A sister needs her brother-Eva Kroon Pike
Vendredi 26 février 2016
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Elle était fatiguée. Non pas à cause du temps qui passait, mais plutôt parce qu'elle se préoccupait de beaucoup trop de choses à la fois, ce qui faisait surchauffer son cerveau. Même si elle trouvait ces réunions finalement assez enrichissantes et instructives, elle n'avait plus qu'une seule envie : qu'elle et les autres rentrent enfin chez eux, qu'ils puissent se reposer et ne plus penser à quoi que ce soit d'un tant soit peu stressant. Du moins, pendant au moins quelques jours, voire même semaines si cela leur était possible. Elle avait déjà songé à suivre la voie qu'avait prise Clint, c'est-à-dire prendre une sorte de « retraite », comme avait prévu de le faire Tony un an plus tôt. Seulement, certaines choses étaient survenues et avaient quelque peu bousculé les plans du milliardaire. Il avait fallu qu'il s'adapte, même si cela n'avait pas été tous les jours très facile. Mais malgré les quelques complications, ils s'en étaient sortis ensemble.
-Tu n'es plus avec les autres ?
Elle se retourna d'un geste vif, surprise d'entendre que quelqu'un l'avait rejoint, mais fut rassurée en découvrant qu'il s'agissait simplement de Tony, qui avait décidé d'abandonner sa veste de smoking derrière lui pour la fin de la soirée. Il la rejoignit et s'assit à ses côtés, tout comme elle-même l'avait fait avec Thor le jour de leur arrivée sur Arcturus IV.
-J'avais besoin d'air, se justifia-t-elle. Les dernières heures ont été assez… Eprouvantes. Entre le risque de perdre la Terre et toutes les conversations que j'ai pu avoir aujourd'hui… Je devais m'isoler un court instant pour faire le point. Comment ça se passe, à l'intérieur ?
-Oh, et bien, Peter est sous la surveillance de Bucky pour éviter qu'il ne touche à une seule goutte supplémentaire d'alcool, et lorsque je suis sorti, Natasha était en train de parler avec l'amie asgardienne de Thor sur l'échange que tu avais eu avec son abruti de frangin… A ce qu'il parait, il t'a invitée à danser ? demanda-t-il d'un ton qui mêlait l'inquiétude et la curiosité.
-Il tenait à me parler, et il se doutait que je n'aurais probablement pas accepté s'il me l'avait simplement demandé. Disons qu'il a trouvé une alternative… Est-ce que tu es au courant de ce qu'il se passe chez nous ?
-Plus ou moins, confirma-t-il. Rogers m'a tout expliqué sous forme de message, et il m'a fallu un bon quart d'heure pour comprendre son entièreté. Il va falloir que l'on songe à lui expliquer comment taper correctement sur un clavier pour éviter d'inverser des lettres tous les trois mots… Mais pour revenir à ce qu'il m'a dit, je crois que nous ne devrons pas trainer une fois les réunions du Conseil terminées. Savoir que nous cohabitons avec des fourbes pareils risque de me filer des insomnies. J'ai d'ailleurs encore du mal à comprendre comment tu fais pour garder ton calme comme ça…
-Crois-moi, je ne suis absolument pas sereine, parce que je sais très bien qu'à tout moment, les problèmes peuvent s'enchainer. Je suis bien loin d'être aussi rassurée que j'en ai l'air. Ne pas savoir qui nous joue ce tour me stresse énormément. J'ai juste envie de connaitre son identité, l'empêcher de continuer à s'en prendre à notre planète et rentrer. Je veux juste… Avoir la paix pendant quelques temps. Plus aucun contact avec le monde extérieur parce que ça commence sérieusement à m'énerver qu'il y ait en permanence un problème à régler.
-Techniquement… Prendre des vacances, ce n'est pas aussi simple que ça, pour nous, soupira Tony en appuyant ses mains sur le sol, les yeux rivés vers le ciel coloré. Quoi qu'il arrive, on dirait que le monde aura toujours besoin d'un coup de main de notre part. Il faut bien que quelqu'un s'occupe de protéger les autres, non ? Et c'est tombé sur nous. Mais je pense que malgré les petits « dérapages » qu'il y a pu avoir, nous avons quand même su gérer un bon nombre de problèmes. Notre boulot n'est pas vraiment facile, je te l'accorde, mais tu l'as toi-même spécifié aujourd'hui ; ce que nous faisons est bien. Enfin, la plupart du temps. Les erreurs peuvent arriver.
-Mais une seule erreur, même infime, peut nous conduire à une nouvelle guerre. Je ne sais pas si tu as lu tous les dossiers de Fury concernant les missions des X-Men depuis la fondation du groupe, mais à chaque fois, nous étions à peu de choses près de déclencher des catastrophes. En 2002, Erik était sur le point de faire exploser toute une flotte de navires de l'armée américaine. Trois ans plus tard, Raven a bien failli commettre un meurtre, qui aurait été l'élément déclencheur de l'extinction de tous les mutants. Et il y a trois ans, c'est toute la planète qui a failli être réduite en esclavage lorsqu'Apocalypse a fait son retour. J'ai peut-être défendu la cause des humains aujourd'hui, mais je me demande quand même si ce que nous faisons sert vraiment à quelque chose puisque de toutes manières, c'est comme si notre monde était condamné à s'en prendre plein la gueule.
-Je n'ai peut-être pas lu tous vos rapports, lui répondit-il, mais je sais ce que vous avez fait pour empêcher ces « catastrophes » comme tu dis. Qu'est-ce qu'il t'arrive, on dirait presque que tu n'as plus confiance en toi…
-Je n'en sais rien, souffla-t-elle. J'ai simplement… Je crains qu'il ne nous arrive encore quelque chose. Je sais que la vie s'est déjà pas mal acharnée sur nous, mais j'ai en permanence l'impression que nous ne serons jamais tranquilles… Pas au niveau des ennemis de la Terre en général, mais disons plutôt dans un cercle plus restreint. J'ai en permanence peur d'un tas de choses qui m'empêchent parfois de fermer l'œil, même si je fais mon possible pour ne pas le montrer.
-Quoi comme ? la questionna-t-il en fronçant les sourcils. Quel genre de choses ?
Elle tourna lentement la tête vers lui, et il remarqua à quel point elle semblait attristée, ce qui l'inquiéta un peu plus. Il était rare qu'il la voie ainsi, et cela lui procurait toujours de la peine, sans même savoir ce qui la tourmentait autant.
-… J'ai peur de te perdre, avoua-t-elle enfin d'une demi voix.
Tony ouvrit la bouche, surpris, mais aucun son ne put en sortir bien qu'il en ait eu une folle envie à cet instant précis. Jamais elle ne lui avait fait part de cette crainte-ci, mais maintenant qu'elle se confiait à lui à ce propos, il se rendit compte que c'était plus qu'évident. Depuis qu'ils étaient réunis, il n'avait pas spécialement pensé à cela, mais cela refaisait désormais surface et il eut un pincement au cœur. Pour lui, à partir du moment où ils s'étaient retrouvés, la question ne s'était plus posée une seule fois dans sa tête. Il lui arrivait encore de rêver de cet instant où l'officier Davies lui annonçait le décès des trois membres de sa famille et à chaque fois, il finissait par se réveiller en sachant que les choses avaient changé. Mais comment avait-il pu passer à côté du fait que sa petite sœur en souffrait bien plus que lui encore aujourd'hui ?
Il passa un bras autour d'elle et elle posa sa tête sur l'épaule de son frère en fermant un court instant les yeux.
-Je ne veux plus jamais être séparée de toi aussi longtemps, murmura-t-elle, la gorge nouée.
-Ça n'arrivera pas, lui assura immédiatement Tony en la tenant contre lui. Je ne laisserai personne t'éloigner à nouveau, je t'en fais la promesse, plus jamais ce genre d'horreur ne nous arrivera. Le premier qui essayera de s'en prendre à toi ne s'en sortira pas vivant. Je ne te laisserai jamais tomber, d'accord ?
Elle hocha doucement la tête, se sentant plus que jamais en sécurité auprès de lui. Ses souvenirs d'enfance lui revirent en mémoire, les si nombreuses fois où elle s'était réveillée en hurlant après un cauchemar, que Tony avait débarqué dans sa chambre pour la rassurer et la bercer jusqu'à ce qu'elle s'endorme à nouveau. Tout lui semblait si proche, malgré les longues et douloureuses années qui s'étaient écoulées entre temps.
Il déposa un baiser sur son front et soupira, les yeux portés vers l'horizon. Cela lui faisait mal au cœur de la voire comme ça, mais quoi qu'il puisse arriver, il serait toujours là pour lui remonter le moral, même dans les pires moments.
-J'ai besoin de toi, déclara-t-elle calmement.
-Il en va de même pour moi, affirma-t-il. Et c'est justement ce qui fait notre force, enchaina-t-il. Nous sommes soudés dans n'importe quelle situation. Il n'y a rien ni personne qui puisse venir à bout de nous. Tant que l'on sera là pour veiller l'un sur l'autre, je ne pense pas que nous ayons le moindre souci à nous faire.
Elle redressa un peu la tête et esquissa un sourire. Elle ignorait comment il faisait pour toujours trouver les bons mots avec elle, alors qu'un peu plus d'un an plus tôt, ils ne pouvaient pas tenir enfermés dans la même pièce plus d'une heure sans s'engueuler, à part lorsqu'ils travaillaient. Sa main alla instinctivement chercher celle de l'homme et elle la serra dans la sienne. Lorsqu'il était là, ses craintes s'estompaient aussi rapidement qu'elles avaient fait leur apparition.
-Peut-être devrait-on retourner à l'intérieur, afin de rejoindre les autres, dit soudainement Tony. J'aimerais bien connaitre l'avis de Romanoff sur ce que Rogers nous a fait parvenir par message, poursuivit-il en se redressant avant d'aider sa sœur à faire de même.
Elle acquiesça et ensemble, ils se dirigèrent vers les portes qui menaient vers l'intérieur de l'infrastructure. Avant qu'ils n'entrent, la mutante stoppa cependant Tony en l'attrapant par le bras, et ce dernier s'arrêta de marcher.
-Merci, lui dit-elle simplement, ce qui arracha un sourire au milliardaire, puis ils reprirent leur route sans rien ajouter de plus.
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Wanda était montée sur le toit de la caravane des scientifiques pour être un peu plus au calme après la soirée mouvementée qu'elle avait passée. Les révélations qui leur avaient été faites lui avaient glacé le sang et elle avait même fini par en avoir mal au crâne. Steve avait été le premier à le remarquer, alors il lui avait fait la proposition de sortir un peu prendre l'air. Elle était désormais assise en tailleur, un livre ouvert parlant de la mythologie nordique posé sur les genoux. Lire l'aidait à se détendre et penser à autre chose. Elle pouvait temporairement fuir le monde qui l'entourait pendant quelques instants. Elle sursauta lorsqu'elle se rendit compte que Vision s'était joint à elle. Depuis combien de temps ? Elle l'ignorait, mais après avoir passé les dernières minutes perdues dans ses pensées, cela eu pour effet de la surprendre.
-Je ne voulais pas t'effrayer, s'excusa-t-il immédiatement en la voyant légèrement reculer.
-J'ai simplement été surprise, le rassura-t-elle en fermant son ouvrage avant de le déposer à côté d'elle. Est-ce que tout se passe bien à l'intérieur ?
-Assez, oui. Le docteur Selvig est en train d'essayer de trouver un moyen efficace de contrer cette forme d'attaque qui menace dangereusement la planète. Mademoiselle Foster continuait d'expliquer à Monsieur Rogers comment elle et ses associés ont fait pour retrouver la source de ces ennuis, alors que plusieurs milliards de kilomètres nous séparent de ceux qui en sont à l'origine. Quant à Mademoiselle Lewis, elle et son compagnon ont brusquement décidé de contacter quelqu'un qui apporterait à l'ensemble du groupe de quoi s'alimenter.
La jeune sorcière esquissa un sourire.
-Ai-je dis quelque chose d'amusant ? lui demanda l'intelligence artificielle d'un ton neutre.
-Non, c'est juste que… Après un an à nous avoir côtoyés, tu t'exprimes toujours d'une façon… Très « raffinée », on va dire. Mais ne change pas, ajouta-t-elle. Cela change des gens à qui on a affaire en général qui ne sont pas capable d'aligner correctement un sujet, un verbe et un complément… Mais sinon, ai-je manqué quelque chose d'important depuis mon départ ?
-Non, je ne pense pas. Te sens-tu mieux ? demanda-t-il ensuite. Tu ne paraissais pas réellement au meilleur de ta forme, ce soir.
-Disons que je m'inquiète un peu pour le reste de la bande… Je veux dire, ceux qui sont là-bas. Ils savent qu'ils sont potentiellement en danger, et savoir qu'on ne peut rien faire pour les aider de là où nous sommes, ça me perturbe plus qu'autre chose. Je ne veux pas qu'il leur arrive quoi que ce soit.
-J'imagine bien. Mais ils sont parfaitement capables de se défendre en cas de problème, déclara Vision. Nous les avons tous les deux vus à l'œuvre, je ne pense pas qu'ils se laisseront abattre si quelqu'un tente de s'en prendre à eux. Et quand bien même un quelconque individu essayerait, il n'en ressortirait pas indemne. Ces personnes-là ne semblent pas vraiment savoir à qui elles se mesurent. Mais quelque chose me dit que tu es plus angoissée à l'égard de quelqu'un en particulier.
-… Tu as raison. C'est la première fois que je me retrouve séparée de mon frère. Je veux dire, qu'il soit envoyé aussi loin. Et après ce qu'il lui est arrivé l'an passé, je… Je me fais encore plus de souci à son sujet. Il se met toujours dans des situations pas possibles… Il est capable d'avoir des problèmes sans que ça soit possible à la base d'en créer.
-Il est vrai qu'avec des dires pareils, il y a de quoi s'en faire, se mit à réfléchir Vision à haute voix. Mais n'aies crainte. Il est bien entouré, et le reste de leur séjour se déroulera merveilleusement bien.
-Espérons que tu aies raison, soupira Wanda. En tous cas, tu arrives toujours à trouver les mots qui aident à remonter le moral, enchaina-t-elle en souriant. Mais je ne voudrais pas te priver de ton temps avec les autres, tu sais, ça ne m'ennuie pas plus que ça de me retrouver seule.
-Et cela ne me dérange en rien de te tenir compagnie, lui répondit-il.
Elle se mit à sourire de plus belle. Elle aussi aimait bien passer du temps avec Vision, avec qui elle ne se lassait jamais de parler de tout et de rien. Il avait toujours un sujet de conversation intéressant à aborder, quel qu'il soit. Elle ne s'ennuyait jamais lorsqu'il était là. Wanda voulut ajouter quelque chose, mais la porte de la caravane s'ouvrit et Darcy en sortit, puis elle leva les yeux vers eux.
-Descendez de là, les tourtereaux, le livreur va pas tarder ! lança-t-elle avant de rentrer aussi rapidement qu'elle était sortie.
-Pourquoi nous a-t-elle qualifiés de noms d'oiseaux ? questionna l'intelligence artificielle à la mutante, ce qui amusa la jeune femme.
-Je te l'expliquerai plus tard, lui promit-elle avant de se redresser pour descendre du toit et rejoindre les autres.
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-Tu sais, dit Tony à sa sœur alors qu'ils marchaient ensemble dans un couloir qui les conduisaient vers la salle où se trouvaient tous les autres, les choses risquent d'être mouvementées à notre retour sur Terre… Les gens se posent des questions et ils vont forcément vouloir obtenir des réponses de notre part concernant… Eh bien, concernant ton retour.
-Tu ne m'apprends rien, lui assura-t-elle. Je n'arrête pas d'y penser. Pour beaucoup de personnes, cela fait plus de vingt ans que Madison Stark n'existe plus, et voilà qu'elle réapparait subitement sans prévenir, avant de s'enfuir pour aller se planquer chez elle… Je n'ose pas imaginer comment ceux qui nous connaissaient à l'époque ont réagi… J'ai déjà eu l'occasion de recroiser Christiane, mais à part elle…
-Il va en effet y avoir du monde… Certains refuseront d'y croire, bien sûr, mais les analyses ne trompent pas, tout comme tes souvenirs qui sont finalement revenus. Pendant plus de deux décennies, j'ai été le seul à conserver des photos de toi enfant, personne d'autre n'en avait. Je te l'ai dit l'an passé, je ne voulais pas voir ton image étalée partout dans les journaux… Par respect pour toi et… Et parce que ça aurait été trop dur de te voir sur papier en sachant que ça ne serait plus le cas dans la vraie vie. Peut-être que si j'avais laissé ta photo circuler… Logan t'aurais ramenée après t'avoir retrouvée, et…
-Hey, pas de remords, lui dit-elle en posant ses mains sur les épaules de l'homme. On ne peut pas changer ce qui est arrivé, et tu le sais très bien. Bien sûr que les choses auraient été différentes, il y a plein de petits détails qui auraient pu influencer la façon dont nous nous sommes retrouvés, mais pour ma part, je me contenterai des retrouvailles que nous avons eues, même si elles n'étaient pas forcément joyeuses et qu'elles ne se sont pas effectuées dans de très bonnes circonstances. Nous avons chacun évolué de notre côté, et regarde-nous aujourd'hui.
-En tous cas… Je suis content que tu aies su bien t'entourer, que des gens se soient aussi bien occupés de toi, reprit-il en récupérant une once de sourire. Je fais justement référence à Logan, qui t'a élevée et protégée comme si tu étais sa fille. Je ne saurai jamais comment le remercier, je lui serai toujours redevable, quoi qu'il arrive, pour avoir pris soin de toi, malgré les problèmes personnels auxquels il devait faire face.
-Sache qu'il t'aime bien, affirma Madison. Il m'a dit qu'au-delà de ce qu'il avait pu s'imaginer à ton égard à cause de cette réputation qui te précède, tu es quelqu'un d'assez responsable, dans le fond. Il m'en a parlé quelques heures après que nous ayons détruit North Olmsted, l'an passé. Et son avis n'a pas l'air d'avoir changé depuis.
Il passa un bras autour de ses épaules en soupirant.
-Mais quelle vie on a, nous… Franchement, dans le compliqué, on atteint des sommets…
-Je confirme, soupira-t-elle. Mais bon, comment serait la vie sans un minimum d'action ?
-Probablement moins passionnante, déclara Tony en prenant un air faussement sérieux.
A peine eut-il achevé sa phrase qu'ils aperçurent, venant de tourner au bout du couloir, Bucky venir à leur rencontre d'un pas un petit peu trop pressé pour que cela soit qualifiable de « naturel ». Il se dépêcha de les rejoindre, paraissant quelque peu préoccupé.
-Il faut que vous reveniez tout de suite, leur dit-il sans attendre qu'ils ne lui demandent ce qu'il se passe. On a, comme qui dirait, un « léger » problème.
Madison et Tony échangèrent un bref regard avant de se mettre à suivre le Soldat d'hiver, qui était déjà reparti dans la direction opposée sans rien ajouter, n'étant visiblement venu que pour les prévenir. Les deux individus pressèrent le pas en voyant que leur ami accélérait le rythme de sa marche. Plus ils s'approchaient de la grande salle, plus les éclats de voix qui en provenaient parvenaient distinctement à leurs oreilles. Une fois arrivés, le premier poussa les portes et invita les deux autres à avancer derrière lui.
-Barnes, quel est le souci ? lui lança le milliardaire en fronçant les sourcils, tandis que tous les trois allaient vers l'espèce de large cercle qui s'était formé un petit peu plus loin. Une minute, c'est Thor qu'on entend crier comme ça ?
Effectivement, il ne leur fallut pas longtemps avant de reconnaitre la voix du dieu du tonnerre, qui paraissait vraiment hors de lui. Les trois Avengers se frayèrent un chemin parmi les quelques personnes qui leur bouchaient la vue et ils purent enfin apercevoir le blond faisant face à Loki, tandis que tout le monde autour les observait sans oser prononcer le moindre mot. Les deux frères étaient bel et bien en train de se disputer, et cela semblait même en effrayer certains, qui avaient prudemment reculé de quelques pas.
-Et personne ne fait rien ? clama la mutante en regardant le soldat.
-Interférer dans un duel, même seulement verbal, entre deux dieux ? lui répondit Volstagg en se postant près d'eux. Croyez-moi, j'ai assisté à suffisamment de bagarres entre eux pour savoir qu'il ne faut pas intervenir. Vous voulez une preuve que personne ne fera rien, de toutes manières ? enchaina-t-il en lui désignant un point précis, et lorsqu'elle tourna la tête, elle reconnut les trois Doyens, situés à quelques mètres de là, ne se préoccupant nullement de la scène qui se déroulait presque sous leurs yeux. Les conflits sont une chose courante, et même si j'aimerais sincèrement mettre une raclée à cet abruti de Jotün, je…
Il n'eut pas le temps de poursuivre que la jeune femme l'avait obligé à se décaler pour passer en marmonnant « C'est ce qu'on va voir… ». Sachant que cela ne servirait à rien, Tony ne chercha même pas à la retenir. Il savait que s'il essayait, il risquait beaucoup. Et il n'aimait pas particulièrement se mettre en travers du chemin de sa sœur, connaissant l'étendue de ses pouvoirs lorsque l'on la contrariait. Sans la moindre inquiétude, la jeune femme s'avança en direction des deux rivaux, ce qui les obligea à se séparer momentanément, bien que l'asgardien tentât cependant de revenir à la charge.
-Hey, ça suffit ! s'exclama-t-elle d'un ton dur et sec qui en fit frissonner plus d'un tout en plaquant sa main droite sur le torse de Thor pour l'empêcher d'avancer davantage vers son frère. Non mais sérieusement, qu'est-ce que vous fabriquez, tous les deux ? Vous avez quel âge ? ajouta-t-elle en croisant le regard du blond, et il comprit que c'était surtout à lui que s'adressait cette dernière réplique. Vous croyez sincèrement que c'est le moment et le bon endroit pour vous chamailler comme deux gamins ? poursuivit-elle en tournant la tête vers Loki.
-Il l'a cherché ! se défendit Thor comme il put.
-Moi, l'avoir cherché ? Tu es le premier à t'être emporté pour rien ! répliqua l'homme aux cheveux sombres. Et puis pourquoi t'entêter à m'affronter si c'est pour que je sois toujours celui qui en ressort vainqueur, et accessoirement, sans la moindre égratignure ? De plus, contrairement à toi, je n'ai pas besoin d'un stupide outil pour me défendre…
En effet, le nez du blond était en sang, et celui-ci serrait fermement Mjolnir dans sa main droite. Cependant, il le déposa sur l'établi derrière lui lorsque son frère lui lança cette phrase et fit un pas en avant, mais la mutante l'empêcha d'avancer, ce qui en surpris quelques-uns à cause de la force qu'avait habituellement le dieu du tonnerre.
-Je sais très bien que tes intentions ne sont pas louables, siffla Thor, l'œil mauvais, n'ayant plus grand-chose le retenant. Tu as beau essayer de te faire des alliés, tout le monde sait que tu finiras tôt au tard par nous trahir, une fois de plus !
-Et quelles preuves as-tu pour avancer de tels propos ? rétorqua Loki en s'avançant vers lui, mais Madison leva son autre main dans sa direction afin de l'en dissuader.
-C'est bon, vous avez fini ? les réprimanda-t-elle. Est-ce trop vous demander de passer ne serait-ce quelques heures dans la même pièce sans commencer à vous taper dessus comme le feraient deux gosses de cinq ans ? Apprenez un peu à vous contrôler !
-Mauvaise foi venant de vous, souffla le dieu de la malice.
-Loki… gronda Thor.
-Moi, contrairement à vous, reprit Madison, je ne m'en prends qu'à des potentiels ennemis, pas à mes proches. Et non, juste un coup de poing, ça ne compte pas, parce que toi, tu l'avais vraiment cherché, lança-t-elle à l'adresse de Tony, sentant que celui-ci avait été sur le point de faire une remarque, mais il se ravisa en entendant sa sœur le « rappeler à l'ordre », puis la jeune femme se concentra à nouveau sur les deux individus qu'elle avait séparé, notamment celui qui continuait à lancer des pics : Ne vous avais-je pas demandé d'arrêter de le tourmenter comme vous prenez plaisir à le faire ?
-Je n'ai fait que me défendre, déblatéra calmement Loki.
-Ah, vraiment ? Pourtant, d'après ce qu'on dit sur vous, il ne serait pas étonnant que cela soit encore vous qui soyez à l'origine des problèmes de ce soir. D'après ce que je sais, n'avez-vous pas un don pour royalement emmerder quiconque ose vous balancer la vérité sur votre personne ? Autrement dit, vous dire sans la moindre gêne que vous êtes juste un profond connard ?
L'expression faciale du Jotün changea radicalement. Quelques murmures s'élevèrent autour d'eux.
-Qu'avez-vous osé dire ? fulmina-t-il en plissant les yeux.
-Vous m'avez parfaitement comprise, répondit-elle, une lueur verdâtre traversant son regard impassible. Vous êtes un enfoiré, doublé d'un lâche qui plus est, rapporta-t-elle en se détachant de Thor pour mieux faire face au dieu de la malice. Et vous êtes plus faible que vous n'y laissez paraitre.
-Moi, faible ? Vous semblez ignorer beaucoup de choses sur ce que je suis, Stark, l'avertit-il en faisant un pas vers elle. Si j'étais vous, je ferais attention à ce que je dis.
Thor voulut s'avancer lui aussi, mais Madison l'en dissuada en lui faisant signe que tout allait bien.
-Et sinon quoi ? Que me feriez-vous pour vous venger simplement parce que je vous ai exposé votre plus grand défaut à la figure ? Vous m'attaqueriez ? Essayez pour voir, je vais ai déjà dit que vous ne me faisiez pas peur. En fait, lorsque vous vous énervez, vous ressemblez plus à un chaton enragé qu'à autre chose, déclara-t-elle d'un ton à la fois si sérieux et sarcastique que les quatre autres midgardiens ne purent s'empêcher de sourire et très rapidement, d'autres représentants les imitèrent.
-Surveillez vos paroles, lui intima Loki en s'approchant davantage, et instinctivement, la mutante recula au fur et à mesure qu'il « gagnait du terrain ». Je pense que vous avez un petit peu trop confiance en vous, vous devriez peut-être apprendre à vous montrer plus prudente lorsque vous vous adressez à quelqu'un de bien plus puissant que vous. Et ce n'est pas parce que vous avez par je ne sais quel miracle hérité des pouvoirs d'une déesse que cela est susceptible de m'impressionner. Après tout, vous ne restez qu'une midgardienne insignifiante, la défia-t-il, tandis qu'elle continuât à marcher à reculons sans pour autant avoir peur.
Elle s'arrêta cependant de bouger au bout d'un moment, se disant que de toutes façons, il ne cherchait que de la provocation. De l'attention. Une forme d'admiration, au final. Il voulait simplement montrer aux autres de quoi il était capable, mais il manquait cruellement sa chance en tentant de s'en prendre à la mutante, à qui cela ne faisait ni chaud ni froid d'être menacée par lui. Sa main gauche toucha quelque chose derrière elle, et il ne lui fallut qu'un dixième de seconde pour savoir de quoi il s'agissait. Intérieurement, elle jubilait presque. Mais face à l'homme, elle ne laissait rien paraitre.
-Oui, enfin… La midgardienne insignifiante que je suis a quand même en sa possession quelque chose de plus que vous, reprit Madison après une courte pause. Quelque chose que vous n'aurez jamais.
-Ah vraiment ? sourit narquoisement Loki en la regardant de haut, avant d'approcher son visage du sien. Et qu'est-ce donc ?
-Ceci, s'exclama-t-elle en lui montrant ce qui se trouvait jusqu'à présent derrière elle et qu'elle tenait désormais dans sa main gauche, l'agitant sous le nez du Jotün.
Plus un son ne se fit entendre dans la salle. Tous dévisageaient les deux rivaux, immobiles, silencieux, estomaqués. Certains reprirent ensuite leurs chuchotements, surpris. Madison se doutait bien que son action susciterait un minimum de réactions de ce genre, mais elle resta de marbre face au dieu de la malice, qui l'observait avec des yeux écarquillés, comme à peu près tous les autres individus présents dans la pièce, que cela soit ses nouveaux alliés ou ses acolytes de la Terre et d'Asgard.
Elle tenait Mjolnir.
-Voilà ce qu'il va se passer, lui dit-elle très calmement en effleurant le thorax de Loki avec le marteau. Vous allez arrêter de jouer les malins avec tout le monde, à moins que vous ne vouliez que je commence à réellement m'énerver. Et croyez-moi, vous n'avez absolument pas envie de voir ce que cela va donner. Ne tourmentez plus Thor comme vous le faites tout le temps ou vous risquez de vous mesurer à toute une équipe qui est bien loin de plaisanter. Oh, et… Une dernière chose, ajouta-t-elle en posant le bout de l'arme sur le buste de l'homme, et une impulsion électrique le fit reculer de quelques centimètres. Ne me menacez plus jamais.
Il la dévisagea durant plusieurs secondes avant d'être le premier à reculer, puis il se dirigea vers la sortie. Il marcha vers la porte d'un pas rapide, furibond, il était totalement hors de lui, mais jamais il ne l'admettrait à quiconque. Madison poussa un profond soupir qui se trouvait être à la limite de l'exaspération. Après cela, elle reporta toute son attention sur les gens qui l'entouraient, et tous la regardaient toujours avec ce même air ahuri, las voyant avec Mjolnir en main. Elle décida d'en faire abstraction et son regard croisa celui de Thor.
-Regarde un peu dans quel état tu es, soupira-t-elle avant de lever les yeux au ciel comme si elle avait affaire à un enfant de trois ans qui venait tout juste de se rouler dans la boue. Suis-moi, poursuivit-elle en faisant un signe de sa main libre afin qu'il l'accompagne un peu plus loin, là où les autres arrêteraient de les épier comme s'ils étaient des anomalies de la nature.
