Elizabeth
C'est la deuxième fois en dix jours que je me réveille dans les bras de Meliodas Demon. La différence avec la première, c'est que cette fois-ci… j'ai envie d'y être.
La soirée d'hier a été une série de révélations. J'ai bu en public sans faire de crise d'angoisse, j'ai accepté l'idée que mon viol m'a beaucoup plus affectée que je ne voulais l'admettre jusqu'à maintenant…
Et j'ai décidé que Meliodas incarnait la réponse à tous mes problèmes.
Ma tentative de séduction a peut-être échoué, mais ce n'était pas par manque de désir du côté de Meliodas. Je sais ce qu'il pensait – Elizabeth est saoule et elle n'a pas les idées claires.
Il avait tort.
J'ai embrassé Meliodas parce que j'en avais envie, et j'aurais couché avec lui parce que j'en avais envie. D'ailleurs, ce matin, à la lumière du jour, j'en ai toujours envie. Je me suis retrouvée pleine de doutes et de peurs après avoir vu Maël. J'ai pensé à ce qui se passerait si les choses se concrétisaient avec Arthur et j'ai réalisé que je devrais sans doute me préparer à plus de frustration et de déception.
Ma conclusion paraît sans doute folle, mais peut-être que ce dont j'ai besoin, c'est un tour de chauffe pour surmonter mes problèmes. Et qui de mieux que Meliodas pour ça ?Il l'a dit lui-même, il ne sort pas avec les filles, il les saute. Il n'y a donc aucun risque qu'il tombe amoureux de moi. Avec Maël, mes problèmes étaient amplifiés parce que le sexe était mêlé à l'amour. Avec Meliodas, il peut s'agir uniquement de sexe. Je peux recoller les morceaux de ma sexualité sans avoir à m'inquiéter de décevoir quelqu'un que j'aime. Et cerise sur le gâteau, c'est que l'on est compatibles, terriblement compatibles, même.
Ce serait le deal parfait. Il ne me reste plus qu'à le convaincre d'accepter.
– Meliodas, je murmure.
Il ne bouge pas, alors je me rapproche et lui caresse la joue. Ses yeux bougent sous ses paupières, mais il ne se réveille pas.
– Meliodas, je répète.
– Mmmfgrblbf ?
Son borborygme me fait sourire et je l'embrasse tendrement, ce qui lui fait ouvrir grand les yeux.
– Bonjour, dis-je d'une voix innocente.
Il cligne plusieurs fois des yeux.
– J'ai rêvé ou tu viens de m'embrasser ? demande-t-il d'une voix rauque.
– Tu n'as pas rêvé.
Il a l'air confus, mais il se réveille peu à peu.
– Pourquoi ?
– Parce que j'en avais envie, je dis en m'asseyant dans le lit. Est-ce que tu es réveillé à cent pour cent ? J'ai quelque chose d'important à te demander.
Il bâille et s'assoit en s'adossant à la tête de lit. La couette retombe sur sa taille et révèle son torse, ma bouche me paraît soudain très sèche. Il est tellement bien taillé que j'ai du mal à arracher mes yeux de ses pectoraux.
– Qu'est-ce qu'il y a ?
Il n'y a aucun moyen de formuler ma question sans avoir l'air désespérée et pathétique, alors je me lance.
– Est-ce que tu veux coucher avec moi ?
Un silence interminable s'installe, et Meliodas finit par froncer les sourcils.
– Maintenant ?
J'ai beau être morte de honte, je ne peux pas m'empêcher de rire.
– Euh, non. Pas maintenant.
Je suis sans doute superficielle, mais je refuse de coucher avec quelqu'un alors que j'ai une haleine de chacal et surtout que les parties concernées ne sont pas épilées.
– Mais peut-être ce soir ?
L'expression de Meliodas ne cesse de changer. Il a d'abord l'air choqué, puis incrédule, puis il paraît perplexe mais intrigué, et maintenant il est suspicieux.
– Je sens que c'est une blague, mais je n'ai pas encore compris quelle est la chute de l'histoire.
– Ce n'est pas une farce, je réponds en plongeant mon regard dans le sien. Je veux que tu couches avec moi. Enfin, j'ai envie de coucher avec toi. Bref, j'aimerais qu'on couche ensemble.
Ses lèvres se pincent et tressaillent. Super. Il est en train de réprimer un fou rire.
– Est-ce que tu es encore bourrée ? Si c'est le cas, je te promets d'utiliser ma carte de gentleman – ce que je ne fais que très rarement – et de ne plus jamais en parler.
– Je ne suis pas bourrée. Je suis sérieuse. Tu veux, ou pas ?
Meliodas me dévisage et son front se couvre de rides. À l'évidence, il ne sait pas quoi penser de ma demande.
– C'est une question simple, Meliodas. C'est oui ou c'est non.
– Simple ? s'écrit-il. Tu plaisantes ? Ça n'a rien de simple ! Tu oublies ce que tu m'as dit à l'anniversaire de Zeldris ? Que le baiser ne voulait rien dire, qu'on était amis, blabla-bla ?
– Je n'ai pas dit bla-bla-bla, je marmonne.
– Mais tu as dit le reste. Alors, qu'est-ce qui a changé ?
– Je ne sais pas. J'ai juste changé d'avis.
– Pourquoi ?
– Parce que c'est comme ça, c'est tout ! Qu'est-ce que ça change ? Depuis quand les mecs font subir un interrogatoire aux filles qui veulent baiser ?
– Depuis que tu n'es pas le genre de fille qui baise ! s'exclame-t-il.
– Je ne suis pas vierge, Meliodas !
Je sens que je commence à m'énerver.
– Tu n'es pas non plus une gaga de la crosse.
– Et ça veut dire que je n'ai pas le droit de coucher avec un mec qui m'attire ?
Il passe ses deux mains dans ses cheveux, l'air aussi irrité que moi, puis il inspire lentement et plonge son regard dans le mien.
– Ok. Écoute-moi. Tu dis que je t'attire et je te crois. Déjà, parce que… qui ne l'est pas ? Ensuite, parce que tu gémis comme une dingue chaque fois que ma langue est dans ta bouche.
– C'est faux, je dis en frissonnant.
– Si tu le dis, répond-il en croisant les bras. En revanche, je ne pense pas que tu aies subi une transformation magique qui fait que tout à coup, tu as envie de me sauter. Alors, explique-moi. Tu veux te venger de ton ex, ou quelque chose comme ça ? Rendre ton chérichou jaloux ?
– Non. C'est juste… J'en ai juste envie, d'accord ? J'ai envie de toi.
Meliodas a l'air à la fois amusé et agacé.
– Pourquoi ?
– Parce que j'en ai envie, bon sang ! Tu veux une dissertation philosophique sur le sujet ? je m'exclame alors que son visage me dit que je ne le convaincs pas. Tu sais quoi ? Oublie. Oublie que je t'ai demandé ça…
Il saisit mes deux bras avant que je n'aie pu me lever du lit.
– Bordel, mais qu'est-ce qui se passe, Ellie ?
L'inquiétude dans son regard me fait plus souffrir que le râteau qu'il vient de me mettre. Je l'ai presque supplié de me sauter et il s'inquiète pour moi. Waouh, je ne sais même pas séduire un mec convenablement.
– Laisse tomber, je marmonne.
– Non.
Je pousse un cri lorsqu'il m'attire sur ses genoux.
– La conversation est finie, je m'exclame en essayant de m'enfuir.
Il saisit mes hanches et m'empêche de bouger.
– Elle n'est pas finie, non, dit-il en plongeant son regard dans le mien.
Soudain, je suis horrifiée de sentir des larmes couler sur mes joues.
– Qu'est-ce qui se passe ? Dis-moi ce qui ne va pas, et j'essaierai de t'aider.
Un rire hystérique m'échappe brusquement.
– C'est faux ! Je viens de te demander de l'aide et tu m'as envoyée bouler !
Il a l'air encore plus perdu, à présent.
– Tu ne m'as pas demandé de t'aider, tu m'as demandé de te baiser, dit-il.
– C'est la même chose, je marmonne.
– Lui s'exclame : Putain, je n'ai pas la moindre idée de ce dont tu parles ! Elizabeth, je te jure que si tu ne me dis pas ce qui se passe dans les deux prochaines secondes, je vais péter un câble.
Je me sens misérable. J'aurais dû partir pendant qu'il dormait, au moins j'aurais pu faire semblant de ne pas me souvenir de m'être jetée sur lui dans la nuit. Tout à coup, Meliodas lève la main et caresse ma joue avec une telle tendresse que quelque chose se rompt en moi.
– Je suis brisée, abîmée, et je voulais que tu me répares, je dis d'une voix tremblante.
– Je… je ne comprends toujours pas, dit-il.
Peu de gens savent ce qui m'est arrivé. Je ne raconte pas à tous ceux que je rencontre qu'un monstre m'a violée. J'ai besoin d'avoir entièrement confiance en quelqu'un pour avouer un tel secret. Et si on m'avait dit il y a quelques semaines que je me confierais à Meliodas Demon, j'aurais tellement ri que je me serais fait pipi dessus.
Or, me voilà.
– Je t'ai menti à la soirée chez Zeldris.
Ses mains quittent mon visage, mais son regard reste plongé dans le mien.
– Ok…
– Je n'ai pas d'amie qui a été droguée au lycée. C'est moi qui l'ai été.
Le corps de Meliodas devient rigide.
– Quoi ?
– J'avais quinze ans. Un mec de mon lycée m'a droguée à une fête…
Je ravale la bile qui remonte lentement dans ma gorge.
– … et il m'a violée.
Meliodas expire lentement. Il ne dit rien, mais je vois sa mâchoire se contracter tandis que son regard devient meurtrier.
– C'était… c'était… eh ben, c'était horrible. Tu t'en doutes. Mais… n'aie pas pitié de moi, ok ? C'était affreux, terrifiant, et ça m'a détruite à l'époque, mais je me suis fait aider et je vais mieux. Je n'ai pas peur de tous les hommes et je n'en veux pas à la Terre entière, ou quoi que ce soit du genre.
Meliodas ne parle pas, mais je ne l'ai jamais vu aussi furieux.
– J'ai mis ça derrière moi. Vraiment. Sauf que… ça a brisé quelque chose en moi. Je ne peux pas… je n'arrive pas à… tu sais.
Je suis tellement rouge que j'ai l'impression d'avoir chopé une insolation.
– Non, je ne sais pas, dit-il enfin d'une voix torturée et rocailleuse.
En même temps, au point où j'en suis…
– Je n'arrive pas à jouir avec un mec.
Meliodas déglutit.
– Ah.
Je déglutis à mon tour, essayant de ravaler ma gêne.
– Je pensais que peut-être, si toi et moi on… si on… tu sais, si on batifolait un peu, j'arriverais peut-être à… je ne sais pas… à reprogrammer mon corps pour qu'il… euh… pour qu'il réponde.
Mon Dieu. Les mots quittent ma bouche avant que mon cerveau ne les ait passés en revue et je rougis de plus belle en réalisant à quel point je suis pitoyable. J'ai officiellement touché le fond, et ça déclenche une nouvelle vague de larmes.
Un sanglot étranglé jaillit soudain et j'essaie maladroitement de me lever, mais Meliodas me tient plus fort contre lui. Il passe une main dans mon dos et plonge l'autre dans mes cheveux pour ramener ma tête contre lui. J'enfouis mon visage dans son cou en tremblant violemment alors que les larmes ruissellent sur mes joues.
– Eh, ne pleure pas, supplie Meliodas. Ça me fend le cœur de t'entendre pleurer.
Je n'y arrive pas. Je n'arrive plus à respirer et je tressaille dans ses bras. Il me caresse les cheveux en essayant de me calmer et il est si tendre que ça me fait pleurer de plus belle.
– Je suis brisée, Meliodas, je sanglote contre son cou.
– Tu n'es pas brisée, ma puce. Je te le promets.
– Alors, aide-moi, je chuchote. S'il te plaît.
Il relève délicatement ma tête. Je cherche dans son regard et n'y trouve que tendresse et sincérité.
– Ok, répond-il en soupirant longuement. Ok. Je vais t'aider.
