BENJI REGARDA SON AMI avec incompréhension, puis Aria, puis à nouveau le Gryffondor. Ce dernier lui fit un bref signe de tête lui intimant de déguerpir, toujours aussi glacial. Benji ne comprenait visiblement pas le comportement de Sirius envers lui. Ils s'étaient toujours bien entendus, et il avait beau ne pas être aussi proche de lui que les Maraudeurs, ils s'étaient rapprochés depuis quelques années et il était même fier de le compter parmi ses amis les plus précieux.
Aria se mordit les lèvres, gênée et intriguée par le comportement de Black. Il n'avait aucune raison de parler ainsi à Benji, mis à part le fait qu'il détestât Aria ; mais dans ce cas son courroux aurait dû lui être adressé... Benji fit demi-tour en murmurant un « au revoir » maladroit à Aria, les mains dans les poches et confus. La Serpentard se tourna vers Black, furieuse. Celui-ci venait de s'allumer une cigarette et tirait tranquillement dessus. Il regardait les bougies flottantes.
- Sympa les bougies, ironisa-t-il. Parfait pour l'ambiance.
Aria ne savait pas de quoi il parlait, et sa colère envers lui ne cessait de croître en même temps que sa patience diminuait.
- L'ambiance de quoi ?
Il ne répondit pas et regardait dans le vide. Il semblait perdu dans ses pensées, son regard coulait de temps à autre vers la jolie blonde puis revenait précipitamment aux bougies. Aria le laissa gamberger pendant une bonne minute, puis commença à trouver le temps long. C'était lui qui avait pratiquement chassé Benji de la cour, non ? N'était-il pas pressé à la base ?
- Eh, oh, Black ? Ce n'est pas moi qui t'ai convoqué ici, à ce que je sache. Tu voulais avoir une discussion, je suis tout ouïe.
Elle croisa les bras, et attendit. Il prit le temps de terminer sa cigarette, comme pour se calmer. Il en jeta ensuite le mégot à terre, fit craquer ses doigts, et leva enfin les yeux vers Aria. Cette dernière, qui détestait qu'on la fasse attendre de la sorte, se rendit compte avec confusion que toute froideur et toute colère avaient quitté le visage de Sirius Black. Il semblait étrangement calme.
- Justice, dit-il enfin d'une voix douce, je voudrais savoir ce que tu comptes faire avec ce... cette ... chose que tu sais.
Aria se dit qu'il devait faire preuve d'une incroyable volonté en réussissant à se maîtriser ainsi, lui qui était arrivé si hostile dans la cour. Mais la Serpentard n'était pas dupe : Black était parfaitement au courant du fait qu'il était en position d'infériorité, et qu'accentuer la haine de son ennemie envers lui ne jouerait pas en sa faveur. Car ce qu'elle savait sur lui et ses amis pouvait leur coûter Azkaban à vie. Elle ouvrit la bouche, incertaine de ce qu'elle allait lui répondre : elle n'avait pas encore décidé de ce qu'elle allait faire de ce secret. Il reprit cependant :
- Et si tu n'as encore rien décidé, je voudrais savoir quel était ton prix pour ton silence.
- Et avec quoi comptes-tu me payer, Black ? railla Aria sans réussir à s'en empêcher. Tu as été renié de ta famille, tu n'as pas une Noise.
Un voile ombrageux passa dans le regard du jeune homme.
- Okay, Justice, soupira-t-il, j'essaie vraiment de faire un effort, là...
Il craqua à nouveau ses doigts, et Aria eut pitié de ses articulations.
- Pour ta gouverne, Sirius Black, je ne sais pas ce que je compte faire de tout ça...
Il fronça les sourcils.
- Mais l'idée de garder ce secret en réserve m'intéresse assez. Alors, merci pour ton offre, mais non merci. Je préfère avoir de quoi me défendre, au cas où. Ne sait-on jamais.
Elle se leva tranquillement et commença à rassembler ses livres, parfaitement au courant que, face à elle, Sirius Black tremblait de colère.
- Est-ce que tu veux vraiment que j'en vienne à te supplier ? Est-ce que j'ai réellement besoin de m'abaisser à ce point, Justice, pour que tu me promettes de...
- Même s'il est vrai que je prendrais beaucoup de plaisir à te voir me supplier, Black, le coupa-t-elle en se tournant vers lui à nouveau, je réitère ce que je viens de te dire : je garde ce secret bien au chaud. Jusqu'à ce qu'il me serve un jour.
- Mais ça m'intéresse absolument pas, ce deal, Justice !
Aria manqua d'éclater de rire en voyant l'indignation qui se peignait sur le visage de son interlocuteur.
- Que veux-tu, Black, la vie est ainsi faite, on ne peut pas toujours obtenir ce que l'on veut.
Se rappelant d'une chanson qu'elle avait entendue à la radio moldue quelques temps auparavant, elle continua sur sa lancée, presque hilare :
- Mais il se peut parfois en essayant, que tu y arrives. Et alors tu obtiendras ce dont tu as besoin.
- Est-ce que tu essaies vraiment de me faire avaler ça avec une chanson des Stones ? lui demanda Black, abasourdi.
- Oh, tu connais ? s'étonna Aria, toujours aussi guillerette.
- Évidemment que je connais, fulmina Black qui n'était pas heureux de la tournure que prenait cette conversation. La question est : comment toi tu connais ça ?!
- Peu importe, chantonna Aria en rassemblant ses livres.
Elle ne pouvait s'empêcher d'essayer de le faire sortir de ses gonds. Après tout, elle avait le droit, non ? Il l'avait fait tant de fois avec elle auparavant...
- Justice, t'es une personne absolument exaspérante, je comprends pas comment Will, James, Remus ou même Evans peuvent te supporter...
Elle se tourna vers lui, haussa les épaules et lui fit un clin d'œil. Black leva la tête au ciel et recula d'un pas. Il était désormais dans la pénombre et Aria avait du mal à distinguer ce qu'il faisait. Elle entendit un bruit métallique et une flamme vint éclairer le bas du visage du Gryffondor. Bon, il s'allumait une cigarette. Cela voulait dire qu'il tentait de rester le plus calme possible. Et cela signifiait donc qu'Aria avait toujours le dessus. Tant qu'il ne s'emportait pas, elle restait maîtresse de la situation.
La nuit se faisait de plus en plus noire, l'air se rafraîchissait, et Aria décida d'allumer un feu bleu, semblable à celui qu'elle avait allumé dans la Forêt Interdite, pour se réchauffer. Elle faisait mine depuis quelques minutes de ranger ses affaires mais il lui semblait que la conversation n'était pas terminée. Car, finalement, Black n'avait toujours pas obtenu ce qu'il désirait et que, dans tous les cas, elle le connaissait assez bien pour savoir qu'elle ne finirait jamais d'entendre parler de cette histoire tant qu'ils ne réglaient pas leurs comptes.
Mais le Gryffondor se contentait de consumer sa cigarette en silence.
Aria perdait de plus en plus patience, surtout que la bibliothèque fermait peu de temps après et qu'elle avait encore une montagne de livres à rendre.
- Bon, Black, je ne sais pas ce que tu veux faire. Tu m'as formulé ta demande, je t'ai donné ma réponse, et pourtant tu es toujours là et tu ne dis plus rien. Je ne risque pas de changer d'avis, et il n'y a rien que tu aies ou que tu puisses m'obtenir que je ne puisse avoir par moi-même.
Aria avait envoyé le feu flotter entre eux deux afin de pouvoir apercevoir son visage. Elle se rendit compte avec gêne que le bleu, projeté sur son visage par les flammes, lui allait bien au teint. Elle ne savait pas pourquoi cela la gênait. Mais, après tout, il ne portait que du noir, du gris et de temps à autre les couleurs de sa maison. Mais, une minute, comment était-elle au courant de ça, d'abord ?
- Il va bien falloir qu'on trouve une solution, Justice, avait enfin dit Black.
- J'aimerais bien, mais tu passes ta vie à faire en sorte que je te déteste toujours plus. Comment veux-tu que j'aie envie de satisfaire tes demandes ?!
- Ah oui, qu'est-ce que je fais, exactement, pour que tu me détestes ? C'est toi la plus détestable de nous deux...
- Je ne cherche pas à te mettre de bâtons dans les roues en permanence moi, le coupa Aria, amère.
- Je sais pas de quoi tu parles, répondit-il d'un air buté. Et puis, quand t'étais préfète tu passais ta vie à nous retirer des points.
- C'était mon boulot, Black, soupira Aria.
- C'est ça. T'étais bien contente de nous faire chier, surtout.
- Il y a une part de vrai, certes, dit-elle en souriant légèrement.
- Alors, de quoi tu m'accuses, cette fois ?
- Les bombabouses dans la salle de classe vide du troisième étage, ça ne te rappelle rien ?
Il ne répondit pas.
- Tu savais pertinemment que c'était la salle où j'étais supposée tenir mon groupe de soutien, cet après-midi.
- Eh ben ça va, c'est bon, t'as pu le tenir ton stupide groupe de soutien, je vois pas ce que ça a à voir...
- Mais, ça a tout à voir, justement. Supposons que je te propose quelque chose en échange de mon silence sur votre secret. Une condition, par exemple.
Black, qui jusque-là faisait la moue tel un enfant buté ; leva les yeux vers elle, intéressé.
- Ouais ?
- Et supposons, continua-t-elle, que cette condition soit annulable à partir du moment où tu ne la remplis plus.
- Genre que si je respecte pas ta demande, en gros, t'es plus obligée de garder le secret ?
- Exactement. Quand je vois la manière dont tu sembles adorer faire de ma vie un parcours particulièrement compliqué, j'ai du mal à croire que tu tiendras parole et que tu respecteras ton engagement. Tu comprends bien que, dans ce cas de figure, rien ne m'empêchera de dévoiler votre secret.
- Je suis un homme de parole, déclara précipitamment Black.
- Honnêtement, lui répondit Aria avec la plus grande franchise du monde, j'aimerais bien te croire mais toute notre... relation depuis quelques années rend la chose très difficile.
- Putain, Justice, t'es vraiment une plaie, râla tout à coup Black.
Aria, qui ne s'attendait pas à cette réaction, recula d'un pas. Elle qui s'était calmée sentit la colère poindre à nouveau.
- Quoi ?
- T'es là à me bassiner avec tes conditions de merde parce que, selon toi, c'est moi qui rends ta vie compliquée et que du coup on peut pas me faire confiance mais t'es loin d'être mieux !
- Je te demande pardon ?
- Je te demande pardon ? l'imita-t-il grossièrement.
Aria se renfrogna. Elle qui pensait qu'ils étaient capables d'avoir une conversation civilisée, c'était visiblement peine perdue.
- Mais qu'est-ce que je t'ai fait, Black ? J'ai l'impression de passer ma vie à te poser cette question.
- En ce moment, tu me prives de ce que j'ai de plus cher au monde, Justice, voilà ce que tu me fais.
Éberluée, Aria en oublia toutes ses bonnes manières.
- Hein ?!
- D'abord, tu fais amie-amie avec Remus, ensuite James, tu passes de plus en plus de temps avec Will et maintenant Marlene et Benji !
- Pas de ma faute si tes amis sont des gens corrects mais pas toi, Black. Et puis, d'façon, j'étais pas au courant que tu connaissais Marlene et Benji à ce point. D'ailleurs, vu comment tu lui as parlé, ça sera de ta faute si vous vous éloignez.
- Ça y est, on y arrive, déclara Black d'un air mauvais.
- Quoi ?
- Tu prends la défense de ton Benji, comme c'est chou.
Aria ne sut quoi lui répondre tant ses accusations semblaient sortir de nulle part. Mais elle ne put empêcher ses joues de rougir à l'insinuation d'une quelconque intimité entre le Serdaigle et elle.
- J'le savais..., murmura-t-il, l'air aussi glacial que lorsqu'il était arrivé plus tôt.
Aria eut l'impression que la température autour d'eux avait drastiquement baissé.
- Je ne vois pas de quoi tu parles..., chuchota Aria, qui, sans savoir pourquoi, sentait une émotion intense lui bloquer la gorge.
- C'est bon, arrête ton cirque.
Il jeta son mégot à terre et l'écrasa furieusement. Il commença à s'éloigner, puis revint sur ses pas.
- C'est quoi ta condition ? reprit-il, agressif.
- Comment puis-je être sûre que tu tiendras parole ? lui demanda-t-elle, toujours en chuchotant.
Elle ne parvenait pas à se l'expliquer, mais son attitude lui procurait une vive émotion, qu'elle avait de la peine à contenir. Il se rapprocha d'elle, tout près des flammes bleues, qu'elle voyait danser dans ses iris.
- Tu peux pas, mais je te le jure.
Il était sérieux, et Aria savait bien qu'il ne ferait jamais rien qui pourrait compromettre la sécurité de ses amis. Elle choisit de le croire, mais décida d'assurer ses arrières.
Elle sortit un parchemin et une plume de son sac, et enchanta la plume pour qu'elle y écrive un contrat, tandis qu'elle se tournait à nouveau vers son ennemi.
- Ma condition est que tu me laisses tranquille jusqu'à la fin de nos études.
Surpris, il haussa les sourcils.
- Si tu acceptes cette condition, je ne révèlerai jamais rien de votre secret.
- Ça veut dire quoi, que je te laisse tranquille ?
- Tu me laisses vivre ma vie, plus de provocations, plus de propositions de duels, de remises en question de mon intégrité, de diffamation auprès des autres, d'interdiction des gens de m'approcher... La liste pourrait encore être longue, mais je pense que tu as saisi l'essentiel.
Il sembla réfléchir un instant, puis empoigna la plume qui attendait sa signature. Une fois chose faite, il la regarda signer, puis faire une copie du contrat qu'il lui prit des mains avec humeur. Il le lut en diagonale.
- Il se passe quoi si je romps le contrat ?
- Tu ne préfères pas savoir, l'assura la Serpentard. Mais pas de soucis, je sais assurer mes arrières.
- Et moi, alors, c'est quoi ma garantie que tu vas bien tenir parole ?
- Ce contrat.
- C'est la plus nulle des garanties, ça, observa-t-il.
- C'est la même garantie que pour moi, et il m'arrivera la même chose qu'à toi si je ne remplis pas ma part.
- Mais, c'est quoi qui pourrait nous arriver ?
- Eh bien, il se passerait que nos amis oublieraient notre existence.
Il ne répondit pas, et déglutit simplement. Puis, sans un regard, il fourra le contrat dans sa poche et s'en alla en direction du parc du château, en tapant de son pied les cailloux sur son chemin.
Aria le regarda partir. Il lui semblait qu'elle avait le coeur au bord des lèvres. Sa gorge toujours nouée, elle soupira lourdement. Elle pensait qu'elle se serait sentie soulagée à la perspective de ne plus avoir Black en boulet dans sa vie étudiante.
Mais cette idée la rendait étrangement morose.
