Bonjour, bonsoir ! J'espère que tout va bien pour vous, malgré les circonstances.
Merci à Shikyo-chan et Crosswald pour leurs retours au chapitre 26 ^o^
Bon c'est parti pour le 27 : bonne lecture ~


Chapitre XXVII

Impulsion

La domestique posa sur la table basse un plateau où reposaient deux verres à whisky et une vieille bouteille d'alcool ambré. Lorsqu'elle quitta la pièce, ce fut Nathan qui brisa le silence :

« Quel luxe, dit-il en haussant un sourcil. C'était une esclave ?

— Je paie ma gouvernante, Nate, le réprimanda Séléné en remplissant leurs verres de bourbon, et je la paie rubis sur l'ongle. Dis-moi plutôt le motif de ta visite.

— J'ai rencontré ton jeune élève Saint Dareios pas plus tard que ce matin, soupira-t-il en saisissant le verre que Séléné lui tendit. Il m'a dit que tu me passais le bonjour, alors je viens te le rendre en face à face. »

Séléné éclata soudain de rire, sous le regard incompréhensif de son ami. Quand elle eût reprit son souffle, elle soupira longuement :

« Ah, ce petit malin nous a bien eu tous les deux, mon cher Nathan ! Je n'ai jamais demandé quoi que ce soit à Dareios... Nous étions amis, mais j'étais une petite fille et toi un adolescent la dernière fois qu'on s'est croisés, alors il aurait été déplacé que je reprenne contact. Je pense que Dareios le sait très bien, et il t'a dit cela en espérant que tu me recontactes par toi-même.

— J'aurais pu m'en douter, répondit Nathan avec un rire amer. Ça a marché : quand il m'a dit ça, j'ai cru que tu m'invitais à briser la glace.

— Alors, puisque que tu es là et que la glace est brisée, trinquons en l'honneur de ces retrouvailles. »

Elle se redressa de son fauteuil pour tendre son verre au dessus de la table en lui offrant un sourire espiègle, et Nathan fit de même. Les verres tintèrent, ils prirent chacun une gorgée d'alcool brûlant, et au bout de quelques seconde Nathan rompit à nouveau le silence :

« Alors Milady Read, comme ça tu te souviens de la dernière fois qu'on s'est vus ?

— Parfaitement, souffla Séléné en affichant un air fier. C'était il y a dix-huit ans, mais je m'en rappelle comme si c'était hier. On s'était croisés à Logue Town... J'étais avec mon père, ce jour-là. Si je ne dis pas de bêtises, tu nous avais expliqué que tu abandonnais la vie de marin pour une vie sur la terre ferme, loin de Marie-Joie.

— Tu avais dix ans, mais déjà une bonne mémoire, rit Nathan.

— J'avais dix ans, oui, reprit l'épéiste. C'est étrange, ce jour me paraît si loin et si proche à la fois. Enfin, comme tous ceux qui étaient là-bas j'imagine... Raconte-moi plutôt : qu'est-ce qu'il t'est arrivé, en dix-huit ans ? »

Nathan haussa les sourcils en soupirant, la moue boudeuse. Il sécha son verre d'une traite et le reposa sur la table :

« Absolument rien, lâcha-t-il dans un sourire cynique.

— Tu n'as vécu nul part ? ironisa son amie. Tu ne t'es jamais marié ? Tu n'as pas d'enfants ? Il doit bien y avoir une de ces trois choses-là.

— J'étais marié, mais j'ai divorcé. J'avais un ranch, mais je l'ai revendu il y a quelques années, quand j'ai appris la mort de mon père, puis je suis revenu ici. Et je n'ai pas eu... »

L'espace d'une seconde, sa mâchoire se contracta presque imperceptiblement, mais il se rectifia aussitôt en reprenant sur le même ton :

« Et je n'ai pas d'enfant. Il ne me reste rien de tangible de ces dix-huit dernières années. Et toi alors ? A ton tour.

— Je vois. Oui, à mon tour. » acquiesça Séléné en vidant à son tour son bourbon.

Et Nathan comprit lorsqu'il croisa ses yeux noirs qu'elle avait noté sa crispation. Il comprit que des dizaines de questions se bousculaient sous sa chevelure rose et lui brûlaient les lèvres, comme l'alcool qu'elle portait à sa bouche, mais qu'elle n'en poserait pas une seule.

Pour ce tact qu'elle avait toujours eu même lorsqu'elle n'était qu'une petite fille, Nathan lui en était extrêmement reconnaissant.

Séléné remplit à nouveau leurs verres, mais Nathan ne reprit pas le sien. Sous son regard attentif, elle prit une longue inspiration :

« Mon père fut porté disparu quelques mois après Logue Town. Quand j'ai eu dix-huit ans, ma mère a quitté Marie-Joie, mais elle ne m'a pas laissée toute seule... Avant son départ, elle m'a organisé des fiançailles avec un jeune homme d'une famille de marchands. Il venait de West Blue pour s'installer ici. Ça me permettait de ne pas prendre de décisions difficiles toute seule. Et surtout, j'ai pu étendre notre commerce à plusieurs îles de West Blue.

— Drôle de manière de faire des affaires, lâcha Nathan en haussant un sourcil.

— Il le fallait bien ! s'exclama-t-elle en riant. Nos deux entreprises avaient besoin de s'agrandir, et on aurait été incapables de diriger seuls. Mais quelle chance, Nathan, si tu savais... Écoute bien : lui et moi, on s'entendait merveilleusement bien ! Au début, on ne voulait pas de ces fiançailles, mais nous sommes tombés fous amoureux. Incroyable, non ? Si bien qu'un an plus tard, quand on s'est passé la bague au doigt, nous étions deux tourtereaux. Quelle drôle d'histoire, tout de même. »

Son sourire se fit alors plus terne puis, pour la seconde fois, elle vida son verre. Nathan attendait dans un silence respectueux qu'elle poursuivit. Elle posa alors son verre sur la table dans un claquement sonore, à côté de celui de Nathan, et s'affala dans son fauteuil. Un air profondément amer voila son visage :

« Il y a trois ans, acheva-t-elle, la fièvre jaune l'a emporté. Ce fut si rapide... C'était horrible.

— Mes sincères condoléances, Séléné, souffla Nathan gravement.

— Allons Nate, on sait tous les deux que personne n'est épargné par le deuil. »

Oui, Nathan en était sûr : elle avait compris, et elle ne lui poserait aucune question.

« Maintenant que nous savons l'essentiel, poursuivit l'épéiste en retrouvant un maigre sourire, dis-moi ce que tu penses de mon élève. Ce cher Dareios. »

L'homme posa ses coudes sur ses genoux et appuya son front contre ses doigts croisés :

« Contrairement à d'autres Dragons, il est un peu... Excentrique, disons.

— Oh que oui, il n'aime pas ces combinaisons de Noble ! rit Séléné, les joues rosies par l'alcool qui lui montait au visage. Ce coquet dit que c'est laid et inconfortable, qu'il préfère les tenues "sobres et élégantes", du type pourpoint en velours brodé d'or...

— Il vit sur une autre planète, soupira Nathan, comme tous les Dragons. Mais il est quand même différent. De ce que j'ai entendu, c'est un gamin rebelle et dévergondé, mais y paraît qu'il a jamais maltraité un humain... Et mon impression personnelle, c'est qu'il est rusé comme un renard. »

Séléné, pour la troisième fois, remplit son verre, alors que Nathan n'avait pas retouché au sien. Elle a bu beaucoup trop vite, pensa Nathan en étouffant un rire. Elle est ivre. Comme une réponse à ses pensées, Séléné gloussa, et elle reprit :

« Il est du genre volage, oui, mais c'est un des rare Dragons qui possède un cœur ! En revanche détrompes-toi Nathan, ce garçon n'est pas rusé comme un renard : il est diablement intelligent. Oui, il est intelligent et empathique. La génétique a bien fait son travail. Et si elle a vraiment bien fait son travail, il est promis à une grande destinée.

— Qu'est-ce que ça veut dire ? demanda l'homme en fronçant les sourcils, prenant son verre à nouveau plein.

— La mère de Dareios était Sainte Eurydice. »

Ses yeux s'agrandirent sous la surprise.

Ce nom, il ne l'avait pas entendu depuis de nombreuses années – plus exactement depuis qu'il avait cessé de travailler pour les Read et qu'il avait quitté Marie-Joie. Cependant il s'en souvenait parfaitement. Comment l'oublier ? S'il avait existé une Noble ayant mérité son titre de Sainte c'était elle, à n'en pas douter.

Sainte Eurydice avait fait partie des rares Dragons de l'Histoire détenteurs d'un fruit du démon. En l'occurrence, son fruit lui avait conféré des pouvoirs de soin et de régénération miraculeux, et elle n'hésitait pas à les mettre au service des plus démunis et même des esclaves. Les malades et les vieillards sur lesquels elle posait sa main voyaient leurs douleurs chroniques disparaitre. Les rumeurs racontaient qu'elle rendait la vue aux aveugles, et leurs membres aux amputés.

Sainte Eurydice... Oui, Nathan se rappelait très bien de ce nom, et de son épithète.

La Vivificatrice.

Si Dareios était son fils, alors il devait en effet être un Dragon capable d'une grande empathie. Un détail revint alors en mémoire à Nathan, et il comprit pourquoi Séléné avait évoqué non pas simplement la mère de Dareios, mais la génétique.

« Attend, souffla-t-il. Sainte Eurydice était de cette lignée-là, la même que ce Dragon qui avait renoncé à son titre...

— Exactement, sourit son amie en contemplant l'ambre qu'elle faisait tourner au fond de son verre. Saint Eurydice était bien la nièce de Saint Homing. Lui et le grand-père de Dareios étaient frères.

— Saint Don Quichotte Homing, compléta Nathan, pensif. Celui qui renonça à son statut de Noble. J'étais gamin, mais je m'en souviens. Il avait quitté Marie-Joie avec sa femme et ses fils. On en parlait comme d'un fou.

— Et pourtant ! s'exclama Séléné. Il était loin d'être fou. Simplement, il aimait les humains comme ses semblables, et considérait que les Dragons n'étaient ni plus ni moins que des humains... Oh, et ce n'est pas tout : il y a quelques années, un Noble a renoncé à l'esclavage. Il n'a pas quitté Marie-Joie, mais il mène une vie beaucoup plus humble que ses semblables. Je te laisse deviner la suite...

— C'est un Don Quichotte, lui aussi.

— C'est ça. Il s'appelle Mjosgard Don Quichotte. Il a rencontré la reine Otohime sur l'île des hommes-poissons. Cette rencontre l'a bouleversé et depuis, il considère lui aussi les humains comme ses égaux.

— Alors, soupira Nathan, si par sa mère Dareios est un Don Quichotte... »

Il laissa sa phrase en suspens et releva les yeux vers Séléné. Elle le toisait en silence. Des mèches roses s'étaient échappées de son ruban et retombaient contre ses joues rougies, encadrant ses grands yeux noirs. Elle sourit :

« Homing, Mjosgard, Eurydice, Dareios... Ils sont tous faits du même bois. Il suffit d'une simple petite impulsion pour révéler tout leur potentiel. C'est ce qu'il s'est passé lorsque Eurydice a mangé son fruit du démon. Ou lorsque Mjosgard a rencontré Otohime.

— Et pour Dareios ? interrogea Nathan. Ça pourrait être quoi, sa "petite impulsion" ?

— Tu n'en as pas la moindre idée, Nate ? »

Il haussa un sourcil face au sourire mystérieux qui s'étendait sur le visage de Séléné. Une idée ? répéta-t-il mentalement. Non, il ne connaissait pas Dareios. Il ne l'avait rencontré que ce matin, et c'était pour...

La bouche et les yeux de Nathan s'arrondirent de surprise, ce qui ne manqua pas de faire rire son amie :

« Ah, ça t'a frappé n'est-ce-pas, la raison de sa visite ? Un Dragon qui se déplace pour une humaine asservie... Figure-toi que je connais Dareios depuis très longtemps et même s'il est taciturne, il me parle parfois de ce qui le tracasse. Mais depuis quelques mois il est... Différent. Il sourit bien plus. Pourtant son oncle veut le marier et cette idée le déprime. En plus de cela il est insomniaque, et épuisé. Mais tout de même, depuis qu'elle est là, il est bien plus joyeux. »

Blondie, pensa Nathan. La petite esclave qui souriait.

« Oui, sourit Séléné comme si elle avait lu dans ses pensées. Hana... Je crois que sera elle, sa petite impulsion. »


« Je ne t'échangerai cette relique que contre une autre tout aussi précieuse. »

Voilà ce dont Elena et lui avaient convenu. S'il voulait le médaillon, Dareios allait devoir s'en tenir à ce marché. Le jeune homme s'assit sur son lit en méditant ces dernières paroles, hanté par leur conversation.

Rend-toi à l'évidence, petit prince. Débarrasse-toi de celle qui t'as réclamé ce bijou, car il ne fait que rappeler que vous autres Dragons n'êtes pas les créateurs de ce monde.

Il porta une main à sa gorge douloureuse. La nuit était tombée et il avait quitté la demeure de l'Améthyste pour rentrer chez lui, mais sa trachée – probablement à cause de l'air froid – lui semblait être affreusement sèche. Il prit une longue inspiration, tentant de se convaincre qu'il ne s'agissait que d'un début de toux, mais l'inconfortable sensation d'étranglement l'empêchait de respirer normalement. Il sentit la sueur perler à son front, à la racine de ses cheveux. Alors, la voix de la ballerine qui résonnait dans son crâne lui donna le vertige.

Dareios, ce médaillon est une relique du Siècle Oublié.

Que lui arrivait-il ? Le Noble prit sa tête entre ses deux mains, confus, luttant contre le tangage de son crâne qui semblait perdre l'équilibre. Son esprit embrumé tentait en vain de comprendre ce qu'il se passait, mais une funeste palpitation naquit dans sa poitrine. Son cœur accélérait dangereusement. Dareios, la gorge enflée, inspira longuement, mais il lui semblait que ses poumons étaient bien trop à l'étroit dans sa poitrine. La panique le saisit. Son corps tout entier ne lui obéissait plus et il serra plus fort encore son crâne entre ses mains.

La percussion cacophonique de son cœur se répandit dans tous ses membres et, lorsqu'il sentit sous ses mains le sang battre à ses tempes à un rythme anormal, la peur lui tordit les entrailles.

Il fallait impérativement qu'il trouve un moyen de se calmer.

Le souffle court, il se leva d'un bond pour s'approcher de sa fenêtre et tendit le bras vers la poignée. Les yeux de Dareios s'emplirent d'horreur. Son avant-bras tremblait comme une branche lors d'un orage et à la vue de sa propre main convulsant, il fut incapable de prendre une nouvelle inspiration. Le jeune homme se jeta de tout son poids sur la poignée de la fenêtre et parvint à la faire pivoter. Il s'écroula, étouffant, alors qu'un vent glacial s'engouffrait dans sa chambre.

Il s'allongea lentement sur le dos et fixa le plafond. Malgré l'air froid, la sueur coulait le long de ses tempes et dans sa nuque. Sa poitrine douloureuse et tétanisée refusait d'expulser l'air qu'elle contenait depuis de trop nombreuses secondes, et il se contentait de haleter sèchement de courtes bouffées d'air froid. Les secondes semblaient s'étirer en longues minutes, et les volutes au plafond devinrent plus floues. Il ferma les yeux.

Je ne peux plus respirer.

Cette pensée lui traversa l'esprit alors que quelqu'un toquait à la porte. Une voix aiguë mais étouffée parvint à ses oreilles, et il entrouvrit les paupières. Un bruit rauque. Puis un cri. Une vague de cheveux blonds inonda alors son visage. Une main froide se posa sur sa joue, et lui fit l'effet d'une électrocution. L'ouïe lui revint :

« ...sieur ! Monsieur, re...dez-moi ! Regardez-moi ! »

Il leva les yeux et croisa deux prunelles pervenches. Il n'était plus seul. Hana était-là, désormais, et il se reprit. Il voyait et entendait à nouveau bien, mais il était incapable d'émettre un mot. Sa poitrine était comme paralysée, et il continuait de haleter difficilement pour avoir un peu d'oxygène. Une pression se fit alors sentir sur son sternum :

« Concentrez-vous sur ma main. Vous sentez où elle est ? Rentrez votre ventre là où est ma main, allez-y, soufflez. »

L'air s'expulsa douloureusement de ses poumons, mais Dareios comprit qu'il ne risquait plus rien. Hana sa pencha sur son visage. De sa main contre sa joue, elle lui caressa la pommette avec le pouce. De l'autre main, la pression sur son thorax s'allégea :

« Maintenant, soulevez ma main, lentement. Inspirez, voilà. Doucement. »

Suivant les directives de Hana, Dareios sentit l'air glacial revenir dans ses poumons. La jeune fille fit à nouveau pression sur son torse, et il souffla. Il inspira à nouveau, suivant les gestes de Hana. Le staccato de son cœur qui résonnait dans sa tête se fit plus faible et plus lent. Dareios n'aurait su dire combien de minutes dura cet étrange ballet. Lorsque sa respiration reprit un rythme normal, Hana ôta sa main de son cœur, mais ne lâcha pas sa joue. Il posa alors sa main sur celle qui couvait son visage :

« Hana, souffla-t-il, la voix rauque et la gorge brûlante, je ne sais pas ce qu'il vient de m'arriver. J'ai cru... J'ai cru que j'allais mourir.

— Vous avez fait une grosse crise de panique, lui dit-elle avec un regarde peiné. Vous vous êtes retrouvé à court d'air. Mais ne vous en faites pas, vous êtes calmé maintenant. »

Dareios se redressa pour s'assoir, et Hana l'aida à se lever pour le diriger vers son lit. Il s'effondra sur le matelas, confus et éreinté. Hana ferma la fenêtre et s'éclipsa dans la salle de bain. Elle ressortit aussitôt avec un gant humide et vint s'assoir au chevet de Dareios. Il serra les dents, honteux. Comment avait-il pu laisser la panique le gagner au point d'en perdre le contrôle ? Alors qu'elle posait le linge froid sur son front, il soupira :

« Je regrette que tu m'aies vu dans cet état.

— Ravalez votre fierté, le gronda-t-elle gentiment, ça arrive à beaucoup de gens ce genre de choses. Je sais pas ce que vous avez vu ou entendu, mais le fait que vous dormez une nuit sur deux, ça ne doit pas aider.

— Comment sais-tu que je ne dors pas ? murmura-t-il, la gorge trop sèche pour parler à haute voix.

— Je suis pas aveugle, je vois bien que vous êtes fatigué. »

En effet, depuis qu'il avait ouvert le journal de sa mère, Dareios avait passé chaque nuit plusieurs heures à le lire. Et depuis qu'il l'avait terminé, trop de questions lui embrouillaient l'esprit pour qu'il trouve le sommeil. Lui qui aimait les longues nuits de sommeil, voilà qu'il dormait plus de cinq heures seulement une ou deux fois par semaine. A la longue, ce manque de sommeil l'avait rendu fébrile.

Alors, revoir Elena, et découvrir la nature de cet étrange médaillon...

J'ignore à qui tu souhaites l'offrir, petit prince, lui avait dit Elena en parlant du bijou, mais je suis certaine d'une chose : si ce médaillon lui appartient vraiment, cette personne ne t'attirera que des problèmes.

Dareios déglutit. C'était ça qui l'avait fait craquer. C'était à cause de ça que ses nerfs avaient lâché.

Et ce médaillon, cette relique qui avait survécu au Siècle Oublié, qui appartenait à la jeune fille qui prenait soin de lui en ce moment-même.

Le jeune Noble tourna son regard vers Hana, qui se penchait sur lui pour remettre en place le gant sur son front bouillant, et il repensa à cette main qui était posée sur sa joue quelques minutes auparavant :

« Merci beaucoup Hana. » dit-il humblement.

Elle haussa les épaules et lui offrit un sourire triste. Dareios sentit une vague de chaleur lui réchauffer le cœur. Comment sa petite mésange pourrait-elle un jour lui nuire ? Elena se trompait. Hana lui avait raconté que ce médaillon avait appartenu à son père, qui l'avait lui-même volé à un pirate. Dareios en était certain : si ce bijou antique était tombé entre les mains de sa petit colombe, cela n'était que par une suite d'événements fortuits. Ce n'était qu'une vaste coïncidence.

Non, Hana n'était pas dangereuse. Hana ne pouvait pas lui faire de mal. Au contraire : de sa présence et de sa voix d'ange, elle rendait les journées de son maître bien plus agréables...

Mais ce que Dareios n'avait pas compris, c'est qu'Elena n'avait jamais dit qu'Hana était un problème, mais qu'Hana serait la source de problèmes. Ce que Dareios ignorait également, c'est que plus tôt dans la journée Séléné avait justement qualifiée Hana de petite impulsion, celle qui, si on lui laissait le temps de faire effet, pouvait faire voler en éclat tout ce qu'il pensait être. Celle qui, d'un battement d'ailes, causerait au loin une tempête.


Voilà, j'espère que ce chapitre vous aura plu ! Ça n'avance pas énormément, mais c'était deux scènes que je voulais vraiment poser. N'hésitez pas à me faire un retour, j'en ai besoin pour m'améliorer, et c'est super encourageant pour moi ^w^

Bye bye ~