrai pour les en empêcher. Et puis, je vois mal comment qui que ce soit pourrait se retrouver devant les Sentinels et faire demi-tour. Vous inspirez la révolte.
- J'ai toujours inspiré la révolte, Annie, sourit Cassiopea. Rappelle-toi nos excursions nocturnes pour aller visiter Coruscant.
- Tu m'as trainée dans les pires endroits imaginables !, s'exclama Ann-Mary en frappant l'épaule de son amie. Je ne sais même pas pourquoi je t'ai suivie.
- Parce que je suis convaincante ?
- Parce que je me disais surtout que ce serait pire si je te laissais y aller seule. Ou, pire encore, avec Anakin. Vous auriez pu causer des émeutes.
- Avoue quand même que nous nous sommes bien amusées.
- Tu oublies volontairement le Mandalorien qui t'a traquée pendant des semaines parce qu'il avait décrété que tu étais la femme de sa vie ?
- Il m'était presque sorti de la tête, Cassiopea éclata de rire. C'était plutôt marrant.
- Marrant ? On avait dix-sept ans ! Tu ne savais pas du tout ce qui se cachait sous son casque. Il aurait pu être un dangereux prédateur.
- Tu sais, maintenant que tu m'en reparles, je me demande, Cassiopea repartit dans un fou-rire.
- Quoi ?
- Wolf, hoqueta-t-elle entre deux éclats de rire.
- Oh mon dieu, Ann-Mary pouffa. Il en aurait été capable ?
- Tu n'étais pas encore avec nous quand ils ont tous raconté leurs histoires aux filles. Quand j'ai rencontré Wolf, il venait de déserter et a voulu me proposer ses services. Il a commencé par me faire du charme alors que je le menaçais de mes sabres parce qu'il s'était introduit dans ma tente. D'après Ivan, il était à deux doigts de me demander en mariage.
- Ça ressemble trait pour trait à notre type de Coruscant. Tu as visiblement du succès auprès des Mandaloriens.
- Il faudra que je lui raconte cette histoire un de ces jours. Il va adorer. Il serait encore capable de me sortir que c'était lui et qu'il a parcouru la galaxie pour me retrouver. Il est particulièrement en forme niveau drague à deux balles ces derniers temps.
- C'est l'effet Matylda ?
- Tu as remarqué ?
- C'est assez flagrant. Elle ne semble pas complètement opposée mais elle reste sur la réserve. Enfin, je dis ça mais je n'y connais strictement rien.
- Ça s'appelle vivre dans le respect total du Code, Annie.
- En parlant de Code, tu penses que nous retrouverons des traces de l'original dans les Archives ?
- Tu veux parler du manuscrit ? Possible, c'est le trésor le plus précieux des Jedi après tout. Je me suis toujours demandée ce que les textes d'origine pouvaient raconter. Pour qu'on n'en garde que quelques vers, je suppose que le reste ne correspondait plus aux nouvelles mentalités.
- Chaque information pourra nous être précieuse. Nous devrions peut-être nous y mettre tout de suite ?
- Tu devrais surtout aller rejoindre les autres et dormir un peu. J'ai donné rendez-vous à toute la bande demain matin. Nous discuterons de la procédure à suivre et nous plancherons sur les Archives.
- Tu as déjà une ébauche de plan, pas vrai ?
- Kidron est notre base principale mais nous avons des pieds-à-terre un peu partout dans la galaxie. J'ai toujours su que nous risquions d'être retrouvés alors nous avons commencé à bâtir une base de secours il y a un peu moins d'un an. Je pense faire partir les familles. Il faut que je vois avec les autres pour l'organisation mais il faut commencer à mettre le plus de personnes possible en sécurité. Les soldats et les ingénieurs resteront pour le moment mais les plus vulnérables doivent partir. Grâce à Bail, la planète, et donc la base de secours, est équipée des mêmes boucliers déflecteurs depuis six mois. Ils y seront en sécurité.
- Tu veux déplacer toute la base ?, Ann-Mary semblait surprise. Vous êtes chez vous ici.
- Les Sentinels sont notre famille, le reste n'est que détail. Du moment que nous restons unis, nous pouvons rebâtir un autre foyer. D'ailleurs, les travaux avancent bien.
- Tu as des équipes là-bas en permanence, n'est-ce-pas ?
- Depuis le début, oui. Peu de monde est au courant. Nous avons gardé cette information secrète par mesure de précaution et nous avons bien fait.
- Tu es toujours prête à toutes les éventualités à ce que je vois.
- Dans le monde où nous vivons, nous n'avons pas le choix. Dès demain, nous repartons au combat.
- Tu vas dormir un peu au moins ?
- Ma chambre est juste là, si je fatigue de trop mais quelqu'un doit garder un œil sur les radars. Navo en a déjà assez fait et la mort de Raven l'a vraiment secouée. Elle a besoin de repos.
- Toi aussi, n'en fais pas trop.
- Je vais me reposer, ne t'en fais pas. Mais je suis remontée à bloc depuis mon réveil. Je n'arrive pas à comprendre pourquoi.
- Encore un point que nous allons devoir élucider.
- Demain, Annie.
- Oui, oui. Bonne nuit.
- Tu as été formidable aujourd'hui, tu sais. Tu as mérité de célébrer un peu.
- J'espère que je ne vais pas trop y prendre goût. Ce n'est pas mon genre.
- Cela voudra juste dire que j'ai finalement déteint sur toi.
- Pitié, je préfère ne pas y penser ! »
