Un casque, une épée et un bouclier de piètre facture, voilà ce qui lui avait était donné et pourtant il n'était pas juste un simple soldat de ligne. Il avait le droit à un cheval et serait sur le deuxième front mais son équipement était tout bonnement déplorable. Comment allait-il survivre...

Et s'il s'en sortait effectivement vivant, pourrait-il revenir à la caserne des Mangemorts après s'être battu contre son propre camp ?

Il ne savait pas encore qui ils allaient affronter mais de quelque royaume que soit l'armée qui leur faisait face, les Mangemorts les envoyaient tuer des alliés de la véritable cause qu'il souhaitait défendre. Il ne pouvait pas non plus jouer de sa position pour forcer la défaite des Mangemorts... Son devoir était de revenir vivant et de se rapprocher de Jedusor. C'était un casse-tête. Un casse-tête qui le torturait depuis une semaine.

Plus les jours passaient plus l'armée des Mangemorts se rapprochaient de Poufsouffle.

Ils se reposaient dans des tentes et même si il était le chef des recrues qui dormaient là, ça ne l'empêchait pas d'être constamment surveillé. Jédusor ne faisait même pas confiance à sa propre armée. Drago aurait du être content de cette nouvelle mais maintenant qu'il était là, ça l'embêtait plus qu'autre chose. Il n'avait pas une minute à lui pour réfléchir à ce qu'il allait faire. Comment pouvait-il gagner cette bataille sur un plan sans la perdre sur un autre ?

Si les Mangemorts gagnaient, peu de chances que Potter et ses amis ( il refusait de faire le compte précis des amis en question ) gardent espoir. S'ils perdaient trop d'armée, ils ne pourraient pas attaquer les Mangemorts pour l'assaut final...

Les jours passèrent et plus la bataille se rapprochait, plus Drago avait du mal à mettre de l'ordre dans ses pensées. Il chevauchait au pas tout la journée sous les ordres des lieutenants et le soir gérait la bande d'imbéciles avec lesquels il partageait sa tente. Il était si fatigué qu'il n'avait même pas le temps d'imaginer comment il tuerait Jédusor. Peut-être c'était ça le plan génial de Jédusor pour convertir le peuple à le suivre, se dit-il. Les abrutir dans des camps, les envoyer dans des batailles contre des gens dont ils ne connaissaient pas l'identité, loin de chez eux, loin de leur famille, loin de la réalité. Ici les soldats n'avaient plus de repères. Ils marchaient parce qu'on leur disait de marcher, au rythme de tambours pour les empêcher de penser, ils mangeaient quand on leur disait de manger, des repas aux ingrédients inidentifiables. Ils ne voyaient personne d'autre que des soldats et des Mangemorts, et les seules informations qu'ils recevaient étaient la propagande de Jédusor. Cette bataille allait être un massacre. Drago s'efforçait de raisonner pour définir une stratégie qui accomplirait tous ses objectifs.

Un soir on leur servit de la bière. On ne leur avait pas servi de bière depuis leur départ. Bien-sûr il y avait quelque chose de bizarre à cela mais il était trop fatigué pour tenter d'élucider ce mystérieux traitement. Si fatigué qu'il ne se posait, d'ailleurs, plus aucune question. Il y réfléchirait demain. C'était ce qu'il se disait mais en son for intérieur il avait le sentiment que le lendemain se trouvait étrangement lointain. Peut-être qu'il était trop tard, que demain ne viendrait jamais.

Il but la bière qu'on leur offrait. « De la pisse d'âne » aurait dit Blaise. Mais Blaise n'était pas là.

Il partit se coucher lorsqu'on lui donna le signal du repos et sa tête n'avait pas touché l'oreiller qu'il dormait déjà profondément.

Le soleil levé, il se prépara pour repartir mais quand il sortit de la tente il comprit qu'ils étaient au bout de leur route. C'était pour ça la bière, pour fêter leur arrivée sur le champ de bataille, ou peut-être pour les abrutir encore un peu plus. Dans tous les cas, ils étaient là et il avait cessé de s'interroger sur les pourquois et les comments. Il n'avait qu'une envie, en finir. Tout ce qui l'intéressait dorénavant c'était quand. Quand démarrerait la bataille ? Aujourd'hui ? Demain ? Dans une semaine ?

A travers le camp, les hommes s'échauffaient. Il ne reconnaissait pas le paysage qui entourait le campement ni n'avait entendu la moindre bribe sur l'identité de leurs adversaires. Des informations qui paraissaient cruciales mais qui pourtant n'étaient pas diffusées.

Il regarda autour de lui. Ce n'était certainement pas Serdaigle, il n'y avait ni bateaux ni mer à l'horizon. Les montagnes au loin ne ressemblaient pas à celles de Gryffondor. Difficile à dire pourtant si ils était à Serpentard, Poufsouffle ou quelque part aux frontières de Gryffondor.

Il se dit qu'il mènerait l'enquête mais avant même qu'il ait le temps de remettre de l'ordre dans ses idées, on vint le chercher il fut désigné pour mener un entraînement.

Le soleil se leva au dessus d'épais nuages le lendemain, et ils furent préparés pour la bataille.

Il partit à cheval suivi d'un petit groupe d'hommes sous ses ordres, en direction d'un champ désert à quelques centaines de mètres du campement. Quand il arriva dans le champ en friche, il pouvait voir au loin le camp des « ennemis » à la bannière jaune et cuivre se dessiner dans les collines. Poufsouffle. Ainsi leur adversaire avait un visage.

Après son arrivée il y eu un temps d'attente, les hommes à pieds à ses côtés semblaient retenir leur souffle, un silence était tombé sur le groupement d'hommes, si bruyant d'ordinaire. Même ceux qui avaient d'habitude toujours un bon mot ou une blague graveleuse ne disaient rien, l'épée fermement tenue dans une main, le bouclier miteux dans l'autre. De l'autre côté du champ de bataille des hommes se réunissaient de la même manière. Un groupement à cheval un peu plus haut sur une colline dirigeait, de loin, la gigantesque partie d'échec qui allait se dérouler et Drago eut le malheureux réflexe de se retourner pour voir qu'en amont un groupement d'hommes eux aussi montés, semblaient tenir les rennes de son côté du plateau. Des hommes qu'il n'avait jamais vu.

On sonna un cor qui annonçait une première attaque mais Drago resta là avec ses hommes, à regarder, de loin, le premier rang se battre. Quand le deuxième coup sonna, son cheval s'excita mais ce n'était toujours pas à son tour de rejoindre la ligne et il resta planté là à contempler un deuxième groupe s'entre-tuer. Il y avait-il un gagnant et un perdant ou est-ce qu'il n'y avait que des morts des deux côtés ?

Le troisième coup sonna et effaça la question de son esprit. Il s'élança, lui et ses hommes, suivi de bien d'autres, largement plus nombreux que lors des précédents assauts. Cela signifiait-il que c'était maintenant la véritable bataille et que les premiers morts n'avaient eut pour but que d'échauffer les esprits ? Il arriva sur la ligne et fondit dans la mêlée.

Difficile de décrire ce qu'il se passait autour de lui. Il se trouvait seul au milieu d'une marée humaine. Des soldats derrière et des soldats devant, point. Il tua. Dans le feu de l'action il n'avait plus le temps de se poser de question. Pas de questionnement comme celui qui l'avait tourmenté le jour où il avait fallu qu'il tue « cette fille ». Pas non plus de rage personnelle comme celle qui l'animait quand il avait fait exploser le camp Maclage. Non, il était là pour survivre. Les pensées amères ne feraient surface que bien plus tard.

Son cheval prit un coup et tomba au sol dans un mouvement vif. Il se retrouva à moité enseveli sous l'énorme corps, la jambe coincée. La bête, paniquée, remuait dans tous les sens, tentait de se relever mais le harnais et la sérieuse blessure qui barrait le poitrail et les pattes avant la faisait retomber de plus belle. Drago tentait de se dégager mais la folie de l'animal ne cessait de l'en empêcher. Il eut la certitude que si il restait là il allait mourir. Soit embroché par une épée de Poufsouffle , soit lentement écrasé par son propre cheval. Il trancha le harnais d'un coup de lame. La vue et le bruit de l'arme effrayèrent le cheval qui, libéré du harnais qui l'entravait, se redressa suffisamment pour permettre à Drago de rouler sur le côté. Instantanément un homme en jaune se rua sur lui. Il roula encore comme il le pouvait et atterrit dans une flaque boueuse. étrange, pensa-t-il, il n'avait pas plu depuis plusieurs jours. Un deuxième soldat de Poufsouffle surgit devant lui avant qu'il ait pu reprendre ses appuis. Il balança maladroitement son épée pour le faire reculer. Le soldat reçu le coup dans les chevilles et tomba au sol. Un Mangemort tout près d'eux sauta sur l'homme à terre et l'acheva d'un coup brutal devant les yeux de Drago. Il se releva enfin et ramassa son bouclier tombé à seulement quelques pas de là.

La mêlée faisait rage. Des coups fusaient dans tous les sens et il était rare d'identifier à quel camp appartenaient ceux qui les recevaient ou les rendaient. Tout allait très vite. Beaucoup plus vite que ce qu'il avait imaginé.

Un son de cor retentit derrière lui et il se retourna pour voir qu'on leur faisait signe de charger droit devant eux. Les Mangemorts avançaient, Poufsouffle reculait. Les combats au corps à corps se clairsemaient. Il courait à présent vers la droite avec d'autres soldats. Un autre son et un groupement de Mangemorts les rejoignit. Dans la cohue et le claquement des armes qui s'entrechoquaient, on entendait à peine les cris des hommes qui tombaient. Surpris par un assaillant de Poufsouffle, il reçu un coup d'épée qui ripa sur le bord de son bouclier avant de trouver son épaule. L'estafilade laisserait une cicatrice. Il se retourna et tenta une feinte par la droite que l'homme, bien entraîné, vit venir de loin. Drago eut juste le temps de se baisser pour éviter la représailles qui passa juste au dessus de sa tête. Emporté par son coup, l'assaillant se déporta vers la gauche et Drago frappa de toute ses forces en visant les jambes de son adversaire. L'homme s'effondra sur le sol. Un énième son de cor retentit tandis que l'homme tentait désespérément de le frapper aux chevilles comme lui-même l'avait fait un peu plus tôt. Il évita facilement le coup et transperça le corps du soldat avec sa propre lame.

Drago fit un pas en arrière, l'esprit brumeux. Quelqu'un le bouscula et Drago se retourna vivement. Un Mangemort. Il se sentit soulagé. Il reprit un semblant de course en remontant doucement vers une extrémité de la mêlée. Les Mangemorts étaient en surnombre. Il lança un regard vers la colline. Personne. Tous les hommes étaient au combat. Il regarda vers l'autre élévation où il avait aperçu les stratèges de Poufsouffle. Personne de ce côté là non plus.

Il rentra à nouveau dans la mêlée. Que faire ? Il ne savait pas quel impact aurait cette bataille sur les royaumes mais il ne pouvait pas laisser les Mangemorts gagner. Il devait également s'en sortir vivant. Deux hommes se battaient devant lui et il rentra dans la bataille. Il poussa le Mangemort qui lui tournait le dos. Le soldat de Poufsouffle, surpris, ne tenait plus très bien sa garde. Drago lui donna un coup au flanc, rien de très grave, il survivrait. Avant que celui-ci ne se ressaisisse, il l'assomma. Le Mangemort eut l'air reconnaissant. Drago lui fit un signe de tête avant de s'enfoncer dans la ligne de front. Peut-être pouvait-il... Non, c'était ridicule, il ne pouvait pas assommer toute une armée.

Il croisa un autre groupe d'hommes qui se battait, deux Mangemorts contre trois Poufsouffles. Il rentra dans la bagarre et assomma le premier d'un coup du pommeau de son épée. Une fois l'homme à terre, les deux autres reculèrent. Drago sauta sur le deuxième pour lui donner un coup qui avait sans doute l'air impressionnant mais qui ne fit que décrocher la côte de maille de son adversaire. Avec un coup de pied il mit l'homme à terre et posa un pied sur sa lame, il s'interposa entre le dernier et un Mangemort et lui envoya un coup du plat de sa lame sur le bras. Le soldat lâcha son arme dans un cri de douleur et chercha du regard son épée tombée au sol. Drago lui donna coup de pied dans le ventre ce qui le courba en deux. Sans attendre, le genou de Drago trouva le nez du malheureux qui se brisa net sous l'impact. Un coup de la garde de son arme termina de mettre K.O. le soldat. Le temps qu'il se retourne pour en finir avec le troisième, quatre Mangemorts étaient autour de lui. Il les bouscula pour se battre contre l'homme isolé mais l'un des Mangemorts l'embrocha avant qu'il ait pu l'atteindre.

Il ne pourrait définitivement pas assommer tout une armée.

Les Mangemorts qu'il avait aidé se retournèrent vers lui pour le féliciter mais il était déjà reparti.

Il s'intercala ainsi dans deux, trois autres groupes, assommant le plus possible d'hommes, quand il vit quelque chose qui lui donna un nouvel espoir.

Au milieu de la masse de soldats se dessinaient comme un vide. Une sorte de mur d'hommes s'était formé et Drago n'en était pas certain mais il avait cru apercevoir... Il se dirigea, parant quelques coups au passage, vers cet attroupement.

Le chevalier Cédric... Voila quelque chose d'étonnant : si on lui avait dit qu'un jour il serait heureux de voir Cédric Le Valeureux, il aurait sans doute éclaté de rire. Maintenant qu'il était là, il ressentait au fond de lui de la joie à la vue du prince de Poufsouffle.

Un Mangemort de son régiment reconnu Drago et l'attrapa par le bras. Il se retrouva sans même s'en rendre compte au milieu des autres Mangemorts qui s'étaient réunis à une distance respectable autour du chevalier qui avait déjà une belle pile de cadavres à ses côtés.

Mû par l'instinct, Drago s'avança, enjambant un homme probablement mort étendu à ses pieds. Il tenait son épée devant lui comme pour défier le prince du royaume jaune. Avec un peu de chance cet imbécile le reconnaîtrait avant de le transpercer. Vu l'amas d'hommes en noir, il n'y avait pas de doute que Diggory était un féroce adversaire et son épée était de bien meilleure qualité que la plupart des autres épées encore actives sur ce champ de bataille. Le cercle d'homme s'élargit et il entendit quelques exclamations parmi le bruit des combats qui semblaient s'espacer peu à peu. Les Mangemorts parlaient de lui et de Diggory.

Il se tournèrent un peu autour. Le Poufsouffle lança un coup que Drago para facilement. Il continua à tourner. Diggory tenta une deuxième approche, plus vicieuse, mais Drago l'évita à nouveau.

Derrière le prince il voyait un groupe de soldats adverses s'approcher, probablement pour protéger Cédric.

Il lança volontairement une attaque évidente qui fut parée sans difficulté. Le groupe de Mangemorts qui les entouraient se trouvaient maintenant aux prises avec les renforts du prince malgré que certains tentaient de garder un œil sur le duel.

Drago saisit cette occasion pour donner une série de petits coups vifs qu'il plaçait presque à chaque fois sur le bouclier de son adversaire. Finalement, l'autre contra d'un coup plus large obligeant Drago à s'éloigner à nouveau. La lame siffla près de sa joue. Il se pencha un peu et fixa le prince. Cédric recula légèrement et baissa son arme, Drago était presque sûr qu'il l'avait enfin reconnu. Il s'élança en avant, faisant mine d'attaquer, dans le but de se rapprocher à nouveau du prince. Il reçut en réponse une véritable attaque qu'il eut tout juste le temps de contrer. Le choc lui fit presque lâcher son arme. Cédric écarta un peu les bras en signe de provocation et lui sauta à nouveau dessus. Leur armes s'entrechoquèrent. Ils se retrouvaient enfin suffisamment proches pour échanger des mots.

– Dois-je te tuer ou devons-nous nous battre sans but encore longtemps ? demanda Cédric sans la moindre envie de plaisanter.

– Tu pourrais me remercier, entouré par tous ces Mangemorts tu n'étais pas loin de finir découpé en morceaux.

Ils s'éloignèrent un peu mais après quelques coups se rapprochèrent encore.

– Je crains que les soldats de Jedusor ne soient en train de gagner la bataille, lança le blond.

– Mes hommes sont affaiblis, et nous perdons du terrain, confirma Cédric.

Un Mangemort tenta de se glisser dans le dos du prince. D'un signe de tête, Drago prévint Cédric de l'attaque. Celui-ci s'écarta et reçut un coup de lame émoussée sur l'épaule. Drago fit mine de trébucher en s'avançant vers le prince, distrayant momentanément l'assaillant, juste assez pour que le prince l'embroche sans ménagement. Sur leur gauche, deux nouveaux Mangemorts s'avançaient pour prendre part au combat. Cédric désarma le premier avec une grâce redoutable. Drago bouscula le deuxième en tentant de reprendre l'équilibre qu'il avait volontairement perdu. Le soldat fit quelques pas maladroits pour l'éviter et Cédric en profita pour lui trancher la gorge d'un rapide mouvement du bras. L'autre s'effondra dans un gargouillis que Drago put entendre malgré la cacophonie de la bataille.

– On ne peut tuer toute une armée en faisant semblant de se battre, lança Cédric en essuyant sa lame couverte de sang d'un geste vif.

– Il nous font bouger vers la droite depuis toute à l'heure, expliqua Drago, je pense nous avons une faiblesse sur la gauche.

L'épée de Diggory vola soudainement vers Drago qui l'évita de justesse et fut récompensé par un coup de poing qu'il encaissa de plein fouet. Il fut projeté au sol mais se releva immédiatement, un peu sonné. Cédric l'avait déjà pris à revers. Le prince lui fit une clé de bras et appuya sa lame contre la gorge du jeune tenu en otage, il tenta de se libérer mais Diggory resserra son emprise sur sa gorge. Drago sentit le tranchant de l'acier entailler sa peau.

Le héros de Poufsouffle cria quelque chose à ses hommes qui se tenaient tout près maintenant et Drago en profita pour enfoncer son coude dans le ventre du garçon.

Du coin de l'oeil Drago aperçut la foule des soldats de Poufsouffle se mouvoir à l'unisson. à l'inverse, rien ne bougeait vraiment du côté des Mangemorts qui continuaient simplement d'affronter les ennemis qui se présentaient devant eux. Cédric, dont la douleur infligée par le coup de coude avait fait se relâcher l'étreinte, repoussa violemment Drago qui chuta sur un monticule de cadavre qui atteignait presque sa hauteur.

– Mes hommes font le tour.

Le blond se retourna, les mains en signe de reddition devant l'épée dont la pointe menaçait sa gorge. Il s'en saisit tout à coup et la chair de sa main s'ouvrit au contact de la lame. Il sentit son sang couler le long de son bras et se mettre à goutter au niveau du coude. Le Poufsouffle recula à nouveau. Drago se releva et un son de cor retentit. Il jeta un coup d'oeil par dessus son épaule. L'armée de Jédusor se trouvait soudain en mauvaise posture. Le flanc de la colonne, sérieusement attaqué tentait de battre en retraite, repoussant les lignes arrières qui reculaient malgré les ordres du cor qui soufflait de plus en plus fort, comme pris d'hystérie. Un Mangemort s'approcha de Cédric qui l'abattit sans même attendre l'attaque.

– Tu devrais partir avec les autres, lui suggéra le Poufsouffle. Ils se tenaient face à face depuis quelques secondes et Drago l'aurait sans doute écouté s'il n'avait pas vu un des capitaines Mangemort qui s'avançait vers eux. Il raffermit sa prise sur la garde de son arme et se lança à nouveau vers le prince.

– Laisse-moi t'assommer ! le pressa-t-il.

L'autre esquiva l'attaque habilement.

– Quoi ? Jamais !

Drago tenta de l'atteindre du poing à la tête mais son coup ne rencontra que du vide. Le capitaine était maintenant presque à leur niveau. Drago fit un signe de tête vers celui-ci mais le regard de Cédric était toujours rempli d'incompréhension. Le prince recula d'un pas et buta sur le corps du Mangemort qu'il avait tué quelques instants plus tôt. Il perdit un peu l'équilibre et le capitaine Mangemort le surprit d'un coup d'épée dans le bras. Diggory partit un peu plus en arrière sous l'impact et buta sur un autre cadavre. Drago ne savait pas comment réagir et restait là l'épée en avant.

Le cor sonna la fin de la bataille. Les troupes de Jedusor battaient en retraite.

Le fils d'Amos se baissa pour éviter un coup et se fendit vers son adversaire. Le capitaine esquiva la riposte et rétorqua d'un coup vertical qui toucha le prince sous l'aisselle.

Drago reprenant ses esprits chercha à s'interposer entre les deux hommes mais son action maladroite n'eut pour effet que de gêner Cédric dont l'épée se planta dans sa cuisse plutôt que dans celle de son adversaire.

De nouveau blessé, Drago tenta de s'écarter mais le capitaine, qui n'avait cure de sa présence, frappa au même moment, atteignant une nouvelle fois le prince. Drago qui s'était retourné instinctivement pour éviter la lame, se trouva pris en étau lorsque Cédric saisit brusquement son assaillant, le tirant vers lui et guidant son épée à travers les entrailles du Mangemort. Le corps de l'homme en noir glissa le long du dos de Drago qui, abasourdi, regardait sa propre épée dont la lame disparaissait dans le corps du prince. Pris de frayeur, il eut un mouvement de recul. Le reste de son épée réapparut dans un bruit mou. Cédric le regardait. Le visage du prince virait progressivement au gris et ses yeux étaient pleins d'un mélange de détresse et d'incompréhension. Autour des deux hommes, une dizaine de Mangemorts, suivant sans doute leur capitaine, observaient cet instant. Drago se rendit compte qu'il n'avait pas le choix. La blessure qu'il avait déjà infligé à son ancien compagnon ne lui permettrait pas de vivre encore très longtemps.

– J'étais déjà mort en rentrant sur le champ de bataille, dit soudain Cédric. Au moins nous avons gagné.

La fin de sa phrase se perdit dans un souffle.

Drago s'approcha du héros de Poufsouffle. La peur dans les yeux du prince se changea en résolution. Il regarda la lame disparaître à nouveau, à travers son cœur cette fois. Il mourut avant de lui laisser le temps de réapparaître.

Les Mangemorts hurlèrent de contentement aux oreilles de Drago, qui les entendait comme depuis l'autre côté d'un mur épais. Le cor de guerre résonnait quelque part. Drago fit quelques pas et observa les environs. Les Mangemorts terminaient de battre en retraite, les traînards tombant sous les coups des soldats jaunes qui leur donnaient la chasse. Il fit un pas en arrière vers le groupe de soldats noirs qui lui faisaient signe de se dépêcher. Il embrassa la scène d'un dernier regard :

Le corps du capitaine était encore animé de légères secousses nerveuses à quelques mètres du tas de Mangemorts tombés sous la lame de Cédric. Le sol piétiné avait pris une teinte rouge foncée. Il se rendit tout à coup compte que la boue dans laquelle il s'était traîné au début de la bataille était le résultat du sang se mélangeant à la terre. Au milieu de ce tableau morbide, ses yeux s'arrêtèrent sur le corps du prince. Ce n'était peut être pas un ami mais ça avait été un allié, une connaissance. Il recula à nouveau et se retourna enfin, prenant la suite des autres Mangemorts et la direction du campement.

En escaladant la petite montée il ne regarda pas même par dessus son épaule. Il en avait assez vu aujourd'hui. Il en avait assez vu tout court, mais ce n'était probablement pas sa dernière bataille, il le savait.