Erwin se décala légèrement de l'entrée pour laisser passer la jeune femme avant de refermer la porte derrière lui. Il nota que son garde du corps, dont la voix qu'il avait entendu semblait être celle de Liam, avait eu la délicatesse de cacher sa présence.
Si la jeune femme avait jeté un rapide coup d'œil à la pièce, il put sentir distinctement qu'elle ne tarda pas à recentrer son attention sur lui. Son regard commença à lui brûler la peau et il esquissa un sourire face à cette sensation qu'il n'avait pas ressenti depuis longtemps.
Il s'assit sur son lit et observa Lilith en silence. Elle lui avait semblé légèrement nerveuse lorsqu'il lui avait ouvert, mais cette impression était visiblement restée au pas de la porte avec Liam. À présent, elle semblait en terre conquise. Sa respiration était lente et régulière, et son demi-sourire laissait entendre qu'elle avait déjà obtenu ce qu'elle voulait. Avait-elle douté qu'il la laisse entrer ?
Le silence qu'Erwin s'était amusé à instaurer ne sembla pas perturber Lilith qui s'avança lentement vers lui jusqu'à devoir légèrement baisser la tête pour continuer leur échange de regards. Le Major aurait certainement gagné ce duel si son attention n'avait pas été soudainement happée par cette mèche de cheveux humides. Une goutte d'eau s'en était échappée sans crier gare, et il ne put s'empêcher de suivre son chemin de la joue droite de la jeune femme jusqu'à sa clavicule, avant qu'elle ne se confonde au tissu beige de sa robe.
Il se demanda quelle expression de visage il avait bien pu dévoiler pour que les yeux de Lilith lui semble tout à coup si perçants. Sans lui laisser le temps de réagir à ce soudain changement d'ambiance, la jeune femme vint s'asseoir sur sa cuisse, une jambe de chaque côté, les genoux contre le matelas du lit modeste de la chambre. Elle glissa ensuite ses mains le long des épaules d'Erwin, toujours ce même sourire aux lèvres.
Elle avait de l'audace. Non pas que cela l'étonnait vraiment au vu de ce qu'il connaissait d'elle, mais tout de même, il fallait oser. Il l'enlaça alors et l'attira à lui pour l'embrasser. Il tenta d'élucider le mystère de l'ouverture de sa robe, afin de réparer l'injustice selon laquelle il était le seul à être en parti déshabillé, mais ne trouva aucune indice dans son dos.
Nullement dupe, Lilith laissa échapper un petit rire avant de se dégager légèrement de lui, toujours à califourchon sur sa cuisse. Il prit un air inspiré en la voyant dévoiler l'ouverture secrète qui se trouvait sur le côté de la robe, cachée par la partie supérieure de son bras droit. Un système astucieux de nouage qui une fois défait, laissa à Erwin le loisir de la contempler en sous-vêtements, mais surtout de pouvoir toucher directement sa peau.
Erwin l'avait à peine effleurée que Lilith plaqua sa main contre son torse, comme pour lui intimer de faire une pause.
- J'ai entendu que le château était très mal insonorisé. Lui dit-elle sans le lâcher du regard.
- C'est vrai. Mais tu es venue quand même...
- Je me suis dit que ça ne serait pas juste d'être la seule frustrée dans l'histoire... Ricana-t-elle alors qu'Erwin passa une main dans ses cheveux et fit s'effondrer ses dernières réticences.
Un bruit fracassant eut raison de leur petit moment d'égarement et Lilith se raidit après avoir sursauté et manqué l'arrêt cardiaque. Comme prise en flagrant délit, elle arbora un sourire mi-gêné mi-amusé, et referma sa robe avant d'éclater de rire. Le même bruit violent confirma à Erwin qu'il ne s'agissait pas d'une coïncidence. Le son, sec et puissant, ressemblait à un coup de pied dans un meuble. Livaï était réveillé. Il n'y avait que lui pour faire une chose pareille et sa chambre était plus proche que celle d'Hanji.
Au deuxième avertissement, Lilith étouffa son rire du mieux qu'elle put et décida de battre en retraite. Elle ne savait pas jusqu'où Livaï pourrait aller et n'avait aucune envie de le voir défoncer la porte du Major pour l'insulter et lui demander de regagner sa chambre. Erwin avait beau être son supérieur, leur relation pouvait être très décomplexée, et cette possibilité ne lui semblait pas si capillotractée.
La jeune femme caressa la belle chevelure d'Erwin dans un geste hâtif et lui déposa un dernier baiser avant de s'enfuir. Elle retrouva Liam qui s'était avancé dans les escaliers, ayant anticipé sa retraite forcée. Lui aussi avait du mal à ne pas exploser de rire et se retenait du mieux qu'il pouvait, les deux mains contre sa bouche.
- Tu emporteras tout ça dans ta tombe Liam ! Lui asséna-t-elle alors qu'ils couraient à pas de velours dans les couloirs.
Le lendemain matin, Erwin retrouva son Caporal dans le salon, une tasse de thé à la main. Son visage semblait encore plus fermé que d'habitude et il devina qu'il était encore énervé. L'animosité qu'il ressentait pour Lilith lui paraissait tout de même un brin excessif. Certes, Livaï n'avait jamais porté la Noblesse dans son cœur, et elle représentait à la perfection cette facette intouchable, superficielle et désinvolte de l'Aristocratie. Cependant ils avaient tous compris depuis le temps, qu'il ne s'agissait que d'un masque. Lilith venait certes d'un milieu très aisé, et ses talents d'actrice était assez déstabilisants, mais au-delà de tout cela, elle était une personne attachante et bienveillante ; du moins, avec eux toujours était-il.
Livaï le savait, et avait même pu entrevoir l'étendue de sa fragilité durant leur dernière expédition. Leur relation s'était alors légèrement améliorée, mais le petit brun ne supportait pas de les voir ensemble. Lilith n'aidait guère non plus lorsqu'elle le narguait ouvertement, mais même sans cela, Livaï s'était toujours positionné contre. Depuis le premier où Erwin avait prêté une tenue de rechange à la belle, le Caporal avait vu cette nouvelle rencontre d'un mauvais œil.
Les deux militaires se toisaient silencieusement depuis quelques minutes, et l'ambiance était incontestablement devenue glaciale. Leurs subordonnés s'étaient éloignés, ne comprenant guère ce qu'il se passait entre les deux hommes. Erwin semblait cependant serein, et n'arborait pas la même expression noire que le Caporal.
- Livaï, concernant hier soir tu n'étais pas obligé de...
- Je n'aurai pas cette conversation avec toi. Grommela-t-il avant de retourner en cuisine déposer sa tasse en porcelaine.
Il tomba alors nez à nez avec Lilith et lui fit comprendre sans un mot qu'il valait mieux qu'elle se décale pour le laisser passer. La jeune noble n'en fit rien et il força alors le passage, la faisant vaciller en arrière contre Liam. Le garde brun la rattrapa sans mal.
- Quelqu'un a mal dormi... Dit-elle tout haut tandis qu'Erwin baissa les yeux et se retint de rire.
Les quatre autres gardes de la Duchesse apparurent à leur tour dans la salle commune et saluèrent gaiement le Bataillon. Ils allèrent ensuite présenter leur respect à Livaï, conscients qu'il serait celui qui leur dispenserait l'entraînement. Son accueil glacial fit sourire la noble, qui se sentit désolée pour eux. Ils allaient passer une sale journée, c'était certain. Elle eut une pensée pour Liam, qui en plus de tout cela, avait assuré sa sécurité tout la nuit et n'avait donc guère fermé l'œil.
Une fois le Bataillon fin prêt, Livaï les fit se rassembler dehors, afin de leur expliquer le déroulé de l'entraînement. Pour l'occasion, et à la demande d'Erwin, il concentra les exercices du matin sur le combat et le renforcement musculaire, et déplaça la pratique des manœuvres tridimensionnelles à l'après-midi. Lilith assista silencieusement au briefing du Caporal et remarqua le stress des soldats. Il devait être très exigeant car ils ne semblaient pas ravis du programme.
Elle était cependant confiante quant à la survie de ses gardes. Autant, Lise et Thomas n'auraient sûrement pas appréciés subir cette matinée, mais ses autres hommes étaient tout à fait capable d'encaisser ce genre d'entraînement. Ils n'étaient ni des tendres, ni des enfants de chœur.
Hanji, Erwin et Lilith s'installèrent dans l'herbe et assistèrent à la torture des soldats. Ils ne se retinrent guère de commenter le niveau des gardes de la Duchesse, mais comme elle l'avait deviné, ils se défendaient très bien. La scientifique fut étonnée de constater la force physique d'Hans, jusque là discret et calme. Il n'était pas aussi épais que Ghérart, qui impressionnait beaucoup les soldats lors du corps à corps, mais le jeune garde avait un bon sens de l'équilibre et il était costaud ainsi qu'endurant. Hans était quelqu'un de confiance, et contrairement à d'autres, comme Roy ou Ghérart, Lilith n'avait jamais à s'inquiéter d'un quelconque débordement ou incident. Le garde n'était guère resté en compagnie de ses collègues et avait rejoint Eld et Gunther de l'escouade de Livaï, ainsi que Moblit. Elle fut amusée de les voir former un groupe aussi homogène qu'harmonieux.
Tim s'avérait être dans la moyenne, et Lilith prit sa défense en expliquant que ses points forts résidaient dans son approche fine des situations, son sang froid et son intelligence. À vrai dire, avant qu'elle ne le recrute, le jeune brun avait la réputation d'user davantage de sa tête que de ses bras. Ses assassinats étaient propres, rapides et sans accroc. Sa ressemblance physique avec Livaï s'estompait lors du corps à corps, car Tim était beaucoup plus expressif que le Caporal lorsqu'il était soumis à l'effort. Hanji en fut d'ailleurs profondément déçue et arrêta de faire des remarques à ce sujet.
Lilith constata sans surprise que la force physique de Ghérart ne suffisait pas toujours à combler son manque d'adresse. Il était moins vif et agile que pouvaient l'être Liam ou Roy, et perdait systématiquement contre ceux qui arrivaient à contrer la violence de ses coups. Malgré sa masse importante, il faisait cependant preuve d'une bonne résistante et endurance. Il était le plus âgé du groupe, mais cela ne l'handicapait guère. Lorsqu'elle le regardait, Lilith semblait observer quelqu'un de sa propre famille. Hanji se rappela qu'il était son garde le plus ancien, qui datait de son enfance. Pas étonnant qu'elle prenne sa défense lorsque les autres le malmenaient. Il devait avoir une place spéciale dans le cœur de la jeune femme.
- Où est-ce que tu as trouvé Roy ? Demanda Hanji, curieuse.
À ce moment précis, Roy recevait les foudres de Pétra, qu'il avait osé toucher pendant leur combat, d'une manière qu'elle jugeait bien trop tendancieuse. Oluo s'apprêtait également à intervenir, fou de rage.
Lilith ne sut comment répondre. Chacun de ses gardes avait une histoire sombre, un passé sanglant, et cela trahissait son penchant pour les hommes violents et condamnés. Violents certes, mais ils lui vouaient tous un respect et une fidélité qui lui rappelait sans cesse, et pour son plus grand plaisir, qu'elle avait l'ascendant.
- Roy a eu une enfance difficile et je l'ai sorti de prison il y a quelques années. Il est particulier mais il a un bon fond. Dit-elle sans trop de conviction.
- Il a clairement l'air de prendre plaisir à défoncer ses adversaires et il est assez cavalier aussi.. C'est un profil drôlement atypique... C'est quoi son histoire ? Tu es tenue au secret professionnel ? Se moqua la soldate.
- Pour faire simple il a été élevé dans un bordel et son père était à la tête d'une des meilleures ligues d'assassins du Royaume. Il n'a pas les mêmes limites que nous concernant la violence. Mais encore une fois, lorsqu'il est canalisé, tout va bien. Assura Lilith qui ne comptait absolument pas en dévoiler davantage.
Hanji ricana. Elle se demandait ce que Lilith avait bien pu faire pour réussir à gagner la loyauté de tels hommes. D'après ce qu'elle avait vu, la Duchesse avait dû subir quelques mésaventures concernant la gente masculine, et cela l'étonnait qu'elle puisse s'entourer de mercenaires sans en craindre le moindre débordement. Au vu de ses cicatrices et de son passé qu'elle lisait entre les lignes, Hanji était même surprise qu'elle puisse fréquenter normalement son supérieur. Elle ne les avaient pas entendu hier, mais au vu de l'immense fracas provoqué par Livaï en plein milieu de la nuit, elle devina qu'ils avaient bel et bien dû se voir dans la chambre du Major...
- Et Liam ? Que peux-tu me dire sur lui ? Continua-t-elle dans l'espoir que Lilith lui lâche quelque chose de croustillant.
Elle ne la regarda pas même pas. Elle poursuivit alors.
- Tu sais c'était juste pour avoir des détails... parce qu'il m'a déjà raconté son passé...
- Ça m'étonnerait très fort. Lui lâcha-t-elle avant de lui décocher un magnifique sourire triomphant.
Hanji se sentit piégée et avoua son mensonge. Mais où allait-elle les chercher ? Que pouvait-elle cacher de si grave les concernant alors qu'elle avait déjà confié qu'il s'agissait tous de mercenaires et d'assassins. Elle fixa un instant Lilith avant de loucher sur son une partie de son cou, partiellement recouvert par le col de son chemisier noir. Une légère marque violette se distinguait de la couleur normale de sa peau.
- C'est quoi ça ? Ricana-t-elle.
- « Ça », c'est Erwin. Répondit-elle sans détour.
Hanji resta bouche bée avant d'éclater de rire, tandis que son supérieur se laissa basculer en arrière jusqu'à être allongé de tout son long. Lilith fit onduler sa main pour saluer Livaï, qui s'était brusquement retourné en entendant Hanji s'étouffer de rire. Il la fusilla du regard et ordonna à Liam de doubler son nombre de pompes.
Lilith allait contester la punition lorsqu'elle vit Mike et son escouade sortir du bois. Ils revenaient sûrement du camps d'entraînement des nouvelles recrues. Le chef d'escouade ne prit même pas le temps de rentrer à l'écurie et s'avança directement vers Erwin et Hanji, un air triomphant au visage. Il articula les trois fameux noms, affirmant qu'ils les rejoindraient d'ici quelques jours, lorsqu'ils feraient leur choix. Parmi eux, Lilith retint le prénom « Mikasa ». Elle savait que ce nom était d'origine asiatique et fut surprise de l'entendre. On lui avait dit que cette race avait disparu.
Lilith sursauta alors que Mike s'était soudainement approché d'elle pour la renifler. Interdite, elle resta immobile tandis que l'homme semblait confirmer une théorie. Lorsqu'il se tourna vers Erwin, elle comprit que les légendes concernant l'odorat du soldat étaient vraies.
- Félicitations. Lui-dit-il simplement avant de tourner les talons et rejoindre son escouade.
Elle le regarda partir, décontenancée, avant de lui répondre :
« Merci ? »
