_ Tu te fous de moi.

Helena adressa un nouveau sourire à Edward, avec un calme et une sérénité détestables, qui lui donnèrent tant envie de vomir que de lui en coller une, encore une fois. Elle devait le faire exprès, il ne voyait pas d'autre explication. Sinon, comment pouvait-elle rester aussi calme et tranquille, à leur débiter des vérités aussi absurdes, sans paraitre plus alarmée, attristée que cela ? Il lui restait dix ans. Deux tiers de sa putain de vie étaient déjà partis en fumée.

Edward sentait la tête lui tourner étrangement, alors que l'idée d'une telle échéance se frayait un passage dans son esprit. Il ne connaissait pas la sensation de vivre sur du temps emprunté, à rendre plus tôt que tard et cette simple idée lui donnait le vertige. Bien sûr, il n'était pas étranger au concept : rien ne garantissait que l'âme d'Alphonse puisse supporter encore bien longtemps cette condition hors du corps et il savait qu'il devait faire vite.

Mais savoir, putain, se lever chaque jour en cochant une grille du calendrier et ce dire qu'un jour serait finalement le dernier ? Il n'était pas certain de parvenir à pouvoir le supporter.

_ Si ça peut te rassurer, Fullmetal, recommença doucement Helena. J'ai passé de longues nuits à hurler et pleurer à ce sujet. Mais encore une fois, ça ne changera rien au fait que je ne vivrais guère plus d'une dizaine d'années, maintenant. Alors à quoi bon les perdre en lamentations inutiles ?

Il comprenait. Bien sûr, il comprenait le concept, la logique, mais merde. Helena avait eu le temps de s'y faire, elle. Elle ne pouvait pas décemment leur demander de se plier à ce caprice du destin aussi rapidement.

La jeune femme contempla les deux adolescents devant elle. Qu'ils étaient forts et grandes gueules, ces gamins impétueux, mais ils n'en restaient pas moins des enfants sensibles et profondément bons. Elle sourit un peu. Leur sollicitude la touchait. Ça n'était pas de la pitié, qu'elle sentait chez eux. Tout comme Roy, ils n'avaient pas de temps à perdre avec cela. Ils étaient plein de compassion, plein de rage et de colère, d'une énergie qu'elle avait parfois tendance à perdre, résignée à son sort.

Oh, bien sûr, Helena ne souhaitait pas mourir. Pas maintenant, pas si jeune, alors qu'il restait encore tant à faire et qu'elle avait fait des promesses. Trente ans, c'était peu, surtout lorsque l'on prenait en considération ses débuts quelque peu mouvementés. Mais elle s'était faite une raison, depuis le temps. Roy avait toujours été honnête avec elle, à défaut d'autre chose, et elle était reconnaissante envers le docteur Knox pour, au moins, essayer. Peu importait les mixtures, les flacons et les calmants, toutefois. Ils ne soigneraient pas ses poumons encrassés et son cœur défaillant. Alors à quoi bon se débattre quand la fin était inévitable et approchait à grands pas.

Elle tendit la main, atteignant tout juste la botte d'Edward qu'elle tapota gentiment, tant pour le rassurer qu'attirer son attention.

_ Eh. Il ne faut pas dramatiser. J'ai encore un peu de temps devant moi, je compte bien m'en servir. Par ailleurs, il me semble que deux alchimistes de ma connaissance sont particulièrement doués. Peut-être qu'ils tomberont sur un remède miracle pour pouvoir m'aider, moi et des dizaines d'autres dans mon cas.

_ Nous ne connaissons rien à l'alchimie médicale, avoua tristement Alphonse, comme si ce simple fait était une honte. Mis à part quelques notions sur la transmutation huma—

_ Alphonse.

L'adolescent se tut, se raidissant douloureusement sous le regard sévère de son frère. Il baissa piteusement la tête, conscient d'en avoir déjà trop dit. Mais après tout ce qu'Helena venait de leur confier… N'était-ce pas là, les bases de l'échange équivalent ? Ne devaient-ils pas donner eux aussi un peu de leur histoire en retour ? Elle venait de faire un saut de la foi, de placer toute sa confiance en eux avec son secret, il ne voyait pas de mal à en faire de même. Il comprenait toutefois les réticences de son frère aîné.

Helena, à nouveau soigneusement calée dans ses oreillers, agita la main d'un air presque dédaigneux. Ses joues avaient repris quelques couleurs mais elle semblait toujours aussi épuisée et ses paupières semblaient devenir de plus en plus lourdes.

_ Ne vous fatiguez pas à vous expliquer, déclara-t-elle, se recevant des coups d'œil pointus en retour. Roy ne m'a jamais rien dit à votre sujet mais j'avais quelques soupçons et ils se sont plus ou moins confirmés au fil des jours. Tu transmutes sans cercle, enchaina-t-elle en désignant Ed du pouce. Et même si l'armure détourne un peu l'attention des questions problématiques, elle ne donne l'illusion que pour un temps. Je me doute, de ce qui s'est passé et je n'ai pas besoin d'explications là-dessus. Alors, je n'attends rien de vous deux. Pas d'histoires, pas de confessions, pas de promesses ou je ne sais quoi. Seulement, si jamais vous avez besoin d'une oreille attentive, je suis prête à offrir gracieusement mes services.

Elle inclina la tête en une parodie de courbette et Edward renifla un curieux rire ironique. Telles les vannes d'un barrage, les rires prirent subitement de l'ampleur et bientôt, les trois jeunes gens s'esclaffaient à gorge déployée. Helena, cependant, dût bien vite abandonner l'hilarité générale alors qu'une quinte de toux la reprenait et Alphonse vint lui prêter main forte, lui portant de l'eau et un soutien, sa large main s'évasant dans son dos pour la soutenir.

_ Un jour, dit-il en l'aidant à se recoucher. Peut-être qu'on te racontera tout depuis le début. Certaines parties ne sont pas très glorieuses mais…

_ On a tous notre lot d'histoires tristes, compléta Helena avec un sourire. L'instant suivant, elle fermait les yeux et s'assoupissait sans demander son reste, s'éteignant aussi vite qu'une lumière.

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Lorsqu'Helena regagna le monde des vivants, il faisait nuit. Désorientée, elle voulut se relever mais bien mal lui en prit, car ses forces l'abandonnèrent presque immédiatement, la laissant à nouveau retomber vers l'arrière. Assis contre le mur, Alphonse sortit de sa méditation et redressa la tête en couinant.

_ Salut, dit-il doucement en se levant. Comment tu te sens ?

_ Nauséeuse. Et sale. Mais au moins, je respire mieux. On dirait que la crise est passée.

_ Je suis heureux de l'entendre. Tu as besoin de quelque chose ? Manger un peu ?

_ Boire, surtout. Et j'ai besoin d'une douche. Erg, c'est moi, cette odeur ?

Alphonse laissa fluter un rire alors qu'il aidait la jeune femme à se relever. Il était surprenamment doux, pour un gabarit aussi énorme, chacun de ses gestes emplis d'une attention toute particulière. Sa surprise devait être inscrite sur son visage car, alors qu'il la guidait jusqu'à la salle de bain, essayant de la faire marcher un peu malgré ses difficultés flagrantes, l'armure lui offrit un petit mouvement d'épaule amusé.

_ Je m'occupe toujours de mon frère, lorsqu'il est blessé. Et il l'est souvent. Lorsqu'on lui a posé ses automails, j'ai veillé sur lui.

_ Tu pourras peut-être te reconvertir en tant que médecin ou infirmier, quand tu n'auras plus besoin de cette grosse chose, suggéra Helena en tapant son plastron du poing, le métal cognant le métal.

_ Je n'ai jamais réfléchi à ce que je ferais lorsque je serais de nouveau moi-même. Ed et moi sommes toujours tellement… concentrés.

_ Mh. Je te fais confiance. Tu es jeune et intelligent, tu trouveras ta voie. Ou comme dirait Roy ; tu t'en créée une. J'ai cru comprendre que Fullmetal était particulièrement doué pour ça.

_ Oh, tu as vu ses rapports ?

_ J'en ai classé certains, oui. Je dois dire que j'ai toujours été surprise de la quantité de dégâts qu'occasionnaient la plupart de ses missions. Maintenant, je comprends mieux.

Ils rirent gentiment, Alphonse tentant de manœuvrer la jeune femme dans la salle de bain sans lui-même se retrouver coincer mais il apparut bien vite qu'Helena n'avait pas la force de se tenir debout toute seule et Al ne se voyait vraiment pas l'aider à se laver. Posée sur le rebord des toilettes, Helena s'accouda à l'évier et se servit un verre qu'elle avala goulument.

_ Attends, Ed est à côté, je vais lui demander de faire quelque chose.

_ Qu'est-ce qu'il fait ? Questionna Helena en s'efforçant de tenir aussi droite que possible et en s'épongeant rapidement les joues et la nuque.

_ Il était en train d'essayer de recréer une carte des mines avec tous les rapports de travaux et de construction qu'il a pu trouver. Ed ? Edward ! Est-ce que tu pourrais nous aider à…

La grosse armure disparut de la pièce, Helena l'entendant racasser au salon. Elle profita de sa brève absence pour se soulager, non sans lutter piteusement avec son corps malade et fatigué, renonçant à l'idée de retourner ne serait-ce que jusque dans la chambre. Sage, elle attendit donc que son infirmier personnel vienne la chercher et poussa un léger glapissement lorsqu'il la souleva sans effort.

_ Je ne sais pas si je dois être mortifiée ou excitée.

_ Je t'interdis de t'exciter sur mon petit frère, dépravée, la rembarra immédiatement Edward alors qu'ils entraient dans le salon où il s'appliquait à disposer une belle pile de marmites et autres bassines de fer. Alphonse bénit le fait de ne pouvoir rougir et Helena haussa un sourcil, toujours installée dans l'étreinte du cadet Elric.

_ Qu'est-ce que tu fais ? Il n'y a pas grand-chose à manger sur ces pauvres os, tu sais.

Edward la lorgna avec un semblant d'intérêt, comme pour évaluer la marchandise qui, pour l'heure, n'était pas des plus fraiches —et leur Maitre tenait une boucherie, il s'y connaissait un peu, en viande— alors que son frère gloussait doucement.

_ T'as raison, je pense que tu serais indigeste. Attention les yeux.

Il lança la transmutation avec une aisance presque écœurante et loin de lui obéir et fermer les yeux, Helena les écarquilla alors que l'alchimie œuvrait à transformer les casseroles en une baignoire curieusement décorée. Au soupir que poussa Al, au-dessus de sa tête sale, elle en conclut qu'il s'agissait là de quelque chose de régulier et Helena se garda bien du moindre commentaire. D'un nouveau claquement de main, il dériva l'un des tuyaux de la salle de bain pour remplir leur nouvelle baignoire, sagement posée au milieu du salon, et un dernier, pour faire chauffer le bassin. Le tout, en une poignée de seconde, avec une facilité déconcertante et Helena en resta pantoise.

Elle savait qu'elle côtoyait des prodiges —même si leurs dons avaient eu un lourd tribut à payer— mais bon sang, cela ne cessait d'être impressionnant.

_ Je vais te chercher des affaires propres, proposa Alphonse en l'aidant à s'installer sur la petite margelle, s'assurant qu'elle y conserverait son équilibre avant de la lâcher complètement. Ed, contre toute attente, vint prendre le relai et l'aida à se dévêtir.

Il s'était déjà occupé d'une femme malade. Sa mère, dont il avait veillé les nuits après la déclaration de sa maladie, et dont il avait épongé les sueurs froides. Il en convenait, la relation qu'il entretenait avec Eurus était bien différente et il ne pouvait pas empêcher ses pommettes de rougir fortement mais la jeune femme lui faisait grâce du moindre commentaire et l'aidait autant qu'elle le pouvait, avec ses faibles moyens. Et même si la situation exigeait qu'il ne la laisse pas se débrouiller seule pour se glisser dans l'eau chaude, et que compte tenu de son état actuel, elle ressemblait plus à un mort-vivant ou une créature peu ragoutante dans ce gout-là, la gêne restait intacte. Plus pour le cadet que l'aînée, visiblement, qui soupira de contentement en se laissant couler jusqu'à ce que son nez se retrouve sous la ligne de flottaison.

_ Va pas te noyer connement, la prévint le blond avec un sourire narquois, détournant pudiquement le regard —il en allait de sa santé mentale, vraiment. Même s'ils avaient dû la changer une ou deux fois depuis qu'elle était alitée, elle n'en restait pas moins… Une femme. Agréable à l'œil si on oubliait ses cernes, ses lèvres craquelées et ses membres trop fins pour être en bonne santé. Urg, il ne voulait pas y penser.

_ Pas trop chaud ? demanda Alphonse en revenant, des vêtements simples et propres dans les bras. Tu… veux peut-être… Mettre un drap ou autre chose ? ajouta-t-il en se détournant lui aussi. Helena gloussa en se redressant.

_ Moi ça va, mais vous, je sens que ça vous gêne atrocement.

_ On est pas tous des exhibitionnistes, ronchonna Fullmetal en s'empressant de transmuter un rideau de fortune à l'aide d'une couverture et d'une partie du plancher. Helena éclata de rire.

_ Moi non plus. Mais l'eau était une denrée rare, à Ishbal, et nous n'étions pas nombreux à posséder une salle de bain personnelle. Les bains publics étaient monnaie courante.

_Sérieux ? Erf, je sais pas si je parviendrais à me baigner devant toute une foule d'étrangers… Ou pire, devant des gens que je connais !

_ Eh bien, on s'habitue à tout, quand on est élevé dans ce genre de tradition. Ils font de même à Xing et c'est un service que l'on trouve aussi à Centrale, par exemple.

_ Tu m'ôteras pas l'idée que c'est bizarre… T'as besoin de quelque chose d'autre ?

_ De quoi me laver les cheveux, éventuellement. Tout est dans mon sac.

Elle se laissa aller sous l'eau cependant qu'Edward partait en quête du précieux shampoing démêlant. Il fallait au moins ça pour dompter une partie de sa tignasse infernale et on lui balança la bouteille sans ménagement par-dessus le rideau. Le flacon atterrit dans un plouf sonore.

_ Eh dis donc, Eurus. Tu as emporté toute une bibliothèque avec toi, ou bien ?

Elle distingua la silhouette du plus jeune s'affaissait sur le canapé, le contour de sa sacoche posée près de lui, un livre sur les genoux. Elle s'étira autant qu'elle le pu, entreprenant le lourde tâche d'enlever la crasse qui semblait la recouvrir de la tête aux pieds.

_ J'ai appris à lire sur le tard, expliqua-t-elle alors que la chaleur la faisait un peu tousser. Et j'ai souvent été contrainte de tenir le lit, ça me permettait de rester calme et de mieux comprendre le monde autour de moi.

_ Mh…

Le silence revint, seulement troublé par le tournoiement des pages sous les doigts habiles d'Edward. Le jeune homme ne pouvait s'empêcher d'être quelque peu frustré, constatant que certains des ouvrages étaient en Xinnois mais paraissaient terriblement intéressant. Il se nota mentalement de prendre quelques cours élémentaires, en revenant au QG. Il devait bien y avoir des traités de linguistiques qui trainaient dans la bibliothèque centrale. Xing était un pays encore très replié sur lui-même et avec lequel Amestris avait peu de contacts. Mais il avait entendu dire qu'ils y exerçaient une forme détournée de l'alchimie… Toutes les idées étaient bonnes à prendre, dans leur situation.

_ C'est quoi toutes ces notes, dans les marges ? releva-t-il alors qu'il passait sur un livre qu'il était en mesure de lire. Un petit roman de cape et d'épées, ce qui l'intriguait d'autant plus. Il aurait pu comprendre des gribouillages sur le bord d'un ouvrage scientifique —il détestait faire cela mais il lui arrivait lui aussi d'écrire sur ses livres, lorsque ses carnets venaient à se dépouiller plus rapidement que prévu— mais pour une banale histoire comme celle-ci ? On aurait pourtant dit qu'il s'agissait de mémos, certains mots soulignés de plusieurs traits, parfois même accompagnés d'un point d'interrogation. Les Alchimistes avaient tendance à coder leurs recherches, avait-il l'un des cahiers d'Helena entre les mains ?

_ La culture Ishbal est essentiellement orale, commenta Helena de l'autre côté de son rideau d'où il entendait monter des bruits d'eau. Quand je suis arrivée en Amestris, j'étais incapable de lire ou bien écrire correctement. C'est principalement Roy qui m'a appris.

_ Eh ? Si tard que ça ?! Mais ton père était militaire, il ne t'a pas appris ? Et tu disais que ta mère était médecin…

_ Elle était plus une guérisseuse qu'une médecin comme on l'entend aujourd'hui. Et je n'avais que les bases et les rudiments, quand la guerre a véritablement commencé à impacter sur nos vies. Il n'y avait pas de livres, autres que les traités de prière, à Ishbal. Je connaissais mes lettres, c'était déjà bien, crois-moi. Et ce bouquin date un peu, mais j'ai toujours un peu de mal avec certaines de vos expressions. Les métaphores ne sont pas des plus imagées, parfois.

_ T'es comme une enfant, finalement.

_ Je t'emmerde, Edward, rétorqua l'autre en faisant mine de lui jeter de l'eau par-dessus le rideau, ce qui se solda par un lamentable échec. L'intéressé ricana, remettant soigneusement les livres en place et délaissa le sac de sa collègue. Se laissant contre le dossier du canapé, les yeux levés plafond, une question le taraudait depuis quelques temps.

_ Eh Eurus.

_ Quoi ?

Il jeta un bref coup d'œil au rideau opaque où se dessinait l'ombre de sa silhouette élancée et reporta aussitôt son regard vers le plafond.

_ Il est comment, le Colonel ? Je veux dire, dans le quotidien. Je l'imagine mal dans le rôle d'un… Je sais pas, d'un « père » ?

Il ne pouvait pas nier que Roy Mustang, lorsqu'il ne se comportait pas en insupportable connard, était un homme relativement affable. Ambitieux, certes, mais il faisait partie des rares sur lesquels Edward savait qu'il pouvait réellement compter. Après tout, ce salaud avait tenu sa langue sur leur secret et n'en n'avait jamais rien dit, pas même à sa propre fille. Parlez-moi de confiance, il venait de prouver à Edward qu'il en était vraiment digne, même si le plus jeune n'aurait jamais remis sa parole en doute à ce sujet. Et même s'il lui arrivait de se comporter avec eux comme le ferait une figure un peu plus paternelle —mais Ed n'avait pas beaucoup de cadre de référence dans ce domaine en particulier, Mustang était peut-être juste amical— il subsistait fatalement entre eux leur différence de grade.

Helena… Helena avait tissé des liens autres, et il aurait aimé, par simple curiosité, en comprendre la teneur et en découvrir davantage. Après tout, peut-être même qu'il trouverait quelques détails croustillants pouvant lui servir, si jamais il avait besoin de faire chanter son supérieur.

Il entendit sa collègue s'essorer laborieusement les cheveux et tenter de sortir de la baignoire par elle-même. Alphonse s'empressa d'aller l'aider, non sans embarquer avec lui une couverture pour préserver sa dignité. Ed fit disparaitre le rideau alors que l'armure s'escrimait à lui sécher les cheveux, sa tête disparaissant sous la serviette éponge. Elle avait revêtue un simple short et un T-shirt qui lui tombait sur l'épaule, dévoilant son auto-mail cabossé et les cicatrices qui couturaient sa peau. Celles du Fullmetal étaient impressionnantes, mais Helena arborait pour sa part des traces de brûlures dont il ne pouvait qu'imaginer la douleur. Le résultat de la cautérisation expresse de Mustang, sans doute. Cela ne l'empêchait pas de grimacer à sa simple vue, compatissant.

_ Il le cache bien, déclara-t-elle alors qu'Alphonse la laissait finalement respirer, sa tête ébouriffée émergeant difficilement d'entre les plis du tissu. L'armure n'en n'avait pas fini avec elle, toutefois, car elle n'eut même pas le temps de le retenir qu'il s'occupait déjà de démêler les trop nombreuses mèches brunes. Elle le laissa faire, touchée des soins qu'il lui apportait.

_ Il le cache bien, reprit-elle. Mais c'est un grand stressé. Et je n'ai vraiment pas été une enfant facile, surtout les premiers temps. Mais honnêtement ? Il a fait de son mieux, et je ne l'en remercierais jamais assez.

Ӝ. Ӝ. Ӝ

Roy ne savait pas à quoi s'attendre. L'enfant était réveillée. Enfin, après des semaines pleines d'angoisse, à se réveiller plusieurs fois par nuit, persuadé d'entendre sonner le téléphone de son appartement minable pour lui annoncer qu'elle était finalement morte. Des jours, à faire la navette entre East et Centrale City, s'esquiver en catimini de son bureau pour réclamer des nouvelles auprès du docteur, et passer des heures au chevet de la gamine, quand Maes ne le sortait pas de la chambre pour le forcer à se reposer.

Il ignorait pourquoi il attachait autant d'importance à cette enfant. N'avait-il pas fait sa part ? La sauver, lui donner une chance ? Il pouvait s'en laver les mains, désormais, la confier à un orphelinat et lui souhaiter un meilleur avenir. Peut-être pourrait-il verser une sorte de pension, histoire de lui assurer des études et un suivi médical correct…

Mais son esprit refusait pourtant de se reposer tant qu'il ne lui aurait pas fait face, au moins une fois, et son cœur semblait lui aussi s'y être attaché.

Roy se mentait à lui-même : il était tombé amoureux dès qu'il l'avait vue, petite, battue et sanglante. Et désormais, il était incapable de la laisser en arrière même pour son propre bien. Car il ignorait comment l'enfant allait réagir. De quoi se souvenait-elle ? Avait-elle conscience de ce qui s'était passé, de qui il était ? Le bourreau de son peuple, l'assassin de ses parents…

Merde, il n'avait pas pensé à tout ça, sur le moment, mais depuis l'annonce de son réveil, elles ne cessaient de tourbillonner dans son esprit et lui susurrer des malédictions à l'oreille. Et si elle ne se souvenait de rien. Si la mémoire lui faisait défaut, que valait-il mieux ? Lui dire ou bien se taire, la prendre sous son aile, lui qui était déjà incapable de s'occuper correctement de lui-même ?

Debout devant la porte de la chambre, Roy poussa un gémissement désemparé et pressa ses paumes contre ses yeux fatigués. Le doc l'avait laissé passer sans un mot, retournant à ses patients —comme s'ils avaient besoin de son attention immédiate… ils ne leur restaient que l'attente, désormais— et refusant de l'accompagner. Il l'avait seulement prévu du choc probable, des mots qu'elle ne prononçait pas, muette et inerte. Un état d'apathie, très probablement lié aux derniers évènements. Impossible de voir pour le moment si son cerveau avait été touché et si elle était en pleine maitrise de ses facultés mentales. L'état physique s'était amélioré, le cœur stabilisé, les poumons nettoyés du mieux possible. L'esprit, en revanche ? Difficile à dire.

Roy inspira profondément. Il avait affronté bien pire, au cours des dernières années. Il traverserait cette épreuve de plus. Déterminé, il poussa la porte de la chambre. La lumière, pourtant douce, agressa ses rétines de par sa blancheur immaculée. Puis ses pupilles sensibles attrapèrent celles de l'enfant et il ne put s'en détacher.

Si Knox avait bien émis l'hypothèse d'une mémoire altérée et de souvenirs perdus, Roy pouvait sans se tromper, affirmer le contraire. La petite se souvenait. Oh, dieu, elle se souvenait et le haïssait, son regard plus brulant que les feux des enfers.

Il voyait les flammes, dans ses prunelles de pluie. Il distinguait les larmes innombrables, les cadavres brulants et noircis, le voile de la mort et les rivières de sang disparaissant dans le sable du désert.

Ni oubli, ni pardon.

Le jeune homme déglutit douloureusement, mal à l'aise, la culpabilité lui nouant la gorge. Ses mains tremblèrent alors qu'il se saisissait du dossier de chaise le plus proche.

_ Je suis désolé…

Pitoyable. Il était pitoyable. Qu'avait-elle à en faire, de ses pardons coupables ? Elle qui avait tout perdu, lui qui lui avait tout volé. A quoi avait-il même pensé, en la sauvant ? Qu'il pourrait se racheter ? Expier ? Il avait été sot, fou. Assassin. Rien ne pourrait effacer ses crimes, pas même la vie de cette enfant. Elle n'était pas là pour sauver son âme. Elle était là pour participer à sa propre souffrance, sa propre déchéance.

Elle était le paiement de ses ignominies. Le couperet de la justice le long de sa nuque. Elle était sa peine.

Roy s'ébroua.

_ Je suis Roy Mustang. Je t'ai amenée ici.

Il restait professionnel. L'enfant ne voulait certainement pas de sa pitié ou de sa compassion. Pas de sa part, en tout cas, et il ne lui ferait pas l'affront de la lui offrir sans son accord. Elle se contenta de le fixer, sans montrer le moindre signe de reconnaissance, d'écoute. Mais il le savait, chaque parole sortant de sa bouche était analysée et disséquée. Il voyait la tension dans ses épaules et son dos. Son poing fermement enroulé dans les couvertures.

_ Sache que tu n'es pas retenue prisonnière. Tu seras libre de partir lorsque tu seras entièrement remise. Nous pouvons faire en sorte de chercher des membres de ta famille afin qu'ils puissent t'aider et t'abriter.

_ Ma famille dort sous la mer de sable. Tu n'auras qu'à me ramener là-bas, Amestrien.

Roy sursauta. Sa voix était râpée, faible et paraissant si vieille et amère dans la bouche d'une enfant. Quel âge avait-elle seulement ? Dix ? Douze ans ? Plus ? La malnutrition et les combats avaient fait fondre ses muscles, son visage était creux et ses cernes, immenses. L'enfer avait marqué ses traits, condamnant son enfance et l'entrainant en riant sombrement dans le monde des adultes.

_ Pourquoi tu m'as sauvé ? continua-t-elle, la colère et la haine faisant place à une lassitude immense. Ses yeux se détournèrent, fixant les carreaux sales qui habillaient le plafond. La tension dans sa main était toujours présente mais Mustang ne sentait plus cette aura menaçante qui l'avait entourée lorsqu'il était entré.

Prudent, il s'installa lentement sur la chaise dont il était en train de briser le dossier sous la nervosité de sa poigne.

_ Tu étais différente, souffla-t-il, presque plus pour lui-même que pour elle. Tu pouvais… tu pouvais survivre.

_ Ça ne te sauvera pas.

Sa lucidité était effrayante mais elle détendit curieusement le militaire. Comme si se faire entendre dire qu'il ne pouvait pas se racheter était un soulagement. Il ne voulait pas qu'on lui pardonne. Un mince sourire étira le coin de ses lèvres alors qu'il acquiesçait.

_ Je sais. Je ne pense pas qu'ils me laisseront tranquille un jour.

Elle tourna à peine la tête vers lui, comme si elle était en mesure de voir les fantômes grimaçants qui accompagnaient désormais chacun de ses pas laborieux. Peut-être le pouvait-elle, après tout. Elle aussi hanté par les spectres de ses souvenirs et de ses proches. Elle souffla et retourna à sa contemplation, laissant le silence retomber entre eux et s'étirer sur ce qui semblait être des heures.

_ Qu'est-ce que tu vas faire de moi ?

Telle était la grande question, n'est-ce pas ? Qu'allait-il faire de cette enfant perdue, qui serait prête à égorger tous les militaires de cette ville, simplement pour venger son peuple. Ils en avaient arrêté d'autres, comme ça, depuis la fin de la guerre, et elle n'était peut-être pas bien différente de ceux-là.

Les mains croisées sous son menton, Roy appuya ses coudes sur ses cuisses.

_ Tu as de la famille ? redemanda-t-il encore une fois. L'un de tes parents ne devait pas être Ishbal, pas vrai ?

_ Je n'ai personne. Ton armée s'en est assurée.

Elle eut un faible rire, trop grinçant pour être celui d'une enfant, trop aigu pour dissimuler complètement les larmes et les pleurs qui la mangeaient vivante. Roy se passa la main sur le visage.

_ Connais tu le principe de l'échange équivalent ?

Devant son silence manifeste, il poursuivit.

_ Donner une chose en échange d'une autre. C'est sur ce principe que repose notre alchimie.

_ Qu'est-ce que tu as donné pour avoir le droit de tuer les miens, marmonna-t-elle en retour, acide. Roy secoua la tête, choisissant de ne pas répondre à cette question. Lui-même l'ignorait. La paix ? La tranquillité d'esprit, pour tous ceux qui habitaient le pays ? Le bonheur de certains, contre celui d'autres ?

_ Je te donne ma vie, contre la tienne.

Il avait l'impression de souvent promettre ce genre de choses, ces derniers temps. L'enfant, sa nouvelle subordonnée blonde… Ce serait un véritable miracle, s'il parvenait à survivre encore une année de plus sans se prendre un couteau dans le dos ou une balle dans la tête. Il fixa l'enfant, dur, déterminé, avec une assurance tel qu'il se surprit à apprécier qu'elle soutienne son regard et le lui renvoi. Elle était forte, bien plus que ce qu'il avait escompté. Il pouvait vivre avec cette force, cette colère dans ses yeux.

_ Tu restes avec moi, continua le militaire. Dans ma maison, sous ma protection. Je te donnerai ce qu'il te faut pour mener une nouvelle vie, te nourrir. Je veillerai sur toi. En échange, tu peux disposer de la mienne comme tu l'entends. Si tu décides de me tuer, sitôt le pas de ma porte franchi, je te laisserais faire. Ta vie, pour la mienne.

L'échange était malsain. Basé sur une confiance absurde qu'ils étaient bien loin de partager. Devant le silence de la fillette, Roy n'insista pas davantage, conscient qu'il lui fallait un certain temps pour assimiler ce qu'il venait de lui proposer. Il n'était pas entièrement persuadé que l'échange était parfaitement équivalent ; car si elle refusait, quel autre choix lui restait-il, mis à part se retrouver à la rue en priant pour survivre davantage ? Ne comptait-il pas trop sur sa jugeote, pour l'obliger à marcher en son sens et venir vivre avec lui ? Peut-être. Il n'était plus à cela près, en termes de désir égoïste.

Au bout de quelques minutes, Mustang finit par prendre congé, lui laissant le temps de la réflexion et lui promettant de lui rendre visite à nouveau dans les jours à venir.

Ӝ. Ӝ. Ӝ

Roy ne revint voir sa petite protégée qu'une semaine plus tard. Knox l'avait informé qu'elle était finalement prête à quitter l'hôpital —le corps allait mieux, en tout cas— et si la nouvelle s'avérait réjouissante, elle avait aussi été la source de nouvelles inquiétudes. Et avait forcé Roy à accélérer les choses, au niveau administratif.

Avec l'aide de Maes, cependant, il avait réussi à réunir à temps tous les papiers nécessaires pour une adoption rapide —invoquer les ravages de la guerre pour justifier le besoin d'un nouveau foyer était bien le seul avantage de ces jours de tuerie— et il ne manquait plus que l'assentiment de la petite Ishbal.

Autant se tirer une balle dans le pied tout de suite, le résultat serait tout aussi propre et net, si ce n'était davantage.

Roy soupira, poussant la porte de sa chambre. Au-delà de l'adoption, qui avait nécessité un nombre faramineux de demandes et autres rapports, l'alchimiste s'était heurté à la douloureuse réalité de l'identité de sa future colocataire. Sans réponse ni information de sa part, il avait été bien en peine de mener des recherches sur une famille potentielle et monter une histoire de toute pièce pouvait se révéler efficace, certes, mais également dangereux.

Mustang savait qu'il finirait par subir un contrôle approfondi. Un Alchimiste d'Etat, tout juste promu au poste de Colonel de Brigade à un âge scandaleusement jeune et qui ne cachait pas ses ambitions pour des postes plus importants ? Autant dire que ses ennemis et rivaux ne tarderaient pas à se faire connaitre et qu'ils n'hésiteraient pas une seule seconde à s'en prendre aux siens. Et si la petite acceptait… elle ferait partie de sa famille réduite et serait à son tour sous l'involontaire feu des projecteurs.

La supercherie devait être bétonnée, afin de tenir le coup durant les années à venir.

L'Ishbal leva la tête et un sourcil curieux alors qu'il entrait, bien plus calme et assuré que lors de sa dernière visite. La saluant d'un namasté un peu incertain quant à la prononciation exacte —mais il vit la lueur dans ses yeux— il étala ses documents sur la tablette qui servait d'ordinaire à accueillir ses plateaux repas.

_ Je vais avoir besoin de toi, commença-t-il sans chercher à tourner autour du pot ou bien s'enquérir de son état. Il avait des yeux pour constater les dégâts mais également les progrès. Ses joues étaient moins creuses, elles avaient même repris des couleurs et les aiguilles dans son bras ne laissaient plus autant de marques qu'auparavant.

Elle baissa les yeux sur les feuilles devant elle.

_ Qu'est-ce que c'est ?

_ Des papiers. Pour l'adoption. Ca dit que j'accepte de te prendre en tant qu'enfant à charge, et que tu es d'accord pour vivre sous ma tutelle.

_ Et si je refuse ?

_ Tu seras placée dans un orphelinat, en attendant qu'une famille d'accueil te prenne en charge, ou bien tu resteras là-bas jusqu'à ta majorité. Quel âge as-tu ?

Elle ne lui répondit pas immédiatement, sa main valide glissant délicatement sur le papier et les mots frappés qu'elle ne comprenait pas. Elle penchait la tête sur le côté, clairement intriguée mais hésitante quant à la suite à donner. Roy pouvait la comprendre aussi ne la brusqua-t-il pas, la laissant appréhender la situation et les voies qui s'offraient à elle.

_ Je vais avoir besoin de renseignements, se contenta-t-il de lui dire en désignant les nombreuses lignes laissées vides, sur son formulaire. Tes parents, ton âge, ton nom. Tout ce qui pourrait nous permettre de te protéger, au niveau des lois. Tu comprends ?

Elle lui jeta un coup d'œil froid, comme blessée qu'il insulte son intelligence. Roy attrapa un crayon et reprit les documents vers lui, penché sur la tablette.

_ Tu sais écrire ?

_ Non.

Il grinça des dents. Avec la guerre et les tensions qui avaient couvé au sein de la nation d'Ishbal pendant des années, il s'était effectivement attendu à cette éventualité. Un retard aurait été le bienvenu, dans un cas pareil, mais ils allaient devoir composer avec ses lacunes.

_ Et lire ?

_ Des mots, seulement. Je sais écrire mon nom.

_ Tu veux le faire ?

Proposer une interaction, favoriser le dialogue. Il avait commencé à se renseigner sur l'art d'être un parent nourricier, à défaut d'avoir eu lui-même un exemple très stable —ses parents étaient morts jeunes, sa tante tenait une maison de passes et son maitre d'alchimie avait lui-même souhaité mettre fin à ses jours…— et le nombre d'informations à retenir lui avait fait tourner la tête. Il savait d'ores et déjà qu'il ne ferait pas un très bon travail en la matière mais au moins essayerait-il de son mieux.

La jeune fille secoua la tête, repoussa sa main tendue et son crayon.

_ J'écris pas de cette main.

_ D'accord… Je vais le faire, alors…

C'était un autre problème qu'il devrait prendre en compte. Il avait soumis à Knox l'idée de faire rapidement poser un automail à l'enfant. Il avait entendu dire que la réadaptation était longue et douloureuse mais que plus tôt elle commençait, plus le contrôle du membre artificiel était efficace. Le médecin avait grimacé. Devant l'état de santé de l'Ishbal, il n'était pas convaincu qu'une opération de cette envergure soit un choix bien judicieux. Ils avaient déjà dû la réanimer une ou deux fois durant son coma : la pose d'une méca-greffe risquait de faire lâcher son cœur définitivement, cette fois.

Sous les yeux de l'Ishbal, Roy s'appliqua à remplir toutes les informations qu'il avait en sa possession. Très rapidement, il apparut qu'il allait devoir faire appel à la petite et la faire parler. Il leva un regard plein d'espoir à son adresse.

_ Tu ne m'as pas encore dit ton nom, essaya-t-il en espérant qu'elle coopérerait sans trop de peine. Je ne peux pas t'appeler « petite », ou « gamine », tout le temps.

_ Le docteur le fait, lui. Ça ne le gêne pas.

_ Sauf qu'il ne va pas t'accueillir chez lui, aux dernières nouvelles.

_ Pourquoi pas ?

_ Parce qu'il fume beaucoup trop. Alors ? Un nom ? Tu peux… tu peux en changer, si tu le souhaites.

_ Je m'appelle Helena, coupa-t-elle immédiatement, comme si la simple idée de vouloir changer son identité —elle avait répondu bien trop rapidement pour un mensonge— était plus que déshonorante. Roy retint son sourire de satisfaction et son soupir de soulagement, se contentant d'acquiescer.

Les joues un peu rouge, sans doute agacée de s'être faite piéger malgré elle, l'enfant tenta de croiser les bras, boudeuse, et la réalité se rappela bien rapidement à elle alors que sa main droite ne rencontrait que du vide. Mustang garda pour lui ses paroles pleines de sympathie et refocalisa son attention sur les papiers.

Le nouvellement nommé colonel ne pensait pas avoir autant de patience en lui mais à force d'amadouer gentiment Helena —il avait un nom, qu'il soit damné s'il ne s'en servait pas, désormais— il parvint à obtenir la majorité des informations nécessaires. La jeune fille crachait les bribes de données du bout des lèvres, sifflant entre ses dents comme si elles lui arrachaient la langue. Poussant un soupir las, Roy relut une dernière fois ses papiers et les empila soigneusement.

_ Bien… Je pense que j'ai tout. Est-ce que tu serais en mesure de me dire ce que faisait ton père ? Cela pourrait peut-être m'aider, pour te faire des papiers d'identité corrects.

Helena le fixa à nouveau en silence, comme cela semblait être son habitude, ou bien un mécanisme de défense quelconque qu'il n'avait pas encore découvert dans ses magazines de psychologie enfantine. Elle pencha encore une fois la tête sur le côté, les yeux plissés.

_ Tu ne respectes pas la loi, déclara-t-elle avec une telle évidence que Mustang aurait pu éclater de rire. Il opina du chef.

_ C'est vrai. Si quelqu'un venait à découvrir ce que nous sommes en train de faire, je pourrais avoir de graves ennuis.

_ Et pour moi ? Si quelqu'un le sait ?

_ Personne ne saura.

_ Tch. Tu es trop confiant, avivēki. [1]

Roy buta sur le nom mais renonça à lui demander ce que cela signifiait réellement —il en avait une vague idée et pressentait qu'il n'aurait pas fini de l'entendre fuser de la bouche de l'enfant— et il se laissa aller au fond de sa chaise, essayant d'afficher autant de sérénité et d'assurance que possible. Les risques étaient grands, il le savait et les avait pleinement mesurés, mais…

_ Je suis trop doué, pour me faire attraper. Et je n'ai pas le temps pour ça. J'ai des choses à faire.

Un pays à redresser. Et une fille à élever, dans un premier temps. Mais on lui avait toujours appris de viser haut, concernant ses rêves, alors… Helena esquissa un léger rictus, visiblement un brin amusée de son arrogance.

_ Mon père était comme toi. Mustang haussa un sourcil et reprit son stylo, la pointe planant au-dessus des cases correspondantes.

_ Un Alchimiste, tu veux dire ? Un peu étonnant, selon lui : les Ishbal proscrivaient cette pratique, jugée contre-nature par leur culture et leur croyance. Pour vivre et fonder une famille auprès d'eux, le père d'Helena avait sans doute dû faire quelques concessions quant à sa pratique de l'alchimie. L'Ishbal secoua la tête.

_ Non. L'uniforme. Il en avait un, aussi. Il était soldat, mais il ne savait pas faire des… lumières.

La description était mignonne. Des lumières. Stupéfiant qu'elle se soit rappelée de cela, plutôt que du désastre que ces lueurs avaient par la suite engendré. Une sélection de son esprit, peut-être, histoire d'adoucir au mieux la réalité. Mais cette nouvelle information lui donnait une précieuse avance et un endroit où chercher. Le père avait été militaire, il devait forcément se trouver dans les archives de Centrale et celles de son QG de rattachement. Il lui suffirait de mettre la main sur son dossier et le tour serait joué. Peut-être même pourrait-il découvrir une famille encore vivante, des membres éloignés. Même si, soudainement, l'idée de confier l'enfant ne lui plaisait plus autant qu'auparavant.

Ils terminèrent finalement de remplir entièrement les documents, l'alchimiste l'aidant pour qu'elle puisse apposer sa signature, un exercice laborieux car l'enfant ne cessait de tressaillir sous son contact et se reculait instinctivement. Le gribouillis de son prénom était à peine lisible mais cela suffirait bien et Roy prit congé.

_ Je reviendrai te chercher dans trois jours, promit-il sur le pas de la porte. Elle se contenta d'acquiescer sans plus rien dire.

_ Essaye de ne tuer personne ou de te sauver pendant ce temps, ne put-il s'empêcher d'ajouter avec une pointe d'humour qu'il espérait bienvenu. Il referma la porte avant de le savoir, car elle n'avait ni rit, ni fait mine d'un mouvement en sa direction.

Mais il aurait pu le jurer ; elle avait souri.

Ӝ. Ӝ. Ӝ

De mémoire, Roy n'était pas persuadé d'avoir un jour mis les pieds au service des archives et encore moins dans celui du quartier général de Centrale. Pas même pour se renseigner sur sa toute nouvelle équipe, qui l'attendait sagement à East City, et pour laquelle il avait obtenu tous les renseignements nécessaires grâce au travail acharné et volontaire de sa Lieutenant. La femme lui avait fourni des dossiers complets, les antécédents de tous ses collaborateurs et s'il le lui avait demandé, il était certain qu'elle aurait trouvé le moyen de mettre la main sur les résultats scolaires de toutes ses recrues. C'était un rien effrayant, comme foutrement pratique. Maes serait jaloux de son efficacité, lui qui courrait toujours après le personnel compétent.

L'homme avait d'ailleurs tenu à l'accompagner, lui offrant quelques autorisations et passe-droits pour circuler à sa guise dans les ailes du QG. Travailler au service des renseignements avec du bon, vraiment. Et avec lui, Roy était certain que son entreprise serait un succès.

Hughes avait été d'un immense secours pour accélérer les procédures concernant l'adoption d'Helena et avec son concours, ça n'était plus qu'une question de temps avant qu'ils ne parviennent à mettre la main sur tous les documents la concernant et les falsifier à leur guise. Knox avait d'ores et déjà blindé son dossier médical, lui garantissant une couverture santé en béton armé et confirmant même son ascendance purement Amestrienne, malgré sa couleur de peau un peu atypique pour la région. Il avait même attribué les deux grandes mèches blanches entourant sa frimousse au stress de ses récentes pertes et glissé le diagnostic de la silicose comme une infection pulmonaire suite à des particules inconnues, et non au sable des carrières. Personne ne serait jamais venu remettre cela en cause car sans les radios, il était presque impossible de dire qu'Helena était malade, mais mieux valait prévenir que guérir. Au moins, Roy était assuré de toujours trouver un traitement adapté aux besoins de sa fille.

Sa fille… Qu'il était étrange pour lui de penser en ces termes. Il avait 23 ans, sortait lui-même à peine de l'adolescence et voilà qu'il se retrouvait avec une enfant manchote de douze ans sur les bras. S'ils ne partaient déjà pas sur un échec monumental en ce qui concernait son éducation, ce serait un petit miracle, vraiment…

_ Je peux vous aider ?

Les deux amis tressaillirent légèrement. Perdus dans leurs pensées respectives et déjà à la recherche de leur cible, ils n'avaient pas pris attention au secrétaire qui s'était avancé vers eux et les lorgnait désormais d'un air curieux. Pour la discrétion, ils repasseraient.

_ Nous cherchons quelqu'un, commença Maes en fouillant dans ses poches à la recherche du calepin où il avait noté les quelques éléments déjà en leur possession. Helena avait été bien incapable de leur fournir un numéro de matricule mais avait été toutefois en mesure de leur dire grosso-modo l'âge de son père au moment de sa mort —à peine quarante ans—et il espérait que cela pourrait suffire à leur donner un début de piste.

_ Est-ce que vous auriez un numéro de matricule, messieurs ? Et je vous demanderai également de remplir ces papiers de décharge. Les dossiers peuvent être consultés sans autorisation mais si vous souhaitez les emmener, je vais avoir besoin de l'aval d'un supérieur.

_ Je suis Colonel, est-ce que cela vous suffit, en niveau d'accréditation ?

Roy l'espérait sincèrement parce qu'il se voyait mal devoir réclamer auprès de ses supérieurs, une demande aussi incongrue que celle-ci. L'homme acquiesça doucement, tendant les papiers.

_ Juste une signature, alors. Quel est le dossier que vous vouliez consulter ?

_ Major Eric Lewin.

Même s'il tenta de la dissimuler, la réaction de l'homme fut bien trop vive pour ne pas attirer immédiatement l'attention des deux camarades. Ses mains se crispèrent, comme si son corps entier était secoué de spasmes et ses yeux s'agrandirent. Interdit et choqué, il les fixa, Roy observant avec une certaine fascination sa pomme d'Adam monter et descendre alors qu'il déglutissait douloureusement.

_ Je… Je vais voir ce que contiennent nos bases de données, laissa-t-il échapper dans un chuintement étranglé.

Il chancela en s'éloignant, le mince morceau de papier serré dans sa main qui devenait blanche sous la pression. Mustang n'eut même pas besoin de se tourner vers son meilleur ami pour partager un bref regard qu'ils partaient déjà tous les deux à sa poursuite. Ils le retrouvèrent à moitié affaissé sur une étagère, de la sueur perlant à son front et le teint livide.

_ Vous le connaissiez, devina aisément Roy en s'approchant de lui, jetant un rapide coup d'œil aux alentours pour s'assurer qu'ils ne seraient pas dérangés.

_ Je ne… Je ne vois pas de quoi vous voulez parler. Si vous me laissez encore quelques minutes je—

_ J'ai recueilli sa fille. J'ai besoin de la protéger.

Si le secrétaire était déjà livide, le pauvre homme sembla désormais être sur le point de défaillir. Effaré, il fixait Roy sans véritablement le voir. Il se retint à l'étagère la plus proche.

_ Seulement sa fille ? bégaya-t-il. Il m'avait dit… oh mon dieu, il m'avait dit…

_ Peut-être que ce n'est pas vraiment le lieu pour discuter de ça, coupa doucement Maes en posant une main apaisante sur l'épaule de l'homme. Ce dernier s'ébroua, sortant de sa transe paniquée et se redressa tout entier.

_ Je vais chercher son dossier. Je… il y a une réserve, plus loin, attendez-moi là-bas.

Il disparut rapidement après leur avoir indiqué vaguement une direction aléatoire et seule la connaissance de terrain de Maes leur permit de trouver ladite petite pièce. Sitôt la porte refermée, Roy rentra la tête dans les épaules alors que son ami lui administrait une violente claque à l'arrière du crâne.

_ « J'ai recueilli sa fille » ?! Gronda-t-il avant de saisir le brun par le devant de l'uniforme et le secouer légèrement, furieux. C'était pas de la discrétion, que tu voulais, à la base ?! La dernière fois que j'ai vérifié, tu n'étais certainement pas un abruti inconscient, Roy ! On ne sait pas de quoi ce type est au courant !

_ Il le connaissait ! siffla le plus jeune en retour. Tu as vu son visage, ce mec connaissait Eric Lewin comme tu me connais !

_ Et ça te donne le droit d'être con et imprudent ? Au risque de te rappeler un point fondamental : tu n'es plus tout seul dans ce foutu bateau, Roy Mustang. Tout ce que tu fais ou vas faire impactera forcément la gamine. Il serait peut-être temps que tu y penses, avant de te jeter tête baissées dans les emmerdes ! Bon sang, Roy…

Le militaire blond ouvrit soudainement la porte, coupant Hughes dans son sermon. Dans ses bras, il tenait un mince dossier qu'il s'empressa de remettre au colonel. Ses yeux étaient emplis de nervosité, tout comme ses gestes et ses paroles étaient presque trop précipitées pour rester complètement compréhensible.

_ Je faisais partie de son unité, raconta-t-il. Il a choisi de rester à Ishbal. Il ne pouvait pas prendre sa retraite, il a simplement déserté. Il était recherché par nos services, j'avais des nouvelles, de temps en temps, je savais, pour sa famille, là-bas.

_ Comment personne n'a trouvé le moyen de lui remettre la main dessus, toutes ces années ? questionna Maes en haussant un sourcil sceptique. L'homme devant lui prit une curieuse teinte, les joues rouges mais le reste du visage extraordinairement blanc.

_ J'ai fait modifier les documents. Quand je suis arrivé ici, j'ai… J'ai falsifié son dossier. L'enquête n'a jamais été poursuivie, il y avait trop à faire, avec la montée de la violence à Ishbal… et il n'était qu'un simple soldat. Il a été déclaré disparu en action, je faisais figurer son nom sur tous les rapports de notre ancienne unité.

Roy contempla les documents entre ses mains. C'était plus simple que tout ce qu'il pouvait espérer. Du fait des nombreuses preuves attestant de sa « présence » au sein de leurs équipes, il pouvait expliquer la disparition du major Lewin, et sa présence sporadique, dans la vie de sa fille. Helena n'était mentionnée nulle part, il lui suffisait simplement de lui trouver une famille d'accueil, montée de toutes pièces, un foyer ravagé par la guerre et dont personne n'avait gardé de traces. Dans les affres des combats et des pillages, de nombreux villages de l'Est avaient été détruits, incendiés et les registres de recensement avaient été perdus ou endommagés. Sa propre tante avait suffisamment de connexions pour lui forger une histoire suffisamment solide pour passer au travers d'une inspection.

_ Ce dossier. Y-a-t-il des copies ?

_ Non… Non, rien. Eric et moi dépendions du QG de Centrale. La petite… Ses enfants, comment…

Il y avait une véritable détresse, dans le regard de l'homme. Un sentiment atroce qui le déchirait en deux et faisait trembler ses mains. Ils avaient dû être proches, un jour. Des amis, bien plus que de simples camarades d'unité. L'homme avait pris des risques immenses pour couvrir Eric Lewin et préserver son secret et la vie qu'il avait pu construire à Ishbal.

_ Helena est avec moi, souffla doucement Roy, peiné. Je ne savais pas… qu'elle avait des frères et sœurs.

_ Je ne les ai jamais vus. J'avais des nouvelles, de temps en temps mais avec la guerre… Eric a coupé toutes les communications, il ne voulait pas que j'ai davantage d'ennuis. Mais il avait trois enfants. Helena était la plus vieille. Je suis… Je suis heureux qu'elle aille bien.

Mustang sentit son cœur se serrer. L'enfant n'allait pas bien et il était certain qu'elle ne se remettrait tout à fait de ce qu'elle avait vécu, malgré tous leurs efforts conjoints. Mais il n'avait pas la force de l'évoquer à haute voix et il se contenta de lui remettre les documents.

_ Nous allons vous fournir un rapport médical confirmant que nous avons retrouvé le cadavre du soldat Lewin, dans les tranchées d'Ishbal. Vous pourrez l'ajouter à son dossier, il sera… Je veillerai à ce qu'il reçoive une sépulture décente, comme pour tous les hommes tombés là-bas.

L'homme acquiesça, le regard trouble, gardant les feuilles contre lui à la manière d'un trésor particulièrement précieux. Roy prit sur lui de lui tapoter doucement l'épaule, tant pour le rassurer que lui assurer qu'une trahison de sa part lui couterait fort cher. Il ne le connaissait pas, mais sentait néanmoins que le maitre des archives était digne de confiance. Ou à défaut, que sa loyauté allait à Eric Lewin et la dernière survivante de sa famille. Peut-être que Roy lui présenterait l'enfant, un jour…

Ils prirent congé sans plus rien demander, laissant le blond à ses affaires. C'est en fermant la porte que Roy se rendit compte qu'il ne lui avait pas même demandé son nom.

Ӝ. Ӝ. Ӝ

Roy esquissa un léger sourire satisfait alors que des yeux, il parcourait le nouvel acte de naissance d'Helena Moera Lewin Mustang, en quête d'une éventuelle erreur. Tout semblait en ordre, l'enfant était désormais une parfaite citoyenne d'Amestris et sa fille adoptive aux yeux aveugles de la loi. Chris avait insisté pour lui attribuer un deuxième prénom —Roy avait cru comprendre qu'il s'agissait de celui de sa grand-mère paternelle— et ainsi l'ancrer davantage dans la famille Mustang. Une sorte de filet de sécurité supplémentaire, même s'il n'en voyait guère l'intérêt pour le moment. Mais il faisait confiance à sa tante ; si cette dernière affirmait qu'il s'agissait là d'un prénom couramment donné dans les plaines de l'Est, il la laisserait faire à sa guise. Helena, par ailleurs, n'avait pas paru s'en soucier plus que cela.

Mais avec du recul, peu de choses semblaient véritablement tracasser l'enfant, comme saisit d'une curieuse apathie qui n'était pas pour lui plaire ou le rassurer. Knox avait assuré qu'il était courant pour des patients dans son genre, d'arborer ce type de comportement après une période de choc. L'agressivité dont elle avait fait preuve, les premiers jours, finirait bien par revenir, avait-il déclaré en riant. Roy aurait préféré qu'elle se contente de parler un peu et de sourire, même difficilement, plutôt que de devoir anticiper de potentielles crises de colère.

En l'état actuel, il n'avait pas grand contrôle sur ce genre de chose et peut-être qu'il serait finalement plus sain pour elle de laisser exprimer ses sentiments au lieu de les étouffer de la sorte.

_ Eh bien, c'est le grand jour, annonça le doc en tirant une bouffée de sa cigarette, dernière qu'il s'autorisait avant d'accompagner Mustang sénior récupérer sa gamine.

Le militaire lui lança un sourire en coin, un rien soulagé que se termine finalement cette éprouvante semaine. Certes, il lui restait encore une foule de choses à prévoir, préparer, penser, pour le confort de l'enfant et son éducation. Maes avait juré ses grands dieux qu'il y passerait le weekend s'il le fallait mais il descendrait jusqu'à East City pour l'aider à aménager correctement son appartement d'éternel célibataire afin que tout soit par-fait.

Roy adorait son ami, cela allait sans dire, mais il n'était pas non plus pressé de le voir débarquer à sa porte pour bouleverser sa vie plus qu'elle ne l'était déjà. Le jeune homme souffla, empochant soigneusement les nouveaux papiers d'Helena et Knox écrasa sa cigarette sur le talon de sa chaussure avant de l'emmener jusqu'à la chambre de la petite.

_ Je lui ai filé des vêtements qui appartenaient à mon fils. Ça dépannera quelques jours. Elle sait quoi faire si jamais son bras la lance, mais tu devras l'aider pour appliquer les onguents et vérifier ses bandages. Ça a bien cicatrisé, mais la peau est encore tendre, je ne t'apprends rien.

Roy acquiesça. Il avait sous le bras des recommandations complètes quant à l'état de santé de la petite Ishbal. Les médicaments étaient encore nombreux mais incertains de leur efficacité. Il fallait tester, préconisait le médecin légiste. Essayer et voir quels seraient les effets sur le corps de l'enfant. Mustang admettait être nerveux à ce sujet mais ne pouvait rien faire de plus. Helena, pour sa part, semblait savoir gérer ses quelques crises, habituée depuis l'enfance à ce que ses poumons et son cœur défaillent sans son consentement. Il espérait seulement qu'elle viendrait le trouver à temps afin qu'ils agissent au mieux, et non pas qu'elle se taire comme un animal craintif en attendant que passe l'orage.

La confiance, encore. Ils devraient la construire au jour le jour pour espérer avancer côte à côte.

L'Ishbal l'attendait assise sur son lit, perdue dans des vêtements trop grands, un rien élimés et lorsqu'il entra, darda sur lui son regard d'ardoise humide. Avec un sourire, il tendit la main, aussi assuré et confiance qu'il pouvait l'être.

_ On rentre à la maison ?


[1] Imbécile