Severus se souvenait encore de la première fois où elle avait réussi à le contacter alors qu'ils n'étaient pas dans la même pièce. Il était en plein cours et avait sursauté jusqu'au plafond de surprise. Le sorcier avait bien eu du mal à faire comme si de rien n'était devant ses étudiants.

« Salut Severus. »

« Hermione, Merlin, à quoi tu joues ? »

« Je m'ennuyais, donc je me suis entraînée. Je suis en haut de la tour d'Astronomie, tu imagines ! C'est la plus longue distance que je n'aie jamais réussie ! »

« Félicitations. Cependant, j'aimerais que tu évites de me ridiculiser devant mes élèves. Tu m'as fait peur. »

« Désolée. » soupira-t-elle d'un air contrit. « Ce n'était pas prévu. »

Severus se souvenait d'avoir imaginé sa tête dépitée, ce qui lui avait arraché un sourire en coin – invisible pour ses élèves, heureusement.

« Je te préviens, reste sur tes gardes… On ne sait pas ce qui pourrait arriver la prochaine fois que tu es en cours de Métamorphoses. »

« Tu n'oserais pas » s'était-elle horrifiée.

« On verra bien. »

« Oh Merlin, heureusement que ce n'est plus McGonagall qui enseigne… Enfin bref, je te laisse finir ton cours, à ce soir. »

« Enfin une bonne idée. » s'était-il moqué, avant d'ajouter d'une voix plus hypnotique : « A ce soir Hermione. »

Il avait bien ricané en imaginant son frisson. Il savait qu'elle aimait sa voix et adorait en jouer pour la déstabiliser. Ces petits jeux innocents ne le seraient bientôt plus. Des fois, il détestait le lien autant qu'il l'adorait.


Hermione de son côté, après que la connexion ait été coupée, releva la tête et vit ses amis occupés à la regarder, bouche-bée.

« Hermione, tu ne m'as pas répondu. Tu sors vraiment avec Snape ? » demanda Ron mi-figue mi-raisin, sans prendre attention à ses expressions.

« Oui Ronald. »

« Oh Merlin. Je crois que j'ai besoin d'un verre. »

Il s'éloigna vers le comptoir pour aller commander.

« Hermione ? C'était quoi ce moment où tu n'étais pas avec nous et où tu es passée par plein d'émotions sans raison apparente ? » questionna Ginny, l'air intriguée.

« Rien. » répondit la jeune femme trop vite. « Je pensais simplement à… »

« A d'autres, Hermione. » coupa immédiatement la jeune femme.

Décidément la rouquine était bien trop perspicace pour le bien d'Hermione.

« Il y a-t-il quelque chose de plus que tu dois nous dire ? Tu parlais avec lui, non ? »

« C'est-à-dire que… C'est compliqué. »

« Explique-nous, on a tout notre temps. Ronald est occupé à faire les yeux doux à Rosmerta. Il est vraiment incorrigible, mais au moins ça nous laisse du temps. »

« D'accord mais… Vous ne dites rien, ok ? »

« Ne t'inquiète pas. »

« En mai passé, quand je lui ai sauvé la vie, il a contracté une dette de Vie envers moi. Ensuite, il m'a sauvée en haut de la tour d'Astronomie… »

Ginny serra la main de son amie en guise de soutien.

« … et la dette a été annulée. Le lendemain, je me suis réveillée, et je me suis demandé quelque chose, dans ma tête. Il m'a entendue – je ne sais pas comment – et m'a répondu à haute voix. Ensuite, il y a eu plusieurs moments où on a discuté dans nos têtes sans utiliser ni la Legilimancie ni l'Occlumancie. Vers mi-mars je pense, ça a fini par l'intriguer et il a fait quelques recherches. Il a découvert qu'à cause de la dette de Vie, un autre lien avait été déclenché… »

« Un lien de quelle sorte ? »

« … »

« Oh Merlin, c'est pas vrai ?! Vous en êtes ? C'est super rare ! C'est comment ? J'y crois pas ! C'est incroyable ! »

Ginny scrutait son amie avec attention.

« Gin', de quoi tu parles ? »

« C'est vrai que tu n'as pas été élevé dans le monde sorcier, Harry. Quand j'étais petite, je demandais à ma maman de me lire des histoires sur les âmes sœurs, et j'espérais trouver la mienne un jour. »

« Quoi, alors Snape et toi êtes… des âmes-sœurs ? »

« Oui. »

« Waw, ok, je ne m'attendais pas à ça. Donc c'est bien avec lui que tu parlais tout à l'heure ? »

« Oui, il était occupé à se moquer de moi. Après, je lui ai rappelé que le professeur McGonagall finirait bien par être au courant et d'un coup il a été plus calme. »

« Ça je veux bien imaginer. Elle va l'incendier quand elle va savoir que le directeur des Serpentard a perverti son élève préférée. J'aimerais bien être là. »

Ron revint à ce moment-là, quatre choppes de Bièraubeurre à la main.

« Comme je suis vraiment trop sympa, je vous en ai pris aussi. Alors, qu'est-ce que j'ai raté ? »

Les trois autres se regardèrent.

« Rien de spécial. » dirent-ils en chœur.

« Bon, Hermignonne. Je crois qu'on doit avoir une discussion toi et moi. D'accord, tu ne m'aimais pas comme un petit-ami, mais tu m'as remplacée par Snape ? Comment c'est arrivé ? »

« On s'est rapprochés, et puis, enfin voilà quoi. »

« Mais qu'est-ce que tu lui trouves ? »

« C'est une manie chez vous de poser cette question ? Ginny aussi me l'a posée il y a quelques temps. Enfin… C'est un sorcier intelligent, courageux, intéressant, avec de l'expérience et avec qui je peux avoir des débats très enrichissants. »

« Merlin, je comprends que tu ne m'aimais pas. Enfin, si tu es heureuse, je suppose qu'on ne peut rien dire. »

« Merci les amis, ça signifie beaucoup pour moi que vous soyez aussi compréhensifs. »

« Je m'en doutais depuis longtemps, avant même que vous ne le sachiez vous-même, alors je ne suis pas très étonné. Et puis, c'est un héros de guerre, tu aurais pu tomber sur pire. »

« Merci Harry. »

« Et puis, il a une voix sensuelle et des yeux très expressifs » rajouta Ginny. « Quoi ? » s'exclama-t-elle en voyait l'air des garçons tandis qu'Hermione riait. « C'est vrai ! Tu sais que je t'aime, Harry, et ne fais pas cette tête Ron. Je suis certaine qu'il y a plein d'étudiantes à Poudlard qui fantasment sur lui. »

« Quoi ? Oh, beurk, je ne veux même pas savoir ! » s'écria Ron dégoûté.

Le rire des deux jeunes femmes redoubla.

« Bien, est-ce que quelqu'un a encore une annonce à faire avant qu'Hermione n'aille retrouver son prince charmant… »

Ron s'étrangla à cette phrase.

« Que Ron aille retrouver sa copine, et que Ginny et moi on aille faire un tour ? »

« On va faire un tour ensemble ? » demanda la concernée.

« Sauf si tu ne le veux pas. Mais étant donné qu'on est samedi, j'ai demandé une dérogation à McGonagall. »

« Je vois, merci de m'avoir prévenue. Comment je vais faire pour »

« J'ai amené ça pour toi. » sourit Hermione en sortant un sac de sous sa cape.

« Quoi, elle était au courant ? »

« J'avais besoin d'aide pour préparer cette surprise. Tu es fâchée ? » demanda Harry.

« Non, bien sûr que non. Je suis heureuse de pouvoir passer du temps avec toi. Simplement, je pensais qu'Hermione me le dirait. »

« Bah non, sinon ce n'aurait plus été une surprise. » se moqua la jeune femme.

« Bon, on y va ? »

Les quatre amis finirent leur Bièraubeurre puis sortirent de la brasserie. Ron dit au revoir à tout le monde et fut le premier à transplaner. Hermione fit un câlin à Harry et Ginny. La jeune femme en profita pour murmurer d'un ton espiègle : « Et vous n'avez pas encore sauté le pas, même avec le lien ? Si tu veux mon avis, ça ne va pas tarder… » Hermione avait rougi jusqu'à la racine des cheveux puis pris le chemin du retour vers Poudlard. Finalement, il ne resta que les deux tourtereaux, qui transplanèrent quelques secondes plus tard, tendrement enlacés.


« Alors, comment ça s'est passé ? » demanda Severus dans la tête d'Hermione alors qu'elle marchait vers le château.

« Bien. Ginny a tout de suite compris quel lien nous liait. C'est comme si c'était écrit sur mon front. »

« Ça m'étonnerait. Enfin, si tu veux, je vérifierai ce soir. » dit Severus d'une voix étrangement rauque.

Hermione rougit une nouvelle fois.

« Pas la peine de rougir. »

« Arrête de regarder dans ma tête ! »

« Je ne le fais pas exprès, tu sais. Mais j'aimerais beaucoup savoir ce qu'il s'y passe en ce moment. »

« Rien qui te concerne en tous cas. »

« Mais oui, je te crois. »

La jeune femme se tut quelques instants.

« Au fait, il est quelle heure ? »

« Tu me prends pour une horloge ? »

« Oui. »

« Seize heures trente. »

« Si tard ? »

« Vous aviez apparemment beaucoup de choses à vous raconter. »

« On peut dire ça. »

« Tu passes chez moi ce soir ? »

« Comme tous les soirs, quelle question. Enfin, j'ai une ronde de vingt heures à vingt-deux mais après je peux venir. »

« Qui a eu la mauvaise idée de te mettre une ronde le weekend, franchement ? » soupira Severus.

« McGonagall, quelle question. Arrange-toi avec elle. »

« Pour qu'elle se demande ce qu'il se passe entre nous ? Certainement pas. »

Hermione rit.

« Par contre, je vais arrêter de te parler parce que j'arrive au château et que je ne voudrais pas croiser des élèves qui me prendraient pour une folle en me voyant rire toute seule. »

« Très bien. À tout à l'heure. »

« A tout à l'heure. »


Il était environ vingt-et-une heures trente. Hermione avait revêtu sa cape et se promenait dans le château, cherchant à apercevoir des élèves hors de leur dortoir. Elle avait déjà enlevé par mal de points à plusieurs couples qui s'embrassaient dans les couloirs. Elle était étonnée de constater le nombre de couples inter-maisons qu'il y avait. Elle avait même vu une fille de Serpentard avec un garçon de Gryffondor, ce qui l'avait étonnée. La préfète pensait que tous les Serpentard et tous les Gryffondor se détestaient mais apparemment ce n'était pas le cas. Les rondes étaient finalement très instructives mais Hermione avait quand même hâte d'en voir la fin pour aller se réfugier dans les cachots, comme à son habitude. Elle finirait par y déménager. Ou pas, Severus serait sans doute horrifié de la voir envahir son espace personnel. Depuis plusieurs mois qu'elle venait chez lui, elle n'avait jamais été ailleurs que dans son laboratoire ou son salon. Elle ne savait même pas à quoi ressemblaient les autres pièces de son appartement. Enfin, ce n'était pas si important.


« Bonsoir. »

« Bonsoir. Comment s'est passé ta ronde ? »

« J'ai enlevé beaucoup de points. Une vingtaine à tes Serpents, 30 chez Poufsouffle, 15 pour Serdaigle et 35 chez les Gryffondors. »

« Comme c'est étonnant. »

Il lui tendit son thé tandis qu'elle soupirait. Il sentait sa lassitude et en même temps elle semblait plus heureuse maintenant qu'il y avait une dizaine de minutes.

« Tout va bien ? » demanda-t-il tandis qu'elle s'installait à ses côtés.

« Oui. Je suis contente que ce soit fini. Je me suis ennuyée et le temps est vraiment passé très lentement. Comment a été ta journée ? »

« J'ai eu un élève en retenue et puis j'en ai profité pour faire des corrections. »

« Tu m'avais dit que tu irais prendre l'air. » reprocha-t-elle.

« Je ne l'ai pas fait. »

« Manifestement. On va faire un tour ? »

« Maintenant ? »

« Pourquoi pas ? »

« Mais il pleut. Et il est tard. »

« Tu es un sorcier, tu as bien un sort contre ça. Et puis, c'est encore mieux quand il pleut. »

« Tu es dingue. »

« Je sais, mais c'est comme ça que tu m'aimes. » dit-elle d'un ton insouciant.

D'un coup, elle devint toute rouge puis bégaya :

« Enfin, je… je ne voulais pas dire ça, je… tu… »

Il la fit taire en la tirant sur ses genoux, l'embrassant dans le même temps. Il dériva ensuite vers sa joue, puis murmura au creux de son oreille.

« En effet. »

Elle resta paralysée par cette révélation. Il l'aimait ? Et il le lui avait dit ? Aussitôt que ces révélations firent leur chemin dans son esprit, HeUrmione l'embrassa à en perdre haleine, n'osant y croire. Il la serra contre lui ses mains vagabondant partout sur son corps tandis qu'elle s'accrochait à lui. Sans y penser, leurs esprits s'ouvrirent l'un à l'autre et ils ressentirent tout avec une formidable acuité. Leurs mouvements se firent plus frénétiques, le baiser plus exigeant. Ils se séparèrent pantelants, restant serrés l'un contre l'autre. Hermione pouvait voir que les yeux de Severus s'étaient assombris sous le désir et se sentit elle-même gagnée par ce sentiment.

Ce soir-là, ils firent l'amour pour la première fois et s'endormirent l'un contre l'autre, les jambes entremêlées, se sentant infiniment bien.


Une nouvelle étape franchie pour Severus et Hermione. Et quelle étape ! J'espère que vous profitez bien de ces derniers chapitres... A demain soir !