Disclaimer : Je ne tire aucun bénéfice de l'écriture de cette fiction, si ce n'est un immense plaisir. Shingeki no Kyojin appartient à ce cher Hajime Isayama, et le scénario de cette fiction sort de ma tête. Il est donc un peu poussiéreux.
Bonsoir ! Mais non, vous ne rêvez pas ! Un nouveau chapitre au bout de trois semaines, c'est cadeau ! Et pas n'importe quel chapitre en plus… Il s'y passe énormément de choses ! Je ne m'attarde pas car je suis épuisée, je vais essayer de répondre aux reviews ce soir et je vous souhaite bonne lecture !
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Résumé des chapitres précédents : Contre toute attente, la mésaventure d'Armin connait un dénouement plutôt heureux. Récupéré de chez Annie par l'assistante sociale et Eren, il est autorisé à rester au Japon – en grande partie grâce à Grisha Jaeger –, placé en foyer d'accueil et scolarisé à Stohess. Eren et Annie se rapprochent beaucoup à la faveur de cette histoire, et lors d'une conversation anodine, la jeune fille révèle des informations qui attirent l'attention d'Eren sur des zones d'ombres dans le déroulé de sa séparation avec Levi. Plus tard, alors qu'il se rend à l'animalerie d'où provient Caporal pour se faire conseiller un dresseur, Eren tombe nez à nez avec Isabel.
Chapitre 27 : Le mensonge était presque parfait.
Eren resta sans voix quelques secondes, incertain d'avoir bien entendu.
« - Pardon ?
Isabel frappa du poing sur le comptoir, attirant l'attention de plusieurs des autres clients.
- T'es quand même sacrément gonflé de te pointer comme ça devant moi ! Non mais t'as pas honte ?! Après ce que tu as fait à Levi ! s'exclama-t-elle sans la moindre réserve.
Après présent, la majorité des regards s'étaient tournés vers eux, mais Eren n'en avait cure. Indigné par les accusations injustes de la jeune fille, il sentait la colère poindre.
- Je crois qu'il y a un malentendu. En fait, c'est lui qui m'a brisé le cœur.
- Tu te fiches de moi, en plus ?! s'égosilla la soigneuse en faisant mine de vouloir contourner le comptoir. Attends un peu ! Quand j'en aurai fini avec toi, je peux t'assurer que tu auras encore plus besoin d'un fauteuil roulant que moi !
Eren la regarda faire, effaré.
- Qu'est-ce que c'est que ce délire…
L'adolescente semblait bien partie pour en découdre, si bien que les autres vendeuses du magasin s'approchèrent d'un air affolé, prêtes à intervenir. La plus âgée d'entre elles lui jeta un regard hostile, visiblement convaincue d'avoir à faire à un fauteur de troubles. Dans l'assistance, plusieurs clients échangeaient des regards, semblant se demander s'ils devaient se mêler de l'altercation. Le jeune homme fit aussitôt un signe de défaite de la main. Comme bien souvent ces derniers temps, il sentit sa colère retomber comme un soufflé raté, bien vite remplacée par la lassitude.
- Vous savez quoi ? lança-t-il aux trois femmes. C'est bon, je m'en vais. Inutile de faire une scène. Vous ne pouvez pas juste me filer une bonne adresse pour dresser mon chien ?
Devant leur regard sceptique, il ajouta :
- Il a été acheté chez vous. Vous devriez vous réjouir que je m'en occupe bien, non ?
- Chez nous ? demanda Isabel, surprise malgré elle.
Pour toute réponse, il posa le carnet de santé sur le comptoir. La jeune fille le saisit et le parcourut rapidement, vérifiant le numéro d'immatriculation de l'animal. Il se produisit alors une chose étrange : la demoiselle devint successivement livide, puis écarlate.
- Qui t'a offert ce chien ? demanda-t-elle d'une voix blanche.
- Aucune idée, on l'a trouvé devant la porte de notre maison. C'était un cadeau de Saint-Valentin.
Isabel hocha la tête avec raideur, les yeux rivés sur le carnet de santé qu'elle serrait entre ses doigts crispés.
- Très bien, dit-elle avant de lui rendre le document.
Elle lui tendit ensuite une brochure.
- Voici des adresses de dresseurs certifiés. Ces deux-là sont spécialisés dans l'éducation de chiens de garde tels que les bergers allemands, je te les recommande chaudement. Maintenant, dégage de ma vue.
- Trop aimable.
Le jeune homme rassembla rapidement ses effets personnels et les rangea dans sa sacoche avant de lever une dernière fois les yeux vers son interlocutrice. Il n'avait pas à se justifier, mais son éternelle honnêteté le devança.
- Je n'ai rien fait de mal, déclara-t-il avec sérieux. Si tu ne me crois pas, demande à Levi de te présenter Nanaba.
Isabel secoua vigoureusement la tête.
- Impossible. Levi t'aimait trop. Il a tellement souffert, à cause de toi. Je ne l'ai pas inventé… »
Cependant, pour la première fois depuis le début de leur conversation, une lueur de doute s'était allumée dans le regard de la jeune fille. Alors, Eren tourna les talons et partit sans demander son reste.
Sur le trajet vers la bouche de métro, il mit d'abord un moment à reprendre ses esprits. Isabel était la digne amie de Levi : sous des airs candides, un ouragan de colère capable de tout dévaster tout sur son passage. Il ne s'était pas attendu à une telle explosion, et pendant un moment, avait été vaguement intimidé. Une chose était sûre, il ne retournerait pas se frotter à elle sans avoir une bonne raison de le faire.
Néanmoins, une fois passé l'effet de surprise, ce furent les propos de la jeune fille qui le troublèrent par-dessus tout. En effet, Isabel avait pris la défense de Levi sans la moindre hésitation et avait semblé sincèrement indignée à la simple vue d'Eren. Cela ne pouvait signifier qu'une seule chose : on lui avait servi une version de l'histoire très différente de la réalité des faits. Et le jeune allemand n'avait aucune peine à comprendre le pourquoi du comment : Levi avait probablement menti pour s'attribuer le beau rôle de l'histoire, comme il l'avait fait avec son oncle.
- Quel enfoiré, cracha-t-il entre ses dents serrées. J'aimerais être là quand Isabel lui demandera des comptes.
Il continua sa route sur quelques mètres, puis s'arrêta brusquement au milieu du trottoir, barrant la route aux passants qui lui jetèrent des regards curieux et agacés.
Non. Décidément, quelque chose ne collait pas.
Les propos d'Isabel le renvoyaient une fois de plus vers une réflexion qu'il s'était faite bien à bien des reprises. Avec cette rencontre hasardeuse, il retrouvait un vieux mystère qui l'avait toujours fasciné : le décalage colossal entre l'opinion que les gens qui ne connaissaient pas Levi avait de lui, et l'estime que ses amis avaient pour lui. D'un côté, des rumeurs sordides propagées à tire-d'aile et agrémentées des éléments les plus appréciés pour entretenir les ragots : tromperies, cœurs brisés et grosse accidentelle. De l'autre côté, un groupe d'amis solidaires clamant l'intégrité de Levi à qui voulait bien l'entendre et défendant son honneur corps et âme.
Comment expliquer un tel décalage ? Pourquoi cette poignée d'amis continuait-elle de le soutenir ainsi, quand ses torts hurlaient sa disgrâce ?
Eren rumina ce cheminement de pensée durant tout le trajet en métro jusqu'à Chiyoda. Arrivé en avance à son point de rendez-vous avec Mikasa et Armin, il décida d'inviter Petra à déjeuner. La jeune fille prenait des cours particuliers dans le quartier, le week-end, et ne mit pas longtemps à le rejoindre. Il sourit en la voyant arriver vers lui en trottinant, tandis qu'il l'attendait à un carrefour animé. Bien qu'ils se fussent juré qu'il n'en était rien, leur relation avait été mise à mal par sa séparation avec Levi et sa complicité avec la rouquine lui manquait. Des moments comme celui-ci étaient à privilégier.
Les deux amis commandèrent une barquette de takoyakis à une échoppe, puis allèrent s'asseoir dans un petit parc voisin où Eren prit plaisir à écouter la jeune fille lui raconter ses dernières mésaventures en tant que membre du conseil des élèves. Elle prit ensuite des nouvelles d'Armin, puis Eren profita d'un blanc dans leur conversation pour se jeter à l'eau et lui relater sa rencontre avec Isabel et les vives émotions que ce face à face avait engendrées.
« - Oui, Isabel est un sacré numéro, s'esclaffa gentiment Petra, la main devant la bouche. Mais il n'y a pas une once de méchanceté en elle. Ne lui en veux pas trop, s'il te plaît.
- Elle ne doute pas un instant de la sincérité de Levi.
- Oui… Isabel, Farlan… Des gens aussi proches de Levi sont absolument convaincus que sa nature profonde est bonne. C'est une chose qui ne changera jamais.
- Tu t'inclus dans le lot ? lui demanda-t-il aussitôt.
- Euh… et bien –
- Nous en avons déjà parlé, Petra. Ça ne me gêne pas.
- Et bien… oui.
Le jeune allemand acquiesça, appréciant son honnêteté.
-Du coup, tu continues de penser du bien de lui et d'être son amie. Ce qu'il a fait ne te dérange pas ?
A force de l'asticoter, il finirait bien par lui faire cracher un élément intéressant, non ?
- Je ne suis pas en colère, je veux juste comprendre, assura-t-il devant son air angoissé.
- Tu sais, Levi, ça fait si longtemps que je le connais…. Ce serait comme renier un membre de ma famille.
Pour occuper ses mains, elle saisit un takoyaki et l'avala tout rond avant de faire une grimace lorsque l'aliment lui brûla la langue. Au bout de quelques instants, Eren revint à la charge une nouvelle fois.
- J'ai simplement du mal à comprendre pourquoi il leur a menti. Si ce sont, comme tu dis, des amis qui seront toujours du côté de Levi quoiqu'il arrive, je ne comprends quel intérêt il avait à leur raconter des histoires.
Petra, qui allait saisir un nouveau takoyaki, interrompit son geste et reposa sa main sur sa cuisse. Le jeune allemand l'observa réfléchir, la tête basse. Au bout d'un moment, elle se frotta les cheveux, visiblement en proie à un dilemme. Elle commença à marmonner dans sa barbe et Eren fut certain de l'entendre murmurer : « et puis merde ». Finalement, la jolie rousse releva la tête et lui jeta un regard très lourd d'un sens qu'il ne parvint pas à saisir. Il commença alors à s'agiter, mal à l'aise.
- Quoi ?
- En effet, il y a quelque chose d'étrange. Levi n'a pas pour habitude de mentir à Farlan et Isabel. Vraiment pas. D'ordinaire, il leur dit tout.
Eren se pencha en avant, intrigué.
- Alors comment tu expliques ça ?
- Je ne sais pas. C'est bizarre, c'est tout. J'imagine qu'il doit avoir une raison, élucubra-t-elle plus pour elle-même que pour lui, les yeux dans le vague. C'est Levi, il ne fait jamais rien par hasard.
Après quelques secondes, elle sembla sortir de sa réflexion et lui jeta à nouveau un regard perçant.
- Ne m'écoute pas, Eren. Je réfléchis simplement à voix haute… »
Mais Eren n'en était pas si sûr. Au contraire, il pensait que Petra avait tenu à ce qu'il écoutât attentivement ses mots énigmatiques. Restait à comprendre le message caché derrière, mais il savait qu'il n'obtiendrait rien de plus de son amie. Il allait lui falloir se débrouiller seul.
XXX
« - C'est vrai que les enseignants font un peu peine à voir, expliqua Armin, mais avec les notes que vous m'envoyez, j'arrive à m'en sortir tout seul.
Saisissant un caillou plat sur la rive terreuse de l'étang, le jeune homme le lança habilement par-dessus la rambarde et l'observa ricocher trois fois.
- Et puis, leur bibliothèque n'est pas trop mal.
Après s'être retrouvés à Chiyoda, les trois adolescents avaient décidé de s'établir dans un parc proche. La floraison des arbres approchait et les jardins étaient de plus en plus fréquentés, mais ils étaient tout de même parvenus à trouver un coin tranquille, au bord de l'étang principal. Appuyés contre la rambarde, Armin et Mikasa s'étaient mutuellement défiés au jeu de celui qui ferait le plus grand nombre de ricochets. Derrière eux, Eren s'était assis sur un banc et les observait.
Le jeune allemand trouvait son ami plutôt en forme : il n'avait pas perdu de poids, semblait en mesure de prendre soin de lui et Eren n'avait détecté aucun changement de caractère ou d'attitude inquiétant. Son ami semblait avoir trouvé un nouveau rythme et ne se laissait pas abattre par la situation. Il était encore trop tôt pour crier victoire, mais à l'écouter raconter le quotidien qui était devenu le sien, il avait envie de croire que tout irait bien.
Armin éclata de rire lorsque Mikasa effectua une demi-douzaine de ricochets, puis se retourna et s'appuya sur la barrière pour faire face à Eren.
- Je ne me suis pas vraiment fait d'amis. Les gens dans ce lycée, ce n'est pas franchement le type de personnes que j'aime fréquenter.
Eren émit un reniflement méprisant.
- Tu as déjà des amis.
Armin s'esclaffa avec indulgence avant de reprendre sur un ton plus sérieux :
- Après… Il y a cette fille. Elle s'appelle Hitch. Elle est dans la même classe que moi. Elle a quelque chose de pas net, alors j'essaie de rester sur mes gardes. On dirait un peu Hanji, mais en… malsaine. Enfin… Elle est un peu bizarre, mais elle est sympathique avec moi. Et surtout… elle connait tout le monde. Vraiment tout le monde.
Son regard alla d'Eren à Mikasa.
- Elle m'a parlé Reiner et de Berthold.
Aussitôt, Eren se redressa avec intérêt. Il n'avait pas oublié cette étrange conversation surprise entre les deux sportifs dans les vestiaires de Trost, quelques mois auparavant.
- Qu'est-ce qu'elle-t-a dit ?
- Apparemment, elle les a pas mal côtoyés par le passé, à l'époque où ils trainaient avec des gars de Stohess. Et ils n'avaient pas bonne réputation.
- C'est-à-dire ? demanda Mikasa, l'air méfiante.
- Hitch m'a dit qu'ils étaient impliqués dans des histoires de trafic de drogue. Et quand je dis trafic de drogue, je ne parle pas de petits dealers à la sauvette.
Il leur lança à nouveau un regard inquiet, puis osa clarifier ses propos :
- Je parle de mafieux.
Eren et Mikasa le dévisagèrent, abasourdis.
- Et ils seraient toujours impliqués à l'heure actuelle ? finit par s'enquérir la jeune fille.
Armin secoua légèrement la tête.
- Elle est restée assez évasive sur la question, mais… je pense que oui.
Un silence choqué retentit à nouveau.
- Wow, fit Eren, peinant à assimiler l'information.
Mikasa se redressa et commença à faire les cents pas entre eux, l'air très préoccupée. Finalement, elle s'adressa de nouveau au petit blond :
- Je ne veux plus que tu t'approches d'eux, Armin.
Puis elle se tourna vers son frère.
- Toi non plus, d'ailleurs. On va rester loin d'eux à partir de maintenant.
Eren ne réagit pas, occupé à réfléchir.
- Levi m'avait mis en garde contre eux à plusieurs reprises, se remémora-t-il lentement. Vous croyez qu'il était au courant ?
- J'imagine qu'il devait se douter de quelque chose, supposa Armin.
Chacun resta pantois un moment, cherchant à digérer l'information. Une partie d'Eren ne pouvait pas être réellement surprise. Quelque part au fond de lui, il s'était douté que tous ces mystères et ces comportements étranges dissimulaient une révélation de ce genre. Ces derniers temps, il avait entre-aperçu la véritable nature des deux garçons sous la façade écaillée de « sportifs sympas » : des individus dangereux, manipulateurs et habitués à la violence. Il se souvenait encore du regard de tueur de Reiner. Berthold cachait mieux son jeu, jouant le rôle du jeune homme timide. Il était probablement plus peureux que Reiner, et donc, d'une certaine façon, plus dangereux encore.
Le jeune allemand fut tiré de son analyse par Armin, qui reprit la parole sur le ton de la confidence.
- Il y a autre chose. Hitch m'a pas mal parlé des élèves de la classe A. elle m'a raconté tout un tas de petits scandales étouffés par telle ou telle famille, c'était assez divertissant d'ailleurs.
Le petit blond récupéra quelques pierres sur le sol et recommença à faire des ricochets.
- Elle m'a notamment parlé de la famille Lentz. Et vous ne devinerez jamais ce qu'elle m'a dit !
Un ange passa de nouveau, puis Eren n'y tint plus.
- Accouche !
Le jeune homme se retourna à nouveau. Mikasa s'était assise à côté de son frère et tous les deux étaient pendus à ses lèvres.
- Christa aurait une grande sœur ! s'exclama Armin, avant de regarder précipitamment autour de lui pour vérifier que personne n'avait pu entendre leur conversation. Elle n'a pas su me dire son nom, mais elle aurait quelques années de plus que nous et vivrait recluse chez les Lenz.
- Mais pourquoi ? demanda Eren, confus.
Son ami baissa encore le son de sa voix.
- Hitch m'a dit cette sœur était folle. Apparemment, elle ne l'aurait pas toujours été, mais quelque chose lui est arrivé qui lui a fait perdre la tête.
Mikasa, jusque-là silencieuse, se redressa brusquement.
- Mais alors… La fille que tu as vue lors du nouvel an, dans cette chambre… Ce serait elle ?
- Absolument ! répondit le petit blond, surexcité. Et d'après Hitch, cette affaire est secrète et très peu de gens sont au courant ! Je n'aurais jamais deviné moi-même que cette femme était la sœur de Christa. Elle ne lui ressemblait pas beaucoup…
- Il faut dire que Christa ne ressemble pas non plus à sa mère, fit observer son amie.
- Je meurs d'envie d'en savoir plus.
Eren était bien d'accord avec lui, mais c'était sans compter sur Mikasa.
- Il n'en est pas question, contra-t-elle aussitôt, manifestement très inquiète. Tu ne t'approchas plus des personnes que nous venons de mentionner dans cette conversation. Et cette Hitch… Essaie de ne pas trop la fréquenter, d'accord ?
Armin s'approcha d'elle et vint l'embrasser sur la joue, la faisant soupirer de contentement.
- Je te promets de faire attention.
- Mikasa a raison, approuva Eren.
Deux paires d'yeux ronds se tournèrent vers lui.
- Tu peux répéter ça ?
- Oh, ça va, ça m'arrive d'être raisonnable de temps en temps ! s'offusqua-t-il en croisant les bras. Je n'aime pas t'imaginer tremper dans ce genre d'intrigue sans qu'on soit avec toi, c'est tout !
Pour clôturer le débat, il rajouta :
- Je suis sûr que Jean sera d'accord avec moi.
Le sourire d'Armin s'affaissa légèrement et il se mit à gratter le sol du pied.
- A ce propos, il y a quelque chose que je dois vous dire.
- Quoi ? fit nonchalamment Eren. Qui d'autre deale de la drogue ?
Leur ami vint s'appuya contre la rambarde dans une position qui se voulait décontractée.
- Jean et moi, nous avons rompu.
Ces mots firent à Eren l'effet d'une douche froide et le jeune homme se redressa d'un bon. A côté de lui, Mikasa s'était raidie comme un piquet.
- Quoi ?!
Armin leva une main pour les faire taire.
- Du calme. Avant que vous ne montiez sur vos grands chevaux, sachez que c'est une décision que nous avons prise ensemble. Personne n'a abandonné personne, d'accord ?
Ses deux interlocuteurs échangèrent un regard.
- Armin… est-ce que ça va ? demanda doucement Mikasa.
- Oui. A vrai dire, c'est plutôt un soulagement. Ces derniers temps, on s'était un peu perdu de vue. Jean a du mal à digérer cette affaire autour de la mort de son agresseur, et il a aussi du mal à accepter l'idée qu'il ne sera plus un sportif de haut niveau. On s'est tous les deux mis d'accord sur le fait qu'il se laissait trop aller à la déprime et que moi, j'avais d'autres problèmes en ce moment. Donc nous avons décidé de nous séparer pour que chacun puisse se recentrer sur lui-même.
Ses explications terminées, il attendit une réaction qui ne vint pas.
- Je vais bien, insista-t-il. J'ai l'impression de respirer un peu plus. Ça ne veut pas dire qu'on ne se fréquentera plus, ne vous inquiétez pas. Jean a besoin d'être entouré de ses amis, et je serai là pour lui.
En observant bien son ami, Eren en déduisit que celui-ci semblait sincère et poussa un soupir intérieur de soulagement. L'espace de quelques instants, il avait réellement cru qu'ils devraient gérer un nouveau cœur brisé. Cependant, après réflexion, il n'était pas si étonné des propos tenus par Armin. Il avait senti, comme tout le monde, que l'histoire de Jean et d'Armin s'était tassée doucement depuis quelques semaines. Cette rupture était finalement un dénouement plutôt naturel, le chapitre final d'éphémères émotions d'adolescents. Cela serait un changement de plus auquel s'acclimater, mais le plus importait résidait dans le fait qu'Armin semblait parfaitement s'accommoder de cette issue. Eren était infiniment reconnaissant que la toute première histoire d'amour de son ami se terminât de manière aussi douce.
- Donc… Pas de genoux à casser ? s'enquit lentement la jeune fille.
Armin s'esclaffa.
- Pas de genoux à casser. »
Les trois adolescents quittèrent leur banc et entreprirent de faire le tour du parc. Le jour commençait à décliner et le parc se remplissait peu à peu de joggeurs sortis du travail et de groupes de jeunes cherchant à tuer le temps. Armin leur relata quelques fresques commises par les autres pensionnaires de son foyer d'accueil, qui furent de nature à affoler Mikasa mais qui valurent à Eren un bon fou rire. Armin était résilient et malin. Il s'en sortirait.
Lorsqu'ils traversèrent un pont pour rejoindre l'entrée du parc, ils aperçurent trois chiens typés labrador, sur la pelouse, qui couraient après les frisbees que leur lançaient leurs maîtres.
« - Au fait, tu as réussi à trouver l'animalerie de Caporal ? s'enquit alors Mikasa.
- Oui, répondit Eren en observant l'un des chiens se précipiter vers son maître, son frisbee dans la gueule. Ils m'ont donné quelques adresses de dresseurs, mais ça n'a pas été facile.
- Comment ça ?
- Devinez un peu sur qui je suis tombé, là-bas.
Ses deux interlocuteurs le regardèrent avec curiosité. Il leur sourit d'un air mystérieux avant de cracher le morceau :
- Isabel Magnolia. Vous savez, l'amie de Levi.
- Oh non, soupira Mikasa tandis qu'Armin faisait une grimace compatissante. Et comment ça s'est passé ?
- Pas très bien. Elle me déteste, elle est persuadée que c'est moi qui ai largué Levi comme un malpropre. Il a dû lui raconter n'importe quoi.
Comme Mikasa et Armin le fixaient avec inquiétude, il s'empressa de les rassurer.
- C'est sans importance. Je me fiche de ce qu'elle pense, d'accord ? J'étais venu chercher des adresses de dresseurs, et elle me les a données. Même si elle m'a posé des questions un peu bizarres avant.
- Des questions bizarres ? tiqua sa sœur.
Ils arrivèrent à l'entrée du parc et décidèrent de s'asseoir à la terrasse d'un café, où le serveur leur apporta rapidement trois thés glacés.
- Je crois qu'elle avait un problème avec le chien, expliqua le jeune allemand en se grattant la tête. Elle m'a demandé si je savais qui nous l'avait offert et –
Il s'interrompit au milieu de sa phrase, réfléchissant à ce qu'il venait de dire. Un élément jusque-là passé inaperçu le fit tilter.
- Attends… Comment savait-elle que Caporal nous a été offert ?
Mikasa s'étrangla en buvant une gorgée de son thé et fut prise d'une quinte de toux. Armin lui frotta le dos et se tourna vers son ami.
- Je suppose qu'ils ont un suivi pour les chiens de race, et qu'elle a dû lire le fichier… suggéra-t-il.
Mais Eren secoua la tête.
- Non, ça ne s'est pas passé comme ça. Dès qu'elle a vu Caporal, elle a tiqué… Peut-être qu'elle sait qui l'a acheté ?
- Eren… fit Mikasa. On s'en fiche, non ?
- Quoi ? Tu n'as pas envie de savoir qui a bien pu t'offrir ce chien ?
La jeune fille jeta un regard à Armin, qui l'observait à présent avec sérieux.
- Pas particulièrement.
- Bon, d'accord.
Le jeune homme s'appuya contre le dossier, son enthousiasme évaporé. Il se repassa rapidement la scène de l'animalerie en mémoire, et ses doutes revinrent l'assaillir.
- Cette histoire commence à vraiment sentir bizarre, avoua-t-il à ses compagnons. Plus j'y pense, et plus je trouve qu'il y a des trucs qui clochent. Vous n'êtes pas d'accord ?
Il n'obtint aucune réaction. Armin continuait de fixer Mikasa avec une expression qui eût pu passer pour du soupçon, et la jeune fille était concentrée sur sa boisson, semblant ignorer délibérément son voisin.
- Pourquoi tu la dévisages comme ça ? demanda-t-il au petit blond.
- … Pour rien. »
Eren haussa les épaules et saisit son propre verre pour le vider d'une traite.
XXX
Levi sut que sa soirée allait être un mouvementée lorsqu'il vit Petra frapper à la porte du café fermé au moment précis où l'écran de son téléphone s'allumait pour signaler un appel d'Isabel. Déverrouillant la porte d'une main, il fit signe à son amie d'entrer tandis qu'il décrochait le téléphone.
« - Allô ?
- ESPECE DE SALE PETIT CON ! –
Levi écarta aussitôt l'appareil de son oreille et poussa un soupir.
- Excuse-moi un instant, signala-t-il à Petra qui le regardait d'un air désapprobateur, avant de s'éloigner dans une autre pièce.
- Bonsoir, Isabel…
Lorsqu'il revint, une quinzaine de minutes plus tard, il était usé à l'idée qu'un second round l'attendait. Petra avait retroussé ses manches et était en train de débarrasser les tables encombrées de vaisselle sale.
- Je ne me suis jamais fait autant engueuler de ma vie, déclara-t-il en s'attelant également à la tâche.
- Bien fait pour toi, se moqua la jolie rousse en pliant une nappe tachée.
- Qu'est-ce que tu fabriques ici ? Tu n'es quand même pas venue juste pour faire mon boulot ?
La jeune fille se redressa et croisa les bras d'un air sévère.
- J'étais venue pour te prévenir que ta belle façade de mensonges commence à s'effondrer, mais je vois que j'arrive trop tard. Que t'a dit Isabel ?
- Elle a rencontré Eren, aujourd'hui.
- Oui, je sais. Eren m'en a parlé.
Levi se figea, avant de pousser un soupir. Il n'avait pas prévu ça. La situation était en train de commencer à lui échapper.
- Apparemment, expliqua-t-il, ils ont eu une conversation assez houleuse à propos de notre rupture. Elle s'est vite rendu compte que leurs versions de l'histoire ne collaient pas du tout. Ensuite, elle s'est aperçue que c'était moi qui avais offert le chien à Eren… En mettant tout ça bout et à bout, elle a compris que je lui avais raconté n'importe quoi et qu'Eren n'avait rien fait de mal.
Petra fit une grimace compatissante en débrassant une pile de tasses.
- Elle a aussi découvert pour le chien ?
- Ils n'ont vendu qu'un seul berger allemand ces derniers mois, ce n'est pas une race très populaire. Quand elle a vu le carnet de santé… C'était forcément celui que j'avais acheté.
Il acheva de débarrasser sa table et poussa un soupir.
- J'aurais dû lui prendre un foutu shiba.
Son amie laissa échapper un éclat de rire avant de plaquer sa main sur sa bouche et de lui lancer un regard noir.
- Ce n'est pas drôle, Levi ! Je t'avais prévenu que tous ces mensonges finiraient par se retourner contre toi. Tu n'as que la monnaie de ta pièce. Même Eren commence à se poser des questions ! Il se rend bien compte que qu'il y a des trucs bizarres dans cette affaire.
- Quoi ? s'affola Levi.
Si Eren – la personne qui ne devait surtout pas découvrir le pot aux roses – commençait à fureter dans ses entourloupes, la situation était plus grave qu'il ne l'avait imaginé. Tout arrivait trop vite et trop soudainement, et il s'assit à la table pour réfléchir.
- Mais je vais te dire une chose, mon pote, continua de s'énerver la petite rousse. Ne compte plus sur moi pour mentir ! Je me suis déjà bien assez impliquée pour toi, et si jamais il le découvre, alors –
Mais Levi n'écoutait plus, les yeux rivés sur son téléphone.
- Attends, l'interrompit-il d'une voix sérieuse. Je viens de recevoir un message bizarre.
Petra se tut aussitôt et observa avec inquiétude le petit brun pianoter rapidement sur son portable.
- Levi ? C'est qui ?
Le jeune homme lui intima le silence d'un geste de la main, et porta l'appareil à son oreille. Puis attendit. Au bout de deux sonneries, on décrocha.
- Nanaba ? demanda-t-il aussitôt. Que se passe-t-il ? »
XXX
Lorsqu'Eren arriva au lycée, le lundi après-midi, il sentit immédiatement quelque chose s'était passé. Encore une fois. Pas quelque chose de très grave, mais quelque chose de suffisamment intéressant pour agiter les foules d'adolescents peuplant les couloirs de chuchotements excités, tandis qu'une nouvelle rumeur se propageait à travers Trost.
Eren n'avait pas eu cours, ce matin-là. Sa sœur était déjà sur place à cause de ses séances de sport, aussi avait-il fait le trajet seul. Alors qu'il traversait le bâtiment pour rejoindre sa salle de classe, il intercepta autour de lui des bribes de conversations qui attisèrent sa curiosité.
« Il parait qu'il lui a cassé le nez ! »
« Tu te rends compte, tout ça pour cette fille... ! »
« Je me demande ce qui va se passer, maintenant… »
Mais enfin, qu'est-ce qui s'est passé ce matin ? songea-t-il en montant les escaliers.
Plongé dans ses pensées, il traversa l'étage et se dirigea vers la classe B. A peine eut-il passé la porte qu'il fut bruyamment hélé par ses amis, rassemblés dans un coin de la salle. La classe était quasiment vide, à l'exception d'une poignée d'élèves qui lui jetèrent un regard pointu tandis qu'il rejoignait le petit groupe. Le jeune allemand s'approcha et avisa Sasha et Connie ainsi que Jean et Marco, tous les quatre assis autour d'une table. Mikasa était avec eux. Debout, appuyée contre le mur, elle avait l'air très soucieuse.
« - Je peux savoir ce qui se passe, ici ? demanda-t-il en arrivant à leur hauteur. Pourquoi ça ragote dans tous les coins du bahut ?
Dans un premier temps, personne ne sembla vouloir lui répondre. Chacun de ses amis évita soigneusement de croiser son regard, et il surprit Connie et Sasha s'échanger des coups d'œil hésitants.
- Quoi ? fit-il, pris au dépourvu.
- Rien de spécial, tenta piteusement Marco, s'attirant un regard exaspéré de Connie.
Il poussa un soupir et croisa les bras. L'attitude de ses amis commençait à l'inquiéter. Pourquoi ne voulait-on rien lui dire ? Peut-être était-il – encore – le sujet des ragots en question. Allait-il une fois de plus être impliqué dans une histoire regrettable ?
- Je le découvrirai d'une manière ou d'une autre, alors crachez le morceau.
Cela sembla convaincre Jean, qui passa nerveusement sa main dans ses cheveux avant de déclarer :
- C'est à propos de Levi.
Eren se raidit aussitôt, méfiant.
- Et bien quoi ? Qu'est-ce qu'il a, Levi ?
Comme personne ne semblait vouloir se jeter à l'eau, Sasha prit une grande inspiration et se lança.
- Il s'est battu avec un professeur.
Eren mit un moment à assimiler ce que l'on venait de lui dire, puis son cerveau explosa. Du moins, ce fut l'impression qu'il eut.
- Il s'est battu avec un professeur, répéta-t-il bêtement. Il s'est battu avec un professeur !? Qu'est-ce que c'est que cette histoire !?
Il lâcha brusquement son sac au sol et croisa ses bras derrière sa tête, choqué et confus. D'un côté, cette situation lui semblait impossible. Levi était le parfait premier de la classe, respectueux de l'environnement scolaire, des convenances et soucieux de son avenir d'étudiant. Mais d'un autre côté, Levi était… Levi.
- Il ne s'est pas vraiment battu, intervint enfin sa sœur en s'approchant. Il frappé le professeur au visage, il lui a mis un coup de poing. Le professeur ne s'est pas défendu, donc ça n'est pas allé beaucoup plus loin que ça.
- Je pense que ce serait allé plus loin, si Erwin n'avait pas retenu Levi, commenta Sasha.
- Qui est le professeur en question ? demanda Eren, estomaqué.
- Mike Zacharias.
Décidément, il allait de surprise en surprise.
- Zacharias !? C'est une blague, y a pas plus amorphe que ce mec ! Qu'est-ce qui a bien pu les amener à se taper dessus ?
Il vit Marco et Mikasa échanger de nouveau un regard gêné, mais cette conversation avait réveillé la commère qui sommeillait en Sasha et la jeune fille continua sur sa lancée, inarrêtable.
- Apparemment, expliqua-t-elle, c'est à propos de Nanaba.
Puis elle sembla réaliser ce qu'impliquaient ses mots.
- Désolée, Eren… Mais c'est vrai. Ça s'est passé à la fin des cours de la classe A, avant midi. Zacharias a pris Levi à part pour lui parler, et ça a dégénéré. Je n'en sais pas beaucoup plus, mais des filles de la classe A m'ont dit qu'ils avaient parlé de Nanaba et de son bébé.
Le jeune allemand grimaça aussitôt. Depuis quelques semaines, le ventre de Nanaba avait enflé. Pas énormément, mais suffisamment pour que la vérité éclatât au grand jour, déchainant les langues de vipères et mettant à rude épreuve les nerfs de la future maman – et manifestement, les nerfs de Levi également. Eren supposa que la rumeur était remontée jusqu'au oreilles du corps enseignant, avec toutes les réactions que cela pouvait impliquer. Il n'était guère étonnant que ce cocktail explosif eût fini par détoner.
- On sait ce qu'ils se sont dit ? demanda-t-il, dévoré par la curiosité.
Connie haussa les épaules.
- Il y a plusieurs versions, rien de franchement crédible. Il y en a qui disent que Zacharias lui aurait reproché de s'être rapproché de Nanaba uniquement par intérêt. C'est l'héritière d'une grosse entreprise, après tout.
Eren acquiesça mollement de la tête, la gorge serrée. Il était habitué, mais cette conversation était quand même difficile à entendre.
- Avec tout ça, les rumeurs ne se tairont jamais, fit observer Marco. Ils vont devoir vivre avec jusqu'à la fin de l'année.
Alors, Sasha se tourna vers le jeune homme pour réagir à sa remarque :
- De toute façon, leur réputation est déjà entachée, commenta-t-elle. Depuis que la nouvelle de sa grossesse s'est répandue, il y en a qui disent que Levi se fiche d'elle et qu'il ne reste avec elle qu'à cause du bébé. Pour préserver sa réputation.
Et la dernière phrase résonna longtemps dans l'esprit d'Eren.
Pour préserver sa réputation. Préserver sa réputation.
- Mais non, souffla-t-il pour lui-même. Ça n'a aucun sens.
Les doutes et les réflexions qui macéraient dans ses arrière-pensées depuis quelques jours revinrent aussitôt l'assaillir. Une fois de plus, il avait beau retourner cette histoire dans tous les sens, elle ne tenait pas debout. Car au fond de lui, il le savait : toute cette affaire ne ressemblait pas à Levi. Levi n'avait que faire de ce que l'on pensait de lui.
- Ça lui est bien égal, continua-t-il de réfléchir à voix haute.
- Quoi ? demanda Jean, mais Eren ne répondit pas, plongé dans son cheminement de pensées.
Mentir sans aucune fierté pour préserver sa réputation était à l'opposé de sa personnalité. Bon gré, mal gré, Eren pouvait se vanter de connaitre Levi mieux que beaucoup de gens. Et Levi tel qu'il l'avait connu n'avait pour juge que ses propres principes : la droiture, la rigueur et une grande loyauté. Levi n'avait jamais reculé devant rien pour protéger les gens qu'il aimait. Il n'avait que faire des apparences et de son propre sort aussi longtemps que c'était le prix à payer pour atteindre ses objectifs. Il l'avait démontré à de multiples reprises. Alors se tortiller comme une larve dans un tissu de mensonges pour dissimuler sa disgrâce ? Quelle blague.
Levi avait connu la faim et la misère, le deuil et la haine. Il n'avait que faire de l'image qu'on pouvait avoir de lui : les types soucieux de leur image, il n'en faisait qu'une bouchée.
Lorsque le fil de ses pensées devint trop douloureux, une voix au fond de lui décida de se faire entendre. Ne sois pas idiot, se sermonna-il. Ce Levi n'était qu'une façade soigneusement entretenue. Il n'a jamais existé, alors cesse de te raccrocher à des chimères. Et pourtant, tout allait dans ce sens.
Perdu, Eren ramassa son sac et le balança sur son épaule.
- Où vas-tu ? demanda aussitôt sa sœur.
- Prendre l'air. J'ai besoin de réfléchir. »
En s'éloignant, il entendit vaguement la voix de Jean reprocher « Je vous avais dit de la fermer », puis quitta la pièce. Traversant le couloir désert, il ouvrit une porte défendue au public et grimpa la volée de marches qui conduisait jusqu'au toit. Ce n'était pas un endroit dans lequel il avait l'habitude d'aller – c'était interdit, de toute façon –, mais il savait qu'il y serait tranquille.
Une fois à l'extérieur, il posa son sac au sol et s'approcha du grillage pour observer la cour, en contrebas. Des élèves y étaient éparpillés en petits groupes, et leurs éclats de voix montaient jusqu'à lui. Détournant son attention du point de vue, il secoua la tête, furieux après lui-même. Après des semaines d'efforts pour tourner la page et se ressaisir, le voilà qui replongeait dans ses ruminations passées à la première occasion. N'avait-il donc pas retenu la leçon ? Il eût voulu se gifler lui-même.
« - Ce serait bien que tu évites de venir me voir dès que tu as des états d'âme, Jaeger, s'éleva une voix familière.
Réprimant un sursaut, le jeune allemand se retourna et avisa Annie, assise par terre contre la cage d'escaliers. Elle avait une cigarette dans une main et son téléphone dans l'autre. Alors qu'il allait répliquer vertement, il se souvint d'une chose que la jeune fille avait dite, quelques jours auparavant, et qui avait signé le début de sa remise en question de toute cette histoire. Il décida d'en avoir le cœur net.
- Annie…commença-t-il en s'approchant d'elle. Ce que tu m'as dit, l'autre jour. Tu le pensais vraiment ?
- De quoi ? Que je ne voulais pas coucher avec toi ?
- Hein ? fit bêtement le jeune allemand. Mais non, pas ça !
Annie ricana et écrasa sa cigarette sur le sol.
- Je te parle de ce que tu m'as dit à propos de Levi.
- Je sais.
La jeune fille se releva lestement et s'approcha de lui. Elle avait l'air sérieuse, presque inquiète. C'était une expression qu'il ne l'avait jamais vue adresser à quelqu'un d'autre qu'Armin, jusqu'à présent.
- Jaeger… Est-ce que tu es sûr de vouloir déterrer cette histoire ?
- Parce que tu veux me ménager, maintenant ? se moqua-t-il. Ecoute, je veux simplement savoir la vérité. Tout ça n'a que trop duré.
Elle le dévisagea en silence quelques secondes, manifestement en proie à un débat intérieur, puis poussa un soupir et lui tourna le dos pour aller s'appuyer contre le grillage.
- Qu'est-ce que tu veux savoir ?
- Tu as dit que Levi était venu te voir, il y a quelques temps. De quoi t'a-t-il parlé ?
Annie acquiesça.
- C'était à propos des hommes qui te tournaient autour à ce moment-là.
- Attends – il t'a parlé de ça ?! s'exclama Eren, estomaqué.
Cette fois-ci, la jeune fille se tourna vers lui.
- Il n'est pas vraiment venu me voir pour me parler de ça. On s'est croisé, et j'ai abordé le sujet de sa cicatrice. Ça nous amenés à parler de ces types et… Je pense que je l'ai inquiété en laissant entendre que les hommes qui te suivaient en avaient en réalité après lui. Et qu'ils avaient sûrement l'intention de s'en prendre à toi pour l'atteindre.
Elle leva la tête pour le regarder, et Eren crut apercevoir l'ombre d'un regret dans ses yeux bleus.
- Je ne me souviens plus de notre conversation exacte, mais Levi a eu très peur.
Le jeune allemand serra les dents. D'une certaine façon, entendre parler de l'époque où Levi se souciait de lui et de ce qui pouvait lui arriver était encore plus douloureux que de le voir s'afficher avec sa nouvelle compagne.
- A quand est-ce que ça remonte ? s'enquit-il d'une voix faible.
- C'était très peu de temps avant votre séparation. Pas plus d'une semaine ou deux.
Cette information laissa Eren pantois. Il avait jusque-là été persuadé que les sentiments de Levi, lors des dernières semaines de leur relation, relevaient de la mascarade – et que son cœur s'était tourné vers quelqu'un d'autre, comme le lui rappelait régulièrement le ventre arrondi de Nanaba.
- Mais c'est impossible, tenta-t-il de l'expliquer à son interlocutrice. Il fricotait déjà avec Nanaba à ce moment-là…
Annie haussa les épaules.
- Je te dis ce qui s'est passé. Le reste ne me concerne plus, Jaeger. Débrouille-toi. »
Sur ces mots, la sonnerie de début des cours retentit et ils redescendirent en silence jusqu'à leur salle. Eren alla s'asseoir à sa place, ignorant le regard interrogatif de sa sœur et les messages que lui envoyèrent ses amis pour s'assurer qu'il allait bien. Il avait besoin de réfléchir.
Durant le reste de l'après-midi – qui lui parut durer une éternité –, il s'évertua à classer et analyser tout ce qu'il venait d'apprendre au sujet de Levi et de son attitude. Il s'y perdit vite : il y avait trop de contradictions, trop de contrastes dans les différents témoignages et le jeune allemand ne savait plus que croire, quelle logique et quel sens donner à tous les éléments dépareillés de cette histoire. En revanche, il était à présent sûr d'une chose : le temps de l'indifférence était passé et il allait découvrir le fin mot de ce mystère, ne fut-ce que pour pouvoir tourner définitivement la page.
Le soir-même, après le dîner, Eren afficha l'air le plus naturel qu'il put et se rendit dans la chambre de sa sœur. Assise en tailleur sur son lit, elle était en train de pianoter sur son téléphone et leva les yeux vers lui lorsqu'il entra.
« - Euh… J'ai besoin de récupérer le carton qui contient les affaires de Levi, déclara-t-il l'air de rien.
Mikasa écarquilla légèrement les yeux mais ne fit aucun commentaire. Elle se leva de son lit, s'approcha de son placard et en extirpa le fameux carton avant de le lui apporter.
- Est-ce que tu veux que je vienne avec toi ? lui demanda-t-elle en le lui tendant.
- Non, c'est bon. Je veux seulement récupérer deux-trois trucs », mentit-il avec maladresse.
Si la jeune fille lui lança un regard plus que sceptique, elle eut l'extrême obligeance de ne pas faire de réflexion. Eren s'empressa donc de retourner dans sa chambre, à l'abri des regards indiscrets. Il lâcha le carton sur son lit, faisant dresser une oreille à Caporal qui était affalé sur le matelas, puis s'agenouilla devant et l'ouvrit. Il reposa ses mains sur ses cuisses et prit une grande inspiration. Du regard, il balaya le contenu de la boîte, un résumé à la fois concis et complet de leur histoire.
Est-ce que je veux vraiment savoir la vérité ?
Tendant une main, il effleura les différents objets. En serrant dans ses doigts le ticket d'entrée au London Eye, il se remémora ce jour où, pour la toute première fois, il était parvenu à toucher du doigt qui était vraiment Levi. Sa première grande victoire dans leur relation. Relâchant le ticket, il s'empara d'une canette de chocolat chaud vide. Après l'affaire des tags, Levi était venu le trouver à la bibliothèque pour s'excuser. C'était le jour où leur amitié avait véritablement commencé. Sa deuxième grande victoire. Levi l'avait aidé à faire ses devoirs de mathématiques, et lui avait payé un chocolat chaud pour le motiver. Le jeune allemand avait conservé la canette comme souvenir, en adolescent transi d'amour qu'il avait été à l'époque. Eren déglutit : sa gorge se serrait de plus en plus. Il reposa la canette, et saisit un porte-clé que Levi lui avait ramené d'un musée qu'il avait visité à Paris, pendant que lui-même et ses amis faisaient autre chose. Ils formaient un couple, à ce moment-là. Le premier cadeau que le petit brun lui avait fait en tant que petit ami. Sa plus belle, sa plus flamboyante victoire. Il le reposa cérémonieusement dans la boîte, incapable de négliger cet objet pourtant si dur à regarder.
Alors, emporté par le flot de souvenirs, le garçon lâcha prise et fit une chose qu'il s'était toujours empêché de faire jusque-là : il se rappela le soir où tout avait basculé. Jusqu'à présent, il avait toujours fui ce souvenir en particulier, pour des raisons évidentes. Mais si le fantôme cette horrible nuit contenait des informations cruciales ? Recollant les bribes floues volontairement éludées de son esprit, il se concentra et tenta de tout se remémorer en détail. D'abord la peur ressentie, la douleur, et le désespoir. Puis la colère, la rage, la détermination. Finalement, au comble de l'horreur, apparut Levi. Ses yeux noirs et sa voix. En se concentrant suffisamment, Eren parvint à distinguer le soulagement dans les iris sombres. Il revit Levi le regarder comme si rien d'autre n'avait eu d'importance, cette nuit-là, dans cette rue. Il sentit son propre soulagement et sa reconnaissance s'insuffler de nouveau en lui. Ensuite, Levi hurla son nom, et il perçut dans les trémolos de sa voix la terreur à l'état pur. Je ne me souvenais pas de tout ça, songea-t-il avec surprise.
Levi avait risqué sa vie à main nues contre des lames et des armes à feu, pour le protéger. Et quelques heures plus tard, lui avait annoncé le quitter pour une fille rencontrée quelques semaines auparavant.
Ça ne tenait pas debout.
La vérité est devant moi. Qu'est-ce que je rate ? Quel élément me manque-t-il ?
Tout au fond du carton, il récupéra une photographie.
C'était la fameuse photo prise le jour du cambriolage, sur laquelle ils posaient tous les deux couchés sur son lit, face à face. Sa mère les avait surpris avec une instantanée, figeant sur leurs visages les émotions qui les traversaient au gré de leur conversation. Eren se rappelait distinctement de ce qu'il éprouvait pour Levi, à cette époque. Un mélange enivrant d'admiration, d'amour et de respect, le parfait équilibre entre le « je suis si fier d'être son ami » et le « si seulement il pouvait m'aimer ». Il eût donné tout ce qu'il avait pour le bonheur de ce garçon, si on le lui avait demandé. Il avait été si plein d'espoir, à ce moment-là. Sans réellement oser y croire.
Et à présent, cet espoir sournois et sinueux comme un serpent revenait lentement se distiller en lui, alimenté par l'infime possibilité qu'une erreur eût été commise, que toute cette histoire ne fût qu'un malentendu. Et que Levi fut en réalité bel et bien, d'une façon ou d'une autre, cette admirable personne qu'il avait tant aimée. Mais avait-il vraiment envie de ça ? Avait-il vraiment envie de retrouver cet espoir, ces possibilités, après avoir enfin réussi à apprendre à vivre sans ?
Il regarda de nouveau la photo.
Bien sur que j'en ai envie. Je ferais n'importe quoi pour retrouver ce que j'ai perdu.
Eren rangea le carton et se coucha avec la ferme intention d'interroger, dès le lendemain, la seule personne en mesure d'éclairer la dernière zone d'ombre qui l'empêchait de résoudre cette histoire : Nanaba. Tandis qu'il réfléchissait à ce qu'il allait pouvoir dire à la future maman, les différents éléments du puzzle tournoyaient dans son esprit.
Annie. L'agression. Leur séparation. Nanaba. La grossesse. L'attitude d'Isabel, et parfois celle de Levi. L'altercation entre Levi et le professeur Zacharias. Les supposées provocations de Zacharias et les rumeurs en propagation dans le lycée.
Eren se redressa brusquement dans son lit, faisant sursauter le chien.
« - Ça y est, se dit-il à lui-même. J'ai compris. »
XXX
L'occasion d'aborder la jeune fille se présenta le lendemain, à la sortie des cours.
Eren avait guetté ses allées et venues toute la journée, et était allé repérer son emploi du temps pour s'assurer qu'elle ne partirait pas à son insu. Comme elle finissait les cours une heure plus tôt, il décida de sécher le dernier cours – qui se souciait de l'anglais, de toute façon – pour l'intercepter à temps.
Il sortit de classe en catimini, ne prévenant personne de ses intentions, et alla se positionner dans un coin discret du parc pour surveiller le bâtiment des postbac. Lorsqu'il repéra Nanaba, qui sortit seule par la porte principale et se dirigea vers le portail, il entreprit de la suivre à distance. Il pleuvait, en cette fin d'après-midi, et la nuit commençait à tomber. Dès que la jeune fille commença à s'éloigner dans la rue, il attendit qu'ils eussent tourné à l'angle de l'allée pour accélérer le pas et la rattraper. Arrivant silencieusement derrière dans son dos, le bruit de ses pas couvert par la pluie battante, il plaça son parapluie au-dessus de sa tête. Nanaba sursauta légèrement et s'arrêta pour aviser son homologue.
« - Merci – oh.
Lorsqu'elle se reconnut Eren, son visage perdit instantanément toutes ses couleurs – comme à chaque fois qu'ils se retrouvaient nez à nez. Elle retira sa capuche d'un geste saccadé, comme pour s'assurer qu'elle avait bien vu.
- Salut, Nanaba ! la salua-t-il joyeusement.
La grande blonde le dévisagea une paire de secondes, semblant presque s'attendre à ce qu'il lui sautât à la gorge.
- B-bonjour, finit-elle par répondre d'une voix blanche.
- On peut faire un bout de chemin ensemble ? demanda-t-il sans détour.
- Eren, s'il te plaît –
Il était évident qu'elle voulait qu'il la laissât tranquille, mais Eren n'avait pas l'intention de lâcher le morceau comme ça.
- Non, non, ne t'inquiète pas. Je veux juste parler, d'accord ?
- Je ne pense pas que ce soit une bonne idée…
Posant une main sur son ventre boursouflé, elle jeta un regard furtif sur les côtés, cherchant un soutien qu'elle n'obtiendrait pas. Ils étaient seuls. En l'observant de plus près, Eren remarqua qu'elle avait l'air très fatiguée. Son teint était terne, et ses ongles rongés.
Pour son bien à elle aussi, il est temps que cette mascarade cesse.
- Nanaba, l'appela-t-il d'un ton sérieux. Si Levi t'a parlé de moi ne serait-ce qu'une seule fois, alors tu devrais savoir que tu n'as rien à craindre.
La jeune fille lui jeta un regard surpris, avant de hocher lentement de la tête.
- D'accord.
Il lui saisit doucement le bras et l'invita à avancer.
- Marchons. Tu as l'air d'avoir froid. Tu vas à la bouche de métro ?
- Oui.
- Je t'accompagne.
Ils avancèrent en silence durant un instant qu'Eren mit à profit pour réfléchir à la meilleure façon d'aborder le sujet.
- Alors… Hier, j'ai appris que Levi avait cogné Zacharias.
- Oui, fit Nanaba en posant une main contre sa joue, horrifiée. Il n'aurait jamais dû faire ça, il est complètement fou… Tout ça pour me défendre…
- Que va-t-il se passer, maintenant ?
- Je ne sais pas trop. Levi a été suspendu et ne va plus en cours, il doit passer en commission de discipline demain. Il y a de grandes chances qu'il soit renvoyé. Se battre avec un professeur, c'est du jamais vu à Trost…
Eren accusa le coup. Ils traversèrent un passage piéton, et se dirigèrent vers la bouche de métro.
- Ce comportement ne ressemble pas à Levi. Est-ce que tu sais ce qui a bien pu le pousser à lever la main sur enseignant ?
Nanaba fit une grimace étrange, comme si elle avait redouté cette question.
- Je suis désolée, Eren. Je ne peux rien dire.
- Quelle que soit la raison, je te promets de garder le secret –
Mais la jeune fille secoua vigoureusement la tête et dégagea son bras. Ils étaient arrivés devant la station de métro.
- Tu ne comprends pas ! s'exclama-t-elle, une pointe de panique dans la voix. Je ne dois rien dire, j'ai promis…
- Nanaba, je sais tu as peur et que tu te sens seule. Et je sais que mentir comme vous l'avez fait vous a paru être la meilleure chose à faire sur le moment, mais maintenant Levi a de graves ennuis et la seule chose qui pourrait peut-être le sauver… C'est la vérité.
Elle le regarda, choquée.
- Je ne vois pas de quoi tu parles, tenta-t-elle de le décourager d'un air indifférent, mais ses yeux se remplissaient progressivement de larmes.
Il sourit avec indulgence.
- Oh, je pense que si.
Posant son parapluie au sol, il s'approcha d'elle avec lenteur et posa doucement ses mains sur ses épaules. Elle sursauta, mais ne le repoussa pas.
- Tu veux savoir ce que je pense, Nanaba ? lui demanda-t-il. Je pense que Levi n'est pas du tout le père de ton bébé. Je pense que le père de ton bébé, c'est le professeur Zacharias.
Nanaba eut alors une réaction qu'Eren n'avait pas anticipé : elle fondit en larmes. Toute réserve oubliée, elle enlaça Eren et enfouit sa tête contre l'épaule du jeune homme, le prenant au dépourvu.
- Je suis désolé, je –
- Je n'ai jamais voulu te faire de mal, Eren, tenta-t-elle de lui dire entre deux sanglots déchira. Mais j'étais seule, je n'avais aucun véritable ami et j'avais tellement peur… Et puis Levi est arrivé, et il avait la solution… »
Il lui tendit un mouchoir et ils descendirent se mettre à l'abri de la pluie dans la station de métro. Eren installa Nanaba sur un banc et lui acheta une canette de thé dans un distributeur. Ensuite, il s'assit à côté d'elle et passa une main réconfortante dans son dos.
« - Il n'y a jamais rien eu entre Levi et moi, expliqua-t-elle plus calmement. On s'est rencontré par Petra il y a quelques mois et on est tout de suite devenu de bons amis, mais c'est tout. Tu prends déjà toute la place dans son cœur, Eren. Levi ne pourrait jamais te trahir comme ça, jura-t-elle en le regardant dans les yeux. Quand j'ai appris que j'étais enceinte, ça a été un enfer. Beaucoup de mes proches m'ont tourné le dos et les rumeurs ont commencé à circuler mais Levi ne m'a jamais abandonné. Il a été… royal.
Le jeune homme prit quelques secondes pour contrôler les papillons qui s'agitaient dans son estomac, puis répondit :
- Sa mère a connu une situation similaire. Tu n'aurais pas pu tomber sur meilleur soutien que lui.
- C'est ce que j'ai cru comprendre, renchérit-elle en souriant pour la première fois depuis le début de leur conversation. J'ai décidé de garder le bébé, mais personne ne devait savoir que le père était un enseignant.
Elle resserra ses mains autour de la canette.
- Alors Levi m'a proposé de se faire passer pour le père. Il m'a dit qu'il avait besoin d'un faux prétexte pour rompre avec toi et te tenir éloigné et une grossesse involontaire était la couverture parfaite. Je n'ai jamais su pourquoi il voulait se séparer de toi, avoua-t-elle en levant les yeux vers lui. Je suppose qu'il avait ses raisons. Mais ça l'a rendu très malheureux. Il parle tout le temps de toi…
Eren sentit son cœur faire un bond dans sa poitrine.
- Vraiment ? demanda-t-il d'une petite voix.
Un air de profonde détermination se peignit sur le visage de la jeune fille.
- Eren, il faut absolument que vous parliez.
Il soupira.
- Ça ne changera rien à ton problème –
Nanaba secoua la tête pour l'interrompre et posa une main sur son genou.
- Non, j'ai pris ma décision, insista-t-elle. Je ne veux plus de tout ça. Quand je vois comment tu t'es comporté avec moi ce soir…Tu es tellement gentil, et Levi m'a tant aidée… Et là, il a des ennuis à cause de moi.
Elle lança sa canette vide dans une poubelle à proximité et se leva d'un mouvement décidé. Eren la regarda faire, bouche bée.
- Vous méritez tous les deux que la vérité éclate au grand jour. Alors je vais le faire. Je vais tout dire.
Eren se leva à son tour, inquiet. Il avait voulu découvrir la vérité, pas pousser Nanba et à se mettre dans une situation encore plus précaire en révélant le fin mot de l'histoireà tout le monde.
- Nanaba, non. Si tu ne te sens pas dire la vérité –
- Ecoute, écoute. Tu as raison. Si je dis tout au conseil de discipline, ils reporteront toute leur attention sur Mike et laisseront Levi tranquille. Mettre une élève enceinte, même majeure, c'est bien plus grave que de cogner un professeur.
- Mais –
- Levi a besoin d'avoir son diplôme, Eren. Tu le sais autant que moi. Et toi, tu as besoin de récupérer Levi.
Elle sourit avec tendresse et tendit la main pour lui caresser la joue. Le jeune homme eut l'impression de voir sa mère.
- Tu es si gentil… Ne t'inquiète pas. Je savais que ça ne durerait pas éternellement et que tout finirait par se savoir. Ma réputation est déjà ruinée, de toute façon. Je n'ai plus rien à perdre. Au diable mon père, au diable l'entreprise, au diable le lycée. Tant que j'ai des amis comme vous, tout ira bien.
Ils s'enlacèrent de nouveau. L'étreinte de Nanaba débordait de chaleur et de sincérité. Eren comprit pourquoi il n'avait jamais vraiment pu la détester. Il supposa que quelque part au fond de lui, il l'avait toujours senti.
- Je te demande pardon, Eren, souffla-t-elle une dernière fois.
Puis elle le relâcha.
- Ecoute. Levi doit retrouver Isabel ce soir à l'animalerie. Vas-y, et expliquez-vous. D'accord ? On se reparlera bien assez tôt, je pense.
- Merci du tuyau, répondit-il.
Il ramassa son sac et se tourna vers elle.
- Est-ce que tu es sûre que ça va aller ?
Nanaba sourit, et passa une main caressante sur son ventre.
- Bien sûr, que ça va aller. Je suis une maman, maintenant. Il faut que je sois forte. »
XXX
Assis dans le métro, Eren ressassait toutes les révélations qu'il venait d'apprendre. L'esprit embrumé, il peinait à croire à ce qui était en train de se passer.
Tout était si clair, à présent. La peur de Levi et son désir obsessionnel d'éloigner Eren du danger à tout prix. Le besoin de Nanaba de bénéficier d'une couverture. L'incapacité de Petra à choisir un camp. Tout s'imbriquait parfaitement et s'expliquait tout seul.
Je suis un crétin, songea-t-il avec abasourdissement. Et Levi a été un enfoiré de petit malin.
A présent, il se préparait au véritable combat, au boss final. Même s'il s'avérait que tout ce que Nanaba lui avait dit était vrai, il ne s'attendait pas pour autant à une réaction positive du petit brun. Levi avait mis en place tout un stratagème pour l'éloigner de lui et n'apprécierait pas de découvrir que tout était tombé à l'eau.
Durant le temps que dura le trajet, il passa par toutes les gammes d'émotions qu'il était capable d'éprouver. Une joie irrépressible teintée d'impatience qui lui donna envie de se lever et de sauter partout dans la rame de métro, puis une appréhension viscérale à l'idée de ce qui l'attendait dans cette animalerie. Ensuite, tandis qu'il marchait dans la rue en direction de la boutique, une colère noire s'empara de lui lorsqu'il réalisa toute la souffrance qu'il avait endurée pour rien et aurait pu lui être épargnée, si bien qu'il se demanda un moment s'il serait en mesure de pardonner.
Et lorsqu'il arriva devant la porte de l'animalerie, il était terrifié. La nuit était tombée, la pluie ne tarissait pas et il commençait à avoir vraiment froid. Il avait laissé son parapluie à Nanaba, et ses cheveux étaient trempés. A priori, le magasin était fermé, mais il pouvait entrevoir de la lumière provenant de l'arrière-boutique. Il leva le bras pour sonner à la porte, puis hésita au dernier moment.
Et si Nanaba s'était trompée et qu'il ne m'aime vraiment plus ? Et s'il se moque de moi ? Et s'il ne veut rien savoir ?
Les yeux de Levi pouvaient être plus froids que la glace, ses mots plus tranchants que des rasoirs. Eren ne voulait plus jamais souffrir comme il l'avait fait ces derniers mois, mais le voilà qui revenait quand même prendre de nouveaux coups. Car malgré tout, il y avait un infirme espoir.
Et ce fut cet espoir qui le poussa à appuyer sur la sonnette. Il attendit quelques secondes, et comme personne ne venait, recommença plusieurs fois. Au bout d'un moment, la tête excédée d'Isabel apparut dans l'encadrement de la porte du fond. Voyant que le casse-pied qui sonnait à la porte ne partait pas, elle traversa la pièce d'un pas agacé pour venir le chasser. Cependant, dès qu'elle arriva à son niveau et qu'elle le reconnut, l'agacement se mua en surprise et la jeune fille s'empressa de lui ouvrir la porte.
« - Oh. C'est toi, fit-elle lorsqu'ils se retrouvèrent face à face. Viens, entre.
Il s'exécuta et pénétra dans la petite animalerie chaleureuse. La température était idéale et l'odeur propre aux petits chiots et chatons imprégnait l'air. Partout autour d'eux, il entrevoyait les animaux dormir dans leurs petits enclos.
- Il est là ? demanda-t-il à Isabel.
- Oui, répondit-elle simplement.
Son attitude était dépourvue de la moindre agressivité, et il en conclut que la jeune fille avait elle aussi découvert le pot aux roses.
- Il est dans le bureau, derrière. Vas-y. »
Eren déglutit. C'était le moment de vérité, il ne pouvait plus faire marche arrière. Tandis qu'il traversait la salle pour rejoindre le bureau, il lui semblait que tout le monde pouvait entendre son cœur tant il battait fort. Il arriva à la porte, prit une grande inspiration, et entra.
Levi était assis au bureau, occupé à pianoter sur téléphone, et ne leva pas les yeux de suite.
« - C'était qui ? se contenta-t-il de demander.
Comme aucune réponse ne venait, il finit par relever la tête. En avisant Eren, il se leva d'un bond et recula de plusieurs pas. Le jeune allemand déglutit derechef : il portait son sweat émeraude, le fourbe.
- Mais qu'est-ce que tu fiches ici !? cracha aussitôt le petit brun, manifestement pris de court.
Isabel apparut à son tour dans l'encadrement de la porte.
- Pourquoi tu l'as laissé entrer !? l'invectiva-t-il aussitôt.
En guise de réponse, la jeune fille lui adressa un doigt d'honneur et ressortit en fermant la porte, les laissant seuls. S'en suivit une poignée de secondes extrêmement embarrassantes où aucun des deux adolescents ne sut vraiment quelle attitude adopter. Alors, comme à chaque fois qu'il était pris par surprise et qu'il avait peur, Levi se montra agressif.
- Qu'est-ce que tu veux ? aboya-t-il dans la direction du jeune allemand. Tu n'as rien à faire ici, pourquoi es-tu venu ?
Eren décida de ne pas y prêter attention.
- Alors… Il parait que tu as cogné Zacharias ? demanda-t-il sur le ton de l'anecdote.
Levi le dévisagea comme s'il était le dernier des abrutis.
- Tu es venu jusqu'ici pour me parler de ça ? répliqua-t-il d'un ton sceptique.
- Oh, non, je voulais seulement discuter un peu…
Le bureau dans lequel ils se trouvaient était une pièce de taille relativement petite et encombrée de beaucoup d'objets tels que des piles de dossiers et des paquets de croquettes, qui prenaient beaucoup de place. L'air de rien, Eren s'avança d'un pas et le petit brun recula aussitôt de plusieurs. A ce rythme-là, il serait rapidement acculé contre le mur du fond.
- Je n'ai aucune envie de parler avec toi, rétorqua froidement Levi.
- C'est drôle, reprit aussitôt Eren en faisant semblant de jouer avec une balle en caoutchouc qui trainait au sol, parce que j'ai croisé Nanaba tout à l'heure. Elle non plus n'avait pas envie de parler, et pourtant, nous avons eu plein de choses très intéressantes à nous dire…
A l'entente de ces mots, Levi ouvrit des yeux terrifiés.
- Qu'est-ce que tu voulais à Nanaba ? Si tu t'approches à nouveau d'elle, Jaeger, je te jure –
- Tu peux laisser tomber la panoplie du chevalier servant tout de suite, le coupa-t-il avec agacement. Je sais très bien que vous n'avez jamais été ensemble.
Le petit brun le fixa quelques secondes avec insistance, comme pour s'assurer qu'il ne bluffait pas. Lorsqu'il réalisa qu'Eren était catégorique, il laissa échapper un soupir tremblant et se passa une main nerveuse dans les cheveux. Tout échappe à ton contrôle, mon pauvre Levi, jubila intérieurement Eren.
- Que t'a-t-elle dit, exactement ? demanda-t-il d'une voix mal assurée.
Eren poussa la balle du pied et fit un pas en avant, faisant de nouveau reculer son interlocuteur.
- Elle m'a tout dit.
Un ange passa et Levi sembla accuser le coup.
- D'accord, d'accord, finit-il par avouer. Nous ne sommes pas ensemble et le bébé n'est pas de moi. Nous avons menti, dans son intérêt à elle. Mais je ne vois pas en quoi ça te concerne.
Pour se redonner contenance, il se redressa et croisa les bras sur son torse gonflé. Le jeune allemand trouva ça presque mignon.
- Je n'ai plus rien à voir avec toi Jaeger, ça ne servait à rien de venir ici ce soir.
Il employait ce même ton navré mais catégorique qu'il avait utilisé le jour de leur rupture, ce ton qui avait rendu tous ses mensonges si crédibles. Mais Eren n'écoutait pas, cette fois-ci. Il ne se laisserait pas berner par les tentatives désespérées du petit brun de le repousser. Car une chose venait de se produire, à l'insu de Levi. En levant les bras pour les croiser contre lui, le petit brun avait fait glisser sa manche et dévoilé son poignet. Et Eren avait remarqué un petit détail.
Le détail fatal.
Alors, désormais pleinement confiant, il s'avança franchement vers l'autre garçon, qui se retrouva finalement pris au piège contre une étagère.
- Qu'est-ce que tu crois être en train de faire ? demanda-t-il d'une voix dangereuse.
Mais Eren n'était pas dupe. Le regard fuyant, Levi rougissait. J'ai toujours ce genre d'emprise sur lui ? se demanda-t-il béatement en son for intérieur. Il s'approcha jusqu'à ce qu'ils ne fussent plus séparés que par quelques centimètres, et se pencha sur le petit brun, respirant son odeur terriblement familière.
- Tu parles beaucoup, Levi, prononça-t-il doucement à son oreille. Et tout ceci est très convaincant, mais… Si tout ce que tu dis est vrai, alors explique-moi une chose.
Avec lenteur, pour ne pas effaroucher l'animal sauvage qu'était le brun à ce moment-là, il saisit fermement le bras de l'autre garçon – qui, contre toute attente, le laissa faire – et l'emmena à hauteur de leurs yeux. Les émeraudes brillèrent de malice lorsque les orbes obsidiennes se rétrécirent d'effroi, réalisant l'erreur commise.
- Si nous n'avons vraiment plus rien à voir l'un avec l'autre… Alors pourquoi est-ce que tu portes toujours ma gourmette ? »
XXX
Et voilà !
Promis, ne vous inquiétez pas, Levi ne va pas s'en sortir comme ça ! Des explications vont être de rigueur.
J'ai tellement hâte savoir ce que vous en avez pensé ! Le chapitre vous a plu ? Qu'avez-vous pensé d'Isabel ? De Nanaba et de son attitude ? Aviez-vous compris qui était le père de son enfant ? Qu'avez-vous pensé de notre Petra dans ce chapitre ? J'essaie de ne pas trop la mettre de côté… et la conversation Armin/Mikasa/Eren ? On y apprend pas mal de choses… Trouvez-vous que la rupture Jean/Armin était prévisible ? Et cette fin de chapitre alors, elle vous inspire quoi ?
ANNONCE IMPORTANTE : juste pour vous dire… Ne me lâchez pas, les enfants… on commence à vraiment voir le bout de cette histoire, on y arrive ! Il ne reste que trois ou quatre chapitres, je pense, donc elle sera finie d'ici le mois de novembre grand max, du moins j'espère ! Je vais tout donner, votre soutien est plus important que jamais !
A bientôt !
