Enlever ses œillères
Du fond de sa cellule, Lucius appréciait d'entendre la radio française déblatérer les nouvelles du monde. Si on devait résumer la radio sorcière britannique, ça serait : « Quel intérêt à s'intéresser à ce qui se passe hors de nos frontières ? Le plus important, c'est nous, les sorciers britanniques, encore nous et toujours nous ! ».
Des crétins égocentriques, et encore, c'étaient les termes les plus soft qu'il avait pu trouver …
Depuis qu'il avait été transféré en France, Lucius avait des conditions de détention un peu plus humaines : cellule individuelle nettoyée automatiquement, une douche par jour, deux repas décents par jour et surtout, pas de détraqueurs pour le vider de tout sentiment positif. Certes, cela restait une prison mais au moins, son avocat ne refusait pas de venir le voir parce qu'il avait peur de voir son âme aspirée … Mais l'avantage le plus indéniable était la visite quotidienne de Léon de Malfoy et de son armada de spécialistes.
Après s'être pris une soufflante pour ses mauvais choix et la mise en danger de son héritier, Léon s'était penché sur le fameux Voldemort et sa marque. Très vite, il avait fait venir des amis à lui pour qu'ils étudient le tatouage avec le point de vue de leurs matières respectives. Ils s'étaient mis en relation avec toutes les personnes qui travaillaient déjà dessus et les résultats semblaient prometteurs.
-Malfoy ! Un visiteur ! interpella un gardien
Le blond se redressa, surpris. Léon était venu quelques heures plus tôt en compagnie de son avocat donc cela ne pouvait être aucun d'entre eux. Alors qui cela pouvait bien être ?
Le prisonnier fut conduit dans une salle de visite et y fut attaché. A juste titre car le visiteur n'était autre que Loki Potter.
-Que faites-vous ici ? grogna Lucius
-Voyons, ne me dites pas que la prison vous a fait perdre vos bonnes manières ? railla Loki en prenant place
-Loki Potter, serra les dents Lucius. Etes-vous venu me narguer ?
-J'ai autre chose à faire, assura Loki. Non, j'aurais quelques questions à vous poser.
-A quel sujet ? demanda Lucius
-Voldemort, répondit simplement Loki.
Le blond le poussa à continuer.
-Je prenais le thé avec Snape quand il est arrivé pour soi-disant répondre à mes questions et qui sait, me recruter, déclara Loki. Je m'étonne simplement de la … faiblesse de ses arguments. Est-ce qu'il attire réellement des sorciers en leur promettant plus de pouvoirs et de connaissances ?
Lucius s'assit plus confortablement sur son siège. Effectivement, la question méritait d'être posée.
-Il s'appuie sur les souhaits les plus enfouis des sorciers, avoua Lucius. Qui ne rêverait pas d'être plus important et plus reconnu qu'il ne l'est actuellement ?
-Certes, c'est dans la nature humaine, concéda Loki. Mais vous ? Comment est-ce qu'il a pu vous convaincre ? Sans lui, vous auriez pu être ministre de la magie à l'heure actuelle !
Lucius se renfrogna. C'était ce qui ressortait le plus des conversations qu'il avait avec Léon : s'il ne s'était pas associé à Voldemort, la branche britannique des Malfoy aurait pu égaler la branche principale. C'était d'ailleurs l'une des raisons pour laquelle cette dernière avait lâché la bride à Abraxas puis à Lucius : son prestige aurait pu être aussi important que celui apporté par Léon.
-Il a assuré que les moldus mèneraient la Magie à sa perte, soupira Lucius. La déforestation, l'expansion des villes, la loi du secret … toutes ces choses qui nous obligeait à nous cacher. Il voulait que nous n'ayons plus à le faire.
-J'imagine que si vous avez commencé par tuer des sorciers puis des sangs purs, c'est parce que les cibles qui avaient été désignées voulaient empêcher Voldemort de réaliser son projet, songea Loki. Mais en fait, c'était parce qu'ils ne croyaient pas en ce qu'il prônait et la différence est assez subtile pour croire qu'il avait raison de vous ordonner de le faire. Je me trompe ?
-Ce n'est pas incohérent, concéda Lucius.
-Un point me dérange, fit Loki. Comment en êtes-vous venus à croire qu'il était l'héritier de Serpentard ? Il ne s'est quand même pas présenté au ministère ou à Gringotts pour faire un rituel d'ascendance, non ?
-Il parle fourchelangue … déclara Lucius.
-Ce n'est pas un don si rare, rétorqua Loki. Harry lui-même est fourchelangue et pourtant, il ne revendique pas de lien de parenté avec Salazar Serpentard. Donc, comment ? Aussi, pourquoi est-ce que vous l'appelez « lord » alors qu'il ne porte pas l'anneau de sa charge.
-Il ne la porte plus, corrigea Lucius. Il est vrai que sa bague était différente des nôtres mais il nous a assuré qu'elle venait de Salazar lui-même.
Un filet de sueur froide coula dans le dos de Loki. Il espérait que ses suppositions ne se révèlent pas exactes …
-A quoi elle ressemblait ? demanda Loki
-Une pierre polie était enchâssé dessus, répondit Lucius.
-Vous êtes en train de me dire que vous avez cru sur parole un sorcier qui se prétendait héritier de Serpentard et que vous n'avez même pas pris la peine de faire des recherches ? articula Loki. Pire, vous avez cru qu'il était descendant de Serpentard en vous présentant la bague des Gaunt ?
-Les Gaunt descendent de Serpentard ! assura Lucius
-Les Gaunt ont été condamnés par la Magie pour avoir kidnappé, violé et tué la petite-fille de Salazar Serpentard après lui avoir volé l'enfant né de cette relation forcée, corrigea froidement Loki. Ces adeptes de la pureté du sang ont tellement voulu garder leur sang pur que les derniers représentants étaient des cracmols vivant dans le dénuement le plus complet. Il vous suffisait simplement d'ouvrir les chroniques de l'époque pour le savoir. Qu'est-ce qui vous en a empêché ?
Lucius frissonna violemment et Loki se redressa. Quelque chose agissait sur la magie du blond. Quelque chose qui inquiétait Magia, s'il devait se fier à sa poigne sur son épaule. Il ne pouvait pas se permettre de vérifier lui-même sauf s'il voulait le rendre fou mais il était bon pour envoyer de nouveaux patients aux druides.
-J'ai bien peur d'avoir trouvé l'une des raisons du recrutement de masse de Voldemort, révéla gravement Loki. Je vais prendre contact avec votre chef de famille pour lui faire part de mes découvertes.
-Quels sont vos soupçons ? demanda Lucius
-Des contraintes magiques, répondit Loki. Bonne journée, monsieur Malfoy.
Loki avait parfaitement conscience de laisser derrière lui un sorcier complètement effondré parce qu'il venait de comprendre qu'il avait été manipulé une grande partie de sa vie.
Enfin, encore plus qu'il ne l'aurait voulu.
§§§§§
Albus Dumbledore était agacé.
Non, furieux était le mot juste.
Dix jours avaient passé depuis qu'Harry Potter s'était publiquement désolidarisé de Ginny et Ron Weasley. Le soir même de cette débâcle, Albus les avait convoqués pour comprendre comment ils s'y étaient pris et devant leur idiotie, il avait eu envie de les frapper très fort. Il leur avait ordonné de tout faire pour rentrer dans les bonnes grâces du Survivant mais ce dernier faisait comme s'ils n'existaient plus. Le vieux sorcier était bien tenté de le convoquer à son tour pour le convaincre de leur pardonner mais son garant magique veillait au grain et aurait exigé d'assister à l'entretien.
Donc Albus rongeait son frein.
Il s'apercevait qu'il était bloqué de tous les côtés dès qu'il voulait s'entretenir en tête à tête avec Harry Potter. Il avait exigé que Snape reprenne les cours d'occlumencie mais Loki Potter y avait mis son veto si l'enfant devait en plus subir sa présence.
En parlant de cet enquiquineur, Snape lui avait révélé qu'il avait rencontré Voldemort et qu'il n'avait pas eu la décence d'accepter de le rejoindre. Le directeur avait eu la confirmation de l'un de ses doutes – ses informateurs n'avaient jamais pu lui relater en détail les conversations auxquelles ils participaient voire qu'ils pouvaient surprendre du professeur, Snape compris, ce qui voulait dire qu'il avait une protection complexe qui l'empêchait d'être espionné – mais également de l'une de ses craintes. Loki Potter gagnait en réputation face à Harry Potter parce qu'il était un adulte pleinement formé, intégré socialement avec une bonne place dans les hautes sphères mais surtout, il pouvait tenir tête à Voldemort sans y perdre des plumes.
Les Potter étaient en train de lui faire de l'ombre et ça, il ne le supportait pas.
Il fallait absolument qu'il reprenne en main le Survivant, qu'il s'impose comme son mentor pour pouvoir le guider et le pousser à se sacrifier pour le plus grand Bien.
S'il tenait tant à ce que le gosse reprenne l'occlumencie, c'était pour vérifier que l'horcruxe prenait bien possession de son esprit et s'il n'était pas assez rapide, l'aider à faire son boulot. Il était hors de question qu'il survive après avoir tué Voldemort et encore moins quand il s'occuperait de ce Loki Potter ! Depuis un an qu'il était sur la scène publique, tous ses efforts pour prendre sereinement le contrôle du pays pour le grand Bien se voyaient contrés voire totalement décrédibilisés. Pire, il avait fait en sorte pour qu'il n'ait absolument plus rien à voir avec le clan Potter, éloignant de lui la rumeur qui voulait qu'il soit le mentor du Survivant. De sa marionnette !
Il était temps qu'il se débarrasse de ceux qui le gênaient.
§§§§§
-Monseigneur, salua Lorelei.
Loki se figea et se retourna lentement vers le nouveau professeur de divination. Non pas qu'il l'avait évité depuis la rentrée scolaire mais il n'avait jamais eu l'occasion de la rencontrer seul à seul. Pour autant, il avait déjà entendu sa voix.
Mais ce n'était pas celle qui venait de retentir. Il venait d'entendre ce qu'il n'aurait jamais penser entendre de vive-voix.
-Suivez-moi, pria Loki.
Il la mena vers ses appartements et l'installa confortablement avant de prendre la parole.
-Magia ? hésita Loki
-J'imagine que tu ne te doutais pas que je pouvais prendre la parole, sourit Lorelei/Magia.
-Pas vraiment, avoua Loki. Mais maintenant, je crois comprendre d'où viennent les prophéties.
-Je ne vais pas te révéler tous mes secrets, rit Lorelei/Magia. Malgré sa puissance remarquable, cette jeune femme ne va supporter longtemps ma présence. Je veux que tu saches que quelque chose de grave va arriver. Quelque chose qui va me mettre en danger.
-J'avais cru comprendre que je ne devais pas savoir ce qui va se passer, fronça des sourcils Loki.
-Je connais mes limites, assura Lorelei/Magia. Mais je sais également qu'il est temps que je prenne mes responsabilités et les autres sont plus ou moins d'accord. Bref, tu es le plus à même de comprendre ce qui ne va pas et surtout, à pouvoir y remédier. Tout ce que je peux te dire, c'est que ça a un lien direct avec les raisons de ta venue.
-Harry ? se redressa Loki
-Je ne pourrais te dire de quelle manière, s'excusa Lorelei/Magia. Mais surtout, sois très attentif et réactif.
-Je le serais, promit Loki. Merci à Vous.
-J'ai confiance en toi pour prendre les bonnes décisions, assura Lorelei/Magia.
Lorelei s'effondra brusquement et Loki n'eut que le temps de la rattraper dans ses bras avant qu'elle ne touche le sol.
-Professeur Potter ?! fit Lorelei en reprenant connaissance
-De quoi est-ce que vous vous souvenez ? demanda Loki
-De vous avoir vu dans le couloir, fit Lorelei.
-Vous vous êtes sentie mal et je vous ai emmené dans mes appartements pour que vous puissiez vous rafraîchir, compléta Loki. Mais vous vous êtes évanouie. Souhaitez-vous que je vous conduise à l'infirmerie ?
-S'il vous plait, souffla Lorelei.
Loki la redressa et la mena dans l'antre de Poppy Pomfrey. Il remit sa collègue entre ses mains expertes et retourna vers ses appartements. L'avertissement de Magia l'inquiétait particulièrement et savoir que ça avait un lien avec Harry ne le rassurait pas non plus mais ce n'était pas comme s'il ne s'en doutait pas. Depuis qu'il avait vu le véritable visage d'Albus Dumbledore – et encore, il était certain de ne pas tout savoir – il se doutait que les choses allaient totalement changer de ses souvenirs.
A lui de faire en sorte que ça se termine bien.
§§§§§
Charlie avait profité du week-end pour aller dîner avec son frère aîné Bill. Depuis qu'il était professeur de soins, il n'avait pas pu avoir une seule soirée de libre ou plutôt, il n'avait pas pu faire ce qu'il voulait sans que le directeur, Albus Dumbledore, ne veuille savoir ce qu'il comptait faire. Il avait dû biaiser – il avait prétexté un dîner de famille chez Muriel pour qu'il lui lâche la jambe – pour enfin pouvoir aller tranquillement chez Bill, non sans faire un passage par Gringotts pour ôter les invités indésirables.
-Bonsoir maman, bonsoir papa, salua Charlie.
-Bonsoir mon chéri, sourit Molly en le prenant dans ses bras.
Le couple Weasley, après concertation avec leur matriarche Muriel, avaient décidé de se cacher outre-Manche pour s'émanciper du lourd regard de Dumbledore. Ils vivaient dans une aile séparée dans la maison de Bill et après quelques mises au point – Molly s'était indignée que Fleur Delacour, la petite-amie de Bill, passe autant de temps chez lui – ils cohabitaient tous sans soucis.
Ce soir-là, Bill recevait, en plus de ses parents et de Charlie, Fred et Georges. Leur partenariat avec le département des Mystères avait commencé et dans le même temps, ils mettaient tout en œuvre pour ouvrir leur boutique dans les meilleures conditions. Les locaux avaient été trouvés depuis des mois mais les gobelins avaient accepté qu'ils soient mis aux normes internationales pour accueillir du public avant l'ouverture prévue le 01 novembre.
-Ça avait l'air urgent, fit Charlie, lançant les hostilités.
-Nous avons reçu un courrier de Dumbledore, annonça Bill. Il veut que Fleur et moi intégrions l'Ordre du Phénix.
-Parce que maman et papa y sont ? en déduisit Georges
-En gros, oui, confirma Bill.
-Cela ressemble à la lettre que nous avons reçue cet été, fit Georges. Qu'est-ce qu'il cherche exactement ?
-A avoir le plus de soutien possible, répondit Arthur. Si tu as fait attention l'année dernière, parmi les membres de l'Ordre, peu sont des sangs purs. Or, ils sont ceux qui seront les plus écoutés. Pendant la première guerre, mis à part James Potter, aucun membre n'était à la tête de son clan et sous les ordres de Dumbledore. Les rares héritiers, comme Franck Longbottom ou même moi, n'avaient pas le soutien de leur chef de famille. Sans la présence d'Harry, l'Ordre du Phénix passe presque pour une bande d'illuminés.
-Même avec Dumbledore à sa tête ? s'étonna Charlie. Je pensais qu'on lui accorderait plus de crédit que cela.
-C'est ce qu'il a voulu nous faire croire, soupira Molly. J'imagine que c'est que quand vous avez quitté la Grande Bretagne que vous vous êtes rendu compte que ses actes n'étaient pas aussi « bons » ?
Bill et Charlie hochèrent la tête. Hors de l'archipel, on reconnaissait le rôle de Dumbledore dans la chute de Grindelwald mais n'allait pas jusqu'à lui vouer un culte comme c'était le cas des locaux. La Grande Bretagne était l'un des seuls pays aussi … fanatique.
-Pourquoi il n'essaie pas d'avoir Harry à ses côtés ? demanda Bill. Il aurait plus de chance d'obtenir des soutiens de cette façon.
-Je pense que ça a à voir avec le changement de garant d'Harry, fit Molly. Je suis quasiment sûre que Loki Potter sait pourquoi la Magie l'a désigné garant magique d'Harry et le rôle que Dumbledore a joué dedans. Si vous tendez l'oreille, vous saurez que Loki a coupé absolument tous les liens tissés par le directeur au nom des Potter, y compris sur la place publique. Lorsque nous étions encore au QG, tout le monde a déploré l'absence d'Harry mais peu de personnes ont compris le message que son régent a voulu passer : il n'a aucune confiance en Dumbledore pour jouer un rôle dans la vie d'Harry.
Tous les hommes méditèrent sur ces mots.
-Je crois qu'un troisième camp est en train de se former, déclara Fred. A cause de toute la publicité qu'a créé Dumbledore autour d'Harry, il est vu comme un personnage clé de la guerre alors que ce n'est qu'un adolescent. Il est devenu le gage que Dumbledore est du « bon » côté. Sans lui, il n'est qu'un vieil héros sur le retour, dont a vaguement peur Voldemort. Il suffirait d'une seule parole d'Harry pour que tout le monde abandonne le directeur. Or, tout le monde sait qu'Harry nous adore et qu'il ne nous tournerait jamais le dos. S'il arrive à avoir d'autres membres de la famille, alors il sera certain qu'Harry se battra à nos côtés et donc sous ses ordres et que Loki le laissera faire.
-On sait tous que Ron est son meilleur ami et ce n'est qu'une question de temps avant que Ginny ne sorte avec Harry, rappela Bill. Dumbledore a quasiment déjà le soutien d'Harry, non ?
-Non, réfuta Charlie. Cela fait une quinzaine de jours qu'Harry a complètement coupé les ponts avec Ginny et Ron.
-Pourquoi ? s'étonna Arthur
-De ce que j'ai pu comprendre, Harry a reçu une invitation pour un bal formel et Ron a choisi unilatéralement que Ginny l'accompagnerait. Dans la tête de Ginny, cela voulait dire qu'elle était sa petite-amie et ça a pété, grimaça Charlie. On ne parle que de ça depuis.
-Ça leur pendait au nez, ricana Georges. Cela fait des années que Ginny pense qu'elle sera la prochaine lady Potter alors qu'Harry n'a jamais montré aucun penchant vers elle. Bien fait pour eux.
Molly et Arthur se regardèrent. Après ce qu'ils avaient découvert dans les coffres de leurs deux derniers enfants ouverts illégalement, il n'était pas illogique de penser que la mise en couple de leur dernière fille avec le Survivant servait les intérêts de Dumbledore.
-La manœuvre est plus logique, songea Bill. Alors pourquoi me féliciter pour mon mariage prochain ?
-Je croyais que tu attendrais la fin de la guerre pour cela ? s'étonna Molly
-C'était ce qui était prévu, grimaça Bill. Mais justement à cause de cette rumeur comme quoi notre famille se battra aux côtés d'Harry et donc de Dumbledore, les Delacour ne veulent pas que Fleur puisse être mère célibataire. Veuve, oui, mais pas ça. Ils nous poussent à nous marier et je pense que je vais accepter.
-C'est merveilleux ! s'exclama Molly. Mais il y a pleins de choses à faire ! La décoration, les fleurs, les repas …
Arthur posa une main calme sur le bras de sa femme qui se tut, surprise.
-Où est sensé se dérouler le mariage ? demanda Arthur
-Traditionnellement chez la famille du marié, répondit Bill.
-Ce n'est pas un problème, le Terrier sera assez … grand, s'enthousiasma Molly avant de se taire.
-On ne peut pas réaliser un mariage en ce moment avec Voldemort qui tue toutes les personnes qui s'opposent à lui, verbalisa Georges. Ce sera dessiner inutilement une cible sur nous et désigner les membres de l'Ordre du Phénix.
-Et mettre Harry en position de faiblesse parce qu'il voudra assister au mariage, ajouta Fred. C'est un massacre programmé.
Bill était devenu blême devant toutes les conséquences de son mariage.
-Je ne peux pas me marier dans ces conditions ! balbutia Bill. Je ne peux pas mettre ma famille en danger !
-On le sait, sourit Arthur. Molly et moi allons en discuter avec les Delacour. Nous trouverons une solution.
-Ou sinon, tu n'as qu'à te marier dans le monde Moldu, ricana Fred.
-En revanche, si tu le fais, prépare-toi à mourir aux mains de maman et de belle-maman, ajouta Georges.
-FRED, GEORGES ! rugit Molly, honteuse parce qu'elle pouvait réellement le faire
-Si les Delacour ne veulent pas déroger aux traditions, il faudra songer à un mariage en petit comité, recentra Charlie. Sans mettre tout le monde sorcier au courant, également. Et éviter les lieux évidents.
-Mais ce n'est pas le sujet pour le moment, fit Arthur. Notre engagement avec l'Ordre du Phénix ne doit pas être un prétexte pour le vôtre. Or, Dumbledore a l'air de croire que vous allez obligatoirement suivre nos pas.
Molly pressa doucement la main de son époux qui soupira. Il valait mieux que leurs fils soient au courant.
-En parlant de lui, il y a quelque chose que nous devons vous dire, déclara Arthur. Cela entrera dans les secrets de famille.
Les quatre jeunes hommes ouvrirent grand les yeux, surpris. La magie familiale était puissante mais ils ne l'utilisaient guère. Si leur père voulait en faire usage pour protéger cette information, alors cela devait être très sérieux.
-On accepte, fit Bill.
Quatre filets de magie rejoignirent le couple.
-Comme vous le savez, je me suis fait mordre par le serpent de Voldemort en décembre dernier, fit Arthur. J'ai été admis à St Mangouste et les soins ont été particulièrement longs. Comme c'était dans le cadre d'une mission de l'Ordre, Molly et moi étions convaincus que Dumbledore allait payer la facture, si ce n'est la réduire significativement. Mais cet été, l'hôpital nous a adressé un rappel et nous sommes obligé de payer. Nous nous sommes rendus à Gringotts pour faire un bilan de nos avoirs et nous avons découvert que Ginny et Ron avaient leur propre coffre qui contenaient des milliers de galions. Ils avaient été ouverts et alimentés par Dumbledore.
Leurs mâchoires en tombèrent.
-Ce n'est pas tout, poursuivit Molly. Il s'avère que les gobelins ont découvert que nous avions une dette d'honneur envers Dumbledore et que Ginny avait signé un contrat de vassalité.
-Comment est-ce que la famille a pu avoir une dette d'honneur ? fronça des sourcils Georges. Il aurait fallu l'aval de tante Muriel et elle déteste Dumbledore !
-Les gobelins enquêtent, répondit Arthur.
Mais il ne leur dit pas qu'ils soupçonnaient des faux particulièrement bien faits.
-Moi, ce qui m'interpelle, c'est le contrat de vassalité, fit Bill. Pourquoi en faire un avec Ginny ?
-Les clauses voulaient que par son biais, la famille qu'elle rejoindrait serait entièrement soumise à Dumbledore, soupira Molly.
-Mais le pire reste que Ginny a signé le contrat mais pas Dumbledore, serra les dents Arthur.
Il ne fallut que quelques instants avant qu'ils ne comprennent.
-Ginny est perdue, fit Bill d'une voix blanche.
-Officieusement, elle appartient à Dumbledore, confirma Arthur. Les gobelins sont en train de vérifier ce point. Je n'ai pas encore informé Muriel mais je sais que tant que Dumbledore ne la libérera pas de son contrat, elle lui appartiendra corps et âme et les conséquences ne retomberont pas sur lui mais sur nous.
-Vous devez vous détacher de lui, déclara Fred.
-C'est ce que nous avons fait en quittant le QG, sourit Molly. Malheureusement, nous ne pourrons quitter l'Ordre que quand nous serons certains que la dette d'honneur sera définitivement de l'histoire ancienne. Aucun d'entre vous n'y est encore, cela nous rassure.
-Je ne m'inquiète pas pour Percy mais plus pour Ron, intervint Charlie. J'ai laissé traîner mes oreilles et avec Ginny, il a harcelé Harry pour qu'il préfère se mettre sous la protection de Dumbledore au lieu de son garant magique. Si en plus, il était dans les largesses du directeur, je pense qu'il va vouloir entrer dans l'Ordre dès qu'il sera majeur.
Tous se renfrognèrent car c'était la vérité. Depuis qu'Harry avait changé de garant, le plus jeune garçon de la fratrie ne jurait que par le directeur de l'école. Sa fidélité était clairement établie et il y avait peu de chance qu'elle aille à sa famille.
-Nous avons jusqu'au premier mars pour trouver une solution pour lui, trancha Arthur. Si Charlie nous assure qu'Harry l'a rejeté, nous allons devoir surveiller attentivement son comportement. S'il ne change pas et prête allégeance à Dumbledore, je me résoudrai à le renier de la famille. Si ce n'est pas le cas … il devra faire en sorte de faire honneur à la famille.
-Qu'il en soit ainsi, s'inclinèrent-ils tous.
La magie familiale agit en scellant le jugement du chef de la famille ainsi que le destin de Ron.
