22

L'ARMEE DE DUMBLEDORE

- Umbridge a lu ton courrier, Harry, affirma Hermione. Il n'y a pas d'autre explication.

- Tu crois que c'est elle qui a attaqué Hedwig ? demanda-t-il, scandalisé.

- J'en mettrais ma main à couper, dit Megan d'un air sérieux. Ta grenouille est en train de s'enfuir.

Potter pointa sa baguette magique sur la grenouille-taureau qui sautillait, pleine d'espoir, vers le bord opposé de la table.

- Accio ! dit-il et la grenouille retourna aussitôt dans sa main, visiblement déçue.

Le cours de sortilèges était l'un des plus propices au bavardage. Il y avait en général tant de mouvements et d'activités diverses qu'on ne courait pas grand risque d'être entendu. Ce jour-là, entre les coassements des grenouilles et les croassements des corbeaux, auxquels s'ajoutait le martèlement de la pluie contre les fenêtres, Megan, Ron, Hermione et Potter pouvaient parler sans se faire remarquer de la façon dont Umbridge avait failli attraper Sirius.

- On a commencé à se douter de quelque chose depuis le jour où Filch t'a accusé de commander des Bombabouses, reprit Megan. C'était tellement stupide, comme mensonge ! Il suffisait de lire ta lettre pour s'apercevoir que ce n'était pas vrai et donc, tu n'aurais eu aucun ennui – un peu léger, comme farce, Draco est capable de bien mieux. Du coup on s'est dit que quelqu'un pouvait plutôt chercher une excuse pour lire ton courrier.

- Dans ce cas, ce serait le meilleur moyen pour Umbridge d'y arriver : te dénoncer à Filch, lui laisser le travail peu reluisant de confisquer ta lettre, puis s'arranger pour la lui voler ou même exiger de la voir, compléta Hermione. Je ne pense pas que Filch s'y opposerait. Il n'a jamais beaucoup défendu les droits des élèves, non ?

- Potter, tu écrabouilles ta grenouille.

Il la serrait en effet si fort dans sa main qu'elle en avait les yeux qui lui sortaient de la tête. Il reposa la grenouille sur la table.

- C'était vraiment moins une, hier soir, reprit Hermione. Je me demande même si Umbridge a réalisé à quel point elle était près du but. Silencio !

La grenouille sur laquelle elle pratiquait le sortilège de Mutisme resta sans voix au beau milieu d'un coassement et lui lança un regard de reproche.

- Si elle avait réussi à attraper Sniffle...

Potter acheva sa phrase pour elle :

- ... il serait sans doute de retour à Azkaban, à l'heure qu'il est.

- Ou pire, fit sombrement observer Megan.

S'il était arrivé quoi que ce soit à Sirius par sa faute, Megan aurait trouvé bien pire que des serpents pour se venger de l'horrible sorcière. A côté d'elle, Potter agita sa baguette et sa grenouille se mit à enfler comme un ballon vert en émettant un sifflement suraigu.

- Silencio, dit aussitôt Megan sur un ton exaspéré.

Elle pointa sa baguette sur la grenouille qui se dégonfla silencieusement.

- Il ne faut surtout pas qu'il recommence, voilà tout, affirma Hermione. Mais je ne sais pas comment nous y prendre pour le lui faire savoir. On ne peut pas lui envoyer de hibou.

- Je ne pense pas qu'il prendra de nouveau le risque, dit Ron. Il n'est pas idiot, il se rend bien compte qu'elle a failli l'attraper. Silencio.

L'affreux gros corbeau qui se trouvait sur sa table lança un croassement moqueur.

- Silencio ! SILENCIO !

Le corbeau croassa encore plus fort. :

- C'est la façon dont tu bouges ta baguette, dit Hermione en observant Ron d'un œil critique. Il ne faut pas l'agiter comme ça, plutôt donner un coup sec.

- Les corbeaux, c'est plus difficile que les grenouilles, répondit Ron avec mauvaise humeur.

- Très bien, on n'a qu'à échanger, si tu préfères, proposa Hermione qui prit le corbeau de Ron et le remplaça par sa grosse grenouille. Silencio !

Le corbeau continua d'ouvrir et de fermer son bec pointu, mais plus aucun son n'en sortait.

- Très bien, Miss Granger ! s'exclama la petite voix flûtée du professeur Flitwick.

Ron, Hermione et Potter sursautèrent d'un même mouvement.

- A vous d'essayer, Mr Weasley.

- Que... quoi ? Oui, bien sûr, dit Ron, pris au dépourvu. Heu... Silencio !

Il fit un mouvement si brusque qu'il donna un coup de baguette dans l'œil de la grenouille. Celle-ci sauta aussitôt de la table en lançant un coassement assourdissant. Sans surprise, Flitwick imposa comme devoir supplémentaire à Ron et Potter l'obligation de pratiquer leur sortilège de Mutisme.

En raison de la pluie qui continuait à tomber dru, les élèves furent autorisés à rester à l'intérieur pendant la récréation. Megan, Ron, Hermione et Potter trouvèrent quelques chaises libres dans une classe du premier étage, bruyante et surpeuplée, où Peeves, l'air rêveur, flottait à côté du lustre en jetant de temps à autre une boulette imbibée d'encre sur la tête de quelqu'un. Ils venaient tout juste de s'asseoir lorsqu'ils virent arriver Angelina qui se frayait un chemin parmi la foule des élèves occupés à bavarder.

- J'ai eu l'autorisation ! s'exclama-t-elle. De reconstituer l'équipe de Quidditch !

- Parfait ! se réjouirent Megan, Ron et Potter d'une même voix.

- Oui, dit Angelina, le visage radieux. Je suis allée voir McGonagall et je crois bien qu'elle a demandé à Dumbledore d'intervenir. En tout cas, Umbridge a dû céder. D'ailleurs, vous avez entendu cette histoire selon laquelle deux serpents sortis de nulle part l'ont attaquée dans son bureau ? En tout cas, je veux vous voir tous les deux sur le terrain à sept heures ce soir. Il faut rattraper le temps perdu. On n'est plus qu'à trois semaines de notre premier match, vous vous rendez compte ?

Elle replongea dans la cohue, évita de justesse une boulette d'encre qui atterrit sur la tête d'un élève de première année, puis disparut.

- C'est quoi cette histoire de serpent ? dit Hermione, surprise.

Les trois autres haussèrent les épaules.

- Si jamais on découvre qui a fait ça, j'irai lui serrer la main, affirma Ron.

Son sourire s'effaça cependant quelque peu lorsqu'il regarda la fenêtre rendue opaque par le rideau de pluie.

- J'espère que ça va se lever. Qu'est-ce qu'il y a, Hermione ?

Elle aussi contemplait désormais la fenêtre mais elle ne semblait pas la voir. Les sourcils froncés, elle regardait dans le vide.

- J'étais simplement en train de penser..., dit-elle, sans quitter des yeux la fenêtre ruisselante de pluie.

- A propos de Sniffle ? demanda Megan.

- Non... pas exactement..., répondit lentement Hermione. Je me demandais plutôt... J'imagine que nous avons raison de faire ce que nous faisons... Enfin, je crois... Non ?

Ron et Potter échangèrent un regard.

- On comprend mieux, maintenant, dit Ron. Ça nous aurait déçus si tu ne t'étais pas expliquée clairement.

Hermione se tourna vers lui comme si elle venait tout juste de remarquer sa présence.

- J'étais en train de me demander, dit-elle d'une voix plus assurée, si nous avions raison d'organiser ce groupe de défense contre les forces du Mal.

- Quoi ? s'exclamèrent Megan, Ron et Potter d'une même voix.

- Hermione, c'est toi qui as eu l'idée ! s'indigna Ron.

- Je sais, admit-elle en s'entortillant les doigts. Mais après avoir parlé avec Sniffle...

- Il est tout à fait d'accord, lui rappela Megan.

- Oui, dit Hermione qui regardait à nouveau la fenêtre. Oui, c'est justement pour ça que je me demande si c'est une bonne idée, après tout...

Peeves vint flotter au-dessus d'eux, sa sarbacane prête. Machinalement, tous les quatre se protégèrent la tête de leurs sacs jusqu'à ce qu'il se soit éloigné.

- Explique-moi ça, dit Potter avec colère tandis qu'ils reposaient leurs sacs par terre. Sirius est d'accord avec nous et donc, tu crois que nous ne devrions plus le faire ?

Hermione paraissait tendue et malheureuse. Les yeux à présent fixés sur ses mains, elle demanda :

- Tu as vraiment confiance en son jugement ?

- Absolument ! Il nous a toujours donné d'excellents conseils !

Une boulette d'encre les frôla et frappa Katie Bell en plein sur l'oreille. Hermione la regarda se lever d'un bond et se mettre à lancer divers objets à Peeves. Enfin elle reprit la parole en ayant l'air de choisir très soigneusement ses mots.

- Tu ne crois pas qu'il aurait pu devenir un peu... disons... téméraire... depuis qu'il est enfermé à square Grimmaurd ? Tu ne crois pas que... il aurait tendance à vivre... à travers nous ?

- Qu'est-ce que tu veux dire par vivre à travers nous ?

- Je veux dire que... je pense qu'il aimerait beaucoup fonder une société secrète de défense juste sous le nez de quelqu'un du ministère... Je crois qu'il se sent très frustré de ne pas pouvoir faire grand-chose là où il est... Alors, j'ai l'impression que... qu'il nous pousse à agir à sa place.

Megan et Ron la fixèrent d'un air abasourdi.

- Sirius a raison, dit-il, tu parles exactement comme ma mère, commenta le garçon.

Hermione se mordit la lèvre sans rien répondre. La cloche retentit au moment où Peeves fondait sur Katie en lui renversant une bouteille d'encre sur la tête.

- Est-ce que tu te rends compte qu'il a perdu deux de ses meilleurs amis dans la Première guerre, qu'il a été emprisonné pendant treize ans à Azkaban pour des meurtres qu'il n'a pas commis, après avoir été à nouveau trahi par un autre de ses meilleurs amis, qu'il a été contraint de vivre dans une caverne où il mangeait des rats et qu'il est maintenant enfermé dans une maison qu'il hait de toutes ses forces sans pouvoir faire quoi que ce soit pour aider l'Ordre ? s'exclama Megan dès que Ron et Potter eurent quitté la salle commune pour se rendre à leur entraînement de Quidditch, le soir même. Est-ce que tu t'en rends compte, Hermione ? Tu n'as aucune idée de ce que c'est de vivre une vie aussi malheureuse ! Tu crois que c'est la vie dont il rêvait quand il avait notre âge et qu'il était le beau garçon populaire entouré d'un super groupe d'amis ? Ne parle pas de lui comme ça, c'est compris ?

Hermione ouvrit la bouche mais ne trouva rien à répondre au regard flamboyant de son amie.

- Ce n'est pas ce que je voulais dire, murmura-t-elle finalement.

- Tout ce qui peut procurer un peu de joie à Sirius, on le lui laisse, décréta Megan d'un ton sans appel.

Sa meilleure amie baissa les yeux et reprit le cours de son tricot tandis que Megan terminait ses devoirs pour la semaine.

- Dis, tu… ça te dirait de m'aider, avec mes chaussettes ?

Megan leva les yeux de sa dissertation d'histoire de la magie. Hermione l'observait d'un air timide, les yeux emplis d'espoir, ses aiguilles à tricoter entre les mains. La jeune fille hésita : elle avait prévu d'aller voir Kevan dès qu'elle aurait terminé ses devoirs, pour passer la soirée avec lui, mais il était évident que Hermione espérait depuis le début de l'année partager sa nouvelle passion avec ses amis, et il était certain que ni Ron ni Potter ne prendraient le temps de tricoter avec elle. Entre les farces pour sorciers facétieux avec les jumeaux, le temps consacré à Kevan, ses devoirs, ses besoins de solitude et sa surveillance discrète de Cathy et du petit Barish, elle n'avait finalement passé que très peu de temps avec sa meilleure amie depuis le début de l'année. Megan poussa un soupir.

- Montre-moi ça, répondit-elle en forçant un léger sourire.

Une véritable lueur de joie s'illumina dans les yeux de Hermione, qui se lança aussitôt dans des explications passionnées sur les pelotes de laine, les patrons des vêtements qu'elle dessinait elle-même et la nécessité de bien serrer ses premières mailles. Consternée parce qu'elle pouvait être amenée à faire pour faire plaisir à sa meilleure amie, Megan consacra ainsi sa soirée à tricoter une chaussette informe. Elle gardait le dos résolument tourné au reste de la salle commune, ne souhaitant pas être surprise à se prêter à un exercice aussi indigne de sa terrible réputation, mais apprécia finalement l'activité. Elle n'avait absolument aucun talent pour se servir de ses mains sans magie, et son vêtement ne ressemblerait à rien, mais les gestes répétitifs et simples lui occupèrent l'esprit tandis qu'elle se plongeait avec Hermione dans de grandes conversations sur la Confédération internationale des sorciers ou le meilleur sortilège pour s'épiler les sourcils.

- C'est un torchon, dit une voix familière, plusieurs heures plus tard.

- Ne dis pas de bêtises, c'est une écharpe, répliqua une seconde.

- C'est un bâillon, pour ne plus jamais entendre vos âneries, répliqua Megan en se retournant vers Fred et George tout en dissimulant maladroitement sa chaussette de laine.

Tous deux vêtus de leurs robes de Quidditch, ils étaient trempés et couverts de boue. En jetant un coup d'œil derrière eux, Megan s'aperçut qu'il en allait de même pour Angelina, Alicia et Katie, visiblement maussades. Ron et Potter, eux, n'étaient pas encore revenus du stade.

Megan et Hermione se levèrent pour laisser leurs fauteuils près du feu aux jumeaux, dans une maigre tentative de leur permettre de se réchauffer. Hermione s'excusa : elle devait aller cacher un peu partout dans la tour leurs dernières créations, pour que les elfes qui viendraient faire le ménage au cours de la nuit les trouve.

- Vous savez ce qui m'inquiète le plus dans tout ça ? commenta Megan en observant sa meilleure amie dissimuler un horrible chapeau sous une pile de parchemins froissés. C'est ce qu'il va se passer une fois qu'elle aura libéré tous les elfes. S'ils quittent Poudlard, qui va faire le ménage et la cuisine ?

- On est passés aux cuisines récemment, répondit Fred, et on n'a pas eu l'impression qu'il y avait moins d'elfes que d'habitude. Je ne suis pas sûr qu'elle soit vraiment efficace.

- Tant mieux, soupira Megan. Mais surtout ne le lui dîtes pas !

Les jumeaux acquiescèrent. Ils semblaient éreintés.

- Comment s'est passé l'entraînement ? s'enquit-elle.

- On y voyait comme à travers une pelle, déplora Fred.

- Il a fallu une heure à Angelina pour s'apercevoir qu'on perdait notre temps, renchérit George.

Étonnamment, Fred ne reprocha pas à son frère le ton avec lequel il s'était exprimé au sujet de sa petite amie.

- Punaise, souffla-t-il, même assis ça me fait mal…

- Moi aussi, grogna George. Je pense que je vais dormir les jambes en l'air.

- De quoi vous parlez ? s'étonna Megan.

- Des berlingots de Fièvre, grimaça Fred.

- Ils ne sont pas encore terminés, si ?

- Oh, non. Enfin, si, ils provoquent de la fièvre, mais ils provoquent aussi d'énormes furoncles. Et étant donné là où ils sont situés, un entraînement de Quidditch…

Il fallut quelques secondes à Megan pour comprendre l'allusion du jeune homme. Son visage se tordit aussitôt d'une horrible grimace.

- Mais c'est répugnant, éructa-t-elle. Mais je ne veux pas entendre parler de ça !

Les mains sur les oreilles, elle s'empressa de rejoindre son dortoir, d'abominables images indésirables défilant dans sa tête. Heureusement, les soufflements assourdissants du vent au-dehors et le claquement des grosses gouttes de pluie contre les fenêtres suffirent à assourdir son esprit pour la nuit.

La météo était cependant toujours épouvantable le lendemain. Le matin, la pluie tombant sur le toit de la serre produisait un tel vacarme qu'ils avaient du mal à entendre le professeur Sprout. Potter parvint cependant à informer Megan, Ron et Hermione des intéressants événements de la veille : alors qu'il s'était assoupi sur ses devoirs dans la salle commune (Hermione lui adressa un regard de reproche), le garçon avait été réveillé par Dobby, venu lui ramener Hedwig en bonne santé. Et à la grande surprise des trois autres, l'elfe avait su lui suggérer un lieu où se réunir discrètement pour leur club clandestin de défense. Il existait selon lui une pièce où on ne pouvait entrer qu'en cas de réelle nécessité, et où l'on trouvait toujours ce que l'on cherchait. Dobby y avait ainsi trouvé des antidotes à la Bièraubeurre et un petit lit à la taille d'un elfe un jour où il cherchait à cacher Winky alors qu'elle avait beaucoup bu. Une autre fois, Filch y aurait trouvé du matériel de nettoyage un jour où il en manquait. Peu de gens connaissaient l'existence de cette salle, garantissant leur discrétion.

Les quatre élèves consacrèrent ainsi leur journée à transmettre aux autres membres l'information selon laquelle ils avaient tous rendez-vous, le soir-même, à huit heures, au septième étage, en face de la tapisserie représentant Barnabas le Follet battu par les trolls. Au cours du déjeuner, Hermione émit cependant des réserves :

- Je voulais simplement dire que les idées de Dobby ne sont pas toujours sans danger. Souviens-toi, quand tu as perdu tous les os de ton bras à cause de lui ?

- Cette pièce n'est pas une idée absurde de Dobby, répondit Potter, la bouche pleine de purée. Dumbledore la connaît aussi, il m'en a parlé au bal de Noël.

Le visage d'Hermione s'éclaira.

- Dumbledore t'en a parlé ?

- En passant, précisa Potter avec un haussement d'épaules.

- Alors, ça va, dit Hermione qui ne souleva plus d'objections.

Megan, elle, demeurait sceptique : elle se méfiait de l'elfe qu'elle avait tourmenté dans son enfance et qui s'était si promptement retourné contre les Malfoy trois ans plus tôt, et il lui semblait inconcevable qu'il existe encore à Poudlard une salle dont elle ignore l'existence. Entre la carte du Maraudeur, ses lectures sur l'école et ses propres déambulations, elle était certaine de parfaitement connaître le château. Après tout, elle était l'une des quatre seules personnes à s'être rendues dans la Chambre des secrets.

A sept heures et demie, Megan, Ron, Hermione et Potter quittèrent la salle commune. Les élèves de cinquième année avaient le droit de se promener dans les couloirs jusqu'à neuf heures du soir mais Ron, Hermione et Potter n'en jetaient pas moins des regards inquiets tout autour d'eux pendant qu'ils montaient au septième étage.

- Attendez, dit Potter lorsqu'ils furent arrivés en haut du dernier escalier.

Il déroula le parchemin qu'il tenait serré contre sa poitrine, le tapota avec sa baguette magique et murmura :

- Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises.

Un plan de Poudlard apparut aussitôt. De petits points noirs mobiles, chacun accompagné d'un nom, montraient à quel endroit du château se trouvaient les diverses personnes qu'ils tenaient à éviter. Comme chaque fois qu'elle voyait Potter en possession de la carte, Megan pinça les lèvres.

- Filch est au deuxième étage, dit le garçon en regardant le plan de près. Et Mrs Norris au quatrième.

- Et Umbridge ? demanda Hermione d'un ton anxieux.

- Dans son bureau. On peut y aller.

Ils se hâtèrent le long du couloir jusqu'à l'endroit que Dobby avait décrit à Potter, une surface de mur lisse, face à une immense tapisserie qui représentait la stupide tentative de Barnabas le Follet d'apprendre à des trolls l'art de la danse.

- O.K., murmura Potter.

Un troll mangé aux mites cessa de donner ses habituels coups de massue au maître de ballet et regarda les nouveaux venus.

- Dobby m'a dit de passer trois fois devant ce morceau de mur en pensant très fort à ce que nous voulons.

Ils suivirent ces instructions, faisant demi-tour devant la fenêtre située à l'une des extrémités du mur, puis devant le vase de la taille d'un homme qui se trouvait à l'autre bout. Ron plissait les yeux dans un effort de concentration, Hermione murmurait des paroles indistinctes, Potter serrait les poings en regardant droit devant lui et Megan remuait silencieusement les lèvres.

« Il nous faut une pièce pour que Potter apprenne du mieux qu'il peut à une bande de bras cassés par quel bout tenir leur baguette…, pensait-elle. Il faut qu'on trouve un endroit discret où ils pourront s'entraîner, un endroit où ils seront préparés à affronter Voldemort… Il faut une salle pour qu'ils ne se fassent pas tuer… »

- Harry ! dit soudain Hermione alors qu'ils faisaient à nouveau demi-tour après leur troisième passage.

Une porte de bois verni était apparue dans le mur. Ron la regarda d'un air un peu méfiant. Sans peur, Megan tendit la main, saisit la poignée de cuivre, ouvrit la porte et pénétra la première dans une pièce spacieuse, illuminée par des torches semblables à celles qui éclairaient les cachots, huit étages plus bas.

Des bibliothèques s'alignaient le long des murs et de grands coussins en soie tenaient lieu de sièges. Au fond de la pièce, des étagères étaient chargées de toutes sortes d'instruments tels des Strutoscopes, des Capteurs de Dissimulation et une grande Glace à l'Ennemi craquelée.

- Ça, ce sera bien quand on s'entraînera à la Stupéfixion, dit Ron avec enthousiasme en donnant un petit coup de pied dans un coussin.

- Et regardez tous ces livres ! s'exclama Hermione, surexcitée, en caressant du bout des doigts la reliure des gros volumes de cuir. Abrégé des sortilèges communs et de leurs contre-attaques... Les Forces du Mal surpassées... Les Sorts d'Autodéfense... Wouao...

Le visage radieux, elle se tourna vers les trois autres. La présence de ces centaines d'ouvrages avait finalement convaincu Hermione qu'ils avaient raison de faire ce qu'ils faisaient.

- Harry, c'est merveilleux, dit-elle, il y a tout ce qu'il nous faut, ici !

Et sans attendre, elle prit sur une étagère Sortilèges à l'usage des ensorcelés, se laissa tomber sur le coussin le plus proche et commença à lire. Megan elle-même dut reconnaître que les lieux étaient parfaits. Comment avait-elle pu passer à côté d'un endroit pareil pendant cinq ans ?

On frappa doucement à la porte. Ginny, Neville, Lavender, Parvati et Dean étaient arrivés.

- Ooooh, s'écria Dean en regardant autour de lui, l'air impressionné. C'est quoi, cet endroit ?

Potter se lança dans des explications mais, avant d'en avoir terminé, d'autres personnes arrivèrent et il dut tout recommencer depuis le début. Avec satisfaction, Megan constata que Kevan n'afficha pas un air béat en entrant – il n'était pas un de ces garçons ahuris qui s'extasiait devant un rien, et cette retenue teintée de maturité lui plaisait.

Lorsqu'il fut huit heures, tous les coussins étaient occupés. Potter se dirigea vers la porte et tourna la clé qui dépassait de la serrure. Il y eut un déclic sonore des plus satisfaisants et tout le monde se tut, les yeux tournés vers lui. Hermione prit bien soin de marquer la page de Sortilèges à l'usage des ensorcelés à laquelle elle avait interrompu sa lecture et mit le livre de côté.

- Bien, dit le garçon, un peu nerveux. Voici donc l'endroit que nous avons trouvé pour nos séances d'entraînement et heu... apparemment, il vous convient.

- C'est fantastique ! dit Cho Chang.

Des murmures approbateurs s'élevèrent de toutes parts.

- C'est bizarre, dit Fred, les sourcils froncés, un jour on s'est réfugiés ici pour échapper à Filch, tu te souviens, George ? Mais, à l'époque, c'était un simple placard à balais.

- Hé, Harry, qu'est-ce que c'est que ça ? demanda Dean, assis au fond de la pièce, l'index pointé sur les Scrutoscopes et la Glace à l'Ennemi.

- Des détecteurs de magie noire, répondit Potter en se faufilant parmi les coussins pour s'approcher des étagères. Leur fonction de base, c'est de montrer la présence d'ennemis ou de mages noirs qui se trouveraient à proximité, mais il ne faut pas trop s'y fier, on peut parfois déjouer leur vigilance...

Il observa un moment la Glace à l'Ennemi craquelée, puis y tourna le dos.

- J'ai réfléchi à ce qu'on devrait faire au début et... heu... – une main se leva. Qu'est-ce qu'il y a, Hermione ?

- Je pense qu'il faudrait commencer par élire un chef, dit-elle.

- C'est Harry, le chef, dit aussitôt Chang en regardant Hermione comme si elle était folle.

Potter ne vit pas Megan lever les yeux au ciel.

- Oui, mais je pense qu'il faudrait procéder à un vrai vote, poursuivit Hermione, imperturbable. Ça officialisera la fonction et ça lui donnera l'autorité nécessaire. Alors, ceux qui pensent qu'Harry doit être le chef de ce groupe, levez la main.

Tout le monde leva la main, même Zacharias Smith. Son geste manquait cependant de conviction, tout comme celui de Megan, qui avait à peine levé trois doigts, refusant de reconnaître l'existence d'un quelconque lien d'autorité de Potter sur elle.

- Bon, heu... très bien, merci, dit le garçon, les joues rouges. Et... Quoi, Hermione ?

- Je pense que nous devrions aussi nous donner un nom, dit-elle d'une voix claironnante, la main toujours en l'air. Ce serait une façon de créer une unité et un esprit d'équipe, vous ne croyez pas ?

- On n'a qu'à s'appeler la Ligue des champions anti-Umbridge, proposa Angelina, avec optimisme.

- Ou alors le Front de libération contre les crétins du ministère, suggéra Fred.

- Moi, je pensais plutôt à un nom qui ne dévoilerait pas tout de suite ce que nous faisons, reprit Hermione en regardant Fred les sourcils froncés. Comme ça, on pourrait en parler sans risque en dehors des réunions.

- L'Association de défense ? risqua Chang. En abrégé, ça donnerait A.D., personne ne saurait de quoi il s'agit.

- Oui, c'est pas mal l'A.D., approuva Ginny. Mais ce serait mieux si ça voulait dire l'armée de Dumbledore, puisque c'est la pire crainte du ministère, non ?

Il y eut un mélange d'éclats de rire et de murmures approbateurs. Megan ne put s'empêcher de souffler du nez.

- Tout le monde est d'accord pour l'A.D. ? demanda Hermione d'un ton autoritaire.

Elle s'agenouilla sur son coussin pour compter les voix.

- Ça fait une majorité, la motion est adoptée !

Elle épingla au mur le parchemin qui portait toutes leurs signatures et écrivit en grosses lettres sur toute la largeur : ARMÉE DE DUMBLEDORE.

- Bien, dit Potter lorsqu'elle se fut rassise. On passe à la pratique, maintenant ? Je pense que la première chose que nous devrions faire, c'est Expelliarmus, vous savez, le sortilège de Désarmement. Je sais que c'est assez élémentaire mais je me suis rendu compte qu'il était très utile...

- Oh, non, s'il te plaît, dit Zacharias Smith en levant les yeux au plafond, les bras croisés. Je ne crois pas qu'Expelliarmus puisse vraiment nous aider contre Tu-Sais-Qui.

- Moi, je m'en suis servi contre lui, dit Potter d'une voix posée. Ça m'a sauvé la vie en juin.

Smith ouvrit la bouche d'un air niais. Les autres restèrent totalement silencieux.

- Si tu penses que ce n'est pas digne de toi, tu peux t'en aller, dit froidement Megan.

Smith ne bougea pas. Ni personne d'autre.

- O.K., reprit Potter. Nous allons former des équipes de deux et nous mettre au travail.

Tout le monde se leva aussitôt et se répartit par équipes de deux. Megan fit équipe avec Kevan, tandis que Chad se tournait vers Lee.

- Bon, à trois, on y va... Un, deux, trois...

Des Expelliarmus retentirent alors dans toute la pièce. Des baguettes magiques volèrent en tous sens. Des sortilèges mal orientés frappèrent les livres rangés sur les étagères en les projetant en l'air. Si pour Megan et Kevan, l'exercice était d'une facilité déconcertante, il était évident que ce n'était pas le cas pour la majorité des membres de l'A.D. : nombre d'entre eux étaient incapables de désarmer leurs adversaires et ne parvenaient qu'à les faire reculer de quelques pas ou à leur arracher une grimace lorsque leur sort défaillant leur sifflait au- dessus de la tête. Profitant du capharnaüm et de l'inutilité de l'exercice à leur niveau, Megan, Fred et George se relayèrent malicieusement pour pointer leur baguette dans le dos de Smith et lui faire sauter sa propre baguette des mains chaque fois qu'il ouvrait la bouche pour tenter de désarmer Anthony Goldstein. Kevan, qui avait tout de suite remarqué leur manège, se contenta d'un sourire moqueur. Préfet-en-chef ou pas, il demeurait un ami des jumeaux et avait une certaine tolérance en termes de plaisanteries.

- Désolé, Harry, dit précipitamment George lorsqu'il croisa le regard du garçon, inspectant les différents échanges de sortilèges dans la salle. Je n'ai pas pu résister.

Un peu plus loin, Ginny faisait équipe avec Michael Corner et se montrait très habile sans qu'on puisse savoir si Michael était moins doué qu'elle ou s'il répugnait à lui jeter un sort. Ernie Macmillan brandissait sa baguette avec de grands gestes inutiles qui permettaient à son partenaire de passer sous sa garde. Les frères Creevey, pleins d'enthousiasme mais très irréguliers, étaient les principaux responsables des vols planés exécutés par les livres de la bibliothèque. Luna Lovegood semblait tout aussi inégale. Parfois, elle arrivait à arracher sa baguette magique des mains de Justin Finch-Fletchey, à d'autres moments, elle ne parvenait qu'à lui faire dresser les cheveux sur la tête.

- Bon, on arrête ! s'écria soudain Potter. Stop ! STOP !

Il attrapa un sifflet posé sur une rangée de livres et souffla dedans avec force. Tout le monde abaissa sa baguette.

- Ce n'était pas mal, dit-il, mais il y a de la place pour des progrès.

Smith le fusilla du regard.

- Allez, on essaye encore.

Il fit à nouveau le tour de la pièce, s'arrêtant ici ou là pour donner des conseils. Peu à peu, les performances s'améliorèrent, mais il ne trouva aucune remarque à faire à Megan et Kevan. En regardant le garçon se diriger vers Chang et son amie Marietta, la jeune fille pensa soudain à quelque chose :

- Tu n'as pas proposé à Ally Collins de nous rejoindre ? lança-t-elle tandis qu'elle désarmait Kevan d'un coup de baguette.

- Tu ne vas pas recommencer, maugréa le jeune homme en se penchant pour ramasser sa baguette.

- Recommencer quoi ? C'est simplement une question : pourquoi elle n'est pas venue ?

- Je ne lui en ai pas parlé.

Rapide et sans avoir à prononcer la formule, il lui fit sauter sa baguette des mains à son tour. Alors qu'elle la récupérait, Megan fronça les sourcils.

- Pourquoi ?

- Parce que je ne savais pas si elle saurait tenir sa langue.

- Tu ne lui fais pas confiance ?

Une bulle de satisfaction enflait en Megan.

- Pas pour ça, non.

Ravie, la jeune femme accomplit son plus beau sortilège de Désarmement.

- Hé, Harry, appela Hermione à l'autre bout de la pièce. Tu as vu l'heure ?

Megan jeta un coup d'œil à sa propre montre et fut stupéfaite de voir qu'il était déjà neuf heures dix, ce qui signifiait qu'ils devaient rentrer tout de suite dans leurs salles communes respectives s'ils ne voulaient pas être punis par Filch pour vagabondage dans les couloirs. Potter donna un nouveau coup de sifflet. Les Expelliarmus s'interrompirent aussitôt et l'on entendit encore deux baguettes magiques tomber sur le sol.

- C'était très bien, annonça le garçon, mais nous avons un peu dépassé l'horaire et il vaudrait mieux s'arrêter maintenant. Même heure, même endroit la semaine prochaine, d'accord ?

- Plus tôt que ça ! lança Dean Thomas avec enthousiasme...

Il y eut de nombreux signes de tête approbateurs, mais Angelina s'empressa d'intervenir :

- La saison de Quidditch est sur le point de commencer, il faut aussi penser à nous entraîner !

- Alors, disons mercredi prochain, proposa Potter. Nous pourrons décider à ce moment-là d'organiser des réunions supplémentaires. Venez, on ferait bien d'y aller.

Il ressortit sa carte du Maraudeur et vérifia qu'il n'y avait pas de professeurs dans les couloirs du septième étage. Puis il les laissa partir par groupes de deux ou trois.

- « Expelliarmus », ce n'était pas très intéressant. La prochaine fois, je suis sûre qu'on fera quelque chose de mieux, promis.

Megan avait entraîné Kevan dans un coin de la pièce pour lui dire bonne nuit, ignorant les coups d'œil en biais que leur jetaient Fred, George, Lee et Chad.

- Je m'en fiche, s'amusa Kevan. Je ne m'attends pas à apprendre quoi que ce soit, tu sais. Je suis en septième année… Si je viens, c'est pour te faire plaisir, et puis parce que –

- Me faire plaisir ? répéta Megan. Mais tu n'as rien compris ! Septième année ou pas, tu as toujours des choses à apprendre, et il s'agit surtout de t'entraîner, pour que tu ne perdes pas la main cette année, parce que hors de Poudlard, il y a un foutu mage noir qui se ferait un plaisir de te tuer !

- D'accord, d'accord, dit le jeune homme en levant les mains en signe d'apaisement. Je m'entraîne, ne t'en fais pas.

Il déposa sur ses lèvres un baiser rassurant, puis quitta la Salle sur Demande en compagnie de ses amis. Megan le regarda s'éloigner, angoissée. Il ne prenait absolument pas conscience de la menace qui planait au-dessus de lui.

- C'était vraiment très, très bien, Harry, dit Hermione lorsqu'ils ne furent plus que tous les quatre.

- Ça, c'est vrai, approuva Ron avec enthousiasme.

Ils sortirent de la pièce et virent la porte disparaître derrière eux en se fondant dans le mur de pierre.

- Tu as vu quand j'ai désarmé Hermione, Harry ?

- Oh, une fois seulement, répliqua l'intéressée, vexée. La plupart du temps, c'était moi la plus rapide.

- Une fois seulement ? Je t'ai désarmée au moins trois fois, protesta Ron.

- Ah, évidemment, si tu comptes le moment où tu t'es pris les pieds dans ta robe en tombant sur moi et en m'arrachant ma baguette des mains...

Au cours des deux réunions suivantes, Megan contraignit Kevan à travailler avec acharnement chacun des sorts dont Potter suggéra l'exercice. Sans aller jusqu'à mettre en ébullition toute sa puissance magique, elle mit un point d'honneur à constituer un adversaire de taille pour son petit ami, le forçant à recourir à toutes ses capacités pour parvenir à l'atteindre. Pendant que Potter faisait de son mieux pour inculquer aux autres élèves les bases des sortilèges et corriger leurs erreurs, Megan tâchait de perfectionner les méthodes de Kevan, Fred et George, et Ginny, suivie de Michael Corner, se joignaient souvent à leur petit groupe au fond de la salle. Megan prenait très à cœur ce projet, il était une chance pour elle de rattraper ses propres erreurs de l'année passée, ou au moins d'en atténuer les conséquences. Elle ne se reposerait pas tant que les gens qui comptaient pour elle ne seraient pas parfaitement prêts à affronter la menace que représentaient Voldemort et ses Mangemorts.

Umbridge n'avait aucune idée de ce qui se tramait sous ses yeux globuleux. L'A.D. lui résistait sous son nez en faisant précisément ce que le ministère redoutait le plus. Il apparut cependant qu'il était difficile, voire impossible, de choisir un jour fixe pour leurs réunions en raison des horaires qu'imposait l'entraînement de trois équipes de Quidditch, et que le mauvais temps venait souvent modifier. Megan et Hermione se concertèrent alors pour élaborer une méthode efficace de communication de la date et de l'heure de la prochaine réunion à tous les membres de l'A.D. en cas de changement imprévu : il aurait semblé suspect, en effet, que des élèves de différentes maisons traversent trop souvent la Grande Salle pour aller se parler. Ainsi, à la fin de leur quatrième séance, toutes deux donnèrent à chacun un faux Gallion. (Ron sembla très excité lorsqu'il vit le panier et fut convaincu qu'elles distribuaient bel et bien des pièces d'or.)

- Vous voyez les chiffres, sur la tranche de la pièce ? dit Hermione en tenant l'un des Gallions entre le pouce et l'index.

A la lumière des torches, la pièce d'or scintillait d'un bel éclat jaune vif.

- Sur les vrais Gallions, il s'agit simplement d'un numéro de série désignant le gobelin qui a frappé la monnaie. Sur ces fausses pièces, en revanche, les chiffres changent et indiquent le jour et l'heure de la prochaine réunion.

- Si la date est modifiée, la pièce chauffe et vous la sentirez dans votre poche, poursuivit Megan. Nous aurons chacun un faux Gallion. Lorsque Potter fixera la date de la prochaine séance, il changera les chiffres de son propre Gallion et comme on a soumis toutes les pièces à un sortilège Protéiforme, les autres indiqueront automatiquement les mêmes chiffres.

Un silence total suivit leurs paroles. Déconcertée, Hermione regarda les visages levés vers elles.

- Enfin je... j'ai pensé que c'était une bonne idée, dit Hermione d'une voix mal assurée. Même si Umbridge nous demande de vider nos poches, elle ne verra rien de suspect dans un simple Gallion... Mais heu... si vous ne voulez pas de notre système...

- Vous arrivez à jeter un sortilège Protéiforme ? s'étonna Terry Boot.

- Oui, répondit Megan en haussant les épaules.

- Mais c'est... c'est du niveau des ASPIC, ça, dit-il d'une voix timide.

- Oh, dit Hermione en s'efforçant d'avoir l'air modeste, oui, heu... c'est possible...

Megan ne broncha pas.

- Comment se fait-il que vous ne soyez pas à Serdaigle ? demanda le garçon en les regardant avec une expression proche de l'émerveillement. Avec des cerveaux comme les vôtres ?

- Oh, il est vrai que le Choixpeau a sérieusement envisagé de m'y envoyer au moment de ma Répartition, répondit Hermione d'un air radieux, mais finalement, il s'est décidé pour Gryffondor.

- Toi aussi, Meganna ? Demanda Terry.

- Vous êtes d'accord pour utiliser les Gallions ? Répondit-elle en évitant la question.

Il y eut un murmure d'approbation et chacun s'avança pour prendre une pièce dans le panier. Potter lança aux deux jeunes filles un regard en biais.

- Vous savez ce que ça me rappelle ?

- Non, quoi ?

- La marque des Mangemorts. Il suffit que Voldemort touche l'une d'elles pour que toutes les autres marques deviennent douloureuses. Ils savent alors qu'ils doivent le rejoindre.

- Oui, acquiesça Megan avec une légèreté feinte. C'est ce qui nous a donné l'idée.

Comme si le garçon pouvait lui apprendre quoi que ce soit sur la Marque des ténèbres, gravée sur sa peau.

- Mais tu auras quand même remarqué que nous avons gravé les chiffres sur des morceaux de métal pas sur la peau, ajouta Hermione à voix basse.

- Oui... Je préfère votre méthode, dit Potter avec un sourire en glissant son Gallion dans sa poche. Le seul ennui, avec ces pièces, c'est qu'on risque de les dépenser par inadvertance.

- Aucun danger, dit Ron qui contemplait son propre Gallion d'un air un peu triste. Je n'ai aucun vrai Gallion avec lequel je puisse le confondre.