8h37
« Je sais que c'est loin d'être probable mais tu penses vraiment que le tueur ne pourrait pas changer sa victimologie ? » demanda Regina en bifurquant dans une rue bondée de voiture. À cette heure-ci, la métropole était évidemment en proie au trafic matinal.
« Qu'est-ce que tu veux dire ?
-Tu ne crois vraiment pas qu'il serait capable de faire du mal à des enfants ? » s'enquit la portoricaine, apparemment inquiète.
« Je suis assez convaincue que le tueur a vécu de la violence dans son enfance, du moins des agressions sexuelles, » expliqua la blonde. « Je ne crois pas qu'il soit capable de déplacer son vécu sur un autre enfant.
-Mais certains agresseurs d'enfants sont justement des personnes qui reproduisent ce qu'ils ont subi.
-Oui, mais le Lightning Killer n'agresse pas ses victimes sexuellement, » précisa la criminologue. « Les personnes qui s'en prennent aux enfants ne se contentent que rarement de les tuer. Pour notre meurtrier, ça voudrait dire qu'il passerait d'un criminel dont la simple idée de tuer une autre personne est plus que jouissive à un agresseur sexuel, en plus de changer sa victimologie. Il est peut-être omnivore, mais ce serait un trop grand changement dans ses habitudes.
-Même si cela lui permettrait de nous mener sur une toute autre piste ? » questionna la brunette.
« Honnêtement, je ne l'en crois pas capable, » admit la profiler. « Surtout que les enfants n'ont aucune chance de s'en sortir. Le tueur adore le défi, il privilégie même l'idée de pouvoir assassiner une personne en uniforme. Il a clairement un plaisir fou à avoir le contrôle sur ses victimes. Donc il n'en retirerait certainement pas autant avec un enfant. »
À sa gauche, la portoricaine acquiesça d'un air pensif. Elle devait admettre que l'enlèvement de Matthew l'avait particulièrement bouleversée. Pour l'heure, elle ne savait pas si c'était dû à ses changements hormonaux ou simplement son humeur, à fleur de peau. Mais elle savait néanmoins qu'elle serait incapable de contenir ses émotions si le tueur se décidait à mutiler ou torturer des enfants…
9h02
« C'est vraiment bizarre, cette histoire de soeur ou de conjointe, » remarqua Regina en relisant les noms inscrits sur le carnet. Pourtant, elle appuya sur la sonnette d'entrée de la maison de Tyler Graham d'un geste confiant. Sous le perron, elle soupira en jetant un coup d'œil au ciel, définitivement grisonnant. De son côté, la profiler paraissait peu troublée par les conditions météorologiques désastreuses du mois d'octobre. Elle portait son éternel duffle-coat noir, enfonçant les mains dans ses poches dès qu'elle en avait l'occasion.
Quand la porte s'ouvrit, les deux femmes ne furent pas étonnées de rencontrer une brunette, à l'allure fatiguée. Elle devait faire à peu près la même taille qu'Emma et possédait une silhouette particulièrement élancée. Néanmoins, ses longs cheveux auburn étaient attachés à la va-vite en un chignon lâche, tandis que ses vêtements étaient débraillés. Elle portait un pantalon de sweatshirt gris ainsi qu'un tshirt à l'effigie d'un groupe de variété coréenne. Mais ce sont ses yeux bleus qui interpellèrent particulièrement la profiler. Emma avait pu voir quelques photos du jeune Tyler, lorsqu'il étudiait à Queen Victoria. Elle avait immédiatement remarqué ses pupilles couleur azur, particulièrement envoutantes. La jeune femme en face d'elle ne devait donc pas être une cousine éloignée de l'homme. Encore moins sa conjointe. Ses traits laissaient plutôt deviner qu'il s'agissait de la sœur de Tyler.
« Bonjour, Judith Graham ? » s'enquit la détective d'un air sérieux. « Regina Mills, sergent détective au District 4.
-Emma Swan, profiler et agente du CSIS, » précisa évidemment la blonde à ses côtés.
Observant leurs badges, la jeune femme sourcilla d'un air intrigué. Il était effectivement assez rare de recevoir une telle visite, de bon matin.
« Je peux vous aider ?
-On recherche Tyler Graham, » expliqua la brunette, sûre d'elle. Face à la portoricaine, la trentenaire leva les yeux au ciel d'un air agacé. Elle croisa ensuite ses bras sur sa poitrine avant de s'accouder au cadre de porte.
« C'est pour quoi ? » lâcha-t-elle d'un ton peu engageant.
« Euhm… On voudrait parler à Tyler Graham, » répéta la criminologue, surprise par son comportement. Cette fois, la brunette plongea son regard dans le sien, comme pour la sonder. Apparemment, leurs paroles l'agaçaient au plus haut point.
« Tyler Graham c'était mon nom, à ma naissance, » déclara-t-elle alors, comme une évidence. Horrifiées par la nouvelle, les deux femmes eurent un léger mouvement de recul. Regina déglutit, ne comprenant pas pourquoi l'ancien nom de la brunette figurait encore sur leurs registres.
« Euhm… Excusez-nous Judith… » bredouilla-t-elle, désolée. « C'est juste que nos rapports indiquent encore votre ancien nom alors… Nous ne savions pas…
-Que je n'étais pas née dans le bon corps ? » ironisa la jeune femme.
« Nous sommes désolées pour ce quiproquo, » reprit Emma, un peu plus confiante. « Je pense que notre base de données n'est pas toujours très fiable.
-Elle l'est, » répliqua la brunette. « C'est juste que j'ai fait ma transition au Brésil, donc mon nouveau nom n'a pas été accepté par toutes les institutions gouvernementales.
-Comment est-ce possible ? » s'étonna la détective. « Je pensais que…
-Le Canada est un excellent pays pour les personnes comme moi, » la coupa Judith. « Mais il est loin d'être parfait. Pour certaines choses, comme les impôts, j'ai été obligée de conserver mon ancien nom. Ne me demandez pas pourquoi, je n'en sais rien. La seule chose dont je suis sûre, c'est que Tyler Graham n'existe officiellement plus.
-Évidemment, » répondit la portoricaine, encore troublée à l'idée que de telles erreurs puissent figurer dans le registre de la police. « Donc, nous souhaitions vous parler ce matin, à propos d'une affaire qui est… brûlante d'actualité.
-Je ne sais pas qui vous a dit que j'aurais pu avoir un quelconque lien avec le meurtre de Stephanie, mais il m'en doit une, » devina la trentenaire, frustrée. « Entrez, on ne va pas rester sur le perron. »
La profiler et la détective suivirent la brunette dans sa petite maison de ville. À l'intérieur, sa décoration laissait présager qu'elle avait un certain goût pour le design. Ses meubles se démarquaient par leur modernité, tandis qu'elle possédait de nombreux équipements dernier cri. De son côté, Emma remarqua que tout était particulièrement soigné et organisé. De toute évidence, la jeune femme avait une certaine attirance pour l'ordre et la propreté. D'ailleurs, elle s'installa à sa table de cuisine en prenant le soin de lever délicatement la chaise. Lorsqu'elle fut face aux deux femmes, elle croisa les bras sur sa poitrine d'un air las.
« Pourquoi pensez-vous que nous venons vous parler de Stephanie Doiron ? » s'enquit la portoricaine, suspicieuse.
« Parce qu'elle vient d'être officiellement enterrée après six ans de disparition et que vous avez certainement interrogé ses anciens camarades de Victoria à cause du groupe Facebook. Comme Stevenson s'est fait assassiner hier, je parie que c'est lui qui avait créé le groupe ou qu'il savait des choses sur le tueur. J'imagine donc que c'est lui qui vous a donné mon nom.
-Vous avez connaissance du groupe Facebook ? » demanda la détective, essayant de pousser la jeune femme à leur dire ce qu'elle savait.
« La police ne pose que rarement des questions sans avoir la réponse, » s'amusa justement la brunette. « Donc vous savez très bien que c'est exact. »
Son assurance troubla évidemment Regina, qui adressa un regard entendu à la profiler. Justement, Emma s'accouda sur la table, comme pour s'imposer face à la trentenaire.
« Comment décririez-vous votre relation avec Stephanie Doiron, au lycée ?
-Pourquoi me posez-vous des questions évidentes ? » ricana l'intéressée. « Demandez-moi plutôt ce que je faisais il y a six ans, où j'étais hier après-midi. Vous savez déjà tout ça, alors venez-en aux faits.
-Nous savons que Stephanie n'était pas particulièrement tendre avec certains élèves, » corrigea la blonde. « Nous ignorons toutefois si elle entretenait d'autres rapports avec eux, à part l'intimidation. »
Cette fois, la brunette se recula légèrement sur sa chaise. Ses doigts se crispèrent sur son avant-bras, tandis qu'elle prenait une inspiration un peu plus longue.
« Tout d'abord, je veux commencer par préciser que je n'ai aucun alibi pour le meurtre de Stephanie, » souffla-t-elle, quelque peu inquiète. « J'ai été opérée à la fin de l'année 2015, au Brésil. Quand je suis revenue, j'ai passé près de huit mois de convalescence. Je ne sais pas si vous êtes renseignées sur le sujet, mais on ne change pas de sexe en un claquement de doigts. Je vous passerai les détails, mais je pense que cette nuit-là j'étais probablement dans mon appartement à fumer un joint en regardant une série débile à la télévision. Par contre, hier soir, j'étais au restaurant avec des amis et je peux vous assurer que je n'ai certainement pas mis les pieds à Burnaby.
-Merci pour ces précisions, » admit la portoricaine. « Mais nous nous intéressons plutôt à votre relation avec Stephanie quand vous étiez au lycée.
-Stevenson vous a sûrement dit quel genre de gamine j'étais, à cette époque, » devina-t-elle. « Le genre de personne passionnée par la culture japonaise, qui passait ses pauses à lire des mangas. J'ajoutais toujours des accessoires sur mon uniforme pour ressembler aux personnages dans les animés. En gros, j'étais une nerd finie et clairement pas l'amie des filles populaires. Mais l'histoire n'est pas aussi simple. » Elle décroisa ses bras pour repousser une poussière imaginaire sur ses genoux, comme pour se donner une contenance. « La famille Doiron avait un chalet dans Harrison Mills, à l'est de la ville. Leur chalet, c'était l'un des seuls, au bord de la rivière. À genre, deux cents mètres, y avait le chalet de mes parents. » Cette fois, elle se racla la gorge, peu assurée. « J'ai passé mon enfance à jouer avec Stephanie. J'étais enfant unique, évidemment. Alors tous les étés et tous les hivers, on se retrouvait au chalet pour jouer et… on était de bonnes amies, en fait. J'oserais dire les meilleures amies, si les choses n'avaient pas changées au lycée.
-Quand Stephanie est devenue une personne populaire ? » devina la criminologue.
« Ouais, » admit Judith. « Quand on est entrées au lycée, elle a réussi à devenir populaire parce que la puberté lui a fait bien des faveurs. En quelques semaines, elle s'est fait un groupe d'amies particulièrement détestables et elle a oublié tous ses anciens amis.
-Donc elle a commencé à vous intimider parce que vous ne correspondiez pas aux critères que les autres filles appréciaient, » comprit la blonde, l'air désolée.
« Ouais… Le problème, c'est qu'au début, Stephanie se contentait de petites moqueries. Quand ses nouvelles amies m'intimidaient, elle leur conseillait d'aller embêter quelqu'un d'autre. Mais… quand elle a commencé à sortir avec Nicholas, les choses ont vraiment changé.
-Que s'est-il passé ? » demanda la portoricaine, curieuse.
« Depuis l'enfance, Stephanie savait pour… Enfin, je lui avais dit plusieurs fois que je me sentais plus comme une fille que comme un garçon, » expliqua la brunette, sa voix se brisant légèrement. « Elle ne m'a jamais jugée pour ça, d'ailleurs. Au contraire, elle trouvait ça très cool que je puisse jouer aux mêmes choses qu'elle. On passait des heures à s'imaginer mettre des robes de couturier dans les plus grands galas du monde… » Nouveau raclement de gorge. « Mais un jour, elle en a parlé à Nicholas. Évidemment, cet enfoiré est venu me voir avec tout son groupe d'amis pour me poser des questions, me harceler, se moquer de moi. Donc la plupart des autres élèves ont appris la nouvelle. Inutile de dire que Stephanie n'a jamais essayé de me défendre. Elle tenait trop à sa réputation pour oser aller à l'encontre de l'opinion « publique », si j'ose dire.
-Donc Stephanie était au courant pour votre dysphorie de genre depuis longtemps, » résuma la criminologue. « Est-ce que d'autres personnes l'étaient ?
-Genre… mes parents ? » s'enquit la brunette, amusée. « Mon père a décidé qu'il m'appellerait Tyler jusqu'à son dernier souffle parce qu'il me considère comme une anomalie de la nature, » ironisa-t-elle. « Pour ce qui est de ma mère, je ne préfère même pas en parler.
-Effectivement, » acquiesça la blonde. « Donc Stephanie était, en fait, une de vos seules ressources. Jusqu'à ce qu'elle décide de vous intimider et de vous harceler.
-On peut résumer ça comme ça, » soupira la trentenaire.
« Pardonnez mon indiscrétion, » reprit alors la profiler. « Mais pourquoi êtes-vous allée au Brésil pour votre transition ? La plupart des établissements ici sont tenus par la loi de faire ce type d'intervention médicale.
-Jugez-moi si vous le souhaitez mais… mes parents sont tous les deux médecins, » débuta Judith d'un air désolé. « Malgré tout ce qu'ils m'ont fait subir, je… je crois que je ne pouvais pas me résigner à leur imposer ça, en faisant appel à l'un de leurs collègues…
-Donc vous avez changé de pays pour ne pas aller à l'encontre des convictions de vos parents ? » répéta la portoricaine, suspicieuse.
« Pour ne pas leur faire honte serait le terme exact, » admit la brunette. « Comme je vous l'ai dit, vous avez le droit de me juger ou de me critiquer. Mais je n'étais pas dans une assez bonne situation, mentalement, pour supporter ce genre de choses. À Porto Alegre, le médecin m'a opérée sans aucun jugement, aucune question. Il s'est contenté d'empocher son chèque et de me remercier.
-Vous ne méritez pas d'être jugée parce que vous avez essayé de ne pas envenimer la relation que vous aviez avec vos parents, » répondit Emma. « C'était juste une question pour mieux vous comprendre.
-Et mieux établir mon profil, » devina la brunette avec un rictus narquois.
« Vous travaillez dans quoi, au fait ? » demanda Regina pour changer de sujet.
« Je suis ingénieur en robotique, » lâcha la jeune femme. « Je travaille chez Human in Motion Robotics. J'ai étudié à l'université de Colombie-Britannique, comme à peu près tous les autres élèves de Queen Victoria.
-Comme beaucoup d'étudiants à Vancouver, » précisa Regina d'un ton plus léger. De son côté, elle avait dû suivre des cours de technique policière et de criminologie sur le campus Simon Fraser, à l'instar de la profiler. Cette université publique se spécialisait, en fait, en sciences humaines et sociales.
« Je peux vous poser une autre question ? » demanda la criminologue d'un ton calme.
« Allez-y » lâcha la brunette, sûre d'elle.
« On peut deviner que sur le groupe Facebook, votre nom était Eboshi Uchiha, à cause de votre passion pour la culture japonaise.
-Exact, » affirma la trentenaire, comme pour souligner l'évidence. Face à elle, Emma esquissa un sourire embarrassé.
« On… Ma collègue et moi ne sommes vraiment pas des adeptes de cette culture-là, » admit-elle. « Pourriez-vous nous dire pourquoi ce nom plutôt qu'un autre ? »
Affichant un sourire narquois, l'ingénieure se redressa, comme si elle reprenait confiance en elle.
« Eboshi c'est le nom d'un personnage dans le film Princesse Mononoké, de Hayao Miyazaki. Je vous passerai les détails mais elle est particulièrement badass, sûre d'elle. C'est la méchante dans l'histoire, mais son personnage est très inspirant.
-Et Uchi… ha ?
-Ça se prononce Uchiwa, » précisa la brunette. « C'est un mot qui a plusieurs significations en japonais. Mais c'est principalement le nom de famille d'un personnage dans le manga Naruto, de Masashi Kishimoto.
-Quel est le sens de ce mot ? » demanda la portoricaine, intriguée.
« Les Uchiwa-e sont des sortes de gravures traditionnelles dans la culture d'Edo, l'ancienne Tokyo. Mais le mot en lui-même signifie également éventail. C'est d'ailleurs le symbole de la famille en question, dans Naruto.
-Et vous avez choisi ce nom par pure appréciation du personnage ? » devina la profiler. Sans hésiter, la brunette acquiesça, avant de s'accouder sur la table face à elle, comme pour la défier.
« Mais Uchiha dérive également d'un verbe japonais qui veut dire… assassiner, » lança-t-elle, provocatrice. De l'autre côté de la table, Regina sourcilla d'un air étonné. À l'inverse, Emma ne lâcha pas le regard azur de la brunette. Une telle déclaration ne pouvait évidemment pas être anodine.
« Pourquoi cette précision ? » s'enquit la criminologue, peu impressionnée.
« À votre avis ? » sourit Judith, particulièrement confiante.
« Il serait assez présomptueux de votre part de vous dévoiler ainsi devant les personnes en charge de l'enquête, » gloussa la blonde avec arrogance.
« Ou bien je viens de vous éviter des heures de recherche sur internet, par simple provocation, » poursuivit la brunette.
« Vous n'êtes pas stupide, mademoiselle Graham, » répliqua la profiler. « Vous savez que nous avons déjà le motif.
-Mais aucune preuve, » contra l'intéressée. « Sinon nous serions dans une salle d'interrogatoire et non dans ma cuisine.
-Qu'est-ce qui vous fait penser que nous n'avons pas de preuves ? » pesta Regina, offusquée.
« Le Lightning Killer, quelle que soit sa véritable identité, a fait trois autres victimes, hier soir. Si vous aviez des preuves, ces personnes-là seraient encore en vie.
-Donc vous pensez que la meilleure manière de vous défendre, c'est de nous provoquer ? » ironisa la détective.
« Peut-être bien, » lâcha Judith, haussant les épaules. « Peut-être pas. Peut-être suis-je simplement une grande provocatrice.
-Nous vous en ferons part, si l'une de ces affirmations est vraie, » reprit Emma en riant.
Pour l'heure, elle était particulièrement amusée par le comportement de la jeune femme. Depuis leur arrivée, elle n'avait jamais baissé sa garde ni perdu son assurance. Si elle n'était pas la meurtrière, elle devait être plutôt imbue d'elle-même. Elle déclara alors qu'elles avaient fini et remercia la brunette. Quand elles quittèrent son logement, la profiler suivit Regina jusqu'à sa voiture, un sourire aux lèvres.
« Qu'est-ce qui t'amuse ? » râla la portoricaine en attachant sa ceinture.
« Je suis abasourdie devant l'assurance de la plupart des personnes que nous avons interrogées, » expliqua la blonde. « Benfield est sûrement le seul qui avait l'air de craindre quelque peu pour son intégrité. Stevenson était certainement atteint d'un trouble narcissique, Graham est clairement imbue d'elle-même ou très impulsive. Il est rare de voir autant de personnalités fortes sur une même affaire.
-On parle quand même de personnes qui ont été intimidées durant la majeure partie de leur scolarité, » remarqua son ex-petite amie. « Il n'est pas étonnant que certains aient grandi avec une confiance en eux accrue. En étant arrogants ou narcissiques, ils s'imposent directement aux autres et évitent de se faire marcher dessus. Ils évitent donc de reproduire le schéma qu'ils ont subi durant leur adolescence.
-C'est très pertinent, » admit la criminologue. « Mais ça n'en reste pas moins intrigant.
-Tu penses que ça pourrait être elle ? » demanda la brune en laissant passer une autre voiture avant de s'engager sur un boulevard.
« Ce serait extrêmement provocateur et narcissique de sa part, » confirma la blonde. « Mais ça correspondrait effectivement au profil du Lightning Killer. »
De son côté, Regina acquiesça en silence. L'entretien qu'elles avaient eu avec Judith Graham avait soulevé bien des questions autour du profil du tueur. Pour l'heure, il semblait qu'elles aient un tout nouveau suspect, bien qu'un peu trop évident. Tandis qu'elle accélérait pour entrer sur l'autoroute, elle se demanda si elles finiraient par arrêter la personne à l'origine de tous ces meurtres. Sans preuves, elles ne pouvaient effectivement pas accuser qui que ce soit. L'enquête restait donc au point mort pour le moment...
