Chapitre 24 : Dans le labyrinthe


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Si Maureen avait imaginé que son succès serait de courte durée, elle s'était trompée. Les semaines qui suivirent ce fameux soir où elle avait révélé son potentiel blagueur, les élèves continuaient de l'aborder comme s'ils étaient amis de longue date. Son anonymat avait fait place à une semi popularité qui faisait qu'on la saluait de loin et qu'on souriait au moindre de ses gestes. Les jumeaux Weasley passaient davantage de temps avec elle, pour mieux connaître ce caractère farceur qu'ils avaient sous-estimé et de loin. Fred avait par ailleurs fait remarquer à George que leur mission, bien qu'elle ait tourné d'une façon dont ils étaient loin de s'imaginer, avait atteint son but : Maureen ne semblait plus déprimée, ou tout du moins, elle souriait.

Mais ce temps qu'ils passaient avec la française, bien qu'il soit plaisant, semblait agacer l'adolescente. En effet, sans vouloir les froisser, elle n'avait pas que ça à faire. Les examens arrivaient à grands pas, et avec eux, la troisième tâche. Maureen peinait à trouver le temps et les arguments pour pouvoir retrouver les quatre autres réunionnaises. Lorsqu'elle les retrouvait, c'était loin d'être de tout repos. Quand elles ne révisaient pas avec les Maraudeurs, elles s'exerçaient à prendre leur forme d'animagus.

Maureen, Jessica et Julia, s'entraînaient d'ailleurs à user de leurs forces d'animaux pour faire face à un potentiel ennemi, ce qui avait le don de les fatiguer plus que nécessaire. En effet, leur plan d'action de la troisième tâche avait légèrement changé, et par la même, était devenu plus dangereux pour certaines des françaises. Et chaque jour les rapprochant de l'épreuve les rapprochait d'un danger de plus en plus grand. Jamais elles n'étaient aussi motivées de réussir, car si elles échouaient, cela signifierait le retour du Seigneur des Ténèbres. Elles devaient réussir.

Estelle, en particulier, s'appliquait aux sortilèges de métamorphose. C'était la plus douée, et il était probable qu'elle s'occupe de transformer la fausse coupe. Les révisions pour les autres matières n'en restaient pas moins importantes, et elle travaillait tellement, que ses amies s'inquiétaient pour elle. Sa rupture avec Drago avait laissé des traces, d'autant que le blond avait commencé à la railler un court temps, avant qu'Ophélie lui rappelle la stupidité de son attitude.

Celle-ci passait d'ailleurs davantage de temps avec les Serpentard, sous prétexte qu'elle en passait déjà assez avec les réunionnaises, il fallait bien passer des moments avec ses autres amis. A l'inverse, Jessica recherchait constamment la présence de ses amies, tout en évitant les Maraudeurs. Elle redoutait les moments avec James, et chaque geste qu'il avait envers elle déclenchait une tempête dans son coeur.

Lorsque les examens arrivèrent, aucune des réunionnaises n'eut de temps pour soi. Entre apprendre les plans du labyrinthe par coeur, les entraînements d'animagus, les révisions, et les examens, elles avaient du mal à trouver une minute pour s'aérer la tête. A vrai dire, c'était le cas de toute l'école. Seuls les quatre champions semblaient incessamment parcourir le parc ensoleillé, car ils étaient dispensés d'examens, du fait de leur participation au Tournoi. Miraculeusement, Anicée trouvait elle-aussi des moments pour trainer avec Cédric. En effet, plus amoureux que jamais, ils passaient la moitié de leur temps à faire de faux duels pour pratiquer leurs sorts de combats, et l'autre moitié à se faire des bisous dès que l'un avait touché l'autre.

Comparément, Neville avait opté pour une pratique d'intérieur, affrontant des armures immobiles, que l'on avait installé dans une salle qui lui était réservée. Il passait également beaucoup de temps à la bibliothèque, sous l'impulsion d'Hermione, pour se renseigner sur les précédents Tournois de l'histoire. Il redoutait plus particulièrement de se perdre dans le labyrinthe, tant et si bien qu'il avait même demandé à Estelle, au sortir d'un examen de divination, si elle connaissait un moyen de se retrouver dans un dédale. Hermione lui avait déjà raconté l'histoire du fil d'Ariane, mais il voulait mettre toutes les chances de son côté. La Serdaigle lui avait répondu que le meilleur autre moyen de sortir d'un labyrinthe était de poser sa main gauche sur un mur et de ne jamais le lâcher, en suivant ainsi la route. Elle avait bien gardé pour elle que le labyrinthe serait mouvant, et qu'il s'agissait là d'une méthode pour trouver la sortie du labyrinthe, et non son coeur, et donc la coupe.

Julia avait salué son initiative, qui leur ferait gagner du temps si Neville décidait d'appliquer son conseil. La Serpentard passait avec peine ses épreuves, mais restait détendue. D'autant plus qu'elle pensait avoir réussi haut la main son tout premier examen, celui de potions, ce qui lui avait donné une estime de soi inébranlable. Enfin presque, étant donné son mauvais sentiment après l'épreuve de McGonagall. Sentiment qui était partagé, étant donné les têtes des autres élèves, toutes maisons confondues, excepté Estelle, bien sûr, qui avait au moins le bon sens de ne jamais se plaindre d'avoir soi-disant raté un examen.

Or, en y réfléchissant, le mauvais sentiment de Julia avait peut-être une autre origine. En effet, elle avait eu du mal à dormir ce soir-là, et elle n'avait quasiment pas mangé au déjeuner. Et pour cause, c'était le jour de la troisième tâche ! Elle avait presque oublié, tant c'était arrivé vite.

Elle n'avait pas vu les champions disparaître au petit déjeuner, retrouver leurs familles. Elle s'était seulement concentrée sur l'épreuve de métamorphose, et sur les deux autres examens qui lui restait après la troisième tâche. C'était Ophélie qui lui avait rappelé quel jour on était quand elles avaient pénétré, pour le dîner, dans une Grande Salle surexcitée.

Elle rejoignit la table de sa maison, les réunionnaises ayant estimé plus prudent de manger séparément pour ne pas éveiller trop de soupçons, et pour qu'il leur soit plus facile de disparaître après. La Serpentard fit l'effort de manger un peu, puis, lorsque les élèves entamèrent un mouvement vers le terrain de Quidditch, où ils observeraient la troisième tâche, elle prétexta une pause pipi pour disparaître avec Ophélie. Elles retrouvèrent les autres françaises derrière la serre numéro deux.

Maureen, à son habitude, était en retard, et lorsqu'elle arriva, elle s'excusa de jumeaux Weasley, et d'une Anicée hyperactive, trop collants. Sans plus de conversations, car déjà bien trop angoissées, elles prirent ensuite leur forme d'animagus pour se diriger vers un endroit plus sûr, proche du labyrinthe.

Elles gardèrent le silence en s'asseyant dans l'herbe chaude. Là, il ne leur restait plus qu'à attendre le début de la troisième, et dernière, tâche du Tournoi des Trois Sorciers.

Le soleil n'était pas encore couché, mais il ne saurait tarder, la nuit leur procurant l'ultime couverture dont elles avaient besoin pour se faire discrètes. Elles entendirent au loin la foule s'amasser sur les gradins du terrain de Quidditch, et cette clameur résonnait sourdement à leurs oreilles. Elles n'avaient pas vu le temps passer. Tout était arrivé si vite. Elles ne se sentaient pas prêtes. Mais elles devaient l'être : elles n'avaient pas le choix.

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Des exclamations enthousiastes couvraient le martèlement des pas tandis que les élèves s'entassaient sur les tribunes. Les enseignants tentaient vainement de calmer la foule, qui découvrait avec extase ce qui se dressait devant leurs yeux : la troisième tâche. Celle-ci se présentait comme un dédale de haies de six mètres de haut entourant le terrain de Quidditch. Une unique ouverture donnait accès au vaste labyrinthe, et le chemin qui s'y enfonçait paraissait sombre et effrayant. Au-dessus des têtes, un ciel lourd menaçait de se fendre d'une minute à l'autre pour déverser des trombes d'eau, et sous les nuages sombres, un aigle planait.

Estelle observait le bon déroulement du commencement de la tâche. Ludo Verpey, le Ministre des Sports, avait entamé son discours, et les acclamations des élèves, qui encourageaient leurs champions favoris, résonnèrent davantage dans les tribunes. Lorsque le signal annonçant le départ retentit, Estelle eut peine à l'entendre tant les cris couvraient le coup de sifflet. Elle vit Cédric s'enfoncer dans le labyrinthe avec rapidité et prudence, et ne douta pas que, lui, n'entendait déjà plus les encouragements qu'on lui hurlait.

Conformément à l'avantage qu'on lui avait octroyé, il disposait de cinq bonnes minutes d'avance sur Neville, qui entra dans le dédale avec plus d'appréhension. Il emprunta un chemin qui allait à l'opposé du favori de Poudlard, mais qui le rapprochait davantage de la coupe, et Estelle espéra qui ne l'atteindrait pas trop vite. Ses doutes se dispersèrent quand elle s'aperçut que le Gryffondor peinait à se débarrasser de son premier Scroutt à pétard, tandis que Cédric affrontait vaillamment son premier Epouvantard. A croire que leurs destins étaient liés.

Elle ne vit cependant pas l'issue de ces deux duels car Krum et Fleur avaient déjà fait leur entrée dans le labyrinthe, et n'ayant pas besoin de plus d'informations, elle piqua vers la limite sud du dédale. Elle n'avait pas de temps à perdre : Maugrey était sur le point de retrouver Krum, et allait le mettre sous son emprise d'une minute à l'autre.

Les quatre autres réunionnaises se rapprochaient à une vitesse fulgurante, et le sol par la même, aussi se redressa-t-elle afin d'effectuer un atterrissage contrôlé sous sa forme humaine. C'était nécessaire pour leur transmettre les informations dont elle disposait, car elles ne pouvaient pas communiquer sous leurs formes d'animagi.

Elle leur indiqua dans quelles zones se trouvaient les quatre champions du tournoi, et insista sur la proximité de Maugrey par rapport à Krum. Elle signala également que McGonagall, qui était chargée de patrouiller autour du labyrinthe, se rapprochait de leur position et qu'elles devaient se presser. Elle tentait d'être précise et concise, et pas un seul moment elle ne fut perturbée par le fait qu'elle s'adressait à un zoo. Ses amies étaient en effet sous leurs formes animales, prêtes à partir. Estelle prit une grande inspiration et conclut.

- Rappelez-vous, votre objectif est de neutraliser Maugrey afin qu'il ne fasse du mal à personne, dit-elle à Julia, Maureen et Jessica. Mais si vous sentez que le danger est trop grand, fuyez. Nous, on se charge de la coupe. Bon courage, et soyez prudentes !

Sur ces mots, elle empoigna un tronçon de bois et, sous sa forme d'animagi, prit son envol vers le centre du labyrinthe, où se trouvait le trophée. Ophélie serpenta dans son ombre au travers de la haie, et bientôt, elles disparurent.

Les trois restantes ne tardèrent pas à pénétrer à leur tour dans le dédale, Maureen ouvrant la marche car ayant l'odorat le plus développé, et Julia la clôturant pour surveiller les arrières. Elles ne tardèrent pas à déceler Fleur, qui portait un parfum capiteux aisément repérable. Elles suivirent donc cette odeur en s'enfonçant profondément dans le terrain de l'épreuve. Malgré les mouvements fréquents des murs de haie, elles se repéraient sans peine car elles avaient appris par coeur tous les plans du labyrinthe changeant. Lorsque Maureen avait un doute, les deux autres, qui avaient le sens de l'orientation un peu plus affuté qu'elle, la réorientaient sans attendre.

Bientôt elles devinèrent, par-dessus l'essence de rose de Fleur, un musc plus masculin. Un Krum en sueur devait se trouver non loin de la française de Beauxbâtons, et elles craignirent qu'il soit déjà sous le joug du faux Fol-OEil. Elles n'eurent pas le temps de se questionner davantage que leur prospection s'interrompit brusquement. Un petit cri aigu les avait arrêtées au beau milieu d'une intersection, et Julia tourna la tête vers son origine.

Fleur Delacour, interloquée, pointait vers elles sa baguette sans comprendre. Il fallait imaginer sa situation : au beau milieu de l'épreuve décisive du Tournoi des Trois Sorciers, parmi les Scroutts à pétards, les Épouvantards et la brume « anti-gravitationnelle », elle se trouvait maintenant face à un loup, dont la fourrure avait des reflets rouge sang, un renard flamboyant qui lui montrait ses crocs acérés, et… un panda. Celui - ci s'était maintenant dressé sur ses pattes arrière, la dépassant de bien deux têtes. Quoi de plus incongru ?

Julia vit Jessica hérisser ses poils sans vraiment savoir la façon dont elle devait agir. Elles n'esquissèrent aucun autre mouvement. Fleur ne semblait ni craindre les crocs du renard de Julia, ni les grognements du loup de Maureen, et ne s'inquiétait que de l'ours cotonneux blanc et noir. Après un long moment d'hésitation, la blonde abaissa doucement sa baguette, se rendant compte que l'animal, qui pouvait l'écraser d'un simple coup de patte, était en fait inoffensif. Elle n'aurait pas dû, pensa Julia qui venait d'entendre une brindille craquer sans son dos.

Tout se passa alors très vite. Jessica, qui ne se sentait plus menacée, retomba à quatre pattes. Elle dévoila ainsi derrière elle quelque chose, ou plutôt quelqu'un, qui effraya Fleur, au vu de son visage déformé. Celle-ci n'eut pas le temps de relever sa baguette pour se défendre. En effet, alors que Julia tournait son museau vers la menace, elle ne put qu'apercevoir un faisceau de lumière passer par-dessus l'épaule de Jessica, faisant ressortir les reflets roux de son panda géant. Le sortilège frappa en pleine poitrine la française de Beauxbâtons. Celle-ci fut projetée à quelques mètres, inerte.

L'instant d'après, les trois animagi s'élançaient vers Viktor Krum qui avait jeté le sort. Elles avaient profité de son hésitation quant à la marche à suivre – notamment face à un panda qui n'avait rien à faire là – pour l'attaquer. Maureen, la plus rapide, le projeta au sol en se lançant sur lui, mais fut aussitôt éjectée au loin par un coup de poing dans les côtes. Il avait laissé échapper sa baguette, que Julia avait saisie dans sa mâchoire, et elle courait déjà au loin pour l'enterrer hors de portée du champion de Durmstrang.

Celui-ci eut à peine le temps de se relever que Jessica l'assaillit à son tour. Contre toute attente, il ne tomba pas à la renverse cette fois-ci, et affronta de tout son poids l'animal maladroit, entamant une lutte des plus étranges. La Serdaigle avait beau avoir une force d'ours, elle restait un jeune panda pas encore arrivé au terme de son développement. Aussi peinait-elle à prendre seule le dessus sur l'adolescent de dix-sept ans à la force brute. Mais elle n'avait pas le choix, elle devrait l'affronter seule, car ses deux amies étaient déjà bien occupées.

En outre, Maugrey Fol OEil venait de surgir. Sous son apparence horripilante, une personne encore plus abominable : le redoutable Mangemort Bartemius Croupton Junior. Maureen avait déjà sauté à son cou pour tenter de le déstabiliser, en vain. A la place, elle mordit son avant-bras à pleine mâchoire. Julia, qui venait de réapparaitre, bondit aussi haut qu'elle le put, et enfonça ses crocs dans la main du même bras. Elle resta pendue là par la gueule quelques instants avant d'obtenir ce qu'elle voulait. Maugrey lâcha sa baguette sous le coup de la douleur. Julia sauta pour la saisir, et s'enfuit comme elle l'avait fait plus tôt pour dissimuler l'objet.

Sans sa baguette, le Mangemort sous couverture serait moins redoutable, avaient-elles pensé. Malheureusement, Maureen fut tout de même projetée au loin par une force invisible. Il n'avait pas besoin de baguette pour faire ce genre de prouesse. Il avisa le loup, paré à l'attaque. Un cri rauque retentit, et tous deux tournèrent la tête.

Viktor Krum tomba au sol, inconscient. Quatre longues balafres lui traversaient le crâne et s'arrêtaient derrière son oreille. Jessica avait eu raison de lui. Le panda qu'elle était fonçait maintenant sur Maugrey. Ce dernier n'eut pas l'occasion de l'éviter car Julia avait sauté à sa cheville pour y enfoncer ses crocs. Tous deux furent renversés par le panda, mais avant qu'il n'assène un coup de griffe au Mangemort, un détail retint son attention.

L'oeil magique de Maugrey, qui jusque là regardait alternativement les trois animaux qui l'assaillaient, fixait maintenant un point au travers des haies. Au même instant, l'odorat des animagi sentirent de qui il s'agissait et elles retinrent leur souffle. Fol-OEil en profita pour les éjecter à distance de lui de quelques coups bien placés. Il se releva et s'élança dans les couloirs du labyrinthe pour s'éloigner du nouvel arrivant. Les réunionnaises se jetèrent à sa poursuite, d'autant plus qu'il ne servait à rien de rester sur la scène du crime, où gisaient les corps inconscients de Krum et de Fleur.

Elles eurent raison de s'éloigner en apercevant, au dessus des haies, que Neville avait lancé des étincelles rouges pour appeler un patrouilleur au secours des deux vaincus. Il ne devait pas les voir, et elles étaient déjà loin. Elles retrouvèrent Maugrey, pris au piège dans une brume antigravitationnelle. Elles n'eurent pas le loisir de l'éviter, la brume les enveloppa avec une vitesse fulgurante et elles se dépatouillèrent tant bien que mal pour atteindre le Mangemort. Ce fut Jessica, de par son poids, qui atteint le plus rapidement l'homme en lui assénant un coup de griffe, qui n'eut pour effet que de fendre sa robe de sorcier. La déchirure dévoila cependant une fiole d'argent.

Julia, en l'apercevant, prit appui sur Maureen pour s'élancer vers Jessica, rebondir sur son dos, et foncer sur Fol-OEil. Elle ne l'attaquait pas particulièrement. Elle visait la fiole, s'en saisit de ses mâchoires, et poursuivit son vol vers le sol, car la brume avait cessé de l'envelopper. Elle s'y cogna dans un bruit sourd et ouvrit la gueule pour laisser échapper un jappement de douleur. La fiole rebondit à un mètre d'elle, mais s'ouvrit et renversa son contenu sur la terre. C'était ce qu'elle voulait. Sans polynectar à portée de main, le faux Maugrey ne pouvait se cacher bien longtemps.

Ce dernier fut d'ailleurs libéré de la brume antigravitationnelle à son tour et rencontra maladroitement le sol. Son déséquilibre fut fatidique lorsque Jessica tomba sur lui. Il était maintenant plaqué au sol par le poids de la bête qu'elle était. Julia et Maureen, qui venait elle aussi d'atterrir, le prirent d'assaut. La louve jeta son dévolu sur sa jambe de bois, s'acharnant sur les lanières qui la maintenait. La renarde, suivant son exemple, mordit le cuir jusqu'à ce qu'elle soit projetée dans les airs. Jessica et Maureen avaient également été expulsées par une force invisible, mais fort heureusement, la jambe de bois de Fol-OEil avait suivi leur vol, et se trouvait séparée du reste de son corps. Elles avaient réussi.

Les trois animagi entourèrent le Mangemort en grognant, parées au combat. Sans sa baguette, et sans une jambe, elles avaient peut-être une chance.

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Au même moment, Estelle posa, avec un sentiment d'échec dans le regard, la fausse coupe sur la pierre taillée qui soutenait également le véritable trophée du Tournoi des Trois Sorciers.

Son amie et elle avaient, avec aisance, réussi à passer le sphinx sous leur forme animale. Elles étaient aussi parvenues à effrayer l'accromentula qui ne les approchait plus, à cause de la présence du serpent qu'était Ophélie. Estelle, sous sa forme humaine pour pouvoir manier sa baguette, avait habilement métamorphosé le tronçon de bois en coupe, et la coupe en un sosie plutôt accompli du trophée du Tournoi des Trois Sorciers. Jusque-là, elles avaient réussi.

Mais c'était le problème : leur triomphe s'arrêtait là. Aucune d'entre elles n'était parvenue à retirer le vrai trophée de son piédestal. Celui-ci semblait si ancré dans son socle de pierre, qu'aucun sortilège n'avait fait trembler l'objet. Même la force brute des jeunes filles ne l'avait pas fait bouger d'un millimètre. Il était resté là, bien à sa place, dans l'attente d'être saisi par Neville.

Et ce dernier arrivait d'ailleurs. En entendant sa réflexion orale devant l'énigme du Sphinx, les deux jeunes filles avaient repris leur forme d'animagi après qu'Estelle eut posé le faux trophée à côté du vrai. Dans cet élan de désespoir, elle avait espéré que Neville s'en saisisse et s'en aille avec. Mais c'était risqué.

Estelle, qui s'était à nouveau métamorphosée en aigle pour se poser au-dessus des haies, aperçut Cédric courir à grandes enjambées vers la coupe. Neville venait de trouver miraculeusement la réponse à l'énigme, et Ophélie avait disparu. La Serdaigle comprit pourquoi lorsqu'elle vit l'accromentula fuir un python noir géant, et par la même, foncer vers l'un des champions.

Ce fut Neville qui avertit Cédric. Celui-ci n'eut pas le temps de réagir, l'araignée géante l'avait déjà frappé de plein fouet. Le Gryffondor l'envoya valser au loin et vint se placer devant le Poufsouffle.

- Stupéfix ! cria Neville.

La lumière rouge qui sortit de la baguette du jeune homme vint frapper le corps noir et velu sans grande efficacité. Cédric rampa au sol pour aller récupérer sa baguette qui avait valsé au loin.

- Zut, fit Neville qui était maintenant la proie de prédilection de l'araignée. Impedimenta ! Stupéfix !

De nouveau, les sortilèges n'eurent aucun effet, et l'araignée fondit sur lui, pinces en avant.

- Expeliarmus ! désespéra Neville.

Cette fois, le sortilège de Désarmement se révéla efficace, et l'araignée le lâcha, bondissant à un mètre de lui. Estelle fut surprise de sa puissance, ayant du mal à croire Neville capable d'une telle vigueur. Il réitéra le sortilège afin de garder de bonnes distances avec le monstre, et tandis que celui-ci se dressait sur ses pattes arrière, le Gryffondor pointa sa baguette vers son ventre, s'écriant d'une même voix avec Cédric qui l'avait rejoint.

- Stupéfix !

Frappée de plein fouet par les deux sortilèges combinés, l'accromentula s'effondra sur le côté, raide. Cédric se tourna vers son concurrent.

- Neville ! s'écria-t-il essoufflé. Ça va ? Elle ne t'a pas mordu ?

- Non, répondit Neville, la respiration haletante.

Il avait l'épaule en sang mais c'était une blessure antérieure à son corps à corps avec l'araignée. Rassuré, le Poufsouffle se tourna et avisa le trophée. Il fit un mouvement en avant, mais s'arrêta aussitôt.

- Prend-le, dit Neville, vas-y. C'est toi qui dois gagner.

Mais Cédric resta immobile, hésitant.

- Il y en a deux, l'épreuve savait peut-être qu'on finirait ensembles.

Mais même en le disant à voix haute, il avait du mal à se convaincre. Était-ce une autre énigme ? Les deux garçons approchèrent le socle, hésitants. Il y en avait bel et bien deux, identiques, et tous deux émettaient une douce lueur d'or qui brillait sur leur peau. Hypnotisé, Cédric approcha sa main de l'un des trophées, fébrile d'en finir enfin avec ce tournoi, mais son geste fut interrompu.

- C'est un faux, s'exclama Neville. Regarde.

Il pointa du doigt l'inscription du trophée que le Poufsouffle s'apprêtait à saisir, celle-ci indiquait « Tournoi des Quatre Sorciers ».

Le sang d'Estelle, qui observait toujours la scène du haut de sa haie, se glaça. Comment avait-elle pu faire une erreur aussi stupide. Pire encore : comment avait-elle pu ne pas s'en rendre compte ? C'était trop tard, Cédric pointait déjà sa baguette vers la fausse coupe.

- Revelio, souffla-t-il.

Le trophée fondit pour révéler la coupe en bois, et celle-ci éclata, en un « pop » de fumée, pour reprendre son apparence initiale de tronçon de chêne. Le coeur d'Estelle rata un battement face à la fatalité : une nouvelle fois, elles avaient échoué.

- Prend-le, dit Neville en désignant le trophée restant.

- Prend-le toi ! C'est toi qui dois gagner. Tu as sauvé ma peau dans ce labyrinthe.

- C'est pas comme ça que ça mar…

Le Gryffondor n'eut pas de temps de finir sa phrase qu'il fut attaqué par un nouveau monstre qui s'était faufilé au travers des haies jusqu'à eux. Le python noir avait jailli sur le Survivant et le fit tomber à la renverse. Il se hissa à son cou et commença à s'enrouler autour.

Estelle salua l'initiative d'Ophélie. Attaquer les deux garçons était leur dernière chance. Elle déplia ses ailes et piqua vers Cédric qui s'apprêtait à libérer Neville. Elle atterrit sur l'épaule du Poufsouffle et pinça son poignet pour qu'il lâche sa baguette. Mais il tenait bon. Elle opta pour une autre approche, c'est-à-dire une tempête de plumes, de coups de griffes et de coups de becs. Mais le garçon répondait à coups de bras et de pieds du mieux qu'il pouvait. Le volatile bougeait trop pour être visé d'un sort, et Neville, au sol, commençait à étouffer.

Finalement, alors que l'aigle refermait ses serres sur sa baguette, Cédric empoigna son aile, déclenchant un glapit de douleur. L'oiseau se dégagea et battu de l'aile pour se maintenir à distance, ou plutôt en vie et en membres.

- Petrificus totalus, s'exclama Cédric.

L'aigle tomba au sol, raide mais vivant, l'aile douloureuse. Estelle ne pouvait plus rien faire. Elle regarda, ou du moins se força à regarder afin d'oublier la douleur qui lui lançait l'épaule, Ophélie neutraliser Neville. Avec horreur, elle se rendit compte qu'elle ne le neutralisait pas, elle l'étouffait réellement. Le garçon suffoquait maintenant, et elle ne semblait pas vouloir lâcher prise.

- Vipera Evanesca !

Le sortilège de Cédric n'eut aucun effet, pour la simple et bonne raison que le python n'était pas un serpent créé par magie, mais un réel être vivant.

- Stupefix !

Neville et son assaillant furent tous deux frappés par la boule rouge du sort. Le Poufsouffle se jeta sur eux, et profita de leur inconscience pour dérouler le python du cou du garçon. D'un sortilège imprononçable, Cédric tira Neville de son anesthésie. Son cou était violet, et paradoxalement, il cracha ses poumons pour récupérer son souffle. Il prit appui sur Cédric pour se relever, et Estelle ne put finalement voir que leurs pieds.

- Merci, dit Neville d'une voix sifflante, presque inexistante.

- J'allais pas te laisser là, sourit Cédric. Prend la coupe.

- Cesse de faire ton chevalier noble et généreux, répliqua lentement Neville. Prend ce trophée qu'on puisse enfin sortir d'ici.

Si Estelle pouvait lever les yeux au ciel, elle l'aurait fait : les deux garçons débattaient de qui devait prendre la coupe et être le vainqueur du tournoi. Et la négociation dura cinq bonnes minutes avant qu'ils ne tombent finalement d'accord : ils allaient la saisir ensembles, et finir ex-aequo. L'idée au départ incongrue, mais qui était tout compte fait la plus logique, était la meilleure, mais la pire pour Estelle et Ophélie.

- A trois d'accord ? dit Neville. Un… Deux… Trois !

D'un même geste, ils saisirent chacun une anse du trophée.

Et Estelle ne vit plus leurs pieds, ils avaient disparu dans une aspiration sonore. Elle et Ophélie ne pouvaient plus rien faire, elles avaient tout essayé, et il était trop tard.

Quelques minutes après la disparition des garçons, Estelle retrouva possession de ses moyens. Le sortilège de pétrification était levé, et cela ne voulait dire qu'une chose.

- Cédric, souffla Estelle dans un sanglot étouffé en reprenant sa forme humaine.

Elle chassa de ses pensées tout ce qui pouvait se passer dans le cimetière, et alla aider Ophélie qui sortait de sa stupéfiction. Elles reprirent forme humaine, et la Serpentard aida son amie à se remettre l'épaule en place du mieux qu'elle pouvait, n'étant pas médicomage.

- C'est fini, lui dit-elle. Retournes dans les gradins avant que Neville ne revienne. Personne ne doit s'apercevoir qu'on était absente. On se retrouve au QG cette nuit.

Il ne lui en fallait pas plus, Ophélie serpenta au travers des haies vers le sud, sans dire un mot. Estelle s'envola pour trouver les trois autres réunionnaises afin leur annoncer la nouvelle. Elles étaient seules, et Maugrey hors de vue. Julia semblait boiter.

- Les filles, c'est fini, on a échoué, leur annonça-t-elle sous sa forme humaine.

Elle vit leurs regards d'animaux se teinter d'une profonde douleur.

- Retournez dans les gradins, n'oubliez pas de vous nettoyer pour ne pas éveiller les soupçons. On se retrouve au QG ce soir.

Puis en s'agenouillant auprès du loup pour l'enlacer, elle dit.

- Maureen, va trouver Anicée, sois là pour elle …

Elle lui adressa une caresse tendre sur le dos, et conclut.

- Cours.

Le loup s'élança au travers des haies. Maureen n'avait, certes, pas un bon sens de l'orientation, mais elle trouva son chemin avec une clarté soudaine. Sa destination n'était pas si loin, et malgré son épuisement, elle puisa dans toutes ses forces pour rejoindre le terrain de Quidditch. Elle ne devait pas abandonner Anicée. Elle devait être là pour elle.

C'est donc avec une étonnante rapidité, qui lui avait semblé une éternité, qu'elle arriva à destination. Elle reprit sa forme humaine et se recoiffa rapidement, cacha ses blessures, avant de s'élancer dans les escaliers. Elle gravit les marches quatre à quatre, et au sommet, s'arrêta un instant pour repérer son amie. Anicée était là, au premier rang, un immense sourire sur les lèvres et le regard à l'affût de l'homme qu'elle aimait, impatiente. Si seulement elle savait.

Maureen joua des coudes pour traverser la foule de Poufsouffle surexcités qui entourait la blonde, et enfin, elle parvint à elle. Elle se glissa aux côtés d'Anicée, glissant sa main dans la sienne, au moment même où deux silhouettes apparurent à l'entrée du labyrinthe : Neville, tremblant et cherchant son souffle, et Cédric, inerte, les yeux grands ouverts.

Il y eut un instant de flottement, presque irréaliste, où personne ne comprit. Puis, petit à petit des chuchotements s'élevèrent dans l'assemblée. Et enfin, tout le monde comprit. Cédric était mort.

Anicée poussa un cri, ou plutôt, un hurlement à déchirer le coeur. A côté d'elle, des larmes coulaient inlassablement sur les joues de Maureen.

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Tout s'enchaîna alors avec une rapidité déconcertante. Tous les habitants de Poudlard se réveillèrent d'un coup de l'hébétude dans laquelle ils se trouvaient. Le cri perçant d'Anicée fut suivit d'un autre, encore plus désespéré : celui d'Amos Diggory. La panique s'empara des gradins. Les élèves allaient dans tous les sens, essayant d'avoir le plus d'informations possible. Le corps professoral essayait tant bien que mal de gérer la situation.

Les réunionnaises, à l'exception de Maureen, s'était rassemblées dans un coin des gradins et semblaient extérieures aux événements. Toutes n'avaient qu'une seule idée en tête : encore une fois elles avaient échoué. Mais cette fois-ci, il n'était plus question d'une épreuve quelconque, elles avaient échoué à sauver la vie de quelqu'un.

Estelle se demandait ce qu'elles auraient pu faire de plus. Elle, qui avait vu les deux champions partir, n'aurait-elle pas pu tout leur dire ? Au risque de changer les choses peut-être, mais leur permettant ainsi de sauver la vie d'un innocent. Les cinq françaises avaient toutes en elles une part de culpabilité qui grandissait de minutes en minutes, se sentant toutes responsables du carnage qui se déroulait sous leurs yeux. Julia, qui se tenait l'épaule meurtrie, remarqua le faux Maugrey. Il avait récupéré sa jambe de bois, et entraînait Neville à part. D'un geste fatigué et silencieux, elle désigna aux filles le drôle de duo qui s'éloignait. Toutes savaient ce qu'il allait se passer désormais, mais ce n'était plus de leur ressort.

Dans le reste des gradins, les murmures ne faiblissaient pas, mais les professeurs finirent par reprendre le dessus. Ils ordonnèrent à tous les élèves de rentrer dans leurs dortoirs le plus rapidement possible.

Six grands groupes se formèrent pour se diriger dans des directions différentes. Les élèves des quatre grandes maisons de Poudlard s'étaient regroupés autour de leurs préfets, qui tentaient tant bien que mal de les discipliner. Ils finirent par former quatre grandes files qui se bousculaient dans les escaliers, et se dirigeaient vers le château. Les élèves de Durmstrang les avaient suivis, pour prendre la direction du lac, tandis que les françaises de Beauxbâtons prenaient davantage leurs temps, pour ramasser les affaires et zieuter le corps recouvert dans l'herbe, avant de se diriger vers leur carrosse.

Les réunionnaises étaient parvenues à se cacher derrière les escaliers menant aux gradins, le temps que les professeurs vérifient que tous avaient bien quitté la scène. Maureen ne tarda pas à descendre à son tour, et elles l'attrapèrent au passage pour l'attirer dans leur cachette improvisée.

En quelques mots empreints d'une tristesse qu'elles avaient rarement entendu chez leur amie, Maureen leur expliqua qu'elle avait laissée Anicée faire ses adieux. Ses amies avaient hoché la tête avant de lui faire une place à leur côté. Le corps de Cédric avait été déplacé à l'intérieur du château, sûrement à l'infirmerie. Tous les représentants du tournoi étaient partis avec Dumbledore et le terrain était quasiment vide. Pourtant les cinq françaises n'avaient toujours pas bougé.

Il leur semblait impossible de se séparer les unes des autres dans un moment pareil. Elles restèrent immobiles et silencieuses un long moment, laissant le vent, qui soufflait de plus en plus fort, tenter vainement de balayer une douleur difficilement supportable. Ce n'est qu'au moment où elles entendirent Jessica lâcher un sanglot plus bruyant que les autres qu'elles se réveillèrent de la drôle de léthargie dans laquelle elles étaient entrées.

Presque trop lentement, les cinq jeunes filles se mirent en mouvement. Ophélie passa devant, guidant le groupe à l'intérieur du château, trop pudique pour montrer à quelle point la situation la touchait. Quelques pas derrière elle, les quatre autres françaises avançaient en se soutenant mutuellement, dans une démarche qui ressemblait à s'y méprendre à une marche funèbre.

Personne n'était là pour voir qu'elles prenaient, non pas la direction de leurs salles communes respectives, mais celle de leur QG. En y pénétrant, Estelle claqua la porte dans son dos et la verrouilla. Elle lança un sortilège d'insonorisation dans la salle, et se tourna, poings sur les hanches, vers ses amies.

- Montre-moi ton épaule Julia.

Celle-ci obéit et dégagea sa robe de sorcière, dévoilant une articulation violacée.

- Maugrey m'a attrapée la patte pour me balancer, raconta la Serpentard.

- Tu devrais aller voir Pomfresh en sortant, dit Estelle en l'analysant. Dis-lui que dans la cohue, quelqu'un t'a faite tomber dans les escaliers. Elle a bien trop à faire pour s'inquiéter des détails.

- Et toi ? demanda Ophélie inquiète. Ça va ton épaule ?

Elle s'attira un regard foudroyant de la Serdaigle, qu'elle ne comprit pas : elle l'avait quand même aidé à remettre le tout en place.

- Mon épaule va mieux, grâce à toi, même si ce n'est pas parfait, dit Estelle en faisant un mouvement qui la fit grimacer. Ça devrait aller.

- Mh, s'auto-félicita Ophélie.

- Julia ferait mieux d'aller à l'infirmerie pour un meilleur résultat. Et si elle pouvait piquer des baumes cicatrisants, ce serait top.

La concernée hocha la tête. Elle se savait capable d'un tel chapardage, et elle savait l'infirmière capable de la remettre en forme en moins de deux, et mieux qu'Ophélie. Elle irait à l'infirmerie en sortant, mais pour cela, il ne fallait pas trop faire tarder cette réunion, de peur d'éveiller les soupçons.

- Bon, du coup on va pas prendre trop de temps, fit Julia. On débriefe ?

- Qu'est-ce que tu veux débriefer ? demanda Maureen dont les joues étaient rouges de ses larmes. Cédric est mort. Voldemort est vivant. Ce qu'on a fait a servi à rien.

Son résumé, succinct et fataliste, jeta un froid dans la salle.

- Déjà, racontez-nous ce qu'il s'est passé de votre côté, proposa gentiment Estelle.

C'était un début, et il fallait bien commencer quelque part. Julia pris les devants et raconta comment Jessica avait assommé Krum, avant qu'elles assaillent le faux Maugrey. Elle détailla qu'elles s'étaient débarrassées de la baguette du Mangemort sous couverture, de sa jambe de bois, et de son Polynectar, mais que cela n'avait pas suffi. En effet, leur adversaire avait été trop fort. C'est en blessant Julia et en attirant par magie sa baguette dans sa main qu'il avait eu raison des adolescentes, qui durent le fuir plutôt que de risquer la mort. Et elles avaient eu raison. Il valait mieux sauver leur peau, plutôt que d'empirer les choses. D'autant que leur tâche n'était que de distraire le faux Fol Oeil, afin qu'il n'agisse pas sur la réussite de Neville à atteindre la coupe.

De leur côté, Estelle et Ophélie racontèrent qu'elles avaient échoué à échanger la coupe et se débarrasser du véritable trophée. Lorsque le Survivant était arrivé, elles avaient tenté de l'empêcher, lui et Cédric, de saisir la coupe en les attaquant. Mais elles avaient elles-aussi été maîtrisées.

- D'ailleurs, dit Estelle avec sécheresse. Ophélie a failli tuer Neville.

Elle avait presque craché cette phrase en regardant la Serpentard d'un regard noir.

- Tu exagères, dit la coupable avec dédain.

- Il était en train d'étouffer, et toi tu ne lâchais pas prise ! s'énerva la Serdaigle.

- Je voulais juste le rendre inconscient.

- Mais il était déjà inconscient ! Je rappelle que le but n'est pas de tuer la seule personne qui puisse nous sauver !

- N'empêches que s'il était mort, Voldemort n'aurait jamais pu ressusciter !

- Il aurait trouvé un autre moyen, éclata Estelle. Tu te rends compte que ça aurais fait de toi une meurtrière ? Tu entends Ophélie, tu aurais pu tuer Neville !

Ophélie, qui ouvrait la bouche, la referma. C'était vrai. Elle aurait pu devenir une meurtrière ce soir. Tuer quelqu'un, de ses propres mains qui plus est, ou plutôt de son propre corps de serpent. Elle se rappela resserrer l'étreinte autour du cou de Neville, sentir son corps se figer tandis que l'oxygène cessait d'y circuler. Elle fut parcourue d'un frisson. Elle ne voulait pas tuer, ce n'était pas elle.

- Sans Cédric, je l'aurais tué, admit la Serpentard dans un murmure.

Elle n'osait plus regarder Estelle dans les yeux.

- Mais avec Cédric qui est mort aujourd'hui, nous sommes toutes des meurtrières, par notre échec.

C'était Maureen qui avait parlé. Et là aussi, elle avait parlé juste. Toutes baissèrent les yeux au sol, honteuses de faire face à cette vérité. Ce fut Jessica qui décida d'aller de l'avant.

- C'est trop tard pour retourner sur nos pas maintenant. Au moins, à cette heure-ci, Barty Croupton Junior devrait être en train de recevoir le baiser du Détraqueur.

Cette annonce avait pour objectif de remonter le moral de ses amies, mais cela eut peu d'impact.

- On ne peut plus rien faire pour l'instant, souffla Jessica. Je pense que le mieux pour ce soir, c'est d'aller nous reposer. Ca sert à rien de ressasser ce qu'il s'est passé. On en parlera un autre jour. Là, je pense qu'on est toutes à bout.

Elles l'étaient, à bout. Émotionnellement, psychologiquement, physiquement. Elles ne pouvaient rien faire, rien dire, pas dans l'état dans lequel elles étaient. Rentrer dans leur lit était la meilleure chose qu'elles aient proposé ce soir. C'est ainsi qu'elle se levèrent, sans un mot de plus, pour rentrer se remettre de leurs émois. Estelle et Jessica empruntèrent un passage secret pour se rendre plus rapidement dans la tour des Serdaigle. Ophélie accompagna Julia à l'infirmerie avant de redescendre vers les cachots et son dortoir. Maureen, elle, se dirigea d'un pas las vers le premier sous-sol.

Le QG n'était pas très loin de sa salle commune et pourtant le trajet lui parut interminable. Une fois la réunion terminée, chacune étant repartie de son côté, Maureen s'était retrouvée seule, comme d'habitude. Mais cela faisait longtemps qu'elle n'avait pas eu autant de mal à le supporter. Par une nuit pareille, elle n'aurait souhaité qu'une seule chose : se réfugier dans les bras de sa famille, ses amis, ou dans son lit, sa maison, son île. C'est sur ces pensées qu'elle franchit le seuil de la salle commune.

Le spectacle qui l'y attendait lui brisa un peu plus le coeur. Anicée était seule dans l'obscurité, recroquevillée dans un fauteuil, des larmes silencieuses coulant en continu sur son visage. Maureen se sentit complètement désemparée devant tant de douleur. Cependant d'autre images familières se superposèrent rapidement dans l'esprit de la jeune fille, et elle se rappela.

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Quelques mois auparavant, après la cérémonie de répartition, Maureen n'arrivait pas à trouver le sommeil. Trop de pensées négatives envahissaient son cerveau. Elle savait que c'était son premier soir à Poudlard et qu'elle était censée se réjouir : elle avait passé tellement de temps à fantasmer ce moment avec ses meilleures amies. Pourtant, à l'heure actuelle, elle ne pouvait pas voir la situation autrement qu'ainsi : elle, seule, dans un château humide et froid, avec l'impossibilité de revoir les gens auxquelles elle tenait et qui étaient le plus cher pour elle.

Voyant qu'il lui serait impossible de s'endormir, Maureen se leva silencieusement et descendit dans la salle commune. Elle se blottit dans un fauteuil face à la cheminé se laissant hypnotiser par les mouvements lancinants du feu. Elle ne sut combien de temps, elle resta là avant qu'un bruit lui fasse tourner la tête. Anicée Smith un grand sourire sur le visage sortait du dortoir des garçons de septième année, où elle venait de passer une bonne partie de la soirée. Elle allait repartir vers son propre dortoir lorsqu'elle aperçut Maureen dans son fauteuil. Elle hésita quelques instants et se dirigea vers la jeune fille.

- C'est l'excitation de la rentrée qui t'empêche de dormir ?

Maureen leva les yeux vers la blonde et lui adressa un sourire triste en guise de réponse.

- Maureen c'est ça ? On était assise à côté au banquet. C'est de ne pas être avec tes amies qui te rend si triste ? J'étais pareil après ma propre répartition et tu sais ce que j'ai fait ? persévéra Anicée devant le mutisme de son interlocutrice.

Abasourdie face au flot de parole soudain, la française hocha la tête en signe de négation.

- On m'a amené dans un des endroits les plus magique qu'il y a dans ce château.

Sur ces mots et avant que la brune n'ait le temps de protester, elle l'entraîna hors de la salle commune.

- On va où comme ça ? arriva finalement à articuler Maureen.

- Tu verras bien, lui répondit la blonde avec un clin d'oeil.

La française encore trop étourdie par l'énergie soudaine d'Anicée se laissa guider hors de la salle commune des Poufsouffle, jusqu'à arriver devant un grand tableau représentant une coupe de fruit. En voyant sa camarade chatouiller une des poires peintes, Maureen ne put empêcher un léger sourire de fleurir sur son visage.

- Je crois savoir où on est, et c'est très gentil mais j'ai vraiment pas faim, se sentit obligée de déclarer la française.

- Pas besoin d'avoir faim pour ce que je veux te faire découvrir, répliqua la Poufsouffle.

Sur ces mots elle enjamba le tableau pour entrer à l'intérieur des cuisines de Poudlard. A peine quelques secondes plus tard les deux jeunes filles furent encerclées par une horde d'elfes de maison.

- Mademoiselle Smith, ça fait plaisir de vous revoir en cuisine.

- Vous voulez ce qui nous reste du buffet ?

- Ou bien un thé ?

- Un chocolat chaud ?

- Vous n'auriez pas plutôt quelques-uns de vos succulent gâteaux au chocolat ? questionna la jeune fille blonde.

- Le gâteau du réconfort ?

Anicée indiqua à Maureen que c'était ainsi qu'elle avait baptisé la gourmandise qu'elle recherchait.

- Mais bien sûr, tout de suite mesdemoiselles.

Sans vraiment comprendre comment, Maureen se retrouva installée sur l'une des grandes tables présentes dans la cuisine, devant une montagne de ce qui ressemblait fortement à des muffins au chocolat. Devant l'air encourageant d'Anicée, elle piocha dans le tas et goûta l'un des gâteaux. La brune devait reconnaître que ces pâtisseries étaient particulièrement bonnes. Le chocolat lui rappelait étrangement celui de la fontaine qui se trouvait à côté d'elle le jour où les françaises étaient arrivées.

Elle ne savait pas si c'était l'effet de la blonde ou du chocolat mais Maureen se sentait le coeur un peu plus léger.

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Depuis ce jour-là, et pendant plusieurs semaines Anicée rapporta tous les soirs un nouveau muffin à la réunionnaise. Si elle y réfléchissait, c'était sûrement grâce à ces petites attentions quotidiennes et à la persévérance de la Poufsouffle, que s'était construite leur amitié. C'était sans doute grâce à Anicée, plus que quiconque, que Maureen avait trouvé une véritable attache dans ce monde où elle avait tant de mal à s'adapter.

L'adolescente faisait partie des personnes qui, sans même le savoir, lui avait donné le courage de persévérer malgré les nombreux échecs que les jeunes filles avaient connus. Maureen avait voulu se battre, parce que le rayon de soleil qu'était la blonde ne méritait pas d'être abattue comme elle l'était, en ce triste soir de juin. La brune aurait tellement voulu que leur plan fonctionne, pour contrer le mage noir et aider la communauté sorcière oui, mais par-dessus tout pour réussir elle aussi à veiller sur son amie, comme elle, l'avait si bien fait à son arrivée.

Alors, quand elle vit Anicée aussi mal en point, Maureen ne trouva pas mieux pour la soutenir que de s'absenter de la salle commune quelques minutes pour revenir avec une assiette pleine de muffins. Le sourire que lui offrit l'adolescente devant les pâtisseries était plus que faible et dura à peine deux secondes, mais c'était déjà beaucoup plus que ce qu'espérait Maureen. Elle se laissa glisser sur un des fauteuils au côté de son amie en silence, une main placée simplement sur la sienne en signe de présence.

Les deux jeunes filles restèrent un long moment dans cette position. Ce n'est qu'à l'extinction du feu de la cheminée et à l'arrivée des premiers rayons de soleil dans la salle commune qu'Anicée sortit de sa léthargie. Les yeux rouges et toujours humides, elle enlaça Maureen qui somnolait à ses côtés et avant même que la brune n'ait le temps de réagir, elle partit en direction des dortoirs. Maureen soupira et pris quelques minutes avant d'elle aussi se diriger vers son lit pour entamer une des nuits les plus courtes qu'elle n'ait jamais faite.

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Julia, de son côté, se réveilla avec un bras en bon état, mais avec un dos douloureux. Le lit de l'infirmerie n'offrait pas le même confort que celui de son dortoir, et elle en avait fait les frais. Elle avait dû passer la nuit dans l'antre de Mme Pomfresh, celle-ci ayant insisté pour la garder en observation. L'infirmière lui avait donné une potion pour l'aider à s'endormir, ce dont elle fut fortement reconnaissante. Cela dit, sa nuit avait été courte, et elle se trouvait maintenant réveillée, mais sans possibilité de partir sans l'assentiment de sa guérisseuse.

Elle décida donc de tendre l'oreille, pour savoir ce qu'il se murmurait plus loin. Si elle était entourée de rideaux, pour l'intimité de sa nuit, elle entendait tout de même des gens discuter non loin d'elle. C'était, il lui semblait, les voix de Fudge, McGonagall, Rogue et Dumbledore, qui discutaient de ce qu'il s'était passé la veille. Un peu plus loin, Pomfresh grognait contre un Krum qui semblait vouloir partir un peu trop vite.

C'était le moment idéal, pensa Julia. Elle se glissa hors des draps, et atterrit sur le sol tel un chat. Un coup d'oeil au travers des rideaux l'informa que personne ne pouvait lui porter attention, et qu'elle pouvait accomplir sa mission en toute tranquillité. C'est avec une facilité déconcertante qu'elle se faufila dans l'office de l'infirmière, tirant discrètement la porte derrière elle, la laissant légèrement entrouverte.

Elle avisa les étagères où s'alignaient les potions et remèdes, à la recherche de celui que Pomfresh lui avait procuré la veille pour soigner ses bleus et petites cicatrices. Elle repéra finalement l'onction qu'elle recherchait sur l'étagère la plus haute, bien-sûr. Elle poussa un soupir, et alla poser l'échelle sur les rayonnages. Elle y grimpa, mais même arrivée à la dernière marche, elle n'arrivait pas à atteindre le pot. Il lui manquait quinze bons centimètres.

La porte de l'office grinça dans son dos, et elle faillit tomber de son piédestal. Elle regarda, terrifiée, l'entrée, pour y découvrir un chat. Non, pas un chat, il était bien trop grand. Un lynx ? Elle fronça les sourcils. « Matyss? » articula-t-elle silencieusement tandis qu'il reprenait sa forme humaine. Que faisait-il là ? A l'intérieur du château qui plus est !

Il posa un doigt sur ses lèvres, et lui intima de descendre en silence, ce qu'elle fit aussitôt.

- Je suis venu dès que j'ai su, lui chuchota-t-il. Je suis censé monter la garde auprès de Neville.

Julia acquiesça, et haussa les sourcils en voyant Matyss monter l'échelle qu'elle avait descendu un instant plus tôt. Il attrapa le baume qu'elle lorgnait, et redescendit pour la lui tendre.

- On en reparlera plus tard, fit-il en ouvrant la porte.

Il intima à Julia de s'en aller trouver son lit. Elle eut à peine le temps d'apercevoir Matyss prendre sa forme de lynx, qu'elle partit sur la pointe des pieds rejoindre ses draps. Elle dissimula sous son oreiller le baume dérobé et attendit en essayant de retrouver le sommeil. Ce qu'elle parvint difficilement à accomplir.

Ce n'est que deux heures plus tard qu'elle se réveilla, Jessica à son chevet. Enfin, à son chevet, plutôt derrière les rideaux avec elle, à regarder, au travers de la fente, le lit voisin. Au vu des voix qu'elle entendait, les Maraudeurs parlaient avec animation à un Neville qui n'avait pas l'air de se réjouir de cette agitation. Il fallait le comprendre, étant donné ce qu'il avait vécu la veille. Mais les Maraudeurs avaient autre chose en tête : lui faire voir le bon côté des choses.

- Au moins tu as gagné ! lança James.

- On avait parié sur toi, sur ta victoire ! se félicita Sirius.

- Tu as gagné le gros lot, sourit Remus.

Elle n'eut pas le loisir d'en entendre davantage. Pomfresh venait d'écarter d'un geste dynamique les rideaux entourant le lit de Julia, faisant sursauter Jessica.

- Vous voilà réveillée jeune fille ! C'est pas trop tôt, il est bientôt dix heures du matin. Vous pouvez vous habiller, et partir si vous le voulez, votre épaule est en état.

Sans plus de cérémonie, elle alla voir les Maraudeurs, un air furieux imprimé sur le visage.

- Quant à vous mes garçons, je ne sais pas qui vous a laissés entrer, mais monsieur Londubat a besoin de repos. Sortez immédiatement.

Sirius n'eut pas le temps de la raisonner que déjà les trois adolescents furent chassés, presque à coups de pieds. A l'opposé, Jessica avait l'autorisation de rester, le temps que Julia quitte l'infirmerie. La Serpentard ramassa ses affaires, prenant soin de cacher l'onction qu'elle avait volé dans le sac de Jessica, et se précipita pour sortir à son tour.

Elle profita de l'inattention de Pomfresh pour faire un saut derrière les rideaux entourant Neville. Elle le découvrit en fort mauvais état, le bras bandé, le cou violet, un air absent, et le lynx qu'était Matyss gardant son chevet.

- J'espère que tu te remettras vite, dit Julia avant de disparaître.

Elle retrouva Jessica qui l'attendait dans l'allée principale, et lui fit signe qu'elles pouvaient y aller. Mais la rousse ne bougea pas. Son regard était ancré quelque part, et Julia en chercha l'origine.

Les yeux de la Serpentard s'accrochèrent à une silhouette alitée, autour de laquelle Pomfresh s'afférait. Elle reconnut immédiatement la jambe de bois, posée contre la table de chevet du souffrant, et sur celle-ci se trouvait un oeil magique, bleu vif. Alastor Maugrey, le vrai, avait été délivré de sa prison aux sept serrures, et reposait là, le temps de recouvrer ses forces. Il semblait bien mal en point.

Un détail retient l'attention de Julia. L'oeil magique de Fol OEil était fixé dans sa direction, et plus particulièrement sur… Jessica. Elle tourna la tête vers celle-ci et s'aperçut que la rousse ne s'en était même pas rendue compte. Non, elle regardait le lit voisin.

Viktor Krum y était alité, de force, au vu de ses regards fréquents vers l'issue de secours et de ses gestes fort peu amicaux envers les draps qui le retenaient. Un bandage entourait son crâne et recouvrait son oreille droite. De celui-ci dépassait une cicatrice, vestige de la blessure qui lui avait été infligée, et qui avait déjà en partie cicatrisé. Blessure qui était en fait une griffure, causée par le panda qu'était Jessica la veille. La Serdaigle se mordait la lèvre à grands coups de regrets.

- Allez, viens, ne t'inquiètes pas, lui dit Julia en lui tirant le bras. C'était lui ou toi. Il va bien, c'est ce qui compte.

Jessica se laissa entraîner par son amie sans ajouter un mot. Elle n'eut pas le temps de se remettre de ses remords que déjà d'autres ennuis l'assaillirent.

- Qu'est-ce que vous faites là ?

C'était Hermione Granger, du haut de son mètre soixante, qui les regardaient d'un air soupçonneux, au sortir de l'infirmerie. A ses côtés, Ron, mais aussi les Maraudeurs qui avaient franchi la porte quelques minutes avant eux. Le hasard les avaient fait se croiser, au grand dam des deux françaises.

- Vous n'êtes pas en cours ? s'étonna Julia sans lui répondre.

- Les cours ont été anu…, commença à lui chuchoter Jessica.

- Les cours ont été annulés, dit sèchement Hermione. Pourquoi vous étiez à l'infirmerie, personne n'est autorisé à y entrer !

Les Maraudeurs leur avaient déjà raconté comment ils s'étaient fait dégager à coup de pieds du chevet de Neville.

- Julia s'est blessée dans la cohue hier après la troisième tâche. Elle a passé la nuit ici, expliqua Jessica.

- Parce que vous étiez à la troisième tâche ? fit Hermione avec soupçons.

- Bien sûr, répondit Jessica.

Elle chercha vainement une réaction chez James et les deux autres Maraudeurs, mais ceux-ci semblaient se ranger de l'avis de la Gryffondor : personne n'avait vu les réunionnaises à la troisième tâche.

- On était au fond, justifia Julia, on a tout vu, surtout … la fin.

Son expression, qui était sincère, convainquit l'ensemble des lions.

- Pourtant, dit Hermione après un moment, on vous a cherché.

- Mais j'ai bien vu Maureen à côté d'Anicée quand…, dit enfin Remus.

Il fut interrompu par la porte de l'infirmerie qui s'ouvrait.

- Discutez autre part, s'exclama Pomfresh sévère. Vous dérangez mes patients.

- Pardon, s'excusèrent d'une même voix Julia et Jessica.

Les deux adolescentes profitèrent de cette intervention pour s'enfuir. Cependant, si Hermione et Ron en avaient profité pour demander à l'infirmière le droit de visite pour Neville, les Maraudeurs étaient restés sur leurs talons. Aussi, Julia décida de lancer une conversation afin d'éviter toute autre inquisition suspecte.

- Donc on a pas cours ?

- Non, Dumbledore a annulé les cours pour aujourd'hui, et les examens pour le reste de l'année, au vu des circonstances.

- Tu crois qu'Anicée va bien ?

- Maureen est avec elle, mais bon…

En osant un regard en arrière, Julia découvrit que les Maraudeurs avaient arrêtés de les suivre. Elles étaient donc à l'abri de leurs questions, pour l'instant. Les pensées de la Serpentard retournèrent vers l'infirmerie, et plus particulièrement, vers le Survivant. Elle espérait que sa nuit n'avait pas trop été difficile.