Bonjour à tous !

J'ai été un peu plus lente à écrire ce chapitre, puisque je suis de retour au travail ! Mais j'avais vraiment hâte de le poster et je suis contente d'enfin le faire.

Encore une fois merci pour vos reviews/follows/favorites, c'est si cool de voir que l'histoire semble plaire à quelques personnes :)

Shadedwords merci encore pour chacune de tes reviews, c'est vraiment super cool de pouvoir lire ton ressenti à chaque chapitre :) Je suis contente que l'émancitation de Nerys te plaise, et pour les conséquences ça commence dans ce chapitre ;) ps : j'avoue que je checke régulièrement ton profil pour voir si tu postes ta nouvelle fic HP !

audelie ahaha je suis aussi tellement contente que Nerys se soit enfin décidée, c'est comme si j'avais écrit toute cette histoire juste pour ce moment ^^ Bref, une bonne chose de faite même si tout n'est pas réglé. J'espère que cette suite te plaira :)

Flopette son plan de carrière de rêve elle l'a déjà ! Pour Amadeus, la réponse juste en-dessous ! J'espère que tu ne seras pas déçue :)

Je vous précise que le prochain chapitre (le 25) est déjà prêt ! Il ne manque qu'une dernière relecture donc il arrive très très bientôt :)

Bonne lecture à tous ! :D


CHAPITRE 24 : FEVRIER (4)


Malgré tous ses efforts pour ne pas se laisser abattre, les pensées de Nerys revenaient régulièrement vers Gale et ses amis. C'était la seule ombre dans son nouveau tableau. Elle savait qu'elle ne pourrait plus les avoir dans sa vie, même si elle avait finalement compris que ce serait indépendant de ses choix. Ils étaient tous destinés à s'éloigner car l'amitié était une relation sociale interdite dans leur milieu (du moins, entre personnes de sexe opposé). Elle savait qu'elle les regretterait tous, même ceux qu'elle n'avait pas toujours apprécié, mais l'absence la plus douloureuse serait celle de Gale.

Elle l'avait évité après avoir lâché la bombe, après avoir ouvertement annoncé qu'elle n'épouserait pas Amadeus. L'information avait laissé un grand froid auprès de ses amis : Dylan et Evey s'étaient tus comme deux insectes soucieux de faire oublier leur présence, Briséis lui avait lancé un regard plein de compassion et de fierté, alors que Gale était resté complètement interdit, assommé par cette nouvelle qu'il n'avait pas vu venir. Puis le silence avait laissé place à l'arrivée d'autres Serpentards et la vie avait repris. Ils avaient ensuite tous ignoré ce qu'elle avait dit, faisant mine de ne rien avoir entendu. Nerys n'était pas dupe : elle savait qu'ils lui laissaient une chance de se racheter. Ils devaient considérer qu'il s'agissait d'un moment de faiblesse et - c'était tout à leur honneur - plutôt que d'en profiter pour salir sa réputation, ils la soutenait en silence en lui laissant la possibilité de revenir sur son choix.

Mais Nerys n'avait aucune intention de changer d'avis. En vérité elle avait passé toute sa journée du dimanche à travailler sur la lettre qu'elle allait adresser à Amadeus. C'était une véritable corvée pour elle mais elle tenait à bien faire les choses. Elle savait que sa lettre déclencherait un ouragan, mais peut-être pouvait-elle le minimiser en partie en maniant avec dextérité la forme de sa lettre.

Ce lundi matin là, elle était bien décidée à faire prendre un nouveau tournant à sa vie. La lettre décisive était dans le fond de sa poche droite, bien enroulée autour de ses doigts fins - par peur, sans doute, qu'elle ne s'envole et entraîne avec elle ses nouvelles résolutions. Briséis l'observait d'un regard curieux, presque inquisiteur mais elle ne posa aucune question. Nerys réalisait enfin que, de tous ses amis, Briséis était sans aucun doute la plus loyale et la plus respectueuse. Sans doute que la rébellion de Nerys lui apportait une joie égoïste, celle du plaisir de ne pas être seule, mais Nerys sentait que le sentiment allait bien au-delà : Briséis était la seule à respecter le choix de tous, sans jamais chercher à les orienter ou à les juger. Les fiançailles d'Adrian devaient lui briser le coeur - il était son ami le plus proche - mais Briséis n'en n'avait jamais soufflé le moindre mot pour ne pas ternir son choix. Ses prises de bec avec Gale traduisaient un désaccord profond, mais ce qui agaçait Briséis ce n'était pas les choix personnels du fils Selwyn, c'était le jugement qu'il portait si facilement sur les autres.

En bref, Nerys avait l'impression de découvrir Briséis sous un nouveau jour, bien meilleur, bien plus proche d'elle qu'elle ne l'avait jamais pensé de toute sa vie. L'héritière Fawley avait toujours compté parmi ses amis bien sûr mais Nerys avait toujours pensé que les caprices de Briséis l'empêcheraient de se sentir plus proche d'elle. Elle s'était trompée.

Quelque chose devait traduire son malaise heureux lorsque Nerys pénétra dans la salle commune car Gale fit aussitôt peser sur elle un regard soupçonneux. En réaction, ses doigts s'agrippèrent plus violemment encore à sa missive. Cette lettre n'était pas juste un morceau de parchemin à l'attention de son fiancé; c'était le parfait symbole de sa motivation et de sa résolution.

En réalité sa poche contenait deux lettres. Et celle qu'elle redoutait surtout, c'était la seconde.

De son écriture élégante - mais pourtant tremblante d'émotion - elle indiquait Crimson Avery sur l'enveloppe. Nerys n'avait pas pu se résoudre à laisser son père apprendre la nouvelle par quelqu'un d'autre, alors elle avait rassemblé tout son courage pour lui expliquer ce qu'elle avait en tête. Elle savait que son père désapprouverait, et sa plus grande crainte c'était qu'il la rejette. Elle savait qu'il l'adorait, mais son amour paternel résisterait-il à la honte et au déshonneur ? Rien n'était moins sûr.

- Comment vas-tu, Nerys ? Demanda Gale avec sollicitude. Tu t'es remise de tes... émotions ?

Nerys fixa son ami avec un air interdit.

- Mes émotions ?

Elle savait où il voulait en venir mais poser ce mot-là sur ses récentes révélations les abaissaient à un simple trait d'humeur. Visiblement Gale n'avait pas réalisé qu'elle était vraiment sérieuse.

- Et bien, tu sais, tes idées incommodantes. Je comprends les moments de faiblesse mais j'espère que tu ne te laisseras pas envahir par la peur, répondit-il avec un sourire indulgent.

Gale ne comprenait rien. Il croyait sans doute que son refus d'épouser Amadeus était lié à des craintes superficielles, telles que la peur du mariage et de la vie conjugale. Il ne comprenait pas que ça allait au-delà. Pire encore : il se sentait l'âme chevaleresque de ne pas s'offusquer de ses récentes déclarations. Il tentait de lui signifier qu'elles n'étaient rien et que personne ne lui en voudrait. Son attitude partait d'une bonne intention, celle de ne pas la rejeter, mais les bonnes intentions de Gale ne donnaient pas toujours les meilleurs résultats.

Nerys ne se sentait pas d'humeur à lui expliquer le bouleversement de son âme, alors elle se contenta de lui sourire.

- Non, bien sûr que non.

Elle ne mentait qu'à moitié : la peur l'avait maintenant complètement désertée.

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Le cours de Défense Contre les Forces du Mal s'annonçait aussi ennuyant que d'habitude mais Nerys y allait moins à reculons qu'à l'accoutumée. Sa récente prise de décision lui faisait voir la vie d'un oeil moins sombre; tout lui semblait moins désagréable.

Briséis et Gale marchaient dans les couloirs à côté d'elle en silence. Ils étaient rarement aussi silencieux mais Nerys devinait que Gale était inquiet et Briséis agacée. Elle ne savait pas si la colère de son amie était dirigée contre elle. Il lui avait semblé que Briséis accepterait et soutiendrait son choix mais elle ne lui avait manifesté aucune émotion claire depuis son annonce. Nerys savait que Briséis se retrouvait dans une position gênante, partagée entre la loyauté envers son amie et celle la liant à sa famille, mais elle espérait que la rupture des fiançailles ne ruinerait par leur amitié. Après Poudlard, Briséis était la seule qui pourrait encore avoir une amitié avec elle : elles seraient rejetées toutes les deux... Nerys jeta un coup d'oeil à l'héritière Fawley mais elle avançait d'un pas décidé avec une expression fermée : impossible de savoir ce qu'elle pensait. Nerys soupira. Le soutien de Briséis lui aurait été précieux mais elle venait de comprendre qu'elle devrait se débrouiller seule.

- Ah bonjour !

Dolores Ombrage gratifia le trio d'un sourire lorsqu'ils arrivèrent - juste à temps car elle referma la porte de la classe derrière eux. Bien sûr, son air aimable s'adressait surtout à Nerys et à Gale. Briséis n'avait jamais fait le moindre effort devant Ombrage et Nerys savait qu'elle n'aurait jamais accepté de faire quoi que ce soit pour elle. Gale, en revanche, devait être l'un de ses petits oisillons qui lui rapportait des informations : l'un de membres de la brigade inquisitoriale. Nerys en faisait officiellement partie mais son désintérêt devait maintenant être une évidence pour Ombrage. Troublée par des problèmes plus importants, Nerys n'avait même pas songé à l'abreuver d'un ou deux mensonges pour rester dans ses bonnes grâces. Le sourire d'Ombrage étant toujours hypocrite, il était impossible de savoir si elle continuait d'avoir une bonne image de Nerys ou non.

Gale alla s'installer près de Dylan, alors que Briséis et Nerys se dirigeaient vers la dernière table de libre.

- Commencez la lecture du chapitre tente-sept s'il vous plait ! Ensuite, vous répondrez à ce questionnaire.

Ombrage leur distribua une pile de parchemins à l'aide de sa baguette. Nerys soupira. Même les devoirs étaient incroyablement barbants dans cette matière. Elle attrapa le questionnaire. Ombrage n'avait pas fait les choses à moitié et la longueur du questionnaire impliquait de devoir réellement lire le chapitre.

Avant de se mettre à l'ouvrage, elle jeta un coup d'oeil en arrière, à une table située dans le fond à droite.

Fred était là, assis à côté de George, en train de ricaner avec lui. Leurs regards se croisèrent et s'écorchèrent. Nerys avait bien conscience qu'il devait lui en vouloir. Pour lui, elle était maintenant fiancée à Amadeus Fawley et hors de portée. Elle perçut la tristesse dans ses yeux, et le désespoir de voir ce qu'on ne pourra plus jamais avoir. Elle avait presque envie de se diriger vers lui et de lui dire qu'elle pouvait enfin se laisser aller. Elle mourrait d'envie de lui dire qu'elle tenait à lui et que plus rien ne les empêchait d'être ensemble.

Mais le raison reprit le dessus une nouvelle fois : c'était trop tôt.

Elle ne pouvait pas donner sa vie et son âme en pâture pour un éclat du coeur alors qu'elle venait tout juste de récupérer sa propre existence.

La mort dans l'âme, elle se pencha sur son devoir.

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La bibliothèque était presque déserte - ce qui était extrêmement rare pour un mercredi soir ! Olivia était plongée dans une rédaction incroyablement longue et sans pause (le devoir devait énormément l'inspirer) alors que Finn se montrait distrait et ne cessait de relever la tête de sa lecture toutes les deux minutes. Nerys les observait en silence, ayant abandonné son livre et son devoir depuis un moment. Elle devait faire un devoir de métamorphose mais la motivation s'était envolée... Il lui restait encore la matinée du lendemain pour le terminer !

Au bout d'un moment, l'ennui la guettant, elle se leva de sa chaise et alla flâner dans les rayons à la recherche d'un ouvrage qui l'intéresserait bien davantage.

Lorsqu'elle revint à la table, elle s'aperçut que l'air distrait de Finn avait fini par déconcentrer Olivia. Ils discutaient tout les deux à voix basse.

- Je n'ai jamais dit ça ! Je ne comprends pas pourquoi tu crois ce qu'il te raconte...

Olivia avait les sourcils froncés et Finn paraissait blessé. Leurs expressions et les quelques mots qu'elle venait d'entendre laissait peu de place au doute mais Nerys mit quelques instants à comprendre qu'ils se disputaient. Elle les avait toujours vus si proches et si complices qu'elle n'arrivait pas à imaginer qu'ils puissent avoir un sujet de désaccord. Mais aucune amitié n'était sans ombre; elle avait sans doute idéalisé le lien qui les unissait.

- Je ne voulais pas vous interrompre, murmura Nerys un peu mal à l'aise en s'installant à la table.

Ils s'étaient interrompus et se regardaient de travers, mais finalement Olivia haussa les épaules et sembla se détendre. Ouf !

Nerys pensa à Gale et à l'amitié si particulière qu'ils partageaient. Pendant des années ils s'étaient entendus avec une parfaite complicité, sans jamais se contredire. Et puis ces derniers temps, ils n'avaient cessé de trouver des sujets de désaccord, au point d'arrêter de se parler pendant un moment ! Nerys comprenait que le fossé qui s'était creusé entre eux n'était pas prêt à se diminuer. Gale n'accepterait pas sa décision; pour l'instant il n'avait rien dit de plus car il pensait que ce n'était qu'une crise passagère. Quand il comprendrait que sa décision était définitive, sa déception irait au-delà des mots. Nerys savait que tous ses amis lui tourneraient le dos, et elle pressentait que Gale serait le premier d'entre eux. Cette pensée l'angoissait un peu - pas assez pour la faire douter ou tenir son sentiment de liberté - mais elle n'arrivait pas tout à fait à s'en défaire. Elle savait que ce rejet ne signifierait pas qu'il ne l'aimait plus, mais sa décision serait irrévocable.

C'était le point noir de tout ça. Mais elle se consolait en se disant qu'elle aurait perdu ses amis de toutes façons.

- Qu'est-ce que tu lis ?

Elle s'était plongé dans la lecture de son livre pour se changer les idées mais Finn ne semblait toujours pas décidé à travailler.

Elle releva les yeux vers lui. Olivia les regardait d'un air attentif.

- Un livre sur la médicomagie, sur les anti-sorts.

Elle referma l'ouvrage. Son rêve de médicomagie n'était pas récent, elle l'avait depuis plusieurs années déjà. Il y avait peu de livres à la bibliothèque de Poudlard sur ce sujet et elle avait déjà fait le tour de tous les titres. Mais à défaut d'une nouvelle lecture, elle voulait perfectionner les anciennes.

- Pourquoi tu t'intéresses autant à ça ? Demanda Olivia avec prudence.

Elle se souvenait parfaitement que Nerys lui avait expliqué que les femmes honnêtes ne travaillaient pas dans le monde des sang-pur. Et ce sujet-là n'était clairement pas en rapport avec une matière enseignée à Poudlard.

- Oh, fit Nerys en réalisant qu'il y avait un aspect de sa vie qu'elle n'avait révélé à personne.

Briséis, Gale, Evey et Dylan étaient les seuls à savoir qu'elle comptait briser ses fiançailles (même si ils n'avaient pas semblé la croire). Amadeus et son père avaient sûrement reçu leurs lettres à présent, mais ils étaient loin et elle n'avait pas encore eu de réponse de leur part. A Poudlard, personne ne savait. Elle n'avait encore rien dit à Finn et Olivia, peut-être parce qu'elle attendait que les choses deviennent plus officielles concernant la rupture de ses fiançailles.

Mais Nerys s'était décidée à bien plus que refuser un mariage. Elle voulait avoir sa propre vie, faire ses propres choix.

- J'aimerais devenir médicomage, dit-elle simplement.

C'était la première fois depuis toujours qu'elle osait l'avouer à voix haute. L'émotion la submergea, celle de se sentir enfin en paix avec elle-même et avoir la liberté de suivre ses vraies envies.

- Mais.. Je croyais qu'une femme mariée ne devait pas travailler ?

Olivia était prudente, mais Finn était moins subtile qu'elle :

- Tu ne vas pas être reniée pour oser travailler ?

Son ton était un peu moqueur. Finn ne comprenait pas le traitement qui était réservé aux femmes dans le monde des sang-pur. Il trouvait - à juste titre - que c'était ridicule et hautement désavantageux pour les femmes. Il avait osé formuler à voix haute des arguments que Nerys avait toujours pensé tout bas : que les femmes étaient privées de liberté, attachées à l'existence de leur mari et réduites à un rôle qu'elles n'avaient pas toujours souhaité. Il se désolait qu'une existence de ce type puisse encore exister.

Nerys savoura l'instant et prit quelques secondes pour préparer son explication.

- Je ne vais pas me marier. J'ai envoyé une lettre à Amadeus pour lui dire que je ne voulais pas devenir sa femme. J'aimerais vivre ma vie, ne pas me marier et faire un travail.

Le visage d'Olivia s'étira en un immense sourire alors que celui de Finn se peignait d'incrédulité.

- Tu veux t'émanciper ?

Nerys se tourna vers lui.

- Oui.

Ne pas épouser Amadeus et avoir une vie professionnelle n'étaient que les aspects pratiques de son désir profond : être libre.

Finn sembla à la fois stupéfait et ravi. Olivia, elle, toujours plus dans la douceur et la compassion, tendit sa main vers celle de Nerys et posa ses doigts sur les siens dans une étreinte affectueuse. C'était une caresse légère et pleine de sympathie.

- Je suis contente, murmura t-elle.

Et au milieu de la Poufsouffle et du Serdaigle, Nerys réalisa qu'elle ne perdrait pas tous ses amis.

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C'était vendredi soir et Nerys décida qu'elle avait bien assez attendu.

Elle avait sûrement tort - il ne s'était même pas écoulé une semaine depuis sa folle décision - mais elle n'arrivait plus à trouver d'arguments pour freiner ses envies. Elle trouvait qu'elle avait déjà été assez raisonnable comme ça et que patienter plus longtemps ferait plus de mal que de bien. Et si Fred tournait définitivement la page ? Et si il l'avait déjà fait ? Elle était angoissée à cette idée mais elle refusait de laisser la peur prendre le dessus. Elle était décidée à assumer ses envies, à assumer toutes ses envies. Fred méritait la vérité et il serait le seul juge pour décider de ce que cela signifierait pour eux. Nerys rêvait de retrouvailles mais elle préférait ne pas avoir trop d'espoir.

Gale était d'humeur maussade depuis la veille et ne parlait à personne : était-ce un signe annonciateur de la tempête qui s'annonçait ? Dylan et les autres n'avaient pas changé de comportement avec elle alors elle décida de mettre ça sur le compte d'une saute d'humeur de son meilleur ami. Elle n'avait toujours pas reçu de réponse d'Amadeus ou de son père à ses courriers. Ce délai n'annonçait rien de bon : ils avaient forcément reçu les lettres mais Nerys imaginait fort bien qu'ils tentaient de démêler la situation ensemble. Leurs efforts étaient inutiles : Nerys était décidée.

- Je vais faire un tour, annonça t-elle en se levant de son fauteuil.

Elle était installée dans la salle commune avec ses amis et les autres Serpentards de son année mais elle n'écoutait rien de leur conversation de toutes façons.

Maintenant qu'elle était décidée à voir Fred, elle voulait le voir tout de suite.

Mais Gale décida que c'était le bon moment pour se manifester.

- Je viens avec toi.

Sa présence compromettait ses plans, mais Nerys décida de s'y résoudre. Ce serait sûrement l'un des derniers moments agréables qu'elle passerait avec Gale, en tête-à-tête.

Ils se dirigèrent ensemble vers la sortie et firent quelques pas en silence dans les couloirs vides. Nerys sentait une certaine tension entre eux mais elle appréciait ce moment de silence et de plénitude. Savoir qu'il était à côté d'elle, sans la détester, était réconfortant. Elle avait envie de profiter de chaque seconde. Malheureusement, Gale finit par briser le silence.

- Il faut que je te parle. Amadeus m'a écrit.

L'angoisse saisit Nerys aux tripes : son estomac se contracta.

- Pour te dire quoi ?

Elle ne comptait pas se montrer impolie, mais qu'Amadeus préfère écrire à Gale plutôt que de lui répondre la surprenait.

Et puis, après une seconde de réflexion, elle réalisa que ça tombait parfaitement sous le sens. Amadeus et Gale devaient parfaitement s'entendre pour la garder dans le droit chemin. Avant de lui répondre, Amadeus tentait sûrement de s'informer sur son état d'esprit. Etait-ce une simple crise de panique ou une réflexion profonde ? Elle comprenait mieux pourquoi Gale avait eu un air si sombre ces dernières heures : il réfléchissait.

- Il ne comprend pas ta lettre. Pourquoi veux-tu rompre les fiançailles ? Nerys, c'est dangereux.

Et le danger ne pouvait venir que des menaces lancées par Amadeus. Nerys sentit son courage faiblir un peu, mais pas sa volonté. Amadeus avait menacé de s'en prendre à Fred, et même à elle si elle osait faire un pas de travers. Elle avait décidé de mettre cet aspect-là de côté. Les menaces ne se réalisaient pas toujours... Du moins elle l'espérait. Ce serait un problème pour plus tard.

- Tu me menaces ? S'insurgea t-elle.

Venant d'Amadeus, l'acte l'avait étonné. Mais elle ne pouvait pas le cautionner venant de Gale.

- Pas du tout Nerys, je m'inquiète pour toi. Si tu fais ça, tu vas être rejetée, tu comprends ? Aucun ne nous ne pourra plus te regarder en face. Tu réalises tout ce que tu as à perdre ?

Gale ne comprenait pas; l'idée devait lui sembler invraisemblable. Pourtant il avait eu tous les indices sous les yeux depuis le début mais il avait refusé de les voir.

- Si, je sais très bien ! Tu ne comprends pas que ça fait des mois que je suis tiraillée ? Je suis décidée Gale, même si ça implique de vous perdre. De toutes façons on ne pourrait plus être amis. Je le sais très bien, tu le sais, et je n'ai aucune raison de m'enfermer dans une vie dont je ne veux pas.

Elle pensait que Gale allait la contredire, qu'il allait élever la voix comme il le faisait souvent avec Briséis ou l'avait déjà fait avec elle. Mais à la place son visage afficha une expression blessée et fatiguée. Il était las de cette situation et comprenait enfin qu'il ne pouvait pas la forcer. Il avait échoué et il acceptait finalement sa défaite.

- Tu es sûre de toi ?

- Oui.

- Alors je te dis adieu.

La voix de Gale était sèche et résolue mais Nerys pouvait lire la tristesses dans ses yeux, qui allait bien au-delà des larmes. Gale avait fondé trop d'espoirs en elle, et placé trop d'amour. La chute était violente et Nerys le comprenait car elle souffrait comme lui. Se séparer de Gale était la chose la plus difficile qui l'attendait, et si elle avait réussi à se décider, c'est uniquement parce qu'elle avait compris qu'elle devrait lui dire adieu un jour ou l'autre. Ca ne rendait pas les choses plus faciles ou moins douloureuses, mais cela évitait de faire vaciller sa volonté.

Ils se regardèrent en silence une seconde. Nerys avait envie de le serrer dans ses bras une dernière fois mais elle sentait que c'était déjà trop tard. Alors elle se contenta d'un dernier aveu, très mélodramatique mais qu'elle aurait regretté de ne pas avoir confessé :

- Gale ? Je t'aime.

C'était inutile et douloureux mais elle l'avait dit. Gale accueillit l'aveu d'un hochement de tête. Il le savait déjà bien sûr : ils s'aimaient depuis longtemps, d'un amour qui n'avait rien de romantique. Il était son meilleur ami, comme son frère, et l'inverse était vrai. Gale avait toujours été là, si doux et si bienveillant envers elle. Dès le départ il l'avait couvé comme un grand frère l'aurait fait. Nerys adorait son père mais Gale était aussi devenu sa famille. Lui dire adieu était terrible, mais aucun doute ne refit surface. Nerys était décidée et plus rien ne pouvait la faire changer d'avis.

Puis Gale s'éloigna, et Nerys resta un moment seule dans le couloir avec ses pensées.

Lui dire adieu était aussi terrible qu'elle l'avait pensé mais elle était rassurée de voir que cela ne la faisait pas hésiter. Un instant elle pensa que la douleur et la tristesse allaient la dévaster mais elle tint bon. L'espoir d'une vie meilleure était plus fort.

Quand elle s'amarra de nouveau à la réalité, elle décida de revenir à sa première envie. Voir Fred était de toutes façons le seul réconfort qu'elle pourrait avoir ce soir-là.

Il ne fut pas difficile de trouver l'entrée de la salle commune des Gryffondors. En revanche, Nerys savait qu'elle ne pourrait pas y entrer alors elle devait trouver un autre moyen.

La chance était de son côté ce soir-là : une tête rousse s'apprêtait à entrer dans l'antre des Lions.

- Weasley ! Appela t-elle.

Le petit Ron se tourna vers elle juste à temps. Elle se précipita vers lui alors qu'il faisait un pas dans sa direction. Ses cheveux roux et ses tâches de rousseur lui faisait si fort penser à Fred qu'elle détourna les yeux pour ne pas se laisser troublée par cette image.

Ron l'examinait d'un regard curieux. Ils se connaissaient par leurs rôles de préfets mais il ne devait pas comprendre pourquoi elle l'interpellait tout d'un coup. Nerys décida d'aller droit au but.

- J'aimerais voir ton frère, Fred. Tu peux lui dire de sortir ? Demanda t-elle.

Il l'observa de haut en bas avec une impolitesse manifeste. Visiblement sa demande ne l'enchantait guère.

- A cette heure-là ?

Il était méfiant. Pourquoi la préfète des Serpentards voulait voir son frère à une heure si tardive ? A ses yeux c'était forcément pour de mauvaises raisons. Nerys fut donc obligée d'inventer une excuse dans la précipitation.

- Oui, c'est pour un devoir, c'est urgent.

Ron eut finalement l'air ennuyé.

- Fred n'est pas très devoir, je pense pas qu'il veuille être dérangé aussi tard pour ça.

- Ecoute, j'ai besoin de voir ton frère, c'est important.

Nerys insista sur le dernier mot en lui faisait les gros yeux, pour qu'il comprenne.

Le regard de Ron se fit curieux, soupçonneux, et enfin il sembla avoir une illumination.

- Ah ! Fit-il de sa voix traînante.

Et il se mit à rougir. Peut-être venait-il de comprendre qu'il pouvait y avoir plus entre son frère et la Vipère qu'une histoire de devoir ou de retenue ?

- Je vais le chercher !

Et de longues minutes d'attente commencèrent pour Nerys.

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Ron n'avait pas trouvé Fred. Visiblement les jumeaux Weasley vaquaient à leurs occupations quelques part dans le château, et même leur meilleur ami Lee Jordan ne savait pas où ils se trouvaient - ou il les couvrait, plus probablement. Nerys aurait pu renoncer, rentrer à sa salle commune et espérer voir Fred le lendemain mais elle ne pouvait pas attendre. Maintenant qu'elle s'était décidée, elle avait l'impression que son corps entier était habité par une flamme infatigable qui ne pourrait être apaisée que lorsqu'elle aurait trouvé Fred. C'était autant une envie qu'un besoin. Ses sentiments pour Fred n'étaient plus au stade du balbutiement timide; ils étaient maintenant bien réels et menaçaient de la consumer à chaque instant.

Elle se décida donc à fouiller tout le château pour retrouver celui qu'elle désirait voir si ardemment.

Sa quête se révéla moins compliquée que prévue : elle connaissait déjà le repère des jumeaux.

Ils étaient dans une petite salle désaffectée du septième étage, celle-là même où elle les avait déjà surpris avec de jeunes élèves des mois plus tôt. Lorsqu'elle ouvrit la porte, elle les trouva là et ils lui lancèrent un regard surpris.

Ils étaient installés sur des chaises, autour d'un rassemblement de tables sur lesquelles trônaient chaudron, parchemins et ingrédients divers. Il était facile de deviner qu'ils s'adonnaient à des activités pas très réglementaires.

- Qu'est-ce que tu fais là ?

C'était George qui parlait, visiblement mécontent de la voir débarquer, mais elle n'avait d'yeux que pour Fred. Son regard était doux, chaud et curieux. Rien qu'en le regardant, elle se sentait le coeur transporté.

Alors elle ne répondit rien et se contenta de le regarder en souriant.

- Oui, Nerys ? Demanda finalement Fred au bout d'une longue minute.

Il souriait lui aussi. Peut-être parce qu'il avait senti son bonheur et le partageait ?

- J'aimerais te parler. Seuls, précisa t-elle.

George sembla vaguement agacé mais un rapide coup d'oeil à son jumeau lui apprit que sa présence était de trop.

- Puisqu'on me met à la porte, je m'en vais ! Lança t-il en se levant.

Il se donna un air vexé mais qui n'était pas sérieux. Il ouvrit la porte en grand et se glissa près de Nerys pour sortir. Un instant ils se dévisagèrent. George ne l'appréciait pas, elle le savait, mais pendant une seconde elle fut convaincue qu'il était content qu'elle soit là.

George envolé, Nerys s'approcha de Fred. Il était toujours assit et la dévisageait, mi-curieux mi-satisfait. Elle resta debout près de lui, penchant la tête pour le regarder.

- Qu'est-ce que tu voulais me dire ? Demanda t-il finalement.

Il n'oubliait pas que Nerys était fiancée à un autre et qu'elle l'avait déjà repoussé. Qu'elle se pointe à une heure aussi tardive était étonnant mais il ne voulait pas s'emballer sans raison, alors il attendait patiemment qu'elle lui fournisse une explication.

- Je ne vais pas épouser Amadeus. J'ai décidé de ne plus faire partie de ce monde-là. Je suis libre.

Le ton de Nerys était neutre; elle n'hésitait pas et elle ne s'en réjouissait pas non plus. Elle avait énoncé les faits comme elle lui aurait dit la météo : sans laisser transparaître la moindre émotion.

- C'est bien pour toi, commenta Fred d'un air prudent.

Elle le fixa mais Fred n'exprimait rien de particulier non plus. Elle comprit que les choses n'allaient pas être si simples. Après avoir été rejeté et l'avoir vu se fiancer à un autre, Fred était forcément méfiant. Rien ne lui donnait confiance mais elle ne pouvait pas lui en vouloir. Elle avait mérité cette froideur et cette neutralité. Il fallait qu'elle se livre.

Elle devait renoncer à sa pudeur si elle voulait avoir une chance avec Fred. Elle prit son courage à deux mains pour se lancer, mais l'exercice était compliqué.

- Je sais que je n'ai rien à te demander, et que mon comportement a été incompréhensible mais je...

Il la regarda. Il n'allait pas l'aider; elle devait s'en sortir seule avec ses explications.

- J'ai fait ces choix-là pour moi.

Il haussa un sourcil, ne comprenant pas où elle voulait en venir.

Elle soupira. Son éducation lui avait appris bien des choses mais certainement pas à exposer ses sentiments clairement. Elle n'avait jamais parlé de ses sentiments aussi ouvertement, à la fois par pudeur et aussi parce que ce n'était pas quelque chose qui se faisait dans son monde. Mais désormais, elle n'était plus de ce monde-là. Elle devait se faire à d'autres règles et elle savait que le seul moyen d'approcher Fred de nouveau c'était de lui faire comprendre ce qu'elle ressentait pour lui. Fred Weasley n'était pas un caprice, pas un désir passager, et pas une raison de rébellion. Elle devait le lui dire.

- Je n'ai pas envie de faire dépendre mon existence d'un homme, c'est comme ça que j'ai été éduqué mais ce n'est pas comme ça que je veux vivre. Mais j'aimerais qu'on puisse...

Les mots lui manquaient. Pourquoi tout semblait si flou dans son esprit ? Son coeur battait si fort dans sa poitrine qu'elle craignait que le son ne couvre celui de sa voix. Elle s'éclaircit la gorge.

Pour se donner du courage, et aussi dans l'espoir que le geste pourrait dire ce que les mots ne pouvaient exprimer, elle se pencha pour attraper l'une des mains de Fred et la serrer entre les siennes.

- J'aimerais que tu sois là. Dans ma vie.

Pendant une seconde le temps se figea. Nerys fixait Fred droit dans les yeux. Les traits du rouquin exprimait une certaine méfiance derrière sa nonchalance habituelle. Sa main était douce et chaude dans les siennes. Nerys se mit à caresser sa peau de ses doigts fins, appréciant le réconfort que lui apportait ce simple contact. C'était peut-être la dernière fois qu'elle pouvait profiter de Fred de cette façon. Elle avait le coeur au bord des lèvres, incertaine de l'avenir que Fred lui réservait.

- Et comment ? Murmura t-il finalement.

Et de sa main emprisonnée il serra ses doigts en retour. Elle sentit son coeur s'emballer et elle sut qu'elle ne pouvait plus lutter contre les sentiments qui la poussait vers Fred.

- Je veux être avec toi.

Elle eut juste le temps de voir un sourire sur le visage de Fred avant qu'il ne se lève finalement vers elle pour l'embrasser.

Leurs lèvres se rencontrèrent avec une harmonie nouvelle. Ce n'était pas le désir désordonné auquel elle avait été habitué avec lui; c'était quelque chose de plus doux et de plus réconfortant. La bouche de Fred contre la sienne était humide et chaude, légère comme une caresse mais insistante comme si il tentait de se convaincre qu'elle était bien là. Elle glissa ses mains sur la nuque de Fred pour l'attirer davantage à elle et approfondir le baiser. Pour la première fois, un baiser n'était pas juste un signe d'attirance ou de désir; pour la première fois, leurs lèvres se rencontraient pour parler d'amour.

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Fred glissa sa main sur son bras pour l'attraper et la retenir, ce qui fit rire Nerys.

- Ca va être difficile de partir comme ça, remarqua t-elle.

Pour toute réponse, le rouquin se pencha vers elle et lui posa un baiser léger sur les lèvres. C'était une caresse douce et tendre, d'une telle simplicité qu'elle donnait le tournis à Nerys. Elle avait connu le désir et l'impatience, mais Fred lui faisait maintenant découvrir la douceur d'une vraie relation. Après plusieurs baisers ardents et de caresses pleines de désir, ils s'était laissés aller à un peu plus de tranquillité pour discuter. Les minutes étaient devenues des heures et la nuit était désormais bien avancée. Nerys n'avait aucune envie de quitter Fred mais le sommeil commençait à l'appeler très sérieusement et elle commençait à rêver d'une nuit reposante dans son lit confortable.

Fred lui fit un sourire en se reculant.

- Je n'ai pas envie que tu partes.

- Je peux rester alors, murmura t-elle.

Il glissa une main sur sa joue, hésitant sur sa proposition.

- C'est tentant mais il vaut mieux aller dormir.

Nerys laissa ses mains glisser sur le torse de Fred. Elle aimait sentir la chaleur de sa peau à travers ses vêtements et deviner la courbe de ses muscles. Mais une pensée l'inquiéta soudain et elle relira ses mains pour prendre un air sérieux.

- Quand est-ce qu'on se reverra ?

- Tu préfères qu'on reste discrets j'imagine ? (Nerys acquiesça) Retrouve-moi ici lundi soir alors ? Proposa Fred.

Nerys l'embrassa en plein sur les lèvres, juste une seconde, parce que trop s'attarder lui aurait donné envie de rester encore des heures.

- D'accord.

Il la lâcha mais ils avaient du mal à détacher leurs regards l'un de l'autre. Maintenant qu'ils s'étaient retrouvés, elle avait du mal à se séparer de lui. Deux jours sans le voir et le toucher lui semblait être une éternité, mais c'était en même temps réconfortant de pouvoir planifier la prochaine fois qu'ils se reverraient. Nerys allait apprendre la patience et le plaisir qu'il y avait dans le fait de se languir de retrouvailles.

C'était la cinquième fois de la soirée qu'ils se disaient au revoir, et cette fois-là semblait être la bonne. Ils s'embrassèrent encore une dernière fois, un baiser rapide et sortirent de la salle.

Elle fit un pas dans le couloir, puis deux, alors qu'il partait dans l'autre direction. Mais Nerys ne pu résister à la tentation de l'apercevoir encore une dernière fois.

- Fred ?

Il se tourna vers elle.

Elle lui sourit, et il lui sourit en retour. C'était doux et sincère, et c'était la plus belle chose qu'elle avait jamais connu.