Disclaimer : oui, mon idée est très peu originale (vous comprendrez à la fin ^^) et oui, je trouve que c'est court, intemporel, et international. Et puis fallait bien s'amuser un peu avec la réalité :) Bonne lecture, et encore merciiii pour tous vos commentaires ! Prenez soin de vous, de vos familles, et sortez avec des masques. Et si vous vous sentez seul(e), isolé(e) ou que vous avez juste besoin de parler à quelqu'un d'extérieur, n'hésitez surtout pas ! Ma boite de réception est toujours ouverte.
11 juin, 17h36 - Entrée du Brooklyn Bridge, New-York
« Roni, je suis sûre que tu vas pouvoir le contester… C'est clair qu'il y a eu une erreur sur les résultats… » protesta la rouquine d'un air désolé.
À sa droite, sa sœur marchait en silence. Regina venait d'obtenir les résultats du concours qu'elle avait passé dans les derniers jours, et d'apprendre qu'elle ne serait pas admise. Apparemment, ses longues connaissances linguistiques et professionnelles ne convenaient pas pour le poste qu'elle convoitait tant. Toutefois, Kelly avait décidé qu'elles passeraient leurs deux dernières journées à New-York pour visiter l'immense métropole. Après avoir passé une quinzaine de minutes dans une rame de métro bondé, elles avaient enfin atteint l'entrée du pont le plus réputé de la ville.
« Je vais aller me chercher un café, d'abord, » souffla la brunette d'un ton agacé. « Il est hors de question qu'on aille jusqu'à Brooklyn sans que j'ai pris ma dose nécessaire de caféine… » déclara-t-elle.
« Ok, mais j'imagine que tu connais un café proche d'ici ? Parce qu'il est hors de question qu'on marche encore une demi-heure juste pour ton café…
-Y a un Starbucks à littéralement deux cent-mètres, » précisa l'interprète. « Je te prends quelque chose ?
-Matcha latte glacé, lait d'avoine, crème fouettée sans lactose.
-Autre chose, madame ? » ironisa la militaire.
« Juste que t'essaie de relativiser… et de profiter du beau temps ! » lança l'étudiante.
« Mouais… on va essayer… » râla la brunette.
Elle ouvrit son sac à dos pour attraper son portefeuille, et sentit son coeur se serrer lorsqu'elle aperçut le foulard mauve d'Emma. Il faisait bien trop chaud pour qu'elle le porte, mais elle avait choisi de ne jamais partir sans. Comme s'il était un totem qui la protégeait des ondes négatives. Elle sortit un billet de vingt dollars, et réajusta son sac sur son épaule. Elle commença alors à marcher vers le fameux café qui, à cette heure-ci, devait être bondé de monde…
Voyant l'affluence inévitable dans la petite bâtisse, elle ralentit instinctivement le pas. Elle détestait les bains de foules. Toutefois, elle songea qu'elle était vraiment en manque de caféine. Elle reprit alors sa démarche, quand une main vint saisir son poignet. En un instant, elle entendit un claquement de porte, et fut projetée sur la banquette arrière d'une voiture. Elle se redressa immédiatement, repéra les vitres teintées, et posa son regard sur l'Homme qui se tenait à côté d'elle. Il s'agissait d'un brun d'une quarantaine d'années. Il portait un jeans bleu foncé, un tshirt blanc, et une veste de blazer noire. À l'avant du véhicule, Regina remarqua que le chauffeur était en costume trois-pièces. Réflexe étrange, elle ne put s'empêcher de jeter un dernier regard au café qu'elle essayait de rejoindre.
« Ne vous en faites pas, colonel, » bailla l'homme à sa gauche. « Un espresso long noir, et un matcha latte glacé… lait d'av… lait d'avoine ?! »
Le chauffeur éclata de rire et lui confirma alors la commande de Kelly.
« Enfin, on a quelqu'un sur le coup. Quant à votre sœur, elle est bien trop occupée à songer au porte-clé qu'elle va acheter à son amoureux pour remarquer votre absence, » reprit le quadragénaire. « Enfin, vous allez bien ?
-Euh… j'imagine que oui… » bredouilla l'interprète, quelque peu intimidée.
Elle se sentait angoissée mais ne le laissait pas transparaître. Elle avait repéré que l'homme portait un petit étui de revolver dans sa botte, et le chauffeur un véritable colt. Toutefois, les portières n'étaient pas verrouillées. De plus, le téléphone de celui qui conduisait était naturellement posé sur le tableau de bord. Pour sa part, elle avait le sien dans la poche de son jeans et elle savait que le localisateur était en permanence activé. Pourtant à cet instant, sa seule et unique pensée concernait encore la jeune femme blonde...
« Excusez, c'est un peu brutal mais je n'avais pas trop de temps aujourd'hui… » expliqua le quadragénaire. « En fait, si vous avez raté votre concours c'est notre faute. On s'est arrangé pour falsifier les résultats…
-Je vous demande pardon ?! » éructa la brunette qui se sentait peu confiante depuis qu'elle avait reçu les résultats. « Vous êtes qui au juste ?!
-Mon nom, enfin, la manière dont vous pourrez m'appeler, c'est Simon Fecteau.
-Et moi c'est Rupert Chatwin, » répliqua le chauffeur d'un air amusé.
Devant leurs expressions ravies, Regina eut l'air décontenancée. À quoi est-ce que tout cela rimait, au juste ?
« On travaille pour une branche très particulière des autorités américaines, » poursuivit le quadragénaire. Il croisa ses mains, et l'interprète remarqua qu'il portait une alliance. « Au vu de vos impressionnantes connaissances linguistiques, et de votre parcours, on aimerait vous proposer quelque chose…
-Imposer serait peut-être plus juste, étant donné que vous m'avez fait rater le travail de mes rêves, » pesta la militaire. Peu impressionnés, les deux hommes se mirent à rire.
« Si vraiment vous tenez à cette job de bureau, on va s'arranger pour remettre vos véritables résultats… Mais je suis pas mal sûr que vous allez apprécier notre proposition…
-Je vous écoute, » soupira Regina qui n'était finalement pas intimidée par ces deux types. Leurs recrutements se passaient-ils toujours comme ça ou avait-elle eu droit à un traitement spécial ?
« Vous alliez postuler pour un travail de traduction auprès du gouvernement, n'est-ce-pas ? Pour traduire des trucs officiels, des accords de paix, etc. Mais je pense que vous pourriez vous ennuyer très vite dans un tel métier. Alors je voudrais vous proposer de rejoindre nos rangs.
-Ça me tente vraiment pas d'être James Bond, merci, » déclara la brune sans hésiter. Devant son agacement visible, le quadragénaire gloussa de nouveau.
« En fait, ce serait plutôt un travail aux renseignements… Notre pays est sous la menace de milliers de criminels qui ne parlent pas anglais quand ils communiquent entre eux. Nous avons besoin de personnes aussi performantes que vous. Votre travail consisterait donc à traduire, interpréter, ou appelez-ça comme vous voulez, mais cela concernerait des dossiers un peu plus intéressants que des accords de paix et des rapports d'écologies… » Il se redressa légèrement et fit tourner son alliance autour de son doigt. « Occasionnellement, il se pourrait que nous ayons besoin de vous sur le terrain. Mais votre métier se ferait surtout depuis le calme de votre demeure. Nous vous enverrons tout le matériel nécessaire si vous acceptez.
-Et qu'est-ce que j'y gagne ?
-Vous avez passé huit ans sur le terrain, colonel Mills, » ricana le dénommé Fecteau. « Ne me faites pas croire qu'un travail d'administration vous attire autant que ça. Quel que soit votre désir de carrière, vous avez besoin d'action, et surtout, vous avez besoin de sentir que vous êtes utile à quelque chose. »
Comme pour confirmer ses dires, Regina baissa le regard et se mordilla la lèvre inférieure.
« Si cela vous tente, nous allons vous rappeler dans quelques minutes et nous faire passer pour des membres du rectorat. Nous allons vous dire que vos résultats ont été échangés avec ceux de quelqu'un d'autre, que vous avez le poste et que vous pourrez commencer à travailler dès votre retour à Forks…
-Mais je ne dois pas en parler, je suppose ?
-Les services secrets n'autorisent qu'une seule personne au courant par agent, » admit le quadragénaire. « Nous vous conseillons de choisir avec soin, car cette personne ne peut absolument pas en parler à qui que ce soit...
-Et j'imagine que cela ne peut pas se dire au téléphone ?
-On préfère les rapports directs, effectivement, » gloussa l'homme devant la perspicacité de la jeune femme. « Mais dès que vous commencez avec nous, nous allons protéger vos lignes. Vous ne pourrez plus être la cible d'espions. Sauf si nous avons un doute sur votre fiabilité mais je sais que cela ne posera aucun problème…
-Ça parait un peu trop beau pour être vrai…
-Une à deux fois par semaine, vous pourriez être amenée à rejoindre nos bureaux de Port Angeles, pour des réunions ou des rencontres. À part ça, votre travail suivrait des horaires de bureau très banales. Et pour ce qui est du terrain, nous vous proposerons le moment venu. Mais tout refus de votre part n'affecterait pas le reste de votre job. Nous ne pensons pas qu'obliger nos agents mène à de bons résultats…
-Et si j'accepte ? Je fais quoi ? Je vais juste rejoindre ma sœur et vous venez me kidnapper à nouveau dans les prochains jours pour la première mission ?
-Si vous acceptez, vous recevrez votre nouvel ordinateur de travail dans quatre jours. Nous vous aurons créé une nouvelle adresse email, composée de chiffres, et vous aurez accès à nos serveurs immédiatement.
-Ok… » souffla l'interprète qui avait l'impression que cette opportunité était trop belle pour être vraie.
« Cependant, nous vous demanderons de vous choisir un nom, » expliqua le chauffeur. « Avant, on utilisait un algorithme automatique. Mais c'était trop peu personnel et ça ne correspondait jamais vraiment à la personne… Alors on vous laisse le choix.
-Ok donc vous êtes en train de me dire que vos noms de séries, c'est vous qui les avez inventé ?! » ironisa Regina. Les deux éclatèrent de rire et confirmèrent sa supposition.
« Évidemment, nous utiliserons votre nom fictif seulement dans le cadre de votre travail. Le reste du temps, vous n'aurez pas à user de votre fausse identité…
-Ok, très bien, » dit-elle en essayant d'enregistrer les informations qu'elle venait d'entendre. Comme de fait, l'Homme se redressa un peu plus sur son siège, et fit un signe du menton en direction de la rue. Sur le trottoir, une jeune femme rousse s'approchait de la voiture avec les boissons que Regina était supposée commander. Elle ouvrit la portière sans hésiter et les tendit à la brunette.
« Salut, moi c'est Aileen, » déclara-t-elle. « J'ai pris des sucres pour ta soeur parce que sérieux je comprends même pas comment tu peux boire du matcha sans rien dedans… » Elle eut une moue dégoutée et l'interprète la remercia. Elle commença alors à sortir du véhicule, quand la main du dénommé Fecteau vint de nouveau saisir son poignet.
« Regina, » débuta-t-il d'un ton plus sérieux. « Nous avons étudié votre dossier et nous avons vu le rapport récent de votre État-Major… » Elle le dévisagea, se demandant si les prochaines paroles n'allaient pas finalement lui confirmer que tout ça était trop beau pour être vrai. « Je voulais vous dire que dans nos rangs, nous exerçons la tolérance zéro envers l'intimidation. Chacun est une personne unique qui mérite respect et appréciation. D'ailleurs… » Il lui montra sa main gauche en souriant. La brunette reporta immédiatement son attention vers son alliance. « Mon mari me l'a offert dès que le mariage a été autorisé en Floride… C'est là où nous avons notre résidence principale… » Il lui adressa un clin d'œil, et la militaire se sentit étonnamment soulagée.
« Alors ne vous inquiétez plus de votre relation avec le Docteur Swan, » ajouta le chauffeur d'un air amusé. Évidemment, ces gars-là en savaient plus sur la vie de l'interprète qu'ils ne le laissaient supposer.
« Mais vous pouvez quand même lui dire qu'elle fait un excellent boulot, » poursuivit la rousse d'un ton amusé.
Les remerciant, Regina s'extirpa enfin de la berline, et laissa la dénommée Aileen prendre sa place. Les agents refermèrent les portières du véhicule, et le moteur démarra rapidement. Alors que l'automobile s'engageait dans la rue adjacente, l'interprète se demanda si elle n'avait pas rêvé tout ce qui venait de se passer. Se pouvait-il vraiment que sa vie prenne une tournure aussi agréable ?
19h03
Les sœurs Mills reprenaient leur marche sur le pont, en sens inverse de leur premier trajet. Elles avaient rejoint Brooklyn depuis Manhattan, et revenaient à présent vers le centre-ville. Comme promis, Regina avait reçu un appel du soi-disant rectorat pour lui dire qu'elle aurait finalement le poste. Aussi, Kelly ne cessait pas de lui parler de cette situation depuis quelques minutes. À ses yeux, une telle erreur était des plus scandaleuses…
« Sérieux, je crois vraiment que ce pays ne tourne pas rond depuis que l'autre abruti a été élu, » pesta la rouquine. « Je veux dire, ça se voit dans absolument tout ! La santé, l'éducation, les sciences, l'armée… Y a plus rien qui marche…
-Ouais… Je suis totalement d'accord avec toi… » bredouilla l'interprète qui était totalement ailleurs.
Depuis qu'elle avait retrouvé sa cadette, elle ne cessait de penser à ce qu'on venait de lui proposer. Il était clair que ce travail l'intéresserait plus que de l'administration. De plus, elle savait d'office que le terrain ne serait pas un problème pour elle. Enfin, cela lui permettrait de rester à Forks sans pour autant que le côté action de l'armée ne lui manque. Alors qu'elle écoutait sa sœur d'une oreille distraite, elle se demandait si elle en parlerait à Emma. Elle ne pouvait choisir qu'une seule personne, pour le restant de sa carrière. Et elle ne pouvait assurément pas parier sur quelqu'un avec qui elle n'était pas sûre de rester. Néanmoins, elle songea qu'en parler à la blonde serait peut-être un moyen dissimulé de forcer un peu le destin en sa faveur. Aussi, elle ne cessait pas de songer au nom qu'elle pourrait bien se trouver pour son nouveau métier...
« Sérieusement, échanger des résultats d'un concours du gouvernement… Non mais t'imagine à quel point c'est grave ?! » continuait l'étudiante. « J'espère vraiment qu'ils ont directement viré le gars qui a fait ça parce qu'il ne mérite pas sa place du tout…
-Elena, tu trouves que c'est un prénom sympa ? » demanda la brunette, l'air de rien.
N'étant pas sûre d'avoir bien entendu, sa sœur s'arrêta instantanément dans ses protestations.
« Roni, je sais que tu veux avoir une relation sérieuse avec Emma mais… attends, quoi ? Tu penses déjà à ça ? TOI ?! »
Comprenant à quoi elle faisait référence, Regina se maudit d'avoir posé la question sans réfléchir. Ceci dit, elle ne s'était jamais vraiment interrogée sur le sujet. Et encore moins par rapport à sa relation avec la scientifique. Songeant qu'il valait mieux aller sur ce terrain-là plutôt que trouver une autre parade, elle réfléchi à une réponse adéquate.
« Non, non, pas du tout… » bredouilla-t-elle comme si elle était embarrassée. « J'ai juste vu ce nom sur une enseigne de restaurant et je me disais que ça sonnait bien…
-Ma soeur veut des enfants ?! T'es sérieuse ?!
-Non… » protesta la brune. « Enfin j'en sais rien… » Elle soupira et se demanda si elle ne s'était pas mise dans une situation encore plus délicate. Mais qu'est-ce qui lui avait pris ? « J'ai juste trouvé que c'était un joli nom et je voulais ton avis, ok ? »
Elle lança un regard noir à sa sœur qui paraissait bien trop réjouie par la nouvelle. Alors qu'elle allait lui adresser une remarque désobligeante, le téléphone de l'étudiante se mit à sonner. Elle décrocha rapidement, et lança un regard narquois à son aînée.
Montréal, au même moment
« Euhm Kelly ? Salut, ça va ? » demanda la blonde en prenant une gorgée de sa bière. Elle avança dans le parc et s'éloigna de son groupe de collègues. L'équipe du laboratoire d'urgence sanitaire se réunissait plusieurs fois par semaine, après leur travail, pour manger et passer la soirée à la belle étoile.
« Oui et toi Em' ? » demanda la rouquine d'une voix enjouée. « Tu trouves ça joli, le prénom Elena ? Non parce que je viens d'apprendre que ma sœur veut des enfants. Et qu'apparemment elle aime beaucoup ce prénom alors je te demande ton avis aussi... Mais sinon ça va très bien ! Et toi, comment ça se passe ?
-Euh bien… attends, quoi ?! De quoi tu parles ? » s'étonna la scientifique. « En fait je ne veux pas être désagréable mais je t'appelle justement parce que j'arrive pas à rejoindre Regina…
-Oh, ouais… » soupira l'étudiante. « J'imagine qu'elle a encore mis son téléphone sur silencieux… » Emma perçut des chuchotements à l'autre bout et se douta que les sœurs Mills étaient ensemble. « Je te la passe. »
La blonde entendit de léger bruits, puis compris que sa bien-aimée avait enfin pris le téléphone des mains de sa cadette.
« Depuis quand t'as envie d'avoir des enfants, my dear ? » ricana-t-elle dès que Regina l'eut saluée.
« Jamais, en fait, » trancha la brune d'une voix plus aiguë. « Je parlais juste d'un prénom que je trouvais sympa et K a direct sauté aux conclusions…
-Je vois, » gloussa la blonde, rassurée d'entendre sa voix. « Bon et alors ? Ça s'est passé comment ?
-De quoi tu parles ?
-De ton concours ? T'es pas à New-York, en ce moment ?
-Oh ça… euh si, si… Ouais ça a bien été… » hésita l'interprète. « Normalement je vais commencer la semaine prochaine…
-Ça n'a pas l'air de t'enchanter plus que ça, » remarqua la scientifique en prenant une nouvelle gorgée de sa bière. « Que se passe-t-il ? »
Un court silence s'installa, et Emma sentit son coeur accélérer son rythme dans sa poitrine. Se pouvait-il que Regina ait effectivement changé d'avis concernant leur relation ? Elle était convaincue de sa démarche jusqu'à son départ, mais depuis plus d'une semaine, elle se sentait incroyablement angoissée par leur distance. À croire que son propre plan s'était retourné contre elle.
« Faudrait que je te parle de quelque chose, » chuchota la militaire. « C'est vraiment important… »
À ces mots, la blonde se demanda si elle voulait vraiment entendre ce que la brune avait à lui dire. Sa voix légèrement plus rauque témoignait de son sérieux, et ça avait l'air d'être loin d'une bonne nouvelle.
« Je t'écoute… » parvint-elle à articuler. « Je t'écoute, Regina…
-C'est mieux si je t'en parle pas au téléphone, » déclara l'interprète. « Je préfère attendre qu'on se voit…
-Donc tu viens de me dire qu'il y a un truc grave que tu dois me dire… mais que je vais devoir attendre deux mois pour le savoir ?! » éructa la blonde qui se sentait impuissante, et terriblement angoissée.
« C'est vraiment rien de grave, Em', » précisa la militaire. « Au contraire en fait… Mais ça peut pas vraiment se dire au téléphone…
-Ok… est-ce que ça va se voir, dans deux mois ? » demanda la scientifique qui ne comprenait désormais plus rien.
« Hein ? Qu… Non, pas du tout ! » protesta la brune avant d'éclater de rire. « Come on, je ne suis pas enceinte Emma ! Comment veux-tu que ça arrive ?
-J'en sais rien, c'est pas comme si les moyens manquaient… puis ta sœur avait l'air de dire que c'était un sujet d'actualité alors…
-Ma sœur est la reine pour sauter aux conclusions, » soupira la brunette. « Mais non, ça n'a absolument rien à voir avec tout ça… Aussi étrange que ça puisse paraître…
-Ok, je vais prendre mon mal en patience, alors, » souffla la blonde qui s'interrogeait sur l'évolution de leur relation. « Mais au fait, je ne trouve pas ça particulièrement beau.
-De quoi tu parles ? » questionna la militaire, quelque peu embarrassée.
« Elena, » reprit la blonde en gloussant. « J'aime pas nécessairement ce prénom. Je trouve que ça fait un peu trop… old school…
-Oh... euh… ok, merci… » bredouilla Regina, qui trouvait la conversation très incongrue.
Elle s'était éloignée de sa sœur pour pouvoir discuter avec Emma en paix, et marchait dans une petite rue perpendiculaire au pont. Les deux Mills avaient finalement rejoint l'île de Manhattan, et allaient certainement trouver un restaurant pour la soirée. Voyant une enseigne d'un petit resto italien, Regina porta un peu plus attention à la pancarte. Le petit local offrait apparemment les meilleurs plats de pâtes de la métropole. Enfin, c'était ce que l'insigne indiquait. Néanmoins l'interprète devait admettre que le nom avait une sonorité assez intéressante.
« Je préfère les prénoms un peu plus courts, » poursuivit la blonde d'un ton énigmatique. « Enfin, si on devait en parler sérieusement, c'est ce que je te dirais…
-Tu fais vraiment allusion à ce genre de choses alors qu'on est en break ? » souffla la militaire. Pourtant la scientifique ne parut pas vouloir répondre à sa remarque.
« J'aime beaucoup le prénom Lana, puisque tu as l'air de rechercher une sonorité plus latine…
-Je pense que c'est juste parce que ma mère a des origines porto-ricaines alors… » bredouilla Regina qui appréciait également le choix d'Emma.
« Enfin, après c'est comme tu veux mais c'est court, intemporel, et je pense que ça se prononce dans pas mal toutes les langues… Évidemment on ne pourra pas choisir le genre d'office mais…
-Non, Lana c'est très bien, » la coupa l'interprète qui prenait ça comme un signe de très bonne augure. « J'aime bien ce prénom, moi aussi, » admit-elle.
« Euhm ok… » hésita la scientifique, peu sûre de comprendre le sens de leur conversation. Regina venait-elle de confirmer que ses espoirs étaient fondés ? « Je vais devoir te laisser, my love… Je te rappellerais plus tard. Je voulais juste savoir comment s'était passé ton concours. Et je suis heureuse que tu l'aies réussi. Je suis fière de toi.
-M… merci… » parvint à articuler la militaire, un peu prise au dépourvu. « Bonne soirée alors ?
-Bonne soirée, Regina. Prends soin de toi.
-Toi aussi, » répliqua la brune avant d'entendre une plus longue tonalité à l'autre bout.
Elle entendit des pas derrière elle, et Kelly la rejoint en quelques secondes. Il était clair que la rouquine était affamée et qu'elle voudrait absolument manger italien. Évidemment, elle repéra l'enseigne devant laquelle se tenait Regina et lui indiqua que c'était une excellente idée. Pendant ce temps, la brunette songeait que sa vie venait de prendre un tournant des plus décisifs. Elle avait toujours détesté se fier aux petits indices que l'on trouve sur notre chemin. Aujourd'hui, pourtant, elle avait l'impression qu'il s'agissait de véritables signes du destin…
Trois jours plus tard, 8h04 - Forks
Regina prit une nouvelle gorgée de son café pendant que la page d'accueil du serveur chargeait. Elle avait reçu son nouvel ordinateur la veille, ainsi que ses identifiants dans une enveloppe à part. Elle avait rapidement allumé le portable, et entré les deux séries de chiffres en toute hâte. Elle se sentait grisée par ce nouveau défi professionnel, et avait hâte de voir ce que l'avenir lui réservait. Si elle était toujours aussi abattue par l'absence d'Emma, elle pouvait au moins se raccrocher à la sphère professionnelle. En quelques secondes, une nouvelle fenêtre s'afficha sur le petit écran.
« Voulez-vous confirmer votre identité, agent 263 ? » demandait la petite inscription qui s'affichait. Nouvelle gorgée de café, et la brunette reposa sa tasse sur le comptoir de cuisine. Ce moment serait décisif pour le reste de sa carrière dans son nouveau métier. Cependant, elle se sentait étonnamment confiante lorsqu'elle pianotait sur le clavier devant elle. Elle avait vraiment l'impression que tout cela faisait partie d'une série d'indices pour la mettre sur la bonne voie. Sans le dire, elle pensait que cela la menait inévitablement vers la scientifique, et la reprise de leur relation.
« Confirmez-vous ce nom ? » interrogea une nouvelle petite fenêtre sur l'ordinateur. Regina enfonça la touche de confirmation, et la petite fenêtre disparut. Elle fut remplacée par une page d'accueil interactive ou s'affichait une liste de courriels, de mémos, ainsi qu'un dossier de documents intitulé « formation expresse ». L'interprète allait se diriger vers ce lien en particulier, quand un dernier message apparut sur son écran, comme pour lui indiquer que sa nouvelle vie démarrait à cet instant.
« Bienvenue aux services de renseignements du gouvernement des États-Unis d'Amérique, mademoiselle LANA PARRILLA »
Les inscriptions disparurent au bout de quelques secondes, et la jeune femme se sentit soudain particulièrement déterminée. Désormais, elle ne pouvait plus reculer...
