Une nouvelle journée débuta pour Temari. Voilà maintenant trois jours qu'elle avait plié bagages à Konoha. Déjà trois jours... Le temps passait horriblement vite.

Elle se réveilla avec un pincement au cœur et une nervosité palpable. Car aujourd'hui était un jour spécial. Celui où elle avait ce fameux rencard avec Monsieur Flemmard. Seigneur...

Pour certains, un rendez-vous « galant » n'était pas grand chose. Mais pour elle, c'en était toute une montagne. Elle n'avait pas encore eu le temps de faire le point sur ses sentiments, et se retrouver en tête-à-tête avec l'auteur de tout ce bazar émotionnel ne pouvait pas pire tomber.

Elle se leva péniblement de son lit, le remit en ordre et se dirigea vers la salle de bain.

Lorsqu'elle vit son reflet dans le miroir, elle fit la grimace. Ses joues étaient rougies, ses yeux gonflés, et de légères cernes étaient apparentes, preuve d'un manque incontesté de sommeil, ou de plusieurs nuits agitées, au choix.

Un bon bain serait donc à son sens le meilleur des remèdes. Et un soin du visage, par la même occasion.

Elle entreprit donc de faire couler l'eau et en attendant que sa baignoire se remplisse suffisamment, elle retourna dans sa chambre pour commencer à fouiller dans son dressing, à la recherche d'une tenue appropriée, mais suffisamment correcte pour éviter tout éventuel accident diplomatique.

Aujourd'hui, ce serait donc un chemisier blanc en dentelles, et une jupe fluide noire se portant haute, arrivant juste au dessus des genoux.

Satisfaite de son choix, elle retourna dans la salle de bain, coupa l'eau, et se laissa glisser dans l'eau chaude pour profiter de ce qui serait sûrement le seul moment de tranquillité de la journée.

Du côté de Shikamaru, la bonne humeur était au beau fixe, même s'il n'aurait pas refusé une bonne sieste avant de devoir se préparer. Après une douche bien fraîche, il enfila des vêtements choisis au hasard, mais qui prêtait tout de même au contexte d'aujourd'hui : un habituel col roulé noir, ainsi qu'un pantalon chino gris anthracite. Simple, mais confortable et un minimum élégant. Après avoir préalablement coiffé et attaché sa masse de cheveux, il prit sa veste sous le coude et sortit du domaine familial pour aller directement chez Madame Galère. Ce qui n'était pas prévu.

Nul doute qu'elle allait être étonnée de le voir devant sa porte, mais au vu des événements de la soirée précédente, il se voyait assez mal de se balader avec elle dans les ruelles de Konoha à découvert, et risquer d'être importunés par quelques personnes indiscrètes. En d'autres termes, tous leurs amis.

C'était donc avec une heure d'avance qu'il prit la direction de son appartement. De quoi lui laisser le temps d'aller acheter des fleurs, histoire de ne pas arriver les mains vides. Ah les femmes... que ne ferait-on pas pour elles ?

Chose évidente, il était hors de question de mettre un pied chez le fleuriste Yamanaka, auparavant géré par la mère d'Ino, sans quoi il se ferait griller.

Ile se mit donc en quête d'un autre marchand de fleurs, si possible dans une rue opposée à celui de son ancienne coéquipière, qui avait reprit l'affaire de sa mère. La discrétion était primordiale.

Une fois cette ennuyante mission réussie, il reprit le chemin initial menant chez Mademoiselle Furie.

Des coups donnés à sa porte d'entrée surprit Temari, qui apportait une dernière touche à son maquillage. Bizarre, elle n'attendait pourtant personne aujourd'hui. Qui était donc ce putain de chieur qui osait la déranger ?

Tout en grommelant dans sa barbe, elle se dirigea vers la porte d'entrée pour l'ouvrir à la volée et buter l'enquiquineur de service. Puis s'arrêta de justesse quand elle vit son rencard au pied de la porte, les mains derrière le dos.

- Shikamaru ?! Mais... qu'est-ce que tu fous là ?

- Salut, femme galère. Content de constater que tu es heureuse de me voir, dit-il avec une pointe d'ironie. Tu accueilles toujours les gens avec l'intention de leur flanquer ton poing à la figure ?

- Non, je... je suis juste surprise, c'est tout. T'es en avances et je ne crois pas me souvenir que l'on s'était donné rendez-vous chez moi, à ce que je sache! Je suis assez grande pour ne pas avoir besoin d'être escorté.

- Hum. C'est pas faux. Mais je me suis dit que ce serait plus tranquille et discret si je venais chez toi, plutôt que de sortir et risquer qu'on nous espionnent.

Ah, effectivement, elle n'avait pas pensé à ce « léger » détail. S'ils s'étaient retrouvés comme convenu sur la place principale, nul doute qu'ils auraient croisés du monde. Et ça aurait jasé dans tous les sens.

- Eh bien, je dois reconnaître que t'es prévenant, flemmard. Et pour répondre à ta question insolente, non, je n'accueille pas les gens en les menaçant d'une bonne raclée. Enfin, pas tous. Mais dis-moi plutôt... tu caches quoi dans ton dos, depuis tout à l'heure ?

- Ah, ça...hum... disons que c'est un petit cadeau en remerciement...pour avoir accepté de me voir.

Il montra alors ses mains, dont l'une d'entre elle tenait un magnifique bouquet de chrysanthèmes rouge vif. Ses fleurs préférés. Mais comment l'avait-il deviné ?!

- Toi ? Acheter des fleurs ? se moqua Temari tout en récupérant le bouquet. Elle rapprocha alors les fleurs vers son visage pour en humer le parfum. Elles sont magnifiques..., ajouta-t-elle, un léger sourire aux lèvres

« Oui. Elles le sont. Comme la femme que tu es...», aurait-il voulu lui dire.

Oui, elle était belle, dans ce petit chemisier dentelés et cette jupe haute, qui marquait subtilement les courbes de ses hanches. Il l'a regardait avec concupiscence, ses pensées déviant vers quelques envies charnelles envers cette superbe créature, qui avait ravivé tous ses fantasmes. Mais il se reprit aussitôt. Il valait mieux pour lui qu'il reste sage, s'il tenait à la vie.

Et rester de marbre devant elle, car ses sentiments semblaient, selon lui, aussi flagrants que le nez qu'il avait au milieu de la figure.

Temari le scruta de haut en bas avant de finalement déclarer :

- Ben alors ? Tu comptes prendre racine sur le palier ? Je t'en prie, entre.

- J'attendais simplement que tu m'y autorises, Furie. Merci.

Dès lors qu'il pénétra dans l'entrée, Temari referma la porte derrière lui, et l'invita à se déchausser avant de se mettre à l'aise.

- Installes-toi dans le salon, je vais voir ce que je peux nous dégoter pour préparer un déjeuner.

Elle, faire à manger ? Eh bien, il n'était pas au bout de ses surprises, on dirait.

- Alors comme ça, tu sais cuisiner ? L'idée me plaît. Alors aux fourneaux, femme. J'ai la dalle.

Il ne pouvait pas s'empêcher de la titiller. C'était toujours plus fort que lui. Et la réaction de Temari ne se fit pas attendre, comme d'habitude.

- Commence pas à me chauffer, pleurnichard.

- Je ne cherches pas les ennuis, je dis juste ce que je pense.

- Eh bien garde tes pensées bien rangés dans ta cervelle, si tu ne tiens pas te retrouver avec une poêle greffée à ton joli visage.

-Ça y est, la furie se déchaîne.

- Tu me cherches, c'est ça ?

- Ça va, ça va. J'ai compris, je me tais! En tout cas, sympa, l'appart.

- N'essaie pas de détourner l'attention sur autre chose que ton insolence, flemmard.

- Là, c'est toi qui me cherches. Qu'est-ce que tu peux être chiante, quand tu t'y mets !

- Répète un peu, pour voir ? cracha Temari, avec une pointe de défi dans le regard.

- Répéter quoi ? Que ton appart' est joli ou que t'es une chieuse ?

- Si tu tiens à garder ta langue, je te conseille de rester tranquille. Mes couteaux de cuisine ne sont pas loin. Et la poêle non plus.

- Plutôt que de les utiliser pour tenter de me couper la langue, sers-t-en pour aller préparer quelque chose à manger.

- Eh, mais tu vas te calmer, oui ?! Reste tranquille, Shika-connard !

Temari mourrait d'envie de mettre ses menaces à exécution, ça devait se voir dans son regard qui se voulait perçant. Jusqu'à ce qu'elle entende son ventre gargouiller bruyamment. Honteuse, elle dû se résigner à se réfugier dans la cuisine pour dissimuler les complaintes de son estomac, tout en gardant en tête l'idée de le trucider à la fin du repas.

- T'as de la chance, flemmard, que je meurs de faim aussi. Mais sache que ce n'est qu'un sursis. Profite bien de ce déjeuner, car ça risque bien d'être le dernier de ta putain d'existence.

A ces mots emplis de venin, elle se dirigea vers sa cuisine pour se mettre aux fourneaux.

Shikamaru ne put réprimer un petit rire en voyant Temari en rogne.

C'était une vraie femme de caractère, sûrement la pire de toutes ! Mais il fallait l'avouer, il aimait ça. Réellement.

Si on lui avait posé la question lorsqu'il était plus jeune, à savoir s'il envisageait un jour de se caser avec une nana, il aurait rigolé à la figure de la personne qui aurait osé lui demander. Il avait toujours considéré, et sans s'en cacher, que les femmes étaient des chieuses hors pairs, autoritaires, et galères du matin jusqu'au soir. Surtout une femme comme Temari.

Mais dorénavant, avec du recul et un gain de maturité, il se dit que finalement, ça ne devait pas être si terrible de partager sa vie avec une personne. Ça pourrait même être assez... intéressant et palpitant.

Il s'amusa à imaginer une vie aux côtés de la ninja de Suna. Lui regardant les nuages comme à son habitude, Temari le sermonnant en lui sommant d'aller faire les courses et d'arrêter de paresser au soleil. Il lui lancerait alors son regard perçant et arrogant habituel, et projetterait ses ombres afin de l'entraver, pour la déshabiller et entreprendre de la péné...

- Eh oh, tu m'écoutes, tête d'ananas ?

Merde, il était tellement obnubilé par ses fantasmes qu'il n'avait même pas percuté qu'elle lui parlait. Instinctivement, il plongea ses mains vers son entrejambe pour dissimuler son début d'érection, causé par les divagations silencieuses mais imagées de son cerveau.

- Hein? Euh, non, désolé. J'étais perdu dans mes pensées. Tu disais ?

- T'es irrécupérable, monsieur flemmard. Je te demandais si tu voulais du Nori avec tes nouilles ?

- Euh, ouais, s'il te plaît. Merci.

Ouf, elle n'y avait vu que du feu. Du moins, il l'espérait. Avec elle, il valait mieux ne pas se faire griller. Question de vie ou de mort. Alors, après s'être assuré que Temari soit de nouveau occupée en cuisine, Shikamaru prit une profonde inspiration avant de la relâcher, soulagé.

Afin d'éviter de replonger dans quelques pensées lubriques, il se força à reporter son attention sur autre chose, et ne trouva rien de mieux sur le moment que d'inspecter la pièce principale dans laquelle il se trouvait. Celle-ci était décoré sobrement, sans artifices et était lumineuse.

Tout en pianotant machinalement sur la table face à laquelle il était assit, il continuait son inspection visuelle, et apprécia le côté chaleureux de l'espace de vie.

Mais son cerveau lui ouvrit à nouveau les portes de son imagination débordante. Il s'imaginait alors sur le canapé, qui lui avait tout l'air d'être suffisamment confortable pour y faire une sieste. Sa tête serait lovée sur les cuisses de Temari, qui lui caressait les cheveux avec passion et tendresse.

Oui, il se disait que finalement, une vie avec elle serait parfaite. Vivante et mouvementée de par leurs caractères diamétralement opposés, mais parfaite.

Temari l'arracha de nouveau à ses pensées, en posant violemment deux assiettes sur la table. Il sursauta et la regarda, interdit. Aïe, elle avait l'air furieuse, avec ses bras croisées et son pied qui tapait contre le parquet.

- Dis donc, flemmard, serait-ce compliqué pour toi de me respecter un minimum et de me répondre quand je te causes ?

- Je... pardon. Je réfléchissais, c'est tout.

- Et je pourrais savoir à quoi tu pensais, pour que ce soit prenant au point de me laisser parler toute seule comme une débile ?

- Hm... Non, il ne vaut mieux pas que tu le saches.

- Oh, je vois. Tout compte fait, je ne veux pas le savoir. Garde tes pensées perverses pour toi.

« Si tu savais ce que j'aimerais te faire, femme galère... tu me tuerais, c'est clair. », pensa-t-il, avec un sourire en coin.

- Bon allez, à table ! Et tache de manger proprement, monsieur Pleurnichard.

- Ouais, ouais... Bon appétit, et merci pour le repas. Détraquée.

- Bon appétit, pervers.

Le repas se déroulait dans le calme, chacun étant concentré sur leur propre assiette, ne sachant quoi dire. L'atmosphère était lourde, pesante, et aucun des deux ne semblaient vouloir rompre le silence qui régnait dans la pièce.

Celui-ci était tel que l'on entendait seulement les baguettes s'entrechoquer entre elles ou contre le bol, le bruit de succion des nouilles... Que de sons qui commençaient sérieusement à stresser Shikamaru. Oui, ça lui tapait même sur le système.

- Franchement, c'est très bon, finit-il par dire, n'ayant rien trouvé de mieux pour briser ce silence morbide.

- Si on m'avait dit un jour, que je recevrais un compliment d'un mec comme toi, j'aurais voulu le voir pour le croire ! Et bon ou pas, crois-moi, je t'aurais forcé à bouffer. Pas de gaspillage, chez moi.

- Tss, tu ne changeras jamais, hein ? Tu ne peux donc jamais t'empêcher d'être cassante ? Sache pourtant que si tu me connaissais si bien, tu saurais que je ne suis pas si avare en compliments que tu le laisses entendre.

- Il est bien là, le problème. Je te connais plus que bien. Les compliments et toi, ça fait deux. Ou alors, tu les gardent bien rangés dans ta grosse tête d'intello.

- Et bien, pars alors du principe que j'ai beaucoup changé, en un an. Et que j'ai pris du recul sur pas mal de choses.

- Je suis curieuse de savoir sur quels sujets, alors. Parce que ça n'a pas l'air d'avoir amélioré ton comportement de merde avec les femmes. Ou alors, je me trompe ?

- Peut-être bien... qui sait ?

- Encore une conversation stérile ou tu réponds par d'autres questions ? C'est quoi ton problème, en fait ? A croire que tu aimes ça...

- Et c'est reparti, la furie est vexée.

- Tu sais quoi, pleurnichard ? Je ne suis pas vexée, mais saoulée. Quand tu seras décidé à vraiment communiquer, fais-moi signe.

A ces mots, elle lâcha un grand soupir, pour montrer à quel point elle était piquée, avant de débarrasser la table et se diriger vers la cuisine.

Amusé, Shikamaru la regarda partir en furie vers celle-ci. Et ne pu s'empêcher de la mater du coin de l'oeil, en appréciant au passage les jolies formes qui se balançaient au rythme de ses pas. Des formes qu'il avait eu le loisir d'apprécier lors de leur gage. Mais il lui restait tant à découvrir encore. Lorsqu'il sentit une nouvelle vague de chaleur prendre possession de son bas ventre, il avait envie de se frapper lui-même.

Bordel... Depuis que Temari était revenue, il sentait qu'il perdait le contrôle de ses émotions en plus de perdre tous ses moyens.

De grâce, il fallait qu'il se reprenne, et vite.

Malheureusement, son énième erreur fut de jeter un nouveau coup d'oeil en direction de la cuisine. Pour quelle raison ? Parce que celle-ci était penchée, en plein rangement de ses ustensiles, laissant entrevoir une trop large partie du creux de ses cuisses dénudées, à la limite de l'indécence. Il ne put alors s'empêcher de l'imaginer contre le plan de travail pendant qu'il la prendrait sauvagement, ses mains agrippant ces belles fesses qui rebondiraient au rythme de ses assauts acharnés.

Décidément, c'était une certitude. Cette femme le rendait complètement fou à lier. Et le pire, c'était qu'elle continuait d'agir l'air de rien, sans se douter une seule seconde du mal qu'elle lui faisait. Il le jurerait sur ce qu'il avait de plus cher : cette furie était un vrai démon. Et sa propre faiblesse.

Il appuya une fois encore de toutes ses forces sur son entrejambe, en essayant de faire le vide dans sa tête pour taire cette nouvelle érection qui grimpait. Une fois assuré qu'il était calmé, il se décida à aller l'aider à ranger pour penser à autre chose. C'était la moindre chose à faire, vu qu'il s'était invité chez elle sans prévenir. Même s'il détestait par dessus tout les tâches ménagères.

Arrivé dans la cuisine, et voyant qu'elle ne lui accordait aucune attention, il prit un instant avant de lui proposer son aide. Ensuite, il trouverait peut-être le courage de discuter avec elle des évènements de la soirée. Il fallait bien qu'ils en parlent, de façon à mettre les choses au clair.

- Temari ? Besoin d'un coup de main, peut-être ?

- Hm, passe-moi les bols, s'il te plaît.

- Hey, tu comptes me faire la gueule durant notre rendez-vous, ou bien ?

- Je ne te fais pas la gueule, flemmard. Je montre juste mon mécontentement face à tes manières de faire, c'est tout.

- Tu dis ça comme si je t'avais manqué de respect, c'est dingue. Bon, excuse-moi, ok ? lui répondit-il, tout en lui donnant les fameux bols propres.

A l'entente de ses excuses, Temari le toisa du regard, comme pour chercher le degré de sincérité dans ses paroles.

- Tu vois, quand tu veux. Excuses acceptées, pleurnichard. La prochaine fois que tu m'énerves, je te pète les dents.

- Et je tiens à ma parfaite dentition, donc je vais tâcher de faire attention !

Elle lui adressa alors un de ses plus beaux sourires, en signe de contentement. Dieu, qu'elle était si belle, avec ses petites fossettes et ses yeux océans plissés de la sorte. Belle à en faire chavirer plus d'un. En la voyant afficher une telle expression, il se disait que c'était le moment d'aborder le sujet, tant qu'elle était de meilleure humeur.

Maintenant ou jamais.